‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 127 sur 172 · ARTICLE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE TROISIÈME

DE LH PAS ANTHIAR, DE C IMPURE, DE LA COQUE DU LEVANT, ET DE LA PICROTOXINE.

DE L’UPAS ANTHIAR.

L’anthiar ( anthiaris toxicaria) est un arbre de la famille des urticées, dont le suc, laiteux, amer et jaunâtre, sert aux Indiens à la guerre. Il est formé d’une résine élastique et particulière, d’une matière gommeuse peu soluble et d’une matière amère, composée elle-même d’un principe colorant, d’un acide indéterminé, et d’une substance qui est la partie active , et que Pelletier et M. Caventou croient être un alcali végétal soluble.

Action de l’upas anthiar sur l’économie animale.

Expérience ir°.— Lorsqu’on verse 6 à 8 gouttes de suc liquide d’anlhiar dans une incision faite avec un scalpel à la cuisse d’un chien ou d’un chat , près de l’aine, ou que l’on y introduit un petit morceau de bois enduit de 5 centigrammes et même de 2 centigrammes d’anlhiar desséché , l’animal ne paraît pas souffrir pendant huit ou dix minutes : alors il vo mit , à deux ou trois reprises différentes , des matières jaunâtres, comme bilieuses; il a quelquefois plusieurs selles ; il change peu de place, se couche et se relève de temps en temps; les vomissements, qui avaient cessé, recommencent cinq ou six minutes après; la respiration est bruyante et s’interrompt par des hoquets et par des sanglots; les muscles de l’abdomen et du thorax se contractent ; une écume jaune et visqueuse recouvre le bord des mâchoires; tout-à-coup l’animal jette plusieurs cris , sa tête se renverse, il tombe sur le côté, roidit les membres, les agite d’une manière irrégulière; les muscles de la face sont tiraillés ; l’animal fait des sauts irréguliers et heurte quelquefois les objets qui l’environnent; la respiration se fait par secousses; il se produit une sorte de râle, qui cesse presque aussitôt avec la vie. En ouvrant les cadavres immédiatement après la mort , on voit que le cœur contient du sang artériel vermeil ; il n’y a aucune, lésion dans le cerveau ; la blessure conserve la couleur et l’amertume du poison.

Expérience iic. — Lorsqu’on fait avaler à des chiens 20 centigrammes d’anthiar, on remarque que ces animaux commencent à vomir au bout d’une heure ; les vomissements durent pendant trois ou quatre heures , avec de longs intervalles de repos; il y a plusieurs déjections alvines , et la mort arrive au bout de huit , dix ou douze heures.

Expérience iiic. — On peut verser sur le nerf sciatique, isolé des

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parties environnantes, plus de 20 gouttes d’anthiar pendant une heure sans que l’animal éprouve le moindre accident.

Expérience ivc. — Si l’on injecte ce suc dans la veine jugulaire des chiens et des chevaux , ces animaux succombent peu de minutes après, et les symptômes qui précèdent la mort sont les mêmes que ceux dont j’ai parlé (expérience irc). La mort tarde un peu plus à arriver si l’injection de l’authiar a été faite dans la plèvre ou dans une des veines du mésentère ; mais on remarque toujours des vomissements , des purgations, des cris et des convulsions.

Expérience vc. — Lorsqu’on injecte dans une des carotides d’un chien quelques gouttes d’anthiar étendu d’eau, l’animal crie dans le même instant; il n’éprouve point de vomissement; sa tète se contourne, l’occiput se renverse sur le plancher, le cou et le tronc sont courbés en S, les pattes se roidissent et sont agitées par intervalles. La mort a lieu en moins de cinq minutes. L’injection de l’anthiar dans la pulpe cérébrale produit les mêmes effets que l’injection dans la carotide ( Magendie et Delille, année 1809. )

Expérience \T. — Un centigramme de la matière présumée active de l’upas anthiar fut injecté dans la plèvre d’un lapin : trois minutes après l’injection, 1 animal commença â se plaindre et sembla beaucoup souffrir, puis il eut des nausées; au bout de la quatrième minute, il fut pris de violents mouvements convulsifs des membres et de la face, et péril au bout de la cinquième minute.

Expérience vne. — Deux centigrammes de la même matière furent injectés dans la plèvre d’un lapin : au bout de trois minutes, apparition des mêmes phénomènes que dans l’expérience précédente : mort avant la quatrième minute. ( Andral. Annales de Physique <t de Chimie, tome xxvi. )

Il résulte de ces expériences , 1° que l’upas anthiar est très vénéneux lorsqu’il est injecté dans la carotide, dans la pulpe cérébrale ou dans la veine jugulaire ; qu’il l’est moins quand il es! injecté dans la plèvre , moins encore quand il est appliqué sur le tissu cellulaire , et beaucoup moins lorsqu’il est introduit dans l’estomac; 2" qu’il est émétique; 3° qu’il est absorbé, porté dans le torrent de la circulation, et qu’il agit sur le système nerveux et sur l’estomac; que son mode d’action sur le système nerveux n’est pas absolument identique avec celui de i’upas tieuté, l’anthiar déterminant des convulsions cloniques avec alternatives de relâchement, l’upas tieuté produisant des convulsions toniques ou le tétanos; en outre, l 'anthiar porté dans le torrent de la circulation va irriter l’estomac , ce que ne fait pas l’upas tieuté ; 5° que la matière amère soluble agit comme l’anthiar, mais avec beaucoup plus d’énergie.

Traitement. ( Voy. Coque DU Levant.)

JVI. Brodie pense que J’upas anthiar agit sur le cœur, qu’il rend in-

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