DU CAMPHRE
sensible à l’action du sang. Il fonde celte assertion sur ce que, peu de temps après l’application de l’upas, les contractions du cœur sont irrégulières, intermittentes, puis deviennent faibles, et cessent immédiatement après la mort : alors cet organe se trouve distendu par une grande quantité de sang. [ Philosophical Transactions , p. 196 , année 1811. ) Emmrrt a fait aussi les mêmes observations sur l’état du cœur des animaux empoisonnés par l’anthiar.
0SJ CAMPHRE.
Le camphre est solide , blanc, transparent , et plus léger ([lie l’eau ; son poids spécifique est de 0,9887; sa consistance est grasse; il est ductile, granuleux et d’une saveur amère, chaude et piquante; son odeur est très vive et assez désagréable; il cristallise ordinairement en pyramides à six faces ou en lames carrées. Exposé à l’action du calorique dans des vaisseaux fermés, il se volatilise avec la plus grande facilité; il est même volatil à la température ordinaire, comme on peut s’en convaincre en examinant les cristaux formés à la partie supérieure des bocaux dans lesquels il est ordinairement renfermé. Lorsqu’on le chauffe à l’air, il brûle avec une flamme blanche , à la manière des substances très hydrogénées ; il répand une vapeur abondante et se décompose. On peut faire cette expérience en plaçant un petit fragment de camphre sur l’eau , et en approchant un corps en combustion.
L’eau ne peut dissoudre qu’un 1152e de son poids de camphre; mais il est miscible à ce liquide à l’aide d’un corps mucilagineux. L’alcool et l’eau-de-vie ordinaire en dissolvent une assez grande quantité ; ces dissolutions sont décomposées par l’eau, et laissent précipiter du camphre d’une couleur blanche. Le produit se dissout dans une nouvelle quantité d’alcool. L’acide acétique dissout abondamment le camphre ; on peut même dire qu’il est son meilleur dissolvant. L’acide azotique dissout également ce principe immédiat, et la liqueur se sépare en deux portions : l’une , supérieure , ayant l’aspect huileux, contient beaucoup de camphre et de l’acide azotique très concentré; l’autre, inférieure, peu camphrée, renferme de l’acide azotique très faible. L’huile d’olives peut dissoudre une très grande quantité de camphre , pourvu qu’on élève un peu la température du mélange.
Action du camphre sur l’économie animale.
Le camphre , introduit dans l’estomac des chiens à la dose de 8 ou 10 grammes, occasionne des symptômes graves, suivis presque tou-
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jours cle la mort; ses effets délétères sont encore plus énergiques lorsqu’on l’injecte dans les veines. Quel est le mode d’action de celle substance vénéneuse?
Expérience irc. — On a fait prendre à un chien de petite stature 8 grammes de camphre trituré avec deux jaunes d’œuf. Au bout de dix minutes, l’animal a paru agité; il a parcouru rapidement le laboratoire, s'est arrêté tout-à-coup en s’appuyant fortement sur les pattes antérieures, et en agitant les muscles de la face d’une manière convulsive. Un instant après, les convulsions sont devenues générales; il est tombé sur le côté, ayant la tête fortement renversée en arrière et ses extrémités dans une agitation extrême; les yeux , saillants, et pour ainsi dire hors de l’orbite, offraient une injection marquée de la conjonctive, et n’étaient point sensibles aux impressions extérieures ; l’animal n’entendait point et avait entièrement perdu l’usage de ses facultés intellectuelles : la bouche était remplie d'une écume épaisse; la langue et les gencives étaient un peu livides, la respiration gênée et accélérée. A la fin de cette attaque, qui a duré quatre minutes, l’animal a vomi une petite quantité de matières molles et liquides, composées en partie de la substance ingérée (I).
Expérience iic. — On a donné à un chien de moyenne taille 12 grammes de camphre dissous dans 45 grammes d’huile d’olives ; on a fait la ligature de l’œsophage afin d’empêcher le vomissement. Après quelques minutes, l’animal a paru inquiet; sa marche était chancelante , et les muscles de la tête offraient quelques mouvements convulsifs. Ces symptômes ont été immédiatement suivis d’un accès général qui a duré près d’une minute et demie, et dans lequel l’animal se tenait couché sur le côté; il avait la tête à peu près dans la position ordinaire, et tous les muscles dans une grande agitation ; les organes des sens étaient insensibles aux objets environnants; les yeux étaient saillants , et la respiration comme suspendue. Après la cessation de ces accidents, il est resté vingt minutes sans paraître éprouver aucune action notable de la part du poison ; il marchait librement et semblait avoir recouvré l’usage des sens. Un instant après , il a commencé à avoir de la difficulté à marcher ; sa tête était ramenée en arrière comme par secousses, et les membres antérieurs s’affaiblissaient; tantôt , faisant quelques pas en arrière, il s’arrêtait tout-à-coup pour s’appuyer sur les pattes postérieures ; tantôt il tournait en décrivant un cercle d’un assez grand diamètre. Cet état a duré dix minutes ; alors a commencé une attaque des plus violentes: lout-à-coup l’animal est tombé en arrière en renversant la tète sur la colonne vertébrale, comme pour faire la culbute ; les muscles de tout le corps, principalement ceux des extrémités et ceux de la mâchoire inférieure,
(1) J’ai répété avec le docteur Courront, mon ami et mon élève, la majeure partie des expériences physiologiques concernant te camphre et la coque du Levant, et il en a fait l’objet d’une dissertation inaugurale qu’il a soutenue à Paris , dans le mois de janvier ! 81 5 , n° 5.