‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 129 sur 172 · DU CAMPHRE · texte numérisé non relu

DU CAMPHRE

étaient agités très violemment; des cris horribles annonçaient la douleur à laquelle il était en proie ; l’insensibilité des organes des sens était complète; la bouche était remplie d’écume, la langue et les gencives un peu livides; la respiration, très laborieuse, était accompagnée de l'exhalation d’une grande quantité de vapeurs d’une odeur camphrée. L’animal a succombé dans cet état sept minutes après le commencement du dernier accès. On l’a ouvert sur-le-champ, et on a trouvé le sang du ventricule gauche d’un rouge foncé , les poumons affaissés, d’un tissu plus serré qu’à l’ordinaire, et visiblement injectés.

Cette expérience , répétée sur plusieurs autres chiens auxquels on n’a fait prendre que 8 grammes de camphre, a offert les mêmes résultats.

Expérience me. — A onze heures du matin , on a introduit dans l’estomac d’un petit chien très faible 12 grammes de camphre dissous dans 120 grammes d’huile, et on a lié l’œsophage. A une heure et demie, l’animal a eu une attaque convulsive qui a duré cinq minutes. A midi et demi, nouvelle attaque. A deux heures un quart, mouvements convulsifs continus dans les diverses parties du corps , et principalement dans les muscles des mâchoires ; bouche presque constamment ouverte. A cinq heures, même état; l’animal n’avait pas cessé un instant de tenir la bouche ouverte, comme s’il eût cherché à introduire une plus grande quantité d’air. A six heures , il était expirant : il est mort une heure après. On l’a ouvert le lendemain : l’estomac contenait environ 60 grammes d’un fluide brunâtre et fdant; la membrane muqueuse, enflammée, offrait plusieurs bandes longitudinales d’un rouge vif, et d’autres circulaires, d’un rouge noirâtre ; il n’y avait point d’ulcération. Le cerveau n’était le siège d’aucune altération remarquable.

On a obtenu un résultat analogue en donnant à un autre chien 8 grammes de camphre dissous dans 90 grammes d’huile.

Expérience ivc. — Lorsqu’on injecte dans la veine jugulaire d’un chien 75 ou 80 centigrammes de camphre dissous dans 12 ou 16 grammes d’huile d’olives , on remarque que l’injection est à peine terminée que l’animal éprouve déjà tous les phénomènes que je viens de décrire dans les expériences précédentes , et il meurt dans l’espace de quatre, six ou huit minutes, suivant sa force.

Expérience Ve. — A deux heures, on a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien très robuste 3 décigrammes de camphre dissous dans 12 grammes d’huile d’olives. A six heures du soir, l’animal, qui n’avait encore rien éprouvé , avait des vertiges ; ses extrémités postérieures étaient faibles, sa respiration un peu gênée, les battements du cœur comme avant l’opération. Il est mort le lendemain à quatre heures du matin. Le canal digestif paraissait sain ; les poumons contenaient de l’air et étaient infdtrés de sérosité.

Expérience vie. — On a appliqué sur le tissu cellulaire du dos d’un chien robuste 24 grammes de camphre dissous dans la plus petite quantité d’huile possible. Cinq jours après, l’animal n’avait rien éprouvé et mangeait avec appétit.

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Expérience viic. — La même expérience a été répétée sur un chien de moyenne taille avec la même dose de camphre et d’huile, que l’on a mise en contact avec le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse. Au bout de dix heures , l’animal n’avait éprouvé aucun phénomène sensible. Vingt-quatre heures après l’application , il était sous l’influence du poison et dans un grand état d’agitation ; les membres offraient des mouvements convulsifs ; il est mort deux jours après. La cuisse opérée n’était le siège d’aucune altération marquée; ia vessie était remplie d’urine; les autres organes paraissaient sains.

Cette expérience , répétée, a offert les mêmes résultats.

Expérience viiic. — On a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un petit chien assez robuste ; on a introduit dans son estomac 16 grammes de camphre divisé en plusieurs fragments , que l’on a enveloppés dans un cornet de papier : l’œsophage a été lié afin d’empêcher le vomissement. L’animal est mort deux jours après , sans avoir été agité de mouvements convulsifs , et sans avoir poussé la moindre plainte ; il avait seulement été plongé dans un grand état d’abattement. A l’ouverture du cadavre, on a remarqué que l’estomac contenait quelques morceaux de camphre nageant dans un fluide noirâtre, filant, qui tapissait l’intérieur de ce viscère; la membrane muqueuse, de couleur naturelle, offrait, près du pylore, quatre ulcères longitudinaux, recouverts par une matière noire que l’on pouvait détacher facilement. Les bords de ces ulcères étaient, relevés et assez saillants.

D’autres chiens, sur lesquels cette expérience a été répétée, et auxquels on n’a fait prendre que 16 grammes de camphre en fragments, ont offert les mêmes phénomènes, excepté que la mort n’est arrivée quelquefois qu’à la lin du quatrième ou du sixième jour.

Expérience ixc. — Seize grammes de camphre en fragments, et dont moitié environ se trouvait plus divisée, furent introduits dans l’estomac d’un gros chien , auquel on lia l’œsophage. Quatre heures après l’opération , l’animal éprouva tous les symptômes nerveux que j’ai décrits dans l’expérience l'e, aveE cette différence que l’attaque, quoique violente, paraissait se terminer a chaque instant , et qu’elle se renouvelait aussitôt. Sa durée fut de six minutes. Depuis cet accès, le chien fut plongé dans un abattement extrême, et il ne succomba que six jours après. On en fit l’ouverture , et on remarqua que la face interne de l’estomac était parsemée d’ulcères.

Expérience xc. — On a voulu savoir quelle était l’action du camphre artificiel préparé selon la méthode de Kind, en faisant passer un courant de gaz acide chlorhydrique à travers l’huile de térébenthine. Pour cela, on a fait prendre à un chien robuste 16 grammes de cette substance dissoute dans /i5 grammes d’huile d’olives : elle n’a produit sur l’animal aucun des effets du camphre. Le chien était abattu, et il n’est mort que le septième jour. Ouverture du cadavre. On a remarqué près du pylore plusieurs ulcères de figure ovalaire , mais dont l’aspect différait entière-

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ment de celui qu’offrait, dans l’expérience i\% la lésion produite par le camphre naturel.

On peut conclure de tout ce qui précède, l"que lorsqu’on introduit dans l’estomac d’un chien 12 ou 16 grammes de camphre divisé par une huile , le camphre ne tarde pas à être absorbé, porté dans le torrent de la circulation, et qu’il agit en excitant énergiquement le cerveau et tout le système nerveux , et en produisant la mort en très peu de temps, au milieu des convulsions les plus horribles ; 2° que lorsqu’il est directement mêlé au sang , au moyen de son injection dans les veines , il détermine les mêmes phénomènes , mais d’une manière beaucoup plus rapide ; 3'1 qu’il développe les mêmes acci dents, mais d’une manière beaucoup plus lente, lorsqu’il est appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse (1); /i0que dans presque tous les cas, les animaux succombent à l’asphyxie qui est la suite de la cessation de la respiration , ou du moins de la gêne avec laquelle celte fonction s’exerce pendant les violentes secousses convulsives; 5° que l’analogie qui existe entre l’action du camphre et celle des diverses espèces de stnjchnos décrites par MM. Magendie , Delille et Desportes, n’est pas assez grande pour que l’on puisse considérer leurs effets comme identiques, les slrychnos affectant spécialement la moelle épinière, tandis que le camphre agit sur tout le système nerveux , et principalement sur le cerveau ; 6 1 que le camphre en fragments n’est point digéré, et qu’il exerce une action locale capable de produire l’ulcération de la membrane muqueuse de l’estomac et par conséquent la mort ; 7° que si le camphre en fragments détermine des effets nerveux , cela tient à une division plus grande de quelques unes de ses parties; 8° enfin que le camphre artificiel à la dose de 16 grammes, lorsqu’il a été divisé par une huile, ne donne lieu à aucune lésion du système nerveux, et borne son action à produire quelques petits ulcères dans la membrane muqueuse de l’estomac.

Observation lre. — M d’une complexion plutôt maigre que grasse,

ayant la peau blanche et colorée en rouge sur les joues, d’une constitution rarement altérée par les maladies , mais sujet à de légères affections nerveuses, avait depuis quelques jours une constriction du sphincter de

(1) En pratiquant des frictions à la partie interne de la cuisse avec de l'huile camphrée , on observe , chez l’homme , une action directe sur les reins et sur la vessie. Il y a quelques années, plusieurs praticiens de Brest employèrent ce moyen avec succès pour modérer l’irrita.lion produite sur le dernier de ces organes par des vésicatoires. Chrexiien rapporte aussi une observation de ce genre. Il est à présumer que le camphre est absorbé dans ces circonstances.

DES POISONS NAIU'.OTICO-ACRES.

l’anus qui lui causait par intervalles de vives douleurs. Pendant cet espace de temps, il eut recours à des lavements mucilagineux , mais sans en éprouver aucun soulagement. On lui prescrivit d’ajouter au lavement 2 grammes de camphre : il n’en prit que 9 décigrammes : la douleur fut entièrement suspendue pendant environ une heure. Le lendemain , on lui administra 2 grammes de camphre en lavement; quelques minutes après, il sentit un goût de camphre à la gorge; au bout d’un quart d’heure, n’ayant pas rendu le lavement, il éprouva un sentiment d’inquiétude et de malaise général. Comme cet état pénible allait en augmentant, il sauta en bas de son lit , et il fut surpris de se trouver plus léger que de coutume; il lui semblait qu’il tenait à peine 5 la terre et qu’il l’effleurait pour ainsi dire en marchant. Il descendit pour chercher du secours ; sa marche était incertaine et chancelante; il se promenait en gesticulant et en demandant avec instance un verre de vin. Sa face était pâle, ses yeux hagards, ses traits altérés; il éprouvait un froid léger dans toute l’étendue de la peau, avec un sentiment d’engourdissement au cuir chevelu, mais surtout à la nuque; la peau était fraîche et humide dans quelques parties , le pouls était faible et serré; il lui semblait qu’il avait une disposition à la défaillance ; son esprit était particulièrement alfeclé ; c’était un état de vive inquiétude, et cependant il ne se croyait pas en danger. Il était ému et versait des larmes qu’il s’étonnait de répandre parce qu’elles étaient sans motif, et qu’il ne pouvait les arrêter parce qu’elles étaient involontaires. Cet état continua pendant environ une demiheure, en diminuant graduellement. Le vin qu’il but contribua beaucoup à le rétablir. Il exhalait par la bouche une très forte odeur de camphre qui subsista pendant toute la journée ; la constriction douloureuse ne se fit pas sentir pendant tout ce temps; elle ne se renouvela que vingt-quatre heures après , et céda ensuite complètement à GO centigrammes de camphre administré en deux doses de la même manière. ( Observation communiquée par Edicards. ]

Observation 2e. — Un homme sujet à une affection hypochondriaque des plus vives, et qui lui causait des accidents spasmodiques très fréquents, avala par méprise , en une seule fois, 2 grammes 6 décigrammes de camphre dissous dans l’huile d’olives ; les effets de cette imprudence furent des vertiges, le froid des extrémités, une grande anxiété, une sueur froide de la tête, un délire léger accompagné de somnolence; le pouls était petit et languissant. A ces symptômes succédèrent bientôt une grande chaleur, un pouls plus accéléré, des urines rouges; mais le malade fut bientôt dédommagé de cet accident, puisqu’il fut totalement délivré de ses spasmes. ( Rapport d’après Hoffmann par M. H allé , dans un Mémoire inséré parmi ceux de la Société royale de Médecine,

Traitement. (Voy. Coque du Levant. )

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