DE LA COQUE DU LEVANT
DE ÏiA COQUE DU LEVANT.
La coque du Levant est le fruit d’un arbrisseau ( menispermvm cocculus, de la famille des ménispermes, deladiœcie décandrie de L.) qui croît naturellement dans le sable , au milieu des rochers , sur les côtes du Malabar, de l’île de Geylan, et dans d’autres parties des Indes orientales. On le trouve surtout à l’ombre des grands arbres, dont il embrasse le tronc en s’élevant jusqu’à leurs plus hautes branches.
Ce fruit offre le volume d’un gros pois; il est presque rond, et présente à la partie de sa surface qui correspond à l’insertion du placenta une dépression marquée , ce qui lui donne jusqu’à un certain point la forme d’un rein. Il est composé , 1° d’une tunique extérieure , mince, sèche, friable, noirâtre, rarement lisse, et le plus souvent couverte de rugosités , à laquelle on a donné le nom de brou et d 'écorce; 2" d’une coque blanche, ligneuse, à deux valves, recouverte par celle tunique; 3° d’un placenta central, rétréci par le bas, élargi par le haut, et attaché à la portion de la surface qui est déprimée, de manière que la coque se trouve divisée intérieurement en deux petites loges; k° d’une amande blanchâtre ou roussâtre , d’une saveur amère très prononcée , partagée en deux lobes par le placenta , et remplissant l’espace compris entre celui-ci et la coque ; cette amande s’atrophie avec le temps , en sorte que les fruits dont je parle finissent par être presque entièrement vides. La coque du Levant est inodore , et contient de la picrotoxine , de la ménispermine, des acides oléique et margarique, une matière albumineuse, une partie colorante jaune, du ligneux, une certaine quantité de matière sucrée, et des sels.
DE LA BSCÜDTOXÏHE (I).
La picrotoxine est sous forme d’aiguilles aciculaires, de filaments soyeux et flexibles, de masses mamelonnées ou de cristaux durs et grenus. Elle est blanche, brillante, demi-transparente et excessivement amère. Elle se dissout dans 25 parties d’eau bouillante , dans 150 d’eau froide et dans 3 parties d’alcool. Les acides ne se combinent pas avec elle , tandis que les alcalis minéraux favorisent tous sa dissolution dans l’eau ; aussi la considère-t-on comme jouant plutôt le rôle d’acide que de base dans les diverses combinaisons qu’elle
(l) Du grec irupoç , omet’, cl de t&Îixov , /> u.snu,
forme. L’acide sulfurique, à la température de 14°, la jaunit peu à peu, puis la fait passer au rouge safrané, et pour peu que l’on chauffe, la matière se détruit et se charbonne entièrement.
Action de la coque du Levant et de la picrotoxine sur l’économie animale.
Les effets délétères produits par la coque du Levant sur les poissons, les oiseaux de paradis, les chèvres et les vaches sauvages , les crocodiles, etc. , ont engagé quelques médecins à faire des expériences sur les animaux vivants , dans le dessein de reconnaître son mode d’action. M. Goupil , médecin à Nemours, a communiqué à la Société de médecine quelques faits intéressants sur ce sujet. Voici les conclusions qu’il a cru pouvoir tirer de son travail :
1" La coque du Levant est non seulement un poison pour les poissons , mais aussi pour différents quadrupèdes carnivores , et très probablement pour l’homme ; 2° elle peut être rangée dans la classe des poisons végétaux irritants; 3° son enveloppe ligneuse n’a qu’une propriété émétique , même chez les poissons , et à telle dose qu’elle soit administrée ; 4° c’est dans l’espèce d’amande renfermée dans cette enveloppe que réside la partie vénéneuse , qui du reste n’est pas sensiblement altérée par les sucs digestifs et l’action vitale des organes de la digestion, et qui passe , au contraire , dans le système absorbant avec toutes ses propriétés : la chair des poissons qui en ont mangé irrite l’estomac et les entrailles des animaux auxquels on la donne, à peu près comme la coque du Levant elle-même; 5° tous les poissons qui en ont mangé ne meurent pas dans un temps égal : gardons, meuniers , brèmes, perches, tanches, barbeaux , tel est à peu près l’ordre dans lequel ces poissons paraissent résister : le gardon est tué le plus facilement; le barbeau est le dernier à mourir; de tous les poissons, le barbeau est celui dont la chair produit le plus souvent des accidents chez les animaux qui le mangent, probablement par la raison que ce poisson mettant un temps plus long à mourir, le poison est plus long-temps soumis à l’action des sucs digestifs, et il s’en trouve une grande quantité d’absorbé. ( bulletin de la Société de l'Ecole de Médecine , novembre 1807.)
RL. Houltay, dans sa dissertation sur la coque du Levant, dit que 5 centigrammes de picrotoxine , mêlée à l gramme de mie de pain , ont suffi pour faire mourir une forte grenouille à laquelle on l’a fait avaler; tandis que l’huile concrète, la substance végéto-animale , la partie colorante et l’eau distillée sur celte semence n’ont produit aucun mauvais effet sur les mêmes animaux auxquels il en fit prendre des quantités beaucoup plus considérables; d’où il conclut que la pi-