DE LA COQUE DU LEVANT. Z
crotoxine est la seule matière à laquelle la coque du Levant doit ses propriétés délétères.
En comparant les effets de la picrotoxiue à ceux de la coque du Levant, j’ai cherché à déterminer le mode d’action de ces deux substances.
Expérience ire. — Lorsqu’on fait avaler à des cliiens robustes 12 ou 16 grammes de coque du Levant pulvérisée autant que possible , et qu’on lie l’œsophage immédiatement après l’ingestion de la substance vénéneuse, on remarque que ces animaux ne tardent pas à faire des efforts répétés pour vomir. Au bout de vingt , vingt-cinq , trente minutes , leur marche et leur attitude sont chancelantes ; leurs yeux deviennent saillants et hagards; leurs muscles sont agités d’un tremblement d’abord léger, mais qui augmente par degrés; bientôt après, leurs traits sont altérés par des mouvements convulsifs des diverses parties musculaires de la face ; des contorsions et des grimaces horribles annoncent une attaque nerveuse générale; loul-à-coup, ils font quelques pas en arrière, raidissent les pattes antérieures , s’arrêtent , et ce n’est qu’avec peine qu’ils évitent de tomber en se reposant sur les extrémités postérieures; leur tôle ne tarde pas à éprouver une violente secousse, comparable à celle qui résulterait d’une forte décharge électrique sur les grenouilles ; quelquefois ces commotions sont assez vives pour que cette partie soit renversée sur le tronc , et pour produire une culbute en arrière, dans laquelle la tète frappe d’abord le sol avec véhémence , et le corps roule en tous sens. Ces effets cessent pendant une ou deux minutes ; les animaux se lèvent , essaient de faire quelques pas en avant ; mais ils sont bientôt attaqués de nouveau ; l’intensité et la fréquence de ces accès augmentant de plus en plus, on ne tarde pas à apercevoir les convulsions les plus effrayantes : couchés ordinairement sur le côté, ils agitent leurs pattes avec une force et une rapidité extrêmes ; la tele et la queue sont plus ou moins renversées sur la partie postérieure de la colonne vertébrale; les organes des sens n’exercent plus leurs fonctions, et on peut déplacer ces animaux, les heurter, crier autour d’eux sans qu’ils donnent le moindre signe de connaissance ; leur bouche devient écumeuse; la langue et les gencives sont plus ou moins livides, la conjonctive injectée, leur respiration accélérée et laborieuse; quelquefois, dans celte contraction générale, ils ont une émission involontaire d’urine et d’excréments. Cet état dure deux ou trois minutes ; les animaux paraissent calmes pendant quelques instants , et ne tardent pas à retomber dans un nouvel accès; ils (missent par succomber après une ou deux attaques. Ordinairement, la mort a lieu une demi- heure ou une heure après l’ingestion du poison. A l'ouverture de leur corps, on ne remarque aucune lésion dans 1 étendue du canal digestif ; le ventricule gauche du cœur renferme un sang d’un rouge brun , et les poumons sont peu crépitants, d’un tissu plus serré qu’à l’ordinaire, et d’une couleur foncée par plaques.
Expérience ii*. — Si au lieu de lier l’œraphage après avoir introduit la
coque du Levant dans l’estomac des chiens, on leur laisse la faculté de vomir, iis la rejettent presque en entier, et échappent quelquefois 5 la mort, quoiqu’ils aient éprouvé assez souvent deux ou trois attaques semblables à celle qui vient d’être décrite.
Expérience iiic. — On a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit chien 6 grammes 6 décigrammes de coque du Levant finement pulvérisée et mêlée avec 31 grammes 25 centigrammes d’eau. Au bout de dix minutes, l’animal a eu une attaque convulsive analogue à celle dont j’ai parlé ( expérience lrc ) , et il est mort quarante minutes après l’application de la substance vénéneuse. On l’a ouvert sur-le-champ. Le cœur ne se contractait plus : il contenait du sang fluide et noirâtre; les poumons paraissaient ridés et gorgés; les autres organes n’offraient aucune altération.
Expérience ive. — Lorsqu’on se borne à écraser grossièrement le fruit du menispermum cocculus, et qu’on en introduit 16 ou 20 grammes dans l’estomac des chiens de petite taille , on n’observe aucun des symptômes nerveux que j’ai fait connaître , lors même que l’on a pratiqué la ligature de l’œsophage pour s’opposer au vomissement ; dans ce dernier cas seulement , les animaux ne succombent qu’après avoir été plongés dans un grand état d’abattement pendant quatre, cinq, six ou huit jours. A l’ouverture des cadavres, on retrouve dans l’estomac tous les fragments de la coque, et les tissus n’offrent aucune altération.
Expérience vc. — On a fait manger â un petit carlin très robuste 60 centigrammes de picrotoxine non purifiée. Au bout d’une demi-heure, l’animal , qui n’avait encore rien éprouvé , a vomi une petite quantité de matière jaune liquide , et il a été en proie à une attaque des plus violentes. Les muscles de la face ont d’abord été agités de légers mouvements convulsifs qui bientôt sont devenus très intenses , en sorte que l’animal faisait des grimaces horribles; sa marche était chancelante et toujours en arrière ; les pattes antérieures , fortement appuyées sur le sol , l’empêchaient de tomber lorsqu’il venait à s’arrêter. Cet état a duré trois minutes : alors l’animal est tombé sur le côté ; les convulsions sont devenues générales et cruelles; la tète et la queue, fortement renversées sur la partie postérieure de la colonne vertébrale, formaient un arc avec le tronc; les pattes antérieures exécutaient des mouvements fréquents et analogues à ceux qu’exercent ordinairement les chiens qui nagent. Les yeux, rouges et saillants, étaient momentanément fermés par l’agitation des paupières ; l’animal ne donnait aucun signe de sensibilité à l’approche des corps propres à l’exciter; la langue, d’une couleur livide, plongeait dans une grande quantité d’écume blanche, très épaisse. L’attaque a duré douze minutes, et s’est terminée par un trismus qui avait été précédé du craquement des mâchoires. Pendant les huit minutes qui ont suivi cet accès , l’anima! n’a offert d’autres phénomènes qu’un état d’insensibilité générale et une gène extrême de la respiration. Il a succombé cinquante-trois minutes après l’ingestion de la substance vénéneuse. L’ouverture du cadavre n’a offert aucune lésion du canal digestif.