DE LA COQUE DU LEVANT
Expérience \ic. — On a fait manger à un autre chien très fort 22 centigrammes de picrotoxine parfaitement pure. Au bout d’un quart d’heure, l’animal a vomi une petite quantité de matière jaunâtre et liquide ; les vomissements se sont renouvelés cinq fois dans l’espace d’une heure, sans qu’il soit survenu aucun accident nerveux. Le lendemain, l’animal était bien portant.
Expérience vii'. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien assez robuste 7 centigram. de picrotoxine pure , dissoute dans 16 gram. d’eau. Au bout d’une minute , l’animal a éprouvé de légers mouvements convulsifs dans la face ; les yeux étaient hagards , et il est aussitôt tombé sur le côté : alors l’attaque est devenue générale , excessivement forte , et en tout semblable à celle que j’ai décrite dans l’expérience 5e, page 500; elle n’a cessé qu’au bout de huit minutes, après quoi l'animal est resté tranquille , et il a expiré vingt minutes après l’injection. A l’ouverture du cadavre , on a vu que le sang du ventricule gauche était d’un rouge brun; les poumons étaient ridés, peu crépitants, et d’une couleur foncée par plaques.
Les mêmes phénomènes ont eu lieu en injectant dans la veine jugulaire lx grammes d’eau-mère de picrotoxine.
Tl résulte de ces expériences : 1° que la coque du Levant pulvérisée est un poison énergique pour les chiens ; 2U qu’elle agit, comme le camphre, sur le système nerveux, et principalement sur le cerveau ; 3° qu’on ne doit pas la considérer comme un poison âcre, irritant, ainsi que l’avait cru M. Goupil (1); 4°quela partie active de ce poison est la picrotoxine ; 5 ° que lorsqu’on l’introduit peu divisée, elle borne ses effets à produire des nausées et quelques vomissements ; 6° enfin que le vomissement paraît être le meilleur moyen de s’opposer aux accidents qu’elle développe lorsqu’elle est encore dans l’estomac.
Traitement de 1’empoisonnemenl par la strychnine, la brucine, la noix vomique, la fève de Saint-Ignace , les upas, la fausse auguslure , lelicunas, le vvoorara, le curare, le camphre, la coque du Levante! la picrotoxine.
Mt\l. Magendie et Delille ont prouvé que le sel marin ( chlorure de sodium), dont se servent les Indiens qui ont été blessés par l’upas, n’était pas le contre-poison de cette substance vénéneuse, soit qu’elle eût été introduite dans l’estomac, soit qu’on l’eût appliquée à l’extérieur. Les moyens qui leur ont le mieux réussi pour annuler
(I) Il est probable que la rougeur observée par M. Boullay à l’intérieur de l’estomac d’un chien auquel il avait fait avaler 50 centigrammes de picrotoxine, tenait à ce que l’animal avait été tué pendant la digestion, puisque l’estomac était rempli d’aliments.
DliS POISONS NARCOT1CO-ACRES.
ses effets, ainsi que ceux de la noix vomique el de la fève de Saint- Ignace, consistent à faire rejeter le poison le plus promptement possible , à l’aide des émétiques et du chatouillement de gosier, et à s’opposer ensuite à l’asphyxie, qui est la principale cause de la mort, en pratiquant la trachéotomie et en insufflant de l’air dans les poumons. La mort a été retardée chez plusieurs animaux soumis à ce mode de traitement , et elle n’a eu lieu que lorsqu’on a cessé l’insufflation de l’air. Dans les cas où ces poisons ont été appliqués sur des blessures faites aux membres, ils les ont empêchées de devenir mortelles, en retirant aussitôt l’instrument qui a pénétré, en cautérisant la plaie jusqu’au fond, et en pratiquant une ligature au dessus de l’endroit blessé. L’efficacité de ces préceptes est confirmée par un fait généralement connu , savoir, qu’une hémorrhagie dans le membre opéré empêche l’empoisonnement, parce qu’elle s’oppose au mélange du sang avec la substance délétère. l’ai reconnu l’utilité de ces moyensdans les expériences que j’ai tentées sur la fausse angusture, le camphre et la coque du Levant. Un émétique , administré quinze ou vingt minutes après l’ingestion de ces poisons, a procuré des évacuations abondantes; les attaques ont été moins fortes qu’à l’ordinaire , et il a suffi de prolonger l’insufflation pendant une heure ou une heure et demie pour empêcher les animaux de mourir. Dans quelques circonstances, je n’ai fait usage du vomitif qu’à la fin de la première ou de la seconde attaque, et il m’a fallu prolonger l’insufflation pendant trois ou quatre heures pour obtenir les mêmes résultats. Quelquefois même les animaux seraient morts sans l’emploi d’une potion et de lavements purgatifs. Il est à remarquer que l’eau éthérée et l’huile de térébenthine m’ont paru exercer une influence salutaire pour rétablir entièrement la santé des animaux empoisonnés par l’une ou l’autre de ces substances vénéneuses. Je ne quitterai pas ce sujet sans faire sentir l’importance que l’on doit attacher à l’insufflation de l’air dans les poumons : ce moyen exige beaucoup de patience de la part du médecin; car il n’est efficace que lorsqu’il est employé pendant plusieurs heures. Je garantis avoir sauvé par ce moyen quatorze animaux sur vingt; et il n’est point douteux qu’ils auraient succombé asphyxiés si on ne l’eût pas mis en usage.
L’eau chlorée, employée comme il a été dit en parlant de l’acide cyanhydrique ( voy. p. 300), sera excessivement utile pour combattre 1rs accidents que déterminent ces toxiques.
Si l’empoisonnement était l’effet de l’application extérieure de l’une ou de l’autre de ces substances, on aurait recours à la ventouse , comme il a été dit à la page 12 du tome Ier.