AMANITA
Le genre amanita (agaric-bourse) delà famille des agaricoïdées offre les caractères suivants : champignon sortant d’une bourse ou d’un volva; chapeau garni de feuilles ou de lamelles rayonnantes en dessous, et supporté par un pédicule plus ou moins renflé à sa base. (Vov. pl. 14 , figure 2 démon Traité de Médecine légale.)
Description des espèces.
1° Fausse oronge (variété de l’ amanita aurantiaca de Persoon , agaricus mus<arius de Linnée, agaricus pseudo-aurantiacus de Bulliard.). (Yoy. ma Médecine légale , planche 14, fig. lre:demigrand. nat. ) Caractères. Son chapeau atteint 14 à 18 centimètres; il est d’abord convexe, et ensuite presque horizontal; sa couleur, rouge écarlate , est plus foncée au centre; il est un peu rayé sur le bord, et presque toujours tacheté de tubercules ou verrues blanches qui sont les débris du volva ; le pédicule, long de 8 à 12 centimètres, est blanc, plein, cylindrique, excepté à sa base, où il est épais; les feuillets (lames) sont blancs, inégaux, recouverts, dans leur jeunesse, d’une membrane qui se rabat sur le pédicule et forme son collier. Le volva est incomplet , c’est-à-dire qu’il ne le recouvre pas entièrement à sa naissance, et forme quelques écailles le long du pédicule. Ce champignon est très commun dans l’Europe septentrionale.
V oronge vraie ( amanita aurantiaca ), que l’on mange souvent , se distingue de la précédente , 1° parce que dans sa jeunesse elle est enveloppée dans le volva , ce qui lui donne de la ressemblance avec un œuf; 2" par la couleur orangée du chapeau, qui du reste n’est point tacheté de verrues blanches; 3° par les feuillets, qui sont jaunâtres.
2° Amanite vénéneuse ( amanita venenosa de Persoon). Cette espèce comprend Vagaricus bulbosus et X'agaricus bulbosvs venues de Bulliard. (Voy. mon Traité de Méd. lég. , pl. 14, fig 2.) Caractères. Couleur blanche , sulfunjie ou verdâtre , pédicule bulbeux ,
entouré à sa base d’un volva qui couvre son chapeau avant son développement, et sur lequel il reste des lambeaux qui sont difformes et larges vers le bord , mais plus petits et polyèdres au milieu ; il y a en outre à la tige un anneau ou collet assez large et épais, et souvent rabattu. Les feuillets sont blancs , et conservent toujours cette couleur sans devenir rougeâtres. Le chapeau est convexe , charnu , large de trois à quatre doigts, rarement dépourvu de verrues ; l’odeur en est vireuse, assez forte ; la saveur âcre et styptique , surtout après quelques instants , quand on en a mâché. ( Persoon. )
Première variété. — Amanita bulbosa alla de Persoon ( agaricus bulbosus vernus de Bulliard, oronge-ciguë blanche de Paulet. Voy. mon Traité de Médecine légale, pl. 15, fig. lre : gr. nat.). Caractères. Elle est entièrement blanche , quelquefois un peu jaunâtre au sommet ; le chapeau , qui était d’abord convexe , devient concave parce que les bords se relèvent en vieillissant; ses feuillets sont nombreux, divisés en feuillets et en parties de feuillets. On peut la distinguer de l’agaric comestible de Bulliard (champignon découché) , parce que ce dernier n’a point de bourse ni de pied bulbeux, que le chapeau ne porte point de verrues , qu’il peut être pelé facilement; par l’irrégularité de son collet , qui est rongé à ses bords ; parce que sa superficie est sèche, qu’il est toujours, au-dessous, d’une couleur rose ou vineuse, d’abord tendre et ensuite plus foncée, et à la fin d’un brun noirâtre, tandis que les feuillets de la variété que je décris sont toujours blancs. Cette variété est très commune dans les bois , et a souvent causé des accidents fâcheux , parce qu’elle a été confondue avec le champignon comestible.
Deuxième variété. — Amanita citrina ou sulfurine de. Persoon ( oronge-ciguë jaunâtre de Paulet, agaricus bulbosus de Bulliard. Voy. mon Traité de Médecine légale , pi. 15, fig. 2 : demi-gr. nat.). Caractères. Le chapeau et l’anneau offrent une couleur citrinc pâle; le pédicule, long de 10 à 12 centimètres , est bulbeux et légèrement strié à son sommet. On la trouve abondamment en automne , mêlée avec les feuilles sèches dans les endroits sombres des bois.
Troisième variété. — Amanita viridis ( oronge-ciguë verte de Paulet, agaricus bulbosus de Bulliard. Voy. mon Traité de Médecine légale, pl. 15, fig. 3 : demi-grand, nat.). Caractères. Chapeau presque toujours glabre , sans lambeau ou débris du volva ; le renflement (bulbe) qui est à la base du pédicule est plus arrondi que dans les deux variétés précédentes , il n’est pas aplati comme dans ces variétés (1). Elle a une couleur d’herbe quelquefois olivâtre ou grisâtre,
(I) Ces caractères ne sont-ils pas suffisants pour faire de ce champignon une espèce particulière, comme l’a indiqué Persoon?
et elle est plus grande que les précédentes. On la trouve en automne dans les bois touffus; mais elle est moins commune que les deux autres.
Il existe encore un certain nombre d’espèces vénéneuses mal connues , que M. Paulet a indiquées sous le nom générique d’/ njpophyllurn , et qui paraissent devoir être rapportées au genre amanita : ces espèces sont désignées sous les noms d’oronge visqueuse , blanche , à pointes de trois-quarts , à pointes de râpe, souris, croix de Malte, peaussier e de Picardie, et Av laiteux pointu rougissant.
Oronge visqueuse dartreuse. Grivelé visqueux , ou hypophyllum maculatum de Paulet. (Voy. mon Traité de Médecine légale , pl. 16, üg. li : un tiers de grand, nat.). Caractères. Champignon blanc ou d’un blanc tirant sur le gris , dont la grandeur varie , mais qui a pour l’ordinaire 10 à 12 centimètres de hauteur, et qui offre des pellicules grisâtres, des feuillets , une tige , un bulbe parfaitement blanc , et une surface visqueuse. Chapeau tendre, large de 10 à 12 centimètres, et à peine charnu; il est légèrement rayé, facile à peler, et sujet à se fendre. Feuillets entremêlés de petites portions de feuillets vers les bords; ils sont blancs, et ont leur tranche taillée un peu en dents de scie; ils s’insèrent circulairemenl comme à un bourrelet qui ne touche point à la tige, et sont couverts, en naissant, d’un voile qui se rabat sur la lige en manière de marteau , et forme un collet plus ou moins apparent. Le pédicule, d’abord plein , finit par devenir creux en grande partie, ainsi que le bulbe. On le trouve aux environs de Lagny et dans la forêt de Sénart. ( Paulet. )
Oronge blanche, ou citron, ou bulbeux jaune et blanc, ou hypophyllum albo-citrinum de Paulet. (Voy. mon Traité de Méd. lèg. , pl. 17, fig. 1 : demi-grand, nat.). Caractères. Champignon de taille moyenne et de forme très régulière , tantôt d’un blanc sali de jaune , avec des parcelles de coiffe jaunâtre ou terreuse , ou d’un brun sale ; tantôt avec un chapiteau uni, d’un blanc quelquefois net, et d’autres fois avec une légère teinte jaune. Bulbe fort, saillant, et très arrondi. Pédicule droit et cylindrique , blanc ou diversement coloré , comme je viens de le dire en parlant du champignon en général ; il est d’abord plein, puis il se creuse en partie, et s’évase à son insertion au chapeau, avec lequel il semble se confondre. Chapeau circulaire à surface plus ou moins humide. Feuillets blancs, dont la tranche forme une surface égale et unie ; presque tous de longueur égale, à l’exception de quelques petites portions de feuillets qu’on trouve vers les bords , et dont la base semble tenir aux feuillets complets comme par de petites brides : ces feuillets s’insèrent circulairement sur une sorte de bourrelet qui leur sert do soutien, et ne touchent point au pédicule. Ce
champignon présente assez constamment un léger collet, qui était primitivement un voile fin qui couvrait les feuillets. On le trouve en automne dans les bois des environs de Paris. ( Paulet.)
Orotige à pointes de trois-quarts , ou palette à dards , ou hypophyllum tricuspidatum de Paulet. (Voy. mon Traité de Méd. lég., pi. 17, fig. 2 : demi-grand, nat.). Caractères. Champignon haut de 15 à 18 centimètres , blanc , avec des feuillets qui tirent sur le vert. Chapeau régulièrement circulaire , couvert de pointes triangulaires égales, de forme pyramidale , d’un blanc sale , fortement adhérentes par leur base à la peau qui recouvre le chapeau. Feuillets ordinairement couverts d’une poussière semblable à une fleur de farine , et d’un voile fin qui finit par tenir uniquement à la tige et lui sert de collet. Pédicule blanc , cylindrique , plein , offrant à sa base un bulbe qui à la longue devient creux comme la tige. On le trouve en automne dans le parc de Saint-Maur. ( Paulet.)
Oronge à pointes de râpe, ou petite râpe, ou hypophyllum rapula de Paulet. (Voy. mon Traité de Méd. tég. , pl. 17, fig. 3 : demi-grand, nat.) Caractères. Petit champignon dont le chapeau, de couleur noisette en dessus, offre une multitude de pointes inégales, semblables à celles d’une râpe ordinaire, et d’une couleur plus foncée que celle du chapeau. Feuillets minces, très serrés, blancs, couverts d’abord d’un voile tendre , mais très apparent , qui se déchire en plusieurs portions, et finit par s’effacer entièrement Pédicule blanc, plein d’une substance moelleuse. On le trouve eu automne dans la forêt de Saint-Germain. ( Paulet.)
Oronge-souris , ou oronge-serpent , ou hypophyllum sanyuineutn de Paulet. (Voy. mon Traité de Méd. lég. , pl. 16, fig. 2 : demi-grand, nat.). Caractères. Champignon élancé, déforme conique, de couleur gris de souris , et comme satiné en dessus , avec des feuillets blanchâtres et une tige blanche , un peu tortueuse , qui s’élève à la hauteur de 12 à 15 centimètres, portant un chapiteau qui peut en avoir là 5 d’étendue , et dont la substance intérieure , étant coupée , semble résulter de petits grains qui , à quelque distance, la font paraître de couleur cendrée. Ses feuillets , entremêlés de petites portions de feuillets , sont d’un blanc sale et d’une légère teinte jaune. La tige, d’un blanc sale , est pleine d’une substance très blanche, et porte à sa base les débris d’une enveloppe mince qui couvrait le champignon. On le trouve en automne, surtout en Piémont. (Paulet.)
Oronge croix de Malte , ou hypophyllum crux melilensis de Paulet. (Voy. mon Traité de Méd. lég. , pl. 16, fig. 1 : demigrand. nat.) Caractères. Champignon bulbeux , à bourse , de couleur de chair pâle. Chapeau découpé en cinq ou six parties égales ,
ce qui lui donne presque l’aspect d’une croix de Malte; offrant au centre un bouton arrondi un peu relevé et régulièrement circonscrit. Ses lobes ont environ 5 millimètres d’épaisseur. Feuillets presque tous égaux et de la couleur du chapeau ; ils s’insèrent circulairement et en rayonnant à une espèce de bourrelet sans toucher à la tige. Pédicule droit et colleté , haut de 10 à 12 centimètres, d’abord plein , et qui finit par se vider en grande partie pour devenir fistuleux. Collet et bourse d’un beau blanc , chair fraîche , un peu humide , de la même couleur en dedans qu’en dehors. On le trouve au mois d’août , au bois de Pantin , près Paris. ( Paulet. )
Laiteux pointu rougissant , ou laiteux rougissant , ou hypophyllum pudibundum de Paulet. (Voy. mon Traité de Méd. lég., pl. 17, fig. k : grand, nat.) Caractères. Chapeau dont le centre est élevé en pointe aiguë, qui finit par s’effacer pour faire place à une cavité. Il est blanc ; mais sa chair, ainsi que le suc qu’il fournit lorsqu’on le coupe, acquièrent une couleur rouge carmin par leur exposition à l’air. Les feuillets sont blancs, taillés en biseau et de longueur inégale. Sa tige , qui est une continuité de la substance du chapeau , est cylindrique, et pleine d’une substance moelleuse. Ce champignon est plus rare en France qu’en Italie et dans le Piémont. ( Paulet. )
Oronge peaussiere de Picardie, hypophyllum pelHtum de Paulet. (Voy. mon Traité de Médecine légale, pl. 16, fig. 3 : un tiers de grand, nat.). Caractères. Ce champignon, que je ne connais que par la figure qu’en a donnée Paulet, laquelle n’est accompagnée d’aucune description , me paraît , d’après son port, appartenir à la section des oronges (amanita , Pers.). Son pédicule est cylindrique , gros, un peu renflé à sa partie inférieure , qui , d’après la figure , me semble nue ; il est haut d’environ 18 centimètres ; vers sa partie supérieure il présente un collet circulaire , rabattu , membraneux et inégalement frangé à son bord libre. Ce pédicule est d’un blanc sale. Le chapeau est inégalement convexe, d’environ 18 centimètres de diamètre; son contour est comme sinueux; il est d’un gris jaunâtre à sa face supérieure, et recouvert de petites plaques irrégulières plus foncées, qui me paraissent être les restes du volva , dans lequel toutes les parties du champignon étaient renfermées avant leur entier développement. Il croît en Picardie.
AGAB.ICUS.
Le genre agaricus de la famille des agaricoïdes offre les caractères suivants : champignon à pédicule dépourvu de bourse ou volva , et dont le chapeau a des feuillets rayonnants, ordinairement simples, et
alternativement plus courts. (Voy. mon Traité de Médecine léç ale , pl. 18, fig. 3.) Il peut être subdivisé en plusieurs groupes; je vais m’occuper seulement de ceux qui présentent des espèces malfaisantes.
Groupe des agarics lactuaires ou lactésiens de Persoon ( poivrés laiteux de Paulet ).
La chair de ces champignons est ferme, cassante, et contient un liquide laiteux d’une saveur poivrée qui en découle aussitôt qu’on l’entame ; leur surface est sèche cl un peu rude au toucher ; leur tige est en général courte, leurs feuillets fins et d’une longueur inégale; le chapeau finit par se creuser et prendre la forme de soucoupe ou d’entonnoir. Sans être aussi nuisibles que les précédents, ces champignons peuvent donner lieu à des indigestions et à d’autres accidents fâcheux , surtout lorsqu’ils n’ont pas été apprêtés d’une manière convenable.
Description des espèces.
1° Agaric meurtrier , agaricus necator de Rulliard et torminosu s de Schœffer, mouton zone de Paulet. (Voy. mon Traité de Med. lég. , pl. 19, fig. 3 : demi-grand, nat.) Caractères. Chapeau d’abord convexe, puis plane, puis concave dans le centre, et dont les bords, roulés en dedans, très velus et frangés, grandissent souvent plus d’un côté que de l’autre ; il est quelquefois marqué de zones concentriques dont le diamètre ne dépasse pas le plus ordinairement 10 centimètres, et d’une couleur pâle , incarnate , ou même tannée, qui s’éteint vers la marge ; le dessous du champignon est blanchâtre ou d’un jaune pâle. La surface du chapeau est couverte de peluchures plus foncées, qui lui dorment un aspect velu et disparaissent avec l’âge. Pédicule cylindrique , plein , nu , épais , long de 10 à 12 centimètres au plus. Le petit nombre de feuillets qui sont entiers forment un bourrelet à leur insertion au pédicule, il est très commun dans les bois, parmi les gramens, en été et en automne. Il produit des coliques terribles d’après Bulliard.
2° Agaricus acris de Bulliard. Poivré à feuillets roussâtres de Persoon, et connu sous les noms vulgaires de lathjron , de roussette. (Voy. mon Traité de Mèd. lég. , pl. 18, fig. 3 : demi-grand, nat.) Caractères. Chapeau charnu, large de 10 à 12 centimètres, d’abord convexe et irrégulier, ensuite plane, puis concave, et dont le bord , velu , roulé en dedans , onduleux , quelquefois zoné , est un pou visqueux pendant un temps pluvieux. Pédicule nu , plein , cylindrique , charnu , long d’environ 3 centimètres , et presque aussi
épais. Feuillets nombreux , souvent bifurques , un peu décurrents sur le pédoncule. Ce champignon est blanc, excepté les feuillets , qui , suivant leur âge, offrent une couleur rose ou d’un roux clair. On le trouve dans les bois ou sur les pelouses.
3° Agaricus piperatus des auteurs , agaricus lactifluus ucris , ou agaric laiteux acre de Bulliard, laiteux poivré blanc de Paillet. Il est regardé par les auteurs de la Flore française comme une variélé de l’ agaricus écris. (Vov. mon Traité de Méd. tëg. , pl. 19, fig. k : demi-grand, nat.) Caractères. Chapeau très blanc, et bien arrondi dans l’état de jeunesse; ce chapeau perd, en vieillissant , sa blancheur, prend la forme d’un entonnoir, et ses bords, qui sont légèrement cotonneux ou glabres, deviennent inégaux. Pédicule plein , court, épais et continu. Feuillets entiers, semi-décurrents , rares ou très multipliés, dont la couleur blanche se change en couleur de paille à mesure que le champignon vieillit; quelquefois, au lieu de feuillets entiers, on ne voit que des parties de feuillets. On le trouve fréquemment au printemps et en automne dans les bois.
!i° Agaricus pyrogalus de Bulliard. (Vov. mon Traité de Méd. légale , pl. 18, fig. 2 : demi-grand, nat.) Voici la description qui en a été donnée par les auteurs de la Flore française : « Pédicule cylindrique , nu , plein , d’un jaune livide , long de 3 à l\ centimètres , épais de 8 à 10 millimètres. Chapeau d’abord convexe , puis presque plane , un peu déprimé au centre, de la même couleur que le pédoncule, souvent marqué de zones concentriques noirâtres; il atteint 16 centimètres de diamètre. Ses feuillets sont nombreux, un peu rougeâtres , inégaux , adhérents un peu au pédicule. » On le trouve dans les bois.
Groupe des agarics à pédicule nul, latéral ou excentrique. ( ilore française.)
Espèce. — Agaricus stypticus , agaric styptique de Bulliard , agaricus semipetiolatus de Schœffer. (Voy. mon Traité de Médecine légale , pl. 18, fig. : deux tiers de grand, nat., et fig. 2 delà pl. 19 : grand, nat.) Caractères. Couleur générale de cannelle plus ou moins foncée ; superficie sèche ; chair mollasse , se déchirant facilement. Chapeau hémisphérique, avec les deux extrémités un peu prolongées et arrondies, ressemblant assez bien à une oreille d’homme; ses bords sont toujours roulés en dessous ; son grand diamètre est tout au plus de 3 centimètres. Feuillets étroits, tous entiers , susceptibles d’être détachés de la chair, et remarquables par la manière dont ils se terminent sur une ligne circulaire qu’aucun d’eux ne dépasse . Pédicule nu , plein , continu avec le chapeau latéral très évasé à sa
partie supérieure, court de 10 à 15 millimètres. Ou le trouve dans les bois , cil automne et pendant une partie de l’hiver, sur les troncs d’arbres découpés horizontalement. ( Bulliard. ) Il purge et incommode les animaux, d’après Paulet, mais ne les tue pas.
Groupe des agarics à pédicule plein , à chapeau charnu, à feuillets non adhérents au pédicule, qui ne noircissent point en vieillissant. [Flore française.)
Espèce. — Ayaricus urens, agaric brûlant de Bulliard. (V. ma Med. lég., pl. 18, lig. 10 : demi-grand, liât.) Caractères. Chapeau d’abord convexe, ensuite plane , assez régulier, puis légèrement concave , de ù à 5 centimètres, d’un jaune pâle et sale. Feuillets roux , inégaux , parmi lesquels ceux qui sont entiers n’alteignent pas jusqu’au pédicule , mais s’arrêtent tous régulièrement à 1 ou 2 millimètres de distance. Pédicule cylindrique, long de 10 à 15 centimètres, un peu épais et velu à sa base , nu , plein , continu avec la chair du chapeau, d’un jaune pâle et terreux, un peu strié de roux. Ce champignon croît sur les feuilles mortes.
Groupe des agarics à pédicule pourvu d’un collet.
Espèce. — Ayaricus annularius , annulaire de Bulliard , agaricus polymyces dePersoon, tète de Méduse de Paulet. (Voy. ma Med. lég. , pl. 19, fig. l:demi-gr. nat.) Caractères. Champignon d’une couleur fauve ou rousse. Chapeau convexe, un peu proéminent vers le centre (celte proéminence, appelée mamelon, est velue , tacheté de petites écailles noirâtres ou glabres, et dont les bords sont entiers ou un peu sinueux, non étalés. Feuillets d’abord blancs, entremêlés de petites portions de feuillets , et adhérant fortement au pédicule , où ils se terminent par des nervures fines en se confondant avec sa substance : ces feuillets finissent par prendre une légère teinte rousse. Pédicule charnu , cylindrique , souvent un peu courbé à sa base , où il est un peu renflé, long de 9 à 10 centimètres, ayant 10 à 12 millimètres de diamètre , muni d’un collier entier, redressé en forme de godet , glabre ou garni de petites écailles. Ce champignon croît en automne sur la mousse, au pied des chênes, et en groupes plus ou moins nombreux , composés quelquefois de quarante à cinquante individus. Voici comment Paulet explique la formation du collet et du chapeau de ce champignon. « fl porte, dit-il, des chapiteaux qui n’ont pas plus de k à 5 centimètres d’étendue; ces chapiteaux, d’abord empreints comme de croûtes brunes, surtout au centre , ont leurs feuillets couverts, en naissant, d’un voile blanc, épais, ferme, qui leur donne
une forme globuleuse, et qui se déchire ensuite pour se convertir en collet : ces tètes finissent par prendre la forme d’un chapeau. »
Action des champignons vénéneux sur l’économie animale.
Fausse oronge. — Expérience. — On fit prendre à un chien de moyenne taille trois de ces champignons mêlés avec de la pâtée. Trois heures après, l’animal, qui n’avait point été incommodé , éprouva des tremblements et de la faiblesse dans les extrémités. Cet état dura environ quatre heures, pendant lesquelles il se plaignait parfois ; enfin , il tomba dans la stupeur; sa respiration était lente et profonde, et il poussait de temps en temps des cris plaintifs; tantôt il se roulait par terre, tantôt il tournait comme autour de lui et avec des frissonnements subits qui ressemblaient â des secousses électriques. Cet état dura huit à neuf heures sans que l’animal eût la moindre évacuation. On lui fit avaler du vinaigre, qui, loin de diminuer les symptômes , les aggrava. Onze ou douze heures après l’apparition des premiers accidents, on lui donna 15 centigrammes de tartrate de potasse antimonié dans deux cuillerées d’eau, ce qui ne le fit point évacuer. Au bout de deux heures, on lui administra un peu d’huile d’olives , et il vomit , cinq heures après, une partie des champignons; il vomit de nouveau des morceaux de champignons mêlés de mucus blanchâtre , et il fut complètement guéri en peu de jours, au moyen d’une certaine quantité de lait.
Observation lrc. — Paulet , qui fit cette expérience, rapporte plusieurs cas d’empoisonnement par la fausse oronge. Les malades éprouvèrent des nausées, des vomissements, des défaillances, des anxiétés, un état de stupeur et d’anéantissement, et un sentiment d’astriction à la gorge. Ils n’eurent ni coliques ni douleurs vives. On leur administra plusieurs décigrammes d’émétique eide l’eau chaude ; ils évacuèrent par haut et par bas, rendirent les champignons avec des matières sanguinolentes, et furent lentement rétablis par les adoucissants : quelques uns éprouvèrent des douleurs abdominales, et furent traités par les fomentations émollientes et par les opiacés.
Observation 2e. — « Plusieurs soldats français mangèrent, à deux lieues de Polosck en Kussie, des champignons que l’on croit être de fausses oronges ; quatre d’entre eux, fortement constitués, se crurent à l’abri des accidents, parce que la plupart de leurs camarades étaient déjà en proie à des symptômes plus ou moins graves ; ils refusèrent constamment de prendre l’émétique. Le soir , les accidents suivants se manifestèrent : anxiété, suffocation , soif ardente , tranchées excessivement intenses, pouls petit et irrégulier, sueurs froides générales, altération de la physionomie, teinte violacée du bout et des ailes du nez ainsi que des lèvres, tremblement général, météorisme de l’abdomen , déjections de matières fécales très fétides. Ces symptômes augmentèrent d’intensité ; on les porta à l’hôpital. Le froid et la couleur livi le des extrémités, un délire mortel et les douleurs les plus vives les accompagnèrent jusqu’au
dernier moment : l’un succomba quelques heures après son entrée à l’hôpital ; les trois autres eurent le même sort, et périrent dans la nuit. Ouverture des cadavres. Le premier présenta les phénomènes suivants : évacuation de matières écumeuses noirâtres, verdâtres; abdomen mémorisé; l’estomac et les intestins étaient distendus par des gaz très fétides; leur surface interne offrait des marques d’inflammation et des points gangréneux; dans plusieurs endroits, la membrane muqueuse de l’intestin gièle était détruite; l’estomac contenait un peu de liquide noirâtre. Le deuxième était à peu près dans le même état, à cette différence près, que l’intérieur de l’estomac offrait une sorte de congestion inflammatoire près l’orifice pylorique; le foie était prodigieusement gonflé, la vésicule du fiel remplie d’une hile épaisse et foncée en couleur. Le troisième et le quatrième présentaient les mêmes altérations que le premier, mais bien plus marquées ; on apercevait de larges taches gangréneuses tant dans l’estomac que dans les intestins , où la putréfaction paraissait déjà fort avancée. » (Dissertation inaugurale de M. Vadrot. Paris, 1814,
Observation 3e. — Lusel rapporte que six hommes moururent après avoir mangé de ce champignon. ( Flora pruss., p. 88, ann. 1703.)
Observation 4e. — Les habitants du Kamtschalka préparent , avec la fausse oronge et Vepilobium angustifulium , une boisson très enivrante qui excite quelquefois des délires mortels, accompagnés de désespoir. Les domestiques qui boivent l’urine des individus enivrés se ressentent aussi des effets de ce champignon funeste. ( Krascheminckow, Histoire naturelle du Kamtsciiatka , p. 209. )
Oronge-ciguë. — Expérience irc. — On fit avaler à un fort chien de la pâtée contenant 12 grammes d 'oronge-ciguë verte divisée. Au bout de cinq heures , l’animal mangea comme à l’ordinaire , et n’avait éprouvé aucune incommodité. Dix heures après l’ingestion , il fit des efforts pour vomir; ses extrémités faiblirent; il se coucha, s’assoupit, et mourut bientôt dans des mouvements convulsifs. L’estomac et le canal intestinal étaient tapissés d’un mucus épais et jaunâtre ; les rides de l’estomac et l’intérieur du duodénum offraient quelques taches livides; la vésicule du fiel était verte.
Expérience ii'. — On administra à un chien deux des champignons de Y oronge-ciguë jaunâtre hachés et mêlés avec de la pâtée. Au bout de onze heures, l’animal , qui n’avait offert aucun phénomène remarquable , vomit. Quelques heures après, il rendit des excréments blancs et trembla. Il ne tarda pas à se coucher et à éprouver des mouvements convulsifs : cet élat dura plusieurs heures, et fut accompagné du hoquet: des douleurs poignantes, de temps à autre, faisaient frissonner l'animal; enfin, tous les symptômes de l’apoplexie se déclarèrent, et il continuait à avoir, par intervalles, des mouvements convulsifs. On lui lit prendre du vinaigre à plusieurs reprises, ce qui le réveillait un peu ; mais il retombait bientôt. Il expira trente heures après l’introduction du poison. Le canal digestif ne renfermait aucun atome de champignon ; l’intérieur de l’eslo-
mac était tacheté de points rougeâtres; les membranes muqueuse et musculeuse des intestins étaient détruites ; il ne restait que la tunique séreuse , qui offrait dans toute son étendue des taches d’un rouge livide, que l’on pouvait apercevoir à l’extérieur.
Expérience iii'. — Seize grammes d’ or ongc-ciguë jaunâtre , étendue d’un peu d’eau, furent donnés à un gros chien. 11 lit presque aussitôt de violents efforts pour vomir, et il en rendit une partie. Tl éprouva un véritable ch lera et des convulsions avec un abattement de forces considérable, et il mourut vingt-quatre heures après l’ingestion de la substance vénéneuse. L’intérieur de l’estomac offrit aussi quelques points rouges.
Expérience ive. — On fit prendre ù plusieurs chiens le liquide provenant de la distillation du même suc. Ils n’éprouvèrent aucun symptôme ; mais le résidu de la distillation, administré même à petite dose, fil périr tous les chiens qui en avalèrent : la mort n’eut lieu que vingt-quatre heures après l’ingestion , et elle fut précédée des symptômes ci-dessus décrits. Les animaux n’éprouvèrent aucun accident pendant les dix premières heures. La tunique interne de l’estomac était parsemée de petits points rouges ; tout le canal digestif était tapissé d’une matière épaisse , visqueuse et jaunâtre.
Expérience v1'. — L’extrait aqueux de cette plante produisit la mort en moins de vingt-quatre heures. Il en fut de même d’un morceau de ces champignons que l’on avait fait dessécher au four. L’eau dans laquelle avaient macéré, pendant plusieurs heures, quelques uns de ces champignons, administrée à un chien, lui occasionna un dévoiement sanguinolent et de vives douleurs. L’animal cependant fut rétabli. D’autres animaux périrent après avoir avalé les portions de champignon ainsi traitées par l’eau.
Expérience vie. — L’ingestion dans l’estomac de /tô grammes d’alcool , que l’on avait fait digérer pendant plusieurs heures sur un de ces champignons bien desséché au four, et dont le poids était de 2 grammes 20 centigrammes, occasionna la mort. Le résidu ne jouissait plus de proi priétés vénéneuses, puisqu’il fut administré à plusieurs animaux sans inconvénient. ( Paulet, Traité des Champignon?. )
Observation ire. — Guibert , sa femme , sa fille , deux garçons étran-
gers et une domestique mangent à dîner de Y oronge- ciguë jaunâtre ,
préparée avec une étuvée de carpe. A trois heures après minuit, ma-
dame Guibert, qui n’avait pris que de ce plat, est réveillée par un
rêve effrayant et par des nausées; elle vomit sans douleur une partie du
dîner, et elle est plongée dans un assoupissement que les efforts de vo-
missement seuls font cesser. On lui donne l’émétique : elle évacue et se
trouve soulagée. Elle fut parfaitement rétablie environ trois semaines après. Un des garçons et la fille , qui ne furent pas émétisés , moururent après avoir éprouvé les mêmes accidents. L’autre garçon et la domestique , secourus à temps , furent rétablis au bout de trois semaines. Guibert éprouva naturellement un choléra-morbus accompagné de crampes très douloureuses , surtout aux pieds, avec rétraction des membres. Il
fut sauvé. Aucun de ces individus n’éprouvra de fièvre : tous, excepté Guiberl, furent plongés dans un état de stupeur continuelle.
Observation 2e. — Des symptômes analogues se manifestèrent cliez deux individus de Suresne et deux autres de Melun qui mangèrent le même champignon. Trois d’entre eux, qui ne furent point secourus, périrent.
Observation 3e. — La Gazette de Santé du 18 juillet 1777 fait mention d’un empoisonnement de cinq personnes [m- Voronge-ciguë jaunâtre.
Observation /j°. — Benoît , sa femme et leur enfant mangent , à six heures du soir, de Yoronge-ciguë Manche cueillie et apprêtée le même jour. Le lendemain , nausées, anxiétés, défaillances fréquentes; le père et l’enfant vomissent abondamment après avoir pris une forte dose d’émétique , du lait et de la thériaque. L’enfant meurt le deuxième jour; le père expire quelques instants après. Peu de temps avant la mort, il était dans un état d’anxiété et de stupeur remarquables, le ventre tendu, les extrémités froides , le pouls petit et intermittent; il avait des défaillances fréquentes, et il était de couleur livide. La mère, qui n’avait point pris d’émétique parce qu’elle était atteinte d’une hémorrhagie utérine, avait cependant déjà beaucoup vomi au deuxième jour; elle était faible , pâle , et dans un grand état d’anxiété ; son pouls, peu fébrile, était faible. On lui prescrivit une médecine ordinaire aromatisée avec l’eau de fleurs d’oranger. Trois heures. après, elle avait évacué des champignons entiers et d’autres qui étaient comme dissous dans des mucosités jaunâtres; elle allait mieux. On lui fit prendre un lait d’amandes douces avec quelques gouttes d’éther sulfurique et de l’eau de fleurs d’oranger, ce qui la calma beaucoup. Le surlendemain, elle fut encore purgée, et avec succès; l’hémorrhagie, qui s’était arrêtée, revint, et la malade éprouvait de temps en temps de l’oppression et des faiblesses. On lui administra des restaurants et d’autres antispasmodiques ; mais elle ne se rétablit qu’avec peine, et, cinq ou six mois après, elle était encore très pâle cl avait des maux de tête et d’estomac. Elle succomba à une autre maladie qu’elle eut long-temps après.
Oronge - souris. — Observation. — Une femme de Stupinis , son mari , trois garçons et une fille mangent , le 6 octobre, à leur dîner, 1 kilogramme de ce champignon cuit avec du beurre. Vers deux heures après minuit , un des enfants, âgée de sept ans, se plaint de douleurs aiguës dans le bas-ventre : on lui administre de la thériaque. La mère , qui avait beaucoup mangé du ragoût, éprouve, un moment après, une forte cardialgie , de la suffocation , et fait de violents efforts pour vomir. U en est de même de l’enfant aîné. Le père se trouve également attaqué avant le jour, le second fils sur les neuf heures, et la fille, qui en avait mangé très peu , ne commence à se plaindre que vers le soir.
Le 7 octobre, l’enfant, âgé de sept ans, était comme stupide , souffrait beaucoup du ventre , et ne pouvait que prendre de l’eau fraîche; l’abdomen se météorise ; l’enfant pousse par intervalles des cris plaintifs, aigus,
quoique plongé dans un état léthargique. Vers le midi , il éprouve des mouvements convulsifs ; les extrémités se rojdissent, le pouls devient très petit, et il meurt attaqué d’un spasme cynique. Son corps fut couvert de taches violettes. L’estomac et les intestins, distendus par un gaz fétide , étaient corrodés dans leur surface interne ; on voyait près du pylore des taches livides : le colon contenait des vers vivants , et un reste de champignon mêlé à un fluide jaunâtre; le foie était très volumineux, pâle et sans consistance.
La mère, qui se plaignait d’anxiété suffocante, de cardialgie avec vomissement de matières verdâtres et sanguinolentes , devint jaune par tout le corps et ne pouvait pas respirer. Le bas-ventre était dans une constriction spasmodique, le nombril enfoncé ; la plus légère compression augmentait la rétraction des jambes. Elle ne prit que de la thériaque, et mourut dix-huit heures après l’invasion du mal, dans une léthargie profonde et des sueurs froides. Il sortit des narines un sang ichoreux et de l’écume par la bouche ; les viscères de l’abdomen offraient des altérations analogues à celles du sujet précédent.
L’enfant de dix ans, qui n’avait mangé que beaucoup de raisin dans la journée, était stupide le soir; il éprouva les accidents ci-dessus mentionnés, et mourut dans les convulsions. Le foie était très volumineux. A l’ouverture de l’estomac , il s’exhala une odeur tellement infecte , qn’on renonça à l’examen des autres viscères.
La fille eut des défaillances , des vomissements et des douleurs tensives à l’estomac; elle refusa de prendre un vomitif ; le pouls devint fréquent, petit et irrégulier; le hoquet se déclara par intervalles ; il y avait cardialgie forte et brûlante, anxiété, un sentiment d’étranglement et une soif extrême. On la saigna : le sang était noir et livide, et elle parut soulagée. Elle ne tarda pas cependant à éprouver de la suffocation et de la difficulté d’avaler; elle eut du délire et un épistaxis. On lui fit prendre delà manne , qui procura des évacuations. Le troisième jour, elle expira dans un état léthargique et au milieu d’affreuses angoisses, de frissons, de sueurs froides, de convulsions et du délire. On reconnut les mêmes altérations de tissu que chez la mère et l’enfant de sept ans; la vésicule du fiel était complètement vide , et la partie du foie voisine de l’estomac molle et livide , tandis qu’elle était blanche supérieurement et antérieurement.
L’aîné des enfants éprouva des coliques nerveuses avec rétraction des jambes, < e la cardialgie, des vomissements fréquents, des palpitations de cœur et un sentiment d’étranglement. L’émétique , administré à deux reprises, procura des évacuations abondantes. On lui donna ensuite une décoction blanche, et d’heure en heure on lui fit prendre. 10 gouttes de liqueur minérale d’Hoffmann dans 60 grammes d’eau thériacale, ce quf parut le soulager un peu : cependant les coliques revenaient de temps en ; temps ; il éprouvait de la céphalalgie , une sorte de pesanteur d’estomac , du délire et des anxiétés qui l’obligeaient de changer souvent de place ; la fièvre se déclara; les.yeux étaient enflammés- On le saigna, et il fut
soulagé. La saignée fut répétée le soir, et on administra un lavement ; ces moyens firent cesser des tranchées dont il se plaignait , et la fièvre fut moins forte. Le lendemain , la langue était chargée : on Jui ordonna 90 grammes de manne qui procurèrent des évaculions salutaires. 11 était faible, avait une tension douloureuse à l’estomac, eut quelques crachats teints de sang, et des aigreurs que la magnésie dissipa. On diminua successivement la dose de liqueur d’Hoffmann , et l’enfant fut rétabli.
Le père , âgé de soixante ans , évacué par l’émétique , eut une dysenterie copieuse qui ne cessa qu’au troisième jour. Il resta près de cinq jours sans parler, les yeux fixes et larmoyants, le pouls petit, tardif et languissant. Il se rétablit peu à peu ; il digérait facilement , et avait souvent des évacuations sanguinolentes : il en était de même de son fils aîné. L’un et l’autre furent traités par le quinquina et parle sirop balsamique. Un an après , ils se ressentaient encore des maux qu’ils avaient soufferts. ( Mémoires de la Société royale de Médecine , années 1780 et 1781; observation de M. Picco , pag. 355. )
Oronge croix de Malle. — Observation. — Paulet mangea environ la moitié d’un de ces champignons ; il ne tarda pas à éprouver une grande faiblesse et à perdre connaissance. Demi-heure après, on lui administra beaucoup de vinaigre et il reprit l’usage de ses sens : il avala de l’émétique sur-le-champ et il vomit le champignon ; cependant il eut pendant plusieurs jours du dévoiement, des faiblesses d'estomac et des coliques assez vives. (Paulet, tom. h, pag. 316. )
Tète de Méduse. — Expérience. — A six heures du soir , on a fuit prendre à un chien de moyenne taille une certaine quantité de ce champignon : l’animal s’est plaint toute la nuit, et il est mort douze heures après l’ingestion de la substance vénéneuse. L’œsophage était tapissé d’un mucus blanc et glaireux, l’estomac ridé, phlogosé; il en était de même du canal intestinal, dont les membranes, épaissies d’environ 1 millimètre , étaient pleines d’une liqueur brune de même couleur que celle des champignons. ( Paulet , tom. ut, pag. 30Z|. )
lilanc d'ivoire. — Expérience. — Un de ces champignons, administré à un chien , a déterminé au bout de trois heures des évacuations abondantes par haut et par bas ; l’animal a refusé les aliments et a paru souffrir considérablement. (Paulet, tom. n, pag. 153. )
Laiteux pointu rougissant. — Expérience. ■ — M. Picco ayant donné de ce champignon haché avec de la viande à un chien, l’animal a péri de gangrène au bout de douze heures (1).
Je vais maintenant rapporter des observations d’empoisonnement
(1) L’œil de l’olivier ( fungus perniciosus intense aureus de Mieheli), l’oreille du chêne vert, l’entonnoir creux et vénéneux ( fungus infundibulum referais albus de Duxbaum), le grand moutardier et l’œil de Corneille ( fungus minimas lotus niger umbilicalus de Vaillant ) ont également produit des accidents plus ou moins fâcheux.
occasionné par l’ingestion d’un mélange de deux ou de trois espèces de champignons vénéneux.
Observation lre. — Un cultivateur va le dimanche se promener dans un bois voisin de sa demeure , accompagné de sa femme, enceinte, de près de trois mois, et de ses trois enfants âgés, l'un de cinq ans et demi, l’autre de quatre , le troisième de deux ans ; ils aperçoivent des champignons de différentes espèces; ils les cueillent sans choix, et, de retour au logis, on les apprête et on les mange. Dès la nuit suivante, la femme ressent des malaises et une douleur gravative à la région épigastrique ; tous , pendant la journée du lundi , éprouvèrent un sentiment de suffocation et de cardialgie , et des nausées fréquentes qui , chez le père , furent ce même jour suivies de vomissement. Le mardi, symptômes plus graves, nouveaux accidents, nausées continuelles, vomissement de matières bilieuses, respiration plus gênée , douleurs dans toute la capacité abdominale, mais plus sensible à l’épigastre; ténesme, difficulté d’uriner. Deux des enfants périssent ce même soir, et le troisième le lendemain. Du mercredi au vendredi soir, le mal ne cesse de s’aggraver chez le père et la mère : douleurs insupportables à l’estomac , vers les hypochondres , les lombes et la région de la vessie ; météorisme du bas-ventre , difficulté plus grande d’uriner, ténesme plus douloureux , déjections glaireuses, sanguinolentes , par haut et par bas; céphalalgie, langue sèche, soif inextinguible, angoisses, mouvements convulsifs des extrémités ; chez le père, hémorrhagie nasale. Le vendredi soir, gonflement œdémateux des articulations des pieds et des mains chez la femme seulement; chez le mari , frissons précurseurs de la gangrène des intestins. Le samedi , épiphénomènes suivants : chez le mari, gerçures, aphthes, phlogose à la langue et à l’arrière-bouche, hoquet, syncopes, dépression et intermittence du pouls, délire, suppression de l’excrétion alvine et de l’urine, froid glacial des extrémités , sueur froide universelle , mort. Le samedi , chez la femme, déjà aussi mouvements convulsifs des extrémités. Des boissons adoucissantes et antispasmodiques abondantes et une potion huileuse et calmante lui font rendre, dès la même journée , plusieurs morceaux informes de champignons. Le soir, le vomissement est moins fréquent, l’urine commence à couler, une selle fétide et gluante a lieu, les mouvements convulsifs des extrémités cessent dans le cours de la nuit. Le dimanche au matin , les coliques sont moins fortes , le météorisme est diminué. Quatre jours après , les accidents ont presque cessé ; il reste une grande débilité, de l’enflure aux extrémités inférieures seulement, tremblement de toutes les extrémités , douleur fixe au-dessus de l’orbite droite. La convalescence a été longue; cependant, trois mois après, la femme avait repris de l’embonpoint, et sentait très distinctement les mouvements de son enfant (1).
Observation 2e. — La femme d’un médecin goûta par distraction un
(I) Journal général de /Médecine, tout, xxv, p. 241,
morceau de champignon sec; elle le mâcha, le rejeta aussitôt et rinça sa bouche. Une demi-heure après, elle éprouva des malaises, des frissons, des envies de vomir, des efforts inutiles de vomissement, et une sensation très douloureuse à l’estomac. Quelque temps après, vomissements continuels, pâleur, sueurs froides, yeux presque mourants, pouls extrêmement abattu et petit. ( Journal général de Médecine , tom. xxvi, pag. 265. )
Observation 3e. — M. Dufour, médecin à Montargis, cueillit dans la forêt voisine des champignons frais et sains, connus sous les noms vulgaires de cepe, de columclle et d'oronge ; ils furent dépouillés de leur peau et de leur pied, coupés par tranches, et cuits dans leur jus avec du beurre et des fines berbes, sous un four de campagne : on les servit au repas. La domestique , âgée de vingt ans, qui en avait mangé le plus , ne tarda pas à se plaindre d’étourdissements , de vertiges et d’un léger soulèvement d’estomac ; sa face était rouge et enflammée , l’œil saillant et vif, le pouls large , ondulant et plein. La fille aînée de M. Dufour, âgée de douze ans, éprouva les mêmes accidents sans nausées. Un petit enfant de dix-huit mois , qui n’avait mangé que du pain trempé de jus , dormit tranquillement pendant seize heures contre son ordinaire , et ne présenta pas d’autre phénomène remarquable. L’autre enfant, âgé de onze ans, se plaignit plus tard d’étourdissement et d’ivresse : les parents ne ressentaient aucune incommodité , quoiqu’ils eussent mangé du même mets. M. Dufour administra et fit prendre à tous les malades de l'émétique en lavage, et il chercha à exciter sympathiquement les évacuations en faisant vomir tous les individus dans un vaste seau de faïence. On fit usage ensuite d’une potion antispasmodique fortement éthérée , et la guérison fut complète le soir. Il paraît que ces accidents étaient dus à deux fausses oronges que l’on avait confondues avec la vraie , et que l’on avait fait entrer dans la composition du mets (1).
Observation Zie. — Le même médecin fut prié de visiter un enfant de neuf à dix ans, malade depuis quatre jours, que l’on avait rapporté mourant de la forêt de Montargis et que l’on croyait empoisonné par des champignons. Voici quel était son état : pâleur de la mort , sueur gluante et froide comme la glace; œil entr’ouvert, ne laissant voir que la cornée opaque; les pupilles immobiles et insensibles à l’éclat de la lumière; roideur de tout le corps, ou plutôt tétanos universel; les muscles abdominaux dans toute leur tonicité spasmodique ; le ventre aplati et dur comme une planche; trismus ou spasme invincible des mâchoires; le pouls était perdu, les mouvements du cœur à peine perceptibles : on aurait cru l’enfant mort si les extrémités et le thorax n’eussent été agités de quelques mouvements convulsifs. M. Dufour cassa deux dents incisives d’un coup de ciseau, et administra, au moyen d’une petite cuillère d’étain pliée en gouttière, un mélange fait avec parties égales d’éther sulfurique et de sirop de fleurs d’oranger ; le corps fut enveloppé
(1) Gazelle de Santé do il août 181.2,
de feuilles de tanaisie, de morelle, de douce-amère et de jusquiame; on fit des frictions sur le ventre avec un mélange d’huile de camomille , de camphre , d’alcool et d’ammoniaque. On chercha tous les moyens possibles de réchauffer le malade. La déglutition, d’abord difficile, ne tarda pas à avoir lieu librement: l’enfant ouvrit les yeux , puis la bouche, et fut rétabli dans le cours de quelques heures, et après avoir avalé 32 grammes d’éther et autant de sirop. On ne tarda pas à se convaincre qu’il y avait parmi les champignons du bois Vamanita viridis de Persoon, Vhypophyllum virosum de Paulet, l 'oronge-ciguë, et plusieurs autres espèces vénéneuses. ( Gazelle de Santé, l,r novembre 1812.)
Observation 5e. — Lemonnier fit l’ouverture du corps d’une jeune personne empoisonnée par des champignons. Il trouva la portion de l’estomac contiguë au pylore enflammée, le duodénum gorgé de sang; sa membrane interne était légèrement tachée , et présentait çà et là de petites excoriations ; sa partie inférieure était rétrécie. (Alibert, ouvrage cité , t. i, p. 462, 3e édit.)
Observation 6e. — Gainer mange , le dimanche 18 juin, des champignons, et il éprouve à la suite de ce repas de la pesanteur et de la douleur épigastrique. Il vomit plusieurs fois dans la nuit. Le lendemain, il y a encore eu des vomissements, et la diarrhée est survenue. Le mardi 21 juin , le malade est conduit à l’hôpital; je ne sais quelle médication a été mise en usage avant son entrée; alors il présentait l’état suivant: Abattement général; refroidissement du corps; coloration légèrement bleuâtre de tout le système cutané; pouls insensible aux ladiales; décubitus dorsal , tète tournée à droite , reposant sur la joue de ce côté ; paupières fermées ; pupilles dans l’état normal ; réponses lentes, plaintives; langue blanche , humide; grande douleur épigastrique ; soif vive ; respiration lente, calme, parfaitement régulière. ( Prescription : Infusion de tilleul, potion éthérée, deux sinapismes, cataplasme à l’épigastre. — Lait. — Faire boire chaud.)
État du malade pendant son séjour à l’hôpital. — La soif est très vive; trois pots de tisane sont bus dans l’espace de trois quarts d’heure ; pas de convulsions , pas de vomissements; selles fréquentes et abondantes ; les matières alvines sont d’un jaune orangé, liquides. Mort à quatre heures du soir.
Autopsie. — Rigidité cadavérique très prononcée (homme a muscles très développés) ; les bras placés sur la poitrine, ce qui dénote que l’individu n’a pas péri dans des convulsions. Coloration bleuâtre de toute la peau de la partie postérieure du corps (lividités cadavériques) : coloration violacée de la partie inférieure et antérieure des cuisses, ce qui tend à établir des présomptions sur la mort par asphyxie primitive ou secondaire. Pas de taches aux doigts , aux lèvres; bouche pâle ainsi que le pharynx ; oesophage blanc dans toute sa longueur, et d’un blanc beaucoup plus marqué qu’il ne l’est ordinairement. Ecchymose de 8 centimètres de longueur sur Zi centimètres de largeur au pourtour de l’oiifice cardiaque. Estomac et intestins pâles à 1 extérieur, si ce n’est les portions de
DES POISONS NARCOTiCO-ACRES.
l’intestin grêle qui sont placées dans la cavité du bassin. A la surface interne de la membrane muqueuse de l’estomac , une couche épaisse de mucus blanc ; une tache d’un rouge livide de 2/i centimètres de diamètre en tous sens au grand cul-de-sac et à la face antérieure de l’estomac; arborisations assez dessinéesau voisinage du pylore; le reste de la membrane muqueuse pâle et de consistance normale; dans l’estomac, 1 litre de liquide trouble analogue à une décoction de riz , mais virant au jaune fauve; toute la membrane muqueuse intestinale blafarde, et tapissée dans les deux tiers supérieurs de l’intestin par une matière blanchâtre; le gros intestin offre à l’intérieur le même aspect, il existe dans le tube intestinal beaucoup de liquide analogue à celui de l’estomac, et on ne retrouve pas la moindre trace de matières solides. Toutes les valvules connivenles sont très saillantes ; le foie dans l’état le plus sain ; la vésicule biliaire distendue par de la bile d’un vert noirâtre ; la rate , les reins dans l’état naturel ; la vessie fortement contractée, au point qu’elle n’est plus apparente; elle ne. contient pas d’urine.
Le larynx , la trachée-artère parfaitement sains ; les poumons affaissés, mous, mais crépitants et sains. Les cavités droites du cœur gorgées de sang, ainsi que les troncs veineux. Il s’est opéré dans ce liquide une séparation considérable d’une matière fibrineuse d’un blanc jaunâtre, mais ayant l’aspect gélatineux ; les caillots fibrineux sont en quantité considérable.
Vaisseaux de la dure-mère gorgés de sang, ceux de l’arachnoïde peu injectés. Substance du cerveau sablée de sang dans toute son étendue et d’une manière remarquable par sa quantité; cet état est moins prononcé dans le cervelet et encore moins dans la protubérance annulaire. Un peu de sérosité dans le quatrième ventricule. (Devergie, ouvrage cité, p. 667.)
Symptômes de l’empoisonnement par les champignons.
Tl me serait difficile , pour ne pas dire impossible, de donner une description générale des symptômes produits par les champignons vénéneux , parce que ces symptômes offrent des différences notables suivant l’espèce et la quantité du champignon ingéré, et surtout parce que souvent l’empoisonnement a eu lieu par un mélange de divers champignons vénéneux; il suffira de jeter un coup d’œil sur les observations qui précèdent pour qu’il ne reste aucun doute à cet égard ; aussi me garderai-je bien d’adopter , avec M. Devergie , que les champignons développent seulement deux espèces d’accidents , que les uns agissent principalement , par exemple , sur le cœur et sur le système nerveux , et les autres sur le canal digestif. Zeviani avait été plus exact lorsqu’il disait : « Il solo veleno dé funghi conliene » in se la malizia di tutti , e vari motiplici effetti produce se-
» rondo che è in maggior copia ingolato è in maggior copia dentro » le vene s'include. (1) » ( Dissertation inaugurale. ) Je me bornerai donc à résumer les divers accidents qui ont été observés à la suite de ces intoxications.
C’est en général plusieurs heures après avoir mangé les champignons vénéneux que les effets délétères se manifestent; il faut que par suite du travail de la digestion, le principe actif ait eu le temps d’être isolé, dissous et absorbé. Ici l’individu éprouve des douleurs d’estomac , des coliques et des sueurs froides; ces douleurs acquièrent de plus en plus de l’intensité et deviennent presque continues et atroces; il y a des évacuations par le haut et par le bas, et le plus souvent les selles sont précédées ou accompagnées de coliques ; il survient une soif inextinguible et une chaleur générale, plus forte cependant dans la région abdominale; le pouls est petit , dur, serré, très fréquent, et la respiration gênée. Bientôt après on observe des crampes , des roideurs , des convulsions tantôt générales , tantôt partielles , des défaillances. Cependant le malade conserve l’intégrité de ses facultés intellectuelles et sent la mort approcher au milieu des plus vives souffrances. La durée de la maladie varie depuis deux jusqu’à quatre, cinq ou six jours; les douleurs et les convulsions ont épuisé les forces.
Dans d’autres cas, après l’apparition des symptômes qui annoncent une affection gastro-intestinale , les malades éprouvent des vertiges , un délire sourd, de l’assoupissement, du coma , accidents qui ne sont interrompus que par des douleurs et des convulsions , et quelquefois par des vomissements.
Chez certains malades, les symptômes nerveux dont je viens de parler n’ont pas été précédés de ceux qui appartiennent plus particulièrement à l’affection gastro-intestinale ; ces malades succombent assez promptement par suite d’une forte lésion du système nerveux caractérisée à la fois par des phénomènes d’excitation et d’assoupissement; aussi aux convulsions violentes, au délire assez intense, aux douleurs vives, se joint un état comateux et comme apoplectique.
Dans certaines circonstances les champignons paraissent agir à la manière des poisons septiques; tout-à-coup la peau pâlit, se refroidit et se couvre d’une sueur glacée , le pouls et les mouvements du cœur sont à peine sensibles, les inspirations sont rares et pénibles, les yeux sont éteints et la mort arrive sans souffrance. Il est pourtant des cas
(1) Le poison des champignons réunit à lui seul les qualités malfaisantes de tous les poisons , et il produit des effets variés et nombreux , suivant qu’il a été pris et introduit dans les veines en plus ou moins grande quantité.
DES POISONS NARCOT1CO-ACRKS.
où ces mêmes symptômes sont accompagnés ou suivis d’un état comme convulsif qui s’annonce par le trismus , la tension et la dureté du ventre, une respiration agitée et comme convulsive, etc. ; cet état est en général fort grave et ne tarde pas être suivi de la mort.
Lésions de tissu produites par les champignons vénéneux.
Quoique les lésions cadavériques présentent des différences suivant l’espèce de champignon qui a occasionné l’empoisonnement, cependant ces différences sont moins nombreuses que pour les symptômes; aussi la Société de médecine de Bordeaux a-t-ellepu résumer avec avantage les principales lésions cadavériques constatées à la suite de cette intoxication. Voici ce qu’on lit dans le rapport qui lui a été présenté le 26 juin 180 J. < Taches violettes, très étendues et nombreuses sur les téguments, ventre très volumineux , conjonctive comme injectée, pupilles contractées, estomac et intestins phfogosés et parsemés de taches gangréneuses , sphacèle dans quelques portions de ce viscère, contractions très fortes de l’estomac et des intestins, au point que, dans ceux-ci, les membranes épaissies avaient entièrement oblitéré le canal; œsophage phlogosé et gangrené dans l’un des sujets; dans un autre, iléum invaginé de haut en bas, dans l’étendue de 9 centimètres : un seul individu avait les intestins gorgés de matières fécales. On n’a trouvé dans aucun des vestiges de champignons : ils avaient été complètement digérés ou évacués. Les poumons étaient enflammés et gorgés d’un sang noir; le même engorgement avait lieu dans presque toutes les veines des viscères abdominaux , dans le foie, dans la rate, dans le mésentère; taches d’inflammation et taches gangréneuses sur les membranes du cerveau , dans ses ventricules, sur la plèvre, les poumons, le diaphragme, le mésentère, la vessie, la matrice, et même sur le fœtus d’une femme enceinte : le sang était très fluide chez cette femme enceinte; il était presque coagulé dans d’autres individus; la flexibilité extrême des membres n’a pas été constante. »
On a vu depuis, chez les malades qui avaient éprouvé des symptômes très prononcés, que dans certains cas les vaisseaux cérébraux étaient engorgés, la substance cérébrale piquetée de points rouges, et que les ventricules contenaient de la sérosité limpide et sanguinolente.
Examen de certains caractères considérés comme propres à faire reconnaître les mauvais champignons.
Paulet, Persoon et quelques aut res savants, ont cru pouvoir faire suspecter les espèces de champignons dangereuses par la consistance»
l’odeur, la couleur, la saveur, etc,, qu’elles présentent ; mais les règles générales données à cet égard offrent tant d’exceptions qu’elles doivent nécessairement occasionner des méprises funestes. On a indiqué , dit le docteur Letellier, comme propres aux espèces dangereuses, 1° une consistance molle : mais la tremellamesenteriformisel Vagaricus typhoïdes sont incapables de nuire; 2° une consistance ligneuse, subéreuse ou coriace : mais les polyporus, qui sont coriaces, servent d’aliments dans beaucoup de pays; 3° une odeur très forte ou désagréable : mais le polyporus juglandis , que l’on mange, a presque asphyxié Bnliiard; k° une saveur désagréable : mais presque tous les agarics à lamelles égales piquent fortement la langue et le gosier, et Yhgpodris buglossoïdes a quelquefois une saveur acide détestable; 5° la présence d'un luit acre : mais on a donné à des animaux sans résultats fâcheux la plupart des espèces d’une section de champignons à lait âcre; 6" l’ apparition dans les endroits sombres : mais les clavaires, les mérules ne viennent souvent qu’au fond des bois; 7° l’accroissement rapide et la prompte dissolution : mais Yagaricvs tgphoides et presque tous ceux de sa section sont incapables de faire du mal; 8” la tige bulbeuse : mais elle appartient aux agaricus solitanus et colubrinus , champignons excellents; 9" les fragments de peau collés sur le chapeau : mais les agaricus asper et solitarius et souvent le cuginatus en présentent; 10° la vacuité du pédicule : mais elle existe constamment dans les agaricus colubrinus castaneus , Yhelvella elastica ; llo la couleur de la chair changeant quand on a coupé le chamgignon : maisle boletus aurantiacus passe au rose tendre; 12° la couleur éclatante de la surface : mais l’oronge vraie la présente; 13° la couleur jaune soufrée ou muge vif : mais Y agaricus sulfureus et beaucoup d’agarics ne sont pas malfaisants; 14" la présence d’un volva : mais on peut manger impunément beaucoup d’agarics à volva; 15° la présence d’un collier : cependant les meilleures espèces comestibles , comme les agaricus edulis , colubrinus , solitarius , aurantiacus, en sont pourvues. (Letellier, dissertation inaugurale, janvier 1826. Paris.)
La composition chimique des champignons varie à l’infini et ne peut servir en aucune manière à distinguer les bonnes des mauvaises espèces. Voici les noms des diverses substances que l’on en a retirées jusqu’à ce jour : de la fungine , de l’albumine , une matière grasse , une substance azotée insoluble dans l’alcool , de i’osmazome, du sucre, de la gélatine, de la cire, des résines , de l’acide fungique , des acides benzoïque et acétique , et des sels à base de potasse et de chaux. Les champignons vénéneux renferment en outre un principe âcre, extrêmement fugace, peu connu , et un principe délétère que
DES POISONS NARCOTICO-ACKES.
M. Letellier prétend avoir obtenu mêlé à des sels à base de potasse ou de soude , et qu’il dit être soluble dans l’eau et dans tous les liquides qui en contiennent, insoluble dans l’éther, incristallisable, inodore, insipide, formant avec les acides des sels cristallisables , et que ni les acides , ni les alcalis faibles, ni l’acétate de plomb, ni l’infusion de noix de galle ne précipitent. Ce principe n’existerait , d’après les expériences de M. Letellier, qui demandent à être répétées , que dans les agaricus bulbosus , muscarius et probablement vernus. Injecté à dose assez forte dans le tissu cellulaire du dos des grenouilles , il aurait agi à peu près comme l’opium.
Nous devons à HJ. Pouchet, professeur d’histoire naturelle à Rouen, des expériences curieuses sur le principe actif de Yamanita muscaria et de Yamanita venenosa. Il s’est assuré, après avoir fait bouillir cinq ou six de ces champignons dans un litre d’eau pendant un quart d’heure, que le decoctum empoisonnait violemment les chiens et les faisaient périr en quelques heures, en déterminant une gastro- entérite , tandis que les champignons , ainsi dépouillés de leur principe actif par l’eau bouillante, pouvaient être pris impunément par d’aures chiens qu’ils nourrissaient parfaitement. ( Journal de Chimie médicale , toin. v, année 1839, p. 322.)
Traitement de l’empoisonnement par les champignons.
J’ai tenté les expériences suivantes pour constater la valeur du vinaigre, du sel commun, de l’éther, de l’émétique et de l’alcali volatil dans l’empoisonnement par les champignons.
Le vinaigre. 1° Cet acide a la faculté de dissoudre la partie active de la fausse oronge et de l’oronge-ciguë jaunâtre, en sorte que l’on peut avaler impunément l’un ou l’autre de ces champignons coupés par morceaux et épuisés par cet acide ; mais la liqueur est excessivement vénéneuse. Ce résultat est conforme à ceux qu’avait obtenus Paulet. 2° Ces champignons , introduits dans l’estomac avec du vinaigre, et à une dose capable de produire la mort, la déterminent plus tôt qu’ils ne le feraient si le vinaigre n’eût pas été administré , pourvu que le poison n’ait pas été vomi, ce qui dépend sans doute de la faculté qu’a l’acide de dissoudre les parties vénéneuses dont l’absorption doit être plus facile. 3" L’eau vinaigrée m’a paru utile dans cet empoisonnement, lorsque le champignon vénéneux a été expulsé par les évacuants.
Le sel commun dissous dans l’eau jouit, comme le vinaigre , de la propriété de dissoudre les parties actives de ces champignons , et
offre par conséquent les mêmes avantages et les mêmes inconvénients que cet acide végétal.
L’éther sulfurique , dont on a fait un usage si fréquent dans ces derniers temps pour combattre l’empoisonnement qui m’occupe , m’a paru d’une très grande utilité après l’emploi des évacuants ; en effet, j’ai rétabli la santé de plusieurs chiens qui avaient pris une assez forte dose de fausse oronge pour périr, en leur faisant avaler alternativement , après avoir évacué le poison , de l’éther et de l’eau éthérée, ou de la liqueur minérale anodine d’Hoffmann.
L 'émétique et les éméto-cathartiqucs me semblent devoir jouer le principal rôle dans ce traitement, car la mort a presque toujours lieu lorsque ces champignons ne sont pas évacués.
Paulet a prouvé que l'alcali volatil (ammoniaque) est plutôt nuisible que salutaire, et que l’huile, la thériaque, le beurre et le lait ne sont d’aucune utilitéi'dans cette intoxication. [Traité des Champignons , par Paulet, tom. n , année 1793. Paris.)
Après avoir parlé en particulier de chacun des moyens proposés pour guérir la maladie produite par les champignons vénéneux , je dois établir les préceptes d’après lesquels l’homme de l’art pourra combattre avec succès les accidents qu’ils développent. 1° Il favorisera l’évacuation du poison à l’aide de l’émétique, et mieux encore des éméto-calhartiques , des potions et des lavements purgatifs; en effet , assez souvent les purgatifs doivent être préférés aux émétiques, parce que l’action de ces champignons est lente et ne se manifeste que dix ou douze heures après leur ingestion , c’est-à-dire quand ils se trouvent déjà dans le canal intestinal : ainsi on fera avaler au malade J 5 ou 20 centigrammes de tartrate de potasse antimonié uni à 1 gramme 30 centigrammes d’ipécacuanha , et 24 à 30 grammes de sulfate de soude dissous dans l’eau ; on administrera en outre une potion faite avec l’huile de ricin et le sirop de Heurs de pêcher, et on fera prendre des lavements préparés avec la casse , le séné et du sulfate de magnésie. Lorsque les champignons auront été évacués , on emploiera quelques cuillerées d’une potion fortement éthérée de préférence à l’eau vinaigrée , qui pourtant est utile dans cette période de la maladie (voy. observation 4e, p. 518), et on aura recours aux mucilagineux si le malade se plaint de douleurs et d’irritation dans le bas-ventre. M. Chansarel dit avoir réussi dans plusieurs cas d’empoisonnement en administrant une dissolution de 2 grammes de tannin dans 1 litre d’eau ou bien un decoctum préparé avec 16 grammes de noix de galle, 1 litre d’eau et une quantité suffisante de mucilage. Il arrive quelquefois, dans cette espèce d’empoisonnement, que le tartrate de potasse antimonié seul ne détermine aucune évacuation.
Observation. — Feu madame la princesse de Conti, dit M. Paulet , lors d’un voyage de la cour à Fontainebleau, en automne, ayant aperçu dans la forêt plusieurs champignons vénéneux , les fit cueillir, les prenant pour des oronges, et obligea son cuisinier de les servir à dîner, malgré tout ce qu'on put lui dire. Elle avait à sa table, entre autres personnes, M. l’évêque de Langres, et elle en mangea plus que tout le monde. Deux heures après le dîner, elle éprouva des envies de vomir avec des défaillances etdes anxiétés, resta quelque temps sans connaissance et dans un état de stupeur et d’anéantissement qui fit craindre pour sa vie.Un gramme et demi de tartre émétique donné dans la journée n’avait encore produit aucun effet, lorsque le suc de raifort, et surtout un lavement préparé avec une forte décoction de tabac, procurèrent une évacuation complète par haut et par bas , qui lui fit rendre les champignons tels qu’elle les avait pris. Elle perdit du sang par les selles, et on craignit un moment un état inflammatoire dans les entrailles, à raison de l’irritation excessive que les remèdes avaient produite. Elle fut très long-temps à se remettre , et le lait contribua beaucoup à son rétablissement (1).
2° Il serait imprudent d’administrer des purgatifs irritants si l’inflammation du bas-ventre avait déjà fait des progrès rapides : ainsi , s’il y avait beaucoup de fièvre jointe à une tension douloureuse de l’abdomen , à la cardialgie, à la sécheresse de la langue, accompagnée d’une soif extrême et de chaleur brûlante à la peau, dans la bouche et dans la gorge , il faudrait avoir recours aux saignées , aux sangsues et aux autres moyens antiphlogistiques. Forestus parle d’une jeune personne qui avait été empoisonnée par les champignons , et qui guérit au moyen de la saignée pratiquée au sixième jour de la maladie.
Action de l’alcool sur l’économie animale.
Expérience irc. — On introduisit dans l’eslomac d’un chat 8 grammes d’alcool. Immédiatement après, l’animal s’agita avec violence, puisse coucha sur le côté dans un état de grande insensibilité et d’immobilité; la respiration devint laborieuse et stertoreuse , et les battements du cœur furent accélérés. Cet état dura sept minutes : alors la respiration s’exécuta plus facilement ; l’animal se releva et put marcher.
(I) Les lavements de tabac ne déterminant pas toujours le vomissement chez l’homme, et pouvant occasionner des accidents graves , il est préférable de recourir au sulfate de zinc ou à d’autres médicaments émétiques.
Expérience h\ — On injecta Z|5 grammes du même liquide dans l’estomac d’un très gros lapin. Les mêmes symptômes se déclarèrent , et ne se dissipèrent qu’au bout de quarante minutes.
Expérience iiic. — La même expérience fut répétée sur un lapin beaucoup plus jeune avec 28 grammes du même liquide. Au bout de deux minutes, l’animal était évidemment sous l’influence du poison, et, trois minutes après, il se coucha sur le côté dans un état de grande insensibilité et d’immobilité ; les pupilles étaient très dilatées ; de temps à autre , les membres étaient agités de légers mouvements convulsifs ; la respiration s’exercait d’une manière pénible , et cessa entièrement une heure quinze minutes après l’ingestion de l’alcool. Au bout de deux minutes, l’animal paraissait mort. On ouvrit le thorax, et on vit que le cœur se contractait avec assez de force et de fréquence , et qu’il contenait du sang d’une couleur foncée. On inti oduisit un tube dans la trachée-artère, et on insuffla de l’air: par ce moyen on pouvait conserver aux battements du cœur leur type naturel, comme chez un animal auquel on a enlevé la tète.
Expérience i\e. — On injecta dans l’estomac d’un lapin 60 grammes du même liquide. L’injection était à peine terminée, que l’animal devint insensible. On remarqua en outre les symptômes dont j’ai parlé dans l’expérience précédente, et la mort eut lieu vingt-sept minutes après l’introduction de la substance vénéneuse. En examinant le thorax , on vit que le cœur se contractait. ( Brodie , Philos. Trans., année 1811, pag. 178 , lrc partie. )
Expérience Ve. — A huit heures et demie du matin , j’ai introduit dans l’estomac d’un petit chien robuste 2/i grammes d’alcool à ZiO degrés : l’œsophage a été lié. Immédiatement après, l’animal a paru agité; il a parcouru le laboratoire en différents sens, et n’a pas cessé de marcher librement pendant dix minutes ; il avait un air égaré. A huit heures trois quarts , iJ a commencé à éprouver des vertiges. A neuf heures dix minutes, il s’est couché sur le côté, et ne pouvait plus se tenir debout. Jusqu’à ce moment , il avait marché en différents sens, et était tombé plusieurs fois , mais s’était relevé aussitôt ; ses extrémités n’avaient point été paralysées. A neuf heures vingt cinq minutes, il a poussé des cris plaintifs et a fait des efforts infructueux pour lever la tête ; les membres étaient flasques etles pupilles resserrées; il voyait et enlendaitbien ; ses muscles n’étaient agités par aucun mouvement convulsif. Dix minutes après, les plaintes étaient aiguës. A neuf heures quarante minutes , il a cherché à se mettre sur les pattes; mais il est retombé aussitôt en frappant le sol avec sa tète ; quelques instants après, il a fait de nouveaux efforts, s’est relevé, a marché pendant quelques secondes, et est retombé en poussant des cris aigus. A onze heures, il était couché sur le côté et continuait à souffrir; point de mouvements convulsifs. Il est mort à onze heures et demie. On l’a ouvert à deux heures. Le sang contenu dans le cœur était noir et coagulé; les poumons n’offraient aucune altération ; la membrane muqueuse de l’estomac étaild’une couleur rouge-cerise dans toute son éten-
due , et offrait lin très grand nombre de bandes longitudinales d’un rouge noirâtre , formées par du sang extravasé entre les deux tuniques.
Expérience vic. — Lorsqu’on injecte dans le tissu cellulaire de la cuisse d’un chien de moyenne taille 30 à Z|0 grammes d’alcool à 40 degrés, on remarque que l’animal est agité; pendant trente ou quarante minutes, il marche en tous sens avec un air égaré, et n’éprouve point de vertiges; alors les extrémités postérieures deviennent faibles; sa démarche commence à être chancelante ; il vomit, à deux ou trois reprises différentes, des matières bilieuses jaunâtres. Quinze ou vingt minutes après, les vertiges sont plus intenses ; l’animal marche comme un furieux, tombe, se relève et continue à parcourir le laboratoire. Bientôt après, il éprouve beaucoup de difficulté à se mettre sur les pattes; il les agite comme s’il nageait. Ces efforts ne tardent pas à être vains; alors il se couche sur le côté , dans un état de grande insensibilité ; les membres sont flasques et n’offrent aucun mouvement convulsif; l’animal ne se plaint pas , à moins qu’on ne le secoue ; les inspirations sont profondes ; les pupilles sont comme dans l’étal naturel. Ces symptômes persistent pendant deux ou trois heures, et l’animal succombe. En l’ouvrant immédiatement après, on ne découvre point de lésion dans la plaie; l’alcool se trouve complètement absorbé ; le cœur et les veines du membre opéré renferment du sang noir coagulé ; on n’observe plus la moindre contraction dans ces organes ; les poumons et le canal digestif n’offrent aucune altération.
Si la quantité d’alcool appliqué sur le tissu cellulaire est moindre, les animaux éprouvent les symptômes d’excitation dont j’ai parlé; ils sont en proie à de légers vertiges , et ils ne tardent pas à se rétablir.
Expérience viic. — .l’ai prouvé, à l’article Cantharides . que l’alcool détermine une mort subite lorsqu’il est injecté dans la veine jugulaire, et qu’il agit principalement en coagulant le sang.
Observation l,e. - - Un homme dans l’âge mûr resta ivre avec aphonie, pendant trois jours, et mourut le quatrième sans éprouver de convulsions. (Liber i, Episl. anal, méd., xix, art. 35.)
Observation 2e. — Dans les derniers jours de décembre 1825 , deux soldats du régiment suisse caserné à Rueil , dont un était Russe , par suite d’un défi , ayant bu chacun quatre litres d’eau-de-vie, sont morts, l’un sur-le-champ, et l’autre pendant son transporta l’hôpital militaire de Paris.
Observation 3e. — Un homme d’une quarantaine d’années, adonné à la boisson , vida un flacon d’eau-de-vie sans reprendre haleine. Bientôt après, il sortit tout chancelant et dans un état complet d’ivresse; le hasard le fit entrer dans une grange voisine où il passa la nuit, probablement dans un état soporeux. On l’en vit sortir le matin pour se traîner vers une fontaine peu distante, où il but long-temps et avec avidité. Il retourna ensuite dans la grange, où on le trouva mort dans le milieu de
Ja journée. ( De l’abus îles boissons spirilueuses , par le docteur lloesch, Annales d'hygiène, t. ir, p. 66.)
Observation 4e. — Un homme d’une cinquantaine d’années but une mesure (maass) de vin de bonne qualité. Quelques heures après, il se mit à souper avec sa famille. Tout-à-coup il fut pris de violents spasmes toniques et cloniques, et entra dans un épouvantable accès de fureur; à peine trois ou quatre personnes pouvaient- elles le dompter. Le paroxysme , qui se répéta plusieurs fois sous la même forme avant l’arrivée du médecin, durait chaque fois huit à quinze minutes, et il était suivi d’un intervalle de même durée, pendant lequel le malade, épuisé, recouvrait un peu de connaissance. Trois quarts d’heure après, on lui fit prendre une cuillerée à café d’acétate d’ammoniaque et de l’eau froide. Au bout d’un quart d’heure, le malade prit une seconde cuillerée, qui fut encore suivie d’une troisième , après quoi les accidents diminuèrent, puis disparurent à la suite du vomissement. Le malade s’endormit , et à son réveil il était bien portant. Vers l’âge de seize à dix-sept ans, après avoir bu une bouteille de bon vin du Rhin, il avait déjà eu un accès pareil, mais bien plus violent, puisqu’on avait été obligé d’employer pendant la journée entière quatre hommes à le contenir. Plus tard , il en éprouva un second , dont la durée fut à peu près la même. [Ibid. )
Voici comment M. Garnier de Montargis résume les phénomènes que produisent les liqueurs alcooliques chez l’homme , lorsqu’elles sont prises à une assez grande dose pour déterminer l’ivresse.
Le premier degré s’annonce par la rougeur du visage ; les yeux s’animent, le front se déride, la figure s’épanouit et respire une aimable gaieté; l’esprit est plus libre, plus vif; les idées sont plus faciles; les soucis disparaissent; les bons mots, les doux épanchements de l’amitié, de tendres aveux les remplacent ; on parle beaucoup ; on est indiscret; les propos sont un peu diffus, et déjà l’on commence à bégayer.
Le second degré de l’ivresse est caractérisé par une joie bruyante, ; turbulente, par des éclats de rire immodérés, des discours insensés, des chants obscènes, des actions brutales, en rapport avec l’idiosyncrasie des individus, par une démarche vacillante , incertaine, analogue à celle des enfants , par des pleurs stériles , le trouble des sens, la vue double, des yeux hagards, sombres et des tintements d’oreilles; la langue, embarrassée , articule avec peine les sons; il y a quelquefois écume à la bouche ; le jugement devient faux , la raison disparaît; rien ne règle plus nos penchants et nos appétits grossiers ; quelquefois un délire furieux succède; le pouls est plus développé, le battement des artères carotides plus sensible; la face est rouge, vultueuse; les veines du cou sont gonflées, la respiration précipitée; l’haleine est vineuse ; il'y a des rapports aigres, des envies de vomir, i il. 34
des vertiges, des chutes imminentes, puis complètes; la somnolence et l’état de vertige croissent; la face devient pale, cadavéreuse; les traits sont affaissés; des vomissements abondants de matières aigres , quelquefois l’excrétion involontaire de l’urine et des matières fécales se manifestent, ainsi qu’une céphalalgie violente et la perte totale des sens; enfin un sommeil profond qui dure plusieurs heures, et pendant lequel la transpiration est trèsabondante et amène la terminaison de cet état pénible. Les fonctions reviennent peu à peu à leur état primitif; la tête est encore douloureuse et pesante; la langue est chargée, la bouche pâteuse; il y a soif, et il reste du dégoût pour les aliments et des lassitudes dans tout le corps.
Le troisième degré de l’ivresse est un état vraiment apoplectique : on observe l’abolition des sens, de l’entendement; la face est livide ou pâle, la respiration stertoreuse; l’individu ne peut plus se soutenir ; la bouche est écumeuse, le coma se déclare , et le sentiment est plus ou moins complètement perdu. Cet état peut durer pendant trois ou quatre jours, et se terminer par la mort.
On sait que l’abus prolongé des boissons spirilueuses détermine une série de maladies , dont voici les principales : irritation de l’estomac et du canal intestinal, pyrosis, vomissements, dysphagie, squirrhede l’estomac, diarrhée, hépatite, jaunisse, engorgements du système de la veine porte, ophthalmies, éruptions cutanées, congestion vers la tête, apoplexie, ramollissement des os, hydropisies , diabètes, ulcères, gangrène , scorbut , combustion spontanée , delirium tremens , spasmes, épilepsie, paralysie, émoussements et hallucinations des sens, maladies mentales, impuissance et stérilité, etc.
Les faits qui précèdent me permettent de conclure, 1° que l’alcool exerce sur les chiens, les chats elles lapins la même action que sur l’homme; 2° qu’il agit avec moins d’énergie lorsqu’il est injecté dans le tissu cellulaire que dans le cas où il est introduit dans l’estomac; mais qu’il est encore beaucoup plus actif quand on l’injecte dans la veine jugulaire; 3° qu’il commence par déterminer une vive excitation (lu cerveau, à laquelle succèdent le coma et l’insensibilité;
qu’il est absorbé; 5° qu’il n’y a point identité, comme on l’a prétendu, entre son action et celle de l’opium; eu effet, l’alcool occasionne constamment sur l’homme et sur les chiens une excitation dont la durée varie, et qui est suivie d’un état comateux et d’une grande insensibilité; l’opium, au contraire, commence pardonner lieu à un assoupissement toujours accompagné de la paralysie des extrémités postérieures, et qui est bientôt suivi des phénomènes convulsifs les plus horribles, en sorte que les animaux finissent par être dans un véritable état d’excitation. L’opium n’enflamme pas les tissus
de l’estomac; l’alcool, au contraire, y produit une vive phlogose.
On pourra se convaincre de la différence qui existe entre ces deux poisons en injectant dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse de deux chiens à peu près de môme force, 2 grammes d’extrait aqueux d’opium dissous dans 8 h 12 grammes d’eau, et 40 ou 50 grammes d’alcool à 40 degrés : ces doses détermineront la mort à peu près au bout de quatre ou cinq heures.
Action de l’éther sur l’économie animale.
Expérience iro. — A huit heures du malin , on a introduit dans l’estomac d’un petit chien robuste 16 grammes d’éther sulfurique , et on a lié l'œsophage. Deux minutes après, l’animal a fait des efforts pour vomir , qu’il a renouvelés quelques instants après. Au bout de cinq minutes, il a éprouvé des vertiges qui n’ont pas tardé à devenir très intenses. A huit heures dix minutes, il ne pouvait plus se tenir debout ; tous ses muscles semblaient avoir perdu leur contractilité : il n’offrait aucun mouvement convulsif, et les organes des sens jouissaient de toutes leurs facultés; de temps à autre, il appuyait la tète sur le sol et faisait des efforts infructueux pour se relever; la respiration était gênée et accélérée. A huit heures seize minutes, il a poussé des cris plaintifs , et a cherché de nouveau à vomir. Quelques instants après, il a cessé de se plaindre, et il est tombé dans un état de grande insensibilité ; ses membres étaient très flasques. A huit heures quarante-cinq minutes, il s’est plaint de nouveau et paraissait beaucoup moins assoupi , il s’est contourné en différents sens pour se relever, et ce n’est qu’au bout de cinq minutes qu’il y est parvenu; ses extrémités postérieures n’étaient point paralysées . mais il était tourmenté de vertiges qui rendaient sa démarche chancelante; la respiration continuait à être gênée et accélérée. A neuf heures, il est tombé de nouveau, et il a été plongé dans un état de grande insensibilité. 11 est mort à onze heures. On l’a ouvert à midi et demi. L’estomac contenait une petite quantité d’un fluide visqueux, brunâtre ; sa membrane muqueuse offrait , dans toute son étendue, une couleur rouge-noirâtre ; elle était fortement enflammée; les autres tuniques de ce viscère étaient d’un rouge vif ; la membrane interne du duodénum était un peu enflammée ; le reste du canal digestif était sain ; le cœur renfermait du sang noir on partie fluide, en partie coagulé; les poumons étaient gorgés de sang fluide.
Expérience iic. — A huit heures du malin, on a injecté dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit chien faible 14 grammes d’éther sulfurique. A neuf heures, l’animal n’avait éprouvé aucun phénomène remarquable. A huit heures du soir, il a poussé des cris plaintifs, qu’il a souvent renouvelés pendant la nuit; sa démarche était chancelante. Le lendemain, il était un peu abattu. Cet état a continué jusqu’à la fin du quatrième jour, où il a expiré.
Observation lrc. — Un jeune homme , pour avoir respiré de la vapeur d’éther sulfurique, tomba dans un état d’insensibilité , présenta les symptômes de l’apoplexie pendant plusieurs heures , et serait mort infailliblement si l’on ne l’eût transporté à l’air libre et si l’on n’eût employé les moyens convenables. ( Archives gcn. de Med., t. xxvi, p. 267. )
Observation 2e. — Un homme ayant respiré pendant quelque temps de la vapeur d’éther sulfurique, fut pris d’une léthargie intermittente qui dura trente-six heures, avec accablement extrême, petitesse du pouls, etc. ( Christison , ibid. )
Traitement de l’empoisonnement parles liqueurs spiritueuses.
L’ivresse qui n’a pas été portée très loin se guérit d’elle-même au bout de quelques heures. On peut en hâter la guérison en faisant respirer de l’ammoniaque et en administrant une boisson sucrée contenant 20 ou 25 gouttes de cet alcali. Dans le cas où l’ivresse persisterait plus long-temps, et que l’individu serait plongé dans un coma profond, il faudrait avoir recours à l’émétique, et ensuite aux boissons sucrées et ammoniacales. La saignée pourrait être pratiquée avec avantage si la congestion cérébrale était très prononcée; quelquefois aussi l’application de sangsues derrière les oreilles a été suivie de bons effets. On emploierait également les lavements irritants et les lotions de vinaigre sur toute la surface du corps.
Recherches médico-légales.
l'alcool est un liquide transparent , incolore , doué d’une odeur forte qui le caractérise, et qui est d’autant plus prononcée que l’alcool est plus concentré ou plus dépldegmé ; sa saveur est chaude et caustique. Il ne rougit pas Y infusion de tournesol ; il est plus volatil que l’eau , et bride avec une flamme blanche lorsqu’on l’approche d’un corps en ignition. U ne précipite ni le vin , ni le cidre, ni la bière , ni le café ; mais il coagule une foule de matières organiques végétales et animales dissoutes dans l’eau, dont il s’empare.
S’il s’agissait d’en démontrer la présence à la suite d’un empoisonnement, on soumettrait à la distillation au bain-marie , les matières suspectes vomies ou celles que l’on aurait retirées du canal digestif; le liquide alcoolique obtenu dans le récipient contenant beaucoup d’eau, serait distillé de nouveau au bain-marie après l’avoir mélangé avec du chlorure de calcium solide ; les premières portions recueillies dans le récipient contiendraient de l’alcool à un degré de concentration suffisant pour bien conserver son odeur, et pour être enflammé à l’aide d’un corps en ignition.
DU SElüLE ERGOTÉ.
L’ cther sulfurique est liquide, incolore, doué d’une odeur forte et suave qui le caractérise, et d’une saveur chaude et piquante. Il est beaucoup plus léger que l’eau et très volatil ; il bout à 35°, 6 sous la pression de 7G centimètres ; il ne rougit point la teinture de tournesol lorsqu’il a été convenablement purifié. Il brûle avec une flamme blanche très étendue et fuligineuse, quand il est mis en contact avec un corps en ignition.
Mélange de parties égales d’alcool et d’éther. (Liqueur d’Hoffmann. ) — Il a une odeur éthérée ; lorsqu’on l’approche d’un corps en ignition , il brûle d’abord avec une flamme blanche qui ne tarde pas à être mêlée de bleu, et ne laisse point de résidu. Si après avoir mis dans un verre à expérience environ 30 grammes d’eau distillée , on verse peu à peu 1 gramme de ce liquide , il reste à la surface; si on agite pendant une minute , une grande partie de l’éther se vaporise ; l’autre partie se dissout dans l’eau ainsi que l’alcool , en sorte qu’on ne remarque plus les deux couches. En substituant l'éther à la liqueur d’Hoffmann , on obtient les deux couches, lors même que l’agitation a été prolongée pendant plus de deux minutes ; Y alcool, au contraire, se mêle intimement avec l’eau dès qu’on l’agite avec ce liquide.