‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 134 sur 172 · ARTICLE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE CINQUIÈME

DU SEIGLE ERGOTÉ (Secale cornutum).

Les épis de certaines graminées offrent quelquefois une production végétale en forme d’éperon ou de corne qui porte le nom d’ergot, et que l’on voit le plus communément sur le seigle. « L’ergot, dit M. Tessier, est un grain ordinairement courbe et allongé ; i! déborde de beaucoup la balle qui lui tient lieu de calice. Ses deux extrémités , moins épaisses que la partie moyenne, sont tantôt obtuses, tantôt pointues. Rarement il est arrondi dans toute sa longueur; le plus souvent on y remarque trois angles mousses et des lignes longitudinales, qui sc portent d’un bout à l’autre. On aperçoit dans plusieurs grains d’ergot de petites cavités qu’on croirait formées par des piqûres d’insectes. La couleur de l’ergot n’est point noire, mais violette, avec différents degrés d’intensité. On remarque sur la plupart des grains dont il s’agit quelques traces blanchâtres à l’une des extrémités : c’est par où l’ergot était adhérent à la balle. L’écorce violette de ces grains recouvre une substance d’un blanc terne cl d’une consistance ferme , dont elle ne se sépare pas même après une longue ébullition. Les grains ergo-

tés se rompent facilement , et se cassent net en faisant un petit bruit comme une amande sèche. Dans l’état de grain, l’ergot n’a une odeur désagréable que quand il est frais et réuni en quantité ; mais s’il est réduit en poudre, cette odeur est plus sensible et plus développée : il imprime alors sur la langue une saveur légèrement mordicante et tirant sur celle du blé corrompu. L’ergot ne saurait être confondu ni avec le charbon ni avec la carie. ( Mémoire sur les observations faites en Sologne , par M. Tessier, en 1797.) »

Nous devons à M. Bonjean de Chambéry un travail intéressant sur le seigle ergoté , dont il importe de faire connaître les principaux résultats. Adoptant l’opinion de M. Blanc , habile agronome de Beaufort , ce pharmacien dit que le seigle ergoté vient de préférence dans les terres humides et légères, et sur le bord des champs ; qu’il se manifeste rarement de suite après la floraison ; que le plus souvent c’est dans la huitaine qui précède la maturité du seigle qu’il développe son germe, paraissant alors sous forme d’un suc visqueux et brillant dont la saveur ne tente pas les abeilles. Quand il approche de sa maturité, la formation de l’ergot devient très rapide, et il suffit de quelques jours pour qu’il ait atteint sa grandeur longitudinale. Il est brun -violet à l’extérieur quand il a été recueilli peu après son développement , et à l’intérieur , il est tantôt d’un blanc sale , tantôt violacé ; sa saveur rappelle celle des amandes fraîches, et il n’est point vénéneux , ainsi que l’a prouvé M. Bonjean par des expériences directes. Mais si, au lieu de le récolter presque au moment de sa naissance, on le laisse mûrir pendant quelques jours sur le seigle , il est moins grêle, moins violet, plus volumineux, plus nourri et plus brun; il commence à présenter cette saveur désagréable de blé pourri qu’on lui a souvent reconnue, et qui ne se développe bien qu’avec le temps; alors il est vénéneux. Ces deux états de l’ergot expliquent suffisamment les opinions contradictoires de plusieurs auteurs sur les propriétés toxiques du seigle ergoté.

Composition chimique de l’ergot. ■ — Huile fixe vénéneuse soluble dans l’éther (37,50). Poudre rougeâtre soluble dans l’alcool bouillant, ou ergotine deWiggers, non vénéneuse (00,40). Matière colorante violette inerte (00,40;. Extrait soluble dans l’alcool et dans l’eau (6,25). Résine âcre et nauséabonde (2,35). Extrait hémostatique obtenu en traitant l’ergot par l’eau froide, et composé d’un principe hémostatique, d’osmazomc végétale, de matière gommeuse et d’albumine végétale (21,25) : c’est lui qui excite les contractions utérines , sans être vénéneux. Phosphate acide de potasse et de chaux (3,75). Résidu ligneux (28,10). Total = 100. Il ne renferme aucun alcali végétal auquel l’on puisse attribuer ses propriétés médicales et toxiques.

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