DU BI-CHROMATE DE POTASSE
Observation. — Un ouvrier de la ville de Maryland, âgé de trentecinq ans , voulant retirer d’un vase à l’aide d’un siphon une petite quantité de bichromate de potasse dissous, aspira trop fortement, et reçut dans la bouche un peu de la liqueur. Son premier mouvement fut de cracher; mais à peine s’était-il écoulé quelques minutes, qu’il éprouva une grande chaleur dans le gosier et dans l’estomac^ et qu’il fut prjs de vomissements de mucosités sanglantes. Ces vomissements continuèrent presque jusqu’à la mort, qui eut lieu cinq heures après l’accident. A l’ouverture du cadavre , le docteur Baer constata que. la membrane muqueuse de l’estomac, du duodénum et d’un cinquième environ du jéjunum , était réduite en lambeaux ; ce qui en restait s’enlevait avec le manche du scalpel. Le reste du canal intestinal parut sain.
Ces faits semblent indiquer que le bichromate de potasse exerce son action sur le système nerveux , comme l’annoncent la paralysie , les convulsions, etc. ; il paraît en général déterminer la mort en paralysant ce système. ( Ginelin. Voyez aussi le Mémoire du docteur Ducatel, inséré dans le tome vr des Archives générales de Médecine, année 1834.)
Traitement de l’empoisonnement.
Le bichromate de potasse agissant surtout par l’excès d’acide qu’il renferme , doit d’abord être neutralisé , comme je l’ai dit en parlant dos acides; ensuite on traitera l’inflammation d’après les principes connus (voy. t. itr, p. 51).
Recherches médico-légales.
Le bichromate de potasse est sous forme de prismes rectangulaires d’une belle couleur rouge, Solubles dans environ dix fois leur poids d’eau à 60 degrés , et insolubles dans l’alcool ; la dissolution aqueuse rougit le tournesol ; elle précipite les sels de plomb et de bismuth en jaune, ceux de protoxyde de mercure en un beau rouge orangé , et ceux d’argent en pourpre. Chauffée avec de l’acide chlorhydrique, elle donne du chlorure de chrome vert et du chlorure de potassium, et il se dégage du chlore.
SÎE 2,’ACÏBE CSmOMÏQUE.
Lorsqu’on applique cet acide sur le derme dénudé , il se forme un ulcère extrêmement douloureux. C’est sans aucun doute à la présence de cet acide libre dans les cuves des teinturiers qui emploient le bi-
£,8 DES POISONS IRRITANTS
chromate de potasse que l’on doit attribuer les ulcérations douloureuses dont les ouvriers de Glascow étaient atteints, et que le docteur Duncan a signalées le premier. Ces ulcérations s’étendent de plus en plus en profondeur, sans s’élargir, au point de traverser quelquefois l’ épaisseur de l’avant-bras ou de la main. Cet effet remarquable d’une forte solution de bichromate de potasse est bien connu à Maryland, où cette substance est manufacturée en grand. Le docteur Baer l’a ob-servé plus de vingt fois. Pour peu que l’épiderme fût enlevé , la solution produisait un ulcère douloureux, pénétrant , qui, en dépit de tout traitement , traversait l’épaisseur du membre , à moins que le malade ne fût promptement éloigné de l’atelier où la substance était préparée. Le docteur Baer dit même avoir vu se former des ulcères dans des parties du corps où il est sûr que la solution n’avait pu être appliquée immédiatement. Il pense qu’alors le mal était produit par l’acide chromique vaporisé et mêlé à l’atmosphère. D’un autre côté , la solution d’acide chromique la plus concentrée ne fait aucune impression sur la peau recouverte d’un épiderme intact.
Tout porte à croire que l’acide chromique introduit dans l’estomac agit comme les autres acides minéraux très irritants. (Ducatcl, Mémoire cité.)
Cet acide est d’un rouge de rubis foncé , très soluble dans l’eau et dans l’alcool; chauffé avec de l’acide chlorhrydrique , il donne du chlorure de chrome vert ; soumis à l’action de l’eau distillée bouillante, après avoir été mélangé avec du sucre, de l’amidon, etc., il » est décomposé et fournit du protoxyde de chrome vert. Il précipite les sels de plomb , de bismuth , de protoxyde de mercure et d’argent, comme le chromate de potasse.