‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 165 sur 172 · ARTICLE III · texte numérisé non relu

ARTICLE III

De la marche analytique à suivre pour reconnaître la nature de la substance

suspecte.

Il peut arriver que l’expert n’ait aucun renseignement sur la nature de la substance délétère dont il est appelé à constater la présence, soit parce que le malade se refuse à la désigner, ou parce qu’il est hors d’état de rendre compte de ce qui s’est passé, soit parce que les magistrats, les médecins et les assistants ignorent complètement les circonstances de l'empoisonnement. Quel parti prendre en pareil cas, et comment doivent être dirigées les recherches pour ne pas s’exposer à perdre, par des tâtonnements infinis et par des expériences tentées à contre sens, Je fruit de travaux, toujours difficiles et souvent fort pénibles? J’avais cru d’abord qu’il n’était pas impossible de parvenir à reconnaître la substance vénéneuse en suivant une marche analytique et en procédant du connu à l’incopnu :

(l) Fodéiîk , ouvrage cité, t. iv, p. 297.

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aussi avais-je proposé, dans la première édition de ce Traité, de résoudre ce problème à l’aide d’un tableau dans lequel seraient compris tous les poisons inorganiques solides, liquides et gazeux que l’on mettrait en contact avec les réactifs propres à les faire découvrir par la voie dichotomique , si utilement employée par les naturalistes; ainsi, pour citer un exemple, je commençais par me demander si un poison solide était ou non soluble dans l’eau; en cas de solubilité , je déterminais si le solutum précipitait ou non par l’acide sulfbvdrique ; ceux des poisons que cet acide précipitait, je les soumettais à l’action de la potasse pure, qui ne troublait pas les uns, tandis qu’elle précipitait les autres , etc. ; je croyais pouvoir arriver par ce moyen à déterminer facilement la nature de chacun des poisons du règne inorganique. Cette marche , adoptée par la plupart des toxicologistes qui ont écrit depuis sur la matière, ne pouvait fournir des résultats satisfaisants qu’autant que l’on agissait sur des substances vénéneuses pures. Mais il est si rare de trouver dans le commerce un bon nombre de ces corps à l’état de pureté; d’un autre côté, presque toujours les expertises portent sur la matière des vomissements, sur celle que l’on trouve dans le canal digestif ou sur les organes eux-mêmes, et dans ces cas les poisons sont constamment mélangés avec une foule de substances qui masquent ou dénaturent leurs propriétés et qui empêchent les réactifs d’agir sur eux, comme ils le feraient s’ils étaient purs; en sorte qu’il devient impossible de faire usage d’un pareil tableau sans risquer de s’égarer et de commettre même des erreurs graves. Je dois encore signaler deux autres inconvénients attachés à cette manière de procéder : 1° un pareil tableau, pour être de quelque utilité, devrait comprendre tous les poisons connus, et nous savons qu’il en est beaucoup qui ne sauraient y figurer, parce qu’ils ne sont pas susceptibles, dans l’état actuel de la science, d’être décelés par les réactifs chimiques ; 2° on ne saurait faire abstraction, lorsqu’on applique cette méthode dichotomique, de cette prodigieuse quantité de sels et d’autres substances non vénéneuses , qui ne doivent par conséquent pas figurer dans le tableau, et qui pourtant pourraient être précisément l’objet de l’examen des experts dans certains cas de suspicion d’empoisonnement. Or, toutes ces substances inoffensives soumises à l’action des réactifs qui servent à établir les principales divisions du tableau, se rangeraient naturellement dans l’une ou l’autre de ces divisions dichotomiques ; et comme le tableau n’en ferait aucunement mention , il est évident qu’elles introduiraient dans les recherches chimiques un élément de perturbation dont il est aisé de prévoir les fâcheux résultats. Ces réflexions théoriques suffisent et au-delà pour proscrire des applications médico-légales la marche analytique fondé

sur la méthode dichotomique : aussi n’ a-t-elle jamais été mise en usage par les experts. Dans les nombreuses analyses judiciaires que j’ai été chargé de faire depuis trente ans avec Vauquelin , Barruel, Gav-Lussac, Pelletier, Chevallier, etc. , je ne l’ai pas employée une seule fois, et / affirme qu’il en a été de même des autres expertises auxquelles je n’ai pris aucune part.

Heureusement il n’est pas aussi commun qu’on pourrait le penser d’entreprendre des analyses judiciaires sans avoir le moindre renseignement sur la nature du poison qui a pu être employé. Souvent les magistrats, en commettant les experts, leur donnent des indications précieuses propres à abréger le travail. Ainsi, dans l’affaire Laffarge , l’avocat-général , M. Decoux, avec une perspicacité qui l’honore, insistait fortement auprès des chimistes de Limoges pour qu’ils n’eussent à chercher qu’une préparation arsenicale , et repoussait toute autre espèce de tentative, tant il était convaincu par les éléments de la cause que l’intoxication était le fait de l’acide arsénieux. Dans d’autres cas il s’agit d’une méprise ou d’une erreur; c’est du sublimé corrosif qui a été pris au lieu et place d’un sel purgatif ; c’est de l’acide cyanhydrique qui a été administré à une dose dix ou douze fois plus considérable que celle que le médecin avait eu l’intention de prescrire, etc.

Assez souvent , les symptômes éprouvés par le malade sont tels que l’on sait, avant de commencer l’analyse, quel esta peu près le genre de substance qui les a provoqués. Ainsi , le narcotisme déterminé par les opiacés , l’intermittence et les accès que produisent les strychnées, les douleurs abdominales vives , les vomissements et les selles qui se manifestent après l’ingestion des poisons irritants énergiques , le bouillonnement sur le carreau, occasionné par la matière des vomissements fortement acides , etc. , sont des indices dont il faut tenir grand compte.

On sait d’ailleurs que les substances le plus généralement employées pour empoisonner ou pour s’empoisonner sont peu nombreuses et presque toujours les mêmes ; le relevé fait à cet égard par MM. Chevallier et Bois de Loury, pour une période de sept années (du 15 novembre 1825 au 10 octobre 1832), donne pour résultat: 54 empoisonnements par l’acide arsénieux , 3 par la poudre aux mouches (oxyde noir d’arsenic), 1 par le sulfure d’arsenic, 7 par le vertde-gris, 5 par le sublimé corrosif, 1 par l’onguent mercuriel, 1 par l’émétique , 1 par l’acétate de plomb , 1 par la céruse ( carbonate de plomb), 1 par le sulfate de zinc, 2 par l’acide azotique, 1 par l’aride sulfurique, k par la noix vomique , 1 par l’opium , 5 par les cantharides, total 88. Sur ces 88 cas d’empoisonnement, 34 fois la sub-

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stance vénéneuse avait été mélangée à un potage ; dans les autres cas elle avait été donnée dans du lait , du vin , du pain , du chocolat, etc.

Quoi qu’il en soit, voici la marche généralement suivie aujourd’hui dans les expertises, lorsque tout est inconnu et qu’il s’agit de mettre l’opérateur sur la voie.

Si la substance suspecte n’a pas été mélangée et qu’on la présente telle qu’on la trouve dans les pharmacies ou dans le commerce, souvent un expert habile saura bientôt, en la regardant et en la flairant, quelle est sa nature ; ainsi comment ne pas reconnaître de suite l’opium , le laudanum, l’onguent mercuriel, les cantharides, le vertde-gris, la poudre aux mouches, l’arsénite de cuivre, les acides azotique, acétique, sulfhvdrique, chlorhydrique, cyanhydrique, l’eau régale, le sulfate d’indigo, l’ammoniaque, le carbonate d’ammoniaque, l’eau de Javelle, l’alcool, l’éther, etc.? Parmi les poisons qu’il ne sera pas ainsi possible de caractériser au premier coup d’œil et qui seront liquides ou solubles dans l’eau, il en est qui rougissent fortement le papier bleu de tournesol, d’autres qui bleuissent avec intensité le papier rougi , et plusieurs qui ne changent en aucune manière la couleur de ces papiers ; les premiers pourront être les acides sulfurique, phosphorique , oxalique, etc., ou des sels acides; les seconds des alcalis ou des sels alcalins, tels que la potasse, la soude, la baryte, etc.; enfin les derniers seront probablement des sels neutres. Il en est aussi qui sont colorés en bleu ou en vert, comme les sels de cuivre , en jaune , comme le chlorure d’or, et en jaune rougeâtre, comme le sel de platine. Quant aux poisons insolubles dans l’eau , plusieurs seront colorés en jaune , en rouge , en vert, etc. ; ainsi le sulfure d’arsenic, le chromate et l’ioclure de plomb, le bioxyde de mercure et le turbilh minéral sont jaunes; le proto-iodure de mercure est verdâtre; le bi-iodure de mercure, le bi-oxyde du même métal, le réalgar, le minium, sont rouges; l’arsénite de cuivre est vert. Si ces divers caractères ont paru insuffisants , on tentera quelques essais avec l’acide sulfhydrique gazeux ou liquide qui précipite avec des couleurs différentes presque toutes les dissolutions métalliques des quatre dernières classes, et même avec la potasse pure, afin de reconnaître certains sels sur lesquels l’acide sulfhydrique aurait été sans action. Il arrive rarement qu’en tâtonnant ainsi un expert instruit ne parvienne pas à savoir promptement quel est à peu près le poison qui fait l’objet des recherches ; il ne s’agira plus, alors qu’il aura ainsi été mis sur la voie , que de déterminer rigoureusement sa nature, à l’aide des caractères que j’ai indiqués en parlant de chaque substance vénéneuse en particulier.

Les difficultés sont bien autrement grandes lorsqu’il s’agit de recher-

cher la substance vénéneuse inconnue au milieu des matières vomies, desselles ou des liquides contenus dans le canal digestif, ou bien dans les tissus de ce canal, dans le foie , dans les autres viscères , dans le sang ou dans l’urine. C’est ici que les renseignements propres à guider l’expert sont précieux , surtout lorsqu’on ne trouve pas au fond des liquides ou à la surface des tissus une portion en nature de la substance toxique. Comment, en effet, découvrir des traces d’un poison qui, par son mélange avec des matières colorées, échappe presque toujours à l’action des réactifs , et qui a quelquefois contracté des combinaisons intimes avec la matière organique?

Si la matière suspecte ne s’est point dissoute dans l’eau , ou qu’elle ait à peine été attaquée par ce liquide , on se demandera si elle n’appartiendrait pas à la classe des alcalis végétaux , et l’on en mettra quelques parcelles sur les charbons ardents: ces matières seront promptement décomposées en laissant du charbon et en répandant une fumée d’une odeur empyreumatique , souvent ammoniacale; si l’expérience se fait dans un petit tube de verre, on verra en outre cette fumée bleuir un papier de tournesol rougi , que l’on aura préalablement disposé à la partie supérieure du tube.

Établissons d’abord que dans l’état actuel de la science, il est un bon nombre de poisons qu’il est impossible de reconnaître, alors même que l’on se place dans les circonstances les plus favorables ; ainsi , que l’empoisonnement ait eu lieu par les extraits de jusquiame, de belladone, de datura stramonium, de digitale pourprée, de gratiole , etc. , on ne parviendra pas à déceler et à distinguer ces extraits, quand même ils existeraient en quantité assez notable dans les matières vomies, dans les selles et dans les liquides contenus dans le canal digestif. Bien d’autres poisons végétaux , qui sembleraient pouvoir être reconnus, parce qu’il est possible d’en extraire un principe immédiat , alcalin ou non , qui les caractérise en quelque sorte, ne le seront que très difficilement, si même on parvient à les déceler , parce qu’ils ne se trouvent qu en petite proportion , et que l’isolement d’une aussi faible quantité de ce principe immédiat, au milieu de liquides organiques fortement colorés, n’est pas chose facile ; je citerai , par exemple , la brvone , la scille , le solarium , la ciguë , le tabac, et même les strychnées , l’ellébore blanc, etc.

Si j’aborde maintenant la partie du problème dont il est possible de donner assez souvent une solution satisfaisante, je dirai , pour ce qui concerne la matière des vomissements et des selles , et les liquides contenus dans le canal digestif, qu’il faut examiner attentivement si par le repos ces matières suspectes ne déposent pas une substance plus ou moins pesante , qui pourrait bien être le poison que l’on

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cherche ; dans ce cas , on ramasserait cette substance , et on procéderait comme il vient d’être dit à la page 726. Quel que soit le résultat de cette première investigation , il importe de s’assurer si la matière exhale une odeur caractérisée , si elle offre une saveur acide’, alcaline, styptique, âcre ou amère, si elle est fortement colorée en noir, etc., car il arrivera quelquefois que ces caractères seront des indices utiles! Ainsi , l’ammoniaque , l’acide cyanhydrique , l’opium , etc. , sont assez odorants pour qu’on puisse, à l’aide de ce seul caractère, en soupçonner l’existence; l’acétate de plomb, la strychnine, etc. , offrent des saveurs presque caractéristiques ; les acides concentrés impriment en général aux liquides avec lesquels ils sont mêlés une teinte noire excessivement prononcée ; le sulfate d’indigo et les sels de cuivre les colorent en bleu , etc.

On plongera ensuite dans ces matières deux papiers de tournesol, l’un bleu , l’autre rouge , afin de savoir si elles sont acides ou alcalines; malheureusement la sensibilité de ces papiers est telle, qu’ils changent de couleur alors même que les liqueurs ne renferment que des proportions infiniment petites d’acide ou d’alcali; en sorte qu’il est souvent difficile , surtout lorsque ces papiers ne sont que faiblement rougis ou bleuis , de dire si le changement de couleur dépend d’un acide ou d’un alcali introduit dans le dessein d’empoisonner, ou de ceux qui existent habituellement dans l’estomac ou qui s’v développent par suite delà putréfaction. Ne sait-on pas, par exemple, que les sucs de l’estomac sont presqùe toujours faiblement acides à l’état normal , et que dans certains cas de maladie , comme dans le pyrosis, leur acidité est très prononcée? Peut-on oublier, si les recherches se font au bout de plusieurs jours , comme cela a presque toujours lieu , qu’il a pu se développer de Y ammoniaque par suite de la putréfaction, et que c’est à cet alcali qu’il faudra peut-être exclusivement rapporter la coloration bleue du papier rouge? Toutefois, pour ce qui concerne l’acidité, il est certain que l’on sera autorisé à soupçonner qu’un acide étranger a été avalé si, malgré le développement d’ammoniaque comme effet de la putréfaction , les liqueurs sont encore sensiblement acides.

Admettons que l’on soit porté à penser qu’il y a eu empoisonnement par un acide; il faudra traiter les matières suspectes par l’alcool concentré , afin dé coaguler une grande partie de la substance organique, puis distiller le liquide filtré dans une cornue , à laquelle on aura adapté un récipient, eiï ayant soin de pousser l’opération jusqu’à ce que la matière de la cornue soit à peu près desséchée ; les acides volatils viendront se condenser, en partie du moins, dans le ballon,

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tandis que ceux qui sont fixes resteront dans la cornue. Il ne s’agira plus que de reconnaître quel est l’acide.

Si la liqueur était fortement alcaline, on la soumettrait également à la distillation, pour obtenir dans le récipient l’ammoniaque qu’elle pourrait renfermer, et l’on agirait sur la matière desséchée avec de l’alcool concentré, comme je l’ai dit en parlant des alcalis. (Vov. t. i, pag. 228.)

Dans le cas où les matières suspectes ne seraient pas alcalines ou qu’elles seraient à peine acides , il faudrait les faire bouillir pendant trente à quarante minutes dans une capsule de porcelaine , après les avoir étendues d’eau distillée, si elles étaient trop épaisses ; on séparerait par le filtre le coagulum qui se serait formé , et l’on concentrerait par l’évaporation la liqueur filtrée ; la dissolution ainsi rapprochée et refroidie serait traitée par de l’alcool à ùù degrés, qui occasionnerait un dépôt de matière organique, s’affaiblirait et pourrait tenir en dissolution les principes immédiats des végétaux vénéneux et un grand nombre de poisons métalliques. On garderait soigneusement les deux coagulum dont il vient d’être fait mention. La liqueur alcoolique serait filtrée et partagée en deux parties ; l’une d’elles serait traitée par le sous-acétate de plomb, etc. (vov. p. 257), pour savoir si elle contient un alcali végétal vénéneux; l’autre , après avoir été acidulée par de l’acide chlorhydrique pur, serait traversée pendant une heure par un courant de gaz acide suif hydrique bien lavé; l’acide arsénieux, l’émétique, les sels de cuivre, etc., seraient précipités à l’état de sulfures, qui se déposeraient presque aussitôt, et que l’on reconnaîtrait aisément. On se dispenserait de rechercher des alcalis végétaux, si tout ce que l’instruction a appris, et si les symptômes éprouvés par le malade éloignaient l’expert de l’idée d’un empoisonnement par ces alcalis, et alors on opérerait avec l’acide suifhydrique sur la totalité de la liqueur alcoolique.

Les matières coagulées, soit par le feu, soit par l’alcool, seraient traitées par l’eau , comme je le dirai en pariant des tissus eux-mêmes.

Supposons que ces recherches aient été infructueuses , il faut alors agir sur les tissus du canal digestif. Après avoir ouvert ce canal , et l’avoir étendu sur une ou plusieurs assiettes de porcelaine , on note attentivement les lésions dont il peut être le siège , puis on examine à l’œil nu ou armé d’une loupe , s’il n’existe pas à sa surface interne quelque matière cristalline ou pulvérulente; en cas d’affirmative, on recueille cette matière, et on en détermine la nature par les procédés qui ont été indiqués à la page 726. Alors on introduit le canal digestif coupé par petits morceaux dans une cornue où l’on a mis de l’eau distillée , et on chauffe pendant une heure environ ; on s’assure si le

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liquide condensé dans le récipient contient un acide volatil ou de l’ammoniaque. Le décoctum restant dans la cornue est décanté , refroidi et traité par l’alcool à kh degrés; on agit sur la liqueur alcoolique, comme il a été dit à la page 729.

Les tissus et les coagulum mentionnés à la même page, après avoir subi l’action de l’eau bouillante , seraient traités pendant un quart d’heure environ par de l’alcool concentré , afin de dissoudre les alcalis végétaux qu’ils pourraient contenir.

On les laisserait ensuite tremper pendant une heure ou deux dans de l’acide chlorhydrique affaibli et pur, qui attaquerait plusieurs oxydes métalliques avec lesquels ils auraient pu contracter des combinaisons, et les transformerait en chlorures solubles; tels seraient, par exemple , les oxydes d’aluminium , d’étain , de plomb , de bismuth , etc.

Enfin si, malgré toutes ces opérations, on n’était point parvenu à découvrir la substance vénéneuse, on partagerait les tissus restants en deux parties , dont l’une serait traitée par un courant de chlore gazeux, dans le dessein de découvrir une préparation arsenicale , et l’autre serait carbonisée par l’acide azotique, mêlé d’un quinzième de chlorate de potasse, afin d’obtenir les métaux autres que l’arsenic. A l’égard de cette dernière moitié, on n’oublierait pas, avant de conclure, qu’il existe du cuivre et du plomb dans les tissus normaux du canal digestif, et qu’il faut user d’une grande réserve.

Les diverses filtrations devront être faites avec du papier Berzélius ou avec du papier à filtrer, préalablement lavé à l’acide chlorhydrique. (Vov. t. l,p. G97.)

S’il s’agissait de découvrir une substance vénéneuse absorbée et portée dans le foie ou dans d’autres viscères , il faudrait , après avoir coupé ces viscères en petits morceaux, agir sur eux avec de l’eau distillée, l’alcool à hk degrés, l’acide chlorhydrique affaibli, le chlore , etc. , comme il vient d’être dit à l’occasion des tissus du canal digestif.

On procéderait de la même manière avec le sang.

Quant à Y urine , on examinerait séparément la partie liquide et le dépôt qui aurait pu se former. Le liquide serait évaporé, desséché à une douce chaleur , et traité comme le produit du décoctum des tissus du canal digestif. Le dépôt, après avoir été soumis à l’action de l’eau bouillante, serait traité par l’alcool , par l’acide chlorhydrique , le chlore, etc,, comme pour le foie, pour le caillot du sang, etc.

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