CHAPITRE II
ARTICLE PREMIER
De l’empoisonnement lent.
Il arrive quelquefois que des individus avalent pendant plusieurs jours une petite quantité de poison incapable d’occasionner une mort prompte, mais qui détermine des accidents plus ou moins graves, lesquels peuvent à la longue avoir les suites les plus funestes ; la réunion des accidents produits par une pareille cause constitue l’empoisonne-
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ment lent , qu’il ne faut pas confondre avec l'empoisonnement consécutif; en effet, celui-ci est occasionné par l’ingestion en une seule fois d’une certaine quantité de poison, qui produit d’abord tous les symptômes de l’empoisonnement aigu, auxquels l’individu résiste, mais qui sont suivis d’une multitude de phénomènes consécutifs dont la durée varie considérablement.
Je n’admets pas que l’on connaisse de poisons lents à l’aide desquels on puisse occasionner la mort à une époque déterminée : cette assertion, enfantée par l’ignorance, et soutenue par des préjugés absurdes , est tout-à-fait contraire aux lois de la nature organique. Comment, en effet, déterminer à priori la résistance que les forces vitales opposeront à la cause qui tend à les détruire , circonstance sans laquelle il n’ést pas possible de fixer l’époque à laquelle les accidents se développent, et où ils seront suivis de la mort?
Voici des faits qui peuvent servir à éclairer l’histoire de l'empoisonnement lent.
Observation lre. — Un matelot âgé de vingt-six ans, d’une assez bonne constitution , mais affaibli par de longs et fréquents voyages sur mer, fut reçu à l’hôpital de Land... le 5 fructidor an vu, pour une maladie syphilitique dont il était infecté, pour la première fois, depuis trois mois. Le premier symptôme de la maladie avait été une gonorrhée, qu’une injection d’eau-de-vie étendue d’eau dans le canal de l’urètre avait supprimée au bout de huit ou dix jours. De nouveaux symptômes n’ayant pas immédiatement succédé à celui qui venait de disparaître, le malade se crut parfaitement guéri , et peu de jours après il partit avec le bâtiment sur lequel il était embarqué. Il m’a dit que le jour même du départ de son bâtiment, il avait ressenti aux aines des douleurs d’abord peu vives ; que ces douleurs augmentant chaque jour d’intensité , il avait senti une petite tumeur de chaque côté; que ne doutant pas que ce ne fussent des poulains (ce sont ses expressions), il avait été consulter le chirurgien-major, qui lui avait fait appliquer sur chaque aine un cataplasme fait avec de la faune de graine de lin ; qu’en outre il lui avait dit de venir tous les jours boire au poste un verre de tisane qui lui laissait dans la bouche un fort mauvais goût. J’ai su depuis que c’était uiie solution de sublimé corrosif.
Les bubons ayant continué de grossir pendant plusieurs jours, se ramollirent enfin à leur sommet, et une incision faite à chaque détermina la sortie d’une très petite quantité de pus épais et sanguinolent. Le malade continua toujours sa prétendue tisane, s’observant fort peu sur le régime , quoiqu’on lui défendît expressément de boire de l’eau-de-vie et du vin , et qu’on lui eût fait retrancher en conséquence les rations de l’un et de l’autre. Les bubons furent pansés avec un plumasseau couvert d’unmélange de pommade mercurielle et de cérat , et par-dessus un cataplasme fait avec de la farine de graine de lin.
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ViO
Débarrassé des douleurs vives qu’il avait resseniies pendant quelques jours, cet homme reprit ses pénibles occupations: dès lors il fallut lui faire rendre les rations de vin et d’eau-de-vie qu’on n’était plus en droit de lui refuser : il se mit tout-à-fait au régime des gens de mer, et négligeant le pansement de ses bubons, buvant rarement de la tisane qui lui était prescrite, il oublia presque entièrement sa maladie. La campagne fut longue; beaucoup de raisons contribuèrent à la rendre pénible et fatigante. Cet homme, tourmenté par son état, forcé de se livrer à des travaux excessifs, manquant de bons aliments, de linge, ayant presque continue lement sur le coi ps des bardes mouillées, oblige de passer d'une atmosphère chaude et humide à une autre continuellement refroidie par des vents plus ou moins violents, cet homme, dis- je, ne tarda pas à ressentir les premières atteintes d’une maladie si funeste pour les gens de mer, et dont on cherche si peu à les préserver: je veux parler du scorbut.
Un sentiment de faiblesse, des douleurs dans les membres, des lassitudes, des prostrations , de l’inaptitude au tiavail , du dégoût pour ses occupations ordinaires, le gonflement des jambes, des hémorrhagies fréquentes des gencives, le mauvais état de la bouche, la difficulté croissante qu’il éprouvait à mâcher du biscuit ; tous ces symptômes réunis lui annoncèrent une maladie qu'il avait appris à connaître, en ayant été plusieurs fois atteint. Cétait une complication pour la première : il crut devoir remettre ie traitement de l’une et de l’autre à des temps plus heureux, il acheva donc la campagne dans ce fâcheux état. Le bâtiment sur lequel il était entra à Brest; peu de jours après, il fut envoyé à l’hôpital de Land.... C’est la que, pour la première fois, j’eus occasion de l’observer.
Il me dit n’avoir jamais été malade avant sa première campagne, qui fut de cinq mois , dont trois passés à la mer et deux au cap Français. Le bâtiment sur lequel il était embarqué ayant relâché à Bochefort, au mois de septembre, il fut a l’hôpital pour se faire traiter d’un commencement de scorbut. Là il fut atteint de la maladie endémique à ce pays, qu’il garda pendant quatre mois. Il quitta Bochefort, convalescent, passa au port de Brest , auquel il était attaché , et fit plusieurs voyages dont il revint toujours assez bien portant, sauf un peu de scorbut qu’un traitement de quelques jours à terre suffisait pour faire disparaître.
Voici , autant que j’ai pu le recueillir, le tableau de son état au moment où il fut soumis à mon observation.
Cet homme , grand , brun , semblait offrir les restes d’une bonne constitution, mais que beaucoup de causes avaient contribué à détériorer : il avait le teint pâle, plombé, les yeux ternes, enfoncés dans les orbites, les pommettes saillantes , la peau du visage tirée , les lèvres grosses , d’un rouge pâle , les gencives détachées , noirâtres , desquelles suintait un liquide sanguinolent; l’état de maigreur était extrême, les jambes légèrement gonflées. Le malade avait à l’aine, du côté droit, une tumeur ulcérée de laquelle découlait une très petite quantité de matière purulente. Le
bubon du côté gauche était cicatrisé: mais il restait encore un engorgement assez considérable dans les glandes de ce côté. 11 ressentait des douleurs dans les membres. Il fut mis d’abord à un traitement antiscorbutique; une nourriture végétale, de fréquentes insolations, un air pur, l’usage de quelques médicaments antiscorbutiques amenèrent bientôt dans son état un changement marqué. Au bout de six semaines de ce traitement il avait repris de l’embonpoint, le gonflement des jambes était absolument dissipé , la bouche en meilleur état , la peau revenue à sa couleur naturelle, les douleurs diminuées; ses forces augmentant tous les jours, semblaient annoncer une prompte convalescence ; mais les bubons restant toujours dans le même état, le chirurgien au soin duquel était confié ce malade crut devoir le soumettre au traitement anlivénérien; en conséquence , il lui fit administrer des solutions de sublimé corrosif, à la dose d’une cuillerée de liqueur de Van Swiéten dans un verre de lait , deux fois par jour : il y joignit une tisane sudorifique.
Le malade prit quatre-vingt-dix ou cent cuillerées de solution sans qu’il en résultât d’effet marqué , si ce n'est un peu d’amaigrissement. Le bubon du côté droit continuant de suppurer, et l'engorgement des deux côtés étant assez considérable , le chirurgien crut devoir persister dans l'usage du sublimé corrosif : mais dès lors ses effets commencèrent a se manifester d’une manière terrible. Le malade éprouva des coliques d’abord légères, mais qui furent bientôt violentes et continues. Les digestions devenant extrêmement pénibles, il fallut le réduire, pour tout aliment, à un peu de crème de riz. Il était continuellement tourmenté par des nausées, des rapports nidoreux. Le hoquet suivait toujours l’introduction dans l’estomac d’un aliment solide quel qu’il fût. Bientôt il ne put demeurer couché que sur le dos; la fièvre s’alluma avec de légers redoublements vers le soir, suivis de sueurs abondantes de la poitrine et de la tète ; le bubon du côté droit devint douloureux ; la suppuration , abondante et fétide, acquit un caractère de causticité tel que , corrodant toutes les surfaces où elle séjournait, elle produisit un grand nombre de petits ulcères qui, augmentant chaque jour, se réunirent et en formèrent un seul d’une étendue prodigieuse, qui occupait toute l’aine et une partie dé l’abdomen du côté droit.
On discontinua enfin Lusage du sublimé corrosif, à la sollicitation du malade, à la cçnt cinquantième cuilleiée de solution : mais il était trop lard; le poison avait porté sur les organes des atteintes funestes; l'état du malade empira tous les jours ; la maigreur devint extrême , et ce malheureux, livré aux douleurs les plus atroces, arrivé au dernier terme du dépérissement, expira le 21 nivôse , le cent trente-sixième jour de son entrée à l’hôpital La puanteur excessive du cadavre nous empêcha d’en faire l'ouverture 1).
(l) Lavort, Dissertation citée, p. 3S.
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Observation 2e. — Un homme doué d’une vive sensibilité , adonné au plaisir ou plutôt aux excès, prenait depuis quelques jours , pour des chancres au prépuce et un engorgement du testicule gauche, une cuillerée de la liqueur de Van-Swiélen, matin et soir, dans un peu de lait, lorsqu’effrayé de la durée que lui promettait ce traitement, il eut l’imprudence de doubler cette dose. D’abord , il semble n’en éprouver aucun inconvénient; mais, au bout de dix jours, des douleurs se développent d’une manière presque subite dans l’abdomen , qui se tuméfie et se durcit, en même temps que des syncopes fréquentes et des vertiges se manifestent : le malade en outre est frappé de paraplégie. Le lendemain , on le trouve couché en supination, ayant la face grippée, jaunâtre, les lèvres pâles, les pupilles dilatées, la peau sèche, l’abdomen très distendu , dur et douloureux au toucher, principalement à la région ombilicale , qui formait une tumeur arrondie d’un diamètre de 10 centimètres. Le malade se plaignait d’une soif vive, d’un goût âcre et métallique , quoiqu’il n’eût ni salivation ni gonflement des glandes salivaires. La langue, parfois sèche, présentait un enduit muqueux ; la déglutition était difficile; il y avait des vomissements fréquents de matières alimentaires, mêlées de bile verdâtre et de quelques filets de sang, suppression desselles et de l’urine ; le pouls était lent et déprimé; les mains et les pieds froids; une anxiété générale, des lipothymies fréquentes, des sueurs froides, des spasmes avec sentiment de constriction à la gorge, enfin une insomnie invincible, tourmentaient ce malheureux devenu extrêmement irascible. Des boissons adoucissantes, des lavements émollienls et des fomentations avec l’eau chaude modèrent l’intensité des symptômes; le jour suivant , douze sangsues sont appliquées autour du nombril, et le malade est plongé dans le bain; les douleurs se calment, les vomissements cessent, une selle spontanée a lieu, mais la paraplégie augmente, et l’urine sort par regorgement. On continue l’emploi des fomentations, on donne une décoction de salsepareille pour boisson; des pilules de camphre , de niire et de savon , et tous les deux jours 6Z1 grammes d’huile de ricin ; le régime consiste en bouillon de viande blanche , joint à un peu de vin. Cependant la paralysie persiste ; le vingtième jour, une escarre se manifeste au coccyx et aux lombes; la verge et le scrotum s’œdématisent. Cinq jours après, deux autres escarres se montrent aux hanches ; le malade est mis à l’usage de la décoction de quinquina et du vin. Les escarres tombent et laissent à nu une étendue assez considérable des os des ïambes. Le malade ne ressent aucune douleur, et jusqu’au quarantième jour, n’offre rien de remarquable ; mais alors les selles se suppriment , le ventre se gonfle et se durcit de nouveau; l’œdème s’accroît d’une manière effrayante ; bientôt le visage se décompose, des sueurs froides surviennent, les selles et l’urine sortent mêlées de sang déjà en putréfaction ; enfin , le cinquantième jour, le malade expire dans la violence des vomissements.
A Couverture du cadavre, on trouva une gastro-entérite intense , les gros intestins étaient perforés dans plusieurs points de leur étendue: une
grande quantité de matières fécales s’était épanchée dans la cavité de l’abdomen. (Bibl. médicale, t. lxxiv. Observ. de M. N...) (1).
Observation 3e. — Deux femmes de chambre servaient les mêmés maîtres; l’une d’elles conçut contre l’autre une jalousie si envenimée, qu’elle résolut sa perte. La voie du poison lui paraissant la plus sûre et la moins susceptible de la compromettre , fut préférée à toutes les autres ; en conséquence, elle mit chaque jour dans la soupe de sa rivale une petite quantité d’acide arsénieux en poudre. Peu d’instants après le dîner, les aliments et le poison étaient vomis avant que celui-ci eût agi assez de temps pour causer des accidents graves. Cependant , comme la même chose fut répétée chaque jour pendant six semaines, l’estomac finit par acquérir une sensibilité excessive; des douleurs d’entrailles se firent vivement sentir; la maigreur devint extrême, il survint des crachements de sang ; la susceptibilité générale augmenta à un tel degré, qu’un simple courant d’air causait des spasmes et des convulsions; enfin, arrivée au point que son estomac ne pouvait presque plus rien supporter, la malade alla à la campagne, où elle passa deux mois. Sa santé s’y améliora sensiblement; ses digestions commencèrent à être moins pénibles et plus complètes; elle reprit de l’embonpoint, et revint dans la capitale se livrer à ses occupations ordinaires. Son implacable ennemie, désespérée du peu de succès de toutes ses tentatives, et dans la crainte que sa victime ne lui échappât , mit un matin , dans son café une forte dose d’acide arsénieux en poudre: il en résulta des vomissements répétés qu chassèrent de l’estomac le poison et le déjeuner. Alors on acquit la certitude que tousles vomissements antérieurs , et ceux qui venaient d’avoir lieu , étaient dus à l’acide arsénieux. Ce poison , recueilli dans le produit même des vomissements , fut reconnu pour tel par un pharmacien de Paris. Cependant la malheureuse femme de chambre, réduite, parce nouvel empoisonnement et par des soins mal dirigés, à l’état le plus déplorable, fut confiée au docteur Beaurhesne , qui, par un traitement sagement combiné, parvint à rétablir sa santé (2).
Observation ùc. — « Agé de trente ans , né avec un tempérament sanguin et bilieux , et marié depuis un an , je jouissais d’une santé vigoureuse , malgré les excès de ma jeunesse , lorsque je fus appelé à Paris pour y occuper une place importante. Pendant un an que durèrent mes fonctions, je fus abreuvé d’amertume et de chagrins, et par suite ma santé fut sensiblement altérée. Rentré dans mes foyers, je crus être attaqué d’une maladie du foie; tous les matins, ma langue était très sèche et même crevassée ; mon sommeil était pénible ; et lorsque, immédiatement après mon lever, je prenais un verre d’eau, j’éprouvais quelquefois
(1) Est-il bien démontré que I s accidents observés chez ce malade aient été produits par une dose de sublimé aussi faible ; le traitement antiphlogistique n’a-t-il pas été trop peu énergique ; l’huile de ricin, le quinquina et le vin n’ont-ils pas -été plutôt nuisibles qu’utiles?
(2) Renault, ouvrage cité, p. 86.
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des rapports pleins de bile. Je pensai qu’un vomitif était nécessaire, et je m’y préparai par le petit-lait, la tisane et la diète.
» Vingt centigrammes d’émétique ne produisirent aucun effet : il en fut de même de 30 centigrammes que j'envoyai chercher immédiatement, en faisant demander au marchand s’il était certain delà bonté de sou émétique; j’ajoutai de suite 20 autres centigrammes, et ces 70 centigrammes, pris en douze petits verres d’eau (moins de deux bouteilles) et en moins de deux heures de temps , ne produisirent qu’un faible vomissement avec une légère teinture de bile. Dans l’après-midi , je fis environ trois selles de bile pure, et j’éprouvai pendant une d’elles une colique assez vive dans l’hypochondre gauche ; un léger ténesme se manifesta avec suintement à l’anus. Le soir, je mangeai un poisson au bleu, je dormis d’un sommeil profond et tranquille, et le lendemain , à mon réveil , je trouvai ma langue et ma bouche dans un si bon état, que je rpe mis à la diète toute la journée , afin de prendre le lendemain une nouvelle dose d’émétique, jusqu’à vomissement complet. En effet, dès le lendemain matin , je pris àO centigrammes d’émétique dans six petits verres d’eau , c’est-à-dire moins d’une bouteille, en une heure de temps, et ce vomitif ne produisit aucun effet. Alors j’invitai mon épouse à m’en procurer 1 gramme pour doubler la dose de l’avant- veille ; mais elle fut épouvantée de mon projet , et m’empêcha de prendre une plus grande quantité d’émétique. Je pris le parti de boire coup sur coup dix grandes tasses d’eau tiède, et cependant je ne pus vomir. Enfin , à l’aide de mes do gis plongés dans mon gosier, je parvins à rendre une très faible partie de l’eau que je venais de prendre. Alors je renonçai au projet de me faire vomir ; l’eau que j’avais prise coula par les urines, et je fis vers le soir deux ou trois selles de bile pure : je mangeai avec plaisir et appétit un poisson au bleu avant de me coucher, je dormis d’un sommeil profond et paisible pendant toute la nuit , et le lendemain , ma bouche et ma langue, au lieu d’être sèches et crevassées, se trouvèrent fraîches et en bon état. Cependant, ce jour même mon ténesme augmenta, et lorsque je fus à la selle , je m’aperçus que les déjections étaient couvertes de glaires, et parsemées de bile en grumeaux, dont quelques morceaux, sans mélange d’autres matières , étaient de la grosseur d’une lentille. Ma déjection entièrement terminée, j’ai rendu , sans douleur et sans le plus léger mélange, la quantité d’une petite assiettée de matière absolument semblable à du suif fondu qui commence à se figer; et pareil accident s’est renouvelé chaque fois que je suis allé à la selle , pendant huit à dix jours.
» Malgré l’exercice violent que j’étais dans l’habitude de prendre, j étais fort gras; mais à l’expiration de ces huit à dix jours, j’étais tombé dans un état de maigreur excessif; la peau de mon ventre semblait collée sur mes reins, et mon ténesme, qui seul me faisait souffrir, donnait lieu à un écoulement continuel , et ne me permettait que très difficilement de marcher ou de rester debout. Un médecin me conseilla les apéritifs : j’en fis usage pendant plusieurs mois , et ma santé ne s’améliora pas. Je n a-
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vais point de dévoiement , mais les déjections n’étaient plus aussi bien qu’auparavant ; elles étaient toujours plus ou moins enduites de glaires , et le ténesme, ainsi que l’écoulement blanchâtre par l’anus, augmentaient au lieu de diminuer, etc. » (1).
Observation 5e. — J’ai déjà rapporté une observation d'empoisonnement par le plomb qui peut très bien rentrer dans cet article. (Voyez tom. icr. Observations d'empoisonnement par le plomb.)
J’ai tenté quelques expériences sur les chiens, clans le dessein de déterminer l’action de petites doses de poison souvent réitérées ; mais on conçoit combien ce travail doit être pénible et difficile : aussi n’ai-je pas obtenu des résultats aussi satisfaisants que je l’aurais désiré. J'ai cependant observé que la maladie produite par le poison donné à p site dose offrait la plus grande analogie avec celle qui suivait l’ingestion d’une plus grande quantité; il en a été de même des lésions de tissu.
Si le médecin est appelé pour prononcer sur une question aussi épineuse, il devra avoir égard à une multitude de circonstances physiques et morales qui pourront l’éclairer ; ainsi, par exemple, il examinera si la maladie qui fait l’objet de ses recherches ne tient pas à la mauvaise constitution de l’individu plutôt qu’à l’action lente d’une substance vénéneuse; si elle ne dépend pas d’une affection organique héréditaire ou autre, de maladies régnantes, épidémiques ou endémiques, de l’habitude inconsidérée de prendre des médicaments, et spécialement des purgatifs, de l’abus de la saignée, cl’un exercice violent ou de. toute autre erreur de régime, de la violence des passions, de l’état valétudinaire, hvpochondriaque , mélancolique de certains individus, etc. Quelle que soit son opinion sur la cause des accidents qu’il aura observés, il ne prononcera affirmativement qu’il y a eu empoisonnment qu’autant qu’il aura trouvé la substance vénéneuse.