‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 54 sur 172 · DIT VERRE ET DE L’ÉMAIL EOT POUDRE · texte numérisé non relu

DIT VERRE ET DE L’ÉMAIL EOT POUDRE

Doit-on considérer le verre, l’émail en poudre et les diverses pierres anguleuses comme des matières capables de corroder les parties avec lesquelles on les met en contact, et doit-on les ranger parmi les poisons de cette classe ? On trouve dans les annales de la médecine plusieurs faits relatifs à cette question importante : les uns tendent à prouver qu’on peut impunément avaler des fragments aigus de ces substances pierreuses; les autres, au contraire, établissent d’une manière positive les dangers qu’il y a à les introduire dans une partie quelconque du canal digestif. Caldani, Mandruzzato , M. Lesauvaeje , etc. , rapportent des expériences faites sur les hommes et suites animaux dans lesquelles l’ingestion du verre n’a été suivie d’aucun accident. Portai , Fodérê, etc. , partent dans leurs ouvrages de personnes qui ont éprouvé tes accidents tes plus graves par 1e séjour de ces corps dans 1e canal digestif, ,1e crois devoir exposer dans cet article tes résultats tes plus saillants obtenus par quelques uns de ces médecins ; je passerai ensuite aux moyens propres à reconnaître le verre finement pulvérisé. Il me semble que lorsqu’il n’y aurait qu’un seul cas bien avéré dans lequel ces substances vitreuses auraient produit des accidents, je serais autorisé à consacrer quelques moments à leur histoire. 11 importe d’ailleurs de fixer l’attention de l’expert sur cet objet, tes tentatives d’empoisonnement par ces substances étant assez fréquentes.

Faits qui tendent à prouver l’innocuité du verre.

Expérience irc. — On fit avaler à un chat adulte , de grande taille , 1 décagramme de verre réduit en poudre grossière et incorporé dans une crêpe : l’animal ne témoigna aucune souffrance pendant tout le jour.

Le lendemain, on fit prendre au même animal une dose pareille de verre réduit en fragments de 1 millimètre environ. Pendant tes trois jours qui suivirent, il jouit de la meilleure sanlé : alors on lui donna une égalé quantité de verre concassé en fragments qui avaient 2 millimètres de longueur. Le lendemain , on lui fit avaler deux nouvelles doses, et il était très bien portant quinze heures après avoir pris la dernière. Jusque là on avait facilement reconnu dans les excréments les fragments de verte que l'animal avait rendus sans qu’ils fussent altérés. On l’ouvrit, et on

examina avec soin la surface muqueuse du canal intestinal dans toute sa longueur : il fut impossible d’y découvrir la moindre trace d’altération. Les dernières doses de verre se trouvaient , dans le gros intestin , confondues avec les matières fécales; plusieurs tænias, qui étaient fixés à l’intestin grêle , n’avaient éprouvé aucune atteinte.

Expérience iic. — Ou fit avaler du verre pilé à trois chiens ; chacun d’eux en prit près de 18 à 20 décagrammes dans l’espace de huit jours ; pendant les quatre derniers , on le fil prendre à l’un d’eux sans aliments; et, afin de le porter à nu dans l’estomac, on enveloppa les fragments dans du papier gris mouillé avec lequel on faisait des bols que l’on introduisait, à l’aide du doigt, jusqu’au fond du pharynx de l’animal. Il ne prenait qu’une seule fois des aliments dans le jour, et toujours huit heures après qu’il avait avalé le verre. Il ne donna pas plus de signe de malaise que les autres qui avaient pris cette substance mêlée aux aliments.

Huit jours après, deux de ces animaux furent ouverts : ils n’offrirent aucune trace d'altération dans toute la longueur du canal alimentaire. Le chien qui avait avalé le verre sans aliments s’évada pendant qu’on examinait les autres, et on ne put s’assurer si cette substance, en parcourant seule le canal digestif, n’avait point produit quelque lésion. On répéta depuis l’expérience, et on fit avaler àdeuxcbiens, pendant plusieurs jours, du verre par le procédé indiqué et avec les mêmes précautions, sans qu’ils en aient éprouvé aucun accident.

Expérience iii6. — On soumit trois rats surmulots à l’action du verre; on leur en donna quinze fois pendant l’espace de dix-sept jours ; ils en prenaient chaque fois des quantités considérables , et beaucoup de fragments avaient plus de 1 millimètre de longueur ; chaque jour leurs excréments en étaient remplis. Pendant ce long intervalle , ils ne donnèrent pas le moindre signe de malaise. Ils furent ouverts , et. leur tube intestinal n’offrit pas la moindre trace d’inflammation ni de lésion.

Expérience ivc. — M. Lesauvage, auteur des expériences dont je viens de parler, avala , le 8 mars 1809 , des fragments de verre de 2 millimètres, irréguliers et plus ou moins aigus; il en prit indistinctement à jeun, après ses repas, et toujours à nu. 11 n’éprouva jamais la moindre sensation douloureuse , et depuis il a répété cette expérience sans le moindre danger.

L’auteur de ce travail conclut :

1° « Que le verre et les substances analogues n’ont , sur les organes digestifs des animaux vivants, aucune propriété chimique, et que le6 matières fluides ou gazeuses contenues dans ces mêmes organes n’exercent non plus aucune action chimique sur les substances vitriformes ; 2“ que c’est par erreur et en se fondant sur des préjugés, que des auteurs, d’ailleurs recommandables, ont cru que ces mêmes substances jouissaient de propriétés particulières et très actives; 3° qu’on a plutôt imaginé qu’observé les effets mécaniques des fragments irréguliers du verre sur le tube intestinal , et encore moins constaté ceux de la poudre plus ou moins fine de cette même substance ; Zf que c’est avec la prévention de ces vraisem-

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