DE LA COLOQUINTE
lies ; celle qui tapisse le duodénum , le jéjunum , l’iléum , le cæcum et le premier quart du colon, était d’un rouge assez vif; il n’y avait aucune altération dans le restant du colon; mais le rectum présentait un très grand nombre de plaques d’un rouge de feu.
Expérience iic. — A huit heures du matin , on a fait avaler à un chien de moyenne taille un fruit de coloquinte, qu’il a vomi presqu’en entier une heure après. Le lendemain , à onze heures, on a détaché son œsophage, et on a introduit dans l’estomac 150 grammes de vin blanc que l’on avait fait infuser pendant six heures sur 10 grammes de coloquinte de Venise : on a lié l’œsophage. A une heure, l’animal n’avait fait aucun effort pour vomir. A six heures, il avait eu deux selles liquides, et il se plaignait assez vivement. Il est mort dans la nuit. Les poumons, l’estomac, le duodénum et les autres intestins grêles n’offraient aucune altération remarquable; la membrane muqueuse du rectum, et des dernières portions du colon était d’un rouge pourpre foncé : la membrane musculeuse sous-jacente était également enflammée.
Expérience iii'. — On a versé 240 grammes de vin blanc bouillant sur 16 grammes de coloquinte de Venise coupée en petits fragments. Au bout de trois jours , on a décanté le liquide spiritueux, on l’a fait évaporer pour en chasser l’alcool , et on l’a introduit dans l’estomac d’un chien de moyenne taille, dont l’œsophage avait été préalablement détaché et incisé. Le lendemain, l’animal se plaignait, était abattu et avait eu deux selles abondantes. Il est mort vingt-deux heures après l’opération. La membrane muqueuse de l’estomac était généralement d’un rouge assez vif, et offrait çà et là des portions d’un rouge foncé; celle qui tapisse le duodénum et le jéjunum présentait une altération analogue. L’iléum, le cæcum et les premières portions du colon étaient presque dans l’état naturel ; l’intérieur du rectum et de la portion inférieure du colon était le siège d’une inflammation très intense ; on voyait plusieurs bandelettes saillantes, d’un rouge noirâtre, se détacher sur un fond rouge de feu. Les poumons paraissaient dans l’état naturel.
Expérience ive. — On a fait, à midi, une plaie à la partie interne de la cuisse d’un chien de moyenne taille ; on l’a saupoudrée avec 8 grammes de coloquinte finement pulvérisée, et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Le lendemain à quatre heures du matin, l’animal ne paraissait pas très incommodé ; il ne poussait aucun cri plaintif, et il marchait librement. Il est mort dans la nuit. La membrane muqueuse du rectum était évidemment altérée; presque toute sa surface était tapissée de points d’une couleur rouge de sang; les autres portions du canal digestif et les poumons n’offraient aucune lésion apparente. Le. membre opéré présentait une inflammation assez étendue, accompagnée d’une infiltration sanguine qui occupait principalement les parties inférieures. Il n’y avait point d’escarre.
Expérience v'. — On a fait digérer dans l’eau, pendant huit jours , 64 grammes de coloquinte finement pulvérisée; on a évaporé le liquide jusqu’à consistance pre'sque sirupeuse, et on l’a introduit . à midi, dans
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l’eslomac d’un chien de moyenne taille , dont l’œsophage avait été préalablement détaché et incisé. A midi et demi, l’animal a fait de violents efforts pour vomir. A quatre heures un quart , sa marche était chancelante, et il avait des vertiges tels qu’il tombait après avoir fait deux ou trois pas. Il conservait cependant l’usage de ses sens, et ne poussait aucune plainte. A six heures, il ne donnait presque plus de signe de vie; on pouvait le déplacer comme une masse inerte ; il n’était pas agité de mouvements convulsifs. A huit heures et demie, il était dans le même état. Il est mort à onze heures du soir.. L’estomac contenait une portion du liquide ingéré, mêlé d’un fluide visqueux et noirâtre; la membrane muqueuse, d’une couleur rouge foncée, offrait des stries d’un rouge noirâtre ; la membrane musculeuse était rouge-cerise ; les intestins grêles, le cæcum et le colon paraissaient peu altérés; la membrane muqueuse du rectum était très enflammée, et présentait des bandes longitudinales couleur de feu; les poumons, un peu gorgés de sang noir, étaient cependant assez crépitants ; les vaisseaux veineux placés à la surface des lobes cérébraux étaient très gorgés de sang noir, la pie-mère fortement injectée; mais il n’y avait aucun fluide dans les ventricules de cet organe.
Expérience vie. — A midi, on a fait avaler à un petit chien à jeun 12 grammes de coloquinte que l'on avait préalablement traitée par l’eau bouillante, jusqu’à ce que ce liquide fût incolore et insipide; on a lié l’œsophage. L’animal a fait des efforts pour vomir; quatre heures après, il a éprouvé des vertiges, et il est mort dans la nuit. L’estomac était un peu enflammé à l’intérieur; le rectum offrait à peine une très légère altération.
Observation l‘e. — Une femme lut en proie à des coliques pendant trente ans, pour avoir pris de l 'infusion de pulpe de coloquinte préparée avec de la bière. (Foriiyce , Fragmenta chirurg. et med., p. 66.)
Observation 2e. — Un individu prit le décoctum de trois fruits de coloquinte ; il eut des déjections alvines abondantes et sanguinolentes , et il aurait succombé si on ne se fût hâté de lui administrer de l’huile en lavement et par la bouche. (Tulpius, Obs., lib. iv, c. xxvi, pag. 218.)
Observation 3e. — Dioscoride avait observé (lib. iv, c. clxxviii) que la coloquinte, introduite dans le rectum , déterminait un flux de sang.
Observ avion k''. — Lebret, chiffonnier, avala 12 grammes de coloquinte dans l’espoir de se débarrasser d’une gonorrhée dont il était atteint depuis plusieurs jours. Peu de temps après, il éprouva des douleurs aiguës dans l’épigastre, et il vomit abondamment. Au bout de deux heures, il eut des déjections alvines copieuses ; les membres abdominaux fléchirent, la vue s’obscurcit, et il n’entendait qu’avec difficulté; il se manifesta un léger délire auquel succédèrent bientôt des vertiges. On lui fit boire beaucoup de lait, ce qui occasionna des vomissements ; on appliqua dix sangsues au bas-ventre, et les symptômes se calmèrent par degrés. (Rapport fait par le malade. )
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Observation 5e. — Un ouvrier serrurier, âgé de vingt-huit ans, sujet au flux liémorrhoïdal , se plaignait depuis quelque temps de douleurs dans l’estomac, de digestions pénibles et de plusieurs autres symptômes de dyspepsie. Un ouvrier allemand, son compagnon, lui promit de le guérir radicalement an moyen d’un remède de famille. Il prit, par ses conseils, deux verres d’une décoction amère, que j’ai su, par la suite, être de la coloquinte. Le remède produisit des selles fréquentes, accompagnées de coliques ; quelques heures après , le malade se plaignit d’une grande chaleur dans les entrailles, d'un sentiment de sécheresse à la gorge, d’une soif inextinguible. 11 me demanda le soir. On me cacha la vraie cause de la maladie; je le trouvai avec un pouls petit, très accéléré, la langue rouge, le ventre tendu, très douloureux au toucher; la douleur était fixe et atroce près de l’ombilic; les selles étaient supprimées. Je lui ordonnai une saignée, des fomentations émollientes , des demi-lavements émollients et du bouillon de poulet. La nuit fut très mauvaise. Le lendemain matin, le ventre était plus ballonné et plus douloureux ; on ouvrit de nouveau la veine; on plaça le malade dans un bain tiède; six heures après, augmentation des douleurs, rétention d’urine avec rétraction douloureuse des testicules et priapisme ; on couvrit le ventre de fomentations; on appliqua douze sangsues à l’anus, et des ventouses scarifiées sur l’abdomen ; on ordonna l’émulsion de gomme arabique et des lavements émollients nitrés. Le troisième jour au matin, la rétention d’urine cessa; les autres symptômes continuèrent; le poids était petit et serré ; le hoquet survint ; les extrémités se refroidirent ; la tête et la poitrine se couvrirent de sueur grasse ; on craignit la gangrène ; le soir, les douleurs cessèrent , le ventre était moins tendu , et semblait offrir quelques signes de fluctuation ; les assistants se félicitaient d’une amélioration sensible, et, comme je l’avais annoncé, le malade mourut pendant la nuit. Son épouse me fit l’aveu de l'imprudence qu’il avait commise. Les viscères abdominaux offraient les plus grands désordres; l’abdomen était rempli d’un fluide blanchâtre, chargé de flocons de la même couleur; les intestins étaient rongés, parsemés de taches noires; la plupart étaient ou adhérents ou couverts de fausses membranes; la tunique interne de l’estomac était comme détachée et ulcérée; le péritoine était presque putréfié; le foie , les reins et la vessie offraient des traces d’inflammation. (Observation communiquée par le docteur Can on d’Annecy.)
Observation 6,j. — Je fus appelé, quinze jours après, pour voir une jeune blanchisseuse qui venait de prendre un demi-verre de décoction amère que lui avait ordonnée le même ouvrier allemand : elle ressentit bientôt de violentes douleurs dans le bas-ventre, me fit demander, et me montra le breuvage. Je reconnus bientôt que c’était de la coloquinte. La cessation du remède, les bains, les boissons huileuses, mucilagineuses et l'opium, la guérirent bientôt. (M. Carron d’Annecy.)
Observation 7e. — Un boulanger, atteint de fièvre quarte, de rac!iexie,etc. , prit le remède ; il souffrit beaucoup, et fut guéri delà fièvre : ce-
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pendant il resta faible, languissant , avec un teint plombé, et périt au bout de six mois, d’une attaque de paralysie. (M. Carron d’Annecy.)
Ces données tendent à prouver, 1° que les effets de la coloquinte dépendent principalement de son action locale et de l’irritation sympathique qu’éprouve le système nerveux ; 2° qu’elle est cependant absorbée , portée dans le torrent de la circulation , et qu’elle agit aussi directement sur le système nerveux et sur le rectum ; 3° que l’activité de ce médicament réside à la fois dans la portion soluble dans l’eau et dans celle qui y est insoluble ; U° qu’il paraît agir sur l’homme comme sur les chiens (1).
Traitement. ( Voy. pag. 51 , tome 1er. )