BE EA GOMME-GUTTE
La gomme-gutte est une gomme-résine qui découle des feuilles et des rameaux du garcinia cambogia ou du mangostana cambogia , arbre de la famille des gutlifères , qui croît dans l’île de Ceylan et dans la presqu’île de Camboge. Plusieurs auteurs pensent que cette malière découle des incisions faites à l’écorce du stalagmites cambogioïdes de Murray. D’autres ont attribué le même produit tantôt au xanthochymns pictorius dcRoxburgh, tantôt au xanthochimus ovalifolius du même auteur.
La gomme-gutte est solide, d’une couleur jaune foncée , tirant sur le rouge, devenant jaune clair lorsqu’on l’humecte ou lorsqu’on la pulvérise, d’une cassure luisante, très friable, opaque, inodore, insipide, à moins qu’on ne la laisse trop long-temps dans la bouche, car alors elle développe une saveur légèrement âcre, se dissolvant, en partie dans l’eau et dans l’alcool , auxquels elle communique une teinte jaune. L’alcool ainsi chargé fournit, par l’addition de l’eau, un précipité jaune qui ne se dépose qu’avec la plus grande difficulté. La dissolution de potasse dissout en entier la gomme-gutte ; cette disso-
(1) .On a dû remarquer dans les expériences relatives à la coloquinte et à l’élatérium que lorsque Ces poisons ont déterminé la mort après leur introduction dans l'estomac, on trouve ce viscère et le rectum enflammés; tandis que la masse des intestins grêles est presque à l’état naturel ; cette particularité a également lieu pour un très grand nombre de substances vénéneuses : elle parait dépendre de la rapidité avec laquelle une partie du poison traverse les intestins grêles, et du long séjour qu’il fait dans l’estomac et dans le rectum. On ne peut pas admettre que ce soit toujours en vertu d'une action spéciale sur cet intestin que l’inllammation se développe; car elle manque souvent lorsque la substance vénéneuse a déterminé la mort après avoir été injectée dans le tissu cellulaire de la cuisse.
1)15 t.A GUiUME-GllTE.
lution n’est point troublée par l’eau ; mais elle est décomposée par les acides , qui en précipitent une matière d’un très beau jaune , soluble dans un excès d’acide.
Action de la gomme-gutte sur l’économie animale.
Expérience ire. — A dix heures du malin, on a fait avaler à un petit chien I\ grammes de gomme-gutte finement pulvérisée. Au bout d’une heure, il a vomi des matières alimentaires couleur de safran, mêlées d’une certaine quantité de la poudre ingérée. Dix minutes après, nouveau vomissement : l’animal était un peu abattu. Le lendemain, il était parfaitement rétabli ; il a mangé comme à l’ordinaire , et il n’avait eu aucune évacuation alvine. Le jour suivant, on lui a fait avaler de nouveau
10 grammes ZiO centigrammes de gomme-gutte : au bout d’une heure ,
11 a vomi trois fois des matières jaunes, et, trois heures après, il a mangé avec assez d’appétit. Trois jours après , il était très bien portant : on lui a détaché l’œsophage, on l'a percé d’un trou, et on a introduit dans l’estomac 6 grammes de gomme-gutte délayée dans 6Zi grammes d’eau. Il n’a pas tardé à faire des efforts pour vomir, et il a eu , au bout de huit heures, une selle jaunâtre assez abondante. Tl est mort dans la nuit. La membrane muqueuse du rectum et de la moitié descendante du colon était d’une couleur rouge; l’estomac, les autres intestins et les poumons n’offraient pas d’altération sensible.
Expérience ii°. — A huit heures du matin , on a fait avaler à un petit chien robuste et à jeun 6 grammes de gomme-gutte finement pulvérisée; immédiatement après, on a détaché et lié l’œsophage. Au bout de cinq heures, l’animal avait eu plusieurs selles liquides d’une couleur jaune ; il se plaignait , était abattu , et respirait avec difficulté ; il n’y avait ni convulsions ni paralysie. Il est mort à six heures du soir. L’estomac, injecté à l’extérieur, d’une couleur rougeâtre, offrait dans son intérieur une petite quantité d’un Huide visqueux, brunâtre; sa membrane muqueuse, généralement rouge, présentait , dans les plis voisins du pylore , une couleur rouge foncée; le duodénum et le jéjunum étaient légèrement enflammés; le rectum était enduit d’une légère couche de gommegutte, et parsemé d’un très grand nombre de stries d’un rouge foncé. Les poumons, ün peu livides, étaient moins crépitants que dans l’état naturel.
Expérience me. — A dix heures du matin, on a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un chien de moyenne taille, et on a introduit dans son estomac 16 grammes de gomme-gutte finement pulvérisée, contenue dans un cornet de papier ; l’œsophage a été lié. A deux heures, l’animal faisait de violents efforts pour vomir; mais il ne paraissait pas très incommodé. A huit heures du soir, il ne poussait aucune plainte, et conservait le libre usage de ses sens et de ses membres ; la respiration s’exercait presque comme dans l’état naturel. Le lendemain, à dix heures du matin, on l’a trouvé mort. L’estomac contenait environ 125 grammes
MiS PUISONS I MUTANTS.
d'un fluide peu consistant, dans lequel était suspendue la majeure partie de la gonnne-gutle; la membrane muqueuse de ce viscère était recouverte d’une légère couche de cette gomme résine que l’on ne pouvait détacher qu’au moyen du scalpel ; elle avait une couleur rouge de feu, et était parsemée d’une multitude de points également colorés. On voyait dans l’intérieur du rectum quelques taches rougeâtres. Les autres intestins, enduits d’une matière jaune lilante, n’offraient aucune altération remarquable. Les poumons , d’un rouge foncé par plaques, étaient moins crépitants que dans l’étal naturel, et gorgés de sang noir.
Expérience ivc. ■— A dix heures du matin, on a saupoudré une plaie faite à la cuisse d’un chien de moyenne taille, avec 10 grammes GO centigrammes de gomme-gutte finement pulvérisée , et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. A huit heures, l’animal n'avait eu aucune évacuation ; il marchait bien et ne se plaignait pas. Le lendemain matin on l’a trouvé mort. Le canal digestif était à peu près comme dans l’état naturel ; les poumons, peu crépitants, d’une couleur un peu livide, contenaient du sang noir. Le membre opéré était enflammé et infiltré; l'inflammation et l’infiltration séreuse s’étendaient sur le côté jusqu’à la sixième côte sternale. Il y avait beaucoup de gomme-gutte aux environs de la plaie, et on n’a point observé d’escarre.
Expérience Ve.— On a répété l’expérience précédente avec un chien de même taille. Le lendemain, à deux heures de l’après-midi (vingt-quatre heures après l’opération), l’animal marchait bien sans se plaindre, et n’avait aucun mouvement convulsif. Il est mort dans la nuit. On n’a point trouvé d’altération dans le canal digestif; les matières fécales contenues dans les gros intestins étaient d’une couleur jaunâtre. Le membre sur lequel la plaie avait été faite présentait une infiltration séreuse très considérable , et toutes les parties voisines étaient teintes en jaune par une légère couche de gomme-gutte. Il n’y avait point d’escarre.
Il résulte de ces expériences, 1° que la gomme-gutte peut être introduite à assez forte dose dans l’estomac des chiens qui ont la faculté de vomir, sans donner lieu à des accidents graves; 2° que, dans le cas contraire , elle détermine une mort prompte qui peut dépendre de son absorption autant que de l’action locale énergique qu’elle exerce ; 3° qu’elle détruit rapidement la vie lorsqu’on l’applique sur le tissu cellulaire , et que ses effets sont analogues à ceux d’une brûlure étendue qui ne produirait point d’escarre.
Traitement. (Voy. tom. Ier, pag. 51. )
DU GAROU ( Daphhe gnidium).
Cet arbrisseau appartient à l’octandrie monogynie de L. et à la famille des thymélées de Jussieu. On l’appelle aussi vulgairement sain-boix.