‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 61 sur 172 · DU GAROU · texte numérisé non relu

DU GAROU

Périgone (calice) en tube gonflé et resserré à l’ouverture, et qui semble tenir lieu de corolle dont les fleurs de cette plante manquent, blanchâtre ou rougeâtre , divisé en quatre lobes , et couvert d’un duvet presque cotonneux , supporté par un pédoncule pubescent ; huit étamines à fdets courts , insérées et enfermées dans le tube du calice ; un style court à stigmate en tête ; un ovaire. Le fruit est une baie ovale ou sphérique , renfermant une pulpe succulente , sous laquelle se trouve une coque mince à une loge et à une seule graine ; fleurs petites, en panicule peu étalé; tige d’environ un mètre, divisée dès sa base en plusieurs rameaux effilés , abondamment garnis de feuilles lancéolées, linéaires, très glabres, terminées par une pointe aiguë , éparses , nombreuses , très rapprochées les unes des autres, et presque imbriquées vers le sommet des rameaux. Le garou croît dans les lieux arides et montueux des provinces méridionales.

Caractères de l’écorce des tiges. — Fragments longs de plus d’un mètre, larges de 2 à 5 centimètres, très minces, pliés par le milieu , réunis en bottes et difficiles à rompre. L’épiderme est brun ou d’un gris foncé , demi-transparent , offrant des rides transversales qui sont le résultat de la dessiccation, tacheté çà et là , et d’une manière assez régulière , de petits tubërcules blancs. Immédiatement au-dessous de l’épiderme , on découvre des filaments soyeux , très fins , blancs et lustrés, au-dessous desquels se trouvent des fibres longitudinales très tenaces. L’intérieur de l’écorce est d’un jaune de paille ; sa saveur est âcre , piquante , caustique ; son odeur très faible et légèrement nauséabonde. Je crois devoir faire observer que l’on trouve aussi dans le commerce les rameaux de la plante dont je parle ; l’écorce est alors appliquée sur le bois , et on peut la détacher aisément pour constater les- caractères qui viennent d’être indiqués.

Racine de garou. — Elle est longue, de la grosseur du pouce, fibreuse, grise à l’extérieur, blanche au-dedans, inodore, et d’une saveur très âcre.

Le principe actif des daphné paraît résider dans une matière âcre que l’on extrait à l’aide de l’éther. On avait dit que l’on obtenait un principe âcre , volatil , en distillant le daphné laureola ; mais M. Du blanc n’est jamais parvenu à le recueillir. (Séance de l’Académie royale de médecine , du 12 septembre 1829. )

Action du garou sur l’économie animale.

Expérience irc. — A huit heures du matin , on a fait avaler à un chien de moyenne taille 6 grammes d’écorce de garou réduite en poudre line.

98 DES POISONS IRRITANTS

Aussitôt après, la bopche de l’animal s’est rempjie d’écume, et ij a poussé des cris plaintifs. A dix heures et demie, il a vomi des manières alimentaires mêlées de quelques portions liquides, et il a refusé les aliments ; il était un peu abattu ; les battements du cœur étaient un peu plus accélérés qu’avant l’opération. Le lendemain il allait bien et mangeait avec appétit. Le jour suivant , à neuf heures du matin, on a détaché et percé d’un trou son œsophage; on a introduit dans l’estomac 12 grammes de la même poudre enveloppés dans un cornet de papier, et on a lié l’œsophage. A frois heures, il paraissait très abattu sans se plaindre ; il n’avait point eu cje sel|es , et les organes des sens et du mouvement conservaient toutes leurs facultés; les battements du cœur étaient fréquents et légèrement intermittents. A six heures du soir il était couché sur le çôjé, dans un. grand état d’abattement, et ne pouvait se tenir sur ses pattes qu’avec la plus grande difficulté. Lorsqu’on essayait de le faire marcher, il retombait pour se coucher de nouveau sur le côté. Les battements du cœur étaient peu sensibles et lents ; l’animal ne présentait aucun signe de convulsion ni de paralysie. Il est mort à onze heures du soir. L’estomac était distendu et d’une couleur rouge livide à l’extérieur : en l’ouvrant on remarquait qu’il contenait une assez grande quantité de sang veineux fluide, mêlé avec un liquide filant et noirâtre dans lequel était suspendue une partie de la poudre ingérée; ja membrane muqueuse de ce viscère était d’un rouge noirâtre dans plusieurs points , noire dans d’autres, et offrait çà et là un très grand nombre de petits ulcères; la portion qui avoisine le pylore était dure, comme tannée ; les tuniques musculeuse et séreuse , très rouges , étaient séparées par une certaine quantité de sang noir foncé ; l’épanchement de ce fluide était encore plus abondant entre la membrane muqueuse et la tunique sous-jacente. L’intérieur du duodénum était enflammé , et la rougeur diminuait dans les autres intestins grêles à mesure qu’on s’éloignait de l’estomac. Le rectum était très enflammé; sa membrane muqueuse o lirait généralement une couleur rouge cerise ; les poumons , up peu durcis, étaient moins crépitants que dans l’état naturel.

Expérience iic. — A deux heures, on a fait une incision à la partie interne de la cuisse d’un petit chien; on a saupoudré la plaie avec 8 grammes de garou finement pulvérisé, et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture : l’animal a poussé des cris aigus dans le même instant de l’application de l’écorce. Le surlendemain , à huit heures du matin , il n’avait offert aucun symptôme remarquable ; il était abattu et restait dans un coin du laboratoire ; cependant il pouvait marcher assez librement. A dix heures, sa sensibilité était diminuée, et à (jeux hepres il se tenait couché sur le côté sans donner je moindre signe (je sentiment, par l’agitation la plus violente ; ses inspirations étaient rares et profondes. Il est mort à quatre heures. Le canal digestif n’offrait aucune trace d’altération ; l’inflammation , assez étendue dans le membre opéré , était accompagnée d’une infiltration sanguine abondante. \

Observation lrt‘. — Les daphne mezereum, cneorum , etc. , produisent

DU RlÇJiy. { hty

à peu près les mêmes effets. Linnæus rapporte qu’une demoiselle atteinte d’une fièvre intermittente périt hémoptoïque pour avoir pris douze baies de daphne mezereum, qu’on lui avait administrées dans le dessein de la purger. ( Flora suecica, n° 338.)

Observation 2e. - Quelqu’un ayant fait prendre du bois gentil (daphne mezereum ) à un hydropique, celui-ci fut tout-à-coup attaqué d’un cours de ventre continuel, accompagné de douleurs insupportables ; il eut en outre pendant six semaines des vomissements qui revenaient tous les jours avec une violence extrême, quoique pendant tout ce temps on ne cessât d’avoir recours aux meilleurs remèdes pour les calmer. (Vicat, Histoire des plantes vénéneuses de la Suisse, pag. 140.) Le même auteur dit que le garou a occasionné une diarrhée mortelle.

Les faits que je viens d’exposer me portent 'a croire , 1° que l’écorce du garou détermine une inflammation locale très énergique et une irritation sympathique du système nerveux , auxquels on doit particulièrement attribuer les phénomènes meurtriers qui suivent son administration ; 2" qu’elle paraît agir sur l’homme comme sur les chiens.

Traitement. (Voy. pag. 51, tom. Ier.)

BU K.1CÏÏJ.

Le ricin (ricinus communis ou palma-christi) est une plante originaire des Indes et de l’Afrique , de la monœcie monadelphie L. , et de la famille des euphorb iacées.

Caractères. — Fleurs unisexuelles , disposées en épis paniculés et terminaux, les inférieures mâles, les supérieures femelles. Fleurs males : calice à cinq divisions profondes; étamines nombreuses; filets rameux , réunis en un faisceau à leur base. Fleurs femelles : calice découpé en trois segments ; ovaire presque sphérique, surmonté de trois styles fendus en deux et à stigmates simples. Fruit : capsule verdâtre , couverte d’épines molles , à trois sillons , à trois valves et à trois loges moqo, spermes ; tige rougeâtre , rameuse , cylindrique, fistuleuse , lisse ; feuilles palmées , à lobes pointus et dentés en scie , à pétioles glanduleux.

Caractères des graines. — Elles sont oblongues, un peu aplaties, obtuses à leurs extrémités , et du volume d’un petit haricot ; le test ( enveloppe extérieure ) est mince , très lisse , luisant , gris, jaspé ou tacheté de noir et de blanc ; il est dur et cassant; l’amande est blanche, très huileuse et légèrement âcre. Ces graines sont renfermées au nombre de trois dans un fruit verdâtre ( capsule ) , à trois loges, à trois valves, hérissé d’épines molles. On pense assez généralement que l’âcreté de cette graine réside dans les acides ricinique et oléo-ricinique qu’elles renferment. ’

DES POISONS IRRITANTS

Action du fruit du ricin sur l’économie animale.

Expérience irc. — A huit heures du matin, on a donné à un petit carlin assez robuste 1 gramme du fruit du ricin , le plus divisé possible. Au bout de vingt minutes , il a vomi sans effort quelques matières blanches, filantes et liquides , dans lesquelles on remarquait le fruit avalé. A neuf heures, il a eu une selle en partie liquide, en partie solide, et il n’a plus éprouvé d’incommodité; il a très bien mangé dans le courant de la journée. Le lendemain , à midi , on a introduit dans son estomac 6 grammes du même fruit suspendu dans 32 grammes d’eau , et on a lié l’œsophage afin d’empêcher le vomissement. Une heure après il n’avait fait aucun effort pour vomir, et il n’avait point eu de déjections alvines; il était abattu. A quatre heures il a eu une selle solide ; il se plaignait beaucoup, et il est mort à six heures. L’estomac contenait un peu de matière fluide dans laquelle nageaient des portions du fruit du ricin ; la membrane muqueuse de ce viscère qui tapisse le grand cul-de-sac était peu enflammée , mais facile à se détacher en lambeaux ; le canal intestinal et les poumons n’offraient aucune altération remarquable.

Expérience ii'. — A neuf heures du matin, on a introduit dans l’estomac d’un chien 8 grammes du fruit du ricin , écrasé et enveloppé dans un cornet de papier; on a lié l’œsophage afin d’empêcher le vomissement. Au bout de trois heures , l’animal a eu deux selles, et il avait déjà fait plusieurs fois des efforts infructueux pour vomir. A quatre heures du soir, il était très abattu, se plaignait ; mais il conservait le libre exercice des sens et des membres. Il est mort dans la nuit. La membrane muqueuse de l’estomac n’était affectée que vers le pylore , où l’on remarquait une plaque circulaire d’un rouge écarlate, de la grandeur d’un écu de six francs, ulcérée dans plusieurs endroits: ces ulcères n’intéressaient pas les membranes sous-jacentes. L’intérieur du rectum présentait çà et là des taches inflammatoires d’un rouge vif. Il n’y avait aucune altération sensible dans les autres organes.

Expérience me. — La même expérience a été répétée, à midi, sur un autre petit chien, avec 12 grammes du fruit du ricin. Sept heures après , l’animal avait fait quelques efforts pour vomir, et il avait eu une déjection alvine. Le lendemain , à midi, il était expirant, dans un état d’insensibilité complète et ne pouvait plus se tenir sur ses pattes. Il est mort un quart d’heure après, sans avoir présenté d’autre phénomène que deux ou trois inspirations profondes et un écartement des pattes postérieures, qui étaient un peu roides. On l’a ouvert sur-le-champ. Le cœur ne battait plus ; il contenait du sang fluide et d’un rouge assez vif dans la cavité aortique. Les poumons étaient sains. L’estomac renfermait une assez grande quantité de matière jaunâtre, comme huileuse, mêlée de grumeaux également jaunes; la membrane muqueuse était fort peu enflammée, l’intérieur du rectum offrait çà et là des plaques d’un rouge vif. Il n’y avait point d’altération dans les autres parties du canal digestif.

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