DE L’EUPHORBE
Expérience ive.— On a introduit dans l’estomac d’un chien de moyenne taille 12 grammes de semences de ricin privées de leur enveloppe ligneuse : on a lié l’œsophage. Le lendemain l’animal n’offrait aucun symptôme remarquable. Le jour suivant , à huit heures du matin, il avait des vertiges très forts ; il lui était impossible de marcher sans tomber ; il ne se plaignait pas. A midi il se tenait couché sur le côté , dans un grand état d’insensibilité; ses inspirations étaient rares et profondes; les battements du cœur comme dans l’état naturel. Il est mort à deux heures. La membrane muqueuse de l’estomac , peu rouge , offrait quelques petits ulcères dont le centre était noir ; le rectum , très rouge , était enflammé dans sa partie interne. Les poumons, crépitants, contenaient du sang noir.
Observation. — Bergius rapporte qu’un homme robuste mâcha une semence de ricin qu’il avala ensuite, et qui détermina une sensation mordicante dans l’arrière-bouche. La nuit fut assez calme ; mais le lendemain matin il eut des vomissements abondants, et pendant toute la journée il fit alternativement des efforts pour vomir et pour aller à la selle, sans rejeter cependant beaucoup de matières.
Ces faits tendent à prouver que les graines de ricin déterminent une irritation locale , et qu’elles agissent sur le système nerveux après avoir été absorbées.
Traitement. (Voy. tom. Ier, pag. 51.)
DE D’EUPHORBE (Eupjiorbia officinarum).
Plante de la famille des euphorbiacées , et de la dodécandrie trygynie de L. : elle est cependant monoïque.
Caractères du genre.- — Fleurs composées d’un calice (considéré par quelques botanistes comme un involucre , et par d’autres comme une corolle ) d’une seule pièce , en forme de cloche , persistant , à huit ou dix lobes, dont quatre à cinq intérieurs, droits, membraneux, quelquefois rapprochés par leur sommet , ovales-pointus et d’une couleur herbacée; les quatre ou cinq autres, appelés pétales par Linnæus, sont alternes avec les premiers, un peu colorés, étalés, charnus , ovales, ou en cœur, ou en croissant, ayant quelquefois des dents très remarquables. Fleurs mâles .- au nombre de huit ou quinze, ayant un périgone caché dans l’involucre, composé de lanières fines et laciniées sur les côtés ( regardées par Linnæus comme des filaments stériles) ; elles n’ont chacune qu’une seule étamine, dont chaque filament est articulé dans le milieu. Fleur femelle .-solitaire au centre du calice , manquant quelquefois ; elle paraît dépourvue de périgone : ovaire supérieur arrondi , trigone , pédiculé , incliné ou pendant sur
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le côté de la fleur, surmonté de trois styles bifides , à stigmates obtus. Le fruit est une capsule arrondie, lisse, ou velue , ou verruquetisë à l’extérieur, portée sur un pivot courbé en dehors , et formée de trois coques jointes ensemble, renfermant chacune une semence obronde. Les euphorbes sont tous lactescents.
L 'euphorbe officinal a la tige nue, à plusieurs angles, et les épines géminées. Il découle de sa tige un suc laiteux qui se dessèche en petits morceaux friables qui portent le nom d ’ euphorbe < et dont voici les caractères : il est en larmes irrégulières ou en grains isolés , demitransparents, jaunâtres à l’extérieur, blanchâtres à l’intérieur, tin peu friables , quelquefois percés d’un ou de deux petits trous coniques, se rejoignant par la base, et dans lesquels on voit souvent des débris ligneux ou des épines (aiguillons) de l’arbrisseau ; il est presque inodore ; sa saveur, d’abord presque nulle , devient bientôt âcre et caustique ; sa cassure est vitreuse ; réduit en poudre , il irrite les narines, lors même qu’il est à une grande distance. On trouve encore dans le commerce une autre variété d’euphorbe en masses irrégulières, mollasses, mêlées de corps étrangers , et d’une couleur plus foncée que le précédent. L’euphorbe ne contient point de gomme ; il est formé de résine, de cire , de inalate de chaux et de potasse , de ligneux, de bassorine, d’eau et d’une huile volatile très âcre.
Action de l’euphorbe sur l’économie animale.
Expérience irc. — A une heure on a détaché et percé d’un trou l'oesophage t^tih chien très fort ; on a introduit dans son estomac 16 grammes d’euphorbe en larmes finement pulvérisé, contenu dans un cornet de papier. Un quart d’heure après, l’animal poussait des plaintes cruelles , et faisait des efforts pour vomir. Le lendemain matin, à sept heures, il était abattu et continuait à souffrir. Il est mort à trois heures de l’aprèsmidi, sans avoir présenté d’autre phénomène remarquable qu’un grand état d’abattement et d’insensibilité. L’estomac était très volumineux ; il paraissait d’un rouge noirâtre à l’extérieur ; en l’ouvrant on voyait qu’il contenait une très grande quantité d’rtn (lui de rouge, sanguinolent, mêlé de poudre d’euphorbe : les trois membranes qui composent ce viscère, et surtout la membrane muqueuse, étaient noires, ou du moins d’un rouge excessivement foncé; le duodénum , le jéjunum, l’iléum, peu altérés, étaient- recouverts d’une grande quantité d’un fluide brun qui se détachait facilement ; le colon et principalement le rectum étaient le siège d’une altération remarquable; la membrane muqueuse qui fait partie du dernier de ces intestins, d’une couleur rouge de feu dans sa moitié inférieure , présentait trois bandes longitudinales de h centimètres de diamètre, saillantes, d’un rouge noirâtre, et séparées par quelques petits ulcères ; dans éâ moitié supérieure elle était noite comme du Charbon ,
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et offrait aussi quelques petits ulcères. Le coion, très affecté, l’était cependant moins que le rectum. Les pouiùons ne paraissaient pas avoir été Sensibletnent altérés.
Expérience iie. — A huit heures du mâtin, on a fait une plaie à la partie interne dé là cuisse d’un chien de moyenne taille ; on l’a saupoudrée avec 8 grartimes d’euphorbe finement pulvérisé,, et on a réuni lès lambeaux de la plaie par quelques points de suture. Le lendemain , l’animal était un peu abattu, ne poussait aucun cri plaintif, et conservait l’usage de ses sens et de ses mouvements. Il est mort à onze heures et demie du soir. L’estomac, le canal intestinal et les poqmons étaient sains. Le membre opéré était très enflammé ; la rougeur et l’infiltration sanguine s’étendaient depuis l’extrémité inférieure des os de la jambe jilsqu’à la cinquième côte Sterhale. Il n’ÿ avait point d’escarre.
Observation. — Francis Dashwood dit ( Philosophical Transactions, p. 662, année 1760) que madame Willis prit par mégarde, dixhuit jours après son accouchement, 60 grammes de teinture d’euphorbe préparée avec 8 grammes de camphre, 60 grammes d’alcool rectifié et 8 grammes d’euphorbe; immédiatement après, elle éprouva une violente suffocation , une douleur cuisante et intolérable dans l’estomac. M. Willis administra, quelques minutes après, une très grande quantité d’eau tiède qüi occasionna des vomissements abondants. La malade s'è plaignait cependant d’une chaleur brûlante à l’estomac : alors on fit prendre alternativement de l’huile et de l’eau : les vomissements continuèrent d’avoir lieu. Quelque temps après, M. Dymock ordonna 30 grammes de vin d’ipécacuâfiha qui procurèrent des évacuations abondantes par haut et par bas ; lés matières des évacuations étaient huileuses et camphrées.' Lé lait et une potion opiacée he tardèrent pas à rétablir le calme. Les phénomènes occasionnés par cette potion doivent à la fois être attribues à’ l’euphorbe et àu camphre. (Voy. Camphre.)
Éxpérience IIIe. — A huit heures du matin , on a introduit dans l’estomac d’un chien très fort et de moyenne taille 2û0 grammes de suc provenant des feuilles fraîches de YeuphorMa latyris (épurge), et on a lié l’œsophage. Trois quarts d’heure après , l’animal a fait des efforts pour vomir, et il avait eu trois selles; il n’a éprouvé pendant la journée que de l’abattement. Le lendemain, à six heures du matin * il continuait à faire des efforts de vomissement ; l’abattement avait augmenté, et l’animal se tenait couché sur le ventre sans chercher à se mouvoir : cependant il conservait la faculté de marcher librement. A onze heures, il a commencé à agiter ses pattes d’une manière convulsive, et il a expiré à midi. On l’a ouvert le lendemain. Les poumons étaient livides, denses, gorgés de sang ; le rectum présentait çà et là des taches rougeâtres ; les autres portions du canal digestif étaient saines.
Expérience ive. — Sprœgel rapporte qu’il fit avaler à un chat 1 gramme de suc d’ épurge mêlé à un peu de lait, qui occasionna de vives secôiisses dans la tète, (te la toux , cfés élernuments, des tremblements et
DES POISONS IRRITANTS
des convulsions dans tout le corps. L’animal ne tarda pas à être purgé , dès lors la toux cessa , la respiration devint gênée et accompagnée de sifflement; il fit des efforts infructueux de vomissement; il devint immobile ; ses yeux étaient fermés. On lui donna du pain avec du lait et des racines ; il les vomit aussitôt , toussa de nouveau et finit par se rétablir. Le même auteur appliqua sur son visage du suc d’épurge qui excita des pustules semblables à celles de la fièvre ortiée.
Observation. — On a vu ce poison, administré imprudemment comme purgatif, occasionner des vomissements et des déjections alvines sanguinolentes. Appliqué sur les cheveux, les poils et les verrues, il les a fait tomber, ce qui prouve qu’il est excessivement âcre.
Expérience ve. — A sept heures du matin, on a donné à un petit chien robuste 150 grammes de suc frais d' euphorbia cyparissias : on a lié l’œsophage. L’animal a été plusieurs fois à la selle pendant la journée. Le lendemain , il était abattu. Le jour suivant, il l’était davantage, tout en conservant le libre usage de ses sens et du mouvement. 11 est mort dans la nuit. Le rectum offrait quelques taches légèrement rougeâtres; les autres organes paraissaient sains.
Observation. — Vicat fait mention d’un homme qui eut le visage écorché pour s’être frotté avec le suc de cet euphorbe. Lamotte parle d’un clystère préparé avec cette herbe qu’on avait prise en place de mercuriale , et dont l’effet fut mortel.
Il y a un très grand nombre d’espèces d’euphorbe qui sont vénéneuses : telles sont l’ euphorbia antiquorum , Yeaphorbia canarien sis, l’ euphorbia tirucalli, Y euphorbia peplus , Y euphorbia helioscopia , Y euphorbia verrucosa, Y euphorbia platiphyllos , Y euphorbia palustris , Y euphorbia hiberna , Y euphorbia characias , Y euphorbia amygdaloides , Y euphorbia sylvatica, Y euphorbia exigua , l’ euphorbia mauritanica , Y euphorbia nerifolia, Y euphorbia esula.
Observation. — Scopoli dit que cette dernière espèce a déterminé la mort chez une femme qui, une demi-heure auparavant, avait avalé 1 gramme 60 centigrammes de sa racine. Dans d’autres circonstances , le même auteur a vu la gangrène de l’abdomen et la mort suivre de près l’application imprudente de l’ésule sur le bas-ventre. Il fait encore mention d’une personne qui, ayant les paupières fermées, permit qu’on les frottât avec le lait de cette herbe : l’inflammation ne tarda pas à se déclarer, et fut suivie de la perte de l’œil.
Il résulte de ces faits ,
1° Que l’euphorbe exerce une action locale très intense, susceptible de déterminer une vive inflammation ; 2° que ses effets meurtriers dépendent autant de l’irritation sympathique du système nerveux que