‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 63 sur 172 · DU PIGNON D’INDE · texte numérisé non relu

DU PIGNON D’INDE

de son absorption ; 3° qu’il paraît agir sur l’homme comme sur les chiens.

Traitement. (Voy. tom. Ier, pag. 51.)

BU PIGNON B’INBE.

Le pignon d’Inde est la graine du jatropha curcas , arbrisseau de la famille des euphorbiacées.

Caractères du fruit. — Il est ovale , d’abord vert , puis jaune , enfin noirâtre , à peu près de la forme et de la grosseur d’une jeune noix , et renfermé sous une écorce épaisse , coriace , ridée , glabre ; trois coques blanchâtres , bivalves , monospermes. Les graines sont ovales-oblongues , convexes en dehors , obscurément anguleuses du côté interne , presque cylindriques et entourées de deux tuniques propres dont l’extérieure est crustacée , fragile et noirâtre. La seule pression de l’amande entre les doigts en fait exsuder une matière huileuse. Cette plante croît dans les parties chaudes de l’Amérique.

Le pignon d’Inde est composé d’albumine non coagulée , d’albumine coagulée, dégommé, de fibres ligneuses, d’une huile fixe, d’acide jatrophique et d’un principe âcre, résineux, roussâtre, d’une odeur de beurre rance , auquel M. F. Cadet a proposé de donner le nom de curcasine.

Action du pignon d’Inde sur l’économie animale.

Expérience irc. — A huit heures du matin , on a introduit dans l’estomac d’un carlin robuste et de moyenne taille 12 grammes de cette graine réduite en pâte : on a lié l’œsophage. A neuf heures moins un quart , l’animal a commencé à faire des efforts pour vomir. A neuf heures ,• il a poussé quelques cris plaintifs. A dix heures , il ne pouvait plus marcher; il se tenait couché sur le côté, dans un état de grande insensibilité. Il est mort une heure après. On l’a ouvert à deux heures. Tout le canal digestif était rouge à l’extérieur ; la membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge cerise foncé dans toute son étendue; l’intérieur du rectum était d’un rouge de feu. Les poumons étaient crépitants et d’une couleur rougeâtre. Les ventricules du cœur contenaient du sang noir fluide.

Expérience iic. — A huit heures du matin, on a répété cette expérience avec A grammes de la même pâte. L’animal n’a éprouvé, dans la journée, que des envies de vomir. A dix heures du soir, il était insensible, ne pouvait plus se tenir debout , et faisait des inspirations profondes. Il est mort dans la nuit. Le canal digestif était très enflammé à l’intérieur et à l’extérieur; les tuniques qui composent les gros intestins offraient, dans

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toute leur épaisseur, une couleur qui paraissait boire ; en les isolant les unes des autres, on voyait que cette couleur était d’un rouge excessivement foncé ; il n’y avait point d’escarre. Les poumons pfésentaièht plusieurs plaques livides, denses et gorgées de sang.

Expérience me. — Un autre animal , qui avait pris 6 grammes de la même pâte , est mort au bout de dix heures, et on a observé les mêmes symptômes et les mêmes phénomènes cadavériques.

Expérience ive. — A huit heures du matin , oh a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un carlin k grammes de la même pâte, mêlé avec 8 grammes d’èau. L’animal n’a éprouvé aucun phénomène sensible dans la journée. Le lendemain , à midi , il étaîit couché sur le côté ; sa respiration était difficile et profonde ; on l’a mis sur ses pattes , et il est tombé comme une masse inerte; ses membres, loin d’offrir de la roideur, étaient très relâchés ; les organes des sens n’exerçaient plus leurs fonctions. Il est mort deux heures après. Le canal digestif était sain. Les poumons offraient des plaques livides , denses , gorgées de sang ; le mëfnbre Opéré était très enflammé ; la rougeur s’étendait jusqu’à la cinquième côte sternale, il h’ y avait point d’escarre.

Expérience ve. — A deux heures et demie , on fit avaler à peu près 10 centigrammes d’huile de pignon d’Inde à un merle. Trois minutes après , l’animal faisait déjà des efforts pour vomir , et il y parvint en effet, ce qui parut d’abord calmer les symptômes d’irritation causés par le poison ; mais bientôt après il fut dans une grande agitation qui dura jusqu’à quatre heures. Dès lors l’animal parut se rétablir.

Expérience vie. — Le même animal prit le lendemain 20 centigrammes d’huile; il vomit aussitôt, eut plusieurs attaques convulsives, et tomba dans un grand état d’affaissement, d’où il ne sortait de temps à autre que pour jeter des cris plaintifs; il parut devenir successivement borgne et aveugle; ses yeux sécrétaient une liqueur visqueuse, et il rendait par le bec et l’anus une matière épaisse et noirâtre. Il mourut le lendemain à sept heures du matin. On l’ouvrit sur-le-champ. L’œsophage et le canal inlèstinal étaient enflammés.

Éxpérience vne. — Un chien assez robuste fut tué par une petite quantité de ce poison.

Expérience vme. — On fit passer des mouches sous un entonnoir placé sur un plateau de verre saupoudré de sucre imprégné d’huile de pignon d’Inde. Elles moururent toutes dans l’espace de trois à quatre heures , et on remarqua qu’après avoir sucé le sucre elles devenaient faibles ; leurs ailes semblaient paralysées; du moins elles paraissaient complètement immobiles.

Expérience ixc. — H. Cloquet appliqua cette huile sur la peau de la cuisse d’un chien dépouillée des poils qui la recouvraient : elle occasionna au bout de dix heures une escarre sèche et noire dans son centre, semblable à celle qui aurait été produite par un caustique minéral. Suivant le même médecin , il suffit de laisser pendant un court espace de

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temps un peu de cette huile sur la peau de l’homme pour déterminer une rubéfaction marquée accompagnée de dottleur.

Expérience xe. — L'acide jatrophique tue presque subitement les corbeaux; il irrite fortement le nez lorsqu’on l’exhale par la chaleur; mis sur la langue, il agit comme l’huile, mais d’une manière plus prompte.

Il résulte de ces faits, 1° que la graine du pignon d’Inde jouit de propriétés vénéneuses très énergiques ; 2° que ses effets meurtriers dépendent principalement de l’inflammation intense qu’elle développe, et de son action sympathique sur le système nerveux; 3° qu’elle agit plus fortement lorsqu'on l’introduit dans l’estomac, que dans le cas où elle est appliquée sur le tissu cellulaire ; li° que Y huile retirée de Cette grainè agit de la même fnanière sur l’homme que sur lés chiens , les merles, les mouches, étc. , soit qu’on l’introduise daris i’estômac, soit qu’on l’applique sur le tissü cellulaire sous-cutané ; 5 6 que l’action de cette huile est incomparablement plus vive que celle de la graine. Pelletier et Caventou pensent qu’elle doit ses propriétés délétères' à l’acide jatrophique , puisqu’il suffit de la saponifier pour les lui faire perdre.

Traitement. (Voy. tom. Ier, pag. 51.)

i»Ü CROTÔlff T1GUON ( CrOton tioligm ).

Arbre de la famille des eufihorbiacées , de moyenne grandeur, ou même arbrisseau médiocre , portant des feuilles obtuses , pétiolées , acuminées, dentées dans leur contour, glabres. Les fleurs sont disposées en épis à l’extrémité des rameaux. Les fleurs mâles occupent la partie supérieure des épis ; les femelles sont placées au-dessous ; les fruits qui succèdent à ces fleurs femelles sont ovoïdes , de la grosseur d’une aveline , marqués de trois côtes arrondies et glabres. Ils sont à trois loges , contenant chacune une grainè ovoïde allongée , un peu anguleuse , obtuse aux dèüx extrémités. Ce végétal croît dans les différentes parties de l’Inde , au Malabar, à Ceylan , etc.

Les graines désignées sous les nomS dé grains de tilly ou dé petits pignons d'Inde , contiennent de l’acide crotonique, de la crotonine, de la résine , une matière graisseuse blanche , une matière brunâtre , une matière gélatineuse , de la gomme , de l’albumine végétale et une huile jaune ou rougeâtre , d’une odeur désagréable, d’une saveur acre et brûlante , qui paraît formée, elle-même, dé 55 parties d’huile fixe et de q5 parties d’un principe excessivement âcré auquel le docteur Paris a proposé de donner fe nom de tiglinc.

DES POISONS IRRITANTS

Action de l’huile de croton tigiium sur l’économie animale.

Expériences. — Introduite dans l’estomac des chiens ou appliquée sur le tissu cellulaire sous-cutané de ces animaux à la dose de quelques centigrammes , l’huile de croton tigiium agit à la manière des poisons irritants les plus énergiques.

Observation lre. — La religieuse et l’infirmière de l’une des salles de l’hôpital de Guy, à Londres, ayant un jour pratiqué sur l’abdomen d’un malade, affecté d’une constipation opiniâtre, des frictions avec l’huile de croton tigiium , la première, qui les avait faites pendant un espace de temps assez long, se trouva fortement purgée environ trois heures après. En même temps elle éprouva un sentiment de malaise général, et un goût désagréable se fit sentir dans sa bouche. Peu de temps après, l’infirmière eut aussi des évacuations alvines , mais moins abondantes , et qui ne furent accompagnées d’aucun autre symptôme. ( The London medic. andsurgic. Journal, décembre 1828.)

Observation 2e. — Un jeune homme âgé de vingt-cinq ans environ, arrivé à une période avancée d’une fièvre typhoïde grave (vingt-cinquième ou trentième jour), avala par mégarde 10 grammes d’huile de croton tigiium destinée à des frictions sur les parois abdominales.

Arrivé auprès du malade trois quarts d’heure après l’ingesiion de ce purgatif drastique, déjà il présentait les symptômes les plus alarmants. La peau était froide et couverte d’une sueur également froide ; le pouls était très déprimé et presque imperceptible. Les battements du cœur étaient euxmêmes très peu sensibles , la respiration très embarrassée ; les extrémités des doigts et les mains , le pourtour des yeux et les lèvres présentaient une coloration bleuâtre comme dans la période algide du choléra-morbus ; la langue était froide au toucher , les pupilles immobiles et dans un état moyen entre la dilatation et le resserrement. Le ventre était très sensible au toucher ; le malade faisait en vain des efforts pour vomir. La titillation de la luette et du pharynx avec le doigt et la barbe d’une plume fut aussi infructueuse pour provoquer le vomissement ; elle ne réussit qu’à déterminer l’expulsion de mucosités glaireuses , colorées d’une manière sensible par l’huile de croton tigiium ; mais celle-ci était en petite quantité dans les matières du vomissement. Le bouillon de veau, le bouillon aux herbes, l’eau chaude en grande quantité, et enfin 10 centigrammes d’émétique, furent administrés sans réussir à déterminer l’expulsion de matières autres que les mucosités glaireuses dont il a été parlé. (Il y avait déjà une heure que le médicament était ingéré lorsque ces moyens furent employés.)

Cependant les symptômes d’intoxication marchaient avec une rapidité effrayante ; ils devaient être en partie attribués à l’état de faiblesse et au marasme produits par la fièvre typhoïde et au défaut de réaction qui en résultait ; une heure et demie après l’ingestion , il survint des garder

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