‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 64 sur 172 · DU MANCENILLIER · texte numérisé non relu

DU MANCENILLIER

robes excessivement abondantes et involontaires. Le sujet éprouvait une sensation de brûlure suivant tout le trajet de l’œsophage et une sensibilité très vive sur tous les points de la surface abdominale. La peau était de plus en plus froide. La respiration et la circulation devinrent plus gênées; la cyanose s’étendit à toute la surface du corps; la peau finit par être insensible, et le malade succomba à une heure de l’après-midi, présentant quelques uns des symptômes de l’asphyxie, et quatre heures après avoir pris cette dose énorme de croton (10 grammes). La mort fut certainement hâtée par la maladie dont cet homme était atteint.

Autopsie. — Point de lésion de la membrane muqueuse de l’estomac, si ce n’est un peu de ramollissement de cette membrane. Pour toute altération dans le reste du tube digestif, il y avait de nombreuses ulcérations caractéristiques de la fièvre typhoïde. ( Journal de chimie médicale, 1839.)

Traitement. (Voy. tom. i, pag. 51.)

DU MAErCSKTIIXIER.

Le mancenillier ( hippomane mancenilla) est un arbre de la famille des euphorbiacées , offrant un suc d’un blanc laiteux , presque concret, d’une odeur peu pénétrante, analogue à celle d’un mélange de feuilles d’absinthe et de tanaisie broyées ensemble ; sa saveur, d’abord fade , puis âcre , détermine une chaleur brûlante dans l’arrière-gorge quand on en applique une très petite goutte sur la langue ; il suffit de le respirer pendant quelque temps pour éprouver des picotements assez vifs autour des ailes du nez, aux lèvres , aux yeux , etc. : les parties du visage qui ont été en contact avec lui ne tardent pas à devenir le siège d’une démangeaison assez grande et d’une inflammation érysipélateuse avec éruption de pustules miliaires excessivement ténues, dont le dessèchement et la desquamation s’opèrent au bout de quelques jours.

Action du suc du mancenillier sur l’économie animale.

Expérience irc. — Six ou huit grammes de suc de mancenillier appliqués sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse des chiens occasionnent la mort au bout de vingt-six ou de vingt-huit heures , sans que les animaux paraissent éprouver des douleurs bien vives ; ils ne poussent aucun cri plaintif; ils sont mornes, abattus; au bout de douze ou quinze heures ils éprouvent quelques vomissements, et l’abattement augmente graduellement jusqu’à la mort, qui arrive sans être précédée de secousses convulsives. — Quatre ou cinq gouttes produisent les mêmes effets chez les cochons d’Inde. A l’ouverture des cadavres, on trouve une inflammation très intense du tissu cellulaire sous-cutané de l’abdomen , du dos et de la moitié des parois thoraciques ; l’altération du tissu

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cellulaire offre beaucoup d’analogie avec ce qu’on observe chez les animaux morts du charbon. Les organes de la tête , de la poitrine et du basventre ne présentent aucune lésion appréciable.

Expérience iic. — Introduit dans l’estomac à la do$e de Zi grammes environ, le suc de mancenillier détermine (bientôt tous les symptômes d’une gastro-entérite fort intense : efforts répétés de vomissement , évacuations alvines liquides, qui se renouvellent incessamment, cris plaintifs, agitation générale, mais sans mouvements convulsifs; et la mort arrive neuf ou dix heures après l’ingestion du poison. — Quatre à cinq gouttes administrées de même aux cochons d’Inde les tuent dans le même espace de temps. A V ouverture des cadavres , on trouve l’estomac, le canal intestinal et surtout le rectum fortement enflammés , avec exhalation sanguine dans toute l’étendue de la cavité de ces organes.

Expérience iuc. — Quand on injecte ce même suc dans la vçiqe jugulaire d’un chien , l’animal succombe en moins de deux minutes , après avoir poussé quelques cris plaintifs.

Observations. — Peyssonel dit que les sauyages empoisonnent leurs flèches avec ce suc, qui rend leurs blessures mortelles. ( Philosophical Transactions, année 1758.) Les missionnaires qui ont écrit sur l’histoire naturelle de F Amérique disent que la vapeur maligne qui s’exhale du mancenillier lorsqu’on le coupe fait périr les ouvriers qui veulent le travailler. Un nègre fut affecté par le principe volatil échappé des racines du mancenillier au moment où il les détachait de l’arbre : il éprouva d’abord une sensation de chaleur au visage ; deux heures après il se plaignit d’un sentiment de cuisson, et le lendemain matin le visage se trouva gonflé. Vers midi il se forma de petites vésicules qui se remplirent d’une sérosité jaunâtre. Le quatrième jour, la desquamation était complète ; il n’y eqt aucune ulcération ; le pouls était resté naturel. ( Journal de çhimie médicale, novembre 1825.) M. Castera fut témoin qu’un nègre eut les mains et le visage enflés et brûlés pour en avoir fendu une petite branche. ( Fodéré , t. iv, pag. 38.)

Il résulte de ce qui précède que le suc de mancenillier est un poison âcre , excessivement irritant , qui agit en déterminant une inflammation intense des parties qu’il touche : tout porte à croire aussi qu’une partie du principe délétère est absorbé. ( Voy. le Mémoire de MM. Qrfda et Ollivier d’Angers, Journal de Chimie médicale, août 1825.)

Expériences. — Le fruit du mancenillier produit également des effets fâcheux. M. Ricord a fait des expériences à la Guadeloupe- qui prouvent : 1“ que la pulpe et les peaux de huit pommes de mancenillier ont déterminé au bout de huit heures la mort d’un chien robuste, après avoir donné lieu à un tremblement dans les membres, à des mouvements convulsifs, à des vomissements et des selles, à des cris, à des' douleurs vives, au ballonnement du ventre, au gonflement de la parotide gauchç

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