DE LA SABINE. H
trois petites pointes ou éminences produites par les écailles supérieures de ce chaton, et elle renferme trois semences osseuses, oblongues, angulaires sur un côté et concaves de l’autre. Arbrisseau de 2 à 3 mètres, dont l’écorce est rude et un peu rougeâtre, très branchu ; feuilles très petites , très serrées les unes contre les autres , appliquées sur les rameaux , ce qui les fait paraître imbriquées , à pointe aiguë , érigées , opposées alternativement , décurrentes à leur base : celles de l’extrémité des rameaux supérieurs sont un peu lâches ; elles ont toutes une odeur forte, pénétrante, et un goût amer, aromatique et résineux. Cet arbrisseau croît dans les provinces méridionales et dans le Levant , etc.
Action des feuilles de sabine sur l’économie animale.
Expérience ire. — On a introduit dans l’estomac d’un gros chien 24 grammes de sabine en poudre , et on a lié l’œsophage. Au bout de cinq minutes, il a poussé des cris plaintifs. Dix minutes après, les douleurs abdominales paraissaient très vives, et l’animal s’efforcait de vomir. Il est mort dans la nuit , seize heures après l’ingestion de la substance vénéneuse. L’estomac contenait une assez grande quantité de sabine libre, qui conservait son odeur aromatique; la membrane muqueuse, peu rouge, élait cependant enflammée; il existait un petit ulcère près du pylore. La face interne des intestins, tapissée d’une matière mucoso-bilieuse, n’offrait point d’altération sensible, excepté dans le rectum, où l’on voyait quelques taches rougeâtres.
Expérience ir. — La même expérience a été répétée sur un petit chien avec 16 grammes de sabine : l’animal est mort treize heures après 1 opération , et on a trouvé l’intérieur de l’estomac d’un rouge vif ; le rectum était aussi un peu enflammé.
Expérience me. — A trois heures et demie, on a pratiqué une incision à la partie interne de la cuisse d’un petit chien robuste; on a saupoudré la plaie avec 8 grammes de poudre fine de sabine , et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Le lendemain , à midi, l’animal ne présentait aucun symptôme remarquable ; il est cependant mort dans la nuit. Les poumons et l’estomac étaient sains; le duodénum offrait, près du pylore, une tache circulaire noirâtre, d’environ 2 millimètres d’épaisseui , formée par du sang extravasé ; la membrane muqueuse qui faisait partie de ce cercle était d’un rouge foncé dans toute sa texture ; il y avait dans la membrane muqueuse du rectum plusieurs taches d’un rouge obscur. Le membre opéré était infiltré et très enflammé.
Il résulte de ces expériences, 1° que la sabine exerce une action locale assez énergique ; 2° que ses effets dépendent principalement de son absoiption et de son action sur le système nerveux, sur le rectum et sur l’estomac.
Traitement. (Vov. tom. rr, p. 51.)
DES POISONS IRRITANTS
SU RHUS BASICANS ET SU TOXICOSEMSKOlff.
Le rhus radicans est une plante de la famille des térébinthacées de Jussieu , et que Linnæus a rangée dans la pentandrie digynie. Bosc, à qui nous devons de très belles observations sur cette plante , s’est assuré qu’elle n’est qu’une variété du rhus loxieodendron , dont elle ne diffère que par ses folioles, qui sont glabres et très entières; en sorte qu’on devrait les confondre sous la même dénomination de rhus toxicodendron (sumac vénéneux). Voici la description que ce naturaliste a donnée de cette dernière.
« Racine ligneuse , traçante, rougeâtre, à fibrilles peu nombreuses ; tige ligneuse, radicante, rameuse, souvent flexueuse, cassante : l’écorce d’un gris brun ; rameaux alternes, en tout semblables à la tige; les supérieurs seuls radicants; les inférieurs perpendiculaires à la tige; tous allongés , minces, rarement branchus , et ne portant des feuilles et des fleurs qu’à leur extrémité , sur la pousse de l’année. Les radicules radicantes , plus ou moins nombreuses , naissant au-dessous de la plus basse feuille , à l’extrémité des pousses de l’année précédente. Feuilles alternes , ternées , naissant ordinairement au nombre de quatre ou cinq sur la pousse de l’année : le pétiole commun renflé à à sa base, presque cylindrique , plus ou moins velu , long de 6 à 9 centimètres sur 3 millimètres environ de diamètre : les folioles ovales , lancéolées , acuminées , tantôt anguleuses , tantôt entières , tantôt glabres , tantôt velues , mais toujours plus en dedans , encore plus sur les nervures : les moyennes longues de 9 centimètres sur 6 de largeur : les inférieures presque sessiles , partagées inégalement par la grande nervure : la supérieure longuement pétiolée : les angles, lorsqu’il y en a , toujours en petit nombre , toujours obtus , et ne se montrant qu’à la moitié et plus souvent aux deux tiers de sa longueur. Fructification dioïque , en épis axillaires : les épis composés à la base , simples au sommet , en même nombre que les feuilles : l’axe commun flexueux , un peu velu , long d’environ 3 centimètres : fleurs pédonculées , solitaires; les pédoncules alternes, perpendiculaires à l’axe, à peine longs de 3 millimètres : calice à cinq feuilles , attaché à un réceptacle charnu; les folioles presque ovales, glabres, caduques, d’un vert blanchâtre , à peine longues de 2 millimètres : corolle de cinq pétales attachés à un réceptacle ; pétales lancéolés , caducs , deux fois plus longs que le calice , glabres , recourbés et repliés en dehors, d’un vert blanc , quelquefois veiné de brun ; étamines au nombre de cinq , attachées au réceptacle , moins longues que la corolle ; filet aplati , plus large à sa base, rouge : anthères jaunes , presque ovales, creusées par
DU RHUS RADICANS ET DU TOXICODENDRON. 115
un sillon longitudinal ; pistil à germe ovale , très velu , à style gros court et glabre , à trois stigmates bruns , sessiles, dont l’un est toujours plus gros que les autres; fruit à baie sèche, presque ronde, velue, sillonnée par sept à huit fossettes longitudinales , ne contenant qu’une seule semence. Cette plante est dioïque. » (Actes de la Société de Médecine de Bruxelles.) Elle est extrêmement commune en Caroline.
Action du rhus radicans sur l’économie animale.
EXPERIENCE trc. — On a fait avaler à un petit chien 12 grammes de poudre sèche de rhus radicans : l’animal n’a rien éprouvé.
Expérience iic. — On a appliqué sur le tissu cellulaire du dos d’un petit chien 10 grammes d’extrait aqueux de rhus radicans. Trois jours après, l’animal n’avait offert aucun phénomène remarquable.
Expérience me. — A sept heures du matin, 16 grammes du même extrait ont été appliqués sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse. A dix heures, l’animal n’avait rien éprouvé ; il en était de même à six heures du soir. Le lendemain , à dix heures du matin , il commençait a elre un peu abattu. A dix heures et demie du soir, il était insensible et immobile; la respiration ne s’exercait presque plus : il lui était impossible de se tenu- debout. Un quart d’heure après, il a fait deux ou trois inspirerons profondes, et il est mort. On l’a ouvert le lendemain. Le canal digestif était vide , et n’offrait aucune lésion ; la blessure était légèrement enflammée, et le membre opéré présentait une infiltration séro-sanguinolente. 6
Expérience IVe. - A huit heures du matin, on a introduit dans l’estomac d un chien de moyenne taille 16 grammes d’extrait aqueux de rhus radicans , et on a lié l’œsophage. Le lendemain, à dix heures du soir, animal n’avait pas encore paru incommodé. Le jour suivant à sept heures du matin, il commençait à être abattu : cependant il conservait le libre usage des sens et du mouvement, et il ne poussait aucune p ainte. A dix heures, il avait des vertiges très forts, et il tombait lorsqu on le faisait marcher ; sa tête était lourde, ses pupilles un peu dilatées ; il voyait et il entendait assez bien ; la respiration était lente et peu genée ; il n y avait point de convulsions, et il ne poussait aucune plainte.
une heure, on l’a trouvé mort, et on en a fait l’ouverture. Estomac contenant une assez grande quantité d’un fluide brunâtre et visqueuxmembrane muqueuse d’un rouge vif par plaques, évidemment enflammée ; pulle alteration dans le canal intestinal; sang des cavités du cœur
d un rouge foncé et fluide ; poumons rouges , très crépitants , contenant un peu de sang.
Expérience v . On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien très on 4 grammes du même extrait dissous dans 12 grammes d’eau. Une -îeute et emie apiès, 1 animal avait vomi six fois des matières niucoson muses, et il avait eu une selle. Le lendemain , il se portait à merveille.
DES POISONS IRRITANTS
ilp
lia gramme 60 centigrammes Injectés dans la veine jugulaire d'un petit chien ont fourni des résultats analogues.
Expérience vie. — On a répété la même expérience sur un petit chien avec h grammes 30 centigr. d’extrait dissous dans 10 grammes d’eau. L’animal a haleté beaucoup et paraissait suffoqué ; on l’a mis par terre , et il était tellement insensible qu’on l'a cru mort. Il a expiré une minute après , au milieu d’un tremblement assez marqué des muscles de tout le corps. On l’a ouvert sur-le-champ. Le sang contenu dans le cœur était fluide , et d’un rouge foncé dans le ventricule gauche ; les poumons étaient dans l’état naturel.
Observation lrc. — Le célèbre Fontana rapporte qu’ayant touché , à trois reprises différentes et à plusieurs jours d’intervalle, des feuilles de to.ricodendron , il éprouva des symptômes fâcheux ; quatre ou six jours après, les paupières, les extrémités des oreilles, et en général toutes les parties du visage se tuméfièrent et paraissaient remplies d’un fluide, aqueux. Les intervalles qui séparent les doigts de la main devinrent rouges et se couvrirent de petites vésicules pleines d’une humeur transparente; l’épiderme tomba par petites écailles, et il éprouva une cuisson terrible pendant quinze jours , et une démangeaison insupportable pendant quinze autres jours : le pouls était très agité. MM. Gouan et Amoureux ont constaté ces mêmes effets vésicants sur la peau.
Le suc de ces feuilles ne produisit aucun phénomène , appliqué sur le tissu cellulaire des lapins, des cochons d’Inde et des pigeons; il en fut de même lorsqu’on le leur fit avaler (1).
Observation 2*. — En janvier 1819, un jardinier avait taillé plusieurs arbustes de rhus toxicodendron. 11 eut d’abord le corps couvert d’un érysipèle vésiculeux et la tête extrêmement enflée. L’érysipèle ayant disparu après une sortie par un temps froid et des lotions d’eau vinaigrée, le malade tomba sans connaissance; la respiration était pénible, la figure injectée, et les régions du cœur et de l’estomac très douloureuses; il y avait de l’écume à la bouche. Ces accidents disparurent après.une saignée, des bains et la réapparition de l’éruption vésiculeuse. [Archives générales de médecine, t. xxix, pag. 565.)
Observation 3*. — Boullon, médecin à Abbeville, s’inocula impunément du suc de rhus toxicodendron. (Aubert, Matière médicale , 1. 1, pag. /i50, 3e édit.)
Observation 4*. — Lavini obtint avec le suc du rhus toxicodendron des effets qui diffèrent sous plusieurs rapports de ceux que je viens de citer. Après avoir constaté, comme Fontana , que l’on pouvait introduire quelques gouttes de ce suc dans l’estomac des cochons d inde et des oiseaux, il en appliqua deux gouttes sur la première phalange de son doigt indicateur à la distance de quelques millimètres l’une de l’autre; il les laissa pendant deux minutes, et il vit qu’au bout d’une heure elles avaient
(1) Traité sur le F enin de la vipère, par Félix Fontana, tom. ii, p. 160. / Inrence, 1781.
DU RHUS RAD1CANS ET I)U TUXICO DEM DRüi\ .
produit deux taches noires. Vingt-cinq jours après, il se manifesta toutà-coup les symptpmes suivants : grande ardeur dans la bouche et dans le gosier ; enflure rapidement croissante de la joue gauche , de la lèvre supérieure et des paupières ; la nuit suivante , tuméfaction des avantbras, qui avaient acquis le double de leur volume naturel, peau coriace, prurit insupportable, chaleur très forte. Quatre jours après, il apparut sur les mains et surtout sur l’avant-bras quelques pustules assez semblables à celles de la gale ; quelques unes , en crevant , donnèrent une humeur limpide qui , inoculée sur l’avant-bras, reproduisit d’autres pustules. L’endroit de la phalange où avait été mis le suc laiteux présenta deux tumeurs grosses comme des pois, lesquelles ensuite disparurent sans s’ouvrir. Après huit jours, la peau de l’avant-bras et partie de celle de la face devinrent squameuses. Le prurit dura pendant plusieurs jours. Tous ces symptômes cessèrent enfin , probablement par l’application extérieure de la glace. ( Journal de chimie médicale, juin 1825.)
Observation 5'. — Van-Mons, qui a fait un travail intéressant sur cette plante, pense que ses effets malfaisants sont dus à un gaz qu’elle exhale pendant la nuit , à l’ombre et dans un temps couvert , plutôt qu’à son suc laiteux. Ce gaz n’est autre chose, d’après lui, que de l’hydrogène carboné , tenant en dissolution un miasme hydrocarboné. Ses effets sur l’économie animale varient suivant la disposition des individus et les circonstances dans lesquelles ils sont placés : telle personne , par exemple , ne pourra pas passer à côté d’un loxicodendron sans en ressentir des effets plus ou moins désagréables ; telle autre , au contraire pourra le manier impunément. Van-Mons, après avoir recueilli une certaine quantité de ce gaz sous un cylindre couvert d’un étui de carton noir, engagea son frère, qui était très sensible aux effluves du rhus, à y plonger la main ; dans le même instant où l’immersion eut lieu, celui-ci éprouva une cuisson brûlante , suivie d’une inflammation , de la dureté de la partie, et de l’enflure. La même expérience, répétée avec le gaz recueilli en plein midi, et dans un vase exposé au soleil , fut sans effet. (Actes de la Société de médecine de Bruxelles.)
Les expériences de Lavini , faites comparativement de jour et après le coucher du soleil , viennent appuyer les résultats obtenus par Van-Mons: les produits de l’exhalation naturelle de la plante , recueillis en plein jour, sont du gaz azote et une eau insipide , tous les deux fort innocents ; au contraire, le gaz qui se dégage après le coucher du soleil est de l’hydrogène carboné mêlé à un principe âcre particulier.
Les divers faits que je viens de rapporter tendent à prouver, 1° que la partie la plus active du rhus radicans ou loxicodendron est celle qui se dégage à l’état de gaz lorsqu’il ne reçoit pas les rayons directs du soleil; 2° qu’elle agit comme les poisons âcres; 3° que l’extrait aqueux, administré à l’intérieur ou appliqué sur le tissu cellulaire , détermine une irritation locale, suivie d’une inflammation plus ou moins intense, et qu’il exerce une action stupéfiante sur le système nerveux
DES POISOiNS IRRITANTS.
après avoir été absorbé ; k° qu’il paraît agir de la même manière lorsqu’il a été injecté dans la veine jugulaire.
Le rhus vernix produit des effets analogues à ceux qui viennent d’être exposés.
Traitement. ( Voy. t. Ier, p. 51.)
B£ LA CHÉLIDOIIXTE.
La chélidoine ( chelidonium majus ) appartient à la polyandrie monogynie de L. et à la famille des papavéracées de Jussieu. (Voyez ma Médecine légale , pl. 3 bis, 3e édition. )
Caractères. — Calice caduc , à deux folioles ovales , concaves : corolle de quatre pétales presque ronds, ouverts, et d’un jaune doré] les étamines sont nombreuses, avec des filets dégagés les uns des autres et égaux en longueur. Le fruit est une silique cylindrique , simple , biloculaire, noueuse, renfermant plusieurs graines. Ses tiges sont cylindriques , rameuses et légèrement velues ; ses feuilles sont ailées , grandes, molles, incisées, d’un vert tendre en dessus et d’une couleur glauque en dessous : des aisselles de ces feuilles il sort des pédoncules nus et en ombelle qui portent quatre, cinq et jusqu’à neuf fleurs, dont chacune a son pédoncule et sa stipule. La racine est d’un brun rougeâtre lorsqu’elle est récente , et noire quand elle est desséchée. Quelle que soit la partie de la chélidoine à laquelle on fasse une incision, il s’en écoule un suc jaunâtre, amer, caustique, d’une odeur désagréable, dont on se sert pour détruire les verrues et les cors des pieds. Elle croît partout, dans les haies, les fentes des vieux murs et les masures, surtout à l’ombre.
Action de la chélidoine sur l’économie animale.
Expérience irc. — On a introduit dans l’estomac d’un petit chien faible 12 grammes d’extrait aqueux de chélidoine , et on a lié l’œsophage. Au bout de six minutes, l’animal a fait des efforts violents pour vomir. Quatre heures après , il était couché sur le côté ; il faisait des inspirations profondes ; la sensibilité et la motilité étaient tellement diminuées que les organes de l’ouïe et de la vue n’étaient plus impressionnables, et qu'il lui était impossible de se tenir debout. Il est mort peu de temps après. L’estomac contenait une petite quantité d’un fluide excessivement visqueux et brunâtre; la membrane muqueuse était d’un rouge vif dans toute son étendue, et d’un rouge noirâtre dans ses replis; le canal intestinal n’était pas altéré; les poumons, d’une couleur rougeâtre, étaient crépitants et ne paraissaient pas affectés.
Expérience ii°. — A trois heures, on a pratiqué une incision à la partie interne de la cuisse d’un petit chien, et on a appliqué sur la plaie (3 grammes d’extrait aqueux de chélidoine dissous dans une petite quantité
d’eau. A cinq heures, l’animal n’éprouvait aucun phénomène remarquable. Le lendemain, à neuf heures du matin, on l’a trouvé mort. Le canal digestif n’ofl'rait aucune lésion sensible; la plaie était enflammée, et les poumons un peu livides.
Expérience iiiL — A sept heures du matin , on a répété l’expérience avec 8 grammes du même extrait sur un chien de moyenne taille. A quatre heures, l’animal n’avait éprouvé aucun phénomène remarquable. V dix heures du soir, il était peu sensible, se tenait couché sur le côté, et ne pouvait plus exercer aucun mouvement. Il est mort dans la nuit. Le canal digestif n’offrait point d’altération; les poumons étaient livides, gorgés de sang et peu crépitants ; le membre opéré était tuméfié , inliltré et très enflammé.
Expérience ive. — On a introduit dans l’estomac d’un chien de moyenne taille 16 grammes de suc de chélidoine préparé avec les feuilles : on a lié l’œsophage. L’animal a fait des efforts pour vomir, s’est plaint, et est devenu insensible. Il est mort dix heures après. La membrane muqueuse de l’estomac était enflammée ; les poumons offraient çà et là des plaques livides, un peu gorgées de sang.
Il résulte des faits qui précèdent , 1° que la chélidoine et son extrait déterminent des accidents graves suivis delà mort; 2° que leurs effets délétères paraissent dépendre de l’irritation locale qu’ils exercen’ , autant que de leur absorption et de leur action sur le système nerveux ; 3° qu’elle paraît aussi agir sur les poumons ; A" qu’il est probable qu’elle doit ses' propriétés toxiques , en grande partie du moins à la chélidonine ou pirr opine , matière blanche cristalline que l’on en a extraite dans ces derniers temps.
Traitement. (Voy. t. 1C1', p. 51.)
BE Z.A BEEPHIKTE.
La delphine peut être reconnue aux caractères suivants : elle est solide, blanche, pulvérulente, opaque, à moins qu’elle ne soit humide, car alors elle devient cristalline; sa saveur est d’abord très amère, puis âcre; elle est inodore. On peut la fondre et lui donner l’aspect de la cire liquéfiée; si on élève davantage sa température, elle se boursoufle, noircit, répand une fumée blanche, inflammable à l’air, et laisse un charbon très léger. Elle est à peine soluble dans i’ean , tandis que l’alcool et l’éther la dissolvent très facilement; la dissolution alcoolique verdit fortement le sirop de violettes , et ramène au bleu l’eau de tournesol rougie par un acide. L’acide azotique concentré , loin de la faire passer au rouge , comme cela a lieu [tour la morphine et la brucine, lui communique une teinte jaune. Le sulfate, l’azotate, le chlorhydrate, l’oxalate et l’acétate de delphinc sont très solubles dans l’eau ; leur saveur est excessivement
O ES P01SUISS IRRITANTS.
amère cl acre; les alcalis les décomposent et en précipitent la delphine sous forme de gelée.
Action de la delphine sur l’économie animale.
Expérience i". — Trente centigrammes de delphine délayée dans 60 grammes d’eau, et introduits dans l’estomac des chiens dont on lie ensuite l’œsophage, déterminent au bout de quelques minutes des nausées et des efforts de vomissement; cet état dure pendant deux heures environ; alors, et quelquefois plus tard, les animaux sont agités, parcourent rapidement le laboratoire pendant quelques minutes, puis éprouvent des vertiges , et deviennent tellement faibles, qu’ils ne peuvent plus se soutenir; ils sont immobiles et couchés sur le côté. Quinze, vingt ou trente minutes après, la position étant toujours la même, ils sont agités de légers mouvements convulsifs dans les extrémités et dans les muscles qui meuvent l’os maxillaire inférieur; cet état dure une, deux ou trois heures , et se termine par la mort ; les organes de l’ouïe et de la vue exercent leurs fonctions presque jusqu’au dernier moment; on observe des déjections alvines pendant la première période de l’empoisonnement. A l’ouverture des cadavres, on trouve la membrane muqueuse de l’estomac légèrement phlogosée et tapissée d’un mucus noirâtre et filant; le ventricule gauche du cœur contient du sang noir ; les poumons sont plus denses et moins crépitants que dans l’état naturel.
Expérience ilc. — Trente centigrammes de delphine dissoute dans la plus petite quantité possible d’acide acétique faible, et introduite dans l’estomac, produisent les mêmes effets, mais d’une manière beaucoup plus rapide : les animaux périssent ordinairement dans l’espace de quarante à cinquante minutes; il est rare alors que l’on trouve l’estomac enflammé.
La delphine est le principe actif de la staphysaigre; elle est absorbée et porte son action sur le système nerveux ; indépendamment de cette action, à laquelle il faut attribuer les accidents qu’elle détermine, elle produit une irritation locale susceptible d’enflammer les tissus lorsque la mort n’a pas suivi de près son ingestion.
SE XiA STAPHYSAIGRE.
La staphysaigre ( delphinium staphysagria appartient à la polyandrie trigynie de L. , et à la famille des renonculacées de Jussieu.
Caractères des graines. — Elles sont de la grosseur d’un petit pois , anguleuses (le plus souvent triangulaires ou quadrangulaires) , courbées de manière qu’elles présentent une convexité d’un côté et une concavité de l’autre; le test (enveloppe extérieure) est mince, fragile, fortement ridé ou chagriné, d’un brun tirant le plus souvent sur
DE LA STAPHYSAIDRE.
le noir, et d’une saveur âcre et amère ; l'amande est huileuse, blanche, rousse ou brune , surtout lorsque la graine est desséchée ; sa saveur est également âcre ; albumen corné ; embryon droit supérieur ; radicule inférieure. Ces graines répandent une odeur désagréable ; elles sont renfermées dans une capsule triangulaire. MM. Lassaigne et Feneulle ont prouvé qu’elles contiennent de l’acide malique combiné avec un alcali nouveau, auquel ils ont donné le nom de delphine, deux principes amers, l’un brun, l’autre jaune, de l’huile volatile et de l’huile grasse , de l’albumine, une matière animalisée , du muqueux, du mucoso-sucré et des sels minéraux.
Action de la staphysaigre sur l’économie animale.
Expérience ire. — On a introduit dans l’estomac d’un petit chien robuste 30 grammes de staphysaigre réduite en poudre fine , et on a lié l’œsophage. Deux jours après, l’animal était abattu et n’avait éprouvé ni vertiges ni convulsions. Il est mort cinquante-quatre heures après l’opération. La membrane muqueuse de l’estomac offrait une couleur rouge cramoisie dans le tiers de son étendue voisin du pylore ; les autres portions étaient un peu moins rouges; il n’y avait aucune altération sensib’e dans les autres organes.
Expérience 11e. — Un autre animal soumis à la même expérience a fourni des résultats analogues, excepté qu’il est mort au bout de quatorze heures.
Expérience me. — Hillefeld a fait prendre à des chiens Vinfusum de staphysaigre : ces animaux sont morts après avoir eu des vomissements, des déjections involontaires , un tremblement général et une grande faiblesse.
Expérience iv\ — On a saupoudré une plaie faite à la partie interne de la cuisse d’un chien avec 8 grammes de cette même poudre , et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. L’animal n’avait offert aucun symptôme remarquable soixante-douze heures après l’opération. Il est mort dans la nuit du troisième jour. Les poumons et le canal digestif étaient sains ; on voyait à la surface de la plaie une assez grande quantité de la poudre employée ; le membre opéré offrait une couleur verdâtre ; l’inflammation , peu intense , s’était terminée par suppuration.
Expérience v*. — On a répété la même expérience, à sept heures du soir, avec 8 grammes de staphysaigre légèrement humectée. Le lendemain l’animal était un peu abattu. Le jour suivant, à six heures du matin,, il éprouvait des vertiges tels qu’il ne pouvait pas marcher sans tomber ; il ne poussait aucun cri plaintif et conservait le libre usage des sens. H est mort à midi. Le canal digestif n’offrait aucune altération ; les poumons étaient rougeâtres , plus denses que dans l’état naturel; le membre opéré était gonflé, infiltré et très enflammé; l’inflammation s’étendait jusqu’à la quatrième côte sternale. Il n’y avait point d’escarre.
DES POISONS IRRITANTS
Ces faits me portent à croire, 1° que les propriétés délétères de la staphysaigre dépendent autant de l’irritation locale qu’elle détermine, et de la lésion sympathique du système nerveux , que de son absorption ; 2° qu’elle doit ses propriétés vénéneuses à la delphine , substance très active , mais qui se trouve enveloppée dans une grande quantité d’albumine, de muqueux et d’huile; 3° que c’est la partie soluble dans l’eau qui est la plus active : aussi les effets locaux sontils plus intenses lorsqu’on l’humecte avant de l’appliquer sur le tissu cellulaire (1).
Traitement. (Voy. t. Ier, p. 51.)