DE L’ELLÉBORE NOIR
plante est un des poisons les plus violents ; que les extraits alcoolique et aqueux sont vénéneux , le premier à un plus haut degré que le second ; qu’ils sont absorbés et agissent sur le système nerveux , indépendamment de l’action locale qu’ils exercent sur les nerfs de la partie sur laquelle ils ont été appliqués; que la cause immédiate de la mort est l’asphyxie; qu’ils diminuent l’irritabilité du cœur; qu’ils déterminent la dyspnée, des convulsions et la paralysie des extrémités. ( Eiiinburgh journal of natural and gcograpfncal science, juillet 1830.)
se i.’e&i.ébosie wom.
L’ellébore noir [helleborus niger) appartient à la polyandrie polygynie de L. , et à la famille des renonculacées de Jussieu. (Voy. mon Traité de M édecine légale , planche 7.)
Caractères du genre helleborus. — Calice formé de cinq sépales , obtus et assez grands , persistants; corolle composée de huit à dix pétales (nectaires, Linn.) tubuleux, rétrécis inférieurement, tronqués au sommet ; étamines nombreuses ; fruits capsulaires , allongés, à une seule loge , renfermant plusieurs graines elliptiques attachées sur deux rangées longitudinales. Les racines de toutes les espèces* sont violemment purgatives.
Ellébore noir ( Helleborus niger, Linn., sp. 783.)
Souche ou tige souterraine , horizontale , charnue, comme articulée , présentant la cicatrice des feuilles dont la base a servi à la former ; elle est noirâtre à l’extérieur, blanche en dedans , donnant naissance par son extrémité supérieure aux feuilles, et par les déférents de sa surface extérieure aux fibres radicellaires , qui sont simples , très allongées , charnues , brunâtres , et deviennent noires en se desséchant. Les feuilles, toutes radicales, sontpétiolées, pédalées, 'a sept ou huit lobes très profonds, obovales, lancéolés, acuminés, coriaces, glabres, dentés en scie dans leur partie supérieure ; les pétioles sont cylindriques, rougeâtres, longs de 6 à 18 centimètres , dilatés et membraneux à leur partie inférieure. Les hampes sont de la même hauteur que les pétioles, et supportent une ou deux fleurs roses , très grandes , pédonculées et penchées; ces fleurs sont accompagnées d’une ou deux bractées foliacées , de figure variable , vertes ou colorées en rose. Le calice est grand, pétaloïde, coloré, comme campanulé, ouvert, formé de cinq ou six sépales très grands, inégaux , obovales , arrondis , très obtus ; les cornets ou pétales (nec-
(aires de Linnæus) , au nombre de dix à douze , sont beaucoup plus courts que le calice ; ils sont pédicellés, un peu arqués, inégalement tronqués à leur orifice , qui est comme bilabié; leur couleur est jauneverdâtre. Les étamines sont extrêmement nombreuses , et moitié plus courtes que le calice. Les pistils, au nombre de six ou huit, quelquefois même davantage , réunis et rapprochés au centre de la fleur, sont glabres; l’ovaire est oblong, comprimé latéralement, un peu courbé, se terminant supérieurement en un style allongé , recourbé en dehors à son sommet , marqué sur son côté interne d’un sillon glanduleux , qui s’élargit à sa partie supérieure , et forme le stigmate. Les pistils se changent en autant de capsules à une seule loge , renfermant plusieurs graines, et s’ouvrant par une suture longitudinale qui règne sur le côté interne.
L’ellébore noir fleurit depuis le mois de décembre jusqu’en février et mars. Il croît dans les lieux ombragés et frais des montagnes en Dauphiné, en Provence, dans les Vosges. Les jardiniers le désignent sous le nom de rose de Noël, époque à laquelle il est toujours en fleurs.
Action de la racine d’ellébore noir sur l’économie animale.
Expérience lrc. — On a fait avaler à un cliien de moyenne taille, et à jeun , 10 grammes 60 centigrammes de cette racine. Au bout d’un quart d’heure, il a eu une selle verdâtre ; demi-heure après, il a vomi sans effort ; ces vomissements se sont renouvelés quatre fois dans l’espace d’une heure. Le lendemain, il a mangé avec appétit, et il était parfaitement rétabli.
Expérience ii°. — A une heure , on a introduit 10 grammes de racine d’ellébore noir en poudre dans l’estomac d’un chien très fort, dont l’œsophage avait été préalablement détaché et percé d’un trou; on a pratiqué la ligature de ce conduit, afin d’empêcher l’expulsion du poison. Deux heures après, l’animal faisait des efforts violents pour vomir. Le lendemain , à midi, il était abattu, souffrait beaucoup, et continuait à faire des eff orts de vomissement ; il marchait librement , et conservait l’usage de ses sens. A huit heures du soir, il avait des vertiges ; sa marche était chancelante; il avait de temps en temps des mouvements convulsifs. Il est mort dans la nuit. L’estomac était distendu par une assez grande quantité de matière pultacée, dans laquelle était suspendue une partie de la poudre ingérée; la membrane muqueuse offrait quelques points d’un rouge foncé ; dans le reste de son étendue sa couleur ne paraissait pas altérée ; elle était ulcérée dans quelques points ; ces ulcères, longitudinaux et courts , se trouvaient principalement sur les plis qu’elle forme à l’intérieur du ventricule. La membrane musculeuse était rougeâtre ; la tunique séreuse , d’une couleur rose dans toute son étendue , était recouverte de vaisseaux fortement injectés en brun noirâtre. L’in-
DE l’ellébore noir. 3G5
térieur du duodénum , du colon et du rectum était très rouge ; les autres portions du canal intestinal ne paraissaient point altérées (1).
Expérience me. — On introduisit dans l’anus d’un corbeau 25 centigrammes d’extrait d’ellébore noir dissous dans une très petite quantité d’eau. Deux minutes après , l’animal eut des déjections alvines tellement fréquentes et abondantes, qu’il est à présumer que le poison fut presque entièrement expulsé. Néanmoins, la respiration se ralentit et devint difficile; l’animal vomit et mourut au bout de trente-trois minutes, au milieu de fréquentes convulsions. (Schabel , ouvrage cité.)
Expérience ivc. — On introduisit dans la cavité du péritoine d’un sansonnet 5 centigrammes d’extrait d’ellébore noir dissous dans 10 gouttes d’eau. L’animal périt au bout de cinq minutes. Un hochequeue, soumis à la même expérience , avec 3 centigrammes de ce poison , ne vécut que vingt-deux minutes. (Ibidem.)
Expérience vc. — Vingt-cinq centigrammes d’extrait d’ellébore noir furent introduits par l’épiglotte dans la trachée d’un corbeau. La respiration devint difficile , et l’animal marchait avec peine. Au bout de la seconde minute , il reprit la gaieté , et parut n’avoir rien éprouvé jusqu’à la quatrième minute, où il tendit le cou et éternua avec force. Alors il tomba , ouvrit le bec, et expira au milieu des convulsions. A l’ouverture du cadavre, on ne découvrit aucune trace du poison ni dans la trachéeartère ni dans les bronches. Les poumons étaient infiltrés de sang veineux, et présentaient çà et là des plaques noirâtres. L’œsophage était rempli de mucus; les autres organes ne paraissaient pas altérés. (Ibid.)
Expérience vi°. — A deux heures de l’après-midi, on a saupoudré avec 8 grammes de racine d’ellébore noir pulvérisée une plaie faite à la partie interne de la cuisse d’un fort chien. On a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Au bout de six minutes, l’animal a vomi des matières liquides blanchâtres , et il n’a pas cessé de faire de violents efforts de vomissement pendant la première heure qui s’est écoulée; ces efforts étaient tantôt infructueux , tantôt suivis de l’expulsion d’un peu de bile jaunâtre. A deux heures quarante-cinq minutes, il était en proie à des vertiges tels qu’il lui était impossible de faire deux pas sans tomber; ses pattes de derrière, excessivement faibles, ne lui permettaient pas de se tenir un instant debout ; il poussait des cris plaintifs ; ses pupilles n’étaient pas plus dilatées que dans l’état naturel. 11 est tombé ensuite dans un état d’insensibilité générale, et il est mort à quatre heures et demie. La membrane muqueuse de l’estomac et celle du rectum étaient un peu rouges; les poumons offraient plusieurs portions d’une couleur rose, et d’autres qui étaient livides, noirâtres, gorgées de sérosité; ils étaient assez crépitants; la plaie était fort peu enflammée.
(I) I/infiammation du rectum est constante lorsque les animaux qui ont pris de la racine d’ellébore noir ont survécu quelques heures à son administration. Fi cal a donc été induit en erreur en annonçant que ce poison enflammait les entrailles, excepté le seul rectum. (Histoire des plantes vénéneuses de la Suisse,
DES POISONS NARCOTICO-A.CRES.
Expérience viic. — On a répété l’expérience sur un petit chien jeune, avec 30 centigrammes de la même poudre. Il n’v avait aucun symptôme apparent au bout de huit heures. Le lendemain , vingt heures après l’opération, l’animal était couché sur le côté et dans un grand état d’abattement ; il était insensible aux impressions extérieures; on pouvait le déplacer comme une masse inerte , et il lui était impossible de se tenir debout. Il est mort trois heures après. On n’a point trouvé de lésion sensible dans le canal digestif ni dans les poumons.
Expérience vme. — Après avoir ouvert l’abdomen d’un lapin , on pratiqua la ligature de l’aorte au-dessus de la division de l’artère iliaque. Alors on appliqua sur une plaie faite à la cuisse 1 gramme 30 centigrammes d’extrait d’ellébore noir; on en réunit les lambeaux au moyen d’un point de suture recouvert d’emplâtre agglutinatif. Au bout de quelques minutes, le sentiment et le mouvement volontaire des extrémités postérieures avaient cessé , et quelques heures après , la chaleur animale était égale à celle de l’atmosphère. Six heures après, on frappa violemment la tête : dès lors , la respiration cessa ; il sortit du sang veineux de l’aorte divisée par la ligature; le cœur battait cinquante fois en une minute et demie. ( Schabel . )
Expérience ixc. — A sept heures du matin, on a introduit dans l’estomac d’un gros chien le liquide obtenu en traitant 32 grammes d’éllébore noir par l’eau bouillante: ce liquide avait été filtré et rapproché; l’œsophage a été lié. Dix minutes après, l’animal a fait des efforts pour vomir; il a eu une selle solide. A huit heures trois quarts, il éprouvait des vertiges légers. A midi , les efforts de vomissement s’étaient souvent renouvelés ; l’animal ne se soutenait qu’avec la plus grande difficulté; il était presque insensible. (1 est mort à trois heures. La membrane muqueuse de l’estomac était légèrement enllammée; l’intérieur du rectum offrait une couleur rouge-cerise; il n'y avait qu’une légère altération dans les autres parties du canal digestif; les poumons présentaient çàet là des plaques livides, denses et peu crépitantes.
Expérience xc. — Deux cent cinquante grammes d’une décoction faite avec du cidre et 32 grammes d 'ellébore noir en poudre furent administrés à un chien très robuste et de moyenne taille. Presque à l’instant même, l’action du poison fut manifeste. L’immobilité fut le premier symptôme , et on remarqua en même temps un ralentissement très sensible dans la circulation ; les mouvements du cœur devinrent très rares : cet état dura à peu près une minute. Alors la circulation s’accéléra progressivement , et surpassa même l’état naturel; mais la mobilité ne semblait être rendue qu’aux extrémités. Le tronc avait conservé absolument la même position que dans le commencement de l’expérience , et il ressemblait assez à une masse* inerte à laquelle étaient attachées des parties animées. L’animal roidissait alternativement les pattes antérieures et les postérieures; sa queue était aussi dans un mouvement presque continuel, et sa tête, après de longs et vains efforts, parvint enfin à se porter en arrière contre le dos. Ces différentes attitudes dépeignaient assez les