X>E LA VÉR.ATRIME ET IDE LA SABAJ>JLLINE
La vératrine est un alcali découvert en 1819 par MM. Pelle lier et Caventou, dans la racine d’ellébore blanc, dans les graines de cévadille et dans la racine de colchique. Il est sous forme d’une résine presque entièrement blanche, incristallisable , inodore, mais susceptible de provoquer des éternuments violents lorsqu’elle est appliquée sur la membrane pituitaire , même à une dose D ès faible ; sa saveur est excessivement âcre, sans mélange d’amertume. Elle fond à 115° c. et offre l’apparence de la cire. L’eau bouillante n’en dissout que 1/1000 de son poids et acquiert une âcreté sensible. Elle ramène au bleu le papier de tournesol rougi , et forme avec les acides des sels cristallisables quand ils sont étendus d’eau. L’alcool et l’éther la dissolvent très bien. L’acide azotique la fait passer au rouge, puis au jaune ; l’acide sulfurique la colore d’abord en jaune , puis en rouge de sang et enfin en violet , caractères qui la distinguent de la colchicine. Les alcalis ne la dissolvent point.
Sabadilline. — Elle fait partie de la cévadille , de la racine d’ellébore blanc et du colchique. Elle est blanche , sous forme d’étoiles solitaires qui paraissent des hexaèdres, très âcre, fusible à 200° cent., et alors elle a un aspect résineux et brunâtre, décomposable par la chaleur sans se sublimer, assez soluble dans l’eau chaude , très solu** ble dans l’alcool , insoluble dans l’éther, très soluble dans les acides sulfurique et chlorhydrique étendus d’eau , avec lesquels elle forme des sels cristallisables.
On trouve encore dans la cévadille une matière désignée sous le nom de résini-gomme de sabadilline , qui paraît être formée d’un équivalent de sabadilline anhydre et d’un équivalent d’eau; elle sa-
ture les acides à la manière des alcalis , mais ne donne point de sels cristallisables.
Action de la vératrine sur l’économie animale.
Expérience ire. — On introduisit dans la narine d’un petit chien une très petite quantité d’acétate de vératrine : aussitôt éternuaient violent qui continua pendant un quart d’heure ; un mucus sanguinolent s’écoula bientôt par les narines , et continua à en sortir pendant deux heures: on cessa alors d’observer l’animal.
Expérience 11e. — On injecta dans la gueule d’un chien de moyenne taille 10 centigrammes d’acétate de vératrine; immédiatement après, l’animal rejette une très grande quantité de salive. Au bout de deux minutes, on fait une nouvelle injection : l’animal continue à saliver beaucoup.
Expérience iiic. — Après avoir ouvert le ventre d’un chien , on injecte dans le duodénum 10 centigrammes d’acétate de vératrine ; l’intestin se durcit beaucoup , puis se relâche , puis se contracte de nouveau , et ainsi de suite pendant un certain temps.
Expérience ive. — On injecte une nouvelle dose d’acétate de vératrine dans la portion pylorique de l’estomac : ce viscère se resserre aussitôt dans toute sa moitié droite ; ce resserrement s’opère lentement, et ne diffère pas du mode de contraction du reste du canal intestinal. Au bout de dix minutes, la tête de l’animal se renverse fortement en arrière, ses membres se roidissent , sa respiration s’arrête , et il meurt.
Expérience ve. — On injecte dans le rectum d’un chien de moyenne taille 5 centigrammes d’acétate de vératrine : quelques secondes après , évacuations alvines : l’animal fait ensuite pendant long-temps des efforts continuels et inutiles de défécation ; il vomit au bout de vingt-six minutes. Une heure après le commencement de l’expérience, il paraissait souffrant; il continuait toujours à faire des efforts infructueux pour évacuer.
Expérience vic. — A deux heures quarante-neuf minutes, on injecte cinq centigrammes d’acétate de vératrine dans la plèvre gauche d’un chien de moyenne taille: cris très aigus, agitation violente au moment de l’injection, et quelques secondes après, la respiration est très accélérée; l’animal est haletant; il se couche et s’affaiblit rapidement. A deux heures cinquante-trois minutes, très légers mouvements tétaniques; trois minutes après , symptômes de tétanos plus prononcés, renversement de la tète en arrière , roideur des membres et du tronc , petites secousses tétaniques par intervalles ; mort à trois heures moins deux minutes. Le poumon gauche est noir à sa surface , peu crépitant , gorgé de sang. Le côté droit du cœur est rempli d’une grande quantité de sang noir coagulé. Le ventricule gauche est vide ; le sang qui remplit la veine cave inférieure est coagulé jusque près des veines iliaques; il l’est moins dans celles-ci, il ne l’est plus dans les veines crurales. 11 est éga-
DE LA VÉRATRINE. 375
lement coagulé dans les branches dont la réunion forme le tronc de la veine cave supérieure.
Expérience vne. — On injecta dans la tunique vaginale d’un chien de forte taille, âgé de trois ans environ, 10 centigrammes d’acétate de vératrine. Au bout de deux minutes et demie , la respiration devint très accélérée L’animal tombe sur le côté droit, sa tète se renverse en arrière , ses membres se roidissent, puis présentent trois ou quatre secousses tétaniques très violentes. Cette première attaque ne dure que quelques secondes ; l’animal recouvre ensuite l’usage de ses membres ; il fait de grandes et profondes inspirations. Au bout d’une demi-minute, nouvelle attaque beaucoup plus violente que la première : il suffit de toucher l’animal du bout du doigt pour qu’à la roideur générale se joignent des secousses du tronc et des membres , que l’on ne saurait mieux comparer qu’à de très fortes commotions électriques. Cette attaque dure deux minutes, puis la respiration se rétablit; mais elle est très accélérée et haletante. Une minute après , nouvelle attaque; d’abord roideur générale , puis violentes secousses, et mort sept minutes après l’introduction du poison dans la tunique vaginale.
Expérience vme. — On injecta dans la veine jugulaire d’un petit chien 5 centigrammes d’acétate de vératrine : à peine quelques secondes s’étaient-elles écoulées , que des effets tétaniques se manifestèrent et firent succomber l’animal.
Expérience ixe. — On injecta dans la veine jugulaire d’un chien d’assez forte taille 10 centigrammes d'acétate de vératrine : au bout de huit minutes, l’animal rejette par l’anus une assez grande quantité de mucosités mêlées à très peu de matière fécale. Une minute après, vomissement brusque, puis nouvelle évacuation d’un mucus sanguinolent. Douze minutes après l’injection , 10 autres centigr. de poison sont injectés dans la veine jugulaire. Bientôt la respiration s’accélère, l’animal est haletant, ses membres antérieurs sont roides, sa tête est renversée en arrière; légères secousses tétaniques par intervalles. Cinq à six minutes après la seconde injection , il est mourant On en fait alors l’ouverture. Vu à l’extérieur, tout le gros intestin est fortement injecté ; il est vide de matières fécales , mais il contient beaucoup de mucus ; sa membrane interne , rouge, présente d’espace en espace de larges ecchymoses; l’intestin grêle est sain , la portion splénique de l’estomac présente une teinte rosée, bien différente de la couleur rouge véritablement inflammatoire du gros intestin. La portion pylorique est très blanche ; les deux poumons sont rouges et engorgés
MM. Magendie et Andral concluent des expériences qui précèdent, 1° que la vératrine exerce sur l’économie animale une action analogue à celle de l’ellébore blanc , du colchique et de la cévadille , d’où elle est extraite; 2° qu’elle occasionne promptement l’inflammation des tissus sur lesquels on l’applique; 3° qu’étant injectée dans les veines , elle exerce encore une action irritante sur le gros intestin ; k° que si
elle est introduite dans le canal digestif à très petite dose, elle ne produit que des effets locaux ; tandis qu’elle est absorbée et détermine le tétanos si la quantité employée est plus considérable ; cela a lieu à plus forte raison lorsqu’on l’injecte directement dans les veines.
( Journal de Physiologie expérimentale , n° 1er.)
Traitement. (Voy. p. 345.)
3ÏU V ARAIRE.
Le varaire appartient à la famille des colchicées de Dec. et à la polygamie monœcie. Caractères du genre (voy. mon Traité de Médecine lég. , pl. 7 bis). Plante monocotylédone , à fleurs polygames, à feuilles ovales, nerveuses; des gaines oblongues , entières; fleurs polygames, disposées en panicules; calice ou corolle à six découpures égales, colorées; six étamines, trois ovaires distincts, trois styles courts, trois capsules oblongues à deux valves; plusieurs graines membraneuses. Varaire blanc (Ellébore blanc). Racine en forme de cône tronqué, noirâtre et ridée au dehors, blanche à l’intérieur et d’une saveur âcre, longue de 6 à 8 centimètres, large d’environ 3 centimètres, offrant des radicules nombreuses, longues de 8 à 10 centimètres, de la grosseur d’une plume de corbeau , blanches à l’intérieur et jaunâtres à l’extérieur. Elle est formée de gallate acide de vératrinc , de sabadilline , de résini-gomme de sabadilline , d’élaïne, de stéarine, d’un acide volatil, d’une matière jaune, d’amidon, de ligneux et de gomme.
Action du varaire blanc sur l’économie animale.
Expérience i,e. — A une heure de l’après-midi , on a fait avaler à un petit chien 10 grammes de racine sèche parfaitement pulvérisée. Au bout de cinq minutes , l’animal a commencé à vomir, et un quart d’heure après l’ingestion de la substance vénéneuse, il avait déjà vomi six fois des matières mucoso-bilieuses, d’une couleur jaunâtre. A deux heures un quart, il se plaignait , egfaisait des inspirations extrêmement profondes ; sa bouche était remplie d’écume. A trois heures, il marchait avec difficulté ; ses pas étaient chancelants, et en tout semblables à ceux des personnes ivres de vin. Le lendemain , à midi et demi, il n’avait plus de vertiges, et il pouvait marcher librement. Le jour suivant , à neuf heures , il a très bien mangé , et depuis lors sa santé a été parfaitement rétablie.
Expérience iip. — A une heure, on a détaché et percé d’un trou l’œsopliage d’un chien assez fort , et on a introduit dans son estomac 8 grammes de poudre sèche d’ellébore blanc enfermée dans un cornet de papier; on a lié l’œsophage. A deux heures, violents efforts pour vomir; une heure et demie après , abattement , plainte : cependant Ranimai mar-
DU VARAIUE.
chait librement. A huit heures du soir, il avait des vertiges très forts: il est mort deux heures après. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge assez vif dans toute son étendue , sans aucune trace d’ulcération : celle qui tapisse le duodénum et le jéjunum était un peu rouge ; nulle altération sensible dans les autres organes.
Wepfer dit avoir administré à un petit chien âgé de trois semaines 1 gramme d’ellébore blanc mêlé à du lait : l’animal le vomit aussitôt , eut des déjections alvines et quelques mouvements convulsifs ; une heure après, il paraissait mort. On l’ouvrit au bout d’une demi-heure ; le cœur et le diaphragme se contractaient ; l’intérieur de l’estomac était un peu rouge. ( Wepfer, Cicutœ aquaticcn Historia etnoxæ , p. 219. )
Expérience ine. — On administra à un chat un clystère préparé avec 16 grammes de teinture d’ellébore blanc, et on eut soin de boucher le rectum pendant six minutes pour empêcher l’expulsion de la liqueur : la respiration devint difficile, et huit minutes après l’animal rendit une écume muqueuse ; au bout de vingt minutes, il tomba sur le côté gauche ; sa gueule était ouverte et remplie d’écume ; sa langue sortait comme celle d’un chien qui a chaud ; la respiration était fréquente et haletante; vingt minutes après , elle devint plus rare et plus faible. Alors l’animal éprouva des tremblements et des convulsions qui durèrent une heure six minutes , et auxquels succédèrent Vcmprosthotonos et la mort. La sensibilité fut très vive, et la pupille demeura contractée jusqu’à ce moment. On fit l’ouverture du cadavre immédiatement après la mort : le cœur, l’œsophage et les muscles se contractaient encore lorsqu’on les irritait. On observait le mouvement péristaltique des intestins : cependant on ne pouvait pas déterminer la contraction des muscles en irritant les nerfs. L’estomac , les intestins grêles et la vésicule du fiel étaient remplis de bile. Les vaisseaux du cœur et du cerveau étaient gorgés de sang qui se coagulait à l’air. ( Schabel. ) (1).
Expérience ive. — On injecta dans le rectum d’un jeune lapin 8 grammes de teinture de ver atrum album , qui commençait à moisir: il en rejeta aussitôt la moitié; peu de temps après, il devint triste, la respiration fut difficile , et il fit des efforts pour vomir ; au bout de vingt et une minutes , lassitude et respiration plaintive ; il resta une heure dans cet état. Cinq heures après l’application de la teinture, les battements du cœur étaient singulièrement ralentis : au lieu de deux cent cinquante par minute, on n’en observait que soixante-dix; il ne faisait que trente inspirations par minute au lieu de quarante-huit; la température de l’anus était de 2fi°-|-0 th. R., tandis qu’elle était de 31° au commencement de l’expérience. Alors l’animal reprit des forces et de la gaieté; la respiration et les battements du cœur devinrent plus accélérés , la chaleur tarda plus long-temps à se rétablir. La même expérience , répétée sur un autre lapin, fournit des résultats analogues. ( Schabel. )
(1) Disserialio inauguralis de effeciibus veneni radicum veralri al.bi cl bellebori nigri. Auclor Andréas Schabel. Tubingæ, Mart. 1817.
Expérience ve. — Un petit morceau (le racine de veratrum album , enduit d’huile , fut introduit dans le rectum d’un chat : au bout d’un quart d’heure , respiration difficile , vomissements écumeux , déjections alvines abondantes. La racine fut rejetée ; le rectum était enflammé et paraissait sortir. ( Schabel. )
Expérience vie. — A huit heures du matin, on a fait une incision à la partie interne de la cuisse d’un chien de moyenne taille, et on a saupoudré la plaie avec 1 gramme 10 centigrammes d’ellébore blanc pulvérisé; on a réuni les lambeaux par quelques points de suture , et l’animal a été muselé afin d’empêcher qu’il ne portât la langue sur la partie opérée. Six minutes après, il a vomi, s’est couché, sur le ventre, et a poussé quelques plaintes ; à huit heures trois quarts , il avait déjà fait plus de quarante fois des efforts violenfs pour vomir, et il avait rejeté quelques matières mucoso-bilieuses; il avait des vertiges tels qu’il lui était impossible de faire deux pas sans tomber : il conservait l’usage de ses sens et ne poussait aucune plainte; ses paupières étaient souvent agitées d’un mouvement comme convulsif. A neuf heures, il lui était impossible de se tenir debout ; les battements du cœur, forts , précipités , irréguliers , ne paraissaient point en rapport avec l’état de stupéfaction dans lequel l’animal était plongé ; il faisait souvent des mouvements de déglutition. A neuf heures et demie , les paupières et les battements du cœur étaient dans le même état ; les inspirations étaient profondes ; il n’y avait point de mouvements convulsifs, et l’animal était tellement abattu qu’on l’aurait cru mort. A dix heures, les pupilles commençaient à être dilatées. A une heure, son état n’était point changé : on l’a secoué, il a fait un léger mouvement et est retombé de suite ; ses pupilles étaient très dilatées , et le clignotement des paupières allait en augmentant. Il est mort à trois heures de l’api ès-midi. On l’a ouvert une heure après : il n’y avait dans le cœur qu’un léger mouvement d’oscillation; le sang contenu dans les deux ventricules était fluide ; les poumons, gorgés de sang, un peu moins crépitants que dans l’état naturel , étaient tachetés de quelques plaques noires; l’intérieur du rectum offrait plusieurs plaques rouges ; la membrane muqueuse de l’estomac était un peu enflammée ainsi que la plaie. Des résultats analogues ont été obtenus avec deux autres animaux, excepté que , dans aucun cas , le canal digestif n’était le siège d’aucune altération.
Expérience vii‘‘. — On a répété la même expérience sur un chien très fort, en saupoudrant la plaie avec 50 centigrammes de racine d’ellébore blanc finement pulvérisée : vingt minutes après , il a commencé à faire des efforts pour vomir, et il a vomi dix fois dans les vingt minutes qui ont suivi. Trois heures après , il souffrait beaucoup, et il avait des vertiges très forts qui se sont calmés pendant la nuit. Le lendemain matin, il marchait assez bien ; il ne se plaignait plus. Le jour suivant , il a mangé un peu et s’est échappé.
Expérience vme. — M. Emmert appliqua 8 grammes de teinture d’ellébore blanc sur le tissu cellulaire qui sépare les muscles abdominaux du