DU Y ARAIRE
La difficulté de respirer et les efforts pour vomir continuèrent : l’animal tomba la gueule ouverte et la poitrine sifflante ; il eut pendant onze minutes des convulsions et l’emprosthotonos, et périt au bout de trentecinq minutes. La trachée contenait un mucus écutneux. Le poison avait été entièrement absorbé par les bronches du poumon gauche , dans lesquelles on pouvait facilement le distinguer à la vue et au goût, tandis qu’on ne remarquait rien de semblable dans le poumon droit. Ces organes étaient excessivement épaissis et lourds. Tout le trajet des intestins était enflammé; la vésicule du fiel était remplie de bile; les autres viscères n’avaient point été attaqués. (Ibidem.)
Expérience xviiic. — Courlen rapporte avoir vu mourir subitement un chien , dans la veine jugulaire duquel il avait injecté 8 grammes d’une décoction d’ellébore blanc. Viborg et Schéele présentent une série d’expériences dont les résultats sont semblables. Ils introduisirent dans la veine jugulaire d’un mauvais cheval 30 centigrammes d’extrait gommeux d’ellébore blanc, dissous dans ZiO grammes d’eau. Au bout de trois minutes, le pouls était vif , fréquent et tendu, la respiration difficile; il chancelait et tombait : alors la respiration et le pouls devinrent insensibles, et les muscles étaient flasques; l’animal s’étendit par terre et mourut.
Plusieurs chevaux, plusieurs vaches, dans la veine jugulaire desquels on introduisit 25 à 30 gouttes d’une teinture faite avec 1 partie de racine et 8 parties d’alcool, et dissoute dans 80 grammes d’eau, présentèrent les symptômes suivants : au bout de deux ou trois minutes, la respiration devint difficile, le pouls petit, vif, fréquent ; des douleurs se firent sentir dans l’abdomen; sept minutes après, vomissements et déjections alvines ; mais au bout d’une d’une demi-heure , toutes les douleurs avaient cessé.
Expérience xixc. — Désirant connaître quelle était la quantité de poison absorbée dans ces différentes expériences , on introduisit entre les muscles et la peau de la cuisse d’un lapin 50 centigrammes d’extrait d’ellébore blanc parfaitement desséché. Au bout d’un quart d’heure, l’animal devint inquiet, et la respiration lente ; une heure après, il était triste, languissant, et ne changeait plus de place. A cette époque^ on retira le poison de la plaie , et après l’avoir fait sécher, on vit qu’il pesait û2 centigrammes. L’animal périt au bout de trois heures trente-cinq minutes. La plaie était salie par l’extrait et un peu enflammée. ( Schabel .)
Expérience xxc. — A six heures du matin , on a fait prendre à un chien robuste le liquide obtenu en traitant 32 grammes d’ellébore blanc par l’eau bouillante : ce liquide avait été filtré et rapproché. L’œsophage a été lié : cinq minutes après , l’animal a fait des efforts pour vomir. A sept heures , il commençait à éprouver de la faiblesse dans les extrémités postérieures; sa démarche était vacillante. Ces symptômes ont augmenté, et l’animal est mort à onze heures. On l’a ouvert le lendemain. L’estomac contenait une assez grande quantité de mucus épais ; il était peu eu-
flammé. Là membrane muqueuse du rectum était d’un rouge assez vif ; les poumons offraient des taches livides , denses, peu crépitantes.
Expérience xxie. — A huit heures du soir, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un petit chien faible 12 grammes de poudre d’ellébore blanc, dont on avait parfaitement séparé les parties solubles, en le'faisant bouillir à plusieurs reprises avec de l’eau. Quatre jours après, l’animal n’avait éprouvé que les symptômes inséparables de l’opération. Il est mort le sixième jour, et il a été impossible de découvrir aucune altération cadavérique.
Expérience xxii'. — La même expérience a été répétée sur un autre petit chien , avec 12 grammes de la même poudre que l’on n’avait pas fait bouillir assez de temps dans l’eau pour la priver de toutes les parties solubles : l’animal est mort au bout de trente-six heures , et il n’a commencé à éprouver les symptômes de l’empoisonnement que dix heures après l’application de la substance vénéneuse.
Expérience xxnff. — Deux aiguilles enduites , l’une d’un centigramme d’extrait alcoolique d’ellébore blanc, l’autre de 2 centigrammes et demi d’extrait aqueux de la même plante, furent introduites dans un des muscles de la cuisse de deux milans. L’animal soumis à l’action de l’extrait alcoolique, après avoir fait d’inutiles efforts pour vomir pendant quatorze heures, vomit enfin, et eut des déjections alvines fréquentes. Le surlendemain , il était parfaitement rétabli. On lui appliqua de nouveau une aiguille enduite de h centigrammes du même extrait : aussitôt après il eut des vomissements répétés, et il mourut au bout d’une heure quinze minutes, au milieu des convulsions.
L’animal soumis à l’influence de l’extrait aqueux n’éprouva aucun symptôme d’empoisonnement , même lorsque la dose d’extrait fut portée à 10 centigrammes ( Schabel .)
Expérience xxivc. — Dans le dessein de constater si les astringents conseillés par un médecin danois s’opposaient aux effets délétères de l’ellébore blanc , on précipita 12 grammes de teinture de la racine de cette plante par un excès d’infusion aqueuse de noix de galle; la liqueur surnageant le précipité fut administrée à un chat. Au bout de sept minutes , la respiration devint accélérée et difficile ; la langue était pendante, et l’animal couché sur le côté. Dix minutes après., vomissements, cris, convulsions , pouls intermittent, respiration irrégulière et rare, mort au bout de vingt-cinq minutes. Les poumons contenaient une très grande quantité de matière liquide. {Ibidem.)
Observation lre. — Ettmuller dit , dans la préface de son ouvrage de chirurgie, que cette racine, appliquée à l’abdomen, occasionne un vomissement violent (1).
(1) L’expérience 12e (voyez p. 379) est en contradiction avec ce fait. Il est pourtant extrêmement probable que l’observation d’Ettmuller est exacte: en effet, la racine d’ellébore blanc rubéfie, ulcère la peau, et peut par conséquent être facilement absorbée : or, dès le moment que l’absorption a lieu, des symptômes de l’empoisonnement doivent se manifester.
DE LA CÉVADILLE. 383
Observation 2e. — Sclireder a observé le même phénomène dans un cas où cette racine fut employée sous forme de suppositoire.
Observation 3e. — Helmont rapporte qu’un prince royal périt au bout de trois heures pour avoir pris 1 gramme 30 centigrammes de ce poison , qui détermina des convulsions.
Observation Ac. — Administrée à celte même dose , la racine d’ellébore a occasionné des spasmes, la suffocation , la perte de la voix, et le froid de tout le corps. ( Vicat, Histoire des plantes vénéneuses de la Suisse, p. 165. Yverdon , année 1776.)
Observation 5e. — Un tailleur, sa femme , ses enfants et sc-s ouvriers mangent delà soupe dans laquelle on avait mis de la racine d’ellébore blanc en place de poivre. Bientôt après, ces individus sont saisis d’un froid général , et le corps se couvre d’une sueur glacée ; leur faiblesse est extrême; ils sont presque insensibles, et leur pouls peut à peine être senli. Au bout de deux heures , l’alné des enfants, qui n’avait pas quatre ans, commence à vomir copieusement, mais avec beaucoup d’efforts ; les autres individus ne lardent pas à être dans le même cas. Vicat, appelé à ce moment, leur fait prendre une grande quantité d’eau tiède avec de l’huile, et, peu de temps après, il leur administre du thé de mauve miellé, ce qui leur procure du soulagement et le rétablissement complet. (Idem, p. 166.)
Observation ô*1. — Théophraste dit que les vignes dans lesquelles il croît de l’ellébore blanc donnent un vin qui fait uriner.
Observation 7e. — Plusieurs auteurs assurent que la racine d’ellébore blanc , séchée , pulvérisée , et respirée par le nez dans l’intention d’exciter l’éternument, a causé des fausses couches, des pertes qu’il n’a pas été possible d’arrêter, des saignements de nez , des suffocations et des morts subites.
Conclusions sur les effets du varaire. — L’ellébore blanc doit, en grande partie du moins , ses propriétés vénéneuses à la vératrine , et probablement aussi à la sabadilline et à la résini-gomme de sabadilline. (Voy. pages 369 et 37A. ')
Traitement. (Voy. p. 3ù5.)
DE LA CÉVADILLE.
La cévadille ( veratrum sabadilla de Retz , Melanthium de Thunberg, Orfüia sabadilla de Desc.) (Voy. mon Traité de Médecine légale, pi. 7 bis.). Fleurs hermaphrodites et quelquefois mâles par avortement de l’ovaire ; fruits à trois loges contenant chacune trois graines obtuses à l’une des extrémités et presque imbriquées , retenues par un pédicule très court à la suture intérieure. (Voyez pour plus de détails la A9e livraison de la Flore de M. Descourtils.)
La cévadille offre une saveur âcre très amère ; elle contient une
matière grasse , composée d’oléine , de stéarine et d’acide cévadique, de sulfate acide de vératrine , de sabadilline , de résini-gomme de sabadilline, de cire, de matière colorante jaune , de gomme, de ligneux et de quelques sels minéraux. Elle doit ses propriétés vénéneuses à la vératrine et probablement à la sabadilline.
DE X.A COLCHICINE.
. La colchicine a été extraite des graines du colchicum autumnale. Elle cristallise en aiguilles déliées , incolores, inodores, d’une saveur très amère, puis âcre , assez solubles dans l’eau; ce solutum précipite le chlorure de platine. Quoique n’offrant qu’une faible alcalinité, la colchicine neutralise complètement les acides et forme des sels en partie cristallisables , dont la saveur est amère et âpre. L’acide azotique concentré la colore en violet foncé et en bleu indigo ; la couleur passe bientôt au vert , puis au jaune ; l’acide sulfurique la colore en jaune brun. Elle est très vénéneuse d’après Geiger et Hesse.
BU COLCHIQUE (Colchicum autumnale), de l’hexandrie trigynie de L., et de la famille des colchicées.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonnement a eu lieu par la racine de colchique ? Caractères. « Le colchique , tel que le commerce le présente, est un corps ovoïde, de la grosseur d’un marron, convexe d’un côté, et présentant la cicatrice occasionnée par la petite tige (1) , creusé longitudinalement de l’autre, d’un gris jaunâtre à l’extérieur, et marqué de sillons uniformes causés par la dessiccation, blanc et farineux à l’intérieur, d’une odeur nulle, d’une saveur âcre et mordicante (Guibourt). » Le colchique a fourni à peu près les mêmes principes que la racine d’ellébore blanc ; on y a trouvé de la colchicine , de la sabadilline , de la résini-gomme de sabadilline, du gallate acide de vératrine, de l’élaïne, de la stéarine, un acide volatil , une matière jaune , de l’amidon , du ligneux et de la gomme ; il contient en outre une grande quantité d ’inuline.
Action du colchique sur l’économie animale.
La graine de cette plante est délétère, et plusieurs enfants ont péri pour en avoir mangé. Les effets du bulbe ou de la racine ne sont pas toujours les mêmes. Cratochivill en a avalélô grammes sans ressentir
(I) Une des deux tiges à fleur; elle est enveloppée d’une spathe.