DU COLCHIQUE
autre chose qu’une légère amertume. Slork a mangé un bulbe entier, et il n’en a pas éprouvé la moindre incommodité. L’illustre Haller n’a trouvé ni saveur ni âcreté à ces bulbes cueillis en automne. On sait que les bulbes de colchique sont mangés sans inconvénient en Carniole pendant l’automne (Fée). D’une autre part, des observateurs dignes de foi attestent qu’ayant été administrés à des animaux, ils ont déterminé des nausées, des vomissements, des tranchées , des déjections alvines , l’inflammation de l’estomac et des intestins , et la mort. J’ai souvent fait prendre à des chiens , dans le mois de juin , deux ou trois de ces bulbes contus, et je n’ai jamais remarqué des effets sensibles : ce qui me porte à croire que le climat et la saison influent beaucoup sur leurs propriétés délétères.
Cette différence d’action tient sans doute à ce que le gallate acide de vératrine n’existe pas à toutes les époques de la végétation et qu’il paraît se modifier par la dessiccation.
Voici des faits qui établissent la nocuité de ces bulbes :
Observation lrc. — Éverard Home versa sur 1 gramme de racine fraîche de colchique , 1 kilogramme 500 grammes de vin de Sherry moyennement chaud ; au bout de six jours, il décanta la liqueur et la distilla pour en séparer l’alcool ; 30 gouttes du résidu ( dans lequel se trouvaient les principes du colchique qui avaient été dissous parle vin) furent délayées dans 4 grammes d’eau et injectées dans la veine jugulaire d’un chien de moyenne taille, dont le pouls battait, avant l’expérience , cent quarante fois par minuté. Au bout de cinq minutes, l’animal offrit un tremblement dans les muscles; il eut des nausées, mais il ne vomit point ; le pouls était désordonné. Quatorze minutes après le commencement de l’expérience , le pouls battait cent quatre-vingts fois par minute , et il était très intermittent. Au bout de quatre heures , il n’y avait plus que cent pulsations de force naturelle , mais avec des intermittences fréquentes. Sept heures après l’expérience , l’animal était parfaitement rétabli ; il avait recouvré son appétit ; le pouls battait cent quarante fois par minute , et ses mouvements étaient réguliers.
Trois jours après, on fit avaler à ce chien 60 gouttes de la même liqueur : au bout de deux heures , il était languissant ; les pulsations , au nombre de cent quarante par minute, étaient faibles. Quatre heures et demie après le commencement de l’expérience, la langueur était presque dissipée et le pouls paraissait dans l’état naturel. Au bout de onze heures, le rétablissement était complet.
Observation 2e. — Cent soixante gouttes de la même liqueur furent injectées dans la veine jugulaire d’un chien, qui perdit sur-le-champ la faculté de se mouvoir; la respiration se ralentit et le pouls devint imper- : ccptible. Dix minutes après , on comptait quatre-vingt-quatre pulsations; les inspirations, au nombre de quarante par minute, étaient comme dans l’état naturel. Vingt minutes après le commencement de l’expé- 1L 25
rience , il n’y avait plus que soixante pulsations et trente inspirations par minute ; les pattes postérieures olîraient un tremblement marqué. Au bout d’une heure , le pouls était irrégulier et battait cent quinze fois par minute ; l’animal pouvait se tenir debout , mais le tremblement avait augmenté ; il n’était plus possible de compter les inspirations. Une heure et demie après, le tremblement avait cessé, et le pouls était dans le même état; l’animal fit des efforts infructueux pour vomir pendant dix minutes ; il était languissant et offrait cinquante-quatre inspirations par minute. Au bout de deux heures, le pouls était très faible et battait cent cinquante fois par minute ; l’animal avait eu des vomissements de mucus sanguinolent et deux selles liquides. Au bout de trois heures , il avait eu un nouveau vomissement et une nouvelle selle ; le pouls était tellement faible qu’on ne pouvait plus déterminer le nombre des pulsations. Quatre heures après , l’animal était dans un état de langueur extrême ; il vomit encore du mucus sanguinolent, et il mourut cinq heures après le commencement de l’expérience. L’estomac contenait du mucus teint de sang ; la membrane interne était enflammée ; l’inflammation était générale dans l’intérieur du duodénum ; la membrane muqueuse du jéjunum et de l’iléum paraissait moins rouge ; le colon était plus enflammé que l’iléum.
Observation 3e. — Éverard Home prit, le 23 décembre 1815, à dix heures du matin , 60 gouttes d’eau médicinale de Ilusson , pour se débarrasser d’un violent accès de goutte qui rendait la cheville du pied très douloureuse (1); il ressentait un froid tellement intense qu’il lui était impossible de réchauffer ses mains , lors même qu’elles étaient enveloppées de couvertures. Au bout de deux heures, il avait déjà chaud et soif. Trois heures après l’ingestion du médicament, la douleur était singulièrement diminuée, surtout lorsque le membre était en repos. Au bout de sept heures, la cheville était très douloureuse tant que le pied était par terre ; mais la douleur disparaissait aussitôt que le membre était placé dans une position horizontale. Le malade eut une nausée ; le pouls était intermittent et battait soixante fois par minute, tandis qu’il donnait quatre-vingts pulsations avant l’expérience. Dix heures après, il n’y avait plus de nausées; le malade était languissant , et le pouls battait soixantedix fois ; l’appétit était bon ; la nuit fut calme. Le lendemain, on comptait quatre-vingts pulsations , et le rétablissement était complet. Éverard Home conclut de ces faits que le colchique n’agit sur l’estomac et sur les intestins qu’après avoir été absorbé et porté dans le torrent de la circulation. ( Experiments and Observations on lhe effects ofthe Colchicurn automnale , by sir Everard Home. Philosophical Transactions. Read March 21, 1816. )
Observation Zic. — Un homme âgé de cinquante-six ans, d’une faible constitution, en proie à des douleurs rhumatismales chroniques, avala par mégarde Zi8 grammes de teinture vineuse de colchique, qui ne dé-
(1) L’eau médicinale de Husson paraît devoir ses propriétés anti-goutteuses au colchique qu’elle renferme.