‹ Traité de toxicologie (volume 3)Chapitre 20 sur 85 · DU CHLORE · texte numérisé non relu

DU CHLORE

mes adoucissants, la saignée, les sangsues, etc. , l’angine pharyngienne ou trachéale, la bronchite, la pneumonie, qui se seraient manifestées, et on évitera soigneusement l’emploi de l’ammoniaque proposé par Kartner, à cause de son action irritante, et surtout parce que ce médicament est sans efficacité contre un poison gazeux qui ne reste que fort peuple temps dans les voies respiratoires. Si le chlore a été avalé à l’état liquide, on pourra administrer avec succès de l’eau albumineuse tiède , qui jouit de la propriété de former avec le chlore un composé blanc grumeleux et insoluble dans l’eau , et de provoquer les vomissements. On traitera ensuite la phlegmasie gastrique par les moyens qui vont être indiqués en parlant des acides.

Recherches médico-légales.

Chlore gazeux. — Il est jaune verdâtre, d’une saveur désagréable, d’une odeur suigeneris, irritante, suffocante, qu’il n’est guère possible de sentir sans tousser et éternuer ; il décolore le tournesol, le sulfate d’indigo et presque toutes les couleurs végétales; son poids spécifique est de 2,û260. Le phosphore, l’arsenic, l’antimoine, etc. , projetés dans des flacons pleins de chlore gazeux, brûlent avec flamme. L’eau dissout environ deux fois son volume de ce gaz, et il en résulte du chlore liquide.

Chlore liquide concentré. — Il a la couleur, la saveur et l’odeur du précédent, et il exerce la même action sur le tournesol , l’indigo et les autres couleurs végétales. La lumière le décolore et le décompose ; il laisse dégager du chlore gazeux lorsqu’on le chauffe ; il fait naître dans l’azotate d’argent un précipité blanc cle chlorure d’argent, caillebotté, insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique froid ou bouillant, soluble dans l’ammoniaque. Une lame d’argent plongée dans ce liquide noircit sur-le-champ, parce qu’elle se recouvre d’une couche de chlorure d’argent que la lumière colore instantanément ; en faisant bouillir la partie noircie dans de l’ammoniaque liquide, celle-ci dissout le chlorure en totalité ou en grande partie, en sorte que l’argent reprend sa couleur blanche brillante, et que si l’on verse de l’acide azotique concentré dans la dissolution ammoniacale , on obtient un précipité de chlorure d’argent blanc, caillebotté, etc.

Chlore liquide étendu. — La couleur, l’odeur et la saveur sont les mêmes, quoique moins prononcées; il décolore aussi avec moins de force les couleurs végétales , mais il précipite l’azotate d’argent comme le précédent, et à moins d’être très affaibli il noircit également l’argent pur au bout d’un certain temps.

Chlore mêlé à des liquides végétaux et animaux , alla matière L 6

DES POISONS IRRITANTS

des vomissements , etc. — On ne peut guère supposer que du chlore soit administré dans du vin, parce qu’il le décolore; mais on peut admettre qu’il ait été donné à des individus dans l’estomac desquels il existait déjà du vin , du café et d’autres aliments. En général , lorsque ceux-ci sont de nature végétale, pour peu que la quantité de chlore qui reste soit appréciable, onia découvrira facilement à l’aide des caractères indiqués ; si , au contraire , le chlore se trouve mêlé à des liquides organiques animaux , il se combine promptement avec eux , les décompose en se transformant en acide chlorhydrique , et à moins qu’il n’existe en très grande quantité , il n’est pas aisé de le déceler. J’ai souvent distillé à feu nu avec ou sans acide sulfurique des mélanges de 100 grammes environ de lait et de café et de 3 ou 4 grammes de chlore liquide, et je n’ai jamais pu bleuir un papier imprégné d’iodure de potassium et d’amidon que j’avais placé dans le récipient; je réussissais , au contraire , lorsque la quantité de chlore employé était quatre ou cinq fois aussi considérable ; dans ce dernier cas aussi la lame d’argent plongée dans la liqueur chlorée noircissait , tandis qu’elle ne subissait aucun changement quand la proportion de chlore était très faible. On voit donc que toutes les fois qu’il sera possible de découvrir ce corps dans une liqueur organique , il faudra s’en rapporter aux trois caractères suivants : 1° odeur chlorée; 2° action sur la lame d’argent; 3° coloration en bleu du papier imprégné d’amidon et d’iodure de potassium , par la vapeur qui s’exhale en chauffant le liquide suspect tantôt seul, tantôt additionné de quelques gouttes d’acide sulfurique.

A3 es Acides ett (gésséenf.

Parmi les acides, il en est un grand nombre dont la puissance toxique a été parfaitement constatée ; beaucoup d’autres n’ont pas été étudiés sous ce point de vue , et l’on peut croire d’avance que plusieurs d’entre eux ne sont pas vénéneux , ou ne le sont qu’à un faible degré. Les premiers sont les acides cyanhydrique , sulfhydrique , carbonique gazeux , arsénieux et arsénique , oxalique , acétique, azotique et hypo-azotique, chlorhydrique, citrique, eau régale, phosphorique et hypo-phosphorique, phtorhydrique, sulfurique, sulfureux et tartrique. Les trois premiers ne sont pas caustiques, et agissent d’une manière spéciale ; les acides arsénieux , arsénique et oxalique offrent dans leur mode d’action quelques particularités qui ne permettent pas do les confondre avec ceux que nous allons comprendre dans ces généralités , et qui sont les douze autres.

DES ACIDES EN GÉNÉRAL

Action générale de ces douze acides sur l’économie animale.

Symptômes. Acides concentrés ou moyennement étendus introduits dans l'estomac. • — A peine ces acides ont-ils été avalés, que l’on observe la plupart des symptômes suivants : chaleur brûlante à la bouche , dans l’oesophage et l’estomac ; douleur vive ; dégagement de gaz, rapports abondants , nausées et hoquet ; douleurs croissantes à la gorge et dans la région épigastrique ; bientôt vomissements répétés et excessifs de matières liquides et solides, parfois sanguinolentes, rougissant le tournesol , et qui produisent une sorte d’effervescence ou de bouillonnement sur le sol ; saveur et quelquefois odeur particulières des matières vomies , très sensibles pour le malade et pour l’observateur; persistance de cette saveur et de cette odeur dans les intervalles des vomissements, et même lorsqu’ils ont cessé ou qu’ils n’ont pas eu lieu par une cause quelconque ; tuméfaction du ventre, tension assez grande et sensibilité exquise au moindre contact, sentiment de froid à l’extérieur du corps, horripilations de temps à autre , membres quelquefois glacés , et plus particulièrement les membres abdominaux ; pouls petit, enfoncé, quelquefois précipité , et dans certains cas, tremblotant; anxiétés horribles, agitation continuelle , contorsions en tous sens , mouvements convulsifs des lèvres, de la face, des membres, angoisses inexprimables, poids des couvertures insupportable , insomnies prolongées ; région épigastrique gonflée et dure au toucher, soif extrême, sentiment douloureux toutes les fois que le malade prend la plus petite quantité de boisson , douleur souvent déchirante, sentiment de corrosion, quelquefois simples tranchées; dans certains cas, douleurs sourdes et très légères, peu ou presque point d’agitation; calme trompeur par l’effet de la contrainte morale, ou le haut degré 'de la désorganisation intérieure, et apparence illusoire d’amélioration.

Déglutition difficile, ténesme, constipation opiniâtre, envie d’uriner sans pouvoir y satisfaire ; physionomie singulièrement altérée lorsque les douleurs sont excessives, portant l’empreinte et de la souffrance la plus xive et de l’affection morale la plus profonde; les facultés intellectuelles conservent le plus souvent leur intégrité ; pâleur, faiblesse, haleine extrêmement fétide; dans quelques cas, visage plombé, sueurs froides, gluantes, onctueuses et grasses, ramassées en grosses gouttes ; souvent espèce d’embarras, d’oblitération à la gorge; il n’est pas rare de voir l’intérieur de la bouche et des lèvres brûlé, épaissi et rempli de plaqueà blanches ou noires, qui, en se détachant, irritent le malade et provoquent une toux fatigante; alors la voix est altérée; impatience

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de placer les bras hors du lit, quelquefois de se lever. Il y a parfois une éruption douloureuse à la peau.

Au bout de trois ou quatre jours, détachement partiel ou exfoliation totale de la membrane muqueuse , lambeaux flottants dans l’intérieur du pharynx , gênant la respiration et la déglutition , altérant le son de la voix. Le pouls devient faible, abattu, irrégulier, inégal, parfois intermittent , le plus souvent misérable , constamment précipité.

Les douleurs dans le ventre sont un signe que le poison est descendu dans les intestins , ou s’est épanché dans la cavité abdominale par des crevasses faites à quelques portions du canal alimentaire. Lorsqu’on avale peu d’acide, la douleur est en général très vive; et lorsqu’on en prend beaucoup , elle est moins intense : dans le premier cas , le caustique paraît agir en largeur ; il ne cautérise que l’épaisseur de la membrane muqueuse ; les réseaux nerveux ne sont altérés qu’en partie ; ils sont violemment irrités : dans le second cas, au contraire, tout est frappé de mort ; les nerfs sont détruits et désorganisés. Il suit de ces considérations que l’absence des douleurs est d’un mauvais présage ; ce calme trompeur succède à la cautérisation et précède le développement de la phlegmasie des organes cautérisés.

Les vomissements sont très répétés lorsque les douleurs sont vives; car alors l’estomac, irrité, cherche à se débarrasser des matières qu’il contient , et entre dans un mouvement spasmodique continuel. Si ce viscère est percé de trous, que le malade ne se plaigne d’aucune douleur, il n’y a point de vomissement; les liquides et les solides passent à travers l’estomac percé et privé de ses propriétés vitales, et s’épanchent dans le ventre.

Le sentiment de froid est un phénomène commun à beaucoup d’empoisonnements, mais très marqué dans l’espèce dont il s’agit ici. Il persiste fort long-temps , et accompagne pour l’ordinaire chacune des terminaisons.

Cette maladie peut se terminer, 1° par une mort prompte qui a lieu au bout de quelques heures, ou qui n’arrive que quelque temps après l’empoisonnement : dans ce dernier cas, le malade dépérit insensiblement ; il vomit à diverses reprises des lambeaux membraneux scarifiés, qui ont quelquefois la forme de l’estomac et de l’oesophage entier : ces lambeaux exhalent une odeur fétide insupportable ; les digestions sont éminemment pénibles , et la constipation se prolonge pendant des mois entiers ; 2° par une phlegmasie chronique : les malades éprouvent de temps en temps des douleurs et des chaleurs insupportables. C’est en parlant de ces individus que Zacchiasa dit : Venena nisi occidant , relinquunt semper aliquam noxam, et morbos diuturnos ; 3° par la guérison complète.

DES ACIDES EN GÉNÉRAL

Les acides concentrés peuvent même déterminer la mort sans parvenir à l’estomac : certains malades ont succombé asphyxiés par suite de cautérisations de la bouche et du pharynx, (pii avaient amené des angines avec une énorme tuméfaction des amygdales.

Si les acides sont moins concentrés , les symptômes pourront être moins intenses et ne pas se manifester tous, ni à beaucoup près. On conçoit qu’il doit y avoir à cet égard de très grandes différences, et que l’on aurait tort de vouloir conclure que l’empoisonnement n’a pas eu lieu par un acide, parce que l’on n’aurait pas observé tel ou tel autre symptôme. Il est é\ident aussi que si le caustique a été introduit dans le rectum y au lieu d’avoir été pris par la bouche, quelques uns des symptômes indiqués auront éprouvé des modifications, et que d’autres pourront même manquer.

Acides concentrés appliqués à l’extérieur. — Tl suffit de savoir que ces acides agissent en brûlant pour se faire une idée des symptômes qu’ils déterminent : tantôt ce sera une brûlure superficielle très étendue , qui pourra faire périr les malades en peu de jours ; tantôt il y aura cautérisation profonde, gangrène, etc. , et la mort n’arrivera que long-temps après l’empoisonnement. (Voy. les Traités de chirurgie. )

Acides concentrés injectés dans les veines. — Il suffit, d’injecter quelques gouttes d’un acide concentré dans les veines pour déterminer une grande agitation dans les membres , qui deviennent roides; les animaux poussent des cris plaintifs, et meurent presque immédiatement après l’injection.

Lésions des tissus. — Lorsque desacides plus ou moins concentrés sont introduits dans le canal digestif, ils enflamment toutes les parties qu’ils touchent. L’inflammation est en général légère là où le poison n’a fait que glisser ; elle est plus intense dans les endroits où l’acide a séjourné pendant quelque temps. Ainsi, les diverses portions de la bouche, du pharynx et de l’œsophage, sont ordinairement le siège d’une rougeur plus ou moins marquée ; on voit des taches blanches , jaunâtres ou brunâtres aux lèvres, au pourtour de la bouche; on remarque aussi quelquefois des croûtes noirâtres, épaisses, au-dessous desquelles se forme un ulcère ; la langue, le pharynx , la luette, les piliers du voile du palais et les amygdales, d’un blanc grisâtre par places, peuvent être le siège d’escarres plus ou moins étendues. 1/estomac et le canal intestinal présentent le plus souvent des traces d’un violent désordre : tantôt la membrane muqueuse est d’un rouge vif, d’un rouge cerise ou d’un rouge brun, et les tuniques musculeuse et séreuse participent à l’inflammation , quoiqu’à un degré moindre ; tantôt il y a en outre des ecchymoses formées par du sang extravasé

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dans les aréoles du tissu lamineux sous-cutané. Assez souvent on trouve de véritables escarres , des ulcères qui peuvent intéresser toutes les membranes ; alors il y a des adhérences , une ou plusieurs perforations, et par suite des épanchements de liquides acides dans la cavité du péritoine ; les bords des ouvertures sont noirâtres ou jaunâtres. Dans certains cas , les tuniques muqueuse et musculeuse seules sont atteintes dans quelques parties, et alors la membrane péritonéale qui a échappé à Faction de l’acide est diaphane. La tunique interne des intestins grêles est assez souvent tapissée de la matière jaune de la bile , mise à nu par l’acide ingéré. Dans certaines circonstances , les tissus sont épaissis ; dans d’autres, ils sont ramollis et comme dissous, en sorte qu’ils se détachent avec la plus grande facilité. Il est des cas où l’on trouve l’estomac et le rectum très enflammés, tandis que la masse des intestins grêles est presque dans l’état naturel ; cette particularité , qui a également lieu pour un très grand nombre de substances vénéneuses , paraît dépendre de la rapidité avec laquelle une partie du poison traverse les intestins grêles, et du long séjour qu’elle fait dans l’estomac et dans le rectum.

Si, au lieu d’introduire l’acide concentré dans le canal digestif, on Y applique à V extérieur, il détermine les mêmes lésions de tissu que la brûlure.

Quand l’acide concentré a été injecté dans les veines, on trouve le sang coagulé dans les cavités du cœur, dans les gros vaisseaux , dans les poumons , etc.

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