CONCLUSIONS
1° Les acides concentrés énergiques , introduits dans l’estouiac , déterminent une mort prompte, en détruisant les tissus , par suite de leur action chimique, en irritant les nerfs qui entrent dans leur composition, et en donnant lieu à un épanchement dans la cavité du péritoine , qui ne tarde pas à développer une péritonite intense ; le ventre est ballonné , des gaz distendent prodigieusement l’estomac et les intestins, et la mort arrive au milieu des souffrances les plus aiguës.
2° Lue portion de ces acides paraît toutefois être absorbée; les expériences que j’ai récemment tentées à cet égard établissent que les acides chlorhydrique et sulfurique, administrés à l’état de grande concentration , peuvent être retrouvés dans l’urine. J’ai même constaté une fois la présence de l’acide sulfurique libre dans le foie d’un chien que j’avais tué avec ce poison. (Yoy. J. de chimie médicale , mai, 18/i2. ) L’absorption de ces acides introduits dans l’estomac des chiens, à jeun , sur lescpiels j’expérimentais, ne peut guère s’expliquer qu’en admettant qu’aussitôt après leur contact avec l’estomac ,
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ils provoquent une abondante sécrétion de fluides qui les affaiblissent, et qu’ils sont saturés, en grande partie du moins’, par la soude libre de la bile.
3° Si les acides sont étendus d’une certaine quantité d’eau , ils peuvent encore agir à la manière des irritants énergiques , et donner lieu à une gastro-entérite des plus intenses. Ici l’absorption ne saurait être contestée : ainsi on a vu l’urine de quelques individus, qui avaient été empoisonnés par le bleu de composition, offrir une couleur bleue ; l’on a encore trouvé dans ce liquide les acides tartrique , citrique et oxalique que l’on avait fait prendre à Y état solide avec des substances alimentaires. Dans ces différents cas, les acides dont je parle avaient été dilués ou étendus par les liquides aqueux qui avaient été ingérés comme médicaments, ou par ceux qui se trouvaient déjà dans le canal digestif , ou bien encore par ceux dont ils avaient provoqué la sécrétion.
U° Les acides beaucoup plus étendus, tels que les acides azotique, sulfurique, chlorhydrique, acétique et oxalique concentrés, mêlés à six ou sept fois leur poids d’eau , sont encore assez irritants pour développer une vive inflammation des tissus du canal digestif, et souvent même pour produire des perforations. Leur absorption est mise hors de doute par mes expériences , et l’on peut les retrouver facilement dans l’urine.
5° Appliqués à l’extérieur, les acides concentrés brûlent les tissus et occasionnent la mort, tantôt par l’inflammation d’une grande étendue de la peau et par la réaction du système nerveux qui en est la suite, tantôt par l’abondante suppuration qu’ils déterminent dans les parties circonscrites qu’ils ont profondément attaquées.
6° Injectés dans les veines, les acides concentrés, et même ceux qui sont passablement étendus d’eau , détruisent la vie en coagulant le sang et en exerçant sur lui une véritable action chimique, d’autant plus prononcée que la quantité injectée est plus considérable.
Traitement de l'empoisonnement par les acides.
Les acides pouvant tous être saturés par la magnésie, et donner naissance à des sels qui n’exercent aucune action nuisible sur l’économie animale, ou qui sont tout au plus légèrement purgatifs, il est évident que cet oxyde métallique pourra être employé avec avantage pour empêcher les effets ultérieurs de la portion d’acide libre qui n’aurait pas encore agi : aussi prescrirai-je dans le traitement qui m’occupe, 1° de recourir d’abord à la magnésie, comme con-
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tre-poison des acides ; 2° de combattre la gastro-entérite produite par l’acide qui a déjà exercé son action funeste.
Contre-poisons. — Les nombreuses expériences que j’ai tentées sur les chiens et plusieurs observations recueillies chez l’homme démontrent, 1° qu’en administrant de la magnésie délayée dans l’eau, ou un carbonate en dissolution affaiblie, aux individus qui viennent d’avaler un des acides dont je parle, on diminue les douleurs, et l’on peut même arrêter les accidents. Si le médicament n’est pris qu’au bout d’un certain temps , lorsque déjà l’acide a déterminé des effets funestes , son action est souvent insuffisante ; cependant il est encore utile d’y avoir recours, afin de neutraliser la portion du poison qui n’a pas agi, d’alléger les souffrances, et même de prolonger la vie.
Le docteur Ebers, de Breslau, a proposé de remplacer la magnésie par le carbonate de potasse , parce que, dit-il, l’action neutralisante de la magnésie est trop lente, qu’elle est d’une administration difficile, lorsque les efforts de déglutition sont très douloureux pour le malade, en raison de la grande quantité de véhicule qu’elle exige; qu’elle n’arrête pas dans quelques cas les progrès de la désorganisation , et qu’elle n’empêche pas le développement, d’altérations consécutives graves. Il ajoute que l’action du carbonate de potasse est plus durable, plus énergique, et surtout plus générale que celle de la magnésie ; qu’elle n’est jamais assez violente pour déterminer un nouvel empoisonnement, ni même une inflammation des tissus avec lesquels elle se trouve en contact. (Rusfs Magazine, vol. 50, 3e cah. , 1837.) Tout en accordant que le carbonate de potasse dissous dans l’eau sature plus promptement les acides que la magnésie , parce que dans un temps donné il les touche par un plus grand nombre de points , je ne saurais partager la sécurité du docteur Ebers quant à son innocuité ; les faits sont en opposition avec cette opinion , ainsi que je le démontrerai en parlant du carbonate de potasse. Je ne reprocherai pas non plus à la magnésie de ne pouvoir être donnée que dans une grande quantité d’eau et de rendre la déglutition difficile, car rien n’est si facile que de faire avaler à la fois 1 ou 2 grammes de cet oxyde dans une cuillerée d'eau. On pourra néanmoins recourir avec avantage à une dissolution aqueuse affaiblie de carbonate de potasse , parce que , même dans cet état de dilution , elle agira efficacement sur l’acide sans exercer une action délétère.
La dissolution aqueuse de savon, sur laquelle Majault jeta beaucoup de défaveur, est utile et peut être administrée par tout le monde, sans le secours du pharmacien et presque immédiatement après l’accident ; son emploi n’est d’ailleurs accompagné d’aucun danger ; la rapidité avec laquelle elle est décomposée par les acides est telle , qu’elle ne
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peut enflammer les tissus de l’estomac, comme l’avait craint Majault. Le savon médicinal devra être préféré au savon ordinaire, parce qu’il est plus soluble dans l’eau , plus pur, et qu’il a une saveur moins désagréable.
Dès qu’un individu aura avalé un de ces acides, il faudra , en attendant que l’on se procure de la magnésie, du carbonate de potasse ou du savon, le gorger d'eau froide, et mieux encore d'eau tiède , afin de diminuer l’action irritante du poison et de déterminer le 'vomissement ; puis on aura recours à l'un ou à Vautre des médicaments précités. On administrera la magnésie h la dose de 4 à b grammes, suspendue dans de l’eau tiède , et l’on réitérera cette dose à mesure que le malade vomira. Le carbonate basique de magnésie et la craie délayée dans l’eau jouissent aussi de la propriété de se combiner avec l’acide ingéré qui se trouve encore libre dans le canal digestif, et peuvent être substitués à la magnésie à défaut de cette substance; cependant ils offrent l’inconvénient de dégager une grande quantité de gaz acide carbonique qui distend l’estomac outre mesure. Le carbonate de potasse sera donné à la dose de 1 à 2 grammes, dissous dans un demi-litre d’eau ; cette dose sera renouvelée au fur et à mesure que les vomissements auront lieu. La potasse et la soude caustiques, prônées par plusieurs médecins, doivent être rejetées à raison de leurs propriétés caustiques, à moins qu’elles ne soient préalablement dissoutes dans une grande quantité d’eau. On fera prendre le savon médicinal à la dose de 2 à 3 grammes, dissous ou simplement délayé dans un verre d’eau.
Indépendamment de l’emploi de l'un ou de l’autre de ces antidotes, on aura recours à des boissons douces et nmcilagineuses, telles que les eaux légères de lin, de guimauve, de gomme arabique, etc. Ces liquides auront le double avantage de favoriser le vomissement et de diminuer l’irritation gastro-intestinale.
Les huiles grasses, que l’on a quelquefois employées avec avantage pour faire \omir les malades, ne doivent point être préférées aux médicaments que je conseille.
Si déjà plusieurs heures s’étaient écoulées depuis Je moment de l’empoisonnement, et (pie par suite de vomissements abondants et réitérés ou d'évacuations alvines considérables il y aurait lieu de penser que l’acide libre a pu être expulsé en totalité, il faudrait renoncer à l'usage des contre-poisons , et administrer les boissons adoucissantes dont j’ai parlé.
Mogens propres à combattre la gastro-entérite développée par les acides. — Si les symptômes n’annoncent point encore la scarification des organes digestifs, quel que soit le degré de l’inflammation
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du bas-ventre , de la bouche ou de l’arrière-bouche , on doit employer les saignées générales et locales. M. pevergie, s’appuyant sur l’expérience qu’il a acquise dans les hôpitaux y pense qu’il faut rarement employer la saignée générale : il en est des gastrites aiguës déterminées par ces acides, dit-il, comme des péritonites. Je combattrai cette opinion, parce que je compte davantage sur l’ expérience de plusieurs observateurs éclairés pendant plusieurs siècles, que sur celle de M. Devergie. H n’est pas un praticien qui ne sache que dans les gastrites et les péritonites aiguës, souvent on augmente la douleur par l’application des sangsues non précédée d’une saignée générale, tandis qu’on soulage notablement les malades en pratiquant celle-ci avant d’appliquer les sangsues. Je me garderai aussi d’adopter un autre précepte donné par cet auteur, et auquel il attache une si grande importance, que, suivant lui, la vie du malade peut quelquefois dépendre de son inobservation : il faut réserver les évacuations sanguines pour l'époque de la réaction, dit-il, et s’abstenir des saignées générales avant le développement de la période inflammatoire, à moins que l’on n’ait à traiter des individus extrêmement robustes.
( Médecine légale , tome III, 2e édition, p, 195. ) Il est évident que dans ces cas la phlegmasie suit immédiatement le contact de l’acide concentré avec l’estomac , et qu’il faut l’attaquer dès le début et à mesure qu’elle tend à s’accroître ; tout autre précepte est funeste au malade.
Les sangsues seront appliquées tour à tour sur les points de l’abdomen les plus douloureux , et non pas de préférence sur l’épigastre , comme le conseille mon confrère : sur l’épigastre quand la douleur est dans cette région , comme cela a lieu souvent ; ailleurs , c’est-àdire vers l’ombilic, aux régions iliaques ou sur d’autres points, 'a mesure que la douleur se manifeste dans ces parties. Les ravages déterminés par les acides dans la bouche doivent être considérés comme une maladie locale, et traités par les mêmes moyens. Si la déglutition était impossible par suite de la tuméfaction de l’arrière-bouche, il ne faudrait pas introduire une sonde, de crainte d’irriter encore les parties et même de produire des perforations ; mieux vaudrait-il alors administrer des lavements aqueux et émollients.
A ces moyens antiphlogistiques puissants il faut en ajouter d’autres. Je mettrai en première ligne la diète absolve, puis les boissons mucilagineuses , les lavements émollients , les bains ou les demi-bains tièdes, et les fomentations émollientes : il faut à tout prix éteindre l’inflammation en introduisant dans le torrent de la circulation la plus grande quantité d’eau possible. Plus tard , on pourra quelquefois recourir avec avantage aux narcotiques doux.
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Quand la fièvre sera tombée , on commencera à administrer des liquides alimentaires légers , tels que l’eau panée ou lactée ; on rendra celle-ci plus forte à mesure que la convalescence fera des progrès ; des bouillons de veau, de poulet , etc. , pourront être ordonnés suivant les cas. Si les malades ne supportaient pas môme cette douce alimentation , il faudrait en faire usage sous ferme de lavement. Les praticiens ne devront jamais oublier qu’à la suite de ces empoisonnements on doit craindre les rechutes, et qu’il vaut mieux laisser pendant long-temps les malades à une alimentation légère, que de les exposer à perdre en un jour les avantages que l’on a eu tant de peine à obtenir. Les premiers aliments solides qu’il faudra prescrire sont les gelées végétales et animales, le poisson et les viandes blanches; on devra éviter avec soin les aliments échauffants et les liquides spiritueux.
Recherches médico-légales.
Il n’est guère possible d’indiquer d’une manière générale les recherches auxquelles il faut se livrer pour reconnaître l’un des acides dont je parle, les caractères propres aies distinguer les uns des autres étant fort différents : aussi renverrai-je à chaque histoire particulière ce que j’ai . à dire à cet égard. Je n’imiterai pas surtout M. Devergie, qui, dans un tableau analytique, s’attache à tracer la marche qu’il convient de suivre pour parvenir à caractériser ces acides purs et concentrés. Quand on sait combien il est difficile d’obtenir ces corps à l’état de pureté, meme par les chimistes les plus distingués, on voit que les occasions de faire usage d’un pareil tableau ne se présenteront jamais ou que très rarement. i)’un autre côté, il n’est pas sans inconvénient d’engager ainsi les experts à suivre une route qui peut les induire en erreur toutes les fois qu’ils croiront expérimenter sur des acides purs et qui ne le seront pas. A plus forte raison, m’abstiendrai-je de toute généralité lorsqu’il s’agira de rechercher ces mêmes acides mêlés aux divers liquides alimentaires, aux matières des vomissements, etc. Je me bornerai donc à dire que tous ces acides rougissent le papier bleu de tournesol ; que cette action est d’autant plus forte qu’ils sont plus concentrés, et que leur causticité est en général en raison directe de l’énergie avec laquelle le papier bleu est rougi.
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BîB 1.’ ACIDE SIÎX.FSJB.IQÜE.
Action sur l’économie animale.
Une petite quantité de ce puissant caustique suffit pour donner lieu aux accidents les plus graves , suivis presque toujours de la mort , soit qu’on l’injecte dans les veines, soit qu’on l’introduise dans l’estomac , soit enfin qu’on l’applique à la surface externe du corps. Comment cet acide produit-il la mort ?
Expérience ire. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien robuste et d’une grande taille 2 grammes d’acide sulfurique mêlés, une heure auparavant , avec 1 gramme 60 centigrammes d’eau. A l’instant même, l’animal s’est débattu , ses extrémités sont devenues roides, et il est mort. On fa ouvert immédiatement après. Le cœur était gonlîé, très volumineux , et ses parois offraient beaucoup plus de résistance que dans l’état naturel ; les deux ventricules étaient remplis d’une infinité de petits grumeaux noirs comme du charbon, formés par du sang coagulé ; l’oreillette gauche et l’aorte contenaient des caillots gélatineux d’un rouge noinâtre ; la veine cave abdominale, très dilatée , ferme au toucher, renfermait des grumeaux analogues à ceux qui distendaient les ventricules; les poumons étaient couleur de cendre , d’un tissu dense , nullement crépitants, et complètement privés d’air : en les coupant on voyait toute leur surface parsemée de points noirs , qui n’étaient autre chose que du sang coagulé ; plusieurs ramifications des vaisseaux qui les parcourent étaient injectées , dures , d’une couleur noire , d’une forme cylindrique , ressem- • blant , par leur aspect et par leur grosseur, à de petits cylindres de pierre infernale : en les incisant on voyait qu’ils étaient également remplis de sang coagulé.
Expérience ne. — A midi cinq minutes, on a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un chien petit, mais très fort; on a introduit dans son estomac 8 grammes d’acide sulfurique concentré, mêlé, une heure auparavant, avec U grammes d’eau, et on a lié l’œsophage. Dix minutes après, l’animal a éprouvé des souffrances horribles; il a fait de grands efforts pour vomir. A une heure il poussait continuellement des cris plaintifs , il faisait de nouveaux et infructueux efforts de vomissement ; sa respiration ne paraissait pas gênée. Une demi-heure après, il a eu des envies de vomir, et il était tellement agité qu’il est parvenu à détacher le fil avec lequel on avait lié son œsophage, et qui était en partie brûlé par l’acide sulfurique : sur-le-champ il a rendu une très grande quantité de matières noires comme de l’encre, de la consistance cl’un liquide épais, semblables, par leur aspect, à de l’acide sulfurique qui a séjourné pendant quelque temps sur de la paille ou sur des allumettes. Les souffrances continuaient à être très vives , et forçaient l’animal à se tenir couché sur le ventre. Il est mort à trois heures trente-cinq minutes. V autopsie a été
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faite un quart d’heure après. Le cœur contenait du sang non coagulé ; celui du ventricule gauche était rouge, tirant légèrement sur le noir. Les poumons, de couleur naturelle, renfermaient une assez grande quantité d’air; ils étaient crépitants et laissaient entendre un cri lorsqu’on les coupait ; les vaisseaux qui les traversent étaient vides ; leur tissu paraissait cependant un peu plus compacte que dans l’état naturel. La membrane muqueuse de l’estomac était détruite : elle avait été expulsée en partie par le vomissement. La tunique musculeuse, d’un rouge cerise, était recouverte dans quelques points d’une espèce de bouillie noirâtre, et offrait plusieurs petites ulcérations. Le pylore était revêtu d’une couche jaune-verdâtre. L’intérieur du duodénum était tapissé d’un enduit jaune, floconneux , formé par la matière jaune de la bile.
Expérience iiic. — A midi trente-cinq minutes, on a fait avaler à un chien de petite taille 6 grammes de bleu de composition (liqueur formée par l’acide sulfurique concentré et par l’indigo). Aussitôt après l’animal s’est débattu et roulé par terre avec force ; il a paru avoir le pharynx brûlé par le caustique, dont il cherchait à calmer les effets en frottant son cou sur une planche de bois sur laquelle il était placé; il a changé souvent de position : tantôt il était couché sur le dos, tantôt sur le ventre, et il poussait continuellement des cris plaintifs. Au bout de dix minutes , il a vomi une petite quantité de matières filantes, fortement colorées en bleu ; ces vomissements se sont renouvelés quatre fois dans l’espace des trente premières minutes qui ont suivi l'ingestion du poison. A trois heures et demie, il a vomi une assez grande quantité de matières filantes, mêléesde beaucoup de sang noir en partie caillé; il continuait à se plaindre : cependant il conservait la faculté de marcher. 11 est mort dans la nuit. La membrane muqueuse de la bouche, de la langue et de l’œsophage était d’un vert foncé; le pharynx offrait une couleur rouge cerise ; la même chose avait lieu pour la membrane muqueuse de la face inférieure de l’épiglotte et du larynx. La face interne de l’estomac était noire dans toute son étendue , excepté dans quelques points près du cardia , où elle offrait une teinte verdâtre ou jaunâtre (1). La membrane musculeuse était parsemée çà et là de taches d’un rouge très vif.
Expérience ivc. — On a administré à plusieurs chiens Zi, 8 ou 12 grammes d’acide sulfurique concentré ou étendu du double ou du triple de son poids d’eau. Les animaux sont morts au bout de quelques heures, en présentant des symptômes analogues à ceux qui ont déjà été décrits. A l’ouverture (les cadavres, on constatait dans l’abdomen des désordres
d’une intensité différente , suivant que l’acide ingéré était affaibli ou con-
centré. Dans ce dernier cas, l’estomac était perforé, noir et comme gangrené ; les bords de la perforation étaient arrondis ou frangés, amincis et
( 1 ) La teinte jaune dépend de la présence d’une portion de la matière jaune de la bile, mise à nu par l’acide sulfurique, et la teinte verte parait être le résultat de l’union de cette matière jaune avec la partie colorante bleue de l’indigo.
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noirs; la cavité péritonéale était remplie d’un liquide noirâtre, et les intestins offraient une teinte de même couleur. Les organes environnants qui avaient été touchés par l'acide pendant la vie ou après la mort étaient également noircis, et le sangdes vaisseaux les plus proches coagulé et noir.
Expérience ve. — Les animaux auxquels on fait une plaie que l'on cautérise avec une grande quantité d’acide sulfurique , meurent au bout d’un temps variable, comme s’ils avaient été brûlés.
Observation lrc. — Joseph harangue, soldat, avala sur la fin du mois de janvier 1798 , vers les sept ou huit heures du matin, précipitamment et par erreur, pour de l’eau-de-vie, un plein verre d’acide sulfurique (huile de vitriol) ; il avait bu à la régalade et tout d’un trait, ce qui fit qu’il ne s’aperçut de sa méprise qu’en reprenant haleine. On le transporte sur-le-champ à l’hôpital : prévenu de l’accident, j’y arrive en même temps que le malade. Des vomissements excessifs avaient déjà lieu , ainsi que des agitations convulsives dans les muscles de la face et des lèvres, premier effet des douleurs 1res vives dont se plaignait le malade dans toute l'étendue des parties compromises, il disait sentir des crampes extrêmement douloureuses dans la poitrine, et une chaleur âcre et brûlante au gosier, le long de l’œsophage et dans l’estomac. Un froid glacial s’était emparé de tout son corps; je lui trouvai le pouls petit, concentré, irrégulier; je dirai plus, presque convulsif, Iremulus , parfois très vite, et parfois tardif et suspendu. Sa respiration était gênée et tout l’épigastre douloureux. Mais ce qui fixa plus particulièrement mes regards fut l’abattement extrême du malade, il est difficile de rendre son état de frayeur ; il se croyait absolument sans ressources ; il avait les yeux éteints et n’exécutait que de faibles mouvements. Je parle à l’instant d’un antidote sûr, d’un contre-poison qui n’a jamais manqué son effet ; je relève son courage, et je lui présente un breuvage composé d’un demi-verre d’eau simple , dans lequel on avait délayé 6 grammes de carbonate de magnésie. Ses yeux se raniment et sa faiblesse paraît moindre ; l’idée d’une guérison réelle et prochaine suspend pour un moment l’appareil formidable des symptômes moraux, qui seuls auraient pu conduire le malade au tombeau. Un demi-quart d’heure après, il vomit encore, mais moins et avec moins d’efforts et de fatigues. Je lui donne 2 grammes de carbonate de magnésie, et il n’a plus que des nausées ; ses douleurs intérieures sont moins vives. Je continue le remède à la dose de 1 gramme 30 centigrammes toufes les demi-heures, et je fais prendre en même temps, et dans les intervalles , des verrées d’une solution de gomme arabique sucrée. Avant midi les accidents avaient diminué d’intensité , la respiration était plus libre , les anxiétés précordiales avaient presque cessé, la sensation interne et déchirante était très affaiblie; le pouls se relève, se développe et devient régulier; une douce chaleur se répand dans tout son corps.
J’avais réussi à entraver les effets destructeurs et délétères du fluide caustique; mais il restait à remédier aux désordres que son contact immédiat à l’intérieur avait occasionnés. Une forte saignée au bras , prati-
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quée a uue heure après midi; des fomentations émollientes sur l'estomac et sur tout le ventre pendant le reste du jour, et un Uniment opiatique et camphré pendant la nuit ; une tisane de graine de lin avec la gomme arabique et le sirop de guimauve, bue tiède et abondamment, etc., ont prévenu les accidents consécutifs que devait faire craindre un événement de cette nature ; un lavement simple miellé, donné le soir, a déterminé des évacuations bilieuses assez abondantes , et 2/t grammes de sirop dia— code , ajoutés à un verre de Ja tisane , ont procuré du calme dans la nuit : le sommeil néanmoins a été léger et souvent interrompu par les douleurs que le malade endurait à l’estomac, et plus particulièrement encore et d’une manière plus forte au gosier. Le lendemain , à ma visite du matin, j’examinai attentivement celte dernière partie : presque toute la bouche était enflammée; le voile du palais, ses piliers antérieurs et même les postérieurs, les amygdales et la luette étaient chargés d’escarres blanches légères en apparence sur les cotés, noires, croûteusesel plus profondes sur l’appendice mollis palali ; l’arrière-Jjoiiche en entier me parut fortement brûlée. Heureusement que la déglutition n’était point empêchée; elle n’était même ni pénible ni laborieuse, en raison des accidents concomitants. La tisane lénitive et gommeuse, un looch blanc pris fréquemment par cuillerées , deux lavements en vingt-quatre heures, les lotions émollientes sur le ventre pendant le jour, le lénitif pendant Ja nuit, furent continués : tout aliment était interdit. Le troisième jour, le malade se plaint vivement de la gorge, et une nouvelle frayeur vient encore l’assaillir; il se croit menacé d’une suffocation, et le péril lui paraît instant, La tuméfaction des parties bridées s’était accrue; la racine de la langue était élevée et corrodée, et l’épiglotte participait à cet état; une chaleur vive et dévorante embrassait toutes ces parties; la luette allongée et couverte d’escarres, les amygdales déjà atteintes de pourriture dans leurs limbes antérieurs, et des taches grisâtres ou aphtheuses répandues çà et là dans l’arrière-bouche , présentaient l’aspect d’un mal de gorge gangréneux de la plus mauvaise espèce. La voix avait subi une grande altération.
Le quatrième jour, un séquestre mou et charnu, qui se détache en partie de la luette en l’allongeant, tourmente le malade d’une manière fâcheuse dans la gorge, l’irrite , et lui fait éprouver une toux fatigante et importune par sa fréquence. La respiratiqn en devient plus gênée, parfois comme entrecoupée, et parfois accompagnée de sifflement , surtout lors de l’inspiration , et sa voix prend le caractère propre à l’espèce d’esquinancie connue sous le nom de croup. Les tisanes mucilagincuscs, le. looch blanc ou celui que je faisais préparer avec le blanc de baleine, l’huile d'amandes douces, le jaune d’œuf et le sirop d’althæa , servaient tout à la fois de boisson , de gargarisme et de nourriture. Je touchai le mal plusieurs fois par jour avec des pinceaux de charpie trempée dans un mélange de miel rosat et de teinture de myrrhe; j’y ajoutai ensuite du collyre de Lanfranc, coupant alors la totalité du mélange avec parties égales de décoction d’aigremoine. Les applications anodines à l’extérieur n’ont
DES POISONS IRRITANTS
point été négligées, non plus que des cataplasmes de mie de pain cuite dans une décoction de camomille et de mélilot. A mesure que je pouvais saisir avec des pincettes les escarres détachées et flottantes, j’en faisais l’excision pour en débarrasser promptement le gosier.
Le cinquième jour, j’ai fait écraser un jaune d’œuf dans un verre de tisane, qui a été pris à deux fois, pour adoucir et vernir en quelque sorte les parties excoriées de l’arrière-bouche, et préparer à un peu de nourriture : les mêmes remèdes furent continués d’ailleurs. Le sixième jour, traitement semblable , et le jaune d’œuf matin et soir. Le gonflement extérieur de la gorge était presque totalement dissipé, la tuméfaction en dedans aussi beaucoup diminuée, les escarres emportées en grande partie, et plusieurs ulcérations détergées. Le septième jour, mieux-être encore, et, à dater de ce moment, tout danger a disparu ; le nombre des remèdes et des soins a diminué à proportion que la nourriture a été rendue. J’ai oublié de dire qu’une goutte d’acide sulfurique, tombée sur la lèvre supérieure au moment de l’accident, avait produit une escarre qui a long-temps résisté. Pendant plus long-temps encore , ce soldat a conservé de la rougeur , et une sensibilité douloureuse au gosier, ainsi qu’un sentiment pénible à l’estomac, surtout lorsqu’il mangeait avec précipitation, et des aliments indigestes (1).
Observation 2e. — Le lx octobre 1835 , la nommée G... avale une certaine quantité d’acide sulfurique étendu de son poids d’eau, et éprouve aussitôt de vives soulfrances. Le lendemain on voyait une tache d’un gris jaunâtre sur sa figure, près la commissure des lèvres ; sa langue et toute la membrane muqueuse de la bouche étaient fortement enflammées; la déglutition était très difficile. M. Gaillard prescrit de l’eau gommée sucrée et du lait sucré. Elle en peut difficilement avaler quelques gorgées , qu’elle rejette presque aussitôt; son pouls est [petit et fréquent; elle ne se plaint que de la douleur de gorge. Le sentiment qu’elle éprouve à l’estomac est supportable. Elle prend vers le soir quelques cuillerées d’un julep diacodé ; elle passe une nuit assez calme. Le 6, son état est amélioré; cependant son pouls est toujours déprimé, et ses extrémités inférieures se refroidissent. Vers le milieu delà nuit du 6 au 7, elle se lève en poussant des gémissements, et se plaint de crampes atroces aux extrémités inférieures, qui ne peuvent plus la soutenir; elle tombe sur le lit de, sa voisine. On la couche; elle assure qu’elle ne sent plus sa jambe droite, qui est complètement froide et marbrée vers sa partie inférieure. Le 7, elle est plus calme; elle avale pour ainsi dire sans difficulté ; elle ne vomit pas; elle se plaint moins de la gorge et de l’estomac, mais son pouls est de plus en plus faible ; sa jambe droite est froide et complètement insensible : on peut la pincer fortement sans qu’elle ressente rien. Enfin , dans la nuit du 7 au 8 , la circulation , qui depuis un jour s’était déjà arrêtée dans le membre inférieur droit, diminue peu à peu; la malade s’éteint sans souffrir.
(1) Recueil périodique de la Société de 31édecine de J}aris, rédigé par Séd illot , torn. vi, p. 3, an vu, par M. Desgranges.
I)E L’ACIDE âüLFUBIQCE
Ouverture du cadavre. — La membrane muqueuse de l'oesophage présentait une couleur jaunâtre mêlée de noir; elle était enduite d’un liquide de même couleur, qui lui était tellement adhérent , qu’il avait l’aspect d’une fausse membrane. La tunique muqueuse pouvait se détacher par lambeaux de lx à 5 centimètres; elle était plus épaisse qu’à l’état normal. Après l’ouverture de l’estomac, il s’est trouvé dans la cavité de cet organe environ 16u grammes d’un liquide semblable à celui qui recouvrait l’œsophage. A partir de l’orifice cardiaque jusqu’au fond du grand cul-de-sac., l’estomac offrait un aspect d’un jaune noirâtre. Toute la surface muqueuse était couverte d’un enduit jaune-verdâtre , intimement adhérent à la membrane muqueuse. On pouvait enlever quelques lambeaux de cette dernière; mais à 6 centimètres environ de l’orifice pylorique, dans toute la surface de l’estomac jusques et y compris cet orifice, nous avons trouvé la membrane muqueuse charbonnée. Il était impossible dans tous ces points malades d’en enlever le moindre fragment. Le duodénum était également tapissé d’un liquide jaunâtre , mais qui n’était point adhérent â la membrane muqueuse comme dans les organes ci-dessus indiqués. Il en était de même dans l’intestin grêle , dont toute la tunique interne était colorée en jaune et ne présentait aucune lésion. Le gros intestin ne contenait que des matières excrémentitielles. Le cœur était d’un volume ordinaire et renfermait 96 grammes environ de caillots de sang, de la consistance d’une gelée de groseilles; l'aorte était presque remplie de caillots gélatineux. L’artère fémorale du membre droit était complètement oblitérée par un canal de sang en caillots noirâtres et assez consistants. Les poumons, les reins, la rate et le foie ne présentaient rien d’anormal. L’utérus contenait un fœtus de six mois.
Le liquide trouvé dans l’estomac renfermait de l’acide sulfurique libre et de la bile; il en était de même de l’enduit jaunâtre qui recouvrait certaines portions de ce viscère et de la portion externe de cet organe qui avoisinait le pylore et qui était charbonnée. M. Bouchardat, qui a publié cette observation , pense que le canal de sang trouvé dans l’artère fémorale contenait de l’acide sulfurique qui n’y était pas à l’état de sel; toutefois les expériences sur lesquelles il fonde cette assertion sont loin d’ètre concluantes. (Bouchardat, Annales d’hygiène.)
Observation 3e. — Un journalier âgé de cinquante-deux ans avala brusquement à peu près un demi-verre du liquide dont on se sert pour nettoyer les harnais de voiture (acide sulfurique).
Aussitôt sentiment d’érosion et de brûlure à l’arrière-bouche, le long du cou , à l’épigastre. Reconnaissant son erreur, 11 avala plusieurs tasses de lait, puis alla chez un pharmacien, qui, dit-il, lui donna un contrepoison. 11 but plusieurs verres d'eau de puits ; alors il commença à vomir abondamment, et il survint presque en même temps une diarrhée copieuse. Le sentiment de brûlure à la gorge, au cou, à l’épigastre, diminua; mais il resta un sentiment de chaleur, d’ardeur, une douleur même à ces parties; il y eut de la soif, de la fièvre. Le lendemain les
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vomissements , la diarrhée , la douleur abdominale et la soif continuèrent. Le surlendemain les vomissements cessèrent ; il resta des nausées. Il entra le quatrième jour à l’Hôtel-Dieu (15 août 1836).
Le pouls est un peu dur à quatre-vingt-deux ; la peau un peu chaude , lin peu sèche ; peu d’appétit ; douleur abdominale augmentant par la pression, fixée principalement à l’épigastre et autour de l’ombilic; un peu de tension abdominale ; soif assez vive ; nausées fréquentes ; un peu de diarrhée; rien d’apparent à la bouche et au pharynx ; langue assez humide, légèrement rouge à sa partie antérieure. {Deux cuillerées de magnésie calcinée, orge gommée , lavements émollients.) Le 18 août, quatre-vingt-dix pulsations; la peau est un peu plus chaude, la langue un peu rouge (15 sangsues à l’anus). Le soir, entre cinq et six heures , il y a un frisson prolongé. Le 19 et le 20 , frisson vers la même heure. On prescrit un demi-lavement avec 20 centigrammes de sulfate de quinine. Le 21, même lavement ; le frisson vient à la même heure , mais il est très léger. Le 23, frisson intense à onze heures du matin. (Même lavement.) Le 2û , frisson à quatre ou cinq heures. (Même lavement.) Le 25, deux frissons à demi-heure d’intervalle , dont le premier commence vers deux heures. Le 26 , on s’aperçoit qu’il y a de la fièvre le matin , qu’il y a une fièvre continue dont les frissons précédemment signalés indiquent sans doute le redoublement. On suspend l’usage des lavements de sulfate de quinine; il y a un peu de constipation ; la bouche est mauvaise ; il y a de la soif et une légère douleur abdominale ; la langue est un peu rouge à sa partie antérieure. (Magnésie, orge gommée, lavements émollients, lait.) Les 27, 28 et 29, même état, fièvre presque continuelle. Du 1er au 5 septembre , il y a de la diarrhée ; la langue est rouge , un peu sèche. Le 6, continuation de la diarrhée, fièvre. Le 7, langue sèche ; dans la journée fièvre assez intense. Le 8 , le malade pâlit et s’affaiblit ; la diarrhée continue. Le 9 et le 10, le teint est jaunâtre. Le 11, diarrhée et fièvre. Le 12 , diarrhée. Le 13 , pas de diarrhée , mais fièvre. Le lû , le teint est un peu moins jaune, mais pâle. Le 16, on permet quelques aliments ; il n’y a ni diarrhée ni fièvre. Le 17, le teint est meilleur. Le 19, la diarrhée recommence. Le 20 , elle est moindre , mais la fièvre continue. Le 21 affaiblissement, face exprimant la souffrance. (Deux vésicatoires aux jambes.) Le 22, faiblesse croissante, extrémités violettes, froid continuel qui cependant n’est pas sensible à la main. Le 23, toute la journée le malade se plaint ; la respiration est gênée ; les extrémités froides. Le 2û , plus de calme , mais faiblesse extrême. Le 25 , le malade succomba.
Ouverture du cadavre vingt heures après la mort . — Roideur cadavérique médiocre, ventre un peu ballonné, extrémités maigres, légèrement violacées. Le crâne n’est pas ouvert. Les plèvres présentent quelques adhérences; les poumons, sains et d’un gris rose en avant, sont d’un rouge brun , engoués en arrière ; le péricarde n’offre rien de remarquable; le cœur contient dans ses cavités droite et gauche un peu de sang noirâtre coagulé , de la consistance de gelée de groseille; on voit sur
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la valvule mitrale, et principalement sur la face correspondant au ventricule, un polype en forme de végétation, à base plus large que le sommet, qui est légèrement découpé , d’une couleur grisâtre , assez consistant quoique peu dur, à peu près conique, saillant d’un peu plus de 3 centimètres, ayant 2 centimètres de diamètre à sa base ; cette base est implantée sur l’une des languettes de la valvule mitrale, à laquelle elle est si adhérente , que l’on ne sait d’abord si la membrane interne du cœur ne se prolonge pas sur elle. Une dissection attentive prouve cependant que cette membrane passe au-dessous , mais qu’elle lui est intimement adhérente. Cette végétation est composée de couches concentriques entre quelques unes desquelles il existe un léger espace : c’est évidemment du sang coagulé qui la forme. La membrane interne du cœur, non plus que les autres tissus de cet organe , ne présentent alentour aucune altération.
L’estomac offre à l’intérieur quelques marbrures d’un rouge brun. A l’extérieur de l’intestin grêle apparaissent quelques larges taches d’un rouge brun ; à l’intérieur , on voit des taches rouges assez nombreuses , soit arborisées , soit uniformes, au niveau de la plupart desquelles la membrane muqueuse est un peu ramollie. La partie supérieure du rectum présente plusieurs ulcérations dans lesquelles la tunique muqueuse seule est détruite; elles sont irrégulièrement arrondies, entourées d’une auréole légèrement brunâtre. Leur fond est gris-noirâtre. Le foie et la rate sont à l’état normal. On trouve un peu de sang coagulé dans les gros troncs veineux. (Baron fils. Voy. Devergie, tom. ni , pag. 235.)
Observation Uc. — Louise Delay, âgée de vingt-deux ans, prit, le 13 germinal an vm, à onze heures du matin, 32 grammes de bleu de composition ( mélange d’acide sulfurique et d’indigo ) qu’elle avait acheté chez un épicier-droguiste, dans le dessein de se suicider. On lui fit boire de l’huile et du lait. Voici quel était son état à son arrivée à l’IIôtel-Dieu, quatre heures après qu’elle eut avalé le poison.
Physionomie peu altérée, offrant pourtant une légère teinte bleue, plus foncée sur le bord libre des lèvres; douleur sourde à la gorge et dans la région de l’estomac ; vomissements répétés et très copieux d’un liquide bleu foncé et glaireux , qui causait à la bouche une sensation d’amertume et de stypticité insupportable ; sentiment continuel de froid à la peau , devenue très sèche ; horripilation de temps h autre , constipation, insomnie, inquiétude mal déguisée, etc. On lui fit boire en abondance du petit-lait , de Ja décoction de graine de lin , de la dissolution de gomme arabique , du lait coupé avec de l’eau d’orge. On administra des lavements purgatifs , un julep huileux avec la manne, pour provoquer les évacuations naturelles, qui étaient suspendues , et qui se bornèrent à une selle très légère et à l’émission de quelques gouttes d’urine. Les matières des vomissements contenaient beaucoup de flocons de substances lymphatiques d’une odeur fade, Jes uns se précipitant au fond de l’eau, les autres surnageant; le pouls , en apparence peu altéré d’abord, devint petit, serré et très nerveux : le froid augmenta beaucoup aux extrémités inférieures.
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Au bout de deux jours, tous les symptômes acquirent une grande intcnsilé ; la face paraissait singulièrement décomposée; le froid à l’extérieur augmentait encore ; le pouls devenait insensible aux bras et aux carotides ; rhaleine exhalait une fétidité extrême ; quelques gouttes d’urine fortement colorée en rouge s’échappaient de temps à autre; l'inquiétude et l’agitation étaient extrêmes. Cette malheureuse ne pouvait supporter aucune couverture ; elle faisait sans cesse de pénibles efforts pour écarter ce qui la touchait et l’environnait de plus près; elle jetait ses bras et sa tête hors de son lit ; la région de l’estomac était d’une sensibilité exquise au plus petit contact.
Le quatrième jour de l’empoisonnement , les anxiétés et les angoisses étaient horribles ; tout l’extérieur du corps portait l’empreinte de la souffrance. La malade , incapable de rester un seul instant dans la même position, se levait et sortait de son lit ; elle témoignait le désir pressant d’être portée dans un lieu froid.... Le cinquième jour, les yeux étaient hagards; il lui semblait trouver quelques soulagements à être débarrassée de sa chemise , qu’elle repoussait encore étant presque expirante : on fut obligé de la lier. Du reste, les secours qu’on lui prodiguait infructueusement consistaient en boissons émollientes , mucilagineuses , en lavements simples et lavements purgatifs, en potions laxatives et juleps antispasmodiques ; les sangsues furent aussi appliquées une ou deux fois à la vulve. La physionomie s’altéra à un tel degré , qu’elle devint entièrement méconnaissable. Les liens qui fixaient cette malade ne l’empêchaient pas , tant ses agitations étaient excessives , de se découvrir la plus grande partie du corps : ce qui semblait lui procurer quelque soulagement. Elle conservait toute sa connaissance lorsqu’elle expira , en parlant aux personnes qui l’entouraient , le cinquième jour de son accident.
A l'ouverture de l’abdomen, il s’éleva une grande quantité de gaz très fétides ; les viscères abdominaux étaient généralement œdémateux ; toutes les parties voisines du duodénum paraissaient singulièrement altérées ; les parois de cet intestin étaient presque dissoutes dans plusieurs parties de sa longueur. L’estomac, très distendu, d’une couleur foncée, offrait plusieurs taches qui indiquaient sa désorganisation profonde. La membrane muqueuse du pharynx et de l’œsophage était brûlée , noirâtre , en partie détachée, et s’enlevait avec facilité. L’estomac contenait un liquide bourbeux , de couleur foncée , d’une grande fétidité , et semblable à celui qui avait été rejeté par les vomissements le jour de la mort. Cet organe paraissait fort épaissi en plusieurs points et aminci en d’autres ; sa membrane interne était entièrement dissoute , et réduite en mucosités dans la plus grande portion de son étendue. Le pylore présentait la désorganisation la plus avancée ; le tissu de ses parois, noir et boursouflé dans cet endroit, fermait presque entièrement l’orifice; les membranes du duodénum et du jéjunum, en partie détruites, brûlées, étaient frappées du spliacèle; ces intestins étaient enduits, à leur intérieur, d’une matière brune , pareille à celle qui existait dans l’estomac. Le reste du canal intestinal partageait, à un degré moindre , l’état de ce viscère et des deux
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premiers intestins grêles ; il contenait beaucoup de matières fécales très endurcies. L’intérieur de la poitrine n’offrait rien de remarquable (1).
Observation 5e. — Le 5 avril 1825, à dix heures du matin , un enfant de deux ans, fort et bien constitué , avala plusieurs gorgées de bleu de composition. On lui administra, peu de temps après, une certaine quantité de magnésie calcinée délayée dans du lait, et 15 centigrammes d’émétique, qui déterminèrent des vomissements de matières d’abord d’un bleu foncé, puis noires, et dont le contact altérait à l’instant la pierre, les meubles et les vêtements, comme l’aurait fait l’acide sulfurique pur. Ramené chez lui, ce jeune garçon ne prit plus que quelques doses de carbonate de magnésie. M. Deslandes, auteur de cette observation , le vit pour la première fois à cinq heures du soir : l’enfant était à l’agonie. Sa iace était pâle, son pouls faible et fréquent, sa respiration entrecoupée, son ventre extrêmement ballonné ; à peine donnait-il quelques signes de connaissance. Il avait des évacuations alvines fréquentes , qui d'abord avaient été bleues , mais qui alors étaient d’un gris verdâtre, et devinrent bientôt rousses et sanguinolentes; V urine était évidemment teinte en bleu , ce qui annonçait le passage de l’indigo dans la vessie. On chercha à faire avaler un verre de lait chargé de magnésie ; mais cette tentative faillit amener la suffocation, et provoqua quelques mouvements convulsifs. Une demi-heure après , le malade n’existait plus.
Examen du cadavre. — A la lèvre inférieure, sur le trajet d’une goutte d’acide sulfurique, qui au moment de l’empoisonnement s’y était écoulée, la peau était rougeâtre et desséchée. On remarquait la même altération sur la pommette gauche, où un peu de caustique avait séjourné pendant la vie. La langue était corrodée près de sa pointe : du reste elle ne présentait rien de bien remarquable ; ses papilles étaient d'un gris bleuâtre, et les granulations glanduleuses qui existent à sa base, en avant de l’épiglotte, étaient très développées. Depuis l’isthme du gosier jusqu’au cardia, la membrane muqueuse était recouverte d’une escarre, ou plutôt d'une couche superficielle, blanchâtre et bleuâtre, que les frottements du scalpel détachaient avec assez de facilité , et audessous de laquelle la membrane était d’un rouge uniforme et intense : cette altération ne dépassait pa's le cardia; le reste du tube digestif n’en présentait aucune trace. L’estomac, très distendu par des gaz , ne contenait que peu de liquide, qui paraissait un mélange de mucosités et de lait chargé de magnésie ; leur couleur indiquait assez qu’ils ne contenaient pas d’indigo; la portion de la membrane qui avoisine la petite courbure était noire et comme charbonnée , surtout â la partie la plus saillante de ses rides; dans un point même elle paraissait avoir été détruite, et l’estomac, aminci, semblait réduit â ses deux membranes externes : du reste, cet organe ne présentait ni rougeur ni ramollissement dans le reste de son étendue. Les intestins étaient dans l’état naturel : on voyait de l'indigo dans les gros intestins , et particulièrement dans le colon; les
(1) Iàrtra, Essai sur l'empoisonnement par Cucitle nitrique, p. 231 , ISO?.
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matières que ce dernier contenait étaient colorées par cette substance ; elle paraissait même avoir transsudé, car dans plusieurs endroits, et surtout dans la fosse iliaque gauche, le péritoine et le tissu cellulaire ambiant en étaient vivement colorés. Le rectum ne présentait plus cette couleur, mais il contenait quelques matières d’un gris légèrement rougeâtre, semblables à celles que l’enfant avait rendues dans ses derniers moments. La vessie était vide d’urine et resserrée ; on n’y voyait que quelques mucosités épaisses et non colorées. Les autres organes abdominaux paraissaient dans l’état sain. La membrane interne des voies aériennes présentait une rougeur intense , et avait été évidemment enflammée. Le cœur et les poumons étaient dans l’état naturel. Les sinus de la dure-mère et les vaisseaux qui rampent à la surface du cerveau, étaient gorgés de sang ; du reste , point d’opacité à l’arachnoïde , point d’infiltration à la pie-mère. La substance cérébrale n’était ni ramollie ni injectée ; peut-être était-elle cependant un peu tuméfiée , car le cerveau nous parut avoir plus de tendance que de coutume à s’échapper par les incisions faites à ses membranes : ses ventricules contenaient à peine de la sérosité. Le cerveau était sain. ( Nouvelle Bibliothèque médicale , mai 1825.)
Observation 6e. — Une blanchisseuse, âgée de dix-huit ans, prit, le 23 avril à onze heures du matin , à peu près un verre à eau-de-vie de bleu en liqueur. Aussitôt après l’avoir avalé , elle sentit une douleur excessivement aiguë dans l’arrière-gorge et dans l’estomac; elle se traîna par terre , et poussa des cris qui attirèrent les voisins ; on la trouva vomissant des matières bleues qui faisaient effervescence sur le carreau. On lui fit boire de l’huile et une notable quantité de lait ; aussitôt que le lait fut avalé , il fut rejeté caillebotté et coloré en bleu ; les dernières gorgées furent rendues avec leur couleur naturelle.
La malade , apportée à l’hôpital à deux heures après midi , était dans l’état suivant : intelligence nette, réponses justes et précises, face pâle, traits altérés, yeux cernés, excavés, lèvres un peu violettes ; la supérieure présentait près de chacune des commissures une escarre jaune de 3 lignes d’étendue; langue colorée en bleu et d’une chaleur naturelle, pas d’escarre ni de rougeur dans la cavité buccale ni à l’arrière-gorge , douleur vive au cou avec sentiment de constriction , épigastre douloureux ; la douleur est moins vive au cou , elle s’exaspère par la pression.
Ventre souple et indolore, pas de selles, expiration gênée, anxiété vive , refroidissement notable des extrémités supérieures ; pouls petit , dépressible, extrêmement fréquent. On administre 16 grammes de magnésie calcinée suspendue dans un litre d’eau environ. A peine quelques gorgées sont-elles avalées , qu’elles sont aussitôt rendues avec une couleur chocolat au lait et mêlées de quelques flocons bleuâtres. A cinq heures, la malade était assez calme, la douleur de gorge était très intense f il n’y avait pas eu de vomissements depuis l’administration de la magnésie. Les extrémités supérieures étaient froides, le pouls imperceptible. L 'urine
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était légèrement colorée en lieu. (Dix sangsues au cou, et trente à l’épigastre à dix heures du soir. ) Les vomissements couleur cholocat ont recommencé depuis deux heures, et ont duré une partie de la nuit. La malade succombe.
Ouverture du cadavre vingt-sept heures après lamort. — La roideur cadavérique est assez prononcée. — Tête. Vaisseaux sous-arachnoïdiens médiocrement injectés; arachnoïde parfaitement transparente, libre de toute adhérence avec la dure-mère ou la pie-mère. Il y a deux cuillerées à café de sérosité limpide dans les fosses occipitales. La substance corticale est d’un gris rosé ; la substance médullaire blanche , légèrement pointillée de rouge ; une petite cuillerée à café de sérosité dans chacun des ventricules. — Bouche. Les deux escarres sus-mentionnées à la lèvre supérieure; langue légèrement bleuâtre; nulle trace de cautérisation dans la cavité buccale. — Cou. JAu pharynx et à l’œsophage la membrane muqueuse est rose claire ; Y epithelium s’enlève en pellicules blanchâtres , friables , minces , transparentes , d’un centimètre d’étendue. — Poitrine. Le cœur, d’un médiocre volume, renferme près de 96 grammes de caillots de sang ; l’aorte est remplie par 64 grammes de caillots bruns à demi liquides ; la membrane interne de ce vaisseau est vivement colorée en rouge. Les bronches sont saines, les poumons crépitants, et presque pas gorgés de sang à leur partie postérieure.
Abdomen. — Estomac distendu, renfermant 64 grammes d’un liquide brun; la membrane muqueuse est charbonnée, couleur de suie dans toute son étendue , excepté à partir de 3 centimètres près du pylore où elle est rose. L’espace qui est coloré en noir présente quelques marbrures roses en certains points ; cette membrane fournit des lambeaux de 1 centimètre d’étendue, et ne présente pas d’ulcération. La portion pylorique donne des lambeaux de 3 centimètres. Le duodénum est rose panaché ; les premières valvules du côté du pylore sont ulcérées et cautérisées en noir. On voit des cryptes isolés de la grosseur d’une tête d’épingle dans les deux premiers tiers de l’intestin grêle ; la membrane muqueuse est tapissée par un mucus jaunâtre; elle est transparente, d’un gris pâle ; elle fournit des lambeaux de 2 centimètres; depuis le dernier tiers, la tunique muqueuse est enduite d’un mucus couleur de suie; il y a quelques plaques rouges près de la valvule; les lambeaux ne sont plus que de 3 à li lignes; les cryptes isolés sont de plus en plus rapprochés, à mesure qu’on avance près de la fin de l’intestin grêle , où ils ne sont plus séparés que par des intervalles de 1 centimètre. Les plaques elliptiques sont à l’état normal. On trouve dans le gros intestin des plaques bleues; elles sont plus nombreuses vers le cæcum et l’S du colon ; la membrane muqueuse est de bonne consistance , le rectum est sain. L’aponévrose iliaque est colorée en bleu.
Les reins, la rate, le foie, présentent leur couleur et leur consistance normales; la bile est d’un brun verdâtre; il n’y a pas d’urine dans la vessie. Les artères fémorales sont, pour ainsi dire, remplies d’un sang noir de la consistance de gelée de groseilles. 11 existe dans l’artère fémo-
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raie gauche un caillot qui obstrue entièrement le canal de cette artère. {Annales d’hygime , Bouchardat et Couriard.)
Observation 7e. — Le 17 octobre 1827 vers minuit, Campbell se sentit tout-à-coup inondé par de l’acide sulfurique que l’on jetait sur lui, et qui occasionna une douleur brûlante. Deux heures après, il fut confié aux soins du docteur Ilunter. Voici quel était son état : la peau du côté gauche de la face était enlevée en partie , et présentait d’abord une couleur blanche due à une désorganisation ; les paupières des deux yeux étaient très enflammées et très gonflées; l’œil gauche paraissait fortement attaqué; le droit était sain. Les téguments de l’intérieur des lèvres étaient aussi tuméfiés et de couleur blanche ; enfin sur le dos de la main gauche et jusque dans l’intervalle des doigts, on voyait des excoriations blanchâtres et de forme allongée. Dans l’espace de seize heures, toutes les taches blanches devinrent brunes. La douleur que le malade ressentait à la figure et aux yeux, qui d’abord était des plus violentes , se calma peu à peu sous l’influence d’applications appropriées, qui furent faites. Cependant comme au moment de la visite , environ douze heures après, la douleur de l’œil gauche s’étendait à toute la tête, et faisait craindre une violente ophlhalmie, on pratiqua une saignée du bras qui fut répétée le lendemain, et qui produisit un soulagement très marqué. Toutefois l’inflammation et la désorganisation de l’œil continuèrent à marcher, et se terminèrent au bout de peu de temps par la rupture de la cornée et la sortie de l’humeur aqueuse et du cristallin. Vers la fin du cinquième jour, c’est-à-dire le 22 octobre, le malade paraissait aller très bien, lorsqu'il fut pris tout-à-coup d’un frisson violent. Le lendemain matin , il se plaignit d’une douleur très vive au pli du bras droit, dans le point où l’on avait pratiqué la saignée. L’inflammation s’étendit rapidement autour de la petite plaie; le gonflement s’empara de tout le bras, et augmenta progressivement pendant les trois jours' suivants. Une fièvre très forte, puis une difficulté de respirer, avec quelques autres symptômes d’inflammation des organes pulmonaires , vinrent encore aggraver l’état du malade, qui déclina graduellement, et mourut enfin le 30 octobre au malin.
Ouverture du cadavre faite le lendemain. — Le bras droit ayant été examiné et disséqué 'avec, soin , nous avons trouvé que la veine ouverte par l’opération de ia saignée était violemment enflammée dans le point où elle avait été divisée par la lancette; que de ce point l’inflammation s’étendait en haut jusqu’aux grosses veines du bras et de l’épaule, et en bas jusqu’aux petites veines de l’avant-bras; que ces vaisseaux étaient presque entièrement remplis de matière purulente qui les oblitérait en grande partie, et qu’enfin les grosses veines de la partie supérieure de la poitrine étaient dans l’état normal.
11 y avait une petite quantité de sérosité dans la cavité du péricarde; mais le cœur était parfaitement sain. Les plèvres costale et pulmonaire étaient enflammées, et recouvertes en arrière d’une production pseudomembraneuse. Lesdeux cavités du thorax contenaient un liquide séro-puru-
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lent. Les deux poumons, surtout dans les lobes supérieur et inférieur, étaient fortement enflammés; ils présentaient une hépatisation rouge et une grande quantité de tubercules disséminés en masses irrégulières , dont quelques uns avaient le volume d’un œuf de pigeon, et dont la totalité pouvait égaler à peu près le tiers du volume total des poumons.
Toute la partie antérieure de l’œil gauche était détruite ; l’humeur aqueuse et le cristallin s’étaient échappés; enfin l’organe entier était complètement désorganisé , et le désordre qu’il avait subi était absolument incurable.
Dans le crâne, on trouva de la sérosité en grande quantité tant à la surface du cerveau que dans les cavités de cet organe , qui d’ailleurs ne paraissait offrir aucune altération.
D’où il résulte que Campbell a succombé à une inflammation des veines du bras et des poumons; cette dernière résultant, autant qu’on peut en juger, de la blessure de la veine par l’opération de la saignée. ( Procèsverbal rédigé par MM. limiter et Nesbitt. )
MM. Christison et Turner firent l’analyse d’un morceau du chapeau et d’une portion du col noir de Campbell, etc., qui avaient été fortement attaqués par l’acide; ils y constatèrent la présence de l’acide sulfurique libre, tandis qu’ils ne trouvèrent pas cet acide dans les portions des mêmes vêtements qui n’avaient pas été altérés. Euphemia Lawson, reconnue coupable, fut condamnée à mort; mais la peine fut commuée en un bannissement perpétuel. (Extrait du Mémoire du docteur Christison. )
Symptômes et lésions de tissu produits par l’acide sulfurique.
Quoique ces symptômes présentent des différences notables suivant le degré de concentration de l’acide , la dose à laquelle il a été pris, etc. , il est permis d’établir qu’ils offrent en général beaucoup de gravité et que nul autre acide caustique n’occasione aussi souvent la mort (voy. pag. 83 ). S’il est vrai que cet acide, lorsqu’il est concentré, détermine souvent au pourtour de la bouche, des lèvres]et même des mains, des taches grisâtres et quelquefois noires, d’autres acides concentrés tels que les acides azotique , chlorhydrique, acétique, phosphorique, peuvent également les produire, parce (pie cet effet résulte de la désorganisation du tissu, de la formation de l’eau aux dépens de l’oxygcne et de l’hydrogène de ce tissu , et que dès lors ôn ne concevrait pas pourquoi tout autre acide concentré et avide d’eau que l’acide sulfurique ne se comporterait pas de même. Cela explique aussi pourquoi l’on observe plus rarement ces taches à la face interne, des joues , sur la langue, dans le pharynx et dans l’oesophage , parties humectées par la salive et par le mucus, qui peuvent affaiblir l’acide concentré au point de le rendre incapable de déterminer ces taches.
DES POISONS IRRITANTS
Quant aux lésions de tissu , elles sont également fort graves. Pour peu que l’acide avalé fût concentré, on trouve indépendamment d’une vive rougeur inflammatoire de certaines parties du canal digestif, des ulcérations , des perforations , des épanchements dans la cavité du péritoine et la coloration noire des tissus qui ont été réduits en une sorte de bouillie (voy. pag. 85. )
Conclusions. — Il agit comme les acides les plus caustiques ( voy. page 86. )
Traitement de l’empoisonnement.
Voyez Acides en général , page 87.
Recherches médico-légales.
L’acide sulfurique pur et concentré est sous forme d’un liquide incolore et inodore , d’une consistance oléagineuse ; il est doué d’une saveur acide très forte ; son poids spécifique est plus grand que celui de l’eau; le plus concentré pèse environ 1,85. Il suffit d’une seule goutte pour colorer en rouge une grande quantité d ’infusum de tournesol. Lorsqu’on fait bouillir dans une petite fiole de l’acide sulfurique et du charbon finement pulvérisé, on ne tarde pas à remarquer qu’il se dégage une odeur piquante , analogue à celle du soufre qui brûle , et qui caractérise le gaz acide sulfureux ; il se forme en même temps du gaz acide carbonique. Le mercure , le cuivre , etc. , que l’on fait bouillir avec cet acide lui enlèvent une portion de son oxygène , en dégagent du gaz acide sulfureux , s’oxydent et s’unissent à la portion d’acide non décomposé pour donner naissance à des sulfates de mercure , de cuivre , etc. Lorsqu’on mêle parties égales d’acide sulfurique concentré et d’eau , la température s’élève subitement à 84° c. La paille, le bois et toutes les substances végétales , misa froid dans l’acide sulfurique , sont désorganisés , ramollis , noircis , et il s’en sépare une certaine quantité de charbon. Versé dans de l’eau de baryte , l’acide sulfurique y occasionne sur-le-champ un précipité blanc très abondant de sulfate de baryte , insoluble dans l’acide azotique , le même phénomène a lieu si, au lieu de baryte, on prend une solution de chlorure ou d’azotate de baryum : ce sulfate est composé de 501,16 d’acide et de 956,88 d’oxyde de baryum ( Ba O + S O3 ). Lavé , desséché et calciné au rouge dans un creuset avec du charbon , ce précipité se trouve décomposé au bout d’une heure, et il fournit du sulfure de baryum facile à reconnaître à l’odeur d’œufs pourris ou de gaz acide sulfhydrique jcju’il exhale lorsqu’on le met dans l’eau
DE L’ACIDE SULFURIQUE. 107
aiguisée d’une petite quantité d’acide chlorhydrique , et à la précipitation d’une partie du soufre qui se dépose en rendant le liquide laiteux et d’une couleur blanche-jaunâtre ; il y a en meme temps formation de chlorure de baryum.
Acide concentré du commerce. • — Il partage les propriétés qui viennent d’étre décrites , si ce n’est qu’il peut être coloré en jaune , en brun ou en noir. Ce changement de couleur est dû à ce que l’acide a charbonné les matières organiques contenues dans l’air ou ailleurs ; il offre aussi souvent l’odeur d’acide sulfureux , dont il n’a pas été entièrement privé.
Acide sulfurique pur étendu d' eau. — Il agira comme le précédent sur le tournesol (avec moins d’énergie) , sur les sels de baryte, sur le cuivre et sur le charbon ; seulement il faudra le concentrer par une ébullition prolongée, et évaporer même jusqu’à siccité s’il est excessivement étendu , pour qu’il fournisse de l’acide sulfureux avec le charbon et avec le cuivre ; mais il n’aura plus la consistance oléagineuse , il ne s’échauffera pas avec l’eau et ne noircira pas les matières organiques. On décèlera les plus petites traces d’acide sulfureux dégagé en plaçant au-dessus de la fiole qui renferme le cuivre et l’acide une languette de papier trempé dans un solutum d’amidon et d’acide iodique ; ce papier deviendra d’un bleu violacé dès qu’il se dégagera de l’acide sulfureux. A l’aide de ces caractères on peut distinguer l’acide sulfurique étendu de tous les corps connqs, excepté des sulfates acides; mais on s’assurera que ce n’est pas un sulfate acide en concentrant la liqueur et en versant du carbonate de soude qui précipite tous ces sulfates sauf ceux de potasse, d’ammoniaque et de soude; ceux-ci seront précipités, savoir, les deux premiers en jaune serin par le chlorure de platine, et le dernier en blanc par l’acide phtorhydrique silice : or l’acide sulfurique étendu ne précipite par aucun de ces réactifs.
Ce procédé est plus sûr et beaucoup plus simple que celui qui a été donné par M. Devergie, A quoi bon , par exemple , employer l’acide suif hydrique après avoir conseillé l’usage de la potasse, quand on sait que celle-ci précipite tous les sels que précipite l’acide sulfhydriqueî Pourquoi se servir de potasse, qui redissout certains oxides métalliques précipités , au lieu de carbonate de soude qui n’en dissout aucun ? Quelle nécessité y a-t-il de recourir à la distillation ? Je me garderai bien d’admettre avec ce médecin qu’il faille donner la préférence à l’azotate de baryte sur le cuivre pour démontrer l’existence de très petites quantités d’acide sulfurique. Sans doute cet azotate ont un réactif excessivement sensible ; mais il n’est pas ici à beaucoup près aussi) probant que le cuivre , lorsque la proportion de sulfate de barytepro duit est trop faible pour fournir avec du charbon à unetem-
DES POISONS IRRITANTS
pérature élevée du sulfure cle baryum reconnaissable aux caractères indiqués à la page 106. Que l’on verse une goutte d’acide sulfurique concentré dans 32 grammes d’eau ; que l’on traite la moitié de la liqueur par l’azotate de baryte et que l’on cherche à retirer le soufre du sulfate de baryte , on n’y parviendra pas ou l’on n’y parviendra qu’avec la plus grande peine ; au contraire , que l’on fasse bouillir dans une fiole à médecine avec du cuivre métallique l’autre moitié de la liqueur acide : quand la matière sera presque sèche, il se dégagera de l’acide sulfureux reconnaissable à son odeur et à son action sur une languette de papier trempé dans une dissolution amidon et d’acide iodique. Il n’y a rien à répondre à ce fait.
Acide sulfurique mêlé au vinaigre. — Sur 120 échantillons de vinaigre acheté chez divers épiciers de Paris , M. Chevallier en a trouvé 17 qui contenaient de l’acide sulfurique. Pour reconnaître la présence de cet acide dans le vinaigre , on évapore celui-ci jusqu’au sixième de son volume pour volatiliser l’acide acétique ; on laisse refroidir la liqueur, on la filtre pour séparer les sels déposés pendant l’évaporation et on l’agite pendant une demi-minute avec trois ou quatre parties d’éther sulfurique pur (1) qui dissout l’acide sulfurique sans agir sur les sulfates neutres ni sur les sulfates acides qui pourraient exister dans le liquide concentré par l’évaporation ; on filtre , et l’on expose pendant une heure ou deux le solutum à l’air libre dans une capsule de porcelaine ; l’éther se vaporise, et l’acide sulfurique peut être reconnu, comme il a été dit à la page 106, à l’aide d’un sel de baryte et du cuivre. Il ne faudrait pas traiter directement le vinaigre sophistiqué par un sel de baryum, car alors ce réactif précipiterait les sulfates solubles contenus dans le vinaigre, et l’expert pourrait être tenté de croire à tort que le vinaigre renferme de l’acide sulfurique libre.
Acide sidfuriqtie mêlé à divers liquides alimentaires (lait, thé, café , eau sucrée , etc.), à la bile , au sang, à la matière des vomissements et aux liquides contenus dans le canal digestif . — La gélatine, le thé, le café et l’eau sucrée ne sont point troublés par cet acide ; l’albumine , le lait et la bile sont au contraire précipités ; cette dernière est précipitée en jaune, puis et par l’addition d’une plus grande quantité d’acide en jaune orangé, et il se dépose au bout de quelques minutes des flocons d’un vert foncé , phénomène dont je tirerai parti pour expliquer certaines colorations jaunes ou verdâtres que l’on voit souvent dans le commencement de l’intestin grêle, quand il
y a eu ingestion d’acide sulfurique. Le sang est coagulé et noirci par
(l) Depuis long-temps M. Chevallier avait conseillé de traiter cette liqueur par l’alcool.
DE L’ACIDE SLLFllUQLE.
l'acide sulfurique concentré, à moins que celui-ci n’ait été employé en grand excès, car alors le coagulum est dissous, et la liqueur acquiert une couleur noire.
Expérience ire. — J’ai empoisonné un chien avec 5 grammes d’acide sulfurique concentré dissous dans 260 grammes d’eau ; l’œsophage et la verge ont été liés. L’animal est mort au bout de sept heures et demie. L’estomac contenait beaucoup d’aliments et environ 200 grammes d’un liquide noirâtre très acide. J’ai chauffé le mélange alimentaire jusqu’à l’ébullition, après y avoir ajouté 150 grammes d’eau distillée avec laquelle j’avais lavé l’estomac à plusieurs reprises; il s’est formé un coagulum ; j’ai filtré; la liqueur limpide et jaunâtre a été évaporée jusqu’au 6e de son volume, et après l’avoir laissée refroidir, je l’ai filtrée de nouveau , puis je l’ai traitée par l’éther sulfurique , comme il vient d’être dit à l’occasion du vinaigre ; le liquide éthéré, privé de l’éther par l’évaporation spontanée , rougissait le papier de tournesol , et se comportait avec un sel soluble de baryte et avec du cuivre comme l’acide sulfurique; la partie non dissoute par l’éther retenait encore une portion de cet acide.
L’estomac, lavé à plusieurs reprises avec de l’eau distillée jusqu’à ce que ce liquide ne rougît plus le papier de tournesol , a été desséché, décomposé et carbonisé dans une cornue; le liquide condensé dans le récipient, traité par l’eau régale bouillante, renfermait du sulfate d’ammoniaque , et le chlorure de baryum fournissait avec lui un précipité blanc de sulfate de baryte insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique, et décomposable par le charbon en sulfure de baryum.
Foie et rate. — Ces deux viscères, séparés du corps immédiatement après la mort, ont été coupés par petits morceaux, et mis en contact avec de l’eau distillée bouillante; après une heure d’action, j’ai vu que la liqueur n’était pas acide; je l'ai fait évaporer jusqu’à ce qu’elk fût réduite au 6e de son volume, et, en la traitant par l’éther sulfurique, il m’a été impossible de déceler la présence de l’acide sulfurique libre.
Urine. — J’ai précipité 6 grammes de ce liquide filtré par du chlorure de baryum ; le dépôt traité par un excès d’acide azotique concentré et pur s’est en partie dissous; la portion insoluble, parfaitement lavée et desséchée à 100 c. sur un filtre, pesait seize centigrammes.
Cette expérience répétée sur trois portions de la même urine m’a fourni les mêmes résultats.
Expérience nc. — J'ai empoisonné un chien avec G grammes d’acide sulfurique concentré dissous dans 200 grammes d’un mélange de lait, de bouillon et de café. L’œsophage et la verge ont été liés. L’animal est mort deux heures quarante minutes après. L’estomac était perforé, et il y avait dans l’abdomen une grande quantité d’un liquide noirâtre épanché ; j’ai ramassé autant que je l'ai pu les matières encore contenues dans ce viscère, ainsi que celles qui avaient été épanchées dans l’abdomen ; j’ai lavé l’estomac avec de l'eau distillée, et après avoir réuni ces diverses
DES POISONS IRRITANTS
liqueurs, je les ai fait bouillir pendant quelques minutes dans une capsule de porcelaine pour coaguler une partie de la matière animale; j’ai filtré ; le liquide était transparent, jaunâtre et fortement acide. Évaporé jusqu’au 6e de son volume et filtré , il a été agité avec de l’éther sulfurique ; ce liquide a à peine dissous de l’acide sulfurique , et a laissé déposer une forte proportion de matière grasse, solide, d’un blanc jaunâtre, dans laquelle la majeure partie de l’acide était retenue ; l’éther ne s’élevait que difficilement au-dessus de la masse graisseuse molle , en sorte que l’on n’obtenait pas une couche supérieure éthérée. Alors j’ai filtré le mélange à la fois éthéré et graisseux, et j’ai versé de l’eau distillée froide sur la graisse figée qui était restée sur le filtre ; après plusieurs heures de contact, j’ai réuni les deux liqueurs filtrées, et je les ai agitées lentement dans un tube de verre avec de l’éther, de manière à mettre plusieurs fois en contact l’éther et la matière huileuse ; j’ai obtenu deux couches ; la supérieure éthérée fournissait de l’acide sulfurique, facile à reconnaître, après avoir fait évaporer l’éther.
Il importe de remarquer qu’en agitantj/’ortfeme^ et brusquement, l’éther s’unissait de nouveau avec la matière grasse , et l’on n’obtenait plus les deux couches.
Dans une autre expérience, j’ai vu que le liquide éthéré , alors même qu’il avait été agité avec précaution, ne contenait pas de l’acide sulfurique ou qu’il en renfermait à peine; alors j’ai chauffé légèrement la couche graisseuse pour la liquéfier, et je l’ai étendue d’eau distillée. Le liquide rougissait le tournesol , précipitait abondamment par les sels de baryte solubles, et fournissait du gaz acide sulfureux, lorsque je le faisais bouillir pendant un temps suffisant avec du cuivre ; il ne précipitait ni par le carbonate de soude , ni par l’acide phtorhydrique silicé, ni par le chlorure de platine ; ces caractères prouvaient jusqu’à l’évidence qu’il s’agissait de l’acide sulfurique et non d’un sulfate acide. Il pourrait arriver que le chlorure de platine donnât un précipité jaune serin, formé surtout par de la matière organique ; on s’assurerait facilement que ce précipité ne contient pas de potasse , et que par conséquent il n’y avait pas de sulfate acide de potasse dans la liqueur suspecte , parce qu’il ne serait ni grenu ni adhérent au verre dans lequel il serait agité. Rien n’est aisé comme de distinguer ce précipité de matière organique de celui que fourniraient les composés de potasse avec le chlorure de platine.
Foie et rate. — J’ai traité ces viscères par l’eau et par l’éther, comme il a été dit à l’expérience i,e ; et il m’a été impossible de constater la présence de l’acide sulfurique libre.
Urine. — 6 grammes de ce liquide m’ont fourni par le chlorure de baryum 15 centigrammes de sulfate de baryte.
Expérience iii*. — J’ai fait avaler à quatre chiens à jeun depuis 200 jusqu’à A00 grammes d’un mélange alimentaire composé de lait, de bouillon et de café, et je leur ai lié l’œsophage et la verge. Six heures après, j’ai tué ces animaux, et je les ai ouverts. Les liquides contenus dans l’estomac de chacun de ces animaux, en quantité variable, ont été
DE L’ACIDE SULFURIQUE. ill
chauffés jusqu’à l’ébullition dans des capsules de porcelaine et filtrés ; les liqueurs limpides et jaunâtres évaporées jusqu’au 6e de leur volume ont été filtrées de nouveau, refroidies et traitées par l’éther sulfurique; la couche éthérée , évaporée à froid dans une petite capsule de porcelaine, n’a laissé ni de V acide sulfurique libre ni aucun sulfate acide; en effet , le résidu ne rougissait pas le tournesol , et ne précipitait point par le chlorure de baryum.
Les quatre estomacs , ayant été parfaitement lavés avec de l’eau distillée, ont été introduits séparément dans des appareils distillatoires, et décomposés à une assez forte chaleur pour les réduire en charbon; les liquides recueillis dans les ballons, traités par l’eau régale bouillante, renfermaient tous une petite proportion de sulfate d’ammoniaque.
Foie e\ rate. — Ces viscères se sont comportés comme ceux de l’expérience ire. ( Voy. pag. 109. )
Urine. — 6 grammes de ce liquide ont fourni par le chlorure de baryum deux fois cinq centigrammes de sulfate de baryte , une fois si# centigrammes et une autre fois six centigrammes deux milligrammes.
Expérience ive. — Désirant savoir si la présence du sulfate d’ammoniaque dans les liquides distillés dépendait d’une certaine quantité de soufre qui existerait dans l’estomac à l’état normal, et qui par la distillation à feu nu se transformerait en sulfhydrate d’ammoniaque, ou bien des sulfates naturellement contenus dans l’estomac, j’ai tenté l’expérience suivante. J’ai décomposé à feu nu dans une cornue un estomac et un canal intestinal d’un chien , après les avoir parfaitement lavés avec de l’eau distillée ; j’ai versé de l’azotate d’argent dans le liquide huileux et empyreumatique recueilli dans le récipient, et j’ai obtenu un précipité assez abondant d’un gris foncé , dans lequel il devait y avoir, si l’on admettait l’existence du soufre dans l’estomac, du carbonate, du cyanure et du sulfure d’argent. Ce précipité, bien lavé, a été traité par l’acide azotique pur et froid qui a dissous du carbonate d’argent ; le dépôt est devenu noir; je l’ai convenablement lavé et mis en contact avec de l’acide azotique bouillant pour transformer, s’il y avait lieu, le cyanure d’argent en acide cyanhydrique volatil et en azotate d’argent, et le sulfure d’argent en acide sulfurique et en azotate d’argent ; la liqueur, étendue avec de l’eau distillée, a été filtrée et précipitée par un excès d’acide chlorhydrique pur. Le liquide filtré de nouveau donnait parle chlorure de baryum un précipité de sulfate de baryte. Ces résultats, qui ont été confirmés par deux nouvelles expériences faites avec l’estomac et les intestins de deux hommes adultes, s’expliquent à merveille en admettant que les liquides distillés et recueillis dans le récipient renfermaient du sulfhydrate d’ammoniaque.
Expérience 5e. — J’ai voulu savoir si le chlore gazeux pourrait être employé avec succès pour déceler la présence de l’acide sulfurique combiné avec nos tissus. Pour cela , j’ai coupé en petits fragments l’estomac d’un adulte à l’état normal et je l’ai introduit dans un flacon avec C00 grammes d’eau distillée. Du chlore gazeux, parfaitement lavé, ayant traversé le liquide jusqu’à ce que les tissus fussent parfaitement désorga-
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nisés et transformés en flocons d'un blanc jaunâtre et comme caillebottés, j’ai filtré la liqueur et je l'ai chauffée dans une capsule de porcelaine à la température de l’ébullition. De nouveaux flocons se sont formés, et j'ai été obligé de filtrer encore la liqueur; j'ai évaporé et réduit au sixième de son volume le liquide filtré, et dès qu’il a été refroidi, je l'ai agité pendant deux minutes avec de l’éther sulfurique pur ne se troublant pas par le chlorure de baryum ; j’ai filtré la liqueur éthérée , et j'ai vu qu'elle fournissait avec le chlorure de baryum un précipité blanc de sulfate de baryte : donc elle renfermait de l'acide sulfurique libre , car le précipité n’était pas dû aux sulfates qui existent dans l’estomac , attendu que dans les conditions où j'étais placé l’éther n’aurait point dissous le plus léger atome de ces sulfates.
Cette expérience répétée deux fois m'a fourni les mêmes résultats.
En agissant de même avec de l'albumine des œufs, qui contient une quantité notable de soufre, j’ai également obtenu de l'acide sulfurique, mais dans une proportion plus forte que lorsque j’expérimentais avec un poids égal des tissus de l’estomac.
Expérience 6e. — J'ai introduit dans l’estomac d'un chien qui n'avait ni mangé ni bu depuis vingt-quatre heures 2 grammes d'acide sulfurique concentré , et j’ai lié l’œsophage et la verge. L'animal est mort au bout de dix-sept heures et a été ouvert aussitôt. Le foie et la rate , séparés immédiatement, ont été coupés en petits morceaux et traités par l'eau distillée bouillante pendant une heure ; le liquide a été évaporé jusqu'au sixième de son volume et filtré ; je l'ai alors agité avec de l'éther sulfurique. (Voy. pag. 108.) L'éther a été évaporé et a laissé un résidu qui , après avoir été dissous dans l’eau distillée, a donné avec le chlorure de baryum un très léger précipité insoluble dans l'acide azotique. La vessie contenait 120 grammes d'urine; 6 grammes de ce liquide traités par le chlorure de baryum et par l’acide azotique ont fourni vingt-trois centigrammes de sulfate de baryte.
Il résulte de ce qui précède 1° que l’on décèle facilement la présence de l’acide sulfurique libre en traitant par l’éther sulfurique les matières suspectes vomies ou trouvées dans le canal digestif, après les avoir coagulées par la chaleur et avoir réduit au sixième de leur volume les liquides filtrés; 2° qu’il est aisé de s’assurer que cet acide ne provient pas d’un sulfate acide, parce que l’éther ne dissout aucun de ces sulfates dissous dans l’eau lorsqu’on l’agite avec eux pendant une ou deux minutes , tandis qu'il suffit de ce temps pour dissoudre l’acide sulfurique libre , et qu’alors même que l’on aurait dissous une petite proportion d’un de ces sulfates, on reconnaîtrait celui-ci aux caractères indiqués en parlant de l’acide sulfurique pur étendu d’eau (v. p. lu 7' ; 3° qu'il n arrive presque jamais dans un cas d’empoisonnement par l’acide sulfurique , si cet acide n’a pas été entièrement neutralisé par la magnésie ou par tout autre alcali, qu'on n'en trouve pas assez à
de l’acide sulfurique 113
l’état de liberté pour le reconnaître à l’aide de l’éther, soit dans les liquides vomis ou dans ceux que l’on a retirés du canal digestif, soit dans les eaux de lavage des matières solides suspectes ou des tissus du canal digestif. Quiconque a essayé de laver l’estomac d’un individu empoisonné par l’acide sulfurique aura pu s’assurer que les eaux de lavage sont long-temps acides et. renferment une certaine proportion de cet acide, alors même qu’elles proviennent d’un troisième et d’un quatrième lavage; h° qu’une petite partie de l’acide sulfurique ingéré se combine avec les tissus du canal digestif, sans qu’on puisse le dissoudre dans de l’eau distillée même bouillante ; mais on 11e peut' pas en démontrer l’existence en se bornant à décomposer ces tissus par le feu, comme on l’avait cru jusqu’à présent, ou bien en les détruisant par un courant de chlore gazeux, parce que l’estomac et les intestins 'dïélat normal soumis à l’influence d’une chaleur capable de les réduire en charbon ou à celle du chlore, fournissent également une certaine quantité d’acide sulfurique à raison du soufre qu’ils renferment ; 5° qu’il faut pour parvenir à démontrer la présence de l’acide combiné faire des expériences comparatives avec des poids égaux d’estomacs à l’état normal et d’autres appartenant à des individus empoisonnés; en effet on obtient alors évidemment plus d’acide sulfurique des derniers que des premiers; mais qu’il serait dangereux, en médecine légale , d’accorder à ces sortes d’expériences comparatives plus de valeur qu’elles n’en ont en réalité , parce qu’il pourrait se faire que dans un cas d’empoisonnement la proportion d’acide sulfurique combiné avec les tissus fût tellement faible qu’elle différât à peine de celles que l’on obtiendrait avec les tissus non empoisonnés. L’expert ne serait donc autorisé à émettre un doute à cet égard que dans les cas où la quantité d’acide sulfurique extraite des tissus suspects serait beaucoup plus forte que celle qu’il aurait retirée des mêmes tissus à Y état normal en expérimentant comparativement et de la même manière trois ou quatre fois sur la même proportion de tissus appartenant à des individus différents; 6° qu’il est difficile , pour ne pas dire impossible, de constater la présence de l’acide sulfurique libre dans le foie et la rate des animaux empoisonnés par cet acide, même lorsqu’il a été donné très étendu , probablement parce qu’il sature promptement les alcalis qu’il trouve dans le sang et dans ces organes, et qu’il donne naissance à des sulfates solubles qui séjournent à peine dans ces viscères ; 7° qu’on ne saurait néanmoins contester qu’il soit absorbé, puisqu’il existe dans l’iirine des chiens empoisonnés en proportion beaucoup plus forte que dans celle de ces animaux à l’état normal; 8° qu’il peut être dès lors utile dans un cas présumé d’empoisonnement par l’acide sulfurique , si les recherches tentées sur le canal di- I. . 8
DES POISONS IRRITANTS
gestif ont été infructueuses pour le découvrir, d’examiner quelle est la proportion de sulfate de baryte fournie par l’urine comparativement à celle que donneraient les urines de plusieurs individus à l’état normal, parce que la différence pourrait être telle que l’expert pourrait élever, d’après ce fait, quelques soupçons d’empoisonnement , tout en étant excessivement réservé dans ses conclusions.
Procédé.'*— On placera dans une capsule de porcelaine les liquides vomis, ainsi que les matières extraites du canal digestif, et on les fera bouillir pendant quelques instants avec de l’eau distillée ; on 'filtrera et l’on agira sur le liquide filtré comme il a été dit aux expériences l*e et 2e (p. 109). Si l’on n’a pas obtenu de l’acide sulfurique, on coupera le canal digestif par petits morceaux , et on le malaxera pendant une heure dans une capsule de porcelaine avec un litre d’eau distillée froide ; le solutum filtré sera traité de la même manière que les matières dont je viens de parler. Si , après cette opération , on n’a pas encore obtenu de l’acide sulfurique libre , on desséchera les lam¬
beaux du canal digestif, et on les décomposera à feu nu dans une cornue jusqu’à ce que la matière soit carbonisée ; on traitera le liquide condensé dans le récipient par l’eau régale bouillante , afin de savoir combien il fournira de sulfate de baryte lorsqu’on le décomposera par le chlorure de barium. Quelle que soit la proportion de ce sulfate , on cherchera , par des expériences comparatives , combien on obtient de ce sulfate d’un poids égal de tissus du canal digestif de quatre ou cinq individus à l'état normal, et à peu près du même âge que celui de la personne que l’on soupçonne avoir été empoisonnée. Si l’estomac avait été perforé, ce qui arrivera souvent, on recueillerait attentivement , à l’aide d’une petite capsule de porcelaine , les liquides épanchés dans la cavité abdominale pour être joints à ceux qui auraient pu être retirés de l’estomac et des intestins ; il faudrait encore malaxer pendant une heure , avec de l’eau distillée froide, le foie, le pancréas, la rate, les reins, la vessie et l’utérus, afin de dissoudre dans l’eau les portions d’acide sulfurique qui , par suite de l’épanchement, pourraient se trouver à la surface de ces organes. Le liquide provenant de ce lavage serait réuni à celui qui aurait été épanché. On évite l’emploi de l’eau distillée bouillante, pour ne pas s’exposer à dissoudre une quantité notable des sulfates qui font naturellement partie de nos tissus. M. Devergie, supposant que les liquides de l’estomac peuvent contenir de l’ajcool , de l’acide acétique ou de l’acide chlorhydrique, et que leur acidité peut dépendre de ces deux acides et non de l’acide sulfurique, dit qu’il faut, pouragir rigoureusement, distiller en vaisseaux clos à une température un peu au-dessus de 100° centig. , pour volatiliser d’abord l’alcool et ces deux
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acides, et laisser l’acide sulfurique dans la cornue. A quoi bon ? En agissant ainsi on complique l’opération sans aucun avantage ; en effet, on veut savoir s’il y a de l’acide sulfurique, et non s’il existe d’autres substances dans les liquides ; si l’on devait se préoccuper de tout ce qu’ils peuvent contenir, il n’y aurait pas de raison pour ne pas supposer qu’ils renferment trente ou quarante substances autres que l’acide sulfurique. Le seul fait dont il faille tenir compte est celui-ci : les liquides dans lesquels on a constaté la présence de l’acide sulfurique à l’aide du tournesol , du sel de baryte et du cuivre , renferment-ils de l’acide sulfurique libre ou un sulfate acide ? On conçoit, en effet, que s’il existait un de ces sels, ceux-ci se comporteraient avec les trois réactifs indiqués comme s’il y avait de l’acide sulfurique libre. Pour résoudre ce problème, il faut savoir que si l’éther dissout à froid une petite proportion de certains sulfates acides pulvérulents quand on l’agite pendant long-temps , il n’en dissout aucun, comme je l’ai déjà dit, lorsqu’on l’agite avec ces mêmes sulfates acides dissous dans l’eau pendant une ou deux minutes.
Si, après avoir traité les liqueurs suspectes par l’éther, on voit que celui-ci ne contient pas d’acide sulfurique, on devra déterminer si le résidu qui n’a pas été dissous par l’éther ne renferme pas un sulfate acide. Pour atteindre ce but, on dissoudra dans l’eau ce résidu, ainsi que la matière qui s’était déposée pendant la réduction du liquide au sixième de son volume, et qui était restée sur le filtre ; cette dissolution contiendra un sulfate acide, si elle se comporte comme il a été dit à la page 107, en parlant de l’acide sulfurique étendu.
Il est évident que les sulfates neutres de magnésie, de potasse, de soude, de chaux, etc., résultant de l’action de l’acide sulfurique sur ces bases, que l’on aurait pu administrer au malade comme contrepoisons, et qui pourraient se trouver dans le liquide dont je parle, n’altèrent en rien les résultats des expériences qui ont pour but de démontrer s’il existe ou non de l’acide sulfurique libre , puisque tous ces sulfates sont insolubles dans l’éther.
Acide sulfurique dan$ un cas où la magnésie ou toute autre base alcaline aura it été administrée comme contre-poison. — L’expérience prouve qu’alors même que l’on a fait prendre des doses assez considérables de magnésie, les liquides del'estomac renferment encore souvent de l’acide sulfurique libre, que l’on reconnaîtra comme il a été dit précédemment. S’il n’en était pas ainsi, iJ faudrait s’attacher à constater dans les liqueurs suspectes la présence du sulfate de magnésie ou de tout autre sulfate qui se serait produit par l’action de l’acide sulfurique sur la base alcaline que l’on aurait administrée comme contre-poison.
DES POISONS IRRITANTS
Ici l’expert sera avantageusement guidé par les indications fournies par le médecin chargé de donner des soins au malade. Je n’entrerai pas dans des détails à cet égard , parce qu’on trouve dans tous les ouvrages de chimie les caractères des sulfates que l’on peut être intéressé à reconnaître; je dirai toutefois qu’il faudrait dans ces cas évaporer les matières jusqu’à siccité et laisser le produit dans l’eau distillée froide pendant plusieurs heures; on dissoudrait ainsi le sulfate formé et une portion de matière organique; le liquide filtré serait évaporé, desséché et carbonisé dans une capsule de porcelaine ; il suffirait de traiter le charbon par l’eau distillée pour dissoudre ce sulfate.
Acide sulfurique dans un cas d’exhumation juridique. — On sait par nos expériences que l’on peut constater la présence de l’acide sulfurique concentré , plusieurs mois après qu’il a été mélangé avec des matières animales , pourvu qu’au moment de la mort il se soit trouvé en assez forte proportion dans le canal digestif ; en effet , nous plaçâmes dans un vase de porcelaine une portion d’un canal intestinal arrosé avec quatre grammes d’acide sulfurique concentré ; le vase fut enfermé dans une boîte de sapin que l’on enterra à I mètre environ de profondeur. Dix-sept mois vingt jours après l’inhumation, l’intestin était à peine jaune et semblait nager dans un liquide grisâtre, légèrement trouble ; ce liquide rougissait le papier de tournesol, faisait effervescence sur le carreau, fournissait avec les sels de baryte un précipité blanc insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique , et donnait , lorsqu’on le faisait bouillir avec du cuivre, du gaz acide sulfureux ; donc il contenait de l’acide sulfurique libre. Toutefois, il fallait pour constater ce dernier caractère prolonger l’ébullition et réduire le liquide presque jusqu’à siccité, probablement parce que l’acide avait été singulièrement affaibli par l’humidité des intestins.
Il est au contraire plus difficile de découvrir l’acide sulfurique plusieurs mois après l’inhumation , quand cet acide a été considérablement affaibli par de l’eau et employé en petite quantité , parce qu’à la longue l’acide est complètement saturé par l’ammoniaque provenant des matières animales putréfiées. Le 18 juillet 1826 , nous mêlâmes dans un bocal à large ouverture , exposé à l’air, 1 gramme 1 décigramme d’acide sulfurique concentré , plus d’un litre d’eau et environ le tiers d’un canal intestinal humain. Le 12 août suivant, ce liquide était d’un blanc jaunâtre, rougissait fortement le tournesol, et donnait par les sels solubles de baryte un précipité blanc insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique; mais en le chauffant avec du mercure il se boursoufla, et se répandit avant que l’on eût pu sentir l’odeur du gaz acide sulfureux. Neuf mois et trois jours après le commencement de l’expérience, le mélange exhalait une odeur insupportable ; on l’étendit d’eau dis-
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tillée et on filtra : le liquide filtré rougissait à peine le tournesol. (Traité des exhumations juridiques , tom. II , pag. 273.) Si l’on eût examiné cette liqueur quelques mois après , elle n’eût plus rougi le tournesol, et n’aurait pas fourni du gaz acide sulfureux en la faisant bouillir avec du cuivre. A la vérité, les sels solubles de baryte en auraient précipité abondamment du sulfate de baryte blaqc insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique; mais ce caractère serait insuffisant pour affirmer qu’un liquide suspect a dû contenir à une époque quelconque de l’acide sulfurique libre , et qu’il y avait eu par conséquent ingestion de cet acide; en effet, les sulfates solubles naturellement contenus dans les liquides animaux et dans les tissus du canal digestif précipiteraient aussi , quoique moins abondamment , les sels solubles de baryte après une inhumation aussi prolongée. L’expert devra donc agir avec circonspection dans ces sortes de cas ; et ce n’est que lorsqu’il aura obtenu un précipité très abondant de sulfate de baryte qu’il pourra élever quelques soupçons sur la possibilité d’un empoisonnement par l’acide sulfurique ou par un sulfate acide , à moins que les symptômes éprouvés par le malade et les lésions cadavériques ne soient de nature à lui faire émettre une opinion moins douteuse.
Taches produites par V acide sulfurique. — Les draps bleus et noirs et les chapeaux sont colorés en rouge par cet acide ; mais la couleur passe souvent au brun au bout d’un certain temps. Le cuir ne se colore pas ; sa substance est détachée là où l’acide a été placé. En général, si l’acide sulfurique employé était concentré, la tache reste humide pendant long-temps , parce que l’acide attire la vapeur d’eau contenue dans l’air.
Faudra-t-il, comme le prescrit M. Devergie, recourir à la décomposition par le feu des parties tachées pour reconnaître qu’elles ont été mouillées par de l’acide sulfurique? « Dans tous les cas, dit notre » confrère , c’est encore le procédé que nous avons conseillé pour » l’acide sulfurique étendu d’eau qu’il faut suivre ( décomposition par » le feu), car on n’a qu’à éviter un seul écueil, celui qui pourrait » résulter de l’erreur commise en prenant pour de l’acide sulfurique » ce qui serait seulement le résultat de l’action d’un sulfate acide. » Et plus bas : « Ici, et principalement lorsqu’il s’agit de l’analyse des taches,
» on n’obtient que des quantités très petites d’acide sulfurique par suite » de la décomposition des matières végétales dans la petite cornue. Il » est donc nécessaire d’employer dans l’examen de la liqueur ammo- » niacale des réactifs plus délicats et dont les effets sont plus appré- » ciables. » ( Pag. 215 de l’ouvrage cité. )
11 est facile de démontrer qu’il est urgent de renoncer au procédé
DES POISONS IRRITANTS
que propose M. Devergie; en effet, en décomposant par le feu du cuir , du drap bleu ou noir, un morceau de chapeau noir, non tachés par l’acide sulfurique, on obtient dans le récipient un liquide contenant une quantité notable de sulfate acide d’ammoniaque , et qui fournira du sulfate de baryte après avoir été traité par l’eau régale et par le chlorure de barium. Ce résultat aurait été facilement prévu , si l’on avait eu égard aux considérations suivantes.
1° Pour teindre le coton et le fd en bleu , on procède à Falunage, puis on plonge les tissus dans la cuve d’indigo à froid, ou à la couperose ( proto-sulfate de fer). Si l’on veut obtenir la même couleur avec le bleu de Prusse, on emploie tantôt 1 /60e d’acide sulfurique, tantôt du sidfate de fer et 1/1 60e du même acide.
2° Pour teindre les draps en bleu à l’aide de l’indigo, on se sert de la cuve à la chaux et au vitriol ( proto-sulfate de fer), ou bien on dissout l’indigo dans l’acide sulfurique concentré. Dans la teinture en bleu par le campêche, on cdune d’abord l’étoffe.
3° Pour teindre en noir, on commence par teindre la laine , le coton et le fd en bleu, puis on les plonge dans une dissolution de sulfate de fer, etc.
h° Dans la teinture des chapeaux on emploie aussi le sulfate de fer, et pour les chapeaux de feutre on fait usage d’ackle sulfurique.
5° L’acide sulfurique est devenu d’un usage journalier dans les tanneries de tous les pays où l’on fait des cuirs forts , pour le gonflement des peaux , et même dans quelques unes pour la dépilation de ces peaux.
6° On sait enfin que la matière du cirage se compose d’acide su/furique , d’huile d’olive, de gomme, de sucre candi et de noir d’ivoire.
Est-il étonnant , après ces faits , que les étoffes ainsi teintes , le feutre et le cuir décomposés par le feu , fournissent de l’acide sulfureux qui provient de l’acide sulfurique ou des sulfates contenus dans ces matières?
J’ai voulu savoir jusqu’à quel point l’eau distillée froide pourrait découvrir l’acide sulfurique qui aurait produit les taches dont je m’occupe. Constamment j’ai obtenu cet acide en laissant macérer dans l’eau froide pendant une heure les parties de drap, de chapeau ou de cuir tachés de très petites portions d’acicle sulfurique concentré ou affaibli, même lorsque j’opérais sur des taches anciennes. Les liquides rougissaient le papier de tournesol, et donnaient, avec le chlorure de barium , du sulfate de baryte blanc , insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique et susceptible d’être transformé en sulfure de barium par le charbon. Mais constamment aussi j’ai obtenu les mêmes résvl-
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tais en agissant sur le même drap, sur le même chapeau , sur le même cuir no» tachés par l'acide sulfurique ; à la vérité, le papier de tournesol était à peine rougi et le sel soluble de barium très légèrement troublé. ( Yov. mon mémoire dans le Journal de Chimie médicale de septembre 1841. )
La Lancette anglaise du 2 octobre de la même année rapporte une expertise confiée au docteur Robert Dundas Thomson , qu’il ne sera pas sans intérêt de consigner ici. Une femme , dans un accès de colère , jeta à la figure d’un homme une grande quantité d’acide sulfurique , qui fut en partie répandu sur son chapeau. Les parties tachées en rouge furent traitées par l’eau distillée bouillante, et il fut aisé de reconnaître dans le liquide la présence de l’acide sulfurique; mais aussi , en traitant les portions de chapeau non tachées de la même manière , la liqueur obtenue fournit de l’acide sulfurique. Ces résultats, conformes à ceux que j’avais décrits dans mon mémoire, engagèrent M. Thomson à déterminer la proportion d’acide sulfurique qu’il était possible de recueillir en soumettant aux mêmes opérations une égale quantité de chapeau taché et non taché, et il vit que la partie tachée donnait 10 centigrammes de sulfate de baryte , tandis que la partie non tachée n’en fournissait que 2 centigrammes 5 milligrammes.
D’après ce qui précède , l’expert chargé de résoudre la question que j’agite devra laisser les parties tachées dans l’eau distillée froide pendant deux heures. Si le liquide filtré rougit le tournesol , qu’il précipite un sel soluble de barium , et qu’étant évaporé presque jusqu’à siccité avec du cuivre métallique , il fournisse du gaz acide sulfureux, on déterminera si ces elïets sont dus à la présence d’un sulfate acide, d’après les moyens indiqués à la page 107; s’il reconnaît que la tache n’est point produite par l’un de ces sels, il pèsera le sulfate de baryte obtenu, et il en comparera le poids à celui qui aura été donné par une égale proportion du même drap, du meme chapeau ou du même cuir non tachés et traités de la même manière.
Si par hasard , ce qui n’arrive que très rarement , l’acide sulfurique qui a produit les taches n’était pas dissous dans l’eau, il faudrait procéder à la décomposition par le feu des parties tachées , en ayant soin toutefois de soumettre aussi à la distillation à feu nu une égale quantité de drap, de cuir, etc. , non tachés . La proportion différente de sulfate de baryte obtenue en dernier ressort par l’un ou l’autre de ces procédés, pourrait permettre à l’expert de se prononcer d’une manière certaine , si la différence était appréciable. ( Mémoire cité. Voy. Journal de Chimie médicale , pag. 484, n° de septembre 1841. )
DES POISONS IRRITANTS
Bleu de composition {acide sulfurique concentré et indigo). Cette liqueur est d’un bleu foncé, plus épaisse que Facide sulfurique et d’une consistance très oléagineuse. Elle rougit le tournesol et élève la température de l’eau , lorsqu’on l’unit à une petite quantité de ce liquide; évaporée jusqu’à siccité , elle dégage des vapeurs d’acide sulfurique lourdes et d’une odeur piquante ; chauffée avec du mercure ou du cuivre , elle fournit du gaz acide sulfureux facile à reconnaître à son odeur. Le chlore liquide concentré et pur ne contenant par conséquent ni de l’acide sulfurique ni des sulfates, celui qui a été préparé, en un mot , en faisant arriver dans l’eau distillée du chlore gazeux parfaitement lavé , lui fait perdre la couleur bleue et lui communique une teinte j aunâtre ; en filtrant la liqueur, on voit qu’elle fournit avec un sel soluble de baryte un précipité de sulfate de baryte blanc, insoluble dans Feau et dans l’acide azotique.
Les matières tachées avec du bleu de composition ne se comportent pas avec l’eau distillée et avec le feu autrement que celles qui ont été simplement tachées avec de l’acide sulfurique, et la présence de celui-ci doit être décelée par les mêmes moyens. ( Voy. p. 119. ) La peau ou les linges tachés avec cette liqueur seraient bleus ou noirâtres, et deviendraient couleur d’acajou, s’ils étaient mis en contact avec une dissolution de potasse ou de soude.
Acide sulfurique introduit dans le canal digestif après la mort.
Expérience ire. — Un petit chien a été pendu à midi ; cinq minutes après, on a injecté dans le rectum environ 2 h grammes d’acide sulfurique concentré à 66 degrés. L’ouverture du cadavre a été faite lelendemain à deux heures. La surface extérieure des gros intestins, depuis l’anus jusqu’à douze travers de doigt au-dessus, était épaissie, d’une couleur blanche, et parsemée d’une multitude de vaisseaux injectés en noir et durs, comme si le sang eût été décomposé par l’acide sulfurique. La membrane muqueuse correspondante à toute cette portion était jaunâtre et se détachait facilement sous forme de flocons lorsqu’on la frottait légèrement avec le scalpel; la tunique musculeuse était blanche, il n’y avait aucune trace de rougeur ; l’acide sulfurique n’avait point noirci et charbonné les tissus avec lesquels il avait été mis en contact. On voyait près de l’anus quelques matières fécales que l’acide avait attaquées; la portion des intestins placée au-clessus de la partie altérée était saine et comme dan-s l’état naturel.
Expérience ne. — La même quantité d’acide sulfurique concentré fut injectée dans le rectum d’un gros chien très bien portant. Il ne tarda pas à éprouver des douleurs cruelles, et périt pendant la nuit.
Ouverture du cadavre. — L’intestin rectum et la moitié inférieure du colon étaient tellement amincis par la destruction de leurs tuniques mu-
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queuse et musculeuse, qu’au moindre contact ils se déchiraient et ne pouvaient être séparés que par fragments. Ces lambeaux, d’une couleur grise cendrée, étaient parsemés à l’extérieur d’une multitude de petits vaisseaux injectés en noir et durcis; on voyait à leur surface interne des matières fécales altérées, que l’on pouvait enlever facilement : alors on trouvait un enduit épais, brun grisâtre, reste des deux tuniques muqueuse et musculeuse qui avaient été gangrenées ; cet enduit pouvait être séparé à l’aide du couteau. La moitié supérieure du colon offrait à l’intérieur une couche jaune floconneuse, produite probablement par la matière jaune de la bile qui avait été mise à nu par l’acide sulfurique; la membrane musculeuse correspondante à cette portion paraissait grise par sa face muqueuse , et d’un rouge foncé par la face séreuse ; elle était aussi parsemée de vaisseaux injectés en noir; enfin la tunique séreuse était d’une couleur cendrée; le cæcum et l’iléum offraient une altération analogue, mais moins intense ; les autres portions du canal digestif étaient saines.
Expérience iii'. — Un gros chien caniche a été pendu; vingt-quatre heures après, on a introduit dans le rectum environ 24 grammes d’acide sulfurique concentré, qui a porté son action principale sur des matières fécales qui se trouvaient en assez grande quantité : aussi celles-ci étaientellc noires , tandis que les tissus n’étaient que légèrement grisâtres.
Conclusions. — Voyez p. 42.
DE L’ACIDE SULFUREUX
Cet acide est limpide et incolore ; son odeur est piquante et semblable a celle du soufre qui brûle ; sa saveur est très marquée. Exposé à l’action du calorique dans des vaisseaux fermés , il fournit une très grande quantité de gaz acide sulfureux , incolore , ayant la même odeur que celle de l’acide liquide. Le proto-chlorure d’étain le décompose , et il se précipite du soufre. Combiné avec la potasse , la soude, etc. , il donne naissance à un sulfite qui peut être obtenu à l’état solide par l’évaporation ; l’acide sulfurique concentré, versé sur ce sel réduit en poudre , le décompose avec effervescence , et en dégage du gaz acide sulfureux facile à reconnaître à son odeur. A l’état gazeux y il est incolore, odorant et sapide, comme le précédent; son poids spécifique est de 2,1930 ; l’eau peut en dissoudre quarantetrois fois son volume environ.
D’après Hallé, le gaz acide sulfureux fait périr les cabiais qui le respirent, en moins d’une minute et un quart : scs effets dépendent de 1 irritation qu’il exerce sur l’arrière-bouche , le larynx, la trachéeartère, les bronches et les poumons. On lit dans Desbois de Rochefort
DES POISONS IRRITANTS
que des ouvriers, habituellement exposés à Faction de ce gaz, éprouvent de la céphalalgie, des ophthalmies, des tremblements, des mouvements spasmodiques du larynx , et une sorte d’asthme sec et convulsif.
Le traitement de l’empoisonnement par cet acide introduit dans l’estomac ne diffère pas de celui que j’ai indiqué en parlant des acides en général. (Voy. page 87. ) S’il s’agissait d’une intoxication produite par cet acide gazeux , il faudrait employer les moyens que j’ai conseillés à l’occasion du chlore gazeux. ( Voy. page 81. )
BU Jj’ACïJDIÎ AZOTIQUE.
Action sur l’économie animale.
Expérience irc. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien robuste et au-dessus de la moyenne taille, 1 gramme ZjO centigrammes d’acide azotique du commerce, mêlé à 50 centigrammes d’eau distillée; immédiatement après, l’animal a éprouvé une grande agitation dans les membres ; il a poussé des cris plaintifs, et il est mort au bout de deux minutes. On l’a ouvert sur-le-champ : les chairs étaient palpitantes ; les battements du cœur étaient peu sensibles; le sang contenu dans le ventricule gauche offrait deux grands caillots d’un aspect gélatineux, d’une couleur rouge noirâtre, nageant dans une petite quantité de sang fluide de la même couleur ; les vaisseaux artériels du thorax renfermaient aussi du sang non coagulé. Les poumons étaient roses et peu crépitants.
Expérience ne. — On a introduit de l’acide azotique dans l’estomac de plusieurs chiens dont l’œsophage a été lié afin d’empêcher le vomissement : ils sont morts au bout de deux, trois ou quatre heures, après avoir présenté les mêmes symptômes que ceux dont j’ai parlé en faisant l’histoire de l’acide sulfurique. L’estomac était corrodé, désorganisé dans quelques points , sans qu’on ait jamais pu apercevoir aucune nuance jaune. Le duodénum était recouvert d’un enduit de matière jaune.
Expérience iii6. — J’ai empoisonné un chien avec 8 grammes d’acide azotique concentré dissous dans 200 grammes d’eau ; j’ai lié l’œsophage et la verge. L’animal est mort six heures après. L’estomac contenait quelques aliments et environ 150 grammes d’un liquide épais , brunâtre, très acide. J’ai saturé ce mélange par du bicarbonate de soude, et j’ai chauffé jusqu’à l’ébullition pour coaguler une certaine quantité de matière animale; j’ai filtré; la liqueur a été soumise pendant une heure à l’action d’un courant de chlore gazeux, qui a fait naître un précipité blanc floconneux; j’ai filtré de nouveau ; la liqueur a été chauffée jusqu’à l’ébullition pendant quelques minutes pour chasser l’excès de chlore , puis je l’ai évaporée jusqu’à siccité. Le produit mis sur les charbons ardents fusait à la manière des azotates ; traité dans un petit tube de verre avec du
DE L’ACIDE AZOTIQUE
cuivre et de l’acide sulfurique étendu du tiers de son poids d’eau, il fournissait du gaz bi-ox\de d’azote, devenant rouge orangé à l’air, et qui brunissait le protosulfate de fer dissous, dans lequel on le faisait arriver; cette couleur brune passait au violet par l’addition de l’acide sulfurique.
L’estomac, lavé à plusieurs reprises avec de l’eau distillée, m’a fourni des eaux de lavage de moins en moins acides, que j’ai réunies et saturées par du bicarbonate de soude; l’azotate formé, ayant été traité par le chlore, etc., comme il vient d’être dit , a laissé un produit dans lequel on démontrait aisément la présence de l’acide azotique par les moyens ci-dessus indiqués.
L’estomac, épuisé par l’eau froide jusqu’au point où ce liquide ne rougissait plus le tournesol, a été coupé en petits morceaux et soumis à l’ébullition pendant une heure avec 400 grammes d’eau et 18 grammes de bicarbonate de soude; le liquide étant refroidi a été traité par le chlore, puis par la chaleur, et ensuite évaporé jusqu’à siccité; le produit, d’un jaune rougeâtre, se décomposait sur les charbons ardents à la manière des substances animales sans fuser ; chauffé avec du cuivre et de l’acide sulfurique concentré dans l’appareil décrit à la page 138, il ne fournissait point devapeurs orangées; mais en faisantarriver le gaz dans une dissolution de protosulfate de fer, celui-ci passait d’abord au jaune, puis au brun , puis au vert foncé; ainsi saturé de gaz , le protosulfate de fer devenait violet par l’addition d’une assez forte proportion d’acide sulfurique concentré.
Foie et rate. — J’ai enlevé ces organes immédiatement après la mort , et après les avoir coupés en petits morceaux , je les ai fait bouillir pendant une heure avec de l’eau distillée et 10 centigrammes de potasse à l’alcool ; le liquide séparé par décantation a été introduit dans une cornue, et chauffé avec 8 grammes d’acide sulfurique concentré et pur ; j’ai distillé jusqu’à ce qu’il ne restât à peu près qu'un tiers du liquide dans la cornue; le produit recueilli dans le récipient était incolore, transparent et acide ; il ne colorait ni le sulfate acide de narcotine ni le protosulfate de fer ; je l’ai saturé par la potasse à l’alcool , et je l’ai évaporé jusqu’à siccité; le résidu ne fusait pas sur les charbons ardents, et ne donnait aucun des caractères des azotates.
La vessie contenait environ 80 grammes d'urine , rougissant assez fortement le papier bleu de tournesol. Chauffé dans une cornue avec 6 gramrfîes d’acide sulfurique concentré parfaitement pur, ce liquide a fourni de Y acide azotique; en effet le produit recueilli dans le récipient était acide, limpide et incolore ; saturé par la potasse à l’alcool et évaporé jusqu’à siccité, il a laissé un sel qui colorait en rouge le sulfate , jaune de narcotine, en brun le protosulfate de fer ; puis, si l’on ajoutait une suffisante quantité d’acide sulfurique, en volet, qui fusait sur les charbons ardents, et qui, décomposé par le cuivre et l’acide sulfurique, laissait dégager du gaz bi-oxyde d’azote, lequel brunissait le protosulfate de fer, etc.
Expérience iv*. — J’ai répété l’expérience avec ù grammes d’acide azo*
DES POJSONS IRRITANTS.
tique concentré dissous dans 200 grammes d’un mélange de lait , de café et de bouillon ; l’animal avait mangé deux heures auparavant, et n’est mort qu’au bout de vingt-huit heures , et après avoir eu plusieurs selles. Le traitement du foie, de la rate et de Yurine a fourni les mômes résultats. Les matières contenues dans l’estomac, après avoir été saturées par le bicarbonate de soude et soumises à l’action du chlore , ont fini par laisser un produit rougeâtre qui ne fusait pas sur les charbons ardents, parce que l’azotate de soude s’y trouvait en trop petite proportion comparativement à la matière organique et qui ne donnait point de gaz acide azoteux visible. Cependant, en faisant arriver ce gaz dans un solutum de protosulfate de fer, celui-ci brunissait, puis passait au violet par l’acldition de l’acide sulfurique concentré. Les tissus du canal digestif, bien lavés et traités de la même manière , se comportaient comme s’ils n’avaient pas contenu la moindre trace d’acide azotique.
Observation lre. — Aubry, femme âgée d’environ trente-cinq ans , avala, pour se suicider, 6û grammes d’eau-forte. On ne lui donna d’abord aucun secours , et ce fut seulement quelques heures après qu’on la transporta à l’hôpital, dans la soirée. Une figure portant l’empreinte d’une morosité sombre, un état d’anxiété continuelle, un frissonnement général, un pouls petit et presque imperceptible , des douleurs sourdes à la gorge et surtout à l’estomac, très intenses au moindre contact sur la région épigastrique, des nausées répétées , des vomissements de temps à autre : tels étaient les principaux symptômes. ( Looeh blanc , dissolu tion de gomme arabique coupée avec du lait.) La surface du corps , et surtout les membres , ne tardèrent pas à devenir froids ; une sueur grasse et glacée se ramassa en grosses gouttelettes sur la face et la poitrine. La malade succomba environ vingt-quatre heures après son entrée à l’hospice.
L’intérieur de la bouche était remarquable par l’altération de la membrane muqueuse, devenue épaisse , blanche, légèrement citrine en quelques places, s’enlevant avec facilité et par petits lambeaux. L’épiderme se détachait de même sur le bord libre des lèvres , dans un espace semilunaire teint en jaune, et dont le contour indiquait les limites du verre avec lequel cette malheureuse avait bu. La langue , la voûte et le voile du palais eussent été facilement dépouillés de la totalité de leur membrane muqueuse, déjà détachée en plusieurs parties; on ne voyait audessous d’elle aucune altération remarquable, sinon un état de sécheresse assez marqué. A la gorge, même altération qu’à la bouche, mais portée à un plus haut degré.
L’œsophage présenta à l’intérieur de son canal un enduit grenu, en apparence crétacé ou plutôt graiss.eux, d’une belle couleur orangée, ayant une surface sèche et absolument dépourvue de mucosités. Cette croûte de la cavité de l’œsophage, sur laquelle se dessinaient des sortes de plis ou sillons verticaux, et qui formait une espèce d’étui enchâssé dans le canal œsophagien, peu adhérente, excepté dans quelques en-
de l’Acide azotique.
droits, n’était autre chose que la membrane muqueuse altérée d’une manière spéciale par l'acide azotique. Ce cylindre, de nature en apparence albumineuse , ayant été enlevé, les autres parties des parois de l’œsophage semblèrent être à peu près dans leur état ordinaire : elles avaient seulement une légère teinte brune.
Le péritoine , le canal intestinal et les a-ulres parties offrirent une couleur rouge sale. L’estomac était fort distendu et couvert de taches noires; il contenait une grande quantité de gaz non fétides et un liquide bourbeux jaune , floconneux et gras, dont une partie plus dense semblait attachée à la surface interne des parois de l’estomac, et y formait une couche grenue , diversement épaisse et d’un jaune verdâtre. On remarquait dans le grand cul-de-sac, à l’endroit qui se trouve vis-à-vis de l’orifice cardiaque, plusieurs taches noires, irrégulières, avec un tel boursouflement morbifique du tissu de l’organe, que cela ressemblait à une substance animale fortement cautérisée et brûlée. De pareilles taches , plus petites cependant, avoisinaient le pylore. L’intérieur du duodénum et du jéjunum contenait un enduit très épais, jaunâtre, comme graisseux, et en tout semblable à celui de l’estomac.
Observation 2e. — Motet, peintre, âgé de trente-deux ans, célibataire, conçoit le projet de s’empoisonner. 11 achète chez un épicier-droguiste 6Zi grammes d’acide azotique très concentré, qu’il avale d’un seul trait, le 26 germinal an vin, à deux heures de l’après-midi. Il n’avait bu ni mangé de la journée. Des douleurs inexprimables annoncent aussitôt l’action forte et rapide de l’acide azotique. Ce malheureux s’agite tout d’un coup, se roule sur le plancher de sa chambre, ne peut se tenir sur son lit. Les vomissements surviennent et sont accompagnés d’un sentiment général de froid plus marqué aux membres. Chaque fois les matières vomies bouillonnent et crépitent sur le carreau. Un médecin appelé lui fait prendre de l’eau de savon et de l’huile. A quatre heures, ce malade est transporté au grand hospice d’Humanilé ( salle des blessés , n° 133). 11 vomit souvent en chemin, et de temps à autre on l’arrête pour le faire boire. A son arrivée, le premier mouvement est aussi de lui donner des boissons adoucissantes en très grande abondance , et surtout de la décoction de graine de lin.
Il était alors dans un état d’agitation continuelle, ayant la physionomie très altérée; il vomissait à chaque instant un liquide noirâtre, glaireux; 11 ouvrait assez facilement la bouche; la langue était blanche, tirant un peu sur le jaune; des douleurs vives se faisaient sentir à la gorge , le long de l’œsophage et dans l’estomac; le ventre, légèrement tendu, ne pouvait supporter aucun contact sans une augmentation excessive des douleurs; froid plus grand à l’extérieur du corps; pouls petit, concentré, fréquent; hoquet; respiration gênée. La marche rapide des accidents , loin de se ralentir, prend à chaque instant une intensité nouvelle. O malheureux ne peut déguiser les regrets qu’il éprouve d’avoir attenté a sa vie. Dans son agitation extrême, il pousse souvent des plaintes, des soupirs étouffés. Ses membres deviennent glacés, une sueur froide couvre
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tout sou corps ; le pouls est presque imperceptible ; les douleurs ne cessent pas un seul moment ; tous les phénomènes sont du plus mauvais présage : ils annoncent une mort prochaine. Le malade fait à chaque instant des efforts inutiles pour satisfaire son besoin pressant d’aller à la selle et d’uriner; il réclame des secours de toutes les personnes qu’il aperçoit et de tout ce qui l’entoure. Cet affreux état dure toute la nuit ; les matières des vomissements deviennent plus claires et de couleur citrine ; il s’échappe enfin quelques gouttes d’urine. L’aspect hideux du corps de cet infortuné ressemble déjà à celui d'un cadavre , et la présence d’esprit est conservée tout entière ; l’imagination paraît exaltée. On administre dans les derniers instants quelques cuillerées d’une potion calmante. Il parlait encore le lendemain matin, à l’instant où il expira, dix-neuf heures après son empoisonnement , et seize après son entrée à l’hospice.
A l’ouverture du cadavre on s'assura que l’action de l’acide s’était bornée aux organes des premières voies. Les parois du pharynx, de l’œsophage , de l’estomac , du duodénum, de la moitié supérieure du jéjunum, avaient augmenté d’épaisseur et de consistance, et offraient une couleur d’un rouge très foncé à leur surface externe. La face interne était généralement enduite d’une couche plus ou moins sèche , plus ou moins grenue, de 5 millimètres d’épaisseur, d’un jaune verdâtre fort beau et très éclatant , qui s’est terni par le contact de la lumière. Les valvules conniventes du duodénum étaient très développées et bouchaient le calibre de cet intestin. Ÿ
Observation 3e. — Marie Roger, âgée de trente-cinq ans, diffamée par sa mauvaise conduite et son libertinage, fut amenée au grand hospice d’Ilumanité par des gens de garde, le 23 pluviôse an ix, à une heure du matin. On apprit très vaguement qu’elle avait pris du poison ; elle présentait peu de signes d’empoisonnement. Interrogée avec soin sur ce qui lui était arrivé, on sut que la veille, vers les trois heures de l’aprèsmidi, se trouvant dans une orgie avec son beau-frère, celui-ci lui avait fait avaler pour ùO centimes d’eau-forte dans du vin blanc, et lui avait fait boire encore après, beaucoup de vin blanc et d’autres liqueurs spiri tueuses, Elle ne fut transportée que dix heures après son accident et san •; avoir reçu aucun secours. Selon son rapport , les douleurs à la gorge et à l’estomac avaient, été très vives, et les vomissements répétés dans les premiers instants. Lorsque cette femme fut amenée , elle ne paraissait pa très malade. Elle s’assit elle-même sur un banc tandis qu’on faisait sot: lit , monta ensuite et se coucha toute seule. Quelques vomissements eurent encore lieu jusqu’à cinq heures du matin. Le chirurgien de garde la trouva si peu souffrante et jugea les phénomènes si légers, qu’il regarda comme très peu fondé le soupçon d’empoisonnement. Il lit administre^’ une potion anti-spasmodique , dans laquelle entraient 30 gouttes d’éthe: sulfurique et environ 8 grammes de sirop diacode , et pour boisson de l’eau d’orge coupée avec du lait.
A huit heures du matin, inspection très attentive de l’état de la ma lade : lèvres blanches ainsi que la langue et l’intérieur de la gorge ; point
Dlî L’ACIDE AZOTIQUE.
de vomissements ; douleurs sourdes et presque milles; abattement génénal; lassitude dans les membres. Bientôt langue sèche, pouls imperceptible, horripilations répétées, sentiment de froid à l’extérieur du corps, et surtout aux membres, envie pressante d’aller à la selle, et constipation rebelle ; anxiétés, empreinte de mélancolie. Le médecin qui la soignait douta qu’elle fût empoisonnée, et particulièrement avec l’acide azotique ; il crut reconnaître dans son état les caractères d’une fièvre adynamique : il lui donna une potion antispasmodique et des boissons délayantes, telles que la dissolution de gomme arabique et le lait coupé avec l’eau d’orge. Le défaut d’altération très considérable à l’intérieur de la bouche, l’absence des douleurs, le* lassitudes dans les membres, la prostration des forces motivaient jusqu’à un certain point cette opinion. Bien ne changea jusqu’au jour suivant. A une heure après midi, cette femme sortit seule de son lit pour aller à la selle sur un bassin ; une heure après elle expira pour ainsi dire subitement , en serrant avec force les bras d’une personne qui lui donnait des soins, et en s’écriant : Je me meurs.
A l'examen cadavérique on remarqua d’abord la fermeté générale des chairs, leur fraîcheur, signes de la violence de la mort. Le tissu cellulaire était chargé d’une graisse très compacte; l’épiderme du milieu du bord libre des lèvres paraissait épaissi, jaune, et se détachait en partie. A l’ouverture de l'abdomen il s’écoula un litre environ d’un liquide jaune de la consistance d’une purée contenant des flocons plus ou moins solides, de la couleur qui était généralement répandue dans l’intérieur du ventre, et ayant une odeur très pénétrante , semblable à celle de l’éther. Le péritoine. devenu plus épais, était fort altéré en plusieurs points, enflammé, sali par des lames d’albumine concrète, d’une couleur très jaune ; il présentait des points d'adhérence multipliés avec la grande courbure de l’estomac, et de l’un à l’autre il y avait des brides résultant sans doute de l’inflammation de l’intérieur de l’abdomen. Le lobe gauche du foie, fortement teint en jaune à l’extérieur, offrait une surface grasse et onctueuse au toucher; du reste, le tissu de cet organe paraissait dans l’état naturel. La vésicule du fiel, allongée et cylindrique, étendue de quatre ou cinq travers de doigt, et très pleine, avait une couleur brune tirant sur le noir. L’estomac présentait un changement déformé remarquable; il affectait, surtout à sa droite, une disposition triangulaire; sa direction semblait presque verticale par l’abaissement de sa grande courbure; le pylore, supérieur d’environ G ou 8 centimètres, restait en contact avec la vésicule du fiel. Cet organe, racorni et ferme dans certains endroits, avait, presque dans toute son étendue, une couleur brune; ses vaisseaux, très injectés, étaient gorgés d’un sang coagulé. Tous les viscères abdominaux ne formaient qu'une masse au moyen des adhérences produites entre eux par l’inflammation du péritoine et 1 interposition des couches albumineuses. Au premier aspect, les intestins paraissaient à peu près sains, excepté le jéjunum, qui était noirâtre, affaissé, d'une grande mollesse; le péritoine dont il était recouvert , profondément altéré, se détachait aisément. L’arc
transversal du colon était intact , mais il contenait des matières fécales
DES POISONS IRRITANTS
très dures. On trouva l’intestin duodénum frappé de gangrène à ses deux courbures et dans toute l’épaisseur de ses parois.
Dans la poitrine il n’y avait rien de remarquable , à l’exception du lobe inférieur du poumon gauche, qui était gorgé de sang, enllammé à sa surface, adhérent au diaphragme, pareillement enflammé. Un épanchement d’environ 120 grammes de sérosité lactescente, remplie de concrétions albumineuses pareilles à celles du ventre, avait lieu dans cet endroit. Sans doute cette affection inflammatoire locale dépendait du voisinage de l’estomac , siège de l’altération principale.
La membrane interne de la bouche , épaissie , légèrement tachée en jaune, s’enlevait partout avec facilité. La langue était fort sèche, les amygdales rouges et tuméfiées, l’arrière-bouche généralement enflammée, l’œsophage enduit d’une matière jaune , sèche, en apparence graisseuse ou crétacée; sa membrane interne, confondue dans l’épaisseur de cet enduit , se détachait aisément et était sillonnée par des plis verticaux.
L’estomac présentait, dans le fond de son grand cul-de-sac, trois ouvertures voisines les unes des autres, de la grandeur d’un écu de trois francs , à bords fort amincis , usés , ou plutôt dissous. Il était fort épais et très rétréci dans le reste de son étendue. On trouva dans sa cavité quatre corps solides de !\ centimètres environ d’étendue en surface carrée , et d’un centimètre d’épaisseur, de nature graisseuse , et ressemblant à des morceaux informes de suif. Cette substance exposée à la chaleur fondit comme de la graisse , et mise en contact avec la lumière d’une chandelle , donna une belle flamme très blanche.
Un enduit ou espèce de pâte jaunâtre et graisseuse, plus épais vers le petit cul-de-sac et l’orifice pylorique , couvrait la face interne de l’estomac et en cachait de larges taches gangréneuses , s’avoisinant les unes des autres depuis le fond du grand cul-de-sac jusqu’au. petit. Tous ses vaisseaux étaient extrêmement distendus et remplis de sang noir et coagulé.
A l’intérieur du duodénum on trouvait un état parfaitement analogue à celui de l’estomac, un enduit jaune, etc. Lorsqu’on découvrait les valvules conniventes , elles paraissaient toutes brûlées. Le commencement du jéjunum était fort altéré , et cette altération allait toujours en décroissant. Du milieu de l’iléon à l’anus, le canal intestinal, parfaitement intact , ne contenait plus de matière jaunâtre comme la portion supérieure du tube alimentaire.
Le liquide épanché dans le ventre , et qui sans doute avait passé à travers les trous de l’estomac , fut recueilli et conservé ; il paraissait être le résultat du mélange d’une portion de l’acide azotique avalé avec les boissons, le lait , etc. ; son odeur éthérée , très pénétrante, dépendait probablement de l’éther pris dans les potions antispasmodiques. Ce liquide resta long-temps sans s’altérer, et ensuite la putréfaction la plus complète s’en empara. (Cette observation, ainsi que la première et la seconde, sont tirées de la Monographie de Tarira.)
Observation lx\ — Victoire Pillet, âgée de vingt-quatre ans , d’une
DE L’ACIDE AZOTIQUE
forte constitution, désespérée de voir son amant livré à la débauche la plus scandaleuse , cherchait depuis long-temps les moyens de se détruire. Persuadée qu’elle pouvait se donner la mort en avalant de l'émétique, elle en avait pris 2 grammes 20 centigrammes, en 1812, qui n'avaient occasi mné que des vomissements abondants et des selles copieuses. Accablée de malheurs, cette infortunée eut recours à l’eau-forte, dont elle connaissait les propriétés corrosives. Le 6 juin 1812 , à quatre heures du matin, quinze jours après la première tentative d’empoisonnement, elle avala tout d’un trait 32 grammes d’acide azotique concentré , dans lesquels elle avait mêlé environ 8 grammes d’acide sulfurique (huile de vitriol), afin que le poison la traitât avec sévérité : telles étaient ses propres expressions. Aussitôt après l’ingestion de ce puissant caustique. Victoire fut en proie aux plus horribles symptômes tels que des douleurs déchirantes à la gorge et dans l’abdomen, une ardeur brûlante le long de l’oesophage et dans la région de l’estomac, des vomissements continuels de matières d’un vert noirâtre et glaireuses, des coliques violentes , des angoisses continuelles, un état de malaise inexprimable, une sensation très marquée de froid à l’extérieur du corps, etc. On la transporta à l’Hôtel-Dieu à sept heures du matin, et on lui fit prendre sur-le-champ lx grammes de magnésie calcinée, délayée dans un verre de tisane émolliente. A peine ce médicament était-il ingéré , que la malade entra dans une fureur extrême , et protesta qu’elle ne prendrait plus de médicaments qui la soulageraient ; qu’elle n’avait rien avalé depuis le moment de l'empoisonnement dans l’intention de mourir plus tôt. On la força cependant à boire de nouvelles doses de magnésie , et on lui donna une très grande quantité de boissons mucilagineuses. Je l’observai, pour la première fois, à huit heures du matin, quatre heures après l’accident; voici quel était son état : face pâle, conjonctive injectée, yeux animés et hagards, taches jaunes sur le bord de la lèvre supérieure , membrane muqueuse de la bouche d’une couleur blanche citrine ; langue jaune, croûteuse et sillonnée; douleurs vives à la gorge; vomissements, de temps à autre, de matières jaunes et noires entremêlées, épigastralgie des plus violentes, douleurs atroces dans tout l’abdomen, constipation; pouls petit, fréquent et serré, frissonnements, froid extrêmement sensible aux membres, respiration un peu accélérée, anxiété très marquée, nulle altération dans les facultés intellectuelles; libre exercice des sens externes et des mouvements. (Quinze sangsues à V épigastre , eau de gomme édulcorée, trois lavements émollients et narcotiques.) A dix heures, continuation des vomissements, qui étaient provoqués surtout par l’ingestion des liquides; dédire furieux, agitation extrême de tout le corps, souffrances horribles, figure rouge. A midi, difficulté de parler, déglutition impossible, mouvements convulsifs des muscles de la face; pouls extraordinairement fréquent et petit. Mort à une heure.
Ouverture du cadavre. — douleur extrême des membres, surtout des abdominaux ; couleur citrine de toutes les parties de la bouche, pharynx d'un rouge vif, œsophage peu altéré , estomac énormément dis-
DES POISONS IRRITANTS
tendu, n’offrant aucune lésion remarquable à l’extérieur, rempli d’un liquide jaune , flocon. .eux; sa surface interne d’un rouge cerise dans toute son étendue, excepté vers le pylore, où l’on remarquait deux petites taches noires formées par du sang veineux extravasé ; les vaisseaux de ce viscère très dilatés, comme injectés ; duodénum et jéjunum recouverts par une couche épaisse d’une matière jaune serin , se détachant facilement ; nulle perforation dans le canal digestif, nul épanchement dans le bas-ventre ; péritoine très légèrement injecté. Les autres organes paraissaient dans leur état naturel ; le cerveau et les membranes qui le recouvrent n’offraient aucune altération sensible.
Observation 5e. — Marie Coteret, polisseuse , âgée de cinquante ans , prit, le 8 janvier 1814 , un verre à liqueur plein-d’acide azotique : dans l’instant même , elle éprouva une douleur et une ardeur excessives dans la bouche, la gorge, l’œsophage et l’estomac. Environ une heure après, elle eut deux ou trois vomissements de matières liquides, jaunâtres et muqueuses, fort peu. abondantes. Au bout de dix-huit heures, elle fut transportée à l’Hôtel-Dieu sans avoir reçu aucun secours depuis Laccident. On lui lit boire une très grande quantité d’infusion tiède de^graine de lin , qu’elle ne tarda pas à rejeter avec de nouvelles matières analogues à celles qu’elle avait déjà rendues, et qui contenaient des flocons muqueux , roussâtres et épais.
Le lendemain, à l’heure de la visite, la ligure était pâle; la langue, couleur de safran, offrait des croûtes, des sillons, était tuméfiée , tremblante , et il était impossible à la malade de la faire sortir hors de la bouche; le palais et les autres parties de la cavité buccale, d’une couleur blanche, étaient traversés de stries rouges; les commissures des lèvres et le pourtour du menton, sur lesquels la matière ingérée et expulsée paraissait avoir coulé , offraient la même couleur jaune que la langue ; la respiration était bruyante, la voix extrêmement sourde, confuse et nasale; la déglutition était presque impossible; la tête, l’estomac, les lombes et l’abdomen étaient très douloureux ; la plus légère pression augmentait les douleurs des différentes régions du bas-ventre; le poids, peu fréquent, était un peu dur et ;,n peu concentré. ( Douze sangsues sur Vàbdomen , suivie « fomentations émollientes , douze sangsues à l'anus , un jul^p gommeux , eau d’orge édulcorée et gommée , trois pots.) Le soir la malade eut une selle avec beaucoup d’épreintes ; point de sommeil pendant la nuit ; continuation des douleurs , sans que la malade se plaignît beaucoup.
Le lendemain (troisième jour de la maladie), le pouls paraissait un peu moins dur ; la langue était un peu moins jaune à sa base et sur ses parties latérales ; le centre offrait une couleur brune ; des pellicules blanchâtres semblaient vouloir se détacher des parties latérales de cet organe; douleurs dans toutes les parties du corps. ( Julcp gommeux, eau de gomme édulcorée, trois pots.) Pendant la nuit, la malade a eu deux selles , et n’a point dormi.
Le jour suivant ( quatrième jour de la maladie), coucher en supina-
I)E L’ACIDE AZOTIQUE
tion , le tronc élevé et les jambes étendues; yeux éteints, figure pâle et cadavérique, excepté les pommettes , qui étaient injectées et livides ; langue de couleur naturelle, humide et nette, si ce n’est vers sa pointe ; respiration beaucoup plus fréquente que la veille, laborieuse et râlante; poids mou et très accéléré ; chaleur de la peau naturelle : cependant la malade avait un tremblement de tout le corps ( julcp orange ). Les boissons étaient rejetées par les narines , quelles que fussent leur nature et leur quantité. Elle a succombé ce meme jour à une heure après-midi. Vingt heures après la mort, les membres étaient extrêmement roides ; les viscères, ainsi que toute la surface du corps, étaient encore chauds, quoique la température fût à 5° au-dessous de zéro , et que le cadavre eût été placé sur la pierre depuis le moment où la malade avait expiré. Les deux mâchoires étaient tellement serrées l’une contre l’autre , qu’on ne parvint à les séparer qu’en faisant les plus grands efforts et en coupant tous les organes destines à leur rapprochement. L’intérieur de la bouche , la langue et le palais étaient très pâles ; une mucosité séreuse assez abondante recouvrait l’arrière-gorge; le tiers supérieur de l’œsophage ne présentait rien de remarquable ; il était desséché , et teint en vert dans tout le reste de son étendue. L’estomac, noirâtre à l’extérieur, était si contracté, qu’on pouvait à peine y introduire le doigt ; en l’ouvrant, on Voyait qu’il était vide; ses parois étaient phlogosées, épaissies, durcies, comme boursouflées , surtout vers le grand cul-de-sac ; leur couleur était rouge-brune foncée tirant sur le noir; les points les plus enflammés offraient la couleur du charbon ; les membranes muqueuse et musculeuse étaient détruites dans certains endroits, et la tunique séreuse, restée seule, se laissait traverser avec une extrême facilité. Le pylore était oblitéré. Nulle altération dans le duodénum. Tous les autres organes paraissaient être dans l’état naturel. (Observation communiquée par Rozier la Cardonière. )
Observation 6e. — Un artiste , âgé de trente-six ans , avala , dans un moment de désespoir, plus d’un demi-verre d’eau forte. Bientôt il éprouva une chaleur et une irritation très grandes au gosier et jusqu’à l’estomac. L’agacement de ce viscère détermina le vomissement de la plus grande partie de ce fluide meurtrier, ou du moins de toute sa portion surabondante et non employée à la corrosion des parties en contact. M. Desgfanges, averti de suite, trouva le malade vomissant avec des efforts presque convulsifs. L’eau qu’on lui donna était chargée, d’acide qui lui agaçait les dents d’une manière pénible. Les douleurs intérieures étaient aiguës; elles tenaient du déchirement et de l’érosion. On administra aussitôt l\ grammes de magnésie pure délayée dans un demi-verre d’eau sucrée, et sur-le-champ le malade se sentit soulagé. Cependant le vomissement reparut peu après, mais avec moins de fatigue, avec moins d'expression des parties souffrantes : 2 grammes du remède le firent disparaître entièrement. On en fit prendre ensuite 1 gramme 3 décigr. de demiheure en demi-heure , et en moins de trois heures le malade ne souffrait plus : il conservait d»3 la sensibilité dans la région de l’estomac, mais rien
DES POISONS IRRITANTS
d’aigu ni de déchirant : il assurait qu’à chaque breuvage blanchi par la magnésie , il sentait comme un mucus , un enduit de velours ( c’était son expression) qui garnissait, à son grand soulagement, toutes les parties corrodées , en affaiblissant l’extrême sensibilité , et faisait fuir la douleur.
Le lendemain, on observa un gonflement et une tension considérables au-dedans de la gorge ; le dehors était tuméfié également , la respiration gênée, la déglutition douloureuse et presque impossible; il y avait des escarres nombreuses au fond de la bouche. On fit faire deux saignées en moins de douze heures : l’une d’elles fut pratiquée au pied; on rendit les lavements plus purgatifs, les premiers étant restés sans effet ; on donna en même temps une assez haute dose d’huile douce de ricin dans un looch blanc. Les évacuations qui s’ensuivirent décidèrent un amendement dans les souffrances qui rassura le malade. Vers le sixième jour, il se plaignit d'une augmentation de chaleur et d’agitation , et il parut à la peau, vers le soir, une éruption comme miliaire accompagnée d’une grande démangeaison : les diaphoniques doux et miellés, bus tièdes et en abondance, suffirent pour la faire disparaître (1).
Observation 7e. — Catherine O’Neil , âgée de quarante ans , d’une bonne constitution , mais se livrant de temps en temps à l’ivrognerie , reçut une certaine quantité d’acide azotique dans l’oreille droite , dans un moment où elle était plongée dans l’ivresse. Je la vis huit jours après. Elle me dit que , le 6 juin 1833 , elle avait été réveillée par une douleur brûlante très vive , ayant son siège dans l’oreille droite. Cette douleur avait continué, bien qu’avec moins d’intensité, pendant deux ou trois jours, et avait ensuite disparu entièrement. Depuis ce moment, elle était restée extrêmement faible, incapable de se tenir debout sans aide, et avait gardé le lit; mais elle n’avait eu ni soif, ni douleur de tête, ni chaleur à la peau.
La fille de cette femme raconta que son père , rentrant chez lui et trouvant sa femme ivre dans son lit, sortit, et revint au bout de quelques minutes ; qu’il versa dans l’oreille de cette dernière une grande partie du liquide contenu dans une fiole qu’il avait dans sa poche ; que la partie latérale de la face et du cou de sa mère prit immédiatement une couleur jaune que l’on ne put enlever parle lavage. Au bout de six jours, une escarre membraneuse, épaisse, cornée, se détacha du conduit auditif. Cette élimination fut suivie , le lendemain , d’une hémorrhagie très abondante, qui donna environ 600 grammes de sang. Le jour suivant , la malade perdit complètement l’usage de son bras droit, et devint tellement faible que sa famille désespéra d’elle, et que son mari, prévoyant le sort qui lui était réservé , tenta de se suicider en se coupant la gorge.
Au moment de ma visite, huit jours après l’accident, il y avait plusieurs ulcérations à la surface de l’oreille , surtout dans la conque ; le lobule semblait avoir entièrement perdu sa vitalité. Une partie de la face et
(1) Recueil périodique de la Société de Médecine , rédigé par Sédillot, tom. vi, p. IL
DE L’ACIDE AZOTIQUE
du cou était également ulcérée ; un écoulement ichoreux peu abondant sortait du méat externe; l’ouïe était complètement abolie. Il n’y avait ni céphalalgie , ni aucun appareil fébrile. Le pouls était à quatre-vingt-huit, petit, faible et intermittent. La température de la peau était plus basse qu’à l’état normal. Il n’y avait ni stupeur, ni respiration siertoreuse , ni vertiges. L’affaiblissement seul paraissait devoir attirer l’attention.
Malgré le tamponnement de l’oreille et l’emploi des lotions astringentes, combinés avec l’usage interne des toniques, des bouillons de viande, etc., l’hémorrhagie se reproduisit chaque jour, pendant environ un mois, avec assez d’abondance. Au bout de ce temps, elle cessa; mais la débilité avait fait des progrès.
Quinze jours après le début de la maladie , toute la moitié droite du corps, dont la paralysie s’était établie peu à peu, était complètement soustraite à l’empire de la volonté , et agitée de tremblements fréquents qui se manifestaient même quand la malade était dans son lit. Celte paralysie avec tremblements persista pendant environ cinq semaines, au bout desquelles il se manifesta une amélioration marquée , tant sous ce rapport que sous celui de l’état général. Les muscles du côté droit étaient revenus un peu sous l’influence de la volonté, et les tremblements avaient presque cessé. Alors la malade résolut d’aller voir son mari à l’hôpital , où elle se rendit en s’appuyant sur deux personnes. A son retour chez elle, elle se trouva épuisée , et tomba dans un état de prostration générale , d’où elle ne se releva point. Le côté qui avait été paralysé fut libre de tremblement, et soumis à la volonté, pendant plusieurs semaines avant la mort, excepté le bras, qui était toujours resté complètement paralysé. L’articulation des mots resta distincte , les facultés intellectuelles furent intactes. Il y eut un peu de toux , avec expectoration muco-purulente et des sueurs noclurnes. La mort eut lieu six semaines après l’entrée de la malade à l’hôpital.
Autopsie cadavérique. — L’émaciation était considérable. La partie inférieure de l’oreille droite était détruite. Une cicatrice recouvrait la portion restante. Le conduit auditif externe était beaucoup plus large qu’à l’état naturel. La dure-mère ne présentait rien d’anormal, exceplé en un point de l’étendue d’une pièce de 10 centimes, correspondant au trou auditif interne, qui semblait avoir une coloration un peu plus foncée qu’à l’ordinaire , mais n’offrait ni épaississement ni adhérences. Il n’y avait aucun épanchement de sérosité, ni de lymphe, ni de pus; mais un caillot sanguin, du volume d’un pois, bouchait exactement l’entrée du conduit auditif interne. Aucune partie du cerveau ne parut altérée, à l’exception de la portion qui correspondait au rocher du temporal droit, et qui était le siège d’un léger ramollissement; état sur lequel on pouvait élever des doutes. Le rocher du temporal droit était entièrement carié. Le nerf de la septième paire du cô'é droit comparé avec celui du côté opposé, semblait atrophié. La tête n’offrit rien autre chose à noter. Les poumons parurent sains.
Cette observation est intéressante à plusieurs titres : 1° à cause du
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moyen nouveau et bizarre auquel on eut recours pour donner la mort ; 2° à cause de l’existence simultanée de la paralysie complète du bras et de la paralysie avec tremblement de la moitié du corps du même côté , symptômes survenant après la lésion décrite , se manifestant après d’abondantes hémorrhagies , et dont l’un , la paralysie avec tremblement , disparut après que les hémorrhagies eurent été suspendues; 3° à cause du développement d’une carie étendue à toute la portion pierreuse du temporal , sans douleur et sans aucun signe qui pût , soit avant , soit après la mort , indiquer certainement un état inflammatoire du cerveau ou de ses membranes. ( Archives générales de médecine , tome XI , page 104. )
Symptômes de l’empoisonnement par l’acide azotique
Indépendamment des symptômes qui ont été décrits en parlant des acides en général (Vov. pag. 87), on voit cpie l’intérieur de la bouche et de l’arrière-bouche est d’un blanc mat , que la membrane muqueuse est épaissie et comme brûlée , que la surface de la langue est très blanche et dans quelques cas d’une couleur orangée , que les dents sont quelquefois vacillantes et leurs couronnes jaunes. Chaque bord libre des lèvres est presque toujours marqué d’une ligne courbe, qui offre dès les premiers instants une couleur blanche ou légèrement citrine ; il existe assez souvent des taches jaunes sur le menton , les doigts, etc.
Lésions de tissus produites par l’acide azotique.
Lorsque les individus succombent peu de temps après l’ingestion de cet acide , on observe les altérations suivantes : couleur plus ou moins orangée de l’épiderme du bord libre des lèvres, qui paraît brûlé et qui se détache très aisément; membrane interne de la bouche d’une couleur blanche , souvent citrine ; dents fréquemment vacillantes , offrant à leur couronne une teinte jaune très marquée; inflammation de la membrane muqueuse de l’arrière-bouche et du pharynx; à la surface de l’œsophage, un enduit de matière jaune, grasse au toucher, qui paraît formée à la fois par de l’albumine concrète et par la membrane muqueuse altérée d’une manière particulière; inflammation plus ou moins violente de l’estomac , principalement vers le pylore et le commencement du duodénum; quelquefois des taches gangréneuses dans les parois de ces organes , qui présentent aussi des réseaux de vaisseaux sanguins multipliés, dilatés, remplis d’un sang noir et coagulé; ils sont amincis, comme dissous et prêts à se déchirer au plus léger contact; un enduit épais, grenu, en forme de pâte, de couleur jaune
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verdâtre, tapisse l’intérieur de ces viscères, qui renferment une grande quantité d’une matière de couleur jaune, de la consistance d’une bouillie, dans laquelle sont des flocons semblables à du suif; rides de l’estomac très brunes et réduites en mucilage; pylore très rétréci; parois du duodénum et du jéjunum tachées en jaune tirant quelque* fois sur le vert; diminution de ces altérations à mesure que les parties où on les observe sont plus éloignées de l’estomac ; gros intestins ordinairement remplis de matières fécales très dures et moulées; péri» toine épaissi, dur, d’un rouge sale , recouvert de couches albumineuses , qui réunissent , par des adhérences très multipliées , tous les viscères ; distension très grande de l’estomac dans quelques circonstances ; dans d’autres , réduction de ce viscère à un très petit volume , ce qui a principalement lieu dans les cas nombreux où il a été percé ; alors, épanchement énorme dans le ventre d’un liquide épais, jaune et floconneux ; inflammation plus ou moins considérable , plus ou moins générale de tous les autres viscères abdominaux et de la poitrine ; quel* quefois des taches jaunes sur les mains ou sur d’autres parties: elles ont été produites par une petite quantité d’acide azotique échappé du vase dans lequel on a bu ce poison.
Je renvoie à l’histoire de l’empoisonnement lent tout ce qui est relatif aux lésions de tissus développées par l’acide azotique chez les individus qui n’ont succombé que long-temps après avoir pris cette substance vénéneuse.
Tartra , dans son beau travail sur l’acide azotique , a fait un grand nombre d’expériences sur le cadavre , dont les résultats méritent d’être exposés comme complétant la solution du problème qui m’occupe.
1° On a introduit Gù grammes d’acide azotique dans un estomac vide , isolé du cadavre , et encore continu à l’œsophage ; on l’a laissé séjourner pendant douze heures : il s’est dégagé beaucoup de gaz bioxyde d’azote, puis du gaz azote et de l’acide carbonique ; le grand culde-sac et la longue courbure de l’estomac offraient des taches très larges qui , à l’instant même , ont paru blanches h l’extérieur de l’organe , et sont bientôt devenues jaunes. Au bout de quelques heures, l’étendue de ces taches était très augmentée; les parois de l’estomac, devenues très jaunes en dedans et en dehors, avaient un aspect graisseux; on a trouvé dans ce viscère 60 grain, environ d’un liquide épais, d’un beau jaune, presque entièrement formé par de l’acide azotique affaibli. Lorsqu’on laissait séjourner l’acide dans l’estomac pendant quatrejours, ce viscère était en quelque sorte dissous ; il s’en allait en pièces au moindre contact ; on pouvait aisément le réduire en une espèce de pâte grasse d’un très beau jaune , susceptible d’oxyder promptement le fer et le cuivre par son contact.
DES POISONS IRRITANTS
2° On a versé dans l’estomac une plus ou moins grande quantité d’eau pure , de vin , d’eau-de-vie , de lait , de bouillon , etc. ; puis on y a introduit 64 grammes d’acide azotique. Ce corrosif, singulièrement affaibli, a exercé une action beaucoup moins forte : comme il était disséminé sur un plus grand nombre de points , presque toute la membrane interne a paru affectée; elle avait une teinte jaune, semblait légèrement épaissie , onctueuse sous les doigts , et se séparait aisément des membranes plus extérieures.
3° Avant de faire arriver l’acide azotique dans l’estomac , on l’a rempli de substances solides représentant des aliments : l’action de l’acide a été partagée entre les matières solides alimentaires et la paroi de cet organe ; quelquefois même elle s’est portée en plus grande partie sur les substances étrangères , et souvent n’a produit sur l’organe qu’une tache jaune assez légère, et quelquefois bornée à la membrane muqueuse.
D’autres essais tentés sur les animaux vivants ont porté Tartra à conclure, l°que l’acide azotique , introduit en petite quantité dans le tube alimentaire , se combine aussitôt et entièrement avec le tissu animal; 2° qu’à plus forte dose, il agit de même à l’instant du premier contact , mais reste en grande partie dans l’estomac , où il est alors libre et affaibli; 3° que, dans ce dernier cas, il continue d’agir jusqu’à sa disparition complète , insensiblement opérée dans l’espace de quelques heures, et constamment avec plus de rapidité que sur le cadavre, à cause de l’influence très marquée de l’état vivant des organes gastriques , et surtout de la propriété accélératrice de la chaleur animale.
Conclusions . — Il résulte des faits qui précèdent que l’acide azotique produit la mort des animaux par une action en tout semblable à celle de l’acide sulfurique.
Traitement de l’empoisonnement par l’acide azotique.
Voyez page 87.
Recherches médico-légales.
L’acide azotique pur est sous forme d’un liquide incolore , odorant, doué d’une saveur acide si âcre et si caustique , qu’il brûle et détruit les matières organiques; son poids spécifique est de 1,554. Une seule goutte de cet acide rougit une grande quantité d 'infusum de tournesol ; il colore constamment la peau et les autres tissus animaux en leur donnant une teinte plus ou moins jaune. Chauffé dans une petite fiole avec du charbon, du soufre ou du phosphore, il est
DE L’ACIDE AZOTIQUE
décomposé au bout de quelques minutes d’ébullition , et fournit du gaz acide azoteux jaune-orangé. Versé sur de la limaille de cuivre, il produit une vive effervescence, répand des vapeurs jaunes-orangées ( gaz acide azoteux ) , et se transforme en azotate de cuivre d’une couleur verte, qui ne tarde pas à devenir bleue. La potasse, la soude, la baryte, la strontiane, etc. , combinées avec l’acide azotique, forment des sels qui, étant évaporés, desséchés et mis sur les charbons rouges, animent leur combustion , et produisent une inflammation si rapide, qu’il y a un dégagement considérable de lumière et de calorique , et une dilatation qui occasionne plus ou moins de bruit et de mouvement de projection.
Acide azotique étendu d’eau. — S’il n’est pas trop affaibli, il se comportera, comme il vient d’être dit, avec les réactifs précités. S’il est assez étendu d’eau pour ne plus agir sur le cuivre ni à froid ni à chaud, alors même qu’il serait excessivement affaibli : 1° il rougira le papier de tournesol ; il changera la couleur jaune de la narcotine, délayée ou dissoute dans l’acide sulfurique concentré, en une couleur rouge de sang : ce réactif est infiniment plus sensible que la morphine, conseillée par M. O’Shaugnessey et par M. Devergie , et que le proto-sulfate de fer ; 2° saturé par de la potasse ou de la soude à l’alcool, et évaporé jusqu’à siccité , il fournira un azotate solide qui fusera sur les charbons ardents, c’est-à-dire qui accélérera la combustion de ces charbons , et qui , étant chauffé dans un petit tube de verre avec de la limaille de cuivre, quelques gouttes d’eau et un peu d’acide sulfurique concentré, répandra des vapeurs jaunes-orangées d’acide azoteux ( hypo-azotique ). La brucine, délayée ou dissoute dans l’acide sulfurique, devient aussi rouge de sang par son mélange avec un atome d’acide azotique ; cet alcaloïde , plus sensible encore que le sulfate de narcotine , ne me paraît pas devoir être préféré à la narcotine dans la grande généralité des cas, précisément à cause de son excessive sensibilité ; en effet, nous savons combien il est difficile de trouver aujourd’hui de l’acide sulfurique qui ne contienne pas d’acide azotique, il arrivera donc souvent qu’en versant sur de la brucine de l’acide sulfurique réputé pur, et qui aura été convenablement distillé, l’alcali organique sera rougi, alors même que la matière suspecte ne renfermera pas un atome d’acide azotique. On peut néanmoins recourir à la brucine , pourvu que l’on s’assure d 'avance que l’acide sulfurique dont on voudra faire usage, employé seul , ne rougit pas cette base.
Si la quantité d’azotate dont on peut disposer est excessivement minime et insuffisante pour que l’on aperçoive les vapeurs orangées, on constatera son action sur les charbons ardents en en mettant un
atonie sur ces charbons , et le restant sera employé à faire l’expé~ rience suivante : après avoir mêlé le sel avec de la limaille de cuivre, on l’introduira clans un tube de verre A avec deux ou trois gouttes d’eau , et cinq à six gouttes d’acide sulfurique concentré et pur; on chauffera ce tube, afin de faire arriver le gaz bi-oxvde d’azote qui se dégagera, dans une dissolution de trois ou quatre gouttes de sulfate de narcotine, placé d’avance dans un tube t d’un très petit diamètre; à peine le gaz bi-oxyde d’azote sera-t-il parvenu jusqu’à la narcotine, que celle-ci se colorera en rouge de sang.
On peut , au lieu de sulfate de narcotine , se servir de quelques gouttes d’une dissolution de proto-sulfate de fer, qui, à la vérité, est moins sensible que le sulfate de narcotine ; ce proto-sulfate se colorera instantanément en brun noirâtre (couleur de café) , et si, après l’expérience, on le mêle avec cinq, sept ou dix fois son volume d’acide sulfurique concentré , il acquerra une couleur violette ou rose. Parmi les acides faibles connus , les acides azotique et azoteux sont les seuls qui , étant saturés par la potasse à l’alcool , se comportent ainsi avec les sulfates de narcotine et de fer . Priestley et Davy ont prouvé ks premiers que les proto-sels de fer absorbent le gaz bi-oxyde d’azote. M. Desbassyns de Richement a fait connaître en 1832 la série des couleurs que l’on obtient avec ce gaz, le proto-sulfate de fer et l’acide sulfurique concentré. M. Péligot a annoncé, en 1833, qu’il suffit de faire passer quelques bulles de gaz bi-oxyde d’azote à travers un solutum de proto-sulfate de fer pour obtenir un liquide brun foncé presque noir, et qu’en versant une goutte de cette liqueur brune dans une assez forte proportion d’acide sulfurique concentré , celui-ci acquiert une belle couleur violette. (Journal de pharmacie , décembre 1833.) Depuis quatre ans, dans mes leçons à la Faculté, j’ai appliqué ce fait à l’histoire de l’empoisonnement par l’acide azotique.
La morphine est colorée en jaune-orangé par l’acide azoteux, et si, dans cet état, on la touche avec une goutte de potasse à l’alcool, elle devient rouge amarante ; mais cette réaction est beaucoup moins sensible que les précédentes, et ne doit par conséquent pas être tentée.
Liobig avait proposé, pour constater la présence de très petites proportions d’acide azotique très étendu d’eau , de chauffer ce corps avec du sulfate d’indigo et de l’acide sulfurique ; la décoloration de
DE L’ACIDE AZOTIQUE
l’indigo devait être une preuve de l’existence de l’acide azotique ; mais j’ai fait voir en 1828, bien avant M. O’Schaugmessey, quoi qu’en dise M. Devergie , que les acides chloreux , iodeux , etc. , affaiblis , agissent exactement de même sur le sulfate d’indigo, et qu’il faut par conséquent renoncer à ce mode d’expérimentation. ( Y. Journal de chimie médicale , tome IY , page h 09 , année 1828. )
Acide azotique mêlé à divers liquides alimentaires (lait, thé, café, sucre, vin) , à la bile , au sang , à la matière des vomisset ments et aux liquides contenus dans le canal digestif. ■ — L’eau sucrée, le thé, le vin et la gélatine ne sont pas troublés par cet acide; le lait est coagulé , ainsi que l’albumine ; les grumeaux ne tardent pas à jaunir ; la bile précipite en jaune , et le dépôt verdit d’abord , puis rougit par une plus forte proportion d’acide. Le sang est noirci et coagulé.
Expérience ire. — J’ai mélangé trois gouttes d'acide azotique concentré avec 100 grammes d’un mélange de lait , de bouillon , de café et de sang, et je l’ai traité, par du bicarbonate de soude, du chlore, etc., comme il a été dit à la page 122; le produit de l’évaporation était d’un rouge brun, et se comportait avec les charbons ardents, le cuivre, l’acide sulfurique et le protosulfate de fer comme dans l’expérience de. (Yoy. p. 123 ), mais il ne fusait pas sur les charbons ardents.
Expérience IIe. — J’ai voulu savoir s’il ne serait pas préférable dans un cas d’empoisonnement par l’acide azotique de traiter les matières vomies , celles que l’on trouve dans te canal digestif et dans les tissus de ce canal, par l’acide sulfurique plutôt que par le bicarbonate de soude et le chlore; à cet effet, j’ai distillé 100 grammes d’un mélange de lait, de bouillon, de café, de sang et de deux gouttes d’acide azotique concentré avec 6 grammes d’acide sulfurique pur à 66 degrés ; les premières portions du liquide recueilli dans le récipient ne renfermaient pas sensiblement d’acide azotique; mais vers la fin de l’opération, j’obtenais un produit incolore qui colorait les sulfates de narcotine et de fer comme l’acide azotique très faible, et qui, étant saturé par de la potasse à l’alcool et évaporé jusqu’à sicc.ité, laissait un résidu qui ne fusait pas sur les charbons ardents et qui se comportait avec le cuivre et l’acide sulfurique comme un mélange d’une petite quantité d’azotate de potasse et de matière organique; en effet le gaz qui se dégageait par l’action d’une chaleur douce brunissait le proto-sulfate acide de fer dissous, et , en ajoutant un excès d’acide sulfurique, la couleur brune passait instantanément au violet.
En répétant cette expérience avec quatre gouttes du même acide azotique, j’ai obtenu les mêmes résultats; en saturant parla potasse le liquide recueilli dans le récipient, et en l’évaporant jusqu’à siecité, le produit desséché ne fusait pas sur les charbons ardents à cause de la' matière organique qu’il contenait, et qui se charbonnait en répandant l’odeur de corne qui brûle.
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Expérience me. — J’ai souvent décomposé dans une cornue avec de l’acide sulfurique concentré des liquides que j’avais retirés de l’estomac d’animaux empoisonnés par de faibles doses d’acide azotique concentré, ou par des doses un peu plus fortes du même acide étendu de beaucoup d’eau; ces liquides contenaient à peine de cet acide, car ils ne rougissaient pas sensiblement le papier bleu de tournesol ; j’ai pourtant obtenu constamment dans les ballons des produits incolores , dans lesquels il était aisé de démontrer la présence d’une faible quantité d’acide azotique, surtout lorsque j’agissais sur les portions qui avaient distillé dans la dernière période de l’opération.
Expérience ive. — J’ai dissous dans quelques grammes de potasse à l’alcool les estomacs des animaux dont j’ai parlé à l’expérience 3e, et après avoir saturé l’alcali par l’acide sulfurique pur, j’ai distillé le mélange avec 6 grammes de ce même acide; les estomacs n’offraient aucune trace de nuance jaune ; ils étaient au contraire d’un rouge foncé à l’intérieur comme à l’extérieur, et fortement enflammés ; je les avais tellement lavés à l’eau distillée que le papier bleu de tournesol n’était pas affecté, soit qu’on le mît dans la dernière eau de lavage, soit qu’on le maintînt pendant quelques minutes à la surface interne des viscères. Les liquides recueillis dans les récipients contenaient à peine des traces d’acide azotique ; des personnes peu habituées à ces sortes de recherches n’auraient certes pas vu dans la faible réaction de ces liquides sur le proto-sulfate acide de fer des preuves suffisantes de l’existence de cet acide.
Expérience ve. — En agissant de même sur des portions d’esjomac jaunies par l’acide azotique, avec lequel les animaux avaient été empoisonnés, lambeaux qui avaient été aussi bien lavés que les précédents, j’ai obtenu à la fin de l’opération un liquide acide qui rougissait le sulfate jaune de narcotine, et qui brunissait promptement le proto-sulfate acide de fer; cette couleur passait de suite au violet par un excès d’acide sulfurique; saturé par la potasse et évaporé jusqu’à siccité, ce liquide a laissé un résidu jaune rougeâtre qui fusait sur les charbons ardents, quoiqu’il contînt de la matière organique, et qui, décomposé par l’acide sulfurique et le cuivre, fournissait un gaz colorant, le proto-sulfate acide de fer, comme le fait le gaz bi-oxyde d’azote.
Il importait de savoir comment se comporteraient des matières alimentaires et les tissus des chiens à délai normal , quand on les soumettrait à l’action du bicarbonate de soude et du chlore, ou qu’on les distillerait avec de l’acide sulfurique concentré.
Expérience vi*. — J’ai introduit dans l’estomac d’un chien à jeun un mélange de 300 grammes de lait , de bouillon , de café et de 50 grammes de sérum du sang, provenant d’une saignée faite à un adulte six heures auparavant ; j’ai lié l’œsophage et la verge. Au bout de trois heures, j’ai tué cet animal. Les liquides de l’estomac et les tissus de ce viscère luimême , saturés par le bicarbonate de soude et décomposés par le chlore, comme il a été dit plus haut (Voy. expérience 3e , p. 122), ont donné un produit rougeâtre qui ne fusait pas sur les charbons ardents, et qui , étant
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décomposé par l’acide sulfurique et le cuivre , fournissait un gaz incolore , ne répandant pas de vapeurs orangées à l'air , mais qui brunissait le proto-sulfate de fer, absolument comme le bi-oxyde azote, sans pourtant que la couleur brune devint violette par un excès d’acide sulfurique. Le foie et la rate , soumis à l’action de l’eau bouillante et de l’acide sulfurique ( Voy. pag. 122 ) , ne donnaient aucune trace d’acide azotique. V urine rougissait le sulfate jaune de narcotine, et brunissait le proto-sulfate acide de fer ; cette couleur passait au violet en ajoutant de l’acide sulfurique; cependant, en distillant cette urine avec de l’acide sulfurique, on obtenait un liquide incolore ne contenant pas un atome d’acide azotique ; en effet , en le saturant par la potasse et en l’évaporant jusqu’à siccité, ce produit ne fusait pas sur les charbons ardents , et lorsqu’on le décomposait par le cuivre et l'acide sulfurique, il donnait un gaz qui n’altérait pas la couleur brune du proto-sulfate acide de fer.
Expérience vne. — J’ai répété cette expérience sans ajouter de sérum du sang au mélange alimentaire. Les résultats ont été les mêmes , si ce n’est que le produit fourni en dernier ressort par les liquides de l’estomac et par ce viscère lui-même n’offrait aucune des réactions de l’acide azotique , pas même celle qui avait été remarquée dans l’expérience 6e sur le proto-sulfate de fer.
Expérience viii®. — En distillant avec de l’acide sulfurique concentré et pur soit des mélanges alimentaires , soit les liquides extraits de l’estomac d’animaux à l’état normal, soit enfin les tissus du canal digestif de ces animaux ou de l’homme, les produits recueillis dans les récipients, à quelque époque de l’opération qu’ils fussent essayés, n'ont jamais changé la couleur du sulfate jaune de narcotine ni celle du proto-sulfate acide de fer; saturés par la potasse et desséchés, ils n’ont jamais fourni des produits fusant sur les charbons ardents , ni donnant avec le cuivre et l’acide sulfurique un gaz susceptible de colorer le proto-sulfate de fer en brun.
Expérience ixe. — J’ai plusieurs fois mis en contact l’urine des chiens et de l’homme à l’état normal soit avec du sulfate acide de narcotine, soit avec du proto-sulfate acide de fer, et j’ai constamment vu qu’elle rougissait avec le premier de ces sels, et qu’elle brunissait avec l’autre; cette dernière couleur devenait violette par l’addition de l’acide sulfurique pur. En distillant cette urine avec de l’acide sulfurique pur, on n’obtenait point d’acide azotique. Vurqe la plus blanche et la mieux purifiée se comportait de même. Le sérum jaune du sang, obtenu par la coagulation spontanée du sang extrait quelques heures auparavant de la veine d’un adulte atteint de pleurésie, ne changeait pas la couleur du sulfate jaune de narcotine, mais brunissait , et finissait par acquérir une nuance violette , en agissant sur du proto-sulfate de fer avec un grand excès d’acide.
Expérience xe. — J’ai fait dissoudre dans l’eau un mélange d’une partie d’azotate de potasse et de 200 parties de chlorure de sodium solides ; la liqueur a été partagée eif deux parties égales ; l’une d’elles a été
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évaporée jusqu’à siccité, et traitée par le cuivre et l’acide sulfurique ; le gaz, en traversant le proto-sulfate de fer, l’a jauni avant de le brunir ; ce liquide brun ne passait pas gu violet par l’addition de l’acide sulfurique concentré ; en continuant à faire arriver du gaz, la liqueur devenait d’un vert de plus en plus foncé ; dans cet état , elle dégageait du chlore et de l’acide chlorhydrique par l’acide sulfurique, sans passer au violet. L’autre portion de la liqueur, mélangée avec un peu de lait et de gélatine dissoute, a été évaporée jusqu’à siccité; le produit, décomposé à froid et à chaud pendant vingt-cinq minutes par du cuivre et de l’acide sulfurique, a donné un gaz qui a rendu le proto-sulfate de fer jaune verdâtre assez foncé, sans le brunir , et ce liquide ne se colorait pas en violet en ajoutant une forte proportion d’acide sulfurique concentré. La matière contenait pourtant de V azotate de potasse. Cette expérience souvent répétée m’a constamment fourni les mêmes résultats.
il suit de ce qui précède : 1° que l’on peut démontrer la présence de l’acide azotique mêlé à des liquides alimentaires on de celui qui existe en très petite proportion dans les tissus du canal digestif qui ont été touchés par lui, en traitant ces diverses matières par le bicarbonate de soude, le chlore, etc. (Voy. exp. 3e, p. 122); mais qu’il ne suffit pas , pour affirmer que cet acide s’y trouve , d’avoir obtenu en dernier ressort un produit qui colore le sulfate de narcotine en rouge et le proto-sulfate de fer en brun , ou qui , étant traité par l’acide sulfurique et le cuivre, donne un gaz pouvant colorer le sel de fer en brun , parce que l’on obtient les mêmes résultats avec des mélanges alimentaires à l’état normal qui auraient été traités de même (Y. expér. 6e, p. 141); qu’il faut nécessairement avoir obtenu un résidu qui fuse sur les charbons ardents, et qui, étant décomposé par du cuivre et de l’acide sulfurique, fournisse mi gaz jaune-orangé qui colore le proto-sulfate acide de fer en brun, puis en violet par l’addition de l’acide sulfurique ;
2° Que ces derniers caractères ne peuvent être constatés , en suivant un pareil procédé , que dans les cas d’empoisonnement où la quantité d’acide azotique restant est assez considérable; car, si elle était faible, l’azotate produit se trouverait mélangé d’une trop forte proportion de matière organique, de chlorures ou d'autres sels, pour qu’ils se manifestassent (Voy. expérience 10e, p. 141) ;
3° Qu’en distillant, au contraire, les matières suspectes liquides ou solides avec de l’acide sulfurique concentré , ou décèle des quantités au moins aussi faibles d’acide azotique, que l’opération est d’une exécution plus facile et qu’elle fournit l’acide libre sans exposer à la moindre chance d’erreur. En effet, le liquide distillé est acide, rougit le sulfate jaune de narcotine, brunit le proto-sulfate de fer et le rend violet si l’on ajoute de i’acide sulfurique ; saturé par la potasse et
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évaporé jusqu’à siccité , il laisse un résidu qui l'use sur les charbons ardents , à moins que la proportion d’acide azotique distillé ne soit par trop minime par rapport à la quantité de matière organique qu’il a entraînée pendant la distillation, mais qui même dans ces cas donne, lorsqu’on le décompose dans un tube avec du cuivre et de l’acide sulfurique, un gaz coloré ou non en jaune orangé, susceptible de brunir le proto-sulfate de fer à travers lequel on le fait passer, et il suffit d’étendre cette liqueur brime dans de l’acide sulfurique concentré pour la rendre violette. Les mélanges alimentaires , les matières conteimes dans l’estomac, les selles, et les tissus du canal digestif à Y état normal , distillés avec l’acide sulfurique, fournissent desîiquides qui peuvent être acides, mais qui ne présentent jamais l’ensemble des caractères précités. (Expériences 6, 7, 8 et 9e, p. 140 ).
Procédé. — On recueille les matières contenues dans le canal digestif , ou celles qui ont été vomies ; on lave les tissus de ce canal à plusieurs reprises et pendant plusieurs heures avec de l’eau distillée froide ; on réunit le tout dans une capsule de porcelaine , ét on élève la température jusqu’au degré de l’ébullition , afin de coaguler un certain nombre de matières ; on filtre ; on sature la liqueur par la potasse à l’alcool , et on la rapproche jusqu’au quart de son volume ; puis on la distille dans une cornue avec 7,8, 10 ou 12 grammes d’acide sulfurique concentré, pur, et surtout exempt d’acide azotique (1). On obtient l’acide azotique dans le ballon , surtout vers la fin de la distillation , en sorte qu’il faut pousser celle-ci jusqu’au point où la matière de la cornue commence à devenir épaisse.
Les matières solides restées sur le filtre , ainsi que les portions des tissus du canal digestif qui seraient jaunes ou enflammées, sont soumises à l’action de la potasse à l’alcool et de l’eau distillée dans une capsule de porcelaine; on fait bouillir pendant une heure, afin d’enlever et de neutraliser les plus minimes proportions d’acide azotique qu’elles auraient pu retenir; on filtre; on sature l’alcali par l’acide sulfurique concentré et pur, on rapproche la matière par l’évaporation , puis on la distille avec de l’acide sulfurique pur, comme il vient d’être dit. On n’obtient en général que fort peu d’acide azotique de cette opération , parce que la majeure partie de l’acide se trouve dans les liquides contenus dans l’estomac et distillés en premier lieu, et l’on peut se dispenser d’y avoir recours, si déjà ces liquides ont fourni assez d’acide azotique pour porter la conviction dans l’esprit des experts.
Si les recherches précédentes ont été infructueuses, on agira sur lé
(1) On prive aisément l’acide sulfurique de l’acide azotique qu’il contient si habituellement aujourd’hui, en le chauffant avec du sulfate d’ammoniaquè.
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foie, la rate, les reins et l’urine , etc. , comme il a été dit à l’expérience 3e, p. 122.
Conclusions. — 1° Si à la suite de ces recherches on a obtenu dans les récipients des liquides incolores, acides, rougissant le sulfate de narcotine, brunissant le proto - sulfate de fer, nuance qui passera au violet par un excès d’acide sulfurique, et qui, étant saturés par la potasse et évaporés jusqu’à siccité, aient laissé des produits jaunâtres, d’un jaune rougeâtre ou d’un rouge brunâtre, lesquels fusent sur les charbons ardents, et donnent par le cuivre et l’acide sulfurique du gaz acide azoteu x jaune orangé, qui colore le proto-sulfate de fer en brun, puis en violet (Voy. page ldi), on affirmera que les matières suspectes contenaient de l’acide azotique ou de l’acide hypo-azotique, un azotate ou un hypo-azotate.
2° Il en sera de même dans les cas où le produit solide, provenant de la saturation des liquides distillés par la potasse, ne fuserait pas sur les charbons ardents, et ne donnerait pas un gaz coloré en jaune orangé, pourvu que les autres caractères puissent être tous constatés, puisque ces caractères ne sont jamais fournis par des matières à Y état normal soumises au procédé de la distillation par l’acide sulfurique.
3° Si les caractères indiqués à la conclusion précédente manquent en partie, ou ne sont pas assez tranchés pour qu’il ne reste aucun doute sur leur existence , on se gardera bien de dire que les matières suspectes ne contenaient aucun des composés azotiques dont je parle , car les choses se passent ainsi toutes les fois que les proportions d’acides azotique ou azoteux sont excessivement minimes. Ce serait alors le cas de combiner avec les éléments fournis par la chimie ceux que donneraient les symptômes, les lésions de tissus, etc.
Acide azotique dans un cas où la magnésie ou toute autre base alcaline ont été administrées comme contre-poison. — Si l’acide n’a pas é lé complètement saturé par la base alcaline , comme cela a presque toujours lieu , on découvrira la portion qui est encore libre par les procédés indiqués. Si la saturation a été complète , on devra chercher dans les liqueurs suspectes l’azotate de magnésie , de chaux , etc. , qu’elles renfermeront à coup sûr, puisque tous les azotates sont solubles dans l’eau. Pour cela on desséchera les matières à une douce chaleur et on laissera le produit en contact pendant plusieurs heures avec de l’eau distillée froide qui dissoudra l’azotate ainsi qu’une partie de la matière organique ; le olutum filtré et desséché dans une capsule de porcelaine fusera sur les charbons ardents et donnera du gaz bi-oxyde d’azote étant chauffé avec du cuivre et de l’acide sulfurique. ( Voy. pag. lûl.) Si à raison d’une trop forte proportion de matière organique ces caractères manquaient , on redissoudrait dans l’eau le produit desséché, et
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on ferait chauffer la dissolution dans une cornue avec le vingtième de son volume d’acide sulfurique pur et concentré; à coup sûr, en continuant l’opération jusqu’à ce que ce liquide fût réduit au tiers de son poids environ , on obtiendrait dans le ballon un liquide à peu près incolore et acide , contenant une quantité notable à' acide azotique facile à reconnaître.
Acide azotique contenu dans T urine. — Il résulte de mes expériences que l’ urine des animaux empoisonnés par l’acide azotique étendu d’eau renferme une certaine quantité de cet acide , à certaines époques de la maladie; j’ai prouvé ce fait en distillant l’urineavec de l’acide sulfurique pur, et en saturant parla potasse le liquide acide recueilli dans le ballon. Il suffit de faire évaporer la liqueur ainsi saturée pour obtenir de l’azotate de potasse qui fuse sur les charbons ardents, et qui se comporte avec le cuivre et l’acide sulfurique , avec le sulfate de narcotine et le proto-sulfate de fer, comme l’azotate de potasse. L’expert ne saurait désormais négliger la recherche de l’acide azotique dans l’urine, si les expériences faites avec les autres matières suspectes avaient été infructueuses ; car la présence de cet acide dans ce liquide excrémentitiel lui permettrait d'affirmer qu’il y a eu ingestion d’acide azotique pendant la vie; toutefois l’agence de cet acide ne l’autoriserait pas à conclure qu’il n’a pas été ingéré, l’iirine pouvant n’en renfermer qu’à certaines époques de l’empoisonnement.
Acide azotique dans un cas d’ exhumation juridique. — Il résulte des expériences consignées dans notre Traité des exhumations j uridiques , l°que l’on peut démontrer la présence de l’acide azotique concentre ', plusieurs mois après qu’il a été mêlé avec des matières animales , et lorsque déjà la putréfaction est à son comble , pourvu qu’au moment de la mort il se soit trouvé en assez forte proportion dans le canal digestif.
En effet, après avoir enterré à la profondeur d’un mètre environ une portion d’un canal intestinal arrosé par 4 grammes d’acide azotique concentré et placé dans un vase de porcelaine , enfermé lui-même dans une boîte de sapin , nous exhumâmes cette boîte dix-sept mois vingt jours après : le vase contenait environ 12 grammes d’un liquide grisâtre trouble qui rougissait le tournesol , qui faisait effervescence avec les carbonates, qui n’agissait point sur le cuivre à froid, et qui, ayant été saturé par la potasse à l’alcool et évaporé jusqu’à siccité, fournit une masse qui fusait sur les charbons ardents , et donnait des vapeurs nitreuses quand on la chauffait avec du cuivre et de l’acide sulfurique concentré.
2° Il devient plus difficile de constater la présence de l’acide azotique au bout de plusieurs mois d’inbumalion, quand cet acide a été I. 1 0
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considérablement affaibli par de l’eau cl employé en 'petite quantité , parce qu’à la longue il se forme par la putréfaction des tissus une assez grande proportion d’ammoniaque pour saturer tout l’acide. Le 18 juillet 1826 , nous avons mis dans un bocal à large ouverture, contenant deux litres d’eau environ, 1 gramme 10 centigrammes d’acide azotique et à peu près le tiers du canal intestinal d’un adulte. Le 12 août suivant, le liquide rougissait le tournesol, et l’on aurait pu facilement déceler la présence de l’acide azotique à l’aide du bicarbonate de soude, du chlore , du cuivre , de l’acide sulfurique concentré et du proto-sulfate de fer. (Voy. pag. 143.) Le 23 mai 1837, dix mois quatre jours après le commencement de l’expérience, la liqueur, au lieu de rougir le tournesol , ramenait au bleu la couleur du papier rouge ; cependant, lorsqu’on la faisait bouillir avec de la potasse à l’alcool et qu’on évaporait jusqu’à siccité , on obtenait un produit qui , mis en contact avec l’eau distillée froide pendant quelques minutes, fournissait un liquide contenant de l’azotate de potasse ; car la masse solide prove nantde l’évaporation de cette liqueur fusait sur les charbons ardents et donnait des vapeurs nitreuses , quand on la chauffait avec du cuivre et de l’acide sulfurique concentré. Ces faits suffisent sans doute pour affirmer qu’il existe de l’acide azotique dans le liquide pourri ; la difficulté n’est pas là, surtout dans l’espèce, où nous savons que cet acide avait été mis dans le bocal à la dose de 1 gramme 10 centigrammes. Mais s’il s’agissait d’une expertise médico-légale , alors que tout serait inconnu et que la dose d’acide azotique renfermé dans les matières pourrait encore être moindre que celle dont je parle, comment s’assurer que cet acide aurait réellement été ingéré? Ne savons-nous pas, en effet, que pendant la putréfaction des matières organiques, dans des circonstances qui ne sont pas encore complètement connues , il peut se développer de l’acide azotique, et par conséquent de l’azotate d’ammoniaque, et n’y aurait-il pas témérité à établir que dans aucun cas d’inhnmation prolongée l’acide azotique ne saurait être le résultat de cette décomposition putride ? En pareille occurrence , le médecin devrait être fort circonspect et puiser ses motifs de doute , de possibilité , ou de probabilité d’un empoisonnement, surtout dans l’histoire des symptômes éprouvés par le malade et des lésions constatées après la mort , si l’ouverture du cadavre avait été faite peu de temps après le décès.
T aches produites par l’acide azotique. — J’ai souvent examiné de ces taches faites dix , douze et quinze jours auparavant sur du feutre, du drap ,f du gros cuir, de la peau de chamois et de la peau humaine , et j’ai constamment reconnu qu’en appliquant sur elles un papier de tournesol humecté , celui-ci était promptement rougi, et qu’en laissant
DE 1? ACIDE AZOTIQUE. Mu
pendant quelques heures les parties tachées dans une dissolution aqueuse, affaiblie et froide, de bicarbonate de soude, on obtenait un liquide qui, étant filtré et évaporé jusqu’à siccité, donnait un résidu jaunâtre ou d’un jaune rougeâtre dans lequel on constatait aisément la présence d’un azotate. En effet, ce produit fusait sur les charbons ardents , dégageait des vapeurs orangées par l’addition du cuivre et de l’acide sulfurique concentré, brunissait le proto-sulfate de fer, qui devenait ensuite violet par un excès d’acide sulfurique , et colorait en rouge de sang le sulfate jaune de narcotine. Les taches sur du feutre étaient orangées au centre et rouges à la circonférence ; le drap marron était couleur de rouille ; le gros cuir couleur de gris de fer avait acquis une teinte noire, et la peau de chamois jaunâtre offrait une coloration brune comme le café. Les taches sur la peau humaine sont jaunes, et prennent une couleur d’acajou quand on les touche avec une dissolution de potasse de soude.
Acide azotique introduit dans le canal digestif après la mort.
Expérience ire. — A midi , on a introduit dans le rectum d’un chien bien portant 20 grammes d’acide azotique du commerce (eau-forte) : immédiatement après, l’animal s’est agité , le ventre s’est tuméfié , et il souffrait considérablement. Il a expiré huit heures après. L’ouverture du cadavre a été faite le lendemain matin : la moitié inférieure du rectum offrait intérieurement plusieurs points rouges placés sur un fond jaune ; la membrane musculeuse était cl’une couleur cramoisie , et la tunique séreuse d’un très beau jaune. La moitié supérieure de cet intestin était d’un rouge foncé et présentait quelques points ulcérés; la portion du colon placée immédiatement au-dessus du rectum était dans l’état naturel dans l’étendue d’environ trois pouces; le reste du canal intestinal jusqu’au pylpre était d’une couleur rouge foncée intérieurement, et on y voyait plusieurs plaques noirâtres formées par du sang noir extravasé.
Expérience 11e. — Un petit carlin a été pendu à midi ; six minutes après , on a introduit dans le rectum 20 grammes d’acide azotique du commerce, et on a fait l’ouverture du cadavre le lendemain à onze heures. Le rectum , et environ la quatrième partie du colon , présentaient l’aspect d’un tuyau solide, d’une belle nuance jaune, excepté près de l’anus, où sa couleur était blanche. En le fendant, on voyait que la membrane muqueuse correspondante à cette portion avait été détruite et transformée en flocons d’un jaune serin, que l’on pouvait détacher avec la plus grande facilité ; les deux autres tuniques étaient jaunes, excepté dans la partie la plus voisine de l’anus; immédiatement au-dessus de ce tuyau, le colon, moins altéré, offrait intérieurement, dans l’étendue d’environ G centimètres, une espèce de cylindre jaunâtre formé parla membrane muqueuse, et assez épaissi pour que l’on pût le détacher et l’enlever tout d’une pièce. La portion de cet intestin voisine du cæcum
DES POISONS IRRITANTS
était aussi un peu jaune : du reste, il n’y avait aucune trace de rougeur ni d’inflammation dans le canal digestif.
Expériences inc, ive etve. - Tartrci avait déjà fait des expériences analogues que j’ai rapportées à la page 138.
Conclusions . — - Voyez page 42.
DE L’ACIDE AZOTEUX.
Cet acide, à l’état liquide , est bleu, vert, jaune orangé clair, ou jaune orangé foncé , suivant qu’il est plus au moins chargé de gaz acide azoteux ; il rougit fortement le tournesol , et agit sur nos tissus avec une force extrême : son odeur et sa saveur sont très marquées. 11 fournit beaucoup de vapeurs de gaz acide azoteux d’un jaune orangé lorsqu’on le chauffe.. Versé dans l’acide sulfhydrique liquide, il le décompose sur-le-champ, et y fait naître un dépôt de soufre d’un blanc jaunâtre. Le cuivre , le mercure , le zinc et le fer sont attaqués et dissous par lui avec la plus grande énergie ; la dissolution s’opère avec effervescence et dégagement d’une très grande quantité de vapeurs de gaz acide azoteux jaune orangé. A l’état gazeux, il est orangé ou rouge suivant sa température ; il a une odeur piquante nauséabonde , rougit le tournesol et se dissout rapidement dans l’eau. Il brunit instantanément le proto-sulfate de fer, et la couleur brune devient bientôt violette par l’addition d’une assez grande quantité d’acide sulfurique concentré et pur.
Action sur l’économie animale.
Observation lrc. — Un homme de quarante-cinq ans environ , d’une constitution assez forte, mais sujet à une oppression habituelle, faisait , depuis plusieurs années, le commerce d'eau-forte. Au mois de mai 1804, la chaleur était considérable et le thermomètre était monté jusqu’à 26°. Il fut réveillé un jour, à quatre heures du matin , par les hurlements d’un gros chien de garde qu’il avait enfermé dans son magasin, il y descend aussitôt accompagné d’un voisin , ouvre la porte , et est frappé à l’instant de l’odeur du gaz acide azoteux qui se fait sentir. Le chien sort avec précipitation, ayant les pattes brûlées, court au premier ruisseau pour s’y désaltérer, joue avec quelques autres chiens sur la place voisine, et revient deux heures après périr à la porte de son maître, en vomissant des matières épaisses et de diverses couleurs. Celui-ci néanmoins pénètre dans son magasin pour en ouvrir les fenêtres; mais à peine y est-il resté cinq minutes que, menacé de suffoquer, il est obligé d’en sortir; il y
DE L’ACIDE AZOTEUX. 149
rentre cependant un peu après, et en relire la caisse qui contenait ses cantines brisées. Vers six heures, il va prendre du lait dans un café , puis il boit une demi-bouteille de vin ; et ayant fait une course dans la ville il rentre chez lui avant huit heures, se plaignant d’une grande faiblesse , d’une chaleur sèche et âcre au gosier, d’une irritation dans l’estomac et la poitrine , et d’un sentiment de constriction à l’épigastre ; sa gêne habituelle de respirer n’avait pas augmenté proportionnellement. On lui conseilla de boire abondamment du lait. Son médecin , qui arriva peu après, approuva cette boisson , et prescrivit en outre des fomentations sur le ventre et de la moutarde aux bras : ces deux moyens parurent être très fatigants pour le malade et augmenter ses angoisses; il continua seulement le lait, et vers une heure après midi il dit qu’il souffrait moins. Il eut alors spontanément une selle jaunâtre, et deux autres encore dans l’espace d’une heure, toutes d’une couleur citrine; l’uiine était rare , et, sur le soir, le malade fut tourmenté d’envies fréquentes et vaines d’uriner. A quatre heures , il commença à expectorer une matière jaunâtre et qui ranima l’espérance; il reprit l’usage du lait, qu’il avait discontinué depuis quelques heures, et il le fit alterner avec de l’orgeat; il eut ensuite un peu de toux, quelques nausées et un léger vomissement. On lui donna des lavements qu’il rendait sur-le-champ, et qui cependant étaient teints en jaune. A neuf heures du soir, la figure du malade devint bleuâtre , la poitrine s’embarrassa , il y eut un peu de râlement , on entendit quelques hoquets, de grandes douleurs se faisaient sentir à la région du diaphragme; il y eut aussi quelques mouvements convulsifs et un léger délire. Vers le matin, l’anxiété augmenta, les angoisses devinrent inexprimables : cependant le malade but encore du lait à cinq et à six heures, ayant toute sa connaissance. A sept heures, il n’existait plus. Peu après la mort, son ventre se gonfla et s’étendit d’une manière fort remarquable ; son visage devint pourpre , ses lèvres noires , et il s’écoula quelques gouttes de sang par le nez et par la bouche. L’ouverture du corps n’a pas été faite (1).
Observation 2e. — Le 29 juillet 1822 , je fus appelé pour le nommé Carnot , âgé de vingt-deux ans. Un épicier avait déposé dans la boutique du père de ce jeune homme une dame-jeanne contenant quarante litres d’acide azotique étendu d’eau, et le matin, vers dix heures, en laissant tomber un corps pesant sur ce vase, on l’avait fêlé. Le liquide qui s’échappait par cette fêlure répandait une fumée épaisse et faisait craindre que le feu ne prît dans l’atelier, Carnot transvasa dans un vieux chaudron de fer battu l’eau-forte qui restait dans la cruche. Mais l’aclion de l’acide azotique perfora de suite le chaudron, et le' dégagement du gaz acide azoteux était tellement considérable dans la pièce où cela avait lieu qu’on pouvait à peine y respirer. Carnot saisit à deux mains le chaudron dont il vient d’être parlé, et le porta en criant â plusieurs reprises de lui ouvrir la porte. Arrivé dans la cour, il s’en débarrassa, et remonta de suite pour
(f) Dictionnaire des Sciences médicales , loin, u, p. 388,
DES POISONS IRRITANTS
éponger l’acide qui était répandu dans l’atelier. Un moineau qui s’y trouvait placé à environ 2 mètres de hauteur, suspendu dans une cage , mourut quelques instants après que l’acide se trouva en contact avec le fer.
Quoique pris d’une toux violente qui ne cessait de le tourmenter, Carnot continua son travail et mangea aux heures accoutumées. Vers six heures du soir, espérant que l’exercice pourrait diminuer l’oppression, qui déjà était très considérable, il se rendit à pied de la rue Saint-Martin à la rue Montmartre ; mais l’état de souffrance où il se trouvait le força de se faire ramener chez lui en voilure. A son arrivée , il se mit au lit. On lui fit prendre d’abord de l’eau sucrée dans laquelle on ajoutait une cuillerée d’eau de Cologne , puis on changea celte dernière pour de l’eau de mélisse à pareille dose. La respiration devenant plus pénible et le mal faisant des progrès, on vint m’avertir.
Il était onze heures du soir lorsque j’arrivai auprès du malade. Je le trouvai assis dans son lit et soutenu par des oreillers ; le visage était décoloré , le pouls élevé ; la peau n’avait pas sensiblement augmenté de chaleur; la respiration était très difficile , et, pour l’effectuer, Carnot était obligé de se tenir sur son séant ; on entendait continuellement un bruit semblable à celui que produirait un liquide qui descendrait et remonterait dans la poitrine ; il y avait une toux sèche et fréquente, et c'était seulement après des efforts multipliés que le malade pouvait expectorer une mousse colorée en jaune orangé. Je fis de suite supprimer les moyens irritants dont on n’avait déjà que trop fait d’abus; j’ordonnai une émulsion simple prise par quarts de verre de cinq en cinq minutes; je fis appliquer des sinapismes aux pieds et administrer un lavement émollient, qui produisit une selle de couleur ordinaire assez abondante , laquelle soulagea beaucoup.
Le mieux ayant cessé à quatre heures du matin , je fus appelé de nouveau. Voyant que la suffocation continuait et que le pouls était dur et plein , je pratiquai au bras une saignée de deux palettes : le sang que je tirai était d’un noir foncé et se colla aux parois du vase. ( Six heures après il n’avait pas laissé séparer de sérum. )
A dix heures du matin, le docteur Collineau et moi fûmes d’avis de pratiquer une nouvelle saignée, et de couvrir la poitrine et le ventre avec des flanelles trempées dans une décoction émolliente : le malade ne put supporter ce dernier moyen. La première saignée ayant produit une amélioration sensible , nous espérions qu’une seconde ramènerait un peu de calme : on la fit de cinq palettes. ( Le sang, qui était beaucoup moins foncé en couleur, quoique cependant il fût encore très noir, donna une quantité de sérum assez considérable. ) A six heures du soir, une nouvelle saignée de cinq palettes fut encore pratiquée. Un quart d’heure après, les crachats perdirent leur couleur jaune : cependant ils étaient toujours écumeux; la respiration, loin de devenir plus facile, devint de moment en moment plus pénible : deux vésicatoires camphrés furent appliqués à la partie interne des cuisses. A onze heures, le malade, qui conservait
DE L’ACIDE AZOTEUX.
toute sa connaissance, ne pouvait plus articuler une seule parole. Je lis appliquer aux genoux de la moutarde délayée dans parties égales de vinaigre radical et d’acide chlorhydrique ; mais ce moyen, malgré sa violence, ne produisit même pas de rougeur à la peau.
A six heures du matin, le malheureux Carnot entendait et voyait encore ce qui se passait autour de lui, mais il n’était plus maître de ses mouvements. Une heure après, il avait cessé d’exister.
Nécropsie , faite trente heures après la mort. — La partie postérieure des oreilles était vergetée ; il y avait un emphysème du côté gauche de la poitrine et du côté droit du cou; l’abdomen, dont le ballonnement était considérable, offrait une teinte verdâtre , produite par un commencement de putréfaction ; la verge et les testicules étaient injectés et avaient un aspect livide ; les ongles des doigts des mains et des pieds étaient violets ( ce phénomène se ht remarquer quelques instants avant la mort) ; et au premier mouvement que l’on fit éprouver au cadavre , il sortit par la bouche et par le nez au moins 180 grammes d’un sang noir et liquide.
A rouverture de la poitrine nous remarquâmes, du côté droit, que le poumon remplissait entièrement la cavité de ce côté ; il y avait une adhérence si intime enire les deux plèvres, entre lesquelles aucun liquide n’était épanché , que le jeu de l’organe était évidemment supprimé. Après avoir détaché ce viscère, nous trouvâmes son tissu entièrement désorganisé, n’offrant de crépitation dans aucun de ses points ; il était gorgé dans toutes ses parties d’une grande quantité d’un sang noir et liquide, et paraissait avoir été comme macéré dans ce fluide.
Le poumon gauche était fortement comprimé par le cœur, adhérait à la cloison du médiastin et au diaphragme, avec son lobe gauche assez sain et nageant dans environ 2ZtO grammes de liquide sanguinolent : la désorganisation de ce viscère était beaucoup moins avancée que celle du poumon opposé ; il crépitait dans quelques points , et il est évident que seul il a fourni à la respiration dans les derniers moments de la vie.
Le cœur, dont le volume était considérable , se trouva rempli d’un sang noir et liquide qui avait imprimé sa teinte foncée à toutes les parois de cet organe : ses cavités droites étaient surtout gorgées de sang ; l’oreillette de ce même côté avait ses parois très sensiblement amincies, et vers sa partie moyenne , cet amincissement était plus prononcé : on y voyait comme une tumeur de la grosseur d’une noix. Le trou ovale existait assez pour permettre l’introduction facile du manche du scalpel.
La trachée-artère et les bronches étaient de couleur livide; la luette et toute la membrane muqueuse de l’arrière-bouclie étaient frappées de gangrène.
L’estomac était énormément distendu par des gaz dont l’acidité était telle , que la virole en argent du scalpel que l’on y introduisit acquit de suite une couleur noire foncée ; toute la membrane muqueuse , principalement vers le grand cul-de-sac , avait acquis un épaississement très marqué : vers le cardia, elle était détruite; en descendant vers le pylore.
DES POISONS IRRITANTS
elle prenait la couleur du phlegmon et offrait quelques points ulcérés ; les vaisseaux étaient gorgés de sang.
Les intestins, distendus par des gaz, étaient d’une couleur rosée, sans ulcération ni invagination. L’arc du colon était rempli de matières fécales. La rate était du volume ordinaire. Les reins n’offraient rien de particulier ainsi que la vessie ; mais tout le système des vaisseaux était rempli outre mesure d’un sang noir et coagulé. (Observation de 3VL Clierrier, Bulletins de la Société médicale d' émulation, nn d’octobre 1823.)
Le gaz acide azoteux agit : 1° en irritant fortement les bronches et les petits vaisseaux pulmonaires; 2° en altérant le sang, qu’il brunit. L’acide azoteux liquide exerce sur nos tissus la même action que l’acide azotique.
Traitement de l’empoisonnement.
Il est le même que pour l’acide sulfureux. (Yoy. pag. 122.)
DE L’ACIDE CHLORHYDRIQUE
Action sur l’économie animale.
Expérience ire. — Lorsqu’on fait avaler à des chiens de moyenne taille 6 ou 8 grammes d’acide chlorhydrique fumant, on remarque qu’ils éprouvent subitement un grand malaise ; ils exhalent, par la bouche et par les narines, des vapeurs épaisses d’acide chlorhydrique; ils vomissent, au bout de quelques minutes , des matières brunes,, verdâtres , Liantes, comme bilieuses ; ils poussent des cris plaintifs, et meurent quatre, six ou huit heures après l’ingestion du poison. La mort est presque toujours précédée de mouvements convulsifs très violents, surtout dans les muscles du cou et de l’épine. Dans certains cas, ces organes sont si fortement contractés que la tête est renversée en arrière , et forme avec l’épine une courbure dont la concavité est très marquée. A l’ouverture des cadavres, on observe une altération profonde des tissus qui composent l’estomac : tantôt la membrane muqueuse est enflammée et d’un rouge cerise dans toute son étendue ; tantôt la partie de cette membrane qui avoisine le pylore offre des taches noires ou d’un rouge excessivement foncé , qui sont de véritables escarres, et qu’on pourrait prendre, au premier abord , pour des amas de sang noir extravasé sur la membrane musculeuse; tantôt enfin on remarque des trous dans les endroits correspondants à ces escarres, et alors il y a épanchement dans le ventre de matières liquides acides et noirâtres. Les autres viscères ne présentent aucune altération remarquable.
Expérience iic. — J’ai empoisonné trois chiens avec 16 grammes d’a-
DE l’acide chlorhydrique. 153
eide chlorhydrique concentré dissous dans 300 grammes d’un mélange alimentaire composé de parties égales de lait , de bouillon et de café. L’œsophage et la verge ont été liés. Les animaux sont morts au bout de cinq ou six heures, et ils ont été ouverts aussitôt. Les foies et les rates , coupés en petits morceaux , ont été introduits dans trois cornues avec de l’eau distillée que j’ai fait bouillir pendant deux heures; les liquides distillés ne renfermaient pas un atome d’acide chlorhydrique ; les décoctums retirés de la cornue, après avoir été filtrés, ont été précipités par un excès de dissolution aqueuse de tannin , et filtrés de nouveau ; les liqueurs, distillées avec précaution jusqu’à ce qu’elles fussent parfaitement desséchées, ont fourni dans les récipients des liquides incolores, transparents, non acides , ne se troublant ni à froid ni à la température de l’ébullition par l’azotate d’argent et par l’acide azotique.
La vessie de ces animaux contenait depuis 75 jusqu’à 108 grammes d 'urine , que j’ai distillée dans trois cornues , à la température de l’ébullition. Les 20 premiers grammes de liquide recueilli dans le récipient ne contenaient point d’acide chlorhydrique. J’ai alors introduit dans chaque cornue un gramme d’acide sulfurique concentré et pur. Le produit recueilli d’abord dans le ballon n’a point fourni d’acide chlorhydrique ; ce n’est guère qu’après vingt minutes d’ébullition qu’il commençait à précipiter du chlorure d’argent avec l’azotate de ce métal. Il m’était dès lors impossible de décider si la formation de ce chlorure tenait à une certaine quantité d’acide chlorhydrique absorbé qui aurait été porté dans l’urine , ou si elle provenait de la décomposition des chlorures et du chlorhydrate d’ammoniaque naturellement contenus dans l’urine.
Expérience iii0. — J’ai précipité directement par l’azotate d’argent V urine recueillie dans la vessie de neuf chiens à Y état normal , à jeun depuis plusieurs heures, ou ayant mangé et bu peu de temps auparavant. Le précipité, lavé et traité à plusieurs reprises par l’acide azotique bouillant et pur, a été lavé de nouveau jusqu’à ce que les eaux de lavage ne continssent plus d’acide ; le chlorure d’argent restant a été desséché à 100° c. et pesé avec soin. Trois grammes de l’urine dont il s’agit m’ont fourni deux fois un centigramme de chlorure d’argent , trois fois un centigramme quatre milligrammes , et quatre fois huit milligrammes seulement. Au contraire, trois grammes d’urine de deux chiens que j’avais empoisonnés avec 12 grammes d’acide chlorhydrique concentré dissous dans 200 grammes d'eau , traitée de la même manière, m’ont donné huit centigrammes de chlorure d’argent, et la même quantité prise chez trois autres chiens , qui n’avaient avalé que 8 grammes d’acide concentré dissous dans 250 grammes d’eau , a fourni six centigrammes de ce chlorure. On voit donc que j’ai obtenu au moins six fois autant de chlorure d’argent de l’urine des animaux tués par l’acide chlorhydrique étendu , que de celle des animaux auxquels on n’avait pas administré cet acide. J’ai souvent reconnu que l’urine humaine à l’état normal ne donnait guère que 2 centigrammes de chlorure d’argent par gramme d’urine.
DES POISONS IRRITANTS
Expérience iv<=. — J’ai empoisonné un chien à jeun depuis vingtquatre heures avec 2 grammes d’acide chlorhydrique concentré et pur, que j’ai fait arriver dans l’estomac sans qu’il touchât l’œsophage; ce conduit ainsi que la verge ont été liés. Le lendemain , l’animal n’étant pas mort, je l’ai pendu, et ouvert aussitôt. L’estomac n’était point perforé , et contenait à peine une cuillerée à café d’un liquide épais et brunâtre: il était fortement enflammé par places , et quoique dans plusieurs points la membrane muqueuse eut conservé sa teinte ordinaire, on voyait çà et là des ecchymoses noires , semblables au premier abord à des escarres. Le foie et la raie , traités comme il a élé dit à l’expérience 2% ne fournissaient point d’acide chlorhydrique. La vessie contenait 102 grammes d'urine jaune et acide. Trois grammes de ce liquide décomposés par l’azotate d’argent et l’acide azotique avec toutes les précautions indiquées à l’expérience 3e , ont fourni dix centigrammes de chlorure d’argent. Trois autres grammes ne m’ont donné que neuf centigrammes neuf milligrammes de ce chlorure.
Expérience ve. — J’ai recommencé l’expérience en faisant avaler 3 grammes d’acide chlorhydrique concentré à un chien de moyenne taille, qui n’avait ni mangé ni bu depuis la veille. L’animal a vécu dixhuit heures, et a été ouvert immédiatement après la mort. L’estomac offrait une légère perforation à sa petite courbure, près du cardia; il contenait à peine 2 cuillerées d’un liquide brunâtre, et sa surface interne était fortement enflammée. La vessie était distendue par 190 grammes d'urine légèrement trouble. Trois grammes de ce liquide, traités par l’azotate d’argent et par de l’acide azotique pur concentré et bouillant, oqt laissé, après avoir été épuisés par ce dernier acide, huit centigrammes de chlorure d’argent parfaitement lavé et desséché à 100° c.
Expérience vie. — J’ai donné de la même manière quatre grammes d’acide chlorhydrique concentré à un chien à jeun depuis vingt-quatre heures. L’animal est mort au bout de sept heures. L’estomac était perforé, et la vessie baignait dans un liquide acide , qui contenait probablement de l’acide chlorhydrique. Après avoir lavé l’extérieur de cette vessie avec de l’eau distillée, et recueilli 48 grammes d'urine qu’elle renfermait, j’ai agi avec l’azotate d’argent sur trois grammes de ce liquide, et j’ai obtenu quinze centigrammes de chlorure d’argent: en répétant l’expérience avec trois autres grammes de la même urine, la quantité de chlorure -d’argent a été la même.
Expérience viic. — La même dose d’acide concentré, ayant été donnée à un autre chien qui avait mangé six heures auparavant , la mort n’est survenue qu’au bout de neuf heures. L’œsophage était perforé vers sa partie moyenne, tandis que l’estomac était entier; on trouvait dans ce viscère, qui était fortement enflammé, environ 80 grammes d’un liquide épais, lie de vin. Trois grammes d'urine de ce chien ont fourni par l’azotate d’argent seize centigrammes de chlorure d’argent.
Expérience vitf. — J’ai incisé la peau de la partie interne de la cuisse d’un chien, et j’ai lié la verge ; après avoir déchiré le tissu cellulaire sous-
DE l’acide chlorhydrique. 155
cutané avec le manche d’un scalpel, j’ai introduit six grammes d’acide chlorhydrique concentré dans le fond de la plaie , et j’ai réuni ses bords à l’aide de plusieurs points de suture. Quatre heures après, l’acide avait déjà tellement agi sur la peau que la suture commençait à se défaire, et, au bout d’un quart d’heure , la plaie était ouverte et beaucoup plus étendue qu’au moment où l’incision venait d’être faite. Sept heures et demie après l’empoisonnement , l’action corrosive de l’acide avait fait de tels progrès, que la peau de la partie inférieure de l’abdomen était déjà ramollie dans beaucoup de points, et détruite dans d’autres. L’animal a été pendu et ouvert aussitôt. La peau et les muscles de l’abdomen, qui correspondent à la région de la vessie, étaient entiers, quoique imprégnés d’acide chlorhydrique dans toute leur épaisseur ; en effet ils offraient une couleur grise, et lorsqu’on plaçait un papier bleu de tournesol sur le péritoine qui recouvre dans cet endroit les muscles dont je parie, ce papier était fortement rougi ; cependant la vessie était entière, et contenait environ 15 grammes d’urine. Trois grammes de ce liquide, décomposés par l’azotate chargent et l’acide azotique ( Voy. Expérience 3e, pag. 153 ), ont fourni dix centigrammes de chlorure d’argent.
Expérience ixe. — J’ai répété cette expérience en appliquant 5 grammes d’acide chlorhydrique concentré sur le tissu cellulaire sous-cutané des parties latérales du cou d’un chien de moyenne taille. La verge a été liée, et l’animal a été pendu sept heures après le commencement de l’expérience , alors que les points de suture étaient encore intacts, et qu’il ne s’était rien échappé de la plaie. Je me suis assuré que l’action locale de l’acide ne s’était étendue en tous sens qu’à 11 centimètres au-delà de la plaie. La vessie contenait 38 grammes d'urine, jaune, transparente et acide. Trois grammes de ce liquide , traités par l’azotate d’argent et par l’acide azotique bouillant, ont fourni trois centigrammes huit milligrammes de chlorure d’argent.
Observation. — Louis Grenier, scieur de pierres , âgé de trentesept ans, fit une chute sur la tête le 7 juillet 1805, à la suite de laquelle il éprouva des étourdissements; deux jours après, il resta exposé nu-tête au soleil pendant plusieurs heures, et ressentit une violente céphalalgie. Le soir, il eut du délire avec une grande agitation. Le 10, l’agitation était plus considérable, le délire furieux. Il entra le 12 à l’Hôtel- Dieu : la face était animée , les yeux rouges , étincelants , le délire très agité ; le pouls était fréquent , développé et tendu. On pratiqua une saignée du pied qui ne soulagea presque pas le malade. Le 13, délire plus violent, pouls moins fort et moins fréquent [saignée de la jugulaire, eau cle veau); continuation du délire après la saignée. Le là, même état. ( Sangsues au cou, bains de pieds irritants avec l’acide chlorhydrique. ) Le soir, agitation plus grande, peau brûlante et aride , pouls petit et concentré, langue d’un rouge de feu , lèvres noirâtres, hoquets, efforts pour vomir, épigastralgie des plus vives. En recherchant la cause de l’état effrayant où se trouvait ce malade , j’appris des infirmiers qu’on lui avait fait avaler en-
DES POISONS IRRITANTS
viron Zi5 grammes d’acide chlorhydrique, croyant lui donner du pétillait. (Magnésie en poudre, gomme arabique édulcorée.) La nuit, vomissement de matières jaunes. Le 15 , peau froide et gluante , épigastralgie violente, pouls extrêmement fréquent, délire continuel. Mort à trois heures de l’après-midi.
Ouverture du cadavre. Lèvres noires, langue brune, épaissie, dure et sèche; pharynx et œsophage d’un rouge pourpre , excoriés en deuxou trois endroits; estomac épaissi et enflammé à l’extérieur; à l’intérieur, la membrane muqueuse se détachant en lambeaux avec la plus grande facilité dans presque toute son étendue, et offrant, dans son cul-de-sac, des taches gangréneuses ; le duodénum également un peu épaissi ; l’intestin jéjunum perforé par un ver lombric qui se trouvait dans la cavité de l’abdomen. L’arachnoïde était épaissie et opaque ; la pie-mère était très injectée ; il y avait entre les circonvolutions du cerveau une sérosité très abondante ; cet organe était très injecté et ses ventricules distendus ( Dr Serres. )
Symptômes et lésions de tissus produits par l’acide chlorhydrique.
Voyez page 83.
Conclusions. — L’acide chlorhydrique agit à la manière des acides les plus énergiques. ( Voy. pag. 86.)
Traitement de l’empoisonnement.
Voyez page 87.
Acide chlorhydrique concentré. — Il est incolore , d’une odeur piquante et d’une saveur acide très caustique ; son poids spécifique est de 1,203 lorsqu’il est dans son plus grand état de concentration. Il rougit fortement la teinture de tournesol et se volatilise à toutes les températures. Mis en contact avec l’air, il y répand tout-à-coup des vapeurs épaisses et piquantes, pour peu que l’air soit humide. Il précipite la dissolution d’azotate d’argent en blanc; le précipité (chlorure d’argent ) caillebotté , lourd , se dissout dans l’ammoniaque , et n’est point soluble dans l’acide azotique même bouillant, ce qui le distingue du cyanure d’argent obtenu en versant de l’acide cyanhydrique dans de l’azotate d’argent ; celui-ci en effet se dissout et se décompose quand on le fait bouillir avec de l’acide azotique concentré.
Il ne trouble point l’eau de chaux, et sa vapeur ne corrode point le verre , caractères qui servent à le distinguer de l’acide phtorhydrique, avec lequel il pourrait être confondu jusqu’à un certain point.
DE l’acide chlorhydrique. 157
On distinguera aisément cet acide d’un chlorure acide dissous qui précipite de la même manière l’azotate d’argent, parce qu’en le distillant en vaisseaux clos , il ne laisse point de résidu , tandis que les chlorures acides en fournissent toujours un.
Acide chlorhydrique concentré du commerce. — Il est jaune rougeâtre ou jaune verdâtre , parce qu’il contient du chlorure de fer, ou de l’acide azoteux , ou du chlore , ou une matière huileuse , et quelquefois plusieurs de ces corps. Du reste , il se comporte comme le précédent, avec les agents précités. S’il s’agissait de le distinguer d’un chlorure acide , on le distillerait en vaisseaux clos à une douce chaleur, et l’on verrait que s’il laissait un résidu, celui-ci serait toujours formé de chlorure de fer.
Acide chlorhydrique très étendu d'eau. — Il rougit le tournesol et se comporte comme les précédents avec l’azotate d’argent ; mais il ne dégage point de chlore lorsqu’on le chauffe avec du bi-oxyde de manganèse, tandis qu’il en donne s’il est concentré. Pour obtenir facilement ce gaz , on sature la liqueur par la potasse , on évapore jusqu’à siccité , on mêle le produit solide avec du bi-oxyde de manganèse et de l’acide sulfurique étendu du tiers de son poids d’eau, et l’on chauffe. On le distinguerait d’un chlorure acide , en le distillant en vaisseaux clos , comme il vient d’être dit.
Acide chlorhydrique mêlé à des liquides végétaux et animaux , aux matières vomies ou à celles qui se trouvent dans le canal digestif. — Le vin , le cidre , la bière , le vinaigre , le thé et la gélatine ne sont point troublés par cet acide, qui avive la couleur du premier de ces liquides; l’albumine est précipitée en flocons blancs solubles dans un excès d’acide , avec coloration bleue. Le lait est coagulé en grumeaux épais par une petite proportion d’acide chlorhydrique, surtout à chaud ; un excès d’acide dissout le coagulum. Il précipite la matière jaune de la bile d’abord , puis la matière verte ; enfin il coagule et noircit le sang. Avant d’indiquer le procédé qu’il convient de suivre pour démontrer la présence de l’acide chlorhydrique libre dans ces matières , je crois devoir faire connaître un certain nombre d’expériences que j’ai tentées dans le dessein d’éclairer cette question, l’une des plus épineuses que l’on puisse avoir à résoudre.
Expérience ire. — J’ai mêlé un gramme d’acide chlorhydrique du commerce et un kilogramme d’un liquide alimentaire végétal composé de parties égales de vin , de bière , de thé et de café , et j’ai distillé le mélange à la température de l’ébullition, ou au bain-marie, dans une cornue : le liquide , recueilli dans un récipient refroidi , rougissait fortement le papier de tournesol, et fournissait avec l’azotate d’argent un pré-
DES POISONS IRRITANTS
cipité blanc de chlorure d’argent Insoluble dans l’acide azotique bouillant.
Il m’a été impossible de déceler la présence de deux gouttes d’acide chlorhydrique dans un kilogramme du même mélange, en procédant de la même manière ouen distillant au bain de chlorure de calcium à la température de 170°: aussi n’obtenais-je point dans le récipient un liquide fournissant du chlorure d’argent avec l’azotate lorsque je distillais du vin, de la bière , du thé et du café sans addition d’acide chlorhydrique. Les chlorures solubles , naturellement contenus dans ces liquides alimentaires, ne se volatilisent donc pas à cette température.
Si je me fusse borné à verser l’azotate d’argent dans le mélange alimentaire contenant de l’acide chlorhydrique avant de le distiller, il se serait formé un précipité abondant de chlorure, de tartrate d’argent , etc., dont j’aurais aisément séparé le chlorure par l’acide azotique; mais ce résultat n’eût pas été probant, attendu qu’il existe dans ce mélange non additionné d’acide chlorhydrique , des chlorures qui eussent précipité l’azotate d’argent.
Expérience iic. — ■ J’ai recommencé l’expérience avec un gramme d’acide chlorhydrique , en distillant à la température de l’ébullition un mélange dans lequel j’avais mis l’acide quatre jours auparavant : la liqueur, condensée dans le récipient , rougissait le papier bleu et donnait avec l’azotate d’argent un précipité de chlorure d’argent.
Expérience iiic. — J’ai distillé au bain-marie un gramme d’acide chlorhydrique du commerce mélangé avec û0 grammes de lait , autant de bouillon et de bile humaine. En poussant l’opération jusqu’à ce que la matière fût en consistance sirupeuse, j’ai obtenu dans le récipient un liquide acide qui donnait avec l’azotate d’argent du chlorure d’argent insoluble>dans l’acide azotique bouillant.
Avec 10 centigrammes d’acicle chlorhydrique , il se volatilisait un liquide ne contenant que des traces d’acide chlorhydrique, même lorsque j’opérais à la température de 170° dans un bain de chlorure de calcium.
Expérience ive. — J’ai fait tremper pendant dix minutes dans 16 grammes cl’acide chlorhydrique du commerce environ le tiers d’un estomac humain coupé par petits morceaux, puis j’ai distillé le tout au bain-marie. Le liquide recueilli dans le récipient contenait une quantité notable d’acicle chlorhydrique libre. En agissant seulement avec 10 nu 12 centigrammes de cet acide , que j’avais laissé pendant une ïieure ou deux en contact avec les fragments d’estomac, je n’obtenais plus d’acide chlorhydrique dans le ballon.
Expérience ve. — J’ai empoisonné un chien avec 12 grammes d’acide chlorhydrique du commerce , étendu de 60 grammes d’eau ; l’œsophage a été lié, et l’animal est mort au bout de quatre heures. La membrane muqueuse de l’estomac était enduite d’un mucus noirâtre; elle était rouge, fortement enflammée, ecchymosée; il n’y avait point de perforation. J’ai recueilli dans ce viscère 66 grammes d’un liquide noir, épais, rougissant fortement le tournesol ; je l’ai étendu de 200 grammes d’eau , et après avoir coupé l’estomac en petits morceaux , j’ai introduit le tout
DE l’acide chlorhydrique. 159
dans une grande cornue, à laquelle j’ai adapté un récipient entouré d’eau très froide. J’ai distillé à un feu doux et en fractionnant les produits par tiers. L’opération n’a été arrêtée que lorsque la matière contenue dans la cornue avait acquis une consistance sirupeuse. Les trois portions du liquide distillé, examinées séparément, ne rougissaient pas le papier de tournesol et ne donnaient point de chlorure d’argent avec l’azotate de ce métal, alors même qu’on les faisait bouillir avec ce sel et avec une forte proportion d’acide azotique ; elles ne contenaient donc point d'acide chlorhydrique. A la vérité, le dernier tiers obtenu par la distillation noircissait l’azotate d’argent, parce que ce sel était réduit parl’action des matières organiques qui étaient passées dans le ballon.
Le liquide épais restant dans la cornue était excessivement acide; on l’étendit de 150 grammes d’eau distillée, et après l’avoir agité pendant quelques minutes à une douce chaleur, on décanta et on Ultra pour séparer la liqueur du dépôt B. La portion filtrée contenait beaucoup d’acide chlorhydrique , car elle précipitait abondamment par l’azotate d’argent , et le précipité offrait tous les caractères du chlorure d’argent; pourtant en distillant cette portion filtrée on obtenait un liquide dans lequel il n’y avait point de traces d’acide chlorhydrique.
Le dépôt B , chauffé dans une cornue à la température de 60° c. jusqu’à ce qu’il fût desséché, fournit une vapeur qui ne troublait pas le solutum d’azotate d’argent dans lequel on le faisait arriver. Je me décidai alors à verser sur 20 grammes de la matière desséchée, 8 grammes d’acicle sulfurique pur étendu de 't grammes d’eau. A peine avais-je chauffé la cornue, que j’obtins une vapeur qui précipitait abondamment l’azotate d’argent dissous , qu’elle traversait ; le précipité, en grande partie soluble dans l’acide azotique, renfermait pourtant du chlorure d’argent insoluble dans l’acide azotique bouillant.
Ces résultats , conformes à ceux qu’avaient obtenus MM. Christison , Devergie et Bergouhnioux (de Reims), prouvaient évidemment que l’acide chlorhydrique avait contracté avec les matières organiques une combinaison qui empêchait l’acide de se volatiliser à la température à laquelle j’agissais, tant qu’on n’évaporait la liqueur que jusqu’en consistance sirupeuse. Je répétai l’expérience, en plaçant la cornue dans un bain chargé de chlorure de calcium, et en chauffant jusqu’à 170° c. ; je n’obtins pas plus d’acide chlorhydrique dans le liquide distillé que dans le premier cas. Ce liquide ne rougissait pas le tournesol ; il précipitait abondamment l’azotate d’argent en blanc ; mais le précipité était rapidement dissous dans l’acide azotique froid. Ici la distillation avait été arrêtée lorsque la matière avait acquis la consistance sirupeuse.
Expérience vie. — Je distillai à la température de 360u c. le liquide très acide contenu dans l’estomac d’un chien que j’avais pendu deux heures après l’avoir empoisonné avec 18 grammes d’acide chlorhydrique du commerce ajoutés à 180 grammes d’un mélange alimentaire, composé de lait, de bouillon et de café. La cornue était placée dans un bain d’huile de graines, que j’avais préalablement fait bouillir pendant six heures.
DES POISONS IRRITANTS
jusqu’à ce qu’elle ne répandît plus d’odeur. Le liquide distillé obtenu dans le récipient jusqu’au moment où la matière de la cornue avait acquis la consistance sirupeuse, était incolore, presque transparent et sans action sur le papier bleu de tournesol ; l’azotate d'argent ne le troublait point. En continuant la distillation de la matière sirupeuse jusqu’à ce qu’elle fût desséchée sans cependant avoir éprouvé la moindre décomposition, je recueillis dans le ballon environ 12 grammes d’un liquide également incolore et acide qui précipitait l’azotate d’argent en blanc. En faisant bouillir ce liquide ainsi troublé avec de l’acide azotique pur, on voyait le trouble augmenter àmesure quel’acideazotiquedétruisaitla petite quantité de matière organique qui avait distillé; le chlorure d’argent déposé pesait 2 centigrammes 9 milligrammes.
En chauffant à feu nu la matière desséchée qui se trouvait dans la cornue, jusqu’à ce qu’elle fût réduite en charbon, j’obtins un produit rougeâtre, empyreumatique et alcalin, qui étant traité par l’azotate d’argent bouillant, laissa 5 centigrammes 1 milligramme de chlorure d'argent.
Expérience vne. — J’ai souvent distillé 300 grammes de mélanges de lait, de bouillon , de café, etc., non additionnés d’acide chlorhydrique à un feu doux ou au bain d’huile à la température de 200 à 360°. Tant que l’opération n’avait pas été poussée au-delà du moment où la matière contenue dans la cornue était desséchée, j’obtenais un liquide incolore, acide ou non acide, qui ne troublait pas V azotate d’argent ; quand je chauffais assez pour carboniser toute la masse, je recueillais un liquide ammoniacal coloré et empyreumatique, dans lequel l’azotate d’argent et l’acide azotique bouillants faisaient naître un léger précipité de chlorure d’argent.
Toutefois, en distillant ces mêmes mélanges, préalablement additionnés d’un gramme de chlorhydrate d’ammoniaque , j’obtenais dans le ballon , presqu’à toutes les époques de l’opération et alors même que j’agissais au bain-marie, un liquide transparent, acide ou non acide , qui précipitait instantanément en blanc par l’azotate d’argent; ce précipité se dissolvait d’abord dans l’acide azotique, mais bientôt après il reparaissait, quoique moins abondant. En faisant bouillir celte liqueur trouble avec de l’acide azotique concentré, on ne tardait pas à réunir au fond du matras une certaine quantité de chlorure d’argent.
Expérience vin6. — J’empoisonnai un chien avec 30 grammes d’acide chlorhydrique du commerce étendu de 150 grammes d’un mélange de lait , de bouillon et de café ; l’œsophage fut lié : l’animal mourut au bout de deux heures. L’estomac était perforé ; je recueillis dans l’abdomen 200 grammes d’un liquide noirâtre très acide , et je le chauffai dans une cornue à la température de l’ébullition. Le tube qui amenait le gaz et la vapeur traversait une colonne d’azotate d’argent dissous d’environ 1 mètre de longueur. Voyant au bout d’une demi-heure que ce sel n’était point troublé, je versai dans la cornue 10 grammes d’acide sulfurique concentré et pur, et je continuai à chauffer; l’azotate d’argent
de l’acide chlorhydrique. 461
fut aussitôt précipité. Je cessai l’expérience au bout d’une heure, lorsque la matière contenue dans la cornue était presque sèche. Le précipité se composait de deux parties bien distinctes : l’une, très insoluble et lourde, contenant du chlorure d’argent, occupait le fond du tube; l’autre, blanche, excessivement volumineuse et comme floconneuse, nageait dans toute la longueur de la colonne du liquide , ne se déposait pas aisément et ne renfermait point de chlorure d’argent. En décantant attentivement et en lavant le précipité qui était au fond , je pus m’assurer., après l’avoir traité par l’acide azotique bouillant, que j’avais obtenu 2 décigrammes 3 centigrammes de chlorure d’argent.
Il était important de savoir combien je retirerais de chlorure d’argent d’un mélange alimentaire semblable au précédent, non additionné d’acide chlorhydrique.
Expérience IXe. — Je iis avaler à un chien qui était à jeun depuis vingt-quatre heures 300 grammes de lait, de bouillon et de café , et je le pendis une heure après. L’estomac contenait 250 grammes du liquide alimentaire; je chauffai ce liquide dans une cornue, en ayant soin de faire passer le produit de la distillation à travers une longue colonne d’azotate d’argent. Au bout de quarante minutes ce sel était légèrement troublé. Alors je versai dans la cornue 13 grammes d’acide sulfurique pur et concentré , et je conduisis l’opération comme dans l’expérience 8' ; l’azotate d’argent fournit bientôt un précipité noir très abondantd’argent métallique, d’un peu de chlorure d’argent , etc. Lorsque ce précipité fut ramassé, je décantai la liqueur, et après avoir bien lavé le dépôt, je le traitai par l'acide azotique bouillant étendu du tiers de son poids d’eau distillée qui le dissolvit presqu’en totalité avec dégagement de gaz bi-oxyde d’azote. La portion indissoute , cpii était du chlorure d’argent, ne pesait que deux centigrammes trois milligrammes. On voit donc que les chlorures solubles naturellement contenus dans les 250 grammes du mélange alimentaire n’avaient guère fourni que ia onzième partie de l’acide chlorhydrique qu’avaient donné les 200 grammes du liquide recueilli dans l’estomac du chien empoisonné par cet acide. ( Voy. Expérience 8e, p. 160.)
Je voulais savoir si je ne parviendrais pas, en opérant sur les liquides contenus dans le canal digestif, à obtenir de l’acide chlorhydrique dans un cas d’empoisonnement, par un procédé qui n’en fournirait pas, lorsque j’agirais sur des aliments liquides à l’état normal. Les détails dans lesquels je vais entrer prouveront que j’ai atteint ce î but.
Expérience xe. — J’ai empoisonné plusieurs chiens avec 20 grammes d’acide chlorhydrique dissous dans 200 grammes d’un mélange de lait,
DES POISONS IRRITANTS
de bouillon et de café ; l’œsopbage a été constamment lié : les animaux sont morts au bout de dix , douze ou quinze heures, et souvent j'ai trouvé l’estomac perforé. Après avoir recueilli les liquides noirâtres contenus dans l’estomac ou épanchés dans la cavité abdominale, j’ai constaté qu’ils étaient acides, et je les ai chauffés dans une cornue à laquelle j’avais adapté un récipient; nous savons déjà que le produit distillé ne contient point d’acide chlorhydrique. Lorsque le liquide de la cornue était réduit à peu près au tiers de son volume , je l’ai laissé refroidir, puis je l’ai mélangé avec deux parties d'alcool concentré marquant M degrés , et j’ai filtré pour séparer la matière coagulée À. Le liquide alcoolique a été distillé dans une autre cornue, et le produit reçu dans un ballon entouré de glace ; ce produit a été fractionné en trois parties, pour savoir lequel des trois tiers contiendrait plus d’acide chlorhydrique, si l’on parvenait à en obtenir par ce procédé. Le premier tiers ne rougissait pas le papier de tournesol et ne troublait pas l'azotate d’argent à froid ; mais en l’évaporant jusqu’au quart de son volume après l’avoir mélangé avec ce sel , et en ajoutant de l’acide azotique pur et concentré , il se formait un précipité blanc à mesure qu’on le faisait bouillir; pendant que l’évaporation continuâ t, et que la quantité de liquide diminuait, il se dégageait du gaz bi-o::yde d’azote ; la matière desséchée était noirâtre et contenait de l’argent réduit, de l’azotate d’argent non décomposé et un peu de chlorure d’argent , car en la faisant bouillir avec l’acide azotique concentré on dissolvait l’argent avec dégagement de gaz bi-oxyde d’azote, et si après celte dissolution on ajoutait de l’eau distillée, il restait une petite quantité cle chlorure d'argent insoluble dans l’acide azotique bouillant. Le deuxième tiers de la liqueur distillée rougissait le papier de tourpesol et ne troublait pas l’azotate d’argent ; mais en le traitant par cet azotate et par l’acide azotique , comme il vient d’être dit , on obtenait un peu plus de chlorure d’argent qu’avec le premier tiers. Le dernier produit de la distillation, encore plus acide que le deuxième tiers, ne troublait pas l’azotate d’argent; quand on le chauffait avec ce sel et l’acide azotique , comme on l’avait fait pour le premier tiers , on obtenait une proportion plus forte encore de chlorure d’argent. La matière restant dans la cornue était presque sèche et très acide; si on l’agitait avec de l’eau distillée tiède pendant quelques minutes , et qu’on distillât jusqu’à siccité, on recueillait dans le ballon un liquide alcalin contenant du carbonate d’ammoniaque : ce liquide fournissait avec l’azotate d’argent un précipité violet foncé très abondant. En lavant ce précipité et en le faisant bouillir avec de l’acide azotique pur et concentré, on dissolvait l’argent métallique, le carbonate d’argent, etc., qu’il renfermait, et il restait une proportion plus considérable de chlorure d’argent qu’aucune de celles qui avaient été fournies par chacun des liquides alcooliques indiqués plus haut.
Le dépôt A, obtenu avec l’alcool (voy. p. 162 ) réuni à la matière solide presque charbonneuse restant dans la cornue après le traitement aqueux dont je viens de parler, donnait une quantité notable d’acide chlor-
DE l’acide chlorhydrique. 163
hydrique lorsqu’on le décomposait par l’acide sulfurique, en suivant le procédé décrit dans l’expérience 8e. ( Yoy. p. 160.)
Expérience xie. — J’ai pendu un chien qui n’avait pas mangé depuis trois jours, et j’ai fait tremper pendant deux heures son estomac coupé par morceaux dans 100 grammes d’eau distillée. Le liquide , rapproché en vaisseaux clos, n’a point fourni d’acide chlorhydrique ; lorsqu’il était réduit au quart de son volume, je l’ai laissé refroidir, puis je l’ai mélangé avec le double de son poids d "alcool concentré marquant 44 degrés; la liqueur filtrée, soumise à la distillation, a donné dans le récipient un liquide légèrement acide dans lequel il m’a été impossible de déceler la moindre trace d’acide chlorhydrique , même en le faisant bouillir avec de l’azotate d'argent et de l’acide azotique concentré.
Expérience xiie.— J’ai souvent fait avaler à des chiens à jeun 300 grammes d’un mélange alimentaire composé de parties égales de lait , de bouillon et de café ; les animaux ont été pendus une heure après. Les liquides recueillis dans restomac, dont le poids variait de 200 à 260 grammes, rapprochés jusqu’au quart de leur volume, puis coagulés par l’alcool marquant 44 degrés, m’ont fourni des dissolutions alcooliques , qui étant filtrées et distillées dans des vaisseaux clos , comme il a été dit à l’expérience 10e (Voy. p. 161), jusqu’à ce que la matière restant dans la cornue fût à peu près sèche , ont donné des produits non acides ou peu acides, que l’azotate d’argent troublait quelquefois, mais qui ne contenaient point d'acide chlorhydrique ; en effet, il suffisait de faire bouillir et même de traiter à froid par l’acide azotique les précipités diversement colorés qui s’étaient déposés , pour les dissoudre à l’instant même.
Expérience xme. — J’ai empoisonné un chien à jeun avec 18 grammes d’acide chlorhydrique du commerce dissous dans 180 grammes d’un mélange alimentaire de lait , de bouillon et de café ; l’œsophage a été lié; l’animal est mort au bout de douze heures. L’estomac était largement perforé. J’ai recueilli dans la cavité abdominale, à la surface des organes contenus dans cette cavité et dans l’estomac lui-même, 260 grammes d’un liquide noirâtre, grumeleux, h peine acide , que j’ai étendu du double dé son poids d’eau distillée et précipité par une dissolution de tannin , afin de séparer une proportion considérable de matière organique. La liqueur a filtré avec la plus grande facilité, et offrait une couleur jaune pâle ; elle était presque transparente. J’en ai introduit la moitié dans une grande cornue que j’ai chauffée; l’ébullition a été entretenue pendant deux heures, et les produits de la distillation ont été fractionnés en 5 parties que j’ai successivement examinées ; les quatre premiers n étaient pas acides et ne troublaient point l’azotate d’argent, même en les faisant bouillir avec ce sel et avec de l’acide azotique concentré.Le dernier, celui qui avait été obtenu lorsqu’il restait à peine du liquide dans la cornue, et que déjà une petite portion de la matière était desséchée et commençait à se carboniser, rougissait faiblement le papier bleu, et donnait avec l’azotate d’argent un précipité assez abondant de chlorure d’argent. L’action du feu ayant été continuée jusqu’à ce que la matière fût entièrement carbo-
DES POISONS IRRITANTS
nisée , il s’est dégagé de l’huile empyreumatique et des vapeurs épaisses de carbonate d’ammoniaque; le liquide recueilli dans le ballon, dans lequel j’avais mis 12 grammes d’eau distillée, bleuissait le papier rouge de tournesol; sa couleur était bleuâtre ; je l’ai fait bouillir avec de l’azotate d’argent et de l’acide azotique concentré , et j’ai fini par obtenir 8 décigrammes de chlorure d’argent.
Expérience xive. — J’ai distillé comparativement dans deux cornues 150 grammes de lait, de bouillon et de café, additionnés de 30 centigrammes d’acide chlorhydrique, et 150 autres grammes sans addition d’acide : ces mélanges avaient été préalablement précipités par le tannin et filtrés. Le mélange contenant l’acide ayant été distillé jusqu’à ce qu’il fût sec, sans cependant se carboniser ni répandre de vapeurs de carbonate d’ammoniaque, m’a fourni un liquide incolore, rougissant faiblement le papier bleu, se troublant par l’azotate d’argent; le précipité de chlorure d'argent augmentait visiblement à mesure que l’on faisait bouillir le liquide trouble avec de l’acide azotique concentré. Le mélange non acide, distillé jusqu’à ce qu’il fût carbonisé, m’adonné un liquide faiblement acide qui ne s’est point troublé par l’azotate d’argent, même après l’avoir fait bouillir avec l’acide azotique.
Expérience xve. — J’ai distillé à une douce chaleur, avec 100 grammes d’eau distillée, 5 grammes de tannin, 4 grammes de gélatine et 3 grammes d’albumine réduits en poudre fine : le liquide recueilli dans le récipient jusqu’au moment où la matière de la cornue a été desséchée, était légèrement opalin et nullement acide ; l’azotate d’argent le troublait à peine , et le précipité disparaissait rapidement par l’addition de quelques gouttes d’acide azotique pur. J’ai alors décomposé la matière par le feu , et j’ai chauffé jusqu’à ce qu’il ne se dégageât plus de carbonate d’ammoniaque et que toute la masse fût charbonnée. Le liquide contenu dans le ballon était rougeâtre, empyreumatique , huileux et alcalin; l’azotate d’argent y a fait naître un précipité noir, abondant, formé en grande partie par l’argent métallique qui avait été réduit. En faisant bouillir ce précipité avec de l’acide azotique pur, la liqueur s’est éclaircie et est devenue d’un jaune clair : néanmoins il restait au fond un peu de chlorure d'argent (1 centigramme 4 milligrammes .
Expérience xvi\ — J’ai empoisonné un chien àjeun avec 18 grammes d’acide chlorhydrique du commerce dissous dans 180 grammes d’un mélange alimentaire de lait, de bouillon et de café; l’œsophage a été lié. Quatre heures après , j’ai pendu l’animal, afin de recueillir le contenu de l’estomac : ce viscère renfermait 310 grammes d’un liquide épais, visqueux et noir; j’ai lavé ses parois internes avec 100 grammes d’eau distillée, de manière à enlever la presque totalité de l’acide qui les tapissait. Les liqueurs réunies rougissaient le papier de tournesol ; je les ai divisées en trois parties, A, B, G. La portion A, distillée dans une cornue à la température de 190° à 200° c. , placée dans un bain d’huile de graines que l’on avait préalablement fait bouillir pendant six heures, jusqu’à ce qu’elle ne dégageât plus d’odeur, m’a donné un liquide que j’ai fractionné
DE L’ACIDE CHLORHYDRIQUE
en cinq parties : les quatre premières portions étaient incolores , transparentes, ne rougissaient pas le papier de tournesol et ne fournissaient point de chlorure d’argent avec l’azotate de ce métal. La dernière fraction était incolore, légèrement trouble , et à peine acide; l’azotate d’argent y a fait naître un précipité qui a augmenté lorsque je l’ai fait bouillir avec de l’acide azotique pur et concentré ; le chlorure d’argent déposé pesait un centigramme un milligramme, Il ne restait plus de liquide dans la cornue : la matière était sèche, mais non charbonnée. En chauffant cette matière jusqu’à ce qu’elle fut carbonisée et qu’il ne se dégageât plus de vapeurs empyreumatiques , j’ai obtenu dans le ballon un produit rougeâtre qui, étant traité par l’azotate d’argent et l’acide azotique bouillant, m’a laissé quatre centigrammes de chlorure d’argent.
B a été réduit au tiers par l’évaporation en vaisseaux clos; dès qu’il a été refroidi, je l’ai mélangé avec trois fois son volume d’alcool à hk degrés, qui a coagulé une assez grande quantité de matière organique ; j’ai filtré et obtenu un liquide transparent jaune rougeâtre, acide, que j’ai distillé à un feu doux. Les cinq premiers sixièmes du produit recueilli dans le récipient ne contenaient point d’acide chlorhydrique ; mais le dernier sixième rougissait faiblement le papier bleu, précipitait par l’azotate d’argent, et le précipité de chlorure d’argent augmentait lorsqu’on le faisait bouillir avec l’acide azotique concentré : son poids s’élevait à i centigrammes milligrammes. La matière restant dans la cornue était sèche , mais non carbonisée.
G a été trailé par une dissolution de tannin jusqu’à ce qu’il ne précipitât plus par ce réactif ; on a été obligé pour cela d’employer une assez grande quantité de ce decoctum. La liqueur filtrée, de couleur rouge clair, a été introduite dans une grande cornue et chauffée à un feu doux. Le produit distillé , examiné à diverses époques de la distillation , n’a commencé à rougir le papier bleu et à se troubler par l’azotate d’argent que vers la fin de l’opération , c’est-à-dire quand il ne restait qu’un huitième environ de la liqueur dans la cornue : du reste il était incolore et transparent. Lorsque la matière a été réduite à siccité, sans avoir éprouvé la moindre décomposition , j’ai pris le produit du dernier huitième distillé , qui était assez fortement acide , et je l’ai précipité par l’azotate d’argent ; le chlorure d’argent , noirci par une portion d’argent métallique qui avait été mis à nu , a été lavé et traité pendant vingt minutes par l’acide azotique bouillant : j'ai obtenu se, t centigrammes deux milligramm s de chlorure d'argent blanc. Alors j’ai poussé plus loin la distillation de la matière sèche contenue dans la cornue, et je n’ai arrêté l’opération qu’au moment où il ne se condensait plus de cristaux de carbonate d’ammoniaque dans le col de la cornue; le liquide recueilli dans le ballon était acide et précipitait abondamment par l’azotate d’argent ; en faisant bouillir ce précipité avec de l’acide azotique pendant un quart d’heure , j’ai encore recueilli cinq centigrammes de chlorure d’argent.
Le précipité qu’avait fait naître le tannin dans la matière noire retirée de l’estomac du chien ayant été lavé, sérlié et décomposé à une
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douce chaleur dans une cornue, a fourni un produit que j’ai examiné à deux époques différentes : le premier avait été recueilli avant l’apparition des vapeurs ammoniacales et m’a fourni un centigramme cinr{ milli gra tnmes de chlorure d’argent; l’autre avait été obtenu en poussant l’opération jusqu’à ce que la matière contenue dans la cornue fût carbonisée: il a donné un centigramme neuf milligrammes de chlorure d’argent.
L’estomac se combine-t-il avec une portion d’acide chlorhydrique pendant l’empoisonnement , et s’il en est ainsi , peut-on parvenir à constater la présence de l’acide ainsi combiné ? Telle est la question importante que j’ai cru devoir étudier. « Nous avons acquis la preuve, » dit M. Devergie, que l’eau enlevait aux parois stomacales la presque » totalité de l’acide qui pouvait être combiné avec elles; car, ayant pris » les parties solides épuisées par l’eau , nous les avons fait bouillir avec » du bicarbonate de potasse pur, puis nous les avons saturées par » l’acide nitrique , et nous n’avons obtenu qu’un léger trouble par » le nitrate d’argent. » (Tome m, p. 286. ) Voici les expériences que j ’ai tentées pour résoudre ce problème.
Expérience xviic. — J’ai empoisonné deux chiens à jeun avec 16 grammes d’acide chlorhydrique du commerce dissous dans 100 grammes d’eau ; l’œsophage a été lié ; les animaux sont morts au bout de douze et de quinze heures. Les deux estomacs ont été lavés séparément avec de l’eau distillée froide et à plusieurs reprises, jusqu’à ce que les eaux de lavage, ni la membrane muqueuse elle-même ne rougissent plus le papier bleu de tournesol ; alors on les a pressés entre des feuilles de papier, de manière à enlever autant d’humidité qu’il était possible d’en séparer par ce moyen; dans cet état, l’un d’eux pesait 88 grammes, et l’autre 66. Après les avoir coupés en morceaux , je les ai introduits dans deux cornues avec de l’acide sulfurique concentré et pur : la quantité d’acide était de ZtO grammes pour celui qui pesait 88 grammes , et de 25 grammes pour l’autre. J’avais adapté au col des cornues deux tubes recourbés , dont les longues branches plongeaient presque jusqu’au fond de deux tubes-éprouvettes de la longueur de 1 mètre et demi remplis jusqu’aux trois quarts de leur hauteur d’une dissolution aqueuse d’azotate d’argent ; en sorte que les gaz qui pouvaient se dégager pendant la réaction de l’acide sulfurique sur la matière organique devaient nécessairement traverser une colonne d’azotate longue au moins de 1 mètre et 1 décimètre. Les choses étant dans cet état , j’ai chauffé graduellement les cornues jusqu’à ce que les liquides fussent en ébullition; il s’est bientôt dégagé des gaz qui ont troublé l’azotate d’argent ; des caillots de chlorure d’argent se déposaient au fond des tubes-éprouvettes. Vers la fin de l’opération , qui a duré à peu près une heure , il s’est produit d’abondantes vapeurs d’acide sulfureux, et alors l’azotate d’argent était tellement troublé, qu’il était presque impossible d’apercevoir les tubes qui
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amenaient les gaz ; je n’ai cessé Faction de la chaleur qu’au moment où la matière contenue dans les cornues était desséchée. Les précipités qui s’étaient formés dans les tubes-éprouvettes étaient évidemment composés d’une portion très lourde et peu considérable qui occupait le fond , e| d’une partie, en apparence beaucoup plus abondante, qui restait” comme suspendue dans presque toute la longueur de la colonne des liquides. Le lendemain , la totalité des précipités était rassemblée au fond des tubeséprouvettes , et les liquides surnageants étaient limpides. J’ai décanté ces liquides , et lavé à plusieurs reprises les précipités avec de l’eau distillée, jusqu’à ce que les eaux de lavage ne continssent plus d’azotate d’argent. Alors j’ai fait bouillir ces précipités pendant un quart d’heure avec de l’acide azotique concentré et pur, qui les a dissous en grande partie avec dégagement de gaz bi-oxyde d’azote ; le chlorure d’argent formé s’est bientôt déposé; j’ai décanté les liquides, et après avoir bien lavé avec de l’eau distillée le chlorure d’argent, j’ai placé celui-ci sur un petit filtre dont je connaissais le poids, que j’ai ensuite desséché à la température de 100° c. J’ai desséché en même temps à la même température un filtre de même grandeur et du même poids fait avec le même papier; j’ai pesé de nouveau les deux filtres ainsi desséchés, et retranchant du poids de celui qui contenait, le chlorure d’argent, le poids de celui qui ne renfermait aucune matière, j’ai eu pour produit le poids du chlorure d’argent. Le chien dont l’estomac pesait 88 grammes avant l’expérience m’a fourni 50 centigrammes de chlorure d’argent; l’autre m’en a donné 32 centigrammes.
Expérience xviii6. — Un autre chien , empoisonné avec 20 grammes d’acide chlorhydrique mêlé à 200 grammes de lait , de bouillon et de café , est mort au bout de quatorze heures. L’estomac offrait une assez large perforation ; lavé avec de l’eau froide jusqu’à ne plus présenter de traces d’acidité et pressé entre plusieurs feuilles de papier joseph , il pesait 72 grammes. Décomposé par 25 grammes d’acide sulfurique pur et concentré jusqu’à carbonisation et pendant une heure, comme dans l’expérience 17e, il a fourni 26 centigrammes de chlorure d’argent.
Expérience xixe. —On a empoisonné un chien avec 12 grammes d’acide chlorhydrique concentré ; l’animal est mort au bout d’une heure et demie. L’estomac , débarrassé de tout l’acide libre par des lavages réitérés à l’eau froide, a été desséché à la température de 100° c.; il pesait dans cet état ZiO grammes; je l’ai décomposé comme le précédent dans une cornue avec 20 grammes d’acide sulfurique étendu de son poids d’eau; le poids du chlorure d’argent obtenu a été de 50 centigrammes.
Expérience xxe. — On a pendu un chien qui n’avait pas mangé depuis la veille ; on a lavé son estomac à froid, jusqu’à ce que les eaux de lavage ne fussent plus acides , puis on l’a pressé entre des feuilles de papier joseph; dans cet état, il pesait 62 grammes. Après l’avoir coupé par morceaux, on l’a carbonisé, avec 20 grammes d’acide sulfurique pur et concentré ( Yoy. expériences 17e, 18e et 19e). La quantité de chlorure d’argent obtenu ne s’élevait qu’à 17 centigrammes.
DES POISONS IRRITANTS
Expérience xxie. — Un chien à l’état normal et à jeun est pendu; après avoir lavé convenablement son estomac à froid, on le dessèche à 100° c. ; dans cet état , il pèse 20 grammes. On le décompose avec 15 grammes d’acide sulfurique étendu de son poids d’eau, et l’on n’obtient que onze centigrammes de chlorure d’argent.
Expérience xxiic. — 20 grammes d’un estomac humain bien lavé à froid et desséché à 100° c., décomposés de même par 15 grammes d’acide sulfurique pur étendu de son poids d’eau, ont fourni 18 centigrammes de chlorure d’argent.
Expérience xxiii(j. — J’ai empoisonné un chien avec 16 grammes d’acide chlorhydrique du commerce dissous dans 100 grammes d’eau; l’œsophage a été lié ; l’animal est mort au bout de dix heures. J’ai lavé l’estomac à grande eau froide. Lorsque le papier bleu de tournesol n’était plus rougi ni par le liquide ni par la membrane muqueuse, j’ai fait bouillir le viscère coupé par morceaux dans de l’eau distillée pendant deux heures; le dêcoctum rougissait le papier bleu; j’ai décanté la liqueur, et soumis l’organe à l’action de nouvelles quantités d’eau distillée bouillante, jusqu'à ce que le papier bleu ne fût plus rougi; dans cet état, j’ai pressé les fragments du viscère entre plusieurs feuilles de papier joseph, et je me suis assuré qu’ils pesaient 36 grammes. Alors je les ai traités dans une cornue par 12 grammes d’acide sulfurique concentré , comme dans les expériences précédentes, et je n’ai obtenu que 2 centigrammes de chlorure d’argent.
Expérience xxiv6. — La même expérience a été répétée avec l’estomac d’un chien empoisonné avec 12 grammes d’acide chlorhydrique étendu de 200 grammes d’un mélange alimentaire liquide; l’estomac , coupé par morceaux , a été laissé dans l’eau distillée froide pendant quaranlehuit heures , puis lavé à plusieurs reprises avec le même liquide à la température ordinaire , et jusqu’à ce que le papier bleu le plus sensible ne fût plus altéré. Alors je l’ai fait bouillir à quatre reprises différentes pendant deux heures chaque fois, dans diverses portions d’eau distillée, et jusqu’à ce que les dissolutions ne précipitassent plus de chlorure d’argent par l’azotate de ce métal ; le poids du chlorure retiré de ces liqueurs, rapprochées et traitées par l’acide azotique bouillant, ne s’élevait qu’à deux centigrammes : apparemment que par les nombreux lavages à l’eau froide on avait dissous la majeure partie des chlorures solubles. Les fragments d’estomac, qui avaient bouilli dans l’eau, pressés entre plusieurs feuilles de papier, pesaient 32 grammes ; décomposés par l’acide sulfurique concentré , ils n’ont pas fourni la moindre trace de chlorure d’argent.
Expérience xxve. — Après avoir traité à plusieurs reprises par l’eau distillée bouillante l’estomac d’un chien à l’état normal, et jusqu’à ce que les eaux de lavage ne fournissent plus de précipité de chlorure d’argent par l’azotate de ce métal , je me suis assuré que les liqueurs provenant de l’ébullition donnaient 12 centigrammes de ce chlorure, et que l’estomac , du poids de 29 grammes , après avoir été pressé entre des
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feuilles de papier joseph et décomposé par l’acide sulfurique, ne fournissait plus de traces d’acide chlorhydrique.
Expérience xxvie. — J’ai fait bouillir pendant plusieurs heures l’estomac d’un homme adulte avec de l’eau distillée, en ayant soin de renouveler le liquide à mesure qu’il s’en évaporait; la liqueur filtrée, traitée par l’azotate d’argent , a fourni huit centigrammes de chlorure. La portion solide restante , pressée entre plusieurs feuilles de papier joseph, pesait 3 4 grammes. Décomposée par 15 grammes d’acide sulfurique concentré , elle n’a donné aucune trace de chlorure d’argent.
Expériences xxvii% xxviii6 et xxixe ( voy. à la pag. 153 , les expériences 2e et 3e. )
Il résulte de ce qui précède l°que l’on obtient facilement une partie de l’acide chlorhydrique mélangé avec des liquides alimentaires végétaux, en distillant ceux-ci à un feu doux, à moins que l’acide ne se trouve dans ces mélanges en quantité par trop minime (expér. 1 >e et 2e, p. 157) ;
2° Que la même chose a lieu dans les mêmes conditions , quoique plus difficilement , lorsqu’on distille des mélanges d’acide chlorhydrique et de liquides alimentaires animaux , ou un estomac préalablement trempé pendant quelques minutes dans le même acide concentré ( expér. 3e et 4e, p. 158 ) ;
3° Que l’on ne recueille pas d’acide chlorhydrique dans le récipient quand on distille au bain-marie, à feu nu ou au bain de chlorure de calcium ou d’huile , les matières trouvées dans l’estomac des animaux qui ont succombé à l’empoisonnement par l’acide chlorhydrique, quoiqu'elles en contiennent , si la distillation n’a été poussée que jusqu’au moment où la matière contenue dans la cornue a acquis une consistance presque sirupeuse , parce que l’acide est retenu parla matière organique , et s’il est dissous dans une trop grande quantité de liquide , parce qu’il passe difficilement à la distillation lorsqu’il est très hydraté ( expér. 5% p. 158);
4° Que l’on en obtient , au contraire , même en agissant à un feu doux, si l'on continue la distillation jusqu’à ce que la matière de la cornue soit desséchée et non décomposée ; à la vérité, on n’en recueille que fort peu. M. Devergie a donc commis une erreur grave en attaquant ce que j’avais établi à cet égard £ dès l’année 1812 ( exp. 6e et 16e , p. 159 et 164) ;
5° Que l’on en obtient davantage quand on pousse l’action de la chaleur assez loin pour carboniser la matière contenue dans la cornue (ib. );
6° Qu’il ne se condense dans le ballon ni de l’acide chlorhydrique ni du chlorydrate d’ammoniaque, ni aucun chlorure, lorsqu’on chauffe jusqu’à siccité seulemeyxt des liquides ou des matières solides alimentaires non additionnés d'acide chlorhydrique ni de chlorhydrate
DES POISONS IRRITANTS
d'ammoniaque ;maisqu’il n’enest pas de même si ces liquides contiennent de ce chlorhydrate, ou bien lorsqu’on pousse l’opération jusqu’à ce que la matière soit carbonisée; qu’il est dès lors indispensable dans une recherche médico-légale relative à l’empoisonnement par l’acide chlorhydrique d’arrêter la distillation au moment où la masse est presque desséchée ( expér. 7e, p. 160);
7° Que s’il est vrai qu’en traitant par l’acide sulfurique concentré un mélange alimentaire trouvé dans l’estomac d’un chien empoisonné par l’acide chlorhydrique , on dégage beaucoup plus d’acide chlorhydrique que du même mélange à Y état normal, il est également certain que l’on s’exposerait à commettre des erreurs graves si l’on attachait à ce mode d’expérimentation une importance qu’il ne saurait avoir ; il pourrait arriver, en effet , que certaines matières alimentaires à Y état normal continssent assez de chlorure de sodium pour fournir par l’acide sulfurique une quantité d’acide chlorhydrique égale au moins à celle que l’on obtiendrait dans quelques cas d’empoisonnement où la proportion d’acide chlorhydrique restant dans l’estomac serait très faible ( expér. 8e et 9e, p. 160 ) ;
8° Qu’en traitant les matières suspectes par l’alcool très concentré, après les avoir concentrés par l’évaporation , en filtrant la liqueur et en la distillant jusqu’à siedté , on obtient dans les dernières portions du liquide distillé, une plus grande quantité d’acide chlorhydrique que celle qu’aurait fournie la même proportion de matière suspecte si elle eût été distillée seule ; et que dans aucun cas un mélange alimentaire à Y état normal et sans addition d’acide chlorhydrique ou de chlorhydrate d’ammoniaque, ne donne, étant traité par l’alcool concentré puis distillé jusqu à siccité, un produit fournissant du chlorure d’argent avec l’azotate de ce métal (expér. 10e, 11e, 12e et 16% p. 161 et 16 1\ ) ;
9° Que l’on recueille encore plus d’acide chlorhydrique dans les dernières portions distillées , si l’on chauffe jusqu’à siccité seulement le liquide filtré provenant de la décomposition des matières suspectes par un excès de tannin ; les mélanges alimentaires non additionnés d’acide chlorhydrique ou de chlorhydrate d’ammoniaque traités de la même manière fournissent , au contraire, un produit distillé qui ne donne aucune trace de chlorure d’argent par l’azotate de ce métal (expér. 13e, lùe, 15e et 16e, p. 163);
10° Qu’en décomposant comparativement par l’acide sulfurique concentré, comme l’a proposé le premier M. Bergounhioux (de Reims), dans un rapport inédit , des estomacs de chien à Y état normal et des estomacs des mêmes animaux empoisonnés par l’acide chlorhydrique, on dégage une quantité de cet acide beaucoup plus considérable avec
DE l’acide chlorhydrique. 171
les derniers qu’avec les premiers, soit que les viscères préalablement lavés avec de Veau froide seulement jusqu’à ce que les eaux de lavage ne rougissent plus le papier bleu de tournesol , aient été fortement pressés entre des feuilles de papier Joseph , soit qu’ils aient été dessé- chés àla température de 100° c. (exp. 17e, 18e, 19e, 20° et 21e p. 166). Dans ces cas l’eau froide n’agit pas pendant assez long-temps pour enlever la totalité de l’acide chlorhydrique qui pouvait être uni aux tissus et ne dissout pas la totalité des chlorures solubles naturellement contenus dans l’estomac; aussi, lorsqu’on traite par l’acide sulfurique ces estomacs normaux,’ lavés à l’eau froide, décompose-t-on ces chlorures naturels et obtient-on de l’acide chlorhydrique, en quantité moindre à la vérité que lorsque les estomacs empoisonnés avaient retenu une portion de l’acide chlorhydrique ingéré ;
11° Qu’en faisant bouillir avec de l’eau distillée à plusieurs reprises et pendant plusieurs heures des estomacs de chiens empoisonnés ou à l’état normal , ou bien un estomac d’un homme non empoisonné , on dissout la totalité des chlorures solubles qu’ils peuvent renfermer : aussi les dissolutions aqueuses fournissent-elles du chlorure d’argent par l’azotate de ce métal , tandis que les estomacs eux-mêmes épuisés par l’eau bouillante n’en donnent pas de traces. Tout porte même à croire qu’il suffît de laisser pendant deux ou trois jours dans l’eau distillée froide des estomacs d’individus empoisonnés ou non par l’acide chlorhydrique , et de les laver ensuite à plusieurs reprises dans le même liquide àla température ordinaire, pour obtenir les mêmes résultats (expériences 2àe, 25e et 26e, p. 168);
1 2° Que l’urine des chiens empoisonnés par l’acide chlorhydrique concentré ou affaibli , fournit avec l’azotate d’argent une quantité de chlorure d’argent six fois au moins aussi considérable qu’à l’état normal , fait dont les experts pourront quelquefois tirer parti ( expér. 3e, 4e, 5e, 6e, 7e, 8e et 9e, p. 153) ;
13° Que si je n’ai pas décelé l’acide chlorhydrique dans le foie , la rate , etc. , des chiens qui avaient été empoisonnés par cet acide étendu d’eau , cela peut tenir à ce que cet acide séjourne peu de temps dans ces organes, ou à ce qu’il se combine avec les alcalis libres qu’il trouve dans les voies circulatoires ( expér. 2% p. 152 ).
Procédé , ■ — On recueille attentivement les liquides contenus dans le canal digestif et dans la cavité abdominale , s’il y a eu perforation , ou bien les matières liquides vomies ; on les met à part après avoir constaté si elles sont acides à l’aide du papier bleu de tournesol. On introduit dans une grande cornue à laquelle on a adapté un récipient toutes les portions solides trouvées dans le canal digestif et dans les matières vomies , ainsi que l’œsophage , l’estomac et les intestins
DES POISONS IRRITANTS
coupés en petits morceaux; on ajoute de l’eau distillée, et on fait bouillir pendant cinq ou six heures en ayant soin d’ajouter de l’eau au fur et à mesure qu’il s’en évapore. On examine si le liquide recueilli dans le ballon contient ou non de l’acide chlorhydrique libre ; dans la plupart des cas il n’en renferme pas , parce que cet acide ne distille pas facilement lorsqu’il est très hydraté et retenu par la matière organique ; mais comme il pourrait arriver qu’il en contînt , on ne devra pas négliger de procéder en vaisseaux clos à l’ébullition dont je parle. On réunit alors le dècoctum restant dans la cornue aux liquides trouvés dans le canal digestif, dans la cavité abdominale ou dans les matières vomies, et on les précipite par un excès de dissolution concentrée de tannin; à mesureque le précipité se dépose, on ajoute de nouvelles quantités de tannin, jusqu’à ce que le mélange suspect ne se trouble plus ; on laisse ramasser le précipité et on filtre ; la liqueur passe assez claire et offre une couleur jaune-rougeâtre. O11 l’introduit dans une grande cornue à laquelle est adapté un récipient entouré d’eau très froide ou de glace; on distille à un feu doux (environ 100°); en général, les 19/20c du liquide qui passent d’abord ne contiennent pas un atome d’acide chlorhydrique libre, quoiqu’ils soient quelquefois acides ; lorsqu’il ne reste guère qu’un 20e de la liqueur dans la cornue, on met àpart le liquide distillé, et on continue l’opération jusqu’à ce que la matière soit à peu près sèche , en ayant soin d’agir de plus en plus à un feu doux; il ne faut sous aucun prétexte pousser la distillation plus loin. Le dernier 20e du liquide obtenu dans le récipient contiendra de l’acide chlorhydrique libre ; il sera incolore ou légèrement opalin ; il rougira le papier bleu de tournesol, et il fournira un précipité de chlorure d’argent lorsqu’on le traitera par l’azotate de ce métal. Presque toujours le précipité dont il s’agit augmentera quand on fera bouillir avecde l’acide azotique pur et concentré, pendant vingt ou vingt-cinq minutes , le liquide mélangé d’azotate d’argent , parce qu’alors l’acide azotique détruira une certaine quantité de matière organique qui s’opposait à la formation et à la précipitation du chlorure d’argent. Il pourrait arriver aussi qu’une partie de l’azotate d’argent fût réduite par la matière organique et que le précipité fût mélangé d’argent métallique noir ; peu importe, l’acide azotique dissoudrait ce métal, et l’qn ne tarderait pas à obtenir du chlorure d'argent blanc , caillebotté, insoluble dans l’eau * et dans l’acide azotique bouillant, soluble dans l’ammoniaque et se colorant promptement en violet. En lavant ce précipité , en le séchant et en le fondant, on en connaîtra le poids, et l’on saura par conséquent combien il représente d’acide chlorhydrique.
Admettons que l’on ait obtenu dans le ballon un liquide rougissant le tournesol et donnant avec l’azotate d’argent un précipité de chlo-
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rure d’argent , devra-t-on conclure que ce liquide contient nécessairement de l’acide chlorhydrique libre ? Non certes, car l’acidité peut dépendre d’un autre acide , et le précipité de chlorure d’argent peut devoir son origineàdu chlorhydrate d’ammoniaque (expér. 7e, p. 160). Jesaisqu’il n’est pas ordinaire de trouver dans le canal digestif des cadavres humains non pourris , du chlorhydrate d’ammoniaque ; je ne sache même pas que la présence de ce sel y ait jamais été démontrée; mais il suffit qu’on ait constaté son existence dans la chair musculaire , dans la salive expectorée , dans le suc gastrique des ruminants , dans le lait des brebis , dans la laite de carpe , etc. , et d’après M. Chevallier dans diverses matières animales pourries , pour que l’on doive être circonspect. Sans doute , le plus souvent une acidité bien prononcée et une précipitation notable de chlorure d’argent , annonceront la présence de l’acide chlorhydrique libre , parce que hors les cas de putréfaction avancée , le chlorhydrate d’ammoniaque dont je parle ne se trouvera dans les liqueurs suspectes qu’en très petite proportion ; qu’importe ? Dès qu’il peut arriver une fois sur mille qu’il en soit autrement, on doit se tenir sur ses gardes. On ne saurait surtout être trop réservé dans le cas où le liquidef distil lé ne rougirait pas le papier bleu de tournesol et donnerait avec l’azotate d’argent un précipité de chlorure de ce métal.
Mais alors même que l’expert serait disposé à penser que l’acidité du produit de la distillation est due à de l’acide chlorhydrique libre , il ne faudrait pas pour cela conclure qu’il y a eu empoisonnement par cet acide , parce qu’il est parfaitement établi qu’il existe quelquefois de l’acide chlorhydrique dans l’estomac des individus bien portants, en petite quantité il est vrai, et qu’il peut s’en produire une proportion beaucoup plus considérable dans certains états pathologiques, tels que la dyspepsie , le pyrosis, etc. Ces faits prouvent jusqu’à l’évidence qu’il est impossible , dans un cas présumé d’intoxication par l’acide chlorhydrique, d’asseoir son jugement uniquement sur la présence ou l’absence de cet acide dans les matières suspectes. Alors même que l’on mettrait hors de doute l’existence de cet acide libre , ce qui sera souvent fort difficile , il faudrait encore établir qu’il ne provient pas de la portion qui peut se trouver naturellement dans le canal digestif. Mais si l’élément chimique seul est loin de pouvoir trancher la question , il n’en est pas de même lorsqu’on le combine avec les données importantes que fournit la pathologie ; le commémoratif d’une part , les symptômes graves et en quelque sorte si caractéristiques de l'empoisonnement par les acides concentrés , la marche en général si rapide de la maladie, et surtout un ensemble d’altérations cadavériques tel qu’on ne l’observe presque jamais que dans les empoi-
DES POISONS IRRITANTS
sonnements par les acides ou par les alcalis concentrés , viendront à l’appui des résultats de l’analyse chimique , et mettront l’expert à même de résoudre le problème.
Je ne mentionnerai que pour les réfuter quelques difficultés d’un autre genre soulevées par M. Devergie. Partant de ce point erroné que l’on sera presque toujours obligé de traiter les matières suspectes par l’eau bouillante , afin d’obtenir du chlorhydrate d’ ammoniaque , ou de les calciner en vases clos, et d’incinérer le charbon pour savoir combien il existe de chlorures dans les cendres , ainsi que dans le liquide qui aura distillé pendant la carbonisation, M. Devergie est arrivé à une complication telle , que le médecin légiste le plus habile aurait de la peine à donner une solution satisfaisante du problème , d’après ce qu’il en dit. Au reste, je vais mettre le lecteur à même d’en juger. Premier écueil. « Les acides libres qui peuvent faire naturelle- » ment partie des liqueurs animales qui se trouvent dans l’estomac. » Qu’importe ? Alors même que ces liqueurs contiendraient tous les acides connus, rien n’est plus facile que de constater dans le récipient la présence de l’acide chlorhydrique, parce qu’il a des caractères distincts de ceux de tous les acides volatils. Deuxième écueil. « Les chlorures qui » font naturellement partie delà liqueur animale, ceux qui pourraient » y être ajoutés, ou enfin celui qui serait le résultat de l’administration » d’un contre-poison alcalin. » Aucun de ces chlorures, excepté le chlorhydrate d’ammoniaque , ne passe à la distillation limitée au point que j’ai indiqué; aucun d’eux ne rougit le papier de tournesol, en sorte que si l’on obtient dans le récipient un liquide non acide se comportant avec l’azotate d’argent comme l’acide chlorhydrique, on peut être certain que la formation du chlorure d’argent est due à du chlorhydrate d’ammoniaque , et non à de l’acide chlorhydrique libre. Troisième écueil. « Le chlorhydrate d’ammoniaque qui se forme pendant la décomposition des parois stomacales par le feu. » Dans une note lue à l’Académie royale de médecine, en novembre 1838, M. Devergie prétendait en effet qu’il se produit du chlorhydrate d’ammoniaque lorsque les parois stomacales sont décomposées par le feu et que déjà l’estomac était pourri. M. Caventou, dans un rapport remarquable qui a été adopté par l’Académie en 1839, a fait justice de cette assertion, en prouvant que M. Devergie avait pris pour du chlorhydrate d’ammoniaque l’un des chlorures naturellement contenus dans l’estomac , qui s’était volatilisé à une température rouge à la faveur des gaz qui se produisent pendant l’opération. Quoi qu’il en soit, la présence dans le liquide distillé d’un de ces chlorures n’infirme en rien l’exactitude de mon procédé , puisqu’on ne les obtient qu’en décomposant la matière organique et en la réduisant en
DE l’acide chlorhydrique. 175
charbon , tandis que je prescris d’arrêter l’opération bien avant que cette décomposition ait eu lieu , et même avant que la matière de la cornue soit complètement desséchée.
Acide chlorhydrique dans un cas d’ exhumation juridique. — Si l’exhumation a lieu peu de jours après la mort , tout porte à croire que l’acide chlorhydrique n’aura pas encore été entièrement saturé par l’ammoniaque qui se développe pendant la putréfaction , en sorte qu’on pourra en obtenir à l’état de liberté en procédant comme je l’ai dit à la page 172. Si, au contraire, il s’est déjà écoulé un temps considérable depuis la mort, et que tout l’acide ait été transformé en chlorhydrate d’ammoniaque, on 11e recueillera pas un atome d’acide libre dans le récipient en suivant la méthode que j’ai indiquée. Il faut en convenir, ce cas est excessivement épineux, et le médecin ne saurait agir avec assez de circonspection. Si, à l’aide de l’évaporation et de la cristallisation, il retire du chlorhydrate d’ammoniaque des liquides trouvés dans le canal digestif , et de ce canal lui-même soumis à une ébullition prolongée avec de l’eau distillée , on objectera que ce chlorhydrate a pu se développer pendant la putréfaction. Si, au moyen de l’azotate d’argent, il constate dans ces matières la présence d’une quantité assez considérable d’un ou de plusieurs chlorures , on fera observer que ces chlorures existaient naturellement dans les liquides de l’estomac et dans ce viscère lui-même ; qu’il est impossible d’assigner d’avance et au juste la proportion de chlorures que contiennent habituellement ces matières et l’estomac lui-même; enfin , que le malade pouvait avoir pris peu de temps avant sa mort des aliments liquides ou solides fortement salés. S’il chauffe les matières suspectes en vases clos , qu’il incinère le charbon pour déterminer combien les cendres fournissent de chlorures, et que d’un autre côté il cherche à apprécier la proportion de chlorure contenue dans le liquide qui aura été recueilli dans le ballon , comme le veut M. Devergie, on objectera encore que toutes les matières animales à l'état normal décomposées ainsi , même lorsqu’elles ne sont pas pourries , donnent un produit liquide contenant un ou plusieurs chlorures, et qu’à plus forte raison cela a lieu quand la putréfaction a fait des progrès rapides , et qu’il a dû se volatiliser une quantité plus ou moins notable de chlorhydrate d’ammoniaque; et l’on soutiendra , pour ce qui concerne les chlorures trouvés dans les cendres , qu’ils existaient 'naturellement dans les liquides de l’estomac et dans le canal digestif lui-même. Et qu’on 11e vienne pas dire qu’il sera possible de décider la question en ayant égard à la proportion de chlorure d’argent obtenue , parce que cette proportion sera plus forte s’il y a eu empoisonnement que dans le cas contraire. Quand on a expé-
176 DES POISONS IRRITANTS
rimenté, et que l’on sait combien est faible la quantité d’acide chlorhydrique qui peut rester dans le canal digestif après la mort , même lorsqu’on opère peu d’heures après le décès , on sent le vide de pareilles assertions. j’ai souvent empoisonné des chiens avec 16, 20 ou 2ù grammes d’acide chlorhydrique concentré ou étendu d’eau; les animaux ont eu des vomissements fréquents et des selles réitérées ; les matières expulsées renfermaient beaucoup d’acide chlorhydrique. Aussi , lorsqu’après la mort je cherchais à extraire l’acide chlorhydrique qui pouvait rester dans le canal digestif à Y état libre ou combiné avec les tissus, n’obtenais-je dans le récipient que quelques centigrammes de cet acide. On conçoit qu’il doive en être ainsi pour tous les poisons dissous dans l’eau, qui sont facilement rejetés par les vomissements et par les selles.
Ces faits établissent suffisamment l’immense difficulté, je dirai presque l’impossibilité de faire servir les données fournies par la chimie à la solution du problème dont je m’occupe. L’expert ne pourra tout au plus puiser dans les documents fournis par l’analyse chimique que des renseignements vagues, et dès lors insuffisants pour motiver autre chose que de légers soupçons ; c’est au commémoratif, à la pathologie et à l’anatomie pathologique à répandre, dans ces cas, la lumière qui permettra aux experts d’exprimer des doutes ou des probabilités sur l’existence d’un empoisonnement.
Acide chlorhydrique après Y administration de contre-poisons alcalins. — Si, pour neutraliser les effets funestes de cet acide, on avait fait prendre au malade de la magnésie , du carbonate de cette base, du carbonate de chaux, etc. , l’acide aurait pu être complètement saturé , et l’expert ne découvrirait plus un atome d’acide libre en procédant comme je l’ai dit à la page 171 ; d’où il suit qu’il faudrait bien se garder de conclure dans ce cas que l’empoisonnement n’a pas eu lieu , par cela seul qu’on n’obtiendrait pas dans le ballon de l’acide chlorhydrique libre . Si, comme cela arrive souvent, au contraire, la totalité de l’acide n’avait pas été saturée, le liquide distillé en renfermerait une faible proportion. Dans le cas de saturation complète, il y aurait à rechercher quel serait le contre-poison administré, et à constater dans les matières suspectes la présence d’un chlorure de magnésium, de calcium, de potassium ou de sodium. L’existence de ces deux derniers , à moins qu’ils ne fussent excessivement abondants , n’avancerait guère la question , parce qu’ils peuvent se trouver naturellement dans les aliments ou dans les liquides du canal digestif ; il n’en serait pas de même des chlorures de magnésium et de calcium, qui n’existent jamais dans ces matières qu’en proportions excessivement minimes , ou qui n’y existent pas du tout. La solution de ce
DE l’acide chlorhydrique. 177
problème , comme on le .voit , peut présenter de grandes difficultés , et exiger de la part des experts autant de réserve au moins que celui qui a pour objet la recherche de l’acide chlorhydrique dans un cas d’exhumation juridique faite long-temps après la mort. (Voy. page 175. )
BE Xi’ EAU RÉGALE.
L’eau régale est composée d’acide azoteux, de chlore, d’eau, d’acide azotique et d’acide chlorhydrique ; elle est le résultat d’un mélange de ces deux derniers acides. On la reconnaîtra aux propriétés physiques et chimiques suivantes. Elle est liquide, jaune-rougeâtre ou rouge, d’une odeur désagréable et d’une saveur excessivement caustique ; elle rougit fortement l’eau de tournesol. Elle agit sur l’azotate d’argent dissous comme l’acide chlorhydrique. Le cuivre , le zinc et le fer se comportent avec elle comme avec l’acide azotique ; le gaz nitreux (bi-oxyde d’azote) , provenant de la décomposition de l’acide azotique, reste d’abord dissous dans la liqueur, et lui communique une couleur verdâtre ; bientôt après la température s’élève , le gaz se dégage avec effervescence, et répand des vapeurs d’un jaune orangé. L’eau régale dissout avec rapidité l’or divisé.
L’action de l’eau régale sur l’économie animale est analogue à celle des acides azotique et chlorhydrique.
BE L’ACIBE PHOSBHORÎQUE
Action sur l’économie animale.
Expérience ire. — ‘Lorsqu’on injecte dans les veines quelques centigrammes d’acide phosphorique dissous dans une très petite quantité d’eau, le sang est coagulé, et l’animal meurt au bout d’une ou deux minutes : si l’acide est affaibli, il n’éprouve aucune incommodité. Introduit dans l’estomac, l’acicle phosphorique détruit la vie au bout d’un temps variable, suivant sa concentration et la dose à laquelle on l’emploie.
Expérience 11e. — On a fait avaler à un petit chien âgé de deux ans 1 gramme 60 centigrammes d’acide phosphorique dissous dans 2 grammes d’eau : au bout de deux minutes, l’animal a vomi une petite quantité de matières filantes et roussâtres : ces vomissements se sont renouvelés quatre fois dans les cinquante premières minutes qui ont suivi l’ingestion du poison. Deux heures après , il a paru éprouver des douleurs à la gorge , et il a fait beaucoup d’efforts infructueux pour vomir. Le lendemain malin, il était abattu, triste, et se tenait couché sur le ventre. On
DES POISONS IRRITANTS
l’a mis sur ses pattes pour le faire marcher ; mais il éprouvait des vertiges tels, qu’il lui était impossible de faire deux pas sans tomber. Il est mort à midi ( vingt-trois heures après l’empoisonnement \ La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge foncé , principalement dans la portion qui avoisine le pylore ; l'intérieur du duodénum offrait la même altération. Les poumons étaient sains.
Expérience IIIe. — 1 gramme 35 centigrammes de cet acide furent donnés à un lapin adulte. Pendant une heure, l’animal parut un peu agité, et refusa de manger ; mais peu de temps après , il se rétablit complètement. Au bout de vingt-quatre heures , on lui administra l\ grammes de la même substance dissoute dans un peu d’eau ; presque aussitôt la respiration devint difficile, et, au bout de quinze à trente minutes, l’animal parut agité et dans un état d’anxiété , et cependant il semblait redouter de se remuer. Dix ou douze heures après, il y eut un vomissement d’un liquide sanguinolent , et l’animal mourut avec de faibles mouvements convulsifs. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge brun , du côté du cardia seulement. Cet organe ne contenait qu’une très petite quantité d’acide phosphorique ; cependant les matières qu’il renfermait avaient une action acide très prononcée , qui dépendait de la présence de l’acidejchlorhydrique. Les organes de l’abdomen étaient sains, et ne contenaient aucune trace du poison. Les poumons et le cœur étaient gorgés de sang ; le cerveau était sain, ainsi que les reins, qui ne donnaient aucun signe d’acidité. Nulle part on ne put découvrir l’odeur du phosphore. L’urine était fortement imprégnée d’acide phosphorique , comme on s’en assura à l’aide de l’ammoniaque et du sulfate de magnésie. L’utérus était très rouge , et dans le vagin on trouva un liquide sanguinolent. ( Horn ’ Archiv fur Medizinische Erfahrung , septembre et octobre 1830. )
L’analogie qui existe entre le mode d’action de l’acide phosphorique et de ceux dont j’ai fait l’histoire, doit me dispenser de donner à cet article une plus grande étendue.
Symptômes , lésions de tissu et traitement.
Voyez page 83.
Acide phosphorique concentré. Il est solide, inodore , incolore, et d’une saveur aigre; le plus ordinairement il se présente sous forme d’un liquide épais , presque visqueux , rougissant fortement le tournesol. Chauffé , il fond et donne un verre blanc et transparent. Si, après avoir été pulvérisé avec trois parties de charbon dans un mortier de porcelaine, on le chauffe fortement dans un creuset, il se décompose bientôt et fournit du phosphore qui ne tarde pas à s’en-
DE L’ACIDE PHOSPHORIQUE. 179
tlammer. L’eau et l’alcool dissolvent facilement l’acide phosphorique. La dissolution aqueuse, versée dans les eaux de baryte , de strontiane et de chaux, y occasionne des précipités blancs, facilement solubles dans un excès d’acide phosphorique ou dans l’acide azotique pur : ce dernier caractère ne permet point de confondre l’acide phosphorique avec l’acide sulfurique , qui fournit , avec l’eau de baryte , un précipité insoluble dans l’acide azotique. Elle ne trouble point la dissolution d’azotate d’argent , à moins qu’on ne la sature par de la potasse, de la soude ou de l’ammoniaque ; alors il se dépose du phosphate d’argent jaun e si la dissolution a été faite avec de l’acide non vitrifié, et du pyro-phosphate d’argent blanc si l’acide avait été récemment vitrifié avant d’être dissous.
Dissolution affaiblie d’acide phosphorique. — Elle agit sur le tournesol , sur les eaux de chaux et de baryte , et sur l’azotate d’argent , comme la dissolution concentrée ; mais pour en obtenir du phosphore à l’aide du charbon , il faut préalablement l’évaporer jusqu’à siccité.
Mélange d’ acide phosphorique et de la matière des vomissements , ou de celle qui se trouve dans le canal digestif. Acide phosphorique appliqué sur la surface interne des membranes de l’estomac et des intestins. — L’eau sucrée et le vin n’éprouvent aucun trouble de la part de cet acide. La dissolution de gélatine devient plus transparente par son mélange avec lui ; il ne précipite pas l’albumine ; il sépare de la bile de l’homme une matière jaune, qui passe au vert par une plus grande quantité d’acide.
Expérience ire. — J’ai évaporé jusqu’à siccité un mélange de 10 centigrammes d’acide phosphorique solide et de 200 grammes de bouillon , de lait et de café. Le produit refroidi a été agité pendant dix minutes avec de l’alcool concentré marquant lilx degrés , et la dissolution a été filtrée. Le liquide, jaunâtre et transparent, rougissait fortement le tournesol, précipitait en blanc l’eau de chaux , et fournissait avec l’azotate d’argent et la potasse un précipité jaune de phosphate d’argent. Évaporé jusqu’à siccité, mêlé avec trois fois son poids de charbon, et calciné dans un petit creuset de Hesse, dont le couvercle, percé d’un trou à sa partie moyenne, était luté avec le creuset au moyen de l’argile, il a fourni, au bout de dix minutes d’une chaleur rouge, du phosphore, qui brûlait audessus de l’ouverture pratiquée au milieu du couvercle, avec une flamme blanche, et répandait une odeur d’ail et une fumée d’acide phosphorique.
Expérience iic. — J’ai recueilli les matières contenues dans l’estomac d’un chien, que j’avais pendu trente heures après l’avoir empoisonné avec un mélange de lx grammes d’acide phosphorique vitrifié dissous dans 200 grammes d’un mélange de lait, de bouillon et de café, J’ai fait
DES POISONS IRRITANTS
tremper l'estomac pendant deux heures dans de l’eau distillée froide, et, après avoir réuni l’eau de lavage aux autres matières, j’ai évaporé le tout jusqu’à siccité dans une capsule de porcelaine ; le produit a été agité pendant dix minutes avec de l’alcool froid marquant hlx degrés; la liqueur filtrée, parfaitement transparente et d’un jaune foncé, rougissait le papier bleu de tournesol, précipitait du phosphate d’argent jaune par l’azotate d’argent et la potasse, et donnait un précipité blanc avec l’eau dechaux. Mélangée avec du charbon et évaporée jusqu’à siccité, elle a laissé un résidu que j’ai chauffé jusqu’au rouge dans un petit creuset, semblable à celui dont je m’étais servi dans l’expérience précédente, et qui, au bout de quelques minutes , a donné du phosphore bridant avec une flamme d’un blanc jaunâtre.
Procédé. — On agira sur les matières suspectes comme il vient d’être dit, et si l’on ne découvre pas l’acide phosphorique , on fera bouillir le canal digestif avec de l’eau distillée, pendant une heure environ, dans une capsule de porcelaine; le solutum filtré et évaporé jusqu’à siccité, sera traité par l’alcool concentré à LUi degrés. ( Vov. Expérience 2e. ) Si le malade avait pris de la magnésie ou tout autre contre-poison alcalin , on pourrait ne pas trouver de l’acide phosphorique libre , mais bien du phosphate de magnésie, du phosphate de chaux , etc. , sels qu’il faudrait chercher à reconnaître par les caractères qui leur sont propres.
BE L’ACIDE HYPOPHOSPHORIQUE.
L’acide hypophosphorique est liquide, incolore, inodore, visqueux, et doué d’une forte saveur ; il rougit l’eau de tournesol. Lorsqu’on le chauffe dans une petite fiole , il s'enflamme , répand une odeur alliacée , et se transforme en acide phosphorique. Versé dans de l’azotate d’argent dissous, il y occasionne un précipité blanc qui passe par diverses nuances et finit par noircir.
L’acide hypophosphorique détermine des symptômes et des altérations de tissu semblables à ceux que produit l’acide phosphorique ; seulement il agit avec moins d’énergie.
DE L’ACIDE OXALIQUE
Action sur l'économie animale. — Symptômes de l’empoisonnement
par l’acide oxalique concentré.
MM. Christison etCoindet établissent dans un mémoire intéressant que, lorsque l’acide oxalique est administré de manière à 11e faire périr
I3E L*ACIDE OXALIQUE. 481
les chiens qu’au bout d’une heure, on observe les symptômes suivants : efforts violents de vomissement , légère roideur permanente des pattes postérieures , tête pendante , aspect triste et abattu , pouls faible et fréquent; à peu près en même temps, l’animal éprouve des paroxysmes d’une gêne dans la respiration, qui paraît dépendre d’une contraction des muscles respiratoires , qui survient avant que la dilatation de la poitrine soit complète ; la roideur des membres postérieurs augmente ; ils deviennent insensibles et quelquefois paralysés. De temps en temps l’animal rejette sa tête en arrière ; sa démarche semble roide ; il ne paraît pas être maître de ses mouvements. A mesure que l’action du poison devient plus intense, le spasme des muscles respiratoires augmente tellement, qu’à la fin de chaque paroxysme la respiration est suspendue pendant un certain temps : ordinairement alors la tête, la queue et les extrémités sont plus ou moins renversées en arrière, jusqu’à simuler quelquefois une attaque violente d’opisthotonos. Pendant les intervalles des paroxysmes, la respiration est fréquente et les contractions du cœur sont faibles et accélérées : dans un seul cas seulement , elles étaient tellement fortes qu’elles se faisaient entendre assez loin de l’animal. L’insensibilité, jusqu’alors bornée au train de derrière , s’étend au tronc , aux pattes antérieures , et finit par gagner la tête : à mesure qu’elle s’avance , la respiration devient moins fréquente, les accès spasmodiques sont moins marqués, et finissent par cesser entièrement. Pendant un certain temps, on peut les faire reparaître en frappant l’animal sur le dos ou les pattes ; mais enfin il tombe dans un état de coma profond , accompagné d’un relâchement complet de tous les muscles du corps. Les mouvements du cœur sont alors à peine sensibles ; la respiration est lente, régulière et courte, et s’affaiblit de plus en plus jusqu’à ce que la vie de l’animal s’éteigne presque insensiblement. La dose du poison apporte quelques modifications dans les symptômes : si on l’augmente , les effets se, rapprochent beaucoup de ceux que produisent la strychnine et la brucine ; ils en diffèrent par l’action que l’acide oxalique exerce sur le cœur. Lorsque , au contraire , la dose est moins forte , l’animal éprouve de la roideur dans les pattes postérieures , une espèce de somnolence, mais ni insensibilité ni même paroxysmes spasmodiques, et ordinairement il se rétablit plus ou moins promptement. Les différents degrés de concentration de cet acide produisent des modifications semblables dans les symptômes : plus il est étendu, plus il agit avec force.
Le premier symptôme qui se manifeste chez l’homme est toujours une douleur brûlante dans l’estomac, et quelquefois aussi dans la
DES POISONS IRRITANTS
gorge (1) ; elle se déclare immédiatement après l’ingestion du poison, et elle est en général suivie de vomissements violents qui continuent jusqu’aux approches de la mort : quelquefois cependant ces vomissements ont été faibles , et n’ont même pas eu lieu ; les matières vomies sont en général d’une couleur foncée , et même sanguinolente. Les signes de l’affaiblissement de la circulation sont toujours très marqués ; le pouls devient imperceptible et peut rester plusieurs heures dans cet état. Cette faiblesse extrême du pouls est accompagnée d’un froid glacial , de sueur gluante , et quelquefois de la lividité des ongles et des doigts. Presque tous les malades présentent des symptômes d’une affection du système nerveux : les uns se plaignent d’engourdissement et d’un sentiment de fourmillement des extrémités , longtemps après la disparition des symptômes violents; d’autres deviennent insensibles quelque temps avant la mort ; il en est enfin qui offrent des convulsions. En général , les malades périssent en moins d’une heure , et quelquefois meme ils ne survivent que peu de minutes.
Lésions de tissu produites par l’acide oxalique.
Si l’acide est concentré , il corrode l’estomac et dissout la gélatine de ses membranes. Dans un empoisonnement de ce genre, l’estomac contenait environ 400 grammes d’un fluide foncé ; sa membrane muqueuse, injectée, rouge dans toute son étendue, offrait un épaississement considérable , avec des plaques ; la membrane musculeuse , contractée , était exactement partagée en deux portions, l’une cardiaque , l’autre pylorique; la tunique séreuse était injectée aussi. L’iléum était fortement enflammé h quelques pouces du colon ; cet intestin était rétréci dans toute son étendue, mais sans aucune apparence d’inflammation. Il y avait un épanchement considérable d’un fluide limpide entre F arachnoïde et la pie-mère , qui formait entre ces deux membranes un écartement de près de 1 centimètre. La substance médullaire du cerveau était plus blanche qu’à l’ordinaire , et le plexus choroïde plus pâle qu’il ne l’est ordinairement dans les congestions cérébrales (2).
Si l’acide oxalique est étendu d’une grande quantité d’eau, il ne détermine aucune altération remarquable du cerveau ni des viscères abdominaux ; mais les poumons offrent des taches d’un rouge vif sans
(1) Ce genre d'empoisonnement est devenu très fréquent en Angleterre depuis quelques années, ce qui tient à ce que l’acide oxalique a été confondu avec le sel d’Epsom.
(2) Bibliothèque médicale , lom. xuv, ôctobre 1814, p. 121,
DE l’acide oxalique. 183
aucune trace d’épanchement. Deux ou trois minutes après la mort , le cœur 11e présente plus de pulsations et ne jouit plus de la faculté de se contracter ; si l’animal a péri avant l’époque de l’insensibilité , le sang des cavités droites est noir, celui des cavités gauches est vermeil. Au contraire , le cœur continue de battre pendant quelques instants après que la respiration a cessé, si la mort a été précédée de l’état comateux. Alors le sang est d’une couleur noire dans les deux svstèmes vasculaires.
Après avoir fait connaître les altérations de tissu produites le plus
ordinairement par l’acide oxalique , MM. Christison et Coindet établissent : 1° que l’estomac est quelquefois parfaitement sain, ou ne présente qu’une légère teinte rougeâtre ; 2° que l’érosion plus ou moins complète de l’épiderme de la membrane muqueuse de ce viscère , et l’état gélatineux et transparent du chorion et de ses autres tissus, sont des effets qui n’appartiennent qu’à l’acide oxalique; mais qu’il faudrait néanmoins, dans un cas médico-légal , retrouver cet acide en nature pour prononcer sur son existence.
Conclusions. — Ces diverses observations ont porté les auteurs du mémoire à conclure : 1° que l’acide oxalique très concentré, introduit à haute dose dans l’estomac, irrite ou corrode cet organe, et détermine la mort par l’affection sympathique du système nerveux ; 2° que lorsqu’il est étendu d’eau, il est absorbé et porte son influence sur les organes éloignés : il n’agit alors ni en irritant l’estomac ni sympathiquement : toutes choses égales d’ailleurs, son action est plus rapide lorsqu’il est étendu d’eau que lorsqu’il est concentré; 3° qu’on 11e peut le retrouver dans aucun des liquides de l’animal , quoiqu’il soit absorbé, probablement parce qu’il est décomposé en passant par les poumons, et que ses éléments se combinent avec le sang ; k° qu’il agit directement comme sédatif. Les organes sur lesquels il porte son influence sont d’abord la moelle épinière et le cerveau , ensuite et secondairement les poumons et le cœur. Enfin , la cause immédiate de la mort est quelquefois une paralysie du cœur, d’autres fois une asphyxie , ou enfin ces deux affections réunies.
Traitement de l’empoisonnement par l’acide oxalique.
On agit comme ii a été dit à l’occasion des acides. ( Voy. p. 87 ).
Recherches médico-légales.
Acide oùcali [ue solide. — Il est sous forme de prismes incolores , transparents et quadrilatères terminés par des sommets dièdres , ou de petits cristaux aiguillés et lamelleux, ressemblant beaucoup à ceux du
184 Î)ES POISONS IRRITANTS
sulfate de magnésie , d’une saveur acide très prononcée , inodores et rougissant fortement le tournesol. Chauffé dans une fiole à environ 115° c. , il fond , s’épaissit , bouillonne et se volatilise en petits cristaux qui s’attachent à la partie supérieure du vase ; il n’v a presque point de résidu charbonneux. Projeté sur des charbons ardents, il fond aussitôt et répand une fumée blanche, acide, irritante, qui provoque la toux , sans laisser de résidu charbonneux. Cent parties d’eau froide dissolvent 11 parties 1/2 de cet acide ; l’eau bouillante en dissout beaucoup plus ; il est moins soluble dans l’alcool.
Dissolution aqueuse concentrée , — Liquide incolore, transparent, rougissant énergiquement le papier bleu de tournesol , formant avec la potasse un oxalate soluble s’il est neutre ; quand on ajoute assez d’acide pour transformer ce sel en oxalate acide , il se dépose des petits cristaux d’oxalate acide moins soluble que l’oxalate neutre. L’acide oxalique précipite l’eau de chaux et tous les sels calcaires, sans en excepter le sulfate ; l’oxalate de chaux précipité insoluble dans un grand excès d'acide oxalique , ne se dissout pas non plus dans Y acide acétique concentré ; l’acide azotique au contraire le dissout à merveille ; desséché et calciné dans une cuiller de platine , il se charbonne et laisse de la chaux vive. Versé dans une dissolution d’azotate d’argent , il fournit de l’oxalate d’argent blanc , caillebotté , soluble dans l’acide azotique, et qui étant desséché et chauffé dans un verre à montre ou sur une lame métallique, brunit sur les bords, détone légèrement en répandant tout-à-coup une grande quantité de vapeur épaisse blanche et laisse de l’argent métallique. Le tartrate d'argent chauffé de même se charbonne, répand une légère fumée d’une odeur de caramel, devient incandescent , et laisse de l’argent sans détoner. V acétate d* argent noircit, et laisse aussi de l’argent métallique , sans détoner ni répandre sensiblement de vapeurs. On ne saurait non plus confondre l’oxalate d’argent avec les précipités que fournissent la noix de galle et l’acide formique versés dans l’azotate d’argent , car ces précipités de couleur noire ne sont autre chose que de l’argent métallique réduit. L’acide formique n’opère la réduction de l’azotate d’argent à froid qu’au bout d’un certain temps.
La dissolution concentrée d’acide oxalique laisse déposer une partie de l’acide quand on la mêle avec de l’alcool concentré 'marquant 44 degrés; il s’en dépose moins si l’alcool ne marque que 36 degrés; dans l’un et l’autre cas, mais surtout dans le dernier, il reste encore beaucoup d’acide oxalique dans la dissolution filtrée.
Dissolution aqueuse étendue. — Elle est incolore , transparente et rougit le tournesol; l’eau de chaux, les sels calcaires et l’azotate d’argent agissent sur elle comme sur la dissolution concentrée ; ce der-
Î)E L'ACIDE OXALIQUE* IBS
nier réactif peut déceler l’acide oxalique dans un solutum fait avec 1 centigramme d’acide et 3,200 parties d’eau ; la chaux précipiterait même une dissolution qui ne contiendrait qu’un quarante -millième de son poids d’acide. Quand on la chauffe avec du chlorure d’or jusqu’à l’ébullition, il y a formation d’acide chlorhydrique , dégagement d’acide carbonique et revivification de l’or ; on peut reconnaître par ce moyen la présence d’un dix-millième environ d’acide oxalique. L’alcool le plus concentré ne trouble point la dissolution étendue d’acicle oxalique.
Acide oxalique mêlé à des liquides végétaux et animaux, aux matières vomies ou à celles qui se trouvent dans le canal digestif. — Il n’exerce aucune action sur les fluides végétaux et animaux, si ce n’est sur la gélatine, qu’il dissout sans lui faire subir ni subir lui-même de 'changement dans sa composition.
Expérience ire. ■ — J’ai laissé pendant six heures dans une dissolution aqueuse d’acide oxalique froide quelques lambeaux d’un estomac humain non putréfié et parfaitement lavé. La liqueur filtrée a été partagée en deux parties : l’une d’elles, évaporée à une douce chaleur, m’a fourni des cristaux d’acide oxalique. L’autre , traitée par le décoctum aqueux de tannin , a donné un précipité de matière organique ; j’ai filtré , et j’ai également obtenu de l’acide oxalique cristallisé.
Expérience iic. — Après avoir dissous 50 centigrammes d’acide oxalique dans l’eau, je les ai mêlés avec 200 grammes de lait, de bouillon et de café; puis j’ai partagé la liqueur en deux parties égales A et B. La portion A, évaporée à une douce chaleur presque jusqu’à siccité,a été agitée pendant quelques minutes avec de l’alcool froid marquant 36 degrés; j’ai filtré; 1 e solutum transparent et jaunâtre, évaporé avec soin, m’a fourni des cristaux d’acide oxaîiqüe incolores et parfaitement reconnaissables.
La portion B a été précipitée par une dissolution de tannin; le liquide, filtré et évaporé jusqu’en consistance épaisse, était jaunâtre, et ne donnait point de cristaux par le refroidissement; je l’ai étendu d’eau , et précipité par un excès d’azotate d’argent. Le dépôt, après avoir été parfaitement lavé , a été desséché , et chauffé sur un verre à montre placé au-dessus de la flamme d’une lampe à alcool : il n’a présenté aucun des caractères de l’oxalate d’argent.
. Expérience iiic. — J’ai empoisonné un chien à jeun avec 8 grammes d’acide oxalique dissous dans 200 grammes de] lait, de bouillon et de café; l’œsophage a été lié, et l’animal est mort deux heures et demie après. Les liquides de l’estomac offraient une couleur de café au lait, et étaient très acides ; j’en ai pris le tiers, et je l’ai précipité par un excès de dissolution aqueuse de tannin. La dissolution filtrée, d’un blanc légèrement jaunâtre, évaporée jusqu’en consistance presque sirupeuse, n’a point cristallisé par le refroidissement; je l’ai traitée par l’alcool froid, marquant [\lx degrés, qui a coagulé encore une assez grande quantité de matière animale. Après quinze heures de réaction, j’ai filtré la liqueur al-
DES POISONS IRRITANTS
coolique, et je Fai fait évaporer à une douce chaleur dans une capsule de porcelaine ; l’acide n’a point cristallisé. Alors j’ai fait dissoudre dans l’eau distillée la masse en consistance d’extrait. L esolutum précipitait par l’eau de chaux en blanc qui passait bientôt au violet , à cause de la présence du tannin; les sels de cuivre y faisaient naître par l’addition d’un peu de potasse un dépôt brun foncé.
Expérience iv*. — J’ai administré à un chien de moyenne taille 12 grammes d’acide oxalique dissous dans 70 grammes d’eau ; l’œsophage a été lié, et l’animal est mort au bout de trois heures. Je l’ai ouvert deux jours après. L’estomac, à peine enflammé, contenait beaucoup d'aliments; sa membrane muqueuse, en partie détruite, était grandement ramollie, et se déchirait facilement. J’ai fait bouillir pendant un quart d’heure les matières alimentaires avec un litre d’eau distillée, et j’ai filtré : le solution était jaunâtre, transparent et très acide; je l’ai divisé en deux parties égales A et B. La portion A, rapprochée par l’évaporation à un feu doux, a laissé après son refroidissement une masse gélatineuse tellement abondante, qu’il était impossible d’apercevoir la plus légère trace de cristaux d’acide oxalique ; j’ai agité cette masse avec de l’alcool froid à 36 degrés, et au bout de dix minutes j’ai filtré. La dissolution a été en partie précipitée par l’azotate d’argent ; j’ai lavé à plusieurs reprises l’oxalate d’argent déposé ; puis je l’ai laissé sécher sur un filtre ; mais il retenait encore assez de matière organique pour ne pouvoir pas être détaché du filtre. Celui-ci chauffé n'a point brûlé, comme le fait un papier contenant de Voxalate d’argent sans mélange; il s’est ciiarbonné sans la moindre apparence de déflagration. La portion de la dissolution alcoolique qui n’avait point été précipitée par l’azotate d’argent a été évaporée à une douce chaleur, et a fourni de petits cristaux d'acide oxalique, qui sont devenus incolores, dès qu’ils ont étélégèrcment pressés entre deux feuilles de papier brouillard, et qui se comportaient avec tous les réactifs , y compris l’azotate d’argent, commel’acide oxalique.
B rapproché par l’évaporation jusqu’à la moitié de son volume , après avoir été refroidi , a été traité par l’alcool à hh degrés , qui a précipité beaucoup de matière organique ; j’ai filtré; la liqueur, jaunâtre et transparente, a été chauffée. à un feu doux dans une capsule de porcelaine, et m’a fourni des cristaux bien caractérisés d’acide oxalique.
Les matières alimentaires non dissoutes par l’eau ont été de nouveau traitées à plusieurs reprises par l’eau distillée froide et bouillante. Ces diverses dissolutions ont présenté long-temps des traces d’acidité , et j’ai pu m’assurer qu’elles renfermaient toutes de l’acide oxalique. Lorsque les eaux de lavage ne rougissaient plus le papier de tournesol, j’ai fait bouillir les matières ainsi lavées avec du bicarbonate de potasse pur et de l’eau distillée dans une capsule de porcelaine ; après une heure d’ébullition, j’ai filtré, et versé dans le liquide filtré un excès d’acétate de plomb, qui a donné un précipité blanc abondant. J’ai lavé ce précipité pendant quinze jours pour enlever autant que possible la matière organique précipitée ; il s’agissait de savoir si le dépôt restant contenait de Voxalate de plomb ; je l’ai sou-
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mis à un courant d’acide sulfhydrique gazeux, après lavoir délayé dans l’eau distillée; j’ai séparé par le filtre le sulfure de plomb, et j’ai fait évaporer la liqueur à une douce chaleur pour chasser l’excès d’acide suifhydrique et pour la faire cristalliser : je n’ai point obtenu de cristaux. Après avoir étendu d’eau le liquide, je l’ai mêlé avec de l’azotate d’argent, qui a donné un léger précipité que j’ai lavé, desséché et chauffé sur un verre à montre , mais qui ne s’est pas comporté comme l’oxalatc d’argent.
Expérience Ve. — J’ai administré à un fort chien à jeun 7 grammes d’acide oxalique dissous dans 250 grammes d’eau ; l’œsophage et la verge ont été liés. L’animal est mort au bout de deux heures, et a été aussitôt ouvert. Le foie, la rate et les reins ont été immédiatement séparés et mis à part. La vessie a été vidée : elle contenait 80 grammes d’urine. L’estomac renfermait 202 grammes d’un liquide brunâtre sanguinolent , qui a été étendu d’eau et mis sur un filtre.
Liquide de Vestomac filtré. — Il est transparent, brun café clair, et rougit le papier bleu de tournesol. On le divise en trois parties égales A , B , C. La portion A , saturée par la potasse à l’alcool , qui lui communique une teinte légèrement rosée , précipite abondamment par l’azotate d’argent en blanc tirant un peu sur le gris; le précipité ramassé, bien lavé et desséché, est d’un brun noirâtre ; chauffé dans un verre à montre, il se charbonne , sans répandre de famée et sans détoner , en sorte qu’il est impossible de reconnaître là l’oxalate d’argent. Le chlorure de calcium la précipite en blanc ; le dépôt , assez difficile à laver, lorsqu’il est épuisé de toutes les parties solubles qui l’enveloppent , est desséché et calciné dans une cuiller de platine; il se charbonne, puis blanchit, et laisse de la chaux vive. Le sulfate de bi-oxyde de cuivre la précipite en vert bleuâtre , au lieu de donner un précipité blanc-bleuâtre ; quand le dépôt est bien lavé, il est d’un vert assez foncé, et ne ressemble guère à l’oxalate de cuivre blanc-bleuâtre.
B est évaporé à une douce chaleur jusqu’en consistance épaisse, puis refroidi et traité par l’alcool concentré marquant kk degrés et froid ; le solulum filtré est d’un jaune clair; réduit par la chaleur jusqu’au point où il pourra cristalliser, il fournit des cristaux d’acide oxalique parfaitement reconnaissables, donnant avec l’azotate chargent de i’oxalate d’argent, que l’on peut faire détoner en le soumettant à l’action du feu.
G a été précipité par le décoctum aqueux de tannin , et filtré ; le liquide, de couleur rougeâtre, contenait un excès de tannin. On l’a évaporé à un feu doux, et l’on a obtenu une masse noirâtre, au milieu de laquelle il était impossible d’apercevoir des cristaux d’acide oxalique.
Foie et rate. — Après avoir coupé ces deux organes en petits morceaux, on les a laissés pendant vingt-quatre heures dans de l’eau distillée froide, puis on a filtré; le liquide, rouge, sanguinolent, a été chauffé jusqu’en consistance épaisse, refroidi et agité pendant dix minutes avec de l’alcool concentré marquant l\k degrés et froid : le solutum alcoolique filtré était d’un jaune clair et parfaitement transparent ; évaporé jusqu’au point où il pouvait cristalliser, il n’a point fourni de cristaux; alors on a
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dissous le produit sirupeux dans de l’eau distillée. La liqueur était acide, et ne troublait point l’eau de chaux; on l’a précipitée par l’azotate d’argent; le dépôt, très annualisé, parfaitement lavé, desséché et chauffé dans un verre à montre, n’a donné aucun des caractères de l’oxalale d’argent.
Reins. — Ces organes , coupés par petits morceaux et traités successivement par l’eau distillée et par l’alcool comme le foie et la rate, ont fourni un liquide presque incolore, transparent , qui a été rapproché par l’évaporation , et n’a point cristallisé. On a ajouté de l’eau distillée ; la liqueur était acide, et ne précipitait pas par l’eau de chaux; l’azotate d’argent y faisait naître un dépôt blanc , que j’ai bien lavé , puis desséché et chauffé dans un verre à montre; il n’a donné aucun des caractères de l’oxalate d’argent.
Urine. — Elle était d’un jaune citron, et surnageait un précipité blanc, du poids de 3 centigrammes environ; ce précipité, lavé et traité à la température de l’ébullition par 2 grammes de dissolution de bicarbonate dépotasse pur et de l’eau distillée, a fourni une liqueur que j’ai filtrée, et saturée par quelques gouttes d'acide azotique ; dans cet état, je l’ai précipitée par du chlorure de calcium. Le précipité, qui pouvait contenir de l’oxalate et du phosphate de chaux, après avoir été suffisamment lavé, a été mis en contact avec de l’acide acétique concentré , dans le but de dissoudre le phosphate de chaux, s’il en renfermait; le lendemain, il s’était déposé 1 centigramme environ d’un précipité blanc que j’ai lavé , desséché et calciné dans une cuiller de platine. Pendant l’action de la chaleur rouge, ce précipité s’est charbonné d'abord , puis a blanchi; en versant quelques gouttes d’eau distillée sur le résidu blanc , j’ai obtenu une liqueur alcaline , qui bleuissait fortement le papier rouge de tournesol , et qui se comportait avec les acides carbonique et oxalique , comme Veau de chaux.
J’ai alors examiné les 80 grammes d’urine que j’avais filtrée. Le liquide était jaune, transparent et acide ; je l’ai précipité par du chlorure de calcium; le dépôt blanc, bien lavé, a été traité par l’acide acétique concentré qui l’a dissous en partie; la portion non dissoute a été parfaitement lavée, desséchée et calcinée dans une cuiller de platine : elle a laissé de la chaux vive.
Dans une autre expérience, après avoir bien lavé le précipité blanc, qui s’était déposé de l’urine d’un chien empoisonné par 7 grammes d’acide oxalique dissous dans 300 grammes d’eau , j’ai reconnu que ce dépôt calciné dans une cuiller de platine laissait de la chaux vive parfaitement caractérisée (1).
Expérience vic. — J’ai ajouté à une soupe à l’oseille un gramme d'acide oxalique , et j’ai évaporé presque jusqu’à siccité. Le produit
(1) M. Donné a constamment vu une multitude de cristaux d’oxalate de chaux se former dans l’urine des personnes qui avaient mangé de l’oseille. ( Lettre à l’Institut du Ornai 1839.)
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refroidi a été agité, pendant demi-heure environ, avec de l’alcool concentré marquant 44 degrés; j’ai filtré ; le sulutum , évaporé à une douce chaleur, m’a fourni des cristaux qui me paraissaient devoir être formés d’acide oxalique et de quelques atomes de bi-oxalate de potasse. Après avoir pressé ces cristaux entre deux feuilles de papier joseph, je lésai réduits en poudre et mis en contact avec de l’alcool concentré marquant 44 degrés; j’ai agité le mélange pendant quelques minutes , et j’ai filtré au bout d’une demi-heure. L’alcool avait dissous l’acide oxalique ; le bi-oxalate de potasse restait au fond du tube , et pouvait facilement être reconnu à l’aide de l’eau de chaux , des sels de cuivre et du chlorure de platine.
Expérience viic. — J’ai fait prendre de la magnésie à un chien que j’avais empoisonné quarante minutes auparavant avec 7 grammes d’acide oxalique dissous dans 200 grammes d’eau distillée. L’animal est mort deuxheures après l’empoisonnement. Les liquides del’estomac, évaporés et traités par l’alcool, comme dans l’expérience4e (p.185), m’ont fourni quelques cristaux d’acide oxalique ; d’où j’ai conclu que la magnésie n’ayant pas saturé la totalité de l’acide oxalique , une partie de cet acide devait se trouver à l’état d’oxalate de magnésie dans la masse qui était restée après le traitement alcoolique. Sachant combien il est difficile de dissoudre dans l’eau distillée l’oxalate de magnésie lorsque sa cohésion a été augmentée par le rapprochement de ses molécules, je n’ai pas traité la masse dont il s’agit par l’eau seule , mais bien par l’acide chlorhydrique faible. Après une heure de contact à froid, j’ai filtré la liqueur, et j’ai saturé avec soin l’acide chlorhydrique par la potasse à l’alcool ; l’oxalate de magnésie s’est précipité ; je l’ai lavé à l’eau froide pour séparer le chlorure de potassium et quelques autres matières étrangères solubles, puis j’en ai fait dissoudre une partie dans l’eau distillée à la température de 30° c., en le laissant pendant vingt-quatre heures dans ce liquide , avec lequel je l’agitais de temps à autre. La dissolution filtrée offrait tous les caractères de l’oxalate de magnésie ; elle était neutre, et donnait par les sels calcaires solubles un précipité blanc d’oxalate de chaux insoluble dans les acides oxalique et acétique , soluble dans l’acide azotique et décomposable à une chaleur rouge en laissant de la chaux vive; elle fournissait un précipité blanc-bleuâtre avec les sels de cuivre , et un précipité blanc de magnésie avec la potasse; évaporée jusqu’à siccité et calcinée dans une cuiller de platine , elle laissait de la magnésie sans se charbonner.
Il résulte de ce qui précède : 1° que l’on obtient facilement de l’acide oxalique cristallisé et parfaitement reconnaissable en traitant par l’alcool les matières suspectes évaporées jusqu’à siccité; 2° que l’on peut à l’aide de cet agent séparer, sinon complètement , du moins en grande partie le bi-oxalate de potasse qui se trouverait mélangé à de l’acide oxalique; 3° qu’en lavant à plusieurs reprises avec de l’eau distillée le canal digestif des animaux empoisonnés par l’acide oxalique, on dissout la totalité de l’acide contenu dans ce canal , et qu’il est dès lors inutile de traiter les tissus eux-mêmes; 4° que cet acide est absorbé et peut
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être retrouvé dans l 'urine , tandis qu’il m’a été impossible de l’extraire du foie et de la rate , soit parce qu’il ne reste pas long-temps dans ces organes , soit parce qu’il se transforme en oxalate de chaux ou en une autre matière insoluble.
Procédé — Avant de faire connaître le procédé qui me paraît devoir être employé dans un cas d’empoisonnement par l’acide oxalique , il importe de montrer l’insuffisance de la méthode que les auteurs de médecine légale ont conseillé de suivre. « Les liquides seront séparés » des solides et essayés par le papier bleu de tournesol. L’acidité étant » reconnue , on saturera par du carbonate de potasse ; l’existence de » l’oxalate de potasse sera facilement démontrée par les réactifs. » (Christison et Coindet). J’admettrai pour un instant , ce qui n’est pourtant pas ( Voy. expér. 5e p. 186), que l’eau de chaux, l’azotate d’argent, le sulfate de bi-oxyde de cuivre , etc. , se comportent avec la liqueur suspecte comme avec F oxalate de potasse sans mélange de matières organiques ; n’est-il pas évident que l’on obtiendrait exactement les mêmes résultats si l’empoisonnement avait eu lieu par le sel d’oseille (bi-oxalate de potasse ), ou , ce qui est beaucoup plus grave, si l’individu qui est l’objet des recherches n’avait pas été empoisonné et qu’il eût tout simplement avalé une assez grande quantité de soupe à l'oseille ou de tout autre mets préparé avec cette plante? J’ai souvent agi comme le prescrivent ces auteurs avec des bouillons de soupe à l’oseille préparés par la méthode ordinaire; il suffisait de filtrer ces bouillons et de les mettre en contact avec les réactifs précités, soit avant, soit après les avoir saturés par du carbonate de potasse, pour obtenir des précipités semblables 'a ceux que donne l’oxalate de potasse ; et comment pourrait-il en être autrement quand on sait qu’un kilogramme d’oseille fournit ‘2 grammes 1/2 environ de bi-oxalate de potasse? Ces mêmes motifs doivent aussi engager les experts à ne jamais chercher l’acide oxalique dans une liqueur suspecte par l’acétate de plomb , car ce sel précipite aussi bien l’acide dont il s’agit que le bi-oxalate de potasse et le sel naturellement contenu dans l’oseille. On dira peut-être que l’on saura toujours d’avance si l’individu avait mangé ou non un potage à l’oseille, et que dans le cas où cela aurait eu lieu , on suivrait un autre procédé ; mais il peut se présenter des circonstances où l’on ignorera complètement ce qui s’est passé , et , en supposant que l’on apprenne que de l’oseille a été mangée, quel procédé emploiera-t on? D’ailleurs l’objection en ce qui concerne le bi-oxalâte de potasse subsiste tout entière. J’ajouterai que personne n’a encore prévu le cas , assez épineux , où l’on imaginerait , pour mieux faire prendre le change , d’empoisonner avec une soupe à l'oscille à laquelle on aurait préalablement ajouté de l’acide oxalique. Comment l’expert pourrait-il alors arriver
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à une solution tant soit peu satisfaisante, s’il n’avait pour se tirer d’embarras que le procédé vicieux adopté jusqu’à présent par tous les auteurs sans exception ?
Voici comment je propose d’agir. On recueille les matières contenues dans le canal digestif ; on coupe celui-ci en petits morceaux que l’on place dans une grande capsule de porcelaine avec un litre d’eau distillée ; on fait bouillir pendant quelques minutes afin de coaguler une portion de matière animale ; on décante et l’on traite de nouveau les parties solides par de l’eau distillée bouillante ; on filtre les deux liquides réunis, et on les fait évaporer presque jusqu’à siccité à une douce chaleur. On agit de même sur les matières vomies que l’on traite à part. On agite les produits presque desséchés de l’évaporation et déjà refroidis avec un demi-litre d’alcool concentré marquant hk degrés et froid; après plusieurs heures de contact on décante la dissolution alcoolique, et l’on fait encore agir une égale quantité d’alcool à kk degrés sur la portion solide restante ; on décante la liqueur après quelques heures de contact et on la réunit à la première ; on filtre les deux dissolutions alcooliques dans lesquelles se trouve sinon la totalité, du moins la majeure partie de l’acide oxalique libre qui aurait pu être administré ; ces liqueurs ne renferment pas ou presque pas de bioxalate de potasse , en admettant qu’il y en eût dans les matières suspectes, et à coup sûr elles ne contiennent pas un atome de l’oxalate de magnésie ni de l’oxalate de chaux, qui auraient pu se former par suite de l’administration de la magnésie ou du carbonate de chaux comme contre-poisons. On évapore jusqu’à pellicule la dissolution alcoolique et l’on obtient des cristaux d’acide oxalique. Dans la crainte que ces cristaux ne soient mélangés d’un peu debi-oxalate de potasse, on les réduit en poudre et on fait agir sur celle-ci de l’alcool froid et concentré qui ne dissout que l’acide oxalique ; on évapore alors le solutum alcoolique pour avoir l’acide oxalique cristallisé. Si la dissolution alcoolique provenant de Faction d’un demi-litre d’alcool sur la matière presque desséchée n’avait point fourni des cristaux d’acide oxalique , on traiterait de nouveau par de l’alcool froid marquant hk degrés cette dissolution alcoolique évaporée jusqu’à pellicule, afin delà débarrasser d’une nouvelle quantité de matière animale ; on filtrerait au bout d’une heure de contact, et à coup sûr la nouvelle dissolution alcoolique évaporée donnerait des cristaux d’acide oxalique pour peu que celui-ci se trouvât dans cette dissolution à la dose de quelques centigrammes. Si l’on n’obtenait point de cristaux, parce que l’acide n’y existerait qu’en très petite proportion , il suffirait de traiter par l’eau distillée le liquide épaissi et de faire agir sur lui les réactifs indiqués à la page 183, pour s’assurer de la présence de l’acide oxalique.
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Les matières suspectes, après avoir été épuisées par l'alcool froid et concentré, sont traitées par l’eau distillée froide, afin de dissoudre la portion d’acide oxalique que l’alcool n’aurait point enlevée, ainsi que le bi-oxalate de potasse qu’elles pourraient contenir ; après une heure de contact , on filtre la dissolution, dans laquelle il n’existe certainement pas de l’oxalate de chaux et qui ne peut renfermer tout au plus que des atomes d’oxalate de magnésie , ce sel étant fort peu soluble dans l’eau froide. La liqueur aqueuse filtrée est évaporée jusqu’à siccité ; le produit contenant de la matière organique, que je supposerai renfermer aussi de l’acide oxalique , du bi-oxalate de potasse et un atome d’oxalate de magnésie , est agité avec de l’alcool concentré et froid ; le solutum ne contient que de l’acide oxalique , et il suffit pour l’obtenir cristallisé de le filtrer et de le faire évaporer. La portion non attaquée par l’alcool concentré est dissoute dans quatre fois son volume d’eau distillée et mélangée avec de l’alcool à 30 degrés qui dissout le bioxalate de potasse et précipite une portion de la matière organique ainsi que la minime quantité d’oxalate de magnésie que l’eau aurait pu dissoudre. La dissolution alcoolique affaiblie de bi-oxalate de potasse est évaporée jusqu’à pellicule pour obtenir le sel cristallisé ; s’il ne se forme point de cristaux , on traite le liquide presque sirupeux par de l’alcool à 33 degrés, on filtre, et on procède à une nouvelle évaporation à la suite de laquelle on obtient du bi-oxalate de potasse cristallisé, ou du moins une liqueur dans laquelle il est aisé de démontrer la présence de ce sel à l’aide des réactifs.
Les matières suspectes déjà traitées par l’alcool concentré et par l’eau froide sont mises de nouveau en contact avec de l’eau distillée à la température ordinaire qui dissout la majeure partie de la matière organique, et laisse déposer les oxalates de magnésie ou de chaux que ces matières pourraient contenir ; on décante la liqueur au bout d’une heure ou deux, et l’on recueille le dépôt sur lequel on fait agir de l’acide chlorhydrique froid , étendu de trois fois son poids d’eau distillée afin de dissoudre l’oxalate de magnésie ; évidemment on ne doit recourir à cette opération que dans les cas où l’on saura que l’individu soupçonné empoisonné avait pris de son vivant de la magnésie comme contre-poison. Il suffira de filtrer la liqueur et de la saturer par un excès de carbonate de potasse pur pour obtenir un solutum composé d’oxalate de potasse , de chlorure de potassium et de l’excès de carbonate de potasse et un précipité de carbonate de magnésie ; on traitera la liqueur filtrée par l’acétate de plomb , qui donnera de l’oxalate de plomb insoluble , mélangé de matière organique ; on lavera ce dépôt avec de l’eau distillée à plusieurs reprises pour débarrasser l’oxalate de plomb qu’il renferme , de la majeure partie de la matière organique , puis on décom-