‹ Traité de toxicologie (volume 3)Chapitre 32 sur 85 · DE L* AMMONIAQUE · texte numérisé non relu

DE L* AMMONIAQUE

roideur tétanique dans les quatre membres; il a eu une excrétion d'urine involontaire, et ses muscles, principalement ceux des lèvres et des extrémités, ont été agités de mouvement convulsifs. Il a continué de vivre dans cet état jusqu'à la dixième minute après l’injection. On l’a ouvert sur-le champ : la contractilité était éteinte dans les muscles; les poumons étaient crépitants , d’une couleur rouge livide, et contenaient une petite quantité de sang ; il y avait dans l’oreillette gauche quelques caillots gélatineux formés par du sang d’un rouge foncé; le ventricule gauche renfermait une assez grande quantité de ce même fluide non coagulé et d’une couleur noirâtre.

Expérience 11e. — On a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un petit chien; on a introduit dans son estomac, à l’aide d’une sonde de gomme élastique, 2 grammes d’ammoniaque liquide concentrée, et on a lié l’œsophage au-dessous de l'ouverture afin d’empêcher le vomissement. L’animal a paru d’abord bridé ; au bout de cinq minutes, il était tellement insensible qu’on le croyait mort; quelques instants après, on l’a mis sur ses pattes, et il a marché ; il faisait des inspirations excessivement profondes ; il n’avait point envie de vomir, et ses membres n’étaient ni paralysés ni agités de mouvements convulsifs : on remarquait cependant un léger tremblement des extrémités postérieures. Cinq heures après l’introduction du poison, il conservait encore la faculté de marcher, et il continuait à trembler. Le lendemain matin, à sept heures (vingt heures après l’empoisonnement), il était couché sur le côté, insensible es mourant. Il a expiré trois heures après. L’œsophage ne présentait aucune altération; la membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge peu intense dans une partie de son étendue ; elle était blanche dans les autres points; il n’y avait ni ulcération ni perforation d’aucune des tuniques de ce viscère ; les intestins et les poumons étaient dan l’état naturel.

Expérience 111e. — J’ai fait avaler à un chien à jeun depuis vingtquatre heures 8 grammes d’ammoniaque dissous dans 300 grammes de lait, de bouillon et de café; l’œsophage et la verge ont été liés. Voyant au bout de vingt-quatre heures que l’animal n’était pas mort , je l’ai tué , et j’ai procédé immédiatement à son ouverture. Les matières trouvées dans Yeslomac ont été introduites dans une cornue, ainsi que 100 grammes d’eau distillée, avec laquelle je venais de laver à plusieurs reprises la surface interne de ce viscère ; on a chauffé à une douce chaleur, et l’on a obtenu dans le récipient un liquide incolore, répandant à peine une odeur ammoniacale, mais rétablissant fortement la couleur bleue du papier de tournesol rougi, et donnant d’épaisses vapeurs de chlorhydrate d’ammoniaque, dès qu’on plaçait au-dessus de lui un papier trempé dans l’acide chlorhydrique.

L'urine (environ 80 grammes), distillée de même, a présenté les mêmes caractères.

Le foie et la rate , coupés en petits morceaux, ont été introduits dans une cornue avec 200 gramme s d’eau distillée, et chauffés après six heures de contait; le liquide recueilli dans le récipient se comportait

DES POISONS DOUTANTS.

exactement comme ceux qui avaient été fournis par les matières contenues dans Tpstomac et par burine.

Expérience ive. — On n’a rien obtenu de semblable en distillant les liquides extraits de l’estomac d’un cliicn non empoisonné , à qui on avait fait prendre vingt-quatre heures auparavant 300 grammes de lait, de bouillon et de café. Le foie et la rate de cet animal, distillés avec de l’eau, n’ont pas donné non plus un liquide ammoniacal analogue à celui que j’avais recueilli en distillant le foie et la rate du chien qui avait fait le sujet de l’expérience 3e.

Expérience ve. — A neuf heures, on a fait avaler à un chien de moyenne taille 10 grammes de carbonate d’ammoniaque réduit en poudre line. Deux minutes après, l’animal a vomi une petite quantité de matières jaunâtres, molles, mêlées de sang rouge. A neuf heures six minutes, il a été agité de quelques mouvements convulsifs; bientôt les convulsions sont devenues générales et horribles; les muscles de la face, ceux du tronc et des extrémités se contractaient avec violence, en sorte que l’animal était dans un grand état d’agitation, et faisait des contorsions effrayantes. Au bout de deux ou trois minutes, il a roidi, et étendu ses membres ; son corps est devenu arqué, et la tête, fortement renversée en arrière , faisait aisément reconnaître l’état tétanique dans lequel il se trouvait, il est mort à neuf heures douze minutes.

Autopsie , faite immédiatement après la mort. Le cœur ne se contractait plus ; le ventricule gauche renfermait beaucoup de sang lîuide , d’un rouge légèrement foncé; les poumons étaient crépitants dans plusieurs points; mais ils offraient quelques portions dont le tissu contenait peu d’air, et ne faisait entendre aucun cri lorsqu’on le coupait. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge foncé et évidemment enflammée dans la moitié qui avoisine le cardia ; l’autre portion était blanche et dans l’état naturel.

La même expérience, répétée avec une égale dose de carbonate dissous dans 12 grammes d’eau, a fourni des résultats analogues. Lorsque ce sel est exposé à l’air pendant quelques jours, il perd en partie ses qualités vénéneuses, ce qui doit être attribué à la vaporisation de l’ammoniaque qu’il contient en excès.

Observation lie. —-Lu médecin, âgé de trente ans, d’une forte constitution, d’un tempérament sanguin, était sujet depuis plusieurs années à des accès d’épilepsie, pour lesquels il suivait, depuis neuf mois, un traitement empirique. Un matin, après avoir déjeuné avec du chocolat , il eut un accès en présence du portier de sa maison. Cet homme , apercevant sur la cheminée un petit flacon qui contenait de l’ammoniaque, et présumant que c’était à ce liquide qu’on avait recours pour faire cesser les mouvements convulsifs, en mouilla à plusieurs reprises ie coin d’un mouchoir, qu’il appliqua contre les narines du malade, et qu’il introduisit dans sa bouche. Huit grammes d’ammoniaque furent ainsi employés : on peut croire qu’il s’en est perdu k grammes, et que l\ grammes, tout

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au plus, oui été introduits tant dans les narines que dans la bouche; mais il est permis aussi de soupçonner que le portier, qui pouvait avoir vu ce que Ton voit tous les jours dans les rues, des épileptiques avaler d’assez fortes doses de liqueur d’IIoffmann, aura cru pareillement pouvoir verser l’alcali de la même manière dans la bouche de ce malheureux.

Quoi qu’il en soit, l’accès fut long. Dès que le malade eut repris connaissance, il ressentit une douleur brûlante depuis la bouche jusqu’à la région de l’estomac, et une gêne très grande dans la respiration. 11 avala de son propre mouvement un grain d’opium, et lit faire une potion avec le kermès, dont il ne put prendre qu’une très petite partie. Chrestien, qui le visita d’abord en l’absence de Nysten , le trouva dans un état d’irritation et de souffrance extraordinaires, pouvant à peine avaler, respirant avec beaucoup de difficulté, faisant entendre, une espèce de râle à chaque mouvement inspiratoire. On appliqua des sangsues au cou, sans produire aucun soulagement. Une émulsion ordonnée pour boisson excitait de !a toux avec expectoration de mucosités abondantes. Nysten ne le vit que le lendemain à sept heures du matin. La nuit avait été sans sommeil. La face était altérée, la respiration fréquente, pénible, stertoreuse. Un liquide séreux coulait par intervalles des cavités nasales, et l’air ne pouvait en aucune manière les traverser. La soif était très vive, et la déglutition fort difficile. Le malade toussait, et expectorait beaucoup de matières muqueuses. La toux et l’expectoration étaient surtout provoquées par l’arrivée de la boisson dans Lan ière-bouche ; il ne passait que très peu de liquide dans l’œsophage. 500 grammes, au moins, de mucosités, mêlées d’émulsion , avaient été rendus pendant la nuit. La voix était has-.e, faible, la parole fatigante et entrecoupée, à cause de l’état de la respiration. On voyait une petite escarre noire à la partie moyenne de la lèvre inférieure , et une autre au sommet de la langue. La surface de cet organe était blanche; le voile du palais, ses piliers, les amygdales et la paroi postérieure du pharynx étaient d’un rouge foncé. La luette était rétractée, et recouverte d’une couche muqueuse blanche; les amygdales paraissaient à peine engorgées. Le malade éprouvait une chaleur brûlante à la gorge, dans la poitrine et à l’estomac. Il avait rendu un peu d’urine rouge. Un dévoiement chronique, qu’avaitjmtretenu le remède empirique dont il faisait usage, était supprimé; la peau était chaude et sèche, le pouls petit , fréquent et faible , les facultés intellectuelles dans leur état naturel.

Nysten fit appliquer un large vésicatoire sur le sternum , comme révulsif, conseilla des lavements émollients, et lit continuer la boisson émulsionnée, qu’on administrait avec un biberon. Le soir, l’état était le même, à la faiblesse près, qui était augmentée. Le malade, à l’aide du biberon, avala un peu de liquide, mais trop peu comparativement au besoin qu’il en avait. Nysten, de concert avec Chrestien, recommanda d'insister sur les lavements adoucissants avec le bouillon de veau; mais on ne pu! en donner aucun : le liquide ressortait avec force du rectum au moment de son introduction. La nuit se passa dans les mêmes souf-

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frances. Le malade, qui connaissait parfaitement son état, se livrait au désespoir.

Le lendemain , grand affaiblissement. Le vésicatoire avait détaché l’épiderme, mais n’avait pas provoqué d’excrétion séreuse. On en avait appliqué deux autres aux environs du premier, qui ne produisirent pas plus d’effet. L’oppression extrême , l’augmentation du râle , avec menace de suffocation, la petitesse et la dépression du pouls, qui était à peine sensible, tout annonçait une prochaine agonie : cependant ce malheureux conservait toute sa raison ; il était tourmenté d’une soif dévorante , et l’on ne pouvait feire parvenir que très peu de liquide dans l’estomac. Pour le soulager, Nysten introduisit une sonde de gomme élastique dans l’œsophage par la narine gauche , et s’en servit pour injecter de l’émulsion dans l’estomac, à l’aide d’une petite seringue. Il essaya inutilement d’administrer des lavements au moyen d’une semblable canule introduite dans le rectum : le liquide était repoussé avec force, sans doute par la contraction spasmodique des gros intestins. A dix heures, le pouls était insensible; à onze, le malade expira.

Examen cadavérique. — Les membranes du cerveau étaient saines , et présentaient seulement quelques adhérences entre l’arachnoïde et les granulations cérébrales dites rjlandes de Pacchioni , que l’on trouve à l’extérieur du sinus longitudinal supérieur. La pulpe cérébrale était injectée, comme on [l’observe dans la plupart des sujets sanguins. Il n’y avait que quelques gouttes de sérosité dans les ventricules latéraux. La corne d'Ammon du côté gauche était beaucoup plus consistante que celle du côté droit , et que les autres parties du cerveau qui répondent aux ventricules. C’est surtout à la partie de la corne d’Ammon qui aboutit à la cavité digitale que sa consistance était remarquable. La protubérance annulaire était aussi plus consistante que dans l’état ordinaire. La base du cerveau et le cervelet paraissaient parfaitement sains. La membrane muqueuse des fosses nasales était partout d’un rouge intense , et recouverte d’une couche albumineuse membraniforme qui bouchait les narines. La langue ne présentait d’autre altération que la petite escarre dont il a été fait mention. Les papilles muqueuses de sa base étaient très développées; le voile du palais, ses piliers et toute la membrane muqueuse de l’arrière-bouche, d’un rouge intense ; la luette, comme racornie , était couverte d’une couche muqueuse. La face antérieure de l’épiglotte était saine; mais la face postérieure et l’entrée de la glotte étaient très rouges, et recouvertes d’une fausse membrane. Toute la tunique muqueuse de la trachée-artère et des bronches était d’un ouge vif, et tapissée par endroits d’une couche membraniforme ; on en voyait des portions jusque dans les ramifications bronchiques. Les poumons étaient crépitants en devant; mais leurs parties postérieures étaient gorgées de sang, ce qui pouvait être survenu après la mort. Le péricarde contenait peu de sérosité; le cœur, assez volumineux, n’offrait rien d’extraordinaire.

La membrane muqueuse œsophagienne présentait quelques stries d’un rouge vif; on en voyait de semblables dans celle de l’estomac, suivant la

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