‹ Traité de toxicologie (volume 3)Chapitre 33 sur 85 · DE 1/ AMMONIAQUE · texte numérisé non relu

DE 1/ AMMONIAQUE

direction des libres musculaires; le duodénum était sain. (1 existait une petite invagination vers le milieu du jéjunum. La membrane muqueuse de cet intestin et celle de l’iléum présentaient diverses plaques rouges; les gros intestins étaient sains. La vessie urinaire était très rétractée; on remarquait vers le trigone vésical quelques traces de phlogose. Tous les autres viscères étaient à l’état normal.

Suivant Nysten, le malade a succombé à une inflammation très aiguë de la membrane muqueuse du larynx et des bronches, causée par l’ammoniaque , et que l’on peut comparer à un croup aigu. C’est par la violence de l’inflammation, et non par la suffocation ou l’asphyxie, que le malade a péri. ( Gazette de santé , 21 mai 1816.)

Observation 2e. — Martinet, Iluxham, Haller, etc., rapportent des cas dans lesquels l’ammoniaque liquide a occasionné la mort dans l’espace de quelques minutes, après avoir brûlé les lèvres, la langue, le palais, etc., et avoir déterminé des hémorrhagies des intestins, du nez, et la fièvre hectique.

Symptômes et lésions de tissu développés par l’ammoniaque et par le sesqui-carbonate d’ammoniaque.

Ils ne diffèrent pas de ceux que déterminent les poisons irritants les plus énergiques; les parties touchées sont fortement enflammées, et il en résulte des accidents variés , suivant que l’action a porté sur le canal digestif, sur la membrane muqueuse de la bouche, du larynx, de la trachée , des bronches , etc. Toujours ces accidents inflammatoires sont suivis de phénomènes nerveux d’une grande intensité, comme on peut s’en assurer en lisant les expériences 2e et 5e, ainsi que l’observation lre, p. 257 et 258.

Conclusions. — T' L’ammoniaque et le sesqui-carbonate d’ammoniaque sont absorbés , et agissent en excitant le système nerveux et particulièrement la colonne vertébrale , indépendamment de l’action très irritante qu’ils exercent sur les parties avec lesquelles ils ont été mis en contact ; 2° ils agissent à peu près de même quand on les ingère dans le système veineux.

Traitement de l’empoisonnement par l’ammoniaque et par le sesqui-

carbonate d’ammoniaque.

L’eau vinaigrée jouit ici des avantages dont j’ai parlé en faisant l’histoire de la potasse ; nul doute que ce ne soit un médicament utile pour neutraliser l’ammoniaque qui se trouverait encore libre dans le canal digestif. Malheureusement cet alcali exerce son action avec une promptitude extrême , et on ne saurait trop faire sentir aux praticiens la

DES POISONS IRRITANTS

nécessité d’agir sans le moindre retard , afin de s’opposer an développement des symptômes nerveux, et de ceux qui caractérisent les inflammations des organes contenus dans le bas-ventre.

Recherches médico-légales.

Ammoniaque liquide concentrée. — Liquide incolore, d'une odeur vive, piquante, sut generis> d’une saveur très caustique, verdissant le sirop de violettes, rétablissant la couleur bleue du papier de tournesol rougi , répandant des vapeurs blanches épaisses dès qu’on place audessus de lui tîii papier ou un tube imprégnés d’acide chlorhydrique, donnant avec le chlorure de platine un précipité jaune-serin , dur, grenu, et adhérent au verre.

Sesqui-carbonate d'ammoniaque. — Il est solide, blanc, d’une odeur ammoniacale, d’une saveur caustique, verdissant le sirop de violettes , se volatilisant un peu à l’air en perdant de l’ammoniaque , soluble dans l’eau , décomposable par les acides qui en dégagent du gaz acide carbonique avec effervescence et sans vapeurs, précipitant le chlorure de platine comme l’ammoniaque.

Mélanges d'ammoniaque ou de sèsqui-carbonate d' ammoniaque et de matières alimentaires ou des liquides vomis, ou de ceux que Von trouve dans le canal digestif après la mort. — L’eau sucrée, l’albumine, la gélatine, le lait et la bile 11e sont point troublés par ces corps. Quand on introduit quelques centigrammes d’ammoniaque ou de sesqui-carbonatc d’ammoniaque dans une cornue, avec 200 ou 250 grammes de lait , de bouillon , de café, etc, , et qu’on distille à une douce chaleur, 011 ne tarde pas à recueillir dans le récipient un liquide incolore offrant tous les caractères de l’ammoniaque. La même chose a lieu si l’on agit sur les matières vomies par des chiens empoisonnés par l’un ou l’autre de ces corps, ou sur celles que l’on extrait du canal digestif après la mort (voy. expér. 3e, p. 257). O11 voit donc qu’il suffira de procéder à la distillation pour obtenir la preuve de l’existence de ces poisons. Dans le cas où la matière suspecte serait épaisse , 011 devrait l’étendre d’eau avant de la chauffer.

Il peut arriver que l’on 11e recueille pas ou presque pas d’ammoniaque dans le ballon , alors même que les matières sur lesquelles 011 opère en contiennent, et qu’il y a eu empoisonnement; c’est que ces matières étaient acides, et qu’il s’est formé un ou plusieurs sels ammoniacaux qui peuvent n’être pas volatils ; si le sel produit était de l’acétate d’ammoniaque, on le reconnaîtrait comme il a été dit à l’article acide acétique, p. 20ù; dans tout autre cas, il faudrait, après avoir réduit la liqueur de la cornue à peu près au sixième de son vo-

DU CHLORHYDRATE ü’ AMMONIAQUE. 263

hune, la coaguler par de l’alcool à 36 degrés, filtrer et distiller le liquide filtré au bain-marie. Après l’avoir mélangé avec quelques centigrammes de potasse à l’alcool, qui décomposerait les sels ammoniacaux et dégagerait l’ammoniaque , celle-ci se trouverait alors dans le récipient , et serait facile à reconnaître. On conçoit toute l’importance qu’acquièrent dans ce cas l’appréciation du commémoratif, des symptômes et des lésions de tissu pour déterminer s’il y a eu ou non empoisonnement par l’ammoniaque ou par le sesqui-carbonate d’ammoniaque.

Si les matières sur lesquelles on expérimente sont déjà pourries , soit parce que la mort date de plusieurs jours , soit par tout autre cause, on peut être fort embarrassé pour décider si l’ammoniaque recueillie dans le ballon est le résultat de la putréfaction ou bien si elle provient d’un empoisonnement. Nous avons vu en effet à la page 20 ù, en parlant de l’acide acétique, que l’on obtient de l’ammoniaque dans le récipient en distillant l’eau qui est restée en contact pendant un mois avec un -canal digestif à Y état normal. L’analyse chimique ne sera jamais que d’un faible secours dans ces cas épineux, et l’expert devra surtout asseoir son jugement sur des considérations tirées du mode d’invasion de la maladie, des symptômes, des lésions de tissu, etc.

BU CHLORHYDRATE B ’ AMMOMAQUE (Sel ammoniac).

Action sur l’économie animale.

Expérience ire. — 5 grammes de ce sel furent appliqués , à onze heures du matin, sur la cuisse d’un chien de 30 centimètres de haut ; une heure et demie après, l’animal éprouva un malaise sensible, de la faiblesse, et il vomit des mucosités écumeuses ; la faiblesse augmenta progressivement , au point que, deux heures après l’application du poison, l’animal paraissait ivre, et avait beaucoup de peine à se soutenir. A quatre heures, il se tenait un peu mieux sur ses pattes; mais bientôt après, la faiblesse alla toujours en croissant, et il mourut vers les onze heures du soir.

Ouverture du cadavre. — On ne put découvrir aucun atome de sel ammoniac sur l’endroit où il avait été appliqué. L’intérieur de l’extrémité splénique de l’estomac offrait un très grand nombre de petits ulcères gangréneux occupant toute l’épaisseur de la membrane muqueuse; l’extrémité pylorique de ce viscère était évidemment enflammée; l’estomac et les intestins grêles contenaient un fluide noirâtre très fétide; le jéjunum et Piléum présentaient, de distance en distance, des bosselures avec amincissement de leurs parois ; on voyait à l’intérieur cl’une de ces bosselures le commencement d’une ulcération miliaire. Il n’y avait dans le rectum qu’une tache rouge peu étendue. Le cœur avait sa consistance ordinaire; on remarquait dans le ventricule gauche trois petites taches

DLS POISONS IRRITANTS.

muges qui s’étendaient a 3 millimètres environ dans le tissu charnu. Les poumons présentaient aussi quelques taches rouges sur leur partie antérieure (Smith).

Expérience 11e. — 8 grammes du même sel furent appliqués sur la cuisse d’un autre chien : l’animal mourut au bout de trente-six heures.

Ouverture du cadavre. — L’extrémité splénique de la membrane interne de l’estomac était réduite en putrilage et en fragments qui nageaient dans un fluide muqueux assez abondant; les intestins grêles et le rectum étaient comme dans l’expérience précédente. La graisse qui sépare extérieu ornent la base du ventricule droit du cœur de l’oreillette contenait du sang épanché ; l’épanchement se prolongeait meme dans le tissu charnu (Smith).

Expérience me. — A onze* heures, on a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un chien très robuste et de petite taille ; on a introduit dans son estomac 8 grammes de chlorhydrate d’ammoniaque dissous dans '60 grammes d’eau. Au bout de trois minutes , l’animal a fait de grands eflorls pour vomir. A onze heures huit minutes, il a commencé à se plaindre , et paraissait faible ; huit minutes après il ne pouvait plus se tenir sur ses pattes : on l’a soulevé : il a d’abord fléchi les extrémités antérieures, puis les postérieures, et il est tombé sur le ventre; il est resté dans cet état jusqu’à onze heures vingt-cinq minutes. Alors il s’est relevé, a parcouru rapidement le laboratoire comme s’il eût été furieux, a poussé les cris les plus aigus, et n’a pas tardé à retomber ; dès ce moment il a été agité de mouvements convulsifs , légers d’abord, mais dont l’intensité a été en augmentant. A onze heures et demie , il a eu un accès tétanique très fort; la tète s’est renversée sur le dos; le thorax était dans une immobilité parfaite , les pattes allongées et fortement roides , et les organes des sens peu ou point impressionnables. Ces accidents ont cessé au bout de deux minutes ; l’animal a repris l’usage de ses sens ; mais il a continué à avoir des mouvements convulsifs jusqu’au moment de la mort, qui a eu lieu à midi.

Ouverture du cadavre. — L’estomac renfermait des aliments, et n’offrait aucune altération organique; le reste du canal digestif était sain; il en était de même du cœur, du foie et de la rate. Les poumons contenaient un peu de sang noir fluide; les vaisseaux extérieurs du cerveau étaient un peu gorgés.

Expérience ive. — On a répété la même expérience sur un chien beaucoup plus faible , avec cette différence qu’on a introduit dans son estomac 6 grammes de sel ammoniac solide : l’animal a éprouvé les mêmes symptômes que le précédent , et il est mort au bout de cinq heures. A l’ouverture du cadavre, on a trouvé les organes dans le même état, excepté que la membrane muqueuse de l’estomac était un peu enflammée.

Expérience ve. — .l’ai introduit dans l’estomac d’un chien de moyenne taille 16 grammes de chlorhydrate d’ammoniaque dissous dans 200 grammes de lait, de bouillon et de café ; l’œsophage et la verge ont été liés.

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