I)U CHLORHYDRATE D* AMMONIAQUE
L’animal n’est mort qu’au bout de sept heures, et a été ouvert aussitôt. La vessie ne contenait point d’urine. Le foie et la raie, coupés en petits morceaux, ont été laissés pendant quinze heures en contact avec de l’eau distillée froide ; la liqueur filtrée a été évaporée jusqu’à siccité, et le produit refroidi a été agité pendant une heure avec de l’alcool marquant hh degrés ; on a filtré , et fait évaporer jusqu’à pellicule : il ne s’est point formé dé cristaux. Une partie du liquide ainsi concentré a été mêlée avec L centigramme de potasse à l’alcool , qui en a dégagé de l'ammoniaque reconnaissable à son odeur et aux vapeurs épaisses qui se produisaient par l’approche d’une plume imprégnée d’acide chlorhydrique ; le chlorure de platine, versé dans une autre portion de cette liqueur, a fourni un léger précipité jaune-serin , dur, grenu , adhérent au verre.
Les liquides extraits de l’estomac , réunis aux eaux de lavage de ce viscère , ont été évaporés à siccité, et le produit, après avoir été refroidi, a été agité avec de l’alcool marquant àà degrés ; au bout de douze heures de contact on a filtré la liqueur, et on a fait évaporer jusqu’à pellicule ; quelques heures après , il s’était formé de très beaux cristaux de chlorhydrate d’ammoniaque.
Il résulte de ces expériences , 1° que le chlorhydrate d’ammoniaque , introduit dans l’estomac ou appliqué sur le tissu cellulaire , est un poison énergique pour les chiens; 2° qu’il est absorbé, transporté dans le torrent de la circulation , et qu’il porte son action meurtrière sur le système nerveux et sur l’estomac ; la lésion de ce dernier organe paraît prouvée par l’inflammation dont il a été le siège toutes les fois que le poison a été appliqué sur le tissu cellulaire , et que la mort n’a eu lieu qu’au bout de plusieurs heures.
Traitement de l’empoisonnement par le chlorhydrate d’ammoniaque.
On favorise le vomissement et l’on combat les symptômes inflammatoires et nerveux par les antiphlogistiques et par les opiacés.
Recherches médico-légales.
Chlorhydrate d’ ammoniaque solide ou dissous. — Il est solide, blanc, doué d’une saveur âcre, piquante, urineuse ; il est un peu élastique, ductile et inaltérable à l’air. Il se dissout dans un peu moins de 3 parties d’eau à 15° ; l’eau bouillante en dissout beaucoup plus; soumis à l’action du calorique, il fond et se sublime. Trituré avec de la potasse, de la soude, de la chaux, de la baryte ou de la strontiane, il est décomposé, et laisse dégager de l’ammoniaque facile à reconnaître à son odeur. La dissolution de ce sel n’est point précipitée par les carbonates de potasse, de soude et d’ammoniaque; elle est, au contraire,
DES POISONS IRRITANTS
précipitée en jaune-serin par le chlorure de platine ; le précipité ne se formerait pourtant pas si les dissolutions étaient très étendues. Elle est décomposée à froid par l’azotate d’argent, qui en précipite du chlorure d’argent blanc caillebotté , insoluble dans l’eau et dans l’acicle azotique, et soluble dans l’ammoniaque.
Chlorhydrate d’ammoniaque mélangé à des liquides végétaux et animaux y à la matière des vomissements , à celles qui se trouvent dans le canal digestif , dans le foie et dans les autres viscères. Ce sel ne trouble ni l’eau sucrée , ni le vin , ni le café , ni le bouillon , ni l’abumine, ni la gélatine.
Expérience ire. — J’ai évaporé jusqu’à siccité un mélange de 100 grammes de lait, de bouillon et de café, et de 10 centigrammes de chlorhydrate d’ammoniaque ; le produit desséché et refroidi a été traité par de l’alcool marquant h h degrés; après une heure d’agitation , on a fdtré , et fait évaporer jusqu’à pellicule ; il s’est formé des cristaux de chlorhydrate d’ammoniaque.
Expérience ii°. — (Voy. p. 26Zi , expérience 5e.)
On devra donc chercher le chlorhydrate d’ammoniaque en évaporant les matières suspectes jusqu’à siccité et en traitant le produit par l’alcool. Toutefois, si l’on agit sur des matières déjà putréfiées , on n’oubliera pas qu’il peut se développer du chlorhydrate d’ammoniaque pendant l’acte de la putréfaction, comme l’a fait voir M. Chevallier, et que l’on s’exposerait à commettre des erreurs graves, si l’on affirmait qu’il y a eu ingestion de chlorhydrate d’ammoniaque , par cela seul que l’on aurait obtenu une portion quelconque de ce sel ; il faudrait dans ce cas , avant de se prononcer sur l’existence plus ou moins probable d’un empoisonnement, examiner ^attentivement tout ce qui se rapporte au commémoratif, aux symptômes, aux lésions de tissu , etc.
BU FOIE DE SOUFRE
Action sur l’économie animale.
Expérience ire. — A midi, on a détaché et percé d’un trou l’oesophage d’un chien très fort; on a introduit dans son estomac 26 grammes de foie de soufre du commerce dissous dans 128 grammes d’eau, et on a lié l’œsophage au-dessous de l’ouverture, afin d’empêcher le vomissement : sur-le-champ l’animal a paru suffoqué ; il a éprouvé une anhélation extrême pendant deux minutes; immédiatement après, les membres sont devenus roides, et les muscles étaient dans un grand état de contraction ; la tête s’est fortement renversée en arrière, et toutes les parties
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(le son corps étaient agitées de mouvements convulsifs. Cinq minutes après l’opération, il était couché sur le côté, sans connaissance; les muscles moteurs de la mâchoire inférieure étaient dans un tel état de convulsion, que leurs mouvements déterminaient plusieurs fois dans une minute le rapprochement des deux mâchoires , en produisant un] bruit très fort par le choc de l’arcade dentaire inférieure contre la supérieure. Il a expiré à midi sept minutes. L'autopsie a été faite immédiatement après. Le cœur se contractait avec force; le ventricule gauche renfermait du sang noirâtre; les poumons, crépitants dans plusieurs points , offraient quelques portions durcies, contenant peu d’air. L’estomac était rempli de foie de soufre dissous, d’un jaune clair. La membrane muqueuse de ce Viscère était très rugueuse et parsemée d’une infinité de petits points d’un rouge vif; elle était enduite d’une couche jaune-verdâtre , épaisse et facile à détacher; on remarquait le même enduit sur toute la surface interne des intestins grêles.
Expérience 11e. — A huit heures vingt-cinq minutes, on a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un petit chien robuste ; on a introduit dans son estomac l/i grammes de foie de soufre dissous dans 80 grammes d’eau, et on a lié l’œsophage au-dessous de l’ouverture , afin d’empêcher le vomissement. Au bout de dix minutes, l’animal a fait de violents efforts pour vomir; sa respiration est devenue haute et accélérée, et il était beaucoup moins agile qu’avant l’opératiom Les efforts de vomissement se sont renouvelés cinq fois dans l’espace de la première demi-heure qui a suivi le moment de l’ingestion de la substance vénéneuse. A neuf heures dix minutes, les extrémités postérieures étaient faibles, écartées l’une de l’autre et un peu fléchies ; la respiration était accélérée ; il y a eu une selle dans laquelle il y avait une assez grande quantité d’excréments solides , d’une teinte jaunâtre. A onze heures , l’animal était agité de légers mouvements convulsifs , et il a succombé une demi-heure après. La mort a été précédée d’un accès de tétanos qui a duré deux minutes. Les poumons offraient deux lobes durcis, moins crépitants qu’ils ne le sont dans l’état naturel. La membrane muqueuse de l’estomac était rugueuse et parsemée de taches d’un blanc jaunâtre qui se détachaient sur un fond vert foncé ; ces taches, par leur disposition, donnaient à celte tunique l’aspect de certains crapauds; lorsqu’on les examinait avec soin , on y apercevait une innombrable quantité de petits points noirâtres. En disséquant cette membrane, on remarquait sur toute la face qui adhère à la tunique musculeuse, des taches d’un rouge brun très foncé, formées par du sang extravasé, et répondant exactement aux taches blanches placées sur la surface libre. La membrane musculeuse était d’un rouge bnm dans sa portion adhérente avec la tunique muqueuse ; elle était verte dans sa face externe, et fortement injectée. L’hstomac ne contenait point de fluide ; il offrait seulement un enduit épais , jaune , semblable par sa couleur à du soufre. Le duodénum et le commencement du jéjunum étaient fortement enflammés.
Expérience iii". — A midi , on a détaché et percé d’un trou l’œsophage
DlîS POISONS IRRITANTS.
d'un chien robuste et de moyenne taille ; on a introduit dans son estomac U grammes de foie de soufre dissous dans 32 grammes d’eau , et on a lié l’œsophage au-dessous de l’ouverture, afin d’empêcher le vomissement. Un quart d’heure après, l’animal a fait, à plusieurs reprises, de violents efforts pour vomir. A une heure, il a eu une selle liquide dans laquelle il y avait des excréments solides jaunâtres ; sa respiration était un peu accélérée , et il commençait à se plaindre. A sept heures du soir, il était couché sur le côté; il paraissait souffrir du bas-ventre et continuait à^respirer avec difficulté; il conservait cependant la faculté de mouvoir ses membres , et il n’était agité d’aucun mouvement convulsif. Il a succombé dans la nuit. L’état du cadavre 11e permettait point de douter que la mort n’eût été précédée d’un accès de tétanos : en effet , la tête était fortement renversée en arrière; les extrémités postérieures, écartées l’une de l’autre , étaient roides et considérablement allongées. La membrane muqueuse de l’estomac offrait plusieurs ulcérations circulaires de la grandeur d’une pièce d’un franc; les portions non ulcérées étaient parsemées de taches noires formées par du sang veineux extravasé. La membrane musculeuse était d’un rouge vif dans toute son étendue. Les poumons présentaient la même altération que dans l’expérience précédente.
Expérience ive. — On a injecté dans l’estomac d’un chien de moyenne taille 10 grammes de foie de soufre dissous dans 6/t grammes d’eau. Au bout de dix minutes, il a vomi, à trois reprises différentes, une grande quantité d’aliments mêlés d’une portion de la substance vénéneuse; sa respiration est devenue difficile) et il a été un peu abattu dans le courant de la journée. Le lendemain , il a mangé avec appétit et 11e paraissait point malade.
Expérience ve. — M. Magendie a observé que lorsqu’on mettait une goutte d’une forte dissolution de foie de soufre dans la bouche d’un chien très jeune , l’animal ne tardait pas à expirer, et il a trouvé après la mort la trachée-artère remplie de mucosités.
Expérience vie. — J’ai administré à un chien de moyenne taille , à jeun, 12 grammes de foie de soufre dissous dans 80 grammes d’eau et mélangés avec 70 grammes de lait , autant de bouillon et de café; l’œsophage a été lié. L’animal a succombé au bout d’une heure , après avoir éprouvé des accidents analogues à ceux dont j’ai parlé à l’expérience T. Ouvert immédiatement après la mort , j’ai pu m’assurer que le sang de la veine porte et des veines jugulaires, ainsique le foie, contenaient du foie de soufre, qui évidemment avait été absorbé. En effet, en soumettant séparément ces matières à une douce chaleur dans un matras, avec 2 ou 3 grammes d’acide acétique , j’ai obtenu du gaz acide sulfhydrique que j’ai fait arriver dans un solutum d’acétate de plomb, qui a été bientôt noirci; il restait de l’acétate de potasse dans la liqueur, et il s’était déposé du soufre. L’estomac, dont la membrane muqueuse, fortement enflammée, était tapissée d’une couche de soufre, renfermait environ 300 grammes d’un liquide épais grisâtre, qui . étant traité par l’acide acé-
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tique en vaisseaux clos , m’a donné aussitôt une énorme quantité d’acide sulfhydrique, de l’acétate de potasse et un abondant dépôt de soufre.
Expérience viic. — J’ai donné à un chien 8 grammes de foie de soufre dissous dans 200 grammes d’eau; l’œsophage et la verge ont été liés; l’animal est mort quinze heures après. La vessie contenait 75 grammes d’urine qui exhalait une faible odeur d’acide sulfhydrique. En chauffant cette urine jusqu’à l’ébullition en vase clos, et en faisant arriver le gaz dans une dissolution d’acétate de plomb , celui-ci brunissait légèrement ; mais en ajoutant de l’acide acétique à l’urine bouillante , il se dégageait une telle quantité de gaz sulfhydrique , que l’acétate de plomb était instantanément noirci et transformé en sulfure de plomb ; il se déposait aussi beaucoup de soufre au fond de l’urine.
Expérience vme. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien de moyenne taille ZiO centigrammes de foie de soufre dissous dans 2à grammes d’eau distillée. Sur-le-champ l’animal a éprouvé les mouvements convulsifs les plus violents : la tête s’est renversée en arrière, et il s’est débattu. Ces phénomènes ont cessé au bout de trois minutes, et le lendemain l’animal était parfaitement rétabli. Alors on a injecté dans la veine jugulaire de l’autre côté 1 gramme 2 décigrammes du même sulfure dissous dans 32 grammes d’eau. A peine l’injection était-elle terminée, que l’animal a été en proie aux mêmes symptômes, et il a expiré au bout de deux minutes. On l’a ouvert sur-le-champ. Le sang contenu dans les ventricules du cœur était fluide; celui qui remplissait le ventricule gauche était d’un rouge foncé. Les poumons étaient un peu ridés et contenaient une assez grande quantité d’air.
Expérience ixe. — A une heure du matin , on appliqua sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien robuste 6 grammes de foie de soufre en petits fragments. L’animal poussa quelques plaintes , fut plongé dans un grand état d’insensibilité et mourut treize heures après. Ouverture du cadavre. — Le membre opéré était tuméfié , et le tissu cellulaire sous-cutané correspondant était fortement infiltré ; l’inflammation de la plaie s’étendait d’un côté jusqu’au sternum , et de l’autre jusqu’à l’extrémité inférieure du membre ; sa couleur était aussi foncée que celle du chocolat. Le canal digestif, excepté vers la portion pylorique de l’estomac, qui était un peu rouge, n’offrait aucune altération sensible. Les reins étaient d’un rouge violet. Les autres organes paraissaient sains.
Observation lre. — Mademoiselle B., âgée de vingt et un ans, depuis long-temps sujette à des irritations abdominales pendant lesquelles son ventre se tuméfiait beaucoup, avait, depuis quelques jours, de l’inappétence et la langue chargée. Pour faire cesser cet état, on lui prescrivit Zt5 grammes de sulfate de soude à prendre dans deux tasses de bouillon de chicorée. La personne chargée de porter cette ordonnance chez le pharmacien demanda de mémoire du sulfure de sodium, et on lui donna aussi étourdiment, sans même examiner la prescription, Zi8 grammes d’un poison si dangereux, tandis qu’on eût fait difficulté de lui livrer quelques centigrammes d’acétate de morphine.
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Le sulfure fut délayé par parties égales dans deux tasses d’eau de chicorée, et malgré l’horrible puanteur qu’elle exhalait, malgré sa saveur plus repoussante encore, cette potion fut courageusement avalée par la malade.
Celle-ci , persuadée que la partie la plus efficace du médicament pouvait se précipiter au fond du vase, avait eu soin d’agiter le bouillon avant de le prendre; mais malgré sa résolution, elle en laissa environ deux cuillerées que je trouvai encore dans le vase , en sorte qu’en comparant cette quantité avec ce qui avait dû être bu , nous estimâmes qu’il n’y avait pas eu moins de 16 grammes de sulfure avalés. Une saveur horrible et la sensation d’un liquide brûlant la bouche en toutes les parties qu’il traversait jusqu’à l’estomac , firent croire à mademoiselle B. qu’elle était empoisonnée. Bientôt elle fit de violents efforts pour vomir, et parvint heureusement à rejeter une partie.de ce que contenait l’estomac.
Il s’écoula environ un quart d’heure avant que je visse la malade , et voici ce que je trouvai : l’appartement était rempli d’une assez forte exhalaison de gaz sulfhydrique, quoique les croisées eussent été ouvertes. Le carreau présentait des plaques blanches résultant de la matière des vomissements tombée par hasard; on voyait aisément qu’elles étaient formées par du soufre.
La malade était dans un grand abattement, pâle , et disait ressentir une grande chaleur dans la bouche, l’arrière-gorge, le long de l’œsophage et à l’estomac. Une forte odeur de gaz sulfhydrique s’exhalait de sa bouche et de ses narines ; elle se sentait suffoquer et ne pouvait dilater sa poitrine : pouls irrégulier, très petit et singulièrement embarrassé , plus lent que dans l’état naturel ; froideur de la peau et de toute l’habitude du corps; douleur brûlante à l’épigastre, envies de vomir continuelles, mais efforts inutiles pour y parvenir. Je fis avaler sur-le-champ à mademoiselle B. tout ce que je pus trouver d’eau sous la main ; et à mesure qu’elle en avait pris trois à quatres verrées , je provoquais les vomissements. Je parvins ainsi à faire rejeter à la malade tout ce que son estomac contenait de poison. Les premiers vomissements donnèrent une eau verdâtre, exhalant une forte odeur de gaz sulfhydrique et contenant évidemment du sulfure de sodium dont une partie de soufre se précipitait. L’eau des suivants était claire et écume lise, blanchâtre, et contenait aussi du soufre très divisé en suspension , mais en quantité successivement décroissante. Quelques stries sanguinolentes, puis des caillots de sang, y étaient mêlés ; mais je remarquai surtout une pellicule de 7 centimètres environ d’étendue, assez mince, demi- transparente , muqueuse, et paraissant avoir été détachée de la surface de l’estomac ; à son centre se trouvait un caillot de sang épais, noirâtre, avec quelques bulles d’air interposées. Dans, cet intervalle, j’avais fait préparer des boissons mucilagincuses et gommeuses; j’ajoutai dans chaque verre une cuillerée à bouche d’une solution de chlorure de soude, et je fis boire largement de ce mélange à la malade. Mon but était de décomposer ce qui pouvait rester de sulfure de sodium dans l’estomac, et en même
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temps de garantir les parois de ce viscère de l’action du poison et même du chlorure. De plus, j’espérais que le chlore inspiré ou mis en contact avec la membrane muqueuse gastrique détruirait l’impression délétère du gaz sulfhydrique, et que par là je soulagerais la malade de l’odeur empoisonnée qui s’échappait de son estomac, en même temps que je favorisais la dilatation de ses poumons en substituant l’action stimulante du chlore aux propriétés stupéfiantes du poison.
Mon espérance fut complètement remplie ; mademoiselle B. n’exhala plus ce gaz , quoiqu’elle fût encore tourmentée du souvenir de son horrible puanteur; les liquides des vomissements n’en offraient pas davantage ; le sentiment de brûlure et de tortillement à l’épigastre disparut , et fut remplacé par une sensation de chaleur incommode. Bientôt des coliques assez violentes marquèrent Je passage d’une petite partie clu poison dans les intestins, et après une heure ou deux, un lavement fit rendre à la malade plusieurs selles dans lesquelles on observait un liquide blanchâtre, comme laiteux, semblable à celui des premiers vomissements ; enfin la respiration revint à peu près à son état naturel. J’avais ainsi paré heureusement aux premiers accidents ; mais il devait s’en développer de consécutifs; une inflammation grave du tube digestif ne pouvait manquer de survenir.
En effet, Barrière-bouche, le voile du palais et le pharynx devinrent secs et d’un rouge brun ; une ardeur brûlante s’empara successivement de toutes ces parties ; l’œsophage était douloureux à la pression le long du cou, et la déglutition pénible; une vive chaleur à l’estomac, des douleurs aiguës à l’épigastre et dans la région ombilicale , annonçaient une plilogose imminente des organes correspondants. Enfin la soif, les envies de vomir, le resserrement spasmodique de la gorge, l’accélération, le développement, puis la concentration du pouls; la coloration momentanée , partielle, puis générale et permanente de la face, tels furent les phénomènes qui se développèrent successivement en quelques heures. Quinze sangsues furent alors appliquées à l’épigastre, et le ventre couvert d’émollients ; la maladereslaplusieursheuresetàplusicurs reprises dans un grand bain tiède , où elle éprouvait un bien-être marqué ; en même temps elle continuait l’usage des boissons adoucissantes sous toutes les formes , en ajoutant aux précédentes l’orgeat, le lait coupé, l’eau de poulet; et enfin , par ces moyens, par les saignées locales renouvelées autant que les accidents semblèrent le demander, mademoiselle B. était , au troisième jour de son empoisonnement, dans un état aussi satisfaisant que possible. Il restait alors une assez vive sensibilité à l’épigastre et à l’ombilic , une inappétence absolue , de fréquentes nausées , un reste de chaleur le long de l’œsophage, qui était un peu rénitent et douloureux; enfin de la rougeur et un peu de sécheresse au pharynx. Mais tous ces phénomènes disparurent par un traitement et un régime convenables ; en sorte qu’un mois après l’accident mademoiselle B. ne s’en ressentait aucunement. (Ciiantourelle , Académie royale de médecine. Mai 1825.)
Observation iic. — Madame D., âgée de quarante ans, était depuis
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long-temps tourmentée de pyrosis; elle faisait un usage habituel d’eau de Barèges, tantôt naturelle, d’autres fois artificielle , qu’elle obtenait en mêlant elle-même dans de l’eau quelques gouttes d’une solution concentrée de foie de soufre. Par une méprise bien funeste, on lui présenta un matin un verre de cette dernière préparation, au lieu d’eau de Barèges potable. L’obscurité qui régnait encore dans l’appartement fit que madame D., à peine éveillée, ne put s’apercevoir de l’erreur commise, et elle avala tout d’un trait environ 128 grammes de liqueur contenant en dissolution 12 à 16 grammes de foie de soufre, quantité égale à celle de l’observation précédente. Elle se plaignit en l’avalant d’une saveur acre inaccoutumée ; quelques instants après , la malade vomit une petite portion de ce qu’elle avait pris et perdit aussitôt connaissance. On la trouva à demi penchée hors de son lit, la tête au-dessus d’un vase de nuit, dans lequel se trouvait la matière des vomissements, d’où se dégageait une grande quantité de gaz sulfhydrique. Il n’y avait pas un demi-quart d’heure que la malade avait pris le poison quand j’arrivai près d’elle.
Je fus presque suffoqué en entrant par la grande quantité de gaz sulfhydrique répandu dans l’appariement, et je crus d’abord qu’il ne s’agissait que d’une asphyxie produite par le gaz dégagé trop abondamment des eaux sulfureuses, ce que j’avais déjà eu occasion de voir ; mais en examinant la malade, je ne pus douter qu’elle fût sans vie : la circulation avait entièrement cessé, un sang noir stagnait dans le système capillaire, ce qui imprimait une teinte violacée à toute la peau, particulièrement à la face, et surtout aux lèvres, aux paupières, aux extrémités des doigts et à tout le côté gauche du corps. Toute contractilité était abolie; la langue était prolongée entre les lèvres; la bouche, entr’ouverte, laissait sortir des flots de gaz méphitique et une salive visqueuse et brunâtre; les yeux étaient immobiles et ternes ; nulle contraction spasmodique ; les membres et le tronc obéissaient à toute impulsion. La respiraüon ne se faisait plus; à peine quelques légers hoquets et un frémissement presque inappréciable du cœur fournirent quelques indices d’un reste d’irritabilité. La déglutition était impossible, et je ne pus faire pénétrer dans le pharynx une boisson qu'on me présenta. En vain je cherchai à introduire de l’air respirable dans les poumons; en vain, par des frictions sur le thorax, j’essayai de rappeler quelques contractions du cœur ; je n’obtins aucun résultat : la vie était éteinte.
L' ouverture du cadavre fut faite le lendemain, et présenta une stase générale du sang dans le système capillaire veineux, mais plus marquée encore dans certaines parties, comme les extrémités des doigts , les lèvres, le côté gauche du corps : toutes ces parties étaient d’une couleur violette. Nulle inflammation de la bouche ni de l’œsophage. L’estomac était d’une petite capacité, ce qui me parut être une conséquence de la gastrite chronique (pyrosis) qui affectait depuis long-temps la malade : néanmoins il contenait encore beaucoup plus de liquide que celle-ci n’avait dû en avaler. La membrane muqueuse parut très saine : pourtant" un com-
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mencement de sécheresse et un peu de rougeur l’altéraient dans plusieurs endroits où était déposé et adhérent un précipité sulfureux assez abondant. Ceci peut faire présumer que si la malade eût survécu, il se serait développé une inflammation violente, à moins qu’on n’attribue cette légère altération à la gastrite chronique qui préexistait. J’adopte cette opinion d’autant plus volontiers que le peu de temps que vécut la malade après l’ingestion du poison ne peut avoir permis à aucune réaction de se développer. Un certaine quantité de liqueur avait passé dans le duodénum et dans le commencement du jéjunum , mais très probablement après la mort ; on y observait une rougeur peu marquée et nullement extraordinaire, surtout si on pense que la malade était sujette depuis long-temps à une inflammation chronique abdominale. Je supprime le reste de l’autopsie comme étranger à mon sujet. ( Chantourelle , Observation lue à l’Académie royale de médecine, en mai 1825.)
Observation 3e. — Le sieur Louis L. , habitant de Sarreguemines , âgé de vingt-quatre ans, brun , d’une taille au-dessus de la moyenne, venait d’être traité d’une urétrite pour laquelle il avait pris une grande quantité de baume de copahu, qui , suivant l’auteur de cette observation , lui avait occasionné une gastrite subaiguë. Pour terminer son traitement, il désirait être purgé et prendre un bain. Son médecin céda à ses sollicitations, et lui prescrivit un doux laxatif qu’il devait prendre le 23 décembre 182û au matin. Le hasard voulut qu’une jeune personne de la maison eût le dessein de prendre la veille un bain sulfureux pour une affection psorique. Le garçon chargé de vider dans le bain la fiole qui contenait 60 grammes de foie de soufre, ayant mal compris, crut qu’il fallait porter la médecine au sieur L., et alla lui présenter par méprise le foie de soufre. Celui-ci goûta de la prétendue médecine le soir même, et en conserva un tel déboire qu’il ne put dormir de la nuit, éprouva de fortes nausées , et fut dans une agitation continuelle ; néanmoins il avala le lendemain, à six heures du matin, 6û grammes environ de foie de soufre contenu dans la fiole. A peine le malheureux L. se fut-il introduit cette substance dans l’estomac, qu’il en rejeta la moitié par le vomissement, et sentit comme un feu ardent qui le brûlait. Bientôt il éprouva une fièvre aiguë, accompagnée de constriction à la gorge, de vomissements convulsifs, d’une sueur générale très abondante avec chaleur brûlante à la peau , d’un pouls très élevé , très fort et très fréquent, de hoquets, de mouvements continuels et de selles abondantes. Quelque temps après, anéantissement des facultés intellectuelles, état soporeux, pouls petit, très concentré, inégal, parfois imperceptible; face grippée, offrant la pâleur de la mort. MM. Lafranque, Collait et Doffret furent appelés cinq quarts d’heure après l’accident, et ne purent découvrir la méprise qui avait eu lieu que vers les huit heures. La peau et les extrémités étaient excessivement froides; le coma persistait toujours, et les envies d’évacuer par les deux voies se faisaient sentir sans interruption. Le malade fut gorgé de boissons mucilagineuses d’abord, puis de tisanes acidulées avec du jus de citron et toujours un peu tièdes. On provoqua le
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vomissement en titillant la luette avec les barbes d’une plume. Vingt pintes au moins de décoction de graine de lin et de gomme arabique , et une douzaine de lavements, furent administrés dans le courant de la journée. La majeure partie de ces liquides fut absorbée et rendue par les urines ; le malade sortait un instant de sa léthargie, et se mettait à genoux sur son lit pour satisfaire ses besoins d’uriner. Cependant la peau se refroidissait de plus en plus ; quatre sinapismes furent appliqués aux pieds et aux mollets, de fortes frictions à sec ou avec l’alcool camphré furent faites sur les différentes régions du corps ; enfin une réaction eut lieu , et la fièvre se développa au bout de quelques heures. On continua de provoquer le vomissement à l’aide des moyens indiqués plus haut. Le malade s’agitait beaucoup dans son lit , aucune position ne lui était commode ; il présentait tous les signes d’une violente inflammation gastrointestinale. Alors vingt-cinq sangsues lui furent appliquées sur l’épigastre, vers les deux ou trois heures de l’après-midi; leurs piqûres furent recouvertes de fomentations émollientes chaudes, et l’on administra de nouveaux lavements adoucissants. Après l’emploi de ces moyens, les symptômes graves se dissipèrent peu à peu, et bientôt on eut l’espérance de voir le malade échapper au danger. L’eau gommeuse acidulée fut administrée pendant la nuit en petite quantité à la fois, et à minuit un sommeil paisible et naturel remplaça l’état soporeux. Le malade ne se réveilla que vers les six heures du matin ; il témoigna de l’étonnement sur tout ce qui venait de se passer, et néanmoins il se rappela le moment où. il avait pris la prétendue médecine , et dit qu’il sentait bien qu’elle lui aurait donné la mort si l’on ne l’eût promptement secouru.
La journée du 24 se passa assez bien : cependant il y eut quelques hoquets et quelques rapports d’une odeur d’acide sulfhydrique. Le 25, il se manifesta un peu de douleur au ventre, ce qui détermina à faire une nouvelle application de douze sangsues , et à insister sur les fomentations émollientes et les lavements de même nature. Ces derniers moyens achevèrent de dissiper les craintes, et depuis lors l’état du malade ne cessa de s’améliorer. L’irritation causée par les sinapismes fut la seule chose dont il eut encore à souffrir ; et le 28 il commença à se lever, et mangea avec appétit. Le 31, il digérait sans aucune incommodité. ( Annales de la médecine physiologique , février 1825.)
M. Lafranque auteur de cette observation , parait étonné de ce que le foie de soufre n’ait pas déterminé la mort du sieur L. , parce que j’ai établi dans la première édition de cet ouvrage qu’il suffisait d’en administrer quelques grammes pour tuer dans l’espace de quelques heures. Je ferai d’abord observer que j’ai entendu parler des chiens empoisonnés par le foie de soufre et qui ne seraient pas secourus; je dirai ensuite que rien ne prouve , dans le fait dont il s’agit , que le malade n’ait rejeté par le vomissement que la moitié de ce qu’il avait avalé ; comment a-t-on pu savoir, en effet , que telle était la dose rendue? Enfin M. Lafranque ignore-t-il que souvent le foie de soufre des
DU FOIE DE SOUFRE
pharmacies est conservé dans des vases mal bouchés , et passe à l’état d’hypo-sulfrte , en sorte qu’il serait possible , si le médicament était ancien , qu’il ne contînt que la moitié ou les deux tiers de son poids de foie de soufre?
Conclusions. — Il résulte de ce qui précède, 1° que le foie de soufre introduit dans l’estomac de l’homme et des chiens est absorbé et porté dans tous les? organes et dans l’urine; 2° qu’il agit h la manière des poisons irritants et qu’il peut déterminer la mort dans l’espace de quelques heures , s’il a été' administré à la dose de plusieurs grammes, à l’état solide , ou en dissolution concentrée, et qu’il n’ait pas été rejeté par le vomissement peu de temps après son ingestion ; 3° qu’il est décomposé par les acides contenus dans l’estomac avec dégagement de gaz acide sulfhydrique et dépôt de soufre qui tapisse la membrane muqueuse ; si les acides libres de l’estomac sont abondants, la quantité d’acide sulfhydrique mise à nu peut être telle que la mort soit presque immédiate, parce que ce gaz rendu au moyen des éructations pénètre dans les poumons, et produit dans le sang et dans les divers organes de l’économie animale des altérations graves que je décrirai plus loin (voyez acide sulfhydrique) ; 4° que si, au contraire , la quantité d’acide libre contenu dans ce viscère est peu considérable , ce qui arrive le plus souvent , les effets délétères de cette préparation ne peuvent pas être attribués au gaz acide sulfhydrique qui se dégage , la quantité de ce gaz étant au-dessous de celle que l’homme supporte tous les jours impunément : aussi la mort n’arrive-t-eîle qu’au bout de vingt-quatre ou trente-six heures (si on a employé 4 ou 8 grammes de foie de soufre), et les altérations des organes et des liquides, loin d’être les mêmes que celles que détermine l’acide sulfhydrique, ressemblent entièrement à celles que produisent les poisons irritants; 5" qu’on se tromperait si on croyait pouvoir conclure toutes les fois que la mort arrive quelques minutes après l’ingestion d’une forte dose de foie de soufre, qu’elle est le résultat d’un empoisonnement produit par le gaz acide sulfhydrique; car plusieurs des poisons de la classe des irritants , dans lesquels on ne trouve ni cet acide ni les éléments propres à le former, agissent de la même manière que le foie de soufre lorsqu’ils sont administrés à forte dose ; 6° qu’étant injecté dans les veines , il produit la mort en stupéfiant le système nerveux; 7° que la mort qui est le résultat de son application extérieure doit être surtout attribuée à l’action stupéfiante qu’il exerce sur le système nerveux , après avoir été absorbé.
DES FOISONS IRRITANTS,
Traitement de l’empoisonnement par le foie de soufre.
On provoque le vomissement par les moyens indiqués à la page 16 , puis on administre des tisanes adoucissantes. Suivant l’intensité des accidents inflammatoires on pratique une ou plusieurs saignées, ou on applique douze ou quinze sangsues sur les parties de l’abdomen les plus douloureuses; on agit enfin comme je l’ai déjà dit en parlant des acides et des alcalis concentrés.
Le foie de soufre est composé de quatre parties environ de polysulfure de potassium et d’une partie de sulfate de potasse ; le poîysulfure lui-même est formé d’un équivalent de potassium et de cinq équivalents de soufre (quintisulfure) .
Foie de soufre solide. — Il est en morceaux durs, d'un jaune verdâtre , brunâtre ou rougeâtre , inodore s’il est parfaitement sec , répandant une odeur d’œufs pourris quand il est humide , d’une saveur âcre, piquante et amère, et très soluble dans l’eau ; il attire promptement l’humidité et l’oxygène de l’air, et se transforme d’abord en hyposulfite, puis en sulfite et en sulfate de potasse ; ainsi décomposé, il n’est plus vénéneux.
Dissolution aqueuse concentrée . • — Elle est transparente, jaune ou rougeâtre et à peine odorante. Les acides sulfurique , chlorhydrique , acétique , etc. , en dégagent instantanément du gaz acide suifhydrique d’une odeur d’œufs pourris , et il se précipite beaucoup de soufre. Si on filtre la liqueur et qu’on la rapproche par l’évaporation, elle fournit avec le chlorure de platine un précipité jaune serin grenu , dur et adhérent au verre , tandis que le chlorure de platine , avant l’addition de l’acide , aurait donné lieu à un précipité noir composé de sulfure de platine et de chlorure de platine et de potasse ; le filtre séché et allumé, brûle comme un papier imprégné de soufre. Les sels de plomb , de mercure , de bismuth et de cuivre précipitent en noir ou en rouge brun foncé la dissolution concentrée de foie de soufre pourvu qu’on l’emploie en quantité suffisante. L’émétique dissous fournit un précipité jaune orangé.
Dissolution aqueuse étendue. — A peine ce liquide est-il en contact avec l’air, qu’il se trouble , et il suffit d’ajouter la plus petite quantité d’acide sulfhydriquc , acétique , etc. , pour qu’il se comporte comme la dissolution concentrée , mais avec moins d’intensité ; l’acétate de plomb le précipite en orangé clair ; le sulfate de bi-oxyde de cuivre y fait naître, au bout de quelques minutes , un précipité rougeâtre.
DU FOIE DE SOUFRE
Les eaux de Baréges artificielles , pour boisson ou pour bains , si elles sont préparées avec le foie de soufre, offrent les caractères de l’une ou l’autre des dissolutions précitées , suivant leur degré de concentration. Si , au contraire , elles sont préparées avec le sulfhydrate de monosulfure de sodium , elles ne fournissent point de précipité avec le chlorure de platine , après avoir été décomposées par un acide ; du reste, elles agissent sur les autres réactifs indiqués, à peu près comme les dissolutions de foie de soufre. Le sirop de C haussier , contenant du foie de soufre , se comporte avec les réactifs comme la dissolution aqueuse de ce corps s’il est étendu d’eau.
Foie de sou fre mélangé ci des liquides alimentaires végétaux et animaux , à la matière des vomissements ou à celle que Von trouve dans le canal digestif , ou appliqué sur la surface de Vestomac. — Expérience irc. — J’ai mélangé 30 centigrammes de foie de soufre solide avec 50 grammes de lait , 60 grammes de bouillon et 30 grammes de café ; j’ai chauffé jusqu’à l’ébullition, et il s’est aussitôt dégagé du gaz acide suifhydrique , car un papier imprégné d’acétate de plomb , placé au milieu de la vapeur, devenait noir ; la matière exhalait une odeur d’œufs pourris. Après une demi-heure d’ébullition , la liqueur ne contenait plus de foie de soufre , puisque, en y trempant un papier imprégné d’acétate de plomb , celui-ci ne se colorait aucunement.
Expérience ir. — J’ai fait dissoudre 10 centigrammes de foie de soufre dans le même mélange alimentaire froid ; j’ai introduit le tout dans un malras auquel j’ai adapté un tube recourbé , qui venait se rendre dans une éprouvette contenant de l’acétate de plomb dissous ; j’ai alors versé dans le matras 2 grammes d’acide acétique concentré et pur, et j’ai élevé la température à 60° ou 70° c. ; j’ai aussitôt obtenu du gaz acide sulfhydrique et du sulfure de plomb noir; celui-ci, lavé et décomposé par l’acide azotique très faible , m’a donné du soufre. La liqueur contenue dans le matras devait renfermer de l’acétate de potasse ; après l’avoir fait bouillir jusqu’à ce qu’il ne se dégageât plus de gaz acide sulfhydrique, je l’ai fait évaporer jusqu’à siccité dans une capsule de porcelaine, et dès que le produit a été refroidi , je l’ai agité pendant six ou sept minutes avec de l’alcool concentré marquant h h degrés; la liqueur, filtrée et évaporée jusqu’à siccité, a laissé un résidu que j’ai carbonisé, incinéré et traité comme il a été dit à la page 230, et j’ai obtenu de la potasse parfaitement reconnaissab'e à son action sur le papier rougi, sur le chlorure de platine et sur l’acide perchlorique.
Expérience iii6. — Les résultats ont été les mêmes quand j’ai agi sur un mélange semblable, préparé depuis quarante-huit heures , et qui avait été constamment exposé à l’air. Un pareil mélange , ne contenant que 5 centigrammes de foie de soufre, examiné le cinquième jour de son exposition à l’air, m’a encore fourni une petite quantité de gaz acide suif hydrique.
DES POISONS IRRITANTS
Expérience ive. — J’ai souvent empoisonné des chiens avec 10 , 12 ou là grammes de foie de soufre, dissous dans 120 ou 160 grammes d’eau ou d’un liquide alimentaire composé de lait, de bouillon, de café et de vin; les animaux, dont l’œsophage avait été lié, périssaient au bout d’une ou de plusieurs heures, et étaient ouverts immédiatement après la mort, afin de recueillir du sang de la veine porte et des veines jugulaires, et de détacher le foie, la rate et les reins sans intéresser le canal digestif. En soumettant séparément le sang , le foie , la rate ou les reins, ainsi que l’urine, à l’action de l’acide acétique, comme dans l’expérience 2e, j’obtenais constamment du gaz acide sulfhydrique , des dépôts de soufre et de l’acétate de potasse. Les matières trouvées dans le canal digestif, traitées de même, ne tardaient pas à fournir aussi des proportions considérables de ces trois corps. Toujours aussi la membrane muqueuse de l’estomac était tapiss^ (d’une couche plus ou moins épaisse de soufre.
Expérience ve. — Ces expériences répétées donnaient les mêmes résultats, lorsque, au lieu d’ouvrir les cadavres immédiatement après la mort, je ne procédais à l’autopsie qu’au bout de cinq ou six jours.
Expérience vT. --Désirant savoir si par suite de la putréfaction des viscères ci l'état normal il ne se serait point formé du sulfhydrate d’ammoniaque, dont la présence viendrait compliquer les résultats et infirmer les conclusions qui peuvent être tirées des expériences précédentes, j’ai laissé pendant un mois , dans un baquet plein d’eau distillée, un chien récemment pendu , et dont l’abdomen et le thorax avaient été ouverts. Au bout de trente jours, j’ai filtré 3 litres de l’eau de macération , qui était trouble et d’une fétidité extrême. En traitant cette liqueur en vaisseaux clos par l’acide acétique ( voy. expérience 2e, p. 277), je n'ai pas obtenu la plus légère trace d’cicide sulfhydrique ; l’acétate de plomb a été transformé en carbonate de plomb blanc.
Expérience vii6. — J’ai fait macérer dans 2 litres d’eau distillée pendant un mois un canal digestif d’un adulte qui avait succombé la veille à une attaque d’apoplexie. Le liquide, excessivement fétide , filtré et traité en vases clos par l’acide acétique, na point fourni d'acide sulfhydrique. Le canal digestif, coupé par morceaux et mis dans un ballon avec 12 grammes d’acide acétique, a été chauffé jusqu’à l’ébullition ; les gaz dégagés traversaient un solutum d’acétate de plomb, et m’ont bientôt fourni un précipité de sulfure de plomb noir.
Il résulte des faits qui précèdent et de beaucoup d’autres qu’il est inutile d’exposer ici : 1° que l’on peut constater aisément , même plusieurs jours après la mort, la présence du foie de soufre dans le canal digestif des personnes empoisonnées, ou dans les matières des vomissements, à l’aide des réactifs énoncés à la p. 276, et surtout en faisant usage d’acide acétique , et en agissant en vaisseaux clos, comme il a été dit à l’expér. 2e, p. 277; 2° qu’il est beaucoup plus difficile de déceler ce corps dans les cas où la dose ingérée étant très faible, le canal diges-
DU FOIE DE SOUFRE
tif contiendrait naturellement ou accidentellement une quantité assez notable d’acides qui auraient décomposé la totalité du poison ; car alors l’expert pourrait se trouver dans l’impossibilité de dégager des matières suspectes du gaz acide suif hydrique ; 3° que les acides naturellement contenus dans l’estomac ne sont jamais assez abondants pour décomposer en totalité plusieurs grammes de foie de soufre ; en sorte que dans la plupart des cas d’empoisonnement où l’on n’a pas fait prendre des boissons acides aux malades , l’expert devra trouver dans le canal digestif ou dans les matières vomies , une assez grande quantité de poison indécomposé ; 4° que dans tous les cas de décomposition complète ou incomplète du foie de soufre par un acide dans le canal digestif, la membrane muqueuse de l’estomac sera tapissée, sur une ou plusieurs de ses parties, d’une couche plus ou moins épaisse de soufre blanc ou d’un blanc jaunâtre, facile à reconnaître ; qu’on pourra également trouver du soufre suspendu au milieu des liquides de l’estomac et des matières vomies, et que l’existence d’un pareil dépôt de soufre, si elle est insuffisante pour prouver qu’il y a eu ingestion d’un sulfure soluble, tend du moins à faire croire que cette ingestion a eu lieu, parce qu’il n’v a qu’un petit nombre de corps, après les sulfures, qui puissent donner naissance à un dépôt de soufre; on serait admis à supposer que c’est plutôt du foie de soufre qu’un tout autre sulfure qui aurait été avalé, si, indépendamment du soufre déposé, il existait dans les matières suspectes une quantité assez notable d’un sel soluble de potasse ; 5° qu’alors même que la totalité du foie de soufre aurait été décomposée par les acides, les liquides suspects pourraient encore renfermer de l’acide suif hydrique en dissolution, parce que ce gaz est soluble dans l’eau et qu’il ne se dégage pas immédiatement ; 6° qu’il faut éviter dans la recherche médico-légale .du foie du soufre, de faire bouillir les matières vomies ou autres avec le contact de l’air, parce qu’on décompose complètement le poison s’il se trouve en petite proportion et que les liqueurs soient tant soit peu acides; 7° que le foie de soufre étant absorbé, il est indispensable, daBJ cas où sa présence n’aura pas été démontrée dans le canal digestif mi dans les matières vomies, de le chercher dans les viscères, dans le sang ou dans l’urine, en procédant comme il a été dit à l’expér. ùe, p. 278 ; 8° que si l’expertise médico-légale n’était faite que long-temps après la mort, lorsque déjà les tissus seraient putréfiés , il ne faudrait pas se hâter de conclure à l’existence du foie de soufre par cela seul que l’on aurait obtenu de l’acide sulfhydrique en traitant les matières suspectes par l’acide acétique , et que les liqueurs se seraient comportées avec les acides et les sels métalliques comme le font les sulfures, attendu qu’il se produit pendant la putréfaction de certains organes, et notamment du canal di-
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gestif, du sulfhydrate d’ammoniaque : or les réactifs précités agissent sur ce sel comme sur les sulfures. Il faudrait dans des cas aussi épineux s’attacher à démontrer dans les matières suspectes la présence de la potasse, en les évaporant jusqu’à siccilé et en traitant le produit par l’alcool concentré (voy. expér. 2e, p. 277) ; on parviendrait souvent ainsi à lever toutes les difficultés, puisque d’une part le sulfhydrate d’ammoniaque ne fournit jamais de potasse, et que, d’un autre côté, le traitement alcoolique tel que je l’ai conseillé ne donne jamais cet alcali quand on agit sur des liquides à l’état normal (voy. potasse,
Procédé. — Si la matière est liquide , transparente ou trouble , quelle que soit sa couleur, on en versera quelques gouttes sur un papier imprégné d’acétate de plomb; si celui-ci est bruni, tout portera à croire que la liqueur renferme du foie de soufre non encore décomposé ; dans ce cas on filtrera, et l’on constatera la présence du poison en agissant comme je l’ai dit à la p. 276. (Voyez Dissolutions de foie de soufre.) On verra si par hasard le dépôt que l’on a pu recueillir sur le filtre ne renferme point de soufre ; on reconnaîtra celui-ci , qui sera hydraté et pulvérulent, à sa couleur blanche et à la manière dont il brûlera sur le feu. Il n’est pas vrai, comme l'annonce M. Devergie, que l’existence d’un pareil dépôt soit un indice que dans la plupart des cas la totalité du foie de soufre ait été décomposée (t.me, p. 329); rien n’est au contraire aussi commun que de trouver à la fois un dépôt de soufre plus ou moins abondant et du foie de soufre indécomposé, ce qui du reste s’explique à merveille quand on songe à la quantité prodigieuse de soufre que contient le quintisuïfure de potassium. Supposons que les essais tentés aient été infructueux, on traitera le liquide restant par l’acide acétique en vaisseaux clos (voy. expér. 2e, p. 277.)
» Si le papier imprégné d’acétate de plomb n’est point coloré, on aura de suite recours au traitement par l’acide acétique en vases fermés, après avoir examiné s’il n’existe pas au fond du liquide un dépôt de soufre.
Si la matière est épaisse et solide, on la délaiera dans de l’eau distillée froide, et on agira sur la portion liquide comme il vient d’être dit. Quant à la portion solide, après avoir déterminé si elle contient ou non du soufre , on la soumettra en vaisseaux clos à l’action de l’acide acétique bouillant (voy. expér. 2e).
Si la recherche médico-légale se fait après la mort, on portera son attention sur l’état de l’estomac, que l’on étendra pour apercevoir la couche de soufre hydraté qui pourra tapisser la membrane muqueuse dans une plus ou moins grande étendue, ou se trouver seulement dans ses replis; on touchera les parois internes de ce viscère avec un papier
DE l’azotate de potasse.
trempé dans l’acétate de plomb pour voir s’il brunit ; puis on lavera la membrane muqueuse avec de l’eau distillée , de manière à mettre souvent la même quantité de liquide en contact avec toutes les parties de cette membrane. On agira sur la dissolution obtenue comme sur la matière liquide dont j’ai parlé plus haut.
Foie de soufre absorbé et contenu dans le canal digestif et dans les autres viscères , dans le sang } etc. Après avoir coupé les viscères en petits morceaux , on les mettra dans un mortier d’agate et on les délaiera dans de l’eau distillée froide ; le mélange, en partie solide, sera décomposé en vases clos par l’acide acétique (voy. expér. 2e p. 277), et l’on obtiendra du gaz acide sulfhydrique, un dépôt de soufre et de l’acétate de potasse. On agirait de même sur le sang et sur burine.
Dans tous les traitements par l’acide acétique il est indispensable de pousser les opérations assez loin pour retirer la potasse qui faisait partie du foie de soufre, car il ne serait pas impossible, comme je l’ai déjà dit, que dans certaines circonstances la putréfaction eût développé du suif hydrate d’ammoniaque, qui fournirait du gaz acide suif hydrique par l’acide acétique, tout comme le foie de soufre (voy. expér. 7% p. 278).
DE IPA&OTATE ©E POTASSE (Nitre).
Action sur i’économie animale.
Expérience i,e. — On a fait avaler à un chien robuste 22 grammes de nitre pur et en poudre fine. Au bout de cinq minutes, il a vomi deux fois des matières alimentaires mêlées d’un liquide muqueux et filant. Le lendemain il a refusé les aliments. Le jour suivant, à huitr heures du matin , il a bien mangé, et il n’éprouvait aucun symptôme remarquable. A trois heures, on a introduit dans son estomac AS grammes de nitre pur dissous dans 1/fO grammes d’eau distillée, et on a lié l’œsophage. Deux minutes après l’animal a fait des etforts pour vomir, qui se sont renouvelés plusieurs fois dans l’espace des dix premières minutes. A trois heures et demie, il offrait des vertiges; à quatre heures, il était couché sur le côté, et avait de légers mouvements convulsifs dans l’extrémité antérieure droite; ses pupilles étaient dilatées, sa respiration lente et profonde, les battements du cœur faibles et peu fréquents ; la sensibilité et la mobilité étaient tellement diminuées, qu’il lui était impossible de se soutenir un instant sur ses pattes; cet état a augmenté, et l’animal est mort à quatre heures et demie. On l’a ouvert sur-le-champ. Le sang contenu dans le cœur était fluide, et d’un rouge vif dans le ventricule aortique. Les poumons paraissaient être comme dans l’état naturel. L’estomac, livide à l’extérieur, était distendu par un fluide limpide; la membrane muqueuse offrait dans. toute son étendue une couleur rouge-
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noirâtre ; elle était parsemée de vaisseaux fortement gorgés de sang noir ; la tunique musculeuse était d’un rouge vif; l’inflammation s’étendait jusqu’à l’iléum.
Expérience 11e. — A onze heures, on a introduit dans l’estomac d’un petit chien robuste 8 grammes de nitre pur réduit en poudre fine, et on a lié l’œsophage. Au bout de cinq minutes , l’animal a commencé à faire des efforts pour vomir, qui ont duré pendant une demi-heure. A midi, il poussait des cris plaintifs. A une heure, il avait des vertiges. A deux heures et demie , les douleurs auxquelles il était en proie paraissaient cruelles; il était couché sur le ventre, ses pattes postérieures très écartées, les antérieures fléchies; il ne pouvait plus se tenir un instant debout, et lorsqu’il cherchait à changer de position, il faisait un saut et retombait comme une masse inerte ; la faiblesse des extrémités postérieures augmentait de plus en plus ; il ne donnait aucun signe de sensibilité lorsqu’on le pinçait; les organes des sens jouissaient de toute leur intégrité; les paupières et les extrémités antérieures étaient agitées de temps en temps par de légers mouvements convulsifs; les inspirations étaient rares et profondes. Il est mort à trois heures dix minutes. L’estomac contenait une assez grande quantité d’un fluide épais, filant ; la membrane muqueuse offrait, dans toute son étendue, une couleur rouge pourpre parsemée, dans quelques endroits, de points noirs; la tunique sousjacente était d’un rouge vif; les autres portions du canal digestif et les poumons ne paraissaient pas altérés.
Expérience me. — On a répété cette expérience avec l\ grammes de nitre pur : l’animal est mort au bout de vingt-neuf heures, après avoir offert des symptômes analogues à ceux qui viennent d’être décrits. A l’ouverture du cadavre , on a trouvé que la membrane muqueuse de l’estomac était enflammée.
Expérience ive. — On a fait une plaie sur le dos d’un chien robuste et de moyenne taille ; on l’a saupoudrée avec 8 grammes de nitre en poudre auxquels on a ajouté 48 grammes d’eau chargée de ce sel; on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Au bout de trois jours, l’animal ne paraissait pas affecté. On a appliqué sur une plaie faite à la partie interne de la cuisse d’un autre petit chien 8 grammes de nitre pur dissous dans 16 grammes d’eau à ZtO°. Au bout de cinq jours , l’animal mangeait avec beaucoup d’appétit , et n’avait éprouvé d’autre incommodité que celle qui tenait à la blessure. On a pratiqué une incision près de l’articulation fémoro-tibiale d’un petit chien maigre; on a introduit dans la plaie 12 grammes de nitre humectés avec lx grammes d’eau. Cinq jours après, l’animal a mangé avec beaucoup d’appétit; mais la plaie était très considérable; elle avait été gangrenée et s’étendait jusqu’à la région ombilicale. On a négligé de donner des soins à cet animal, et il est mort huit jours après l’opération. L’estomac n’offrait aucune altération sensible; il en était de môme des autres organes. Dans une autre expérience, l’animal est mort deux jours après l’application de 12 grammes de nitre sur une plaie faite à la parti'p interne de la cuisse: et à l’ouverture du