‹ Traité de toxicologie (volume 3)Chapitre 35 sur 85 · DE L’AZOTATE DE POTASSE · texte numérisé non relu

DE L’AZOTATE DE POTASSE

cadavre, on a trouvé deux petits ulcères dans l’estomac; plusieurs points de la membrane muqueuse étaient noirs, scarifiés, et il y avait du sang extravasé dans son propre tissu. Mais je n’attache pas beaucoup d’importance à ce fait, parce qu’il est unique, et que je ne puis pas affirmer que l’animal n’ait pas avalé quelque autre substance vénéneuse.

Observation lre. — Un homme atteint d’une fièvre périodique prit par mégarde Zi8 grammes de nitre. Peu de temps après , les angoisses les plus fortes avec froid interne se manifestèrent à l’estomac. Il survint ensuite.des défaillances, des syncopes, et en moins de dix heures le malade expira. ( Comparetti. )

Observation 2e. — « Il y a six ans que feu MM. Froissard et Martin me prièrent d’assister à l’ouverture du cadavre d’une domestique que l’on soupçonnait de s’être empoisonnée volontairement. Ce qui appuyait cette opinion , c’est que depuis deux ou trois mois elle était devenue triste , rêveuse, à la suite d’obstructions dans le bas-ventre et de la suppression de ses règles. Cette fille , âgée de trente-six ans, était robuste, d’un tempérament bilieux et très irritable; elle avait fait usage de différents remèdes populaires infusés tantôt dans du vin , tantôt dans de l’eau-devie. Deux jours avant sa mort, elle avait pris Zi8 grammes d’une substance saline qu’elle ne pouvait désigner que par le nom de sel : ce purgatif, pris en deux verres et à la distance d’une demi-heure, lui procura , par le vomissement et par les selles, des évacuations très abondantes de bile dégénérée , et lui fit éprouver de violentes douleurs d’entrailles. Le médecin appelé pour calmer ces vives irritations , produit d’une superpurgation , ordonna des décoctions mucilagineuses en boisson et en lavement; il fut même obligé,! par l’intensité des douleurs, de donner de l’opium tant en substance qu’en teinture. Ces secours furent sans effet : la malade sentait un feu dévorant qu’elle rapportait à la poitrine et à l’estomac; ses extrémités étaient froides; son pouls était presque nul; enfin elle expira soixante heures après avoir pris le sel. L’ouverture du cadavre fut faite deux heures après la mort. Le ventricule était rouge , parsemé de taches noirâtres de la largeur d’une lentille ; vers le bas-fond de l’estomac, une de ces taches était de la grandeur d’un liard; dans son centre il y avait un petit trou qui perçait le viscère; le canal intestinal était intérieurement rougeâtre; le foie était obstrué, et la matrice dans la plus parfaite vacuité. Nous apprîmes que cette fille devant se purger , une de ses amies lui avait acheté chez un droguiste 48 grammes de sel de nitre (1). »

Observation 3e. — Laflize rapporte le fait suivant : Une dame qu’il venait de traiter d’une rougeur érysipélateuse à la jambe, prit par son ordre, pour sepurger, le 27 avril 1787, à six heures du matin, 32 grammes

(1) Souville. Journal de Médecine,, de Chirurgie el de Pharmacie, t. lxxui , année 1787.

DES POISONS IRRITANTS

de nitre tel qu’il sort de la Salpêtrière , dissous dans un verre d’eau, avec addition de 64 grammes de sirop de pommes ( ce sel avait été vendu par un droguiste à la place du sel de Sedlitz, sulfate de magnésie, qui avait été prescrit ) : la malade éprouva , un quart d’heure après , les symptômes suivants : cardialgie, nausées, vomissements pénibles, évacuations par le bas , ensuite convulsions qui rendaient la bouche contournée ; syncope, pouls très faible, extrémités froides, successivement pouls nul, voix éteinte, feu dévorant dans l’estomac, douleurs cruelles dans le ventre que rien ne put calmer; pressentiment d’une fin prochaine, respiration laborieuse; mort à neuf heures du matin, trois heures après la fatale boisson. A l’ouverture du cadavre on trouva ce qui suit : estomac fortement distendu par un liquide ; la membrane externe de ce viscère était d’un rouge foncé ; on y remarquait quelques taches brunes ; sa tunique veloutée était enflammée outre mesure , et se trouvait détachée dans plusieurs endroits; l’humeur sanguinolente qui s’était écoulée des vaisseaux déchirés avait coloré en rouge le liquide contenu, qui équivalait à la mesure d’un litre. Cette inflammation gangréneuse commençait à l’orifice cardiaque et finissait au pylore ; le reste du corps était dans l’état naturel. On s’assura que la cause de la mort était entièrement due à l’action hypersthénique du nitre, par l’examen de ce sel qu’on envoya chercher immédiatement chez le même droguiste, et par l’analyse chimique du liquide contenu dans l’estomac, lequel produisit par l’évaporation des cristaux de véritable nitrate de potasse (i).

Observation 4e. — La femme d’un épicier d’Édimbourg , enceinte de deux mois, avala par méprise une poignée de sel de nitre : aussitôt douleurs vives à l’estomac , nausées et vomissements de quelques gorgées qui avaient le goût du nitre. Au bout d’un demi- quart d’heure tout le corps était enflé. On administra dix minutes après del’ipécacuanha et une solution chargée de sel de Glauber. La femme avorta au bout d’une demi-

(I) Tourtelle, médecin à Besançon, doute que le nitre soit un poison capable de donner la mort : suivant lui, le nitre n’agit qu’à la manière des autres sels neutres; à forte dose il occasionne cependant quelques accidents, tels qu’une sensation douloureuse à l’estomac, des vertiges, le froid des extrémités et quelquefois de tout le corps, des défaillances, etc.

Un homme affecté d’une hydropisie ascite prenait, depuis trois semaines, des tisanes apéritives avec le nitre à la dose de '< grammes par litre. Comme il s’impatientait de ne pas guérir et qu’il avait entendu préconiser le nitre dans sa maladie, il en prit un jour environ Gi grammes dans deux verres d’eau. A la vérité il fut un peu tourmenté de coliques; mais il lut totalement guéri par d’abondantes évacuations par les selles et par les urines. Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il n’éprouva aucun des accidents de l’empoisonnement, quoique son estomac fût si sensible qu’il ne pouvait pas garder une cuillerée de vin scillitique le plus faible. Tourtelle attribue les accidents décrits par Laflize aux transports de l’humeur arthritique sur l’estomac de la malade qui fait le sujet de celte observation. {Journal de Médecine , Chirurgie et Pharmacie , tom. r^xni, Réflexions par Tourtelle , page 32 et *11! vA

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