‹ Traité de toxicologie (volume 3)Chapitre 69 sur 85 · DU RI-OXYDK DE CUIVRE · texte numérisé non relu

DU RI-OXYDK DE CUIVRE

une plus ou moins grande quantité de sels cuivreux qui peuvent occasionner des accidents graves. L’expérience suivante vient à l’apptri de cette assertion.

Expérience. — Si on verse , dit Proust , 32 grammes de vinaigre distillé dans une casserole de cuivre non élamée, et qu’après avoir mouillé toute la surface intérieure du vaisseau avec ce même acide, on laisse reposer le liquide pendant quelques minutes avant de le décanter, on trouvera, lorsqu’on l’essaiera avec des agents chimiques , qu’il tient en dissolution du cuivre, et que la quantité de ce métal sera d’autant plus grande que le séjour du vinaigre dans la casserole aura été plus long : dans cette expérience , on conçoit facilement que les différentes parties du cuivre qui ont été mouillées par le vinaigre ont dû être transformées bientôt en bi-oyxde , parce que l’oxygène de l’air atmosphérique s’est porté sur le métal (I).

Il arrive quelquefois que ces préparations acides , chauffées dans des vaisseaux de cuivre non oxydé , dissolvent une portion du métal : ce phénomène ne se manifeste que dans le cas où ces aliments se refroidissent et séjournent assez de temps dans ces sortes de vaisseaux pour que le cuivre passe à l’état d’oxyde aux dépens de l’oxygène de l’air. Proust s’est assuré qu’aucune de ces substances transvasées immédiatement après avoir été cuites dans des bassines de cuivre pur, ne contenait la moindre trace de ce métal.

Les corps gras , tels que les huiles fixes, les huiles essentielles, etc. , dissolvent facilement l’oxyde et le carbonate de cuivre , et lorsqu’on les fait bouillir dans des vaisseaux de ce métal très pur, elles en facilitent l’oxydation , surtout si on les laisse refroidir pendant quelques minutes avant de les transvaser.

Eller a prouvé que le vin dissout le cuivre, et il a obtenu 1 gramme 15 centigrammes d’acétate de cuivre après avoir fait bouillir dans un vase de ce métal 2 kilogrammes 500 grammes de vin blanc de France : ce phénomène dépend de l’acide acétique contenu dans le vin , et de l’oxydation du métal par l’air : d’où il suit que les vaisseaux enduits d’oxyde et de carbonate de cuivre doivent donner une beaucoup plus grande quantité d’acétate , dont l’action vénéneuse est très énergique , et qu’il est par conséquent très imprudent de laisser les différents vins dans des réservoirs de cuivre ternis par de l’oxyde.

C’est encore à la formation de l’oxyde de cuivre et à l’acide acétique contenu dans le vin , le vinaigre , la bière et le cidre , que l’on doit attribuer la production de l’acélate qui a lieu dans les contours des

(t) Annales (Je Chimie , toni, lvii, supplément au Truité de riïtarnagc, par

Proust, p. 80.

DES POISONS IRRITANTS

robinets fixés aux tonneaux qui renferment ces liqueurs. Drouard fut tourmenté pendant trois jours de coliques et de diarrhée, pour avoir mangé un ragoût assaisonné avec du vin que l’on avait tiré d’un tonneau dont le robinet renfermait de l’acétate de cuivre que ce liquide avait dissous en partie.

Dupuytren a remarqué que le vinaigre contenu dans les petits tonneaux des marchands qui parcourent les rues renferme du cuivre, ce qui explique parfaitement un autre fait rapporté par ce professeur, et qui consiste en ce que plusieurs individus ont été atteints de vomissements et de coliques pour avoir mangé des salades que l’on avait assaisonnées avec cette sorte de vinaigre. ‘La dissolution du cuivre dépend encore , dans ce cas , de l’oxydation des robinets dont les tonneaux sont garnis.

On ne sera pas étonné, après ce que je viens de dire, que des individus aient succombé pour avoir pris des potions composées des plus doux minoratifs , que l’on avait préparées et laissées pendant quelque temps dans des vases de cuivre. Les acides et les corps gras qui font souvent partie des drogues médicinales, doivent nécessairement favoriser l’oxydation et la dissolution de ce métal.

Action sur l’économie animale.

Expérience ire. — Drouard donna à un chien d’assez forte taille et à jeun 60 centigrammes de vert-de-gris seul : des selles mucoso-sanguino-

lentes mêlées de beaucoup de vers, un dégoût pour les aliments et pour

les boissons, des efforts infructueux de vomissement, tels furent les premiers accidents occasionnés par le poison. L’animal ne pouvant se tenir sur ses pattes, se coucha sur le côté, et expira vingt-deux heures après l’empoisonnemenl. L’estomac contenait un liquide sanguinolent , de couleur noire; il était enflammé, particulièrement vers sa grande courbure , et il présentait une tache noirâtre qu’on aurait pu prendre pour une érosion. Les intestins grêles n’offraient aucune trace d’inflammation : ils étaient seulement remplis de bile verdâtre. Il y avait dans le rectum de petites ecchymoses semblables à celles de l’estomac.

Expérience ii*. — Soixante-quinze centigrammes de vert-de-gris mêlé avec des aliments furent donnés à un chien : une demi-heure après, l’animal fit de vains efforts pour vomir; mais il évacua beaucoup le restant de la journée et pendant la nuit; ses excréments, noirâtres, étaient mêlés de vers. 11 succomba vingt-huit heures après l’ingestion du poison, et la mort fut précédée d’une grande prostration des forces. L’estomac, moins enflammé que dans le cas précédent , offrait çà et là quelques ecchymoses; le duodénum présentait une légère inflammation; il y avait dans

Hléum une large ecchymose. Le rectum était dans l’état naturel.

( Drouard. )

Expérience iiic. — On lit avaler à un chien fort et robuste 1 gramme 60 centigrammes de vert-de-gris. L’animal ne tarda pas à faire de grands etforts pour vomir et à être agité par des mouvements convulsifs ; trois heures après il eut une hémorrhagie nasale; il évacua beaucoup de matières bilieuses, et ii mourut cinq heures après l’empoisonnement. L’abdomen était distendu par une grande quantité de gaz fétides ; il renfermait de la sérosité sanguinolente. Les intestins étaient généralement enflammés; l’inflammation de la membrane muqueuse était moins considérable que celle de la membrane péritonéale. L’estomac, sans érosion, offrait dans son intérieur une teinte verdâtre ; les poumons étaient gorgés de sang ; le cerveau ne présentait aucune trace d’inflammation ni d’épanchement. (Drouard.)

Expérience ive.—J’ai souvent administré du vert-de-gris et de l’acétate de cuivre à des chiens de différente taille , et j’ai constamment remarqué que lorsque la dose de verdet cristallisé ( acétate de cuivre ) introduite dans l’estomac était plus forte que 60 à 75 centigrammes, les animaux périssaient en moins de trois quarts d’heure ; rarement ils pouvaient résister pendant une heure à l’action violente du poison. Les symptômes qui précédaient la mort étaient des vomissements abondants d’une matière bleuâtre évidemment colorée par une portion de l’acétate de cuivre, de vains efforts pour vomir lorsque ranimai était parvenu à rendre tous les aliments contenus dans l’estomac, des cris plaintifs, une gène extrême de la respiration, l’irrégularité et la fréquence du pouls, assez souvent une insensibilité générale; l’animal se couchait et paraissait mort ; presque toujours il était agité par des mouvements convulsifs, et quelques instants avant de succomber il offrait une roideur générale , des secousses tétaniques, et une grande quantité d’écume à la bouche.

A l’ouverture des cadavres, faite immédiatement après la mort, on remarquait que les muscles ne donnaient aucun signe de contractilité ; la membrane muqueuse de l’estomac , enduite d’une couche bleuâtre , contenait une portion de la matière ingérée ; cette couche était dure , comme racornie; lorsqu’on la raclait, on apercevait au-dessous la membrane muqueuse d’une couleur rosée. La trachée-artère et les bronches étaient remplies d’une écume blanche; les poumons étaient crépitants et présentaient quelques points rosés qui se détachaient sur un fond pâle. Le cœur ne battait plus.

Dans toutes ces expériences il est aisé de démontrer la présence du cuivre dans le foie , la rate et les reins , en faisant bouillir ces organes pendant cinq ou six heures dans de l’eau distillée , et en suivant le procédé qui sera indiqué à la pag. 639.

Expérience ve. — J’ai appliqué sur le la partie supérieure du cou d’un chien

tissu cellulaire sous-cutané de d’assez forte taille 8 grammes

DES POISONS IRRITANTS

cTacétate de cuivre cristallisé et finement pulvérisé ; on a réuni la plaie â l’aide de la suture. L’animal a succombé au bout de cinq jours, après avoir essayé de manger à plusieurs reprises.

Dans une autre expérience , la même dose de sel appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un chien faible a déterminé la mort au bout de trente heures.

Cette expérience répétée sur un gros chien n’a pas été suivie de la mort. Au bout de quarante-huit heures, l’animal, qui était à jeun depuis trois jours, avait une soif ardente et a bu un litre d’eau sans vouloir prendre d’aliments solides. Le lendemain il a mangé avec appétit; il ne paraissait pas trop affaibli, et la démarche eût été libre et régulière sans la blessure grave de la cuisse. On l’a pendu soixante-dix-huit heures après le commencement de l’expérience.

Le foie , la rate et les reins de ces animaux , traités par l’eau bouillante pendant cinq ou six heures , ont donné un solution dans lequel il y avait du cuivre. Le tissu cellulaire sous-cutané et les muscles voisins des parties sur lesquelles le poison avait été appliqué étaient verts; mais cette coloration s’étendait à peine dans la profondeur des muscles ; les parties touchées par le sel cuivreux étaient légèrement enflammées et se coloraient en brun marron quand on les mettait en contact avec du cyanure jaune de potassium et de fer.

Expérience vie. — On injecta 10 centigrammes de vert-de-gris dissous dans 32 grammes d’eau distillée, dans la veine jugulaire d’un chien de grande taille. x*\u moment de l’injection , l’animal fit des mouvements de mastication et de déglutition; un demi-quart d’heure après, il vomit et il eut des évacuations alvines : l’affaissement survint ainsi que le râle , et il mourut au bout d’une demi-heure. La trachée-artère et les bronches étaient remplies de mucosités écumeuses; les gros vaisseaux étaient gorgés d’un sang noir et fluide dont la coagulation fut très facile (1).

Expérience vne. — La dissolution provenant du vert-de-gris traité par l’eau fut évaporée jusqu’à siccité, et 3 centigrammes de verdet résultant furent dissous dans 32 grain, d’eau distillée et injectés dans la veine jugulaire d’un chien assez fort. On observa, au moment de l’injection, les mêmes mouvements de mastication et de déglutition ; l’animal vomit un quart d’heure après et resta languissant jusqu’au troisième jour, que les extrémités parurent paralysées. Pendant ce temps il ne voulut boire que de l’eau. Il périt le quatrième jour. A l’ouverture du cadavre, le sang , les vaisseaux , l’appareil gastrique ne présentèrent rien de particulier.

Expérience vme. — L’injection dans la veine jugulaire de 5 centigrammes d’acétate de cuivre dissous dans 16 grammes d'eau, occasionne ordinairement la mort dans l’espace de dix à douze minutes; l’animal fait sur-le-champ des mouvements de mastication et de déglutition qui

(1) Drouard ne dit pas dans quel état se trouvait la membrane muqueuse intestinale : il est probable, par cela même, qu’elle ne présentait aucune altération.

VER r-DE-GRIS.

sont suivis de vomissements avec efforts douloureux; il éprouve une grande difficulté à respirer; il est agité par des mouvements convulsifs très violents ; il se couche tout-à-coup, devient insensible; le râle se manifeste et il meurt. A l’ouverture du cadavre on ne trouve rien de remarquable dans l’appareil gastrique ; la contractilité des muscles paraît éteinte; les poumons n’offrent aucune altération, et le cœur est sans action.

Observation ire. — Le U septembre 1772, Navier fut appelé pour visiter, dans une même maison, neuf malades empoisonnés par le vert-degris.

Une jeune tille de dix-huit ans avait mangé du gâteau fait avec du beurre fondu, que l’on avait écumé avec une écumoire de cuivre, sur laquelle le corps gras s’était refroidi. Elle éprouvait de violents maux de tête et de grands vomissements. On lui fit boire abondamment , vingtquatre heures après l’accident, de l’eau tenant en dissolution une petite quantité de substance salino-alcaline ; elle prit ensuite de l’eau de casse émétisée , et les principaux accidents cessèrent promptement. Cette fille fut promptement guérie par l’usage des nourritures laiteuses.

Le père, la mère, trois jeunes enfants et un garçon de dix-huit ans, avaient mangé du même gâteau, ainsi que de la soupe et de la viande provenant du pot au feu écumé avec la même écumoire, qui probablement n’avait pas été nettoyée. Des douleurs d’entrailles, des vomissements violents et fréquents, suivis d’un grand accablement, un pouls petit et serré et des maux de tète considérables , tels furent les symptômes qui se manifestèrent. On leur administra une légère décoction de graine de lin et de guimauve un peu alcaline et édulcorée avec du sirop diacode; quelques heures après, on leur donna une eau de casse très légère, mais fortement aiguisée; l’effet de ces médicaments fut de procurer d’abondantes évacuations par haut et par bas : au bout de sept à huit jours, la guérison fut achevée. Il en faut excepter la mère, qui, naturellement sujette à des vomissements , et douée d’un tempérament nerveux, fut plus fatiguée de l’action du poison , et tomba plusieurs fois en syncope : on parvint cependant à la rétablir, en insistant long-temps sur le régime laiteux.

Les deux autres individus avaient mangé une fricassée de pigeons préparée avec le bouillon fait dans le pot au feu dont nous avons parlé. L’un d’eux, âgé de trente à quarante ans, d’un tempérament fort, eut des vomissements considérables ; l’autre, âgé de vingt-quatre ans, fort et robuste, ne ressentit les atteintes du poison qu’au bout de plusieurs heures; mais il fut tourmenté par des vomissements et des maux de tète violents; bientôt après, il se déclara une fièvre intense, et il fut jeté dans un assoupissement léthargique occasionné par la violence des vomissements et par un état pléthorique. On lui fit deux saignées au bras et une au pied ; on lui administra des boissons adoucissantes légèrement alcalines et laxatives, et il fut rétabli dans l’espace de dix à douze 'jours.

DES POISONS IRRITANTS

Quant au premier de ces deux individus , il fut traité comme les malades dont nous avons parlé précédemment, et il fut guéri dans trois jours (1).

Observation 2e. — M. Morizot-Deslandes fut prié d’aller, le 9 juillet 1781, au secours des jacobins de la rue Saint-Jacques, que l’on disait empoisonnés. Les malades, au nombre de vingt-un, se plaignaient de douleurs violentes, de coliques; ils avaient de la fièvre. Chez tous, les premiers accidents avaient été un grand mal de tête accompagné de faiblesse excessive dans les jambes et dans tout le corps, des douleurs sourdes sur le devant des cuisses, et, chez quelques uns, des crampes dans les mollets. Ceux qui avaient été attaqués les premiers avaient éprouvé en outre une vive douleur dans l’estomac , accompagnée de l’anxiété précordiale qui lui est propre, et de tremblement dans les membres.

Chez quelques uns, les symptômes ne s’étaient déclarés que le lendemain. xM. Morizot apprit que les malades avaient mangé , le vendredi et le samedi à dîner, de la raie cuite dans une chaudière de cuivre ; que le cuisinier, après avoir retiré une partie de l’eau qui avait servi à faire cuire le poisson, avait versé dessus du vinaigre pour le raffermir, et que la raie avait séjourné ainsi quelque temps dans la chaudière hors du feu. M.IMonzot vit deux indications à remplir : énerver le poison et le chasser hors du corps; il donna d’abord du lait coupé avec quatre parties d’eau, une eau gommeuse, des bouillons légers de viande, avec des lavements émollients : après quatre ou cinq jours , il prescrivit les minoratifs doux, tels que la casse et la manne dans le petit-lait, et ensuite le séné ; tous les malades furent guéris en peu de temps.

Il ajoute qu’un étranger qui avait dîné au couvent , et auquel on avait donné l’émétique, fut très mal , et n’était pas encore rétabli au mois de septembre (2).

Observation 3e (3). — Le 3 juillet J 778, Jeanroi fut appelé pour voir le nommé By et sa femme , fruitiers, qui avaient mangé à dîner et à souper du veau qu’on avait conservé dans un vase de terre sur lequel on avait placé un couvercle de cuivre. Comme il y avait beaucoup de viande, elle fut refoulée par le couvercle, et elle s’imprégna de vert-de-gris. Le nommé Duval et sa femme, demeurant dans la même maison, en avaient aussi mangé à leur dîner le même jour. Le premier qui éprouva des accidents fut le nommé Duval ; le jeudi , à deux heures du matin , il fut réveillé par des coliques d’estomac qui furent suivies de vomissements. Son épouse, quelques heures après, se plaignit de tiraillements et de coliques douloureuses : l’usage répété du lait et des lavements mucilagineux suffit pour leur guérison.

Le nommé By éprouva le même jour, sur les sept heures du matin, des douleurs vives à l’estomac, des nausées, des vomissements fréquents; il ressentait, à des époques peu éloignées, des coliques affreuses suivies de

(1) Nayier, ouvrage cité, t. j, p. 304 elsui\.

(2) Drouard, ouvrage cité, p. 34.

(3) Mémoires de la Société royale de médecine , p. 2 J 5, année 1778.

crispation dans tous les membres et accompagnées de sueurs abondantes. La femme By éprouvait les mêmes accidents, à l’exception des coliques, qui n’étaient ni aussi violentes ni aussi répétées; elle se plaignait beaucoup de la tête ; le pouls de l’un et de l’autre était petit, inégal et quelquefois convulsif. On leur avait donné, ainsi qu’aux deux premiers, des lavements mucilagineux et du lait. Jeanroi s’opposa à ce qu’on leur continuât le lait; et comme leur langue était très chargée , et qu’on ne pouvait espérer de soulagement qu’en débarrassant l’estomac, il ordonna qu’on leur administrât de l’eau émétisée à la dose de 30 centigrammes sur 750 grammes d’eau. Le mari en prit 10 centigrammes, et la femme 15 : ce moyen procura des vomissements d’une bile verdâtre, avec des morceaux de lait caillé , et alors les malades éprouvèrent un soulagement marqué. La femme ne se plaignit plus que de légères douleurs â l’estomac, et le mari de coliques qui se sont soutenues pendant trois jours.

Après avoir, avec de l’émétique, rempli la première indication , Jeanroi ht donner au nommé By et à sa femme, pour boisson ordinaire , une forte décoction de racine de guimauve; de plus ils prenaient, de demiheure en demi- heure , deux cuillerées d’une potion faite avec 186 grammes d’huile d’amandes douces, 64 grammes de sirop de guimauve, et 32 grammes de sirop diacode ; et de deux heures en deux heures des lavements faits avec la graine de lin, auxquels on ajoutait de l’huile d’olive ; le soir un bol de thériaque, et chaque quatre heures un bouillon gras. A l’aide de ces différents moyens, les malades furent bientôt hors de danger.

Observation 4e. — N***, ouvrier bijoutier, âgé de quarante-quatre ans, plongé dans la misère la plus profonde, résolut de s’empoisonner, et avala, le 23 juin 1812 à minuit, environ 16 grammes de vert-de-gris délayé dans une petite quantité d’eau. Dans la journée du 22 et du 23 , N*** avait pris pour toute nourriture une soupe à l’oseille. Un quart d’heure après avoir bu le poison, il eut des coliques atroces, des vomissements abondants et des déjections alvines copieuses : ces symptômes persistaient encore à cinq heures du matin , heure à laquelle il entra à lTIôtel-Dieu. On lui administra de l’eau de gomme, du lait et des lavements émollients. Trois heures après son arrivée , il présenta l’état suivant : visage triste, abattu; yeux profondément cernés, langue humide, bouche pâteuse, anorexie, crachotements, renvois de vert-de-gris, soif très intense, pouls petit, régulier, donnant 80 pulsations par minute. ( Même traitement.) A deux heures et demie, nouveaux vomissements de matières verdâtres foncées. A quatre heures, il se manifesta un ictère. Pendant la nuit, coliques légères, continuation des vomissements, trois selles qui amenèrent un peu de soulagement et le sommeil. Le lendemain (deuxième jour de l’accident), jaunisse très intense, expression de calme, langue grisâtre, bouche pâteuse avec un goût de vert-de-gris; cessation des vomissements et des rapports cuivreux; abdomen rétracté, très peu sensible à la pression ; pouls régulier, développé; chaleur de la peau naturelle, têie lourde, légère surdité. (Eau de Vichy avec du petit-lait ,

DES POISONS IRRITANTS

deux lavements émollients.) Le malade eut dans la journée quatre selles de matières grisâtres. Le 26 (troisième jour de l’accident ), continuation des mêmes symptômes, malaise général, soif vive, urine trouble, d’un rouge foncé avec un sédiment jaunâtre. ( Meme traitement.) Le 27 (quatrième jour), diminution marquée de tous les symptômes, retour de l’appétit, faiblesse générale. ( Continuation des mêmes moyens , bouillon , vermicelle.) Le 16 juillet, l’ictère était dissipé, et le malade était en pleine convalescence (1).

Observation 5e.— Drouard dit dans l’ouvrage déjà cité, p. 391 : Il y a environ dix années, lorsque je commençais à me livrer à l’étude de la médecine par celle de la pharmacie, je pris par ignorance à peu près . U grammes d’un mélange de vert-de-gris , de miel et de vinaigre , improprement appelé onguent égypiiac. Je sortais de déjeuner assez copieusement. Un quart d’heure après j’eus des rapports cuivreux et un crachement continuel : ce qui fit reconnaître l’empoisonnement. On m’administra une potion huileuse et on me fit boire du lait : deux à trois heures après j’éprouvai un grand mal de tête, avec soif et des coliques assez violentes; mon ventre se tuméfia si rapidement, que je fus obligé de relâcher la ceinture de ma culotte; des évacuations copieuses se déclarèrent. Un médecin appelé conseilla des boissons mucilagineuses et des lavements émollients ; les selles continuèrent en petite quantité, avec ténesme et perte des forces : elles ne cessèrent que vers le huitième jour, où commença ma convalescence. Après cet accident , j’ai conservé pendant long-temps une telle aversion pour le cuivre , qu’il me suffisait pour avoir des nausées de sentir ce métal.

Observation 6e. — Ayant été requis pour aller voir M. Duhroc, ancien échevin de Bayonne, je le trouvai dans son lit, avec un vomissement continuel, des crampes aux extrémités, des mouvements convulsifs et des douleurs de ventre cruelles; son épouse et ses deux servantes étaient également attaquées, si ce n’est que les accidents ne se montraient pas aussi compliqués dans ces dernières qu’ils l’étaient dans la personne de M. Dubroc.

Gela me fit juger que ce vomissement était occasionné par quelque chose d’extraordinaire : effectivement, après quelques questions, ils me répondirent qu’ils avaient mangé des œufs à l’oseille et au beurre, qui avaient été préparés dans un vaisseau de cuivre, que je vis, et qui était tapissé de vert-de-gris.

Ne doutant plus que ce devait être l’acide de l’oseille qui avait divisé une partie de cuivre, et que les accidents provenaient de ce métal qui irritait et corrodait les membranes de l’estomac, et me trouvant dénué dans ce moment critique de ressources, je me suis déterminé à donner â M. Dubroc un bon verre de vinaigre, et à madame, chez qui les accidents n’étaient pas si considérables, un demi-verre.

Un demi-heure après qu’ils eurent pris le vinaigre , les malades me

(l) Observation communiquée par le docteur Picquet de la Houssiette.

dirent qu’ils avaient senti dans leur estomac une espèce d’effervescence considérable; le vomissement s’ensuivit peu de temps après, et les accidents se calmèrent. Je fis donner ensuite beaucoup d’huile et des décoctions émollientes en lavement. Une servante qui n’a pas bu de vinaigre a failli périr, malgré les eaux de poulet, les émollients, la thériaque, etc. (1).

Observation 7e. — Dupuytren rapporte qu’une famille entière a été empoisonnée pour avoir mangé des écrevisses qui avaient cuit et séjourné dans un chaudron de cuivre où l’on avait versé le vinaigre avec lequel , dans certains endroits, on les assaisonne. Trois personnes avancées en âge moururent des suites de cet empoisonnement ; les autres y survécurent (2).

Observation 8e. — Deux hommes ayant mangé d’un ragoût préparé dans des vaisseaux de cuivre qu’on avait négligé d’étamer, périrent empoisonnés, après avoir éprouvé pendant une heure environ des cardialgies violentes , auxquelles succédèrent des vomissements énormes et un ténesme continuel. Tous les remèdes qu’on leur administra furent inutiles. A l’ouverture des cadavres, on vit le canal alimentaire distendu par une grande quantité de gaz, rongé en divers endroits, et principalement dans les intestins grêles ; le pylore et le duodénum étaient atteints de gangrène ; l’intestin rectum était percé en deux points ; l’œsophage et le pharynx paraissaient être dans leur état naturel (3).

Observation 9e. — L’enfant d’un peintre ayant avalé une dissolution de vert-de-gris, en mourut. A l’ouverture de son corps, on trouva l’estomac enflammé et très épais dans sa substance, surtout vers le pylore, dont le contour était tellement gonflé que l’orifice en était presque oblitéré ; les intestins grêles étaient enflammés dans toute leur étendue et gangrénés en divers endroits , et même percés au point qu’une partie de la liqueur verdâtre qui était contenue dans le canal intestinal s’était épanchée dans la cavité du bas-ventre ; les gros intestins étaient distendus Outre mesure dans quelques points, et très rétrécis dans d’autres; mais le rectum était ulcéré dans toute sa surface interne , et percé en plusieurs endroits (ù).

Observation 10e. — M. L., ancien militaire, âgé de vingt-neuf ans, bien constitué , mais doué d’une imagination vive et irritable , était violemment épris d’une jeune personne. Des circonstances impérieuses s’opposant à leur union , M. L. devint mélancolique et prit la résolution de Se suicider. Il avala une forte dose de poison, se coucha sur-le-champ et s’endormit ; des douleurs intolérables dans l’abdomen ne tardèrent pas à le réveiller. Il était couché sur le dos, la tête renversée en arrière; il

(1) Journal de Médecine, Chirurgie el Pharmacie, tom. vi, observation de M. Fabas, p. 552.

(2) Drouard, ouvrage cité, p. 74.

(3) Observations sur les effets des vapeurs méphitiques chez l'homme , par Forai , année 1787, p. 436,

(4) Idem , p. 439.

DES POISONS IRRITANTS

s’agitait prodigieusement ; il jetait par intervalles des cris aigus sans pouvoir parler, à cause de la contraction tétanique des mâchoires et du spasme de la gorge ; le ventre était dur, peu gonflé et singulièrement douloureux au toucher; l’estomac de temps en temps faisait effort pour se contracter; le pouls était petit, concentré et cependant régulier; mais l’altération des traits du visage indiquait les angoisses du malade. Les mâchoires ayant été écartées avec force, on introduisit dans l’estomac une quantité considérable cl’eau tiède et d’eau de guimauve ; on lui donna aussi des lavements de même nature. M. L...., revenu totalement à lui au bout de deux heures , avoua après quelques difficultés qu’il avait avalé une tablette de couleur contenant une forte dose de vert-de-gris. On continua le traitement pendant quelques heures; il eut un plein succès, et le malade se trouva rétabli en peu de jours. ( Gazette de santé , 5 juillet 1820.)

Symptômes de l’empoisonnement par le vert-de-gris.

Les symptômes de l’empoisonnement par le vert-de-gris introduit en substance dans l’estomac peuvent être réduits aux suivants :

Saveur âcre, styptique, cuivreuse /aridité et sécheresse delà langue , sentiment de strangulation à la gorge , rapports cuivreux , crachement continuel, nausées, vomissements abondants ou vains efforts pour vomir ; tiraillements de l’estomac, qui est souvent très douloureux ; coliques atroces, déjections alvines très fréquentes, quelquefois sanguinolentes et noirâtres, avec ténesme et débilité; abdomen ballonné et douloureux; pouls petit, irrégulier, serré et fréquent; syncope, chaleur naturelle , soif ardente , difficulté de respirer, anxiété précordiale, sueurs froides, urine rare; céphalalgie violente, vertiges, abattement , faiblesse dans les membres , crampes , convulsions ; enfin la mort.

Il est rare que tous ces symptômes se développent chez le même individu ; en général , les vomissements et les coliques sont de tous les plus constants. Il arrive quelquefois que la gangrène s’empare des intestins. Cet état, toujours fâcheux, s’annonce par la cessation presque subite de la douleur, par la petitesse et la faiblesse excessive du pouls, qui est imperceptible et misérable , par des hoquets plus ou moins fréquents , et par des sueurs froides.

Lorsqu’on a mangé des aliments cuits dans des casseroles mal étamées qui contiennent une certaine quantité d’oxyde, d’acétate ou d’oxalate de cuivre , on éprouve , huit , dix , douze ou quinze heures après le repas , une céphalalgie intense , de la faiblesse et des tremblements dans les membres, des crampes, des douleurs abdominales , des nausées, des vomissements, des évacuations alvines, des

DU VERT-DE-GRIS

sueurs abondantes , etc. Le pouls est petit , inégal et très fréquent. Ordinairement les malades se rétablissent , s’ils ont été convenablement secourus , parce que les aliments ne renferment qu’une petite quantité d’oxyde de cuivre ; il en serait autrement si la dose de préparation cuivreuse ingérée avait été trop forte. Dans tous les cas, les symptômes qui persistent le plus sont les douleurs à l’épigastre et les coliques.

Lésions de tissu produites par le vert-de-gris.

Le siège de ces lésions est principalement dans le canal digestif. Lorsque la mort arrive quelques heures après que l’on a pris le poison, on trouve la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins enflammée : quelquefois l’inflammation se communique à toutes les tuniques de ces viscères , et il se forme des escarres qui se détachent promptement , et laissent des trous à travers lesquels les matières sortent et s’épanchent dans la cavité de l’abdomen.

Les observations 7e et 8e, rapportées par Portai, offrent des exemples des perforations dont je viens de parler. Laporte, chirurgien de Paris , a vu un homme tué en quelques heures par une boule de cire chargée de vert-de-gris qu’il avala par mégarde : son estomac offrit une escarre très considérable (1).

Conclusions. — Il résulte de ces faits :

1° Que l’acétate de cuivre et le vert-de-gris, introduits dans l’estomac ou appliqués sur le tissu cellulaire sous-cutané des chiens vivants , sont absorbés et portés dans tous les organes de l’économie animale ;

2° Qu’il en est probablement de même pour l’homme ;

3° Qu’il est possible , à l’aide de certains procédés chimiques , de retirer le cuivre métallique de la portion de ces sels cuivreux qui a été absorbée ;

5° Que l’acétate de cuivre exerce une action plus énergique que le vert-de-gris ;

5° Que la mort occasionnée par ces sels dépend en partie de l’inflammation qu’ils développent dans les tissus du canal digestif, mais qu’elle est surtout le résultat de leur absorption et de leur action sur le système nerveux, et peut-être aussi sur les organes de la circulation et de la respiration.

(1) Encyclopédie méthodique , Médecine, tom. v, première partie, p. 247.

DES POISONS IRRITANTS

Traitement de l’empoisonnement par le vert-de-gris.

Existe-t-il quelque contre-poison du vert-de-gris?

Sulfures. — Navier, dans son ouvrage sur les contre-poisons, préconise les polysulfures de potassium, de calcium et de fer, comme devant décomposer et transformer le vert-de-gris en sulfure de cuivre insoluble. Drouard a tenté des expériences dont les résultats infirment l’assertion de Navier.

« Trop irritants par eux-mêmes , ces sulfures ajoutent aux dangers que l’on veut combattre, et quoiqu’ils produisent en effet la décomposition qu’on en attendait, le précipité conserve encore assez de propriétés vénéneuses pour produire les accidents les plus fâcheux , et même la mort (1). »

Expérience i,e. — Drouard injecta dans l’estomac d’un chien assez fort, qui venait d’avaler 75 centigrammes de vert-de-gris, 120 grammes de dissolution de sulfure de potassium ; au bout d’un quart d’heure , l’animal fit des efforts pour vomir, et rendit quelques mucosités brunâtres : il mourut trente heures après. La membrane muqueuse de l’estomac était violemment enflammée dans certains points, et presque gangrenée dans d’autres.

Expérience ne. — La même dose de sulfure de potassium fut injectée dans l’estomac d’un chien auquel on avait fait prendre , peu d’instants auparavant, la même quantité de vert-de-gris mêlé avec des aliments; l’animal fit également des efforts pour vomir; il évacua une matière liquide, noire et mêlée de vert, et périt trente-quatre heures après l’ingestion du poison. A l’ouverture du cadavre on trouva l’estomac et le duodénum enflammés ; les intestins grêles offraient des ecchymoses.

Expérience iii®. — Soixante-quinze centigrammes de vert-de-gris furent traités par l’eau ; le liquide résultant , mêlé avec une dissolution de sulfure de potassium , fut injecté dans l’estomac d’un chien assez fort. Mêmes efforts pour vomir, et mort dans le même espace de temps.

Expérience iv*. — Les autres sulfures alcalins fournirent des résultats analogues.

Alcalis. — Ils ne peuvent pas non plus être considérés comme des moyens capables de neutraliser l’action du vert-de-gris sur l’économie animale ; ils jouissent , à la vérité , de la faculté de décomposer ce sel ; mais l’oxyde de cuivre qui provient de cette décomposition est doué des propriétés délétères les plus énergiques. Tous les animaux auxquels j’ai fait prendre ces alcalis mêlés avec le vert-de-gris sont morts dans un espace de temps très court.

(1) Drouard, ouvrage cité, p. 50.

DU VERT-DE-GRIS

Infusion de noix de galle. — Celte infusion, conseillée parChansarel dans l'empoisonnement par le vert-de-gris , n’offre aucun des avantages des antidotes.

Sucre. — On a cru pendant long-temps que le sucre était le contrepoison du vert-de-gris. Marcelin Duval, après avoir rapproché plusieurs faits, conclut « que le sucre et ses préparations sont spécifiques du vert-de-gris. » Je vais faire connaître les principaux faits qui l’ont porté à tirer cette conclusion.

1° Gallet, ex-pharmacien en chef des armées, fut empoisonné par le vert-de-gris; il eut des vomissements, des coliques et d’autres symptômes fâcheux. L’eau sucrée et le sucre solide, pris en grande quantité, firent cesser les accidents. Le lendemain, il eut vingt-deux selles, et il fut complètement guéri.

2° Duval introduisit dans l’estomac d’un chien , à l’aide d’une sonde de gomme élastique, une dissolution de 16 grammes d’oxyde de cuivre dans l’acide acétique. Quelques minutes après, il fit une injection de 128 grammes d’eau saturée de sucre; il la répéta à chaque demi-heure , et il employa ainsi 38Zi grammes de sirop commun : l’animal éprouva des frissons et quelques mouvements convulsifs. La dernière injection fut suivie d’un calme parfait; il s’endormit, et ne donna depuis aucun signe d’incommodité.

3° D***, canonnier d’artillerie de marine, commit quelque faute qui le porta à préférer le suicide à la peine que lui réservaient les lois militaires. Le 5 ventôse an xn , â quatre heures après midi, il avala d’un seul trait Zi8 grammes d’oxyde de cuivre acéteux dans 128 grammes d’eau. Il ressentit, quelques instants après, une douleur vive et déchirante à l’épigastre. Il était très agité, et se refusait opiniâtrément à tout secours. Ses chefs le firent transporter à l’hospice principal. D*** délirait, eut des faiblesses et des convulsions; les membres et le tronc se roidissaient, les mâchoires étaient serrées; tout annonçait le danger le plus imminent. Duret lui fit prendre un verre d’eau sucrée : des vomissements succédèrent ; les matières rendues étaient saturées de vert-de-gris. On continua la même boisson sous forme sirupeuse, pour ne pas surcharger l’estomac. Une heure s’était à peine écoulée depuis l’emploi commencé de ce moyen, que la scène changea de face. Tous les spectateurs, qui désespéraient de ce jeune homme, virent les symptômes les plus alarmants s’éclipser peu à peu. Trois heures après, il ne se plaignait plus que d’une soif ardente, d’une certaine gène dans la déglutition, et de quelques coliques ; le pouls était développé. Même boisson pendant la nuit. Le lendemain, symptômes d’une fièvre angioténique : le pouls fréquent, dur; tension douloureuse de l’abdomen, constipation opiniâtre. Les prescriptions du jour furent la même boisson sucrée ; des lavements émollients. Le surlendemain, léger météorisme du ventre, céphalalgie , esquinancie pharyngienne, dureté du pouls, chaleur à la peau. Aux prescriptions de la veille , on ajouta une saignée. Le troisième jour, ces-

DES POISONS IRRITANTS

sation des accidents. Il y eut une détente générale, sueurs, selles et urines copieuses. La convalescence fut courte et heureuse.

Le 21 frimaire an xii, on servit, à l’état-major de la goélette la Fine , un potage au riz fait dans une casserole de cuivre mal étamée , et qu’on y avait laissé pendant quelques heures. Bientôt deux officiers se plaignirent de douleurs déchirantes au creux de l’estomac, de coliques intestinales, et eurent des vomissements violents, accidents qui s’évanouirent par l’usage du sucre et de l’eau sucrée. L’officier de santé et l’agent comptable éprouvèrent des coliques atroces. Ils burent du sirop, et ne tardèrent pas à ressentir un calme parfait. Ils eurent une grande quantité de selles (1).

Il m’a semblé utile de tenter quelques expériences pour déterminer si les avantages obtenus avec l’eau sucrée dépendaient du sucre ou du liquide dans lequel il est dissous.

Expérience irc. — J’ai donné à un gros chien 75 centigrammes de verdet pulvérisé et incorporé dans de la mie de pain ; deux minutes après, je lui ai fait prendre 6/j grammes de sucre blanc en poudre : au bout d’un quart d’heure, l’animal a poussé des cris plaintifs, qui ont cessé de suite , mais qui ont recommencé au bout de huit minutes. Quelques heures après, l’animal paraissait fort bien portant. Le lendemain, il , était très gai et très agile, et s’est échappé sans qu’on ait pu le saisir.

Expérience ne. — J’ai fait avaler à un autre chien assez robuste 60 centigrammes de verdet pulvérisé, et immédiatement après, je lui ai donné 6/t grammes de cassonade : au bout de dix minutes, vomissements de mucosités vertes et blanches peu abondantes, cris plaintifs, nouveaux vomissements de matières vertes, mouvements convulsifs de tous les muscles, sauts brusques, selles verdâtres, grands efforts pour vomir , mais sans succès. Vingt-quatre heures après , l’animal était très bien portant, et s’est échappé comme l’autre.

Expérience iiic. — J’ai fait manger à un chien 6Zt grammes de foie dans lequel j’avais mis 1 gramme 25 centigrammes de vert-de-gris parfaitement pulvérisé ; immédiatement après, je lui ai fait prendre 192 grammes de cassonade en poudre : l’animal n’a donné, pendant les deux premières heures, aucun signe de douleur ; mais tout-à-coup il a été pris de vomissements de matières vertes, assez abondantes, rendues sans efforts; ces vomissements ont cessé au bout de dix minutes ; l’animal s’est couché, il a eu deux selles, et le lendemain matin , il était 'presque rétabli. Deux jours après, j’ai commencé à le nourrir avec du lait, et il a été parfaitement guéri dans l’espace de six jours.

Expérience iv°. — Un quatrième chien de tailie moyenne, et déjà affaibli par une autre expérience , a pris 75 centigrammes de verdet : immédiatement après , je lui ai fait avaler 6Zi grammes de cassonade en pondre : vomissement de matières jaunâtres, cris plaintifs ; et au bout de

(I Marcelin Duval, ouvrage cité, p. 3>.

DU VERT-DE-GRIS. 629

vingt minutes, nouveaux vomissements de matières épaisses, couleur de verdet. Le lendemain, l’animal était en bonne santé.

Expérience vc. — Soixante-quinze centigrammes de vert-de-gris furent traités par l’eau bouillante, et mêlés avec 192 grammes d’eau chargée de sucre : on introduisit le mélange dans l’estomac d’un chien , et on lia l’œsophage. L’animal éprouva tous les symptômes de l’empoisonnement , et périt au bout de neuf heures. Le canal digestif offrit une inflammation étendue, en tout semblable à celle qu’aurait produite le vert-de-gris s’il eût été administré seul. On fit l’analyse du liquide contenu dans l’estomac , et on s’assura que le sel de cuivre n’avait pas été décomposé; car il précipitait abondamment en noir par l’acide sulfhydrique , et en brunmarron par le cyanure jaune de potassium et de fer. Cette expérience fut répétée six fois , et offrit les mêmes résultats.

Expérience vie. — On fit manger à un chien robuste 250 grammes de sucre brut (cassonade) ; immédiatement après, on introduisit dans l’estomac 75 centigrammes de verdet dissous dans 128 grammes d’eau fortement sucrée : l’œsophage fut lié. Une heure après , l’animal éprouvait déjà les symptômes de l’empoisonnement ; on lui fit prendre 192 grammes de sucre dissous dans l’eau : les symptômes acquirent plus d’intensité, et la mort eut lieu deux heures après l’ingestion de la substance vénéneuse. L’estomac et le rectum étaient fortement enflammés ; et le sel cuivreux n’avait pas été décomposé. Cette expérience fut répétée cinq fois, et fournit des résultats analogues.

Expérience vu6. — Convaincu par les faits qui précèdent que le sucre pouvait être regardé comme l’antidote du vert-de-gris , on voulut savoir si son administration ne serait pas utile pour calmer l’irritation produite par ce sel : à cet effet, on fit prendre à plusieurs animaux depuis ZiO jusqu’à 60 centigrammes de vert-de-gris, et on leur laissa la faculté de vomir : quelques uns d’entre eux furent négligés et périrent. On donna à d’autres une grande quantité de sucre et d’eau sucrée divisée en plusieurs doses souvent réitérées, et on en obtint de très bons effets.

Il résulte de ces expériences :

1° Que le sucre ne décompose pas, au moins complètement, le vertde-gris qui a été introduit dans l’estomac, qu’il ne l’empêche pas d’agir comme toxique , et par conséquent qu’il n’est pas son contre-poison ;

2° Qu’il est utile pour calmer l’irritation développée par ce poison, lorsque celui-ci a été préalablement expulsé par le vomissement;

3° Que les différents cas de guérison de cet empoisonnement qui ont fait donner au sucre le titre de spécifique, s’expliquent naturellement, en faisant attention que le vert-de-gris avait été vomi , ou qu’il avait été pris en très petite quantité.

Albumine. — Les avantages réels que l'albumine m’avait offerts pour s’opposer aux effets du sublimé corrosif , et la grande facilité avec laquelle celle substance animale se combine avec le vert-de-gris, même

DES POISONS IRRITANTS

à la température ordinaire , m’engagèrent à tenter de nouvelles expériences , qui furent suivies du plus grand succès.

Expérience viiT. — On détacha et perça d’un trou l’œsophage d’un chien robuste et de moyenne taille ; on introduisit dans l’estomac 2 grammes de vert-de-gris dissous dans 90 grammes d’eau bouillante et mêlés à 6 blancs d’œufs parfaitement délayés dans 2/i0 grammes d’eau : l’œsophage fut lié. Au bout de cinq heures , l’animal eut plusieurs selles muqueuses , mêlées d’une matière d’un blanc verdâtre , que l’on reconnut être le précipité formé par l’albumine et par le sel métallique. Au bout de cinq heures, nouvelles selles. Cinq jours après l’opération, l’animal n’avait éprouvé aucun phénomène remarquable; il était un peu abattu. L’abattement augmenta les deux jours suivants , et la mort eut lieu le septième jour. A l’ouverture du cadavre faite le lendemain, il fut impossible de découvrir la moindre trace d’altération dans le canal digestif. Cette expérience, répétée huit fois avec des doses de vert-de-gris qui variaient depuis i gramme et demi jusqu’à 2 grammes, fournit constamment les mêmes résultats. Il en fut de même lorsqu’on introduisit d’abord la dissolution métallique, et, une ou deux minutes après, celle d’albumine : dans ce cas , les animaux firent des efforts pour vomir. Il est évident que cette dose de vert-de-gris administrée seule aurait dû déterminer la mort au bout d’une ou deux heures, et que l’estomac se serait trouvé fortement enflammé : d’où Ton doit conclure que le vert-de-gris s’est combiné avec l’albumine , et que le blanc d’œuf est un de ses contre-poisons.

M. le docteur Postel n’adopte pas ces conclusions ; il commence par établir qu’il a été prouvé par M. Girardin , de Rouen , « que le » sucre décompose le verdet et le vert-de-gris, non seulement à la « température de l’ébullition, mais encore à la température de 30° « centigr. ; que cette décomposition est plus ou moins rapide , selon » la concentration des liquides , et que dans l’un ou l’autre cas les » sels sont réduits à l’état de protoxyde. » Il rapporte ensuite quelques expériences qu’il a tentées sur les animaux vivants, et qui lui font croire que le sucre exerce une action analogue dans l’estomac , puisque les animaux auxquels on l’administre résistent un laps de temps beaucoup plus considérable que dans les cas contraires, et que les altérations observées après la mort sont loin d’être en rapport avec celles que l’on trouve ordinairement après les empoisonnements causés par les préparations cuivreuses. En conséquence , il range le sucre parmi les antidotes du vert-de-gris et du verdet. f Thèse soutenue à la Faculté de Médecine de Paris, le 25 août 1832. )

Il est aisé de voir que le travail de M. Postel est insuffisant pour justifier une pareille conclusion. En elfet, dans une première série d’expériences, trois chiens sont empoisonnés par h grammes de vertde-gris, et on leur laisse la faculté de vomir; ils vomissent une fois

DU VERT-DE-GRIS

peu de temps après l’ingestion du poison ; on leur donne une grande quantité d’eau saturée de cassonade, et ils ont encore quelques vomissements et quelques selles. Deux de ces animaux se rétablirent, et le troisième succomba . L’estomac de ce dernier était fortement enflammé , et présentait quelques légères ulcérations. Il est à regretter que M. Postel n’ait pas porté son attention sur la nature du composé cuivreux qui pouvait rester dans le canal digestif de cet animal. Le vert-de-gris avait-il été décomposé et transformé en protoxyde de cuivre ? Le silence que garde l’auteur à cet égard tend à faire croire qu’il n’en est rien, car il aurait été frappé par la présence d’une poudre rougeâtre dans l’estomac ou dans les intestins.

Sur trois animaux empoisonnés de même et traités par l’eau albumineuse, deux périrent après avoir vomi, et l’autre fut guéri. L’estomac de ceux qui succombèrent était enflammé et ulcéré. M. Postel a conclu de là que le terme moyen de ia mortalité pour les chiens auxquels on administre du sucre est d’un tiers , et de ceux auxquels on donne de l’albumine de deux tiers. Mais, indépendamment de ce que les essais n’ont pas été assez multipliés pour autoriser une pareille conclusion , comment ne s’est-on pas inquiété de savoir combien de fois chacun de ces chiens avait vomi, combien ils avaient eu de selles, et surtout à quelle époque ces évacuations avaient eu lieu? N’est-il pas évident que si les deux chiens traités par F albumine ont eu des évacuations moins fréquentes et plus tardives que ceux qui avaient pris du sucre, les résultats signalés ne signifient plus rien ?

Dans une autre série d’expériences , après avoir empoisonné des chiens avec 1 gramme 60 centigrammes de verdet cristallisé dissous dans 60 grammes d’eau , M. Postel leur a donné de la cassonade délayée dans l’eau ou de l’albumine (blanc d’oeuf); puis il a lié l’œsophage. Les animaux traités par le sucre ont eu deux selles faiblement colorées en bleu, et sont morts au bout de trois heures. L’œsophage présente les symptômes de Y inflammation la plus violente ; l’estomac , légèrement phlogosé , contient une assez grande quantité de liquide d’une teinte verte. Ici on ne dit pas encore que l’on ait trouvé du protoxyde de cuivre rouge dans le canal digestif. Les chiens traités par l’albumine ont quelques selles moins colorées en bleu que celles des animaux auxquels on avait administré du sucre ; ils ne meurent qu’au bout de cinq heures. L’œsophage, ainsi que le grand cul-de-sac de l’estomac, sont rouges et fortement enflammés. On voit évidem-

comme antidote, et qu’il a un désavantage marqué sur l’albumine. Or, pour quiconque s’est livré à des travaux de ce genre, il restera démontré que les résultats sur les propriétés neutralisantes des corps

DES P0IS01NS IRRITANTS

médicamenteux n’ont de valeur qu’autant que l’on empêche les animaux de vomir. ( Ibid. , p. lû et suivantes. )

J’ai cru devoir tenter de nouvelles recherches pour être à même de mieux juger les assertions émises par M. Postel , quoique je fusse convaincu d’avance que les résultats annoncés par lui n’avaient aucune portée.

Expérience ixe. — J’ai plusieurs fois administré à des chiens à jeun, à l’aide d’une sonde de gomme élastique, 50 ou 60 centigrammes d’acétate de cuivre dissous dans 80 grammes d’eau et mélangés avec 250 grammes d’eau sucrée tellement chargée de sucre qu’elle ressemblait à du sirop légèrement étendu d’eau ; immédiatement après j’ai lié rœsopliage sans le percer : les animaux ont fait des efforts pour vomir et ont eu quelquefois des selles, comme s’ils eussent pris de l’acétate de cuivre sans addition de sucre. Six ou sept heures après l’empoisonnement , j’ai délié l’œsophage, afin de laisser aux chiens la faculté de vomir et de boire; quelquefois il y a eu des vomissements, mais constamment les animaux sont morts douze, quinze ou seize heures après l’ingestion du sel cuivreux. En examinant aussi attentivement que possible l’intérieur du canal digestif, j’ai reconnu que Y estomac, ainsi cpie le duodénum , la fin de Viléurn et du rectum étaient enflammés ; que la phlogose était intense dans l’estomac , et qu’il n’existait sur la surface du canal digestif aucune trace de protoxyde de cuivre visible à l’œil nu; j’ai voulu savoir si par hasard les mucosités qui tapissaient ce canal n’auraient pas été intimement mêlées avec ce protoxyde, cpii y aurait été comme suspendu ; j’ai en conséquence lavé à plusieurs reprises, avec de l’eau distillée, l’intérieur de tout le tube digestif, et j’ai placé le liquide mucoso-sanguinolent et trouble dans un grand vase de verre ; le lendemain j’ai décanté et filtré le liquide, et après avoir bien lavé le dépôt, je me suis assuré qu’il ne contenait aucune parcelle de protoxyde de cuivre. La liqueur filtrée, de couleur rosée, évaporée jusqu’à siccité , a donné un produit que j’ai carbonisé par l’acide azotique pur et concentré ; le charbon traité par l’eau régale bouillante a fourni un liquide que j’ai chauffé presque jusqu’à ce qu’il fût desséché; en versant de l’eau sur le produit et en filtrant, j’ai obtenu une liqueur contenant une proportion variable , mais en général faible , d’acétate de cuivre.

Expérience xe. — Dans d’autres expériences, au lieu d’administrer 50 centigrammes d’acétate de cuivre, je n’en donnais que ô0 dissous dans 80 grammes d’eau et mêlés avec 300 grammes d’eau saturée de sucre, tenant en outre beaucoup de sucre en suspension; du reste les expériences étaient faites de la même manière. Les animaux succombaient tous au bout de quinze ou de dix-liuit heures, avant que l’œsophage eût été délié. A l’ouverture des cadavres, je trouvais l’estomac fortement enflammé, et je n’apercevais aucune trace de protoxyde de cuivre , ni au milieu des matières alimentaires contenues dans le canal digestif, ni à la surface interne de celui-ci.

DU VERT-DE-GRIS

Expérience xP. — En même temps que j’administrais à des chiens de l’acétate de cuivre mêlé à une énorme proportion de sucre, j’injectais dans l’estomac d’autres chiens, en général plus faibles que les précédents, 50 ou 75 centigrammes d’acétate de cuivre dissous dans 80 grammes d’eau ; puis immédiatement après j’introduisais dans l’estomac, toujours à l’aide de la soude, quatre blancs d’œufs délayés dans 250 grammes d’eau ; aussitôt après l’œsophage était lié sans le percer. Les animaux ne faisaient pas, ni à beaucoup près, autant d’efforts pour vomir que ceux qui avaient pris du sucre, et ils avaient des selles moins nombreuses. Six, douze ou seize heures après l’empoisonnement, je déliais l’œsophage , et la mort ne survenait en général que quatre, cinq ou six jours après l’empoisonnement. Quelquefois même les animaux ne périssaient pas. V estomac était à peine enflammé, elles intestins dans l’état naturel.

En présence de pareils laits et de ceux que j’avais déjà publiés dans les précédentes éditions, on est vraiment étonné que M. Postel ait pu avancer que le sucre est le contre-poison des sels de cuivre, et qu’il faut le préférer à l’albumine dans le traitement de l’empoisonnement par ces sels ! ! !

Cyanure jaune cle potassium et de fer.-— Expérience xne. — J’ai aussi fait des expériences avec ce sel, qui jouit de la propriété de décomposer surle-champ les préparations cuivreuses : les résultats ont été les mêmes qu’avec l’albumine ; mais comme ce cyanure n’est pas à la portée de tout le monde , et qu’il pourrait occasionner des vertiges étant administré à forte dose , je conseille de préférence le blanc d’œuf délayé dans l’eau.

Le premier soin du médecin appelé pour secourir les individus empoisonnés depuis peu de temps par le vert-de-gris ou par tout autre sel cuivreux soluble , est de chercher à neutraliser Je poison par l’albumine dissoute dans l’eau, administrée à plusieurs reprises et en assez grande quantité ; par ce moyen , l’action délétère du poison se trouve énervée et l’estomac rempli de liquide, circonstance qui favorise beaucoup le vomissement (1) . Si cependant on ne peut se procurer facilement de l’albumine , il faut gorger les malades d’eau tiède et même cl’eau froide , ou bien de décoctions émollientes, de bouillon et de tous les liquides adoucissants; il faut en même temps titiller la luette avec les doigts ou avec une plume. Si , malgré l’emploi de ces moyens, le vomissement n’a pas lieu, on peut avoir recours à l’eau éinétisée, pourvu que les douleurs d’estomac ne soient pas très violentes; car, dans ce cas, il serait imprudent d’introduire dans ce viscère des médicaments irritants. Jeanrov a employé le tartre stibic

(l) Tous les sels cuivreux solubles se combinent avec l’albumine.

DES POISONS IRRITANTS

avec succès chez les individus qui font le sujet de l’observation 3e, page 620.

La sonde de gomme élastique de Renault et Dupuytren devra être mise en usage dans le cas où le vomissement ne serait pas provoqué par l’emploi des substances que je viens d’indiquer. ( Voy. la description de cet instrument , page 1 6. )

Le vinaigre , dit-on , a été quelquefois utile en favorisant le vomissement; l’observation 6e, p. 622, rapportée parM. Fabas, semble déposer en sa faveur ; cependant , comme cet acide n’occasionne pas toujours le vomissement, et que, par son séjour dans l’estomac, il augmente l’action vénéneuse du vert-de-gris, je crois qu’il doit être rejeté dans le traitement qui m’occupe (1).

Si le poison a été avalé depuis long-temps , s’il est déjà dans le canal intestinal , si le malade a vomi beaucoup , et qu’il soit en proie à des coliques violentes , il faut s’abstenir de provoquer de nouveau le vomissement, qui serait inutile et même dangereux; les lavements émollients, les boissons adoucissantes, mucilagineuses et huileuses, doivent être mis en usage et continués jusqu’à ce que les principaux accidents soient calmés. L’eau laiteuse doit occuper le premier rang parmi les médicaments de cette espèce , malgré l’opinion de Drouard, qui prétend que l’on doit la rejeter, parce qu’elle se décompose promptement dans l’estomac , et qu’elle forme un coagulum solide et irritant. On conçoit difficilement que cette masse acquière assez de dureté pour agir comme irritant, et qu’ellp ne puisse pas être dissoute par les sucs de l’estomac.

Les sangsues , la saignée , les bains , les demi-bains , les fomentations émollientes , etc. , tels sont les moyens auxquels le praticien doit avoir recours dans le cas où l’inflammation des viscères abdominaux se serait développée. Les narcotiques et les antispasmodiques doivent être employés pour remédier aux différents symptômes nerveux , tels que le spasme et les convulsions.

Recherches médico-légales.

De V acétate de enivre neutre (cristaux de Vénus, verdet cristal-

(i) En effet, le vinaigre transforme le vert-de-gris en acétate de enivre soluble dont l’action délétère est très énergique, 'fous les animaux auxquels Drouard a fait prendre du vinaigre après leur avoir donné du vert-de-gris, sont morts dans un espace de temps très court, et à l’ouverture on a trouvé leur estomac contracté et enduit d’une couche visqueuse verdâtre; la membrane muqueuse était d’un rouge brun.

DU YEUT-DE-UMS.

lisé). — L’acétate de cuivre cristallise en rhomboïdes d’un vert foncé, d’une saveur styptique; il est efllorescent et soluble dans l’eau. Si, après l’avoir pulvérisé , on le traite par l’acide sulfurique concentré et quelques gouttes d’eau , il répand une forte odeur de vinaigre ( acide acétique) et laisse du sulfate de cuivre ; si on le chauffe dans un petit tube de verre , il décrépite , se décompose et fournit , entre autres produits volatils , de l’acide acétique ; il reste du cuivre métallique au fond du tube.

Dissolution aqueuse concentrée. — Elle est bleue, et précipite en brun noirâtre par l’acide suif hydrique (sulfure de cuivre) , en bleu par la potasse et la soude (bi-oxyde hydraté) , en vert par l’arsénite de potasse (arsénite de cuivre), et en rouge brun par le cyanure jaune de potassium et de fer (cyanure de cuivre et de fer) ; une lame de fer bien décapée plongée dans cette dissolution se recouvre à l’instant meme d’une couche de cuivre, si l’on a ajouté préalablement quelques gouttes d’acide chlorhydrique. On en dégage de l’acide acétique , en la traitant par l’acide sulfurique concentré.

Dissolution très étendue incolore ou presque incolore. — L’ammoniaque la bleuit et forme de l’acétate ammoniaco-cuivreux ; le cyanure jaune de potassium et de fer la rougit ; la lame de fer en sépare du cuivre, si la liqueur a été légèrement acidulée. Désirant connaître jusqu’à quel point cette lame et le cyanure étaient sensibles pour déceler les plus minimes quantités de cette dissolution , j’ai préparé une liqueur avec 50 gram. d’eau et un seizième de goutte d’une dissolution concentrée d’acétate de cuivre ; cette liqueur a été partagée en deux parties égales A et B. La moitié A s’est à peine colorée en rose pâle par le cyanure de potassium et n’a donné aucun précipité, même au bout de vingt-quatre heures ; alors je l’ai évaporée jusqu’à siccité et j’ai obtenu un résidu à peine visible, dont la couleur grise claire tirant un peu au rose excessivement pâle, 11e permettait pas même de soupçonner qu’il contînt du cyanure de cuivre et de fer. La portion B , réduite par l’évaporation à 1 gramme environ , a été acidulée par une goutte d’acide chlorhydrique ; on y a plongé une lame de fer parfaitement décapée , et au bout de vingt-quatre heures , il y avait du cuivre déposé sur cette lame. La lame de fer doit donc être préférée au cyanure de potassium , d’abord parce qu’elle sépare le cuivre , tandis que le cyanure ne donne qu’une coloration rouge ou rosée que l’on pourrait confondre avec des nuances analogues fournies par d’autres réactions, et ensuite parce qu’elle est au moins aussi sensible que le cyanure; et si M. Oevergie dit que le fer s’arrête à une liqueur au 6000e quand le cyanure peut déceler un 80000e, c’est qu’il n’a pas bien opéré; s’il eût concentré la dissolution cuivreuse, il aurait vu

DES POISONS IRRITANTS

qu’au bout de quelques heures la lame de fer se recouvrait de cuivre, là où il n’en a pas aperçu.

Si l’on veut découvrir les plus légères traces de cuivre' dissous, ou suspendra, à l’aide d’un cheveu, la moitié d’une aiguille fine au milieu du liquide préalablement acidulé par l’acide chlorhydrique (6 gouttes d’acide pur pour 250 grammes de liquide ) ; en abandonnant cet appareil sous une cloche pendant deux ou trois jours , l’aiguille se recouvre de cuivre. La sensibilité de cet agent est telle, que l’on décèle du cuivre dans du vin , du cidre , de la mélasse , etc. , quoique ces matières ne soient pas nuisibles à la santé, et alors qu’aucun autre réactif ne peut démontrer la présence du métal. M. Boutigny s’est demandé à cette occasion quelle était la quantité de cuivre qu’il fallait trouver dans une analyse médico-légale pour déclarer qu’il y a eu empoisonnement. J’examinerai cette question en pariant du cuivre normal.

Il importe, lorsqu’on cherche à déceler des atomes d’un sel cuivreux, de ne plonger la lame de fer ou l’aiguille que dans des liqueurs peu acides, et il est préférable d’aciduier ces liqueurs avec l’acide chlorhydrique. L’expérience suivante ne Laisse aucun doute à cet égard. J’ai versé six gouttes d’une dissolution concentrée d’acétate de cuivre dans

48 grammes d’eau ; le mélange , partagé en six parties égales, a été placé dans six verres ; chacun des liquides a été acidulé : le n° i par une goutte d’acide sulfurique, le n° 2 par quatre gouttes, le n° 3 par huit , le n° h par douze, le n° 5 par vingt gouttes du même acide, le n° 6 par soixante gouttes d’acide chlorhydrique. Six lames de fer parfaitement décapées , plongées dans les six liqueurs, n’ont pas tardé à se recouvrir de cuivre rouge. Partout où l’acide était en proportion sensible, il se dégageait du gaz hydrogène ; ce dégagement était assez rapide dans la liqueur n° 5. Au bout de trois ou quatre heures, on voyait au fond des liqueurs les plus acides du cuivre en limaille, et alors la lame de fer noircissait en se recouvrant d’oxyde noir de fer. Le lendemain , la lame plongée dans la liqueur n° 5 était noire et fortement corrodée; dans les n'jS 1, 2,3 et 4, on apercevait encore çà et là quelques portions rougeâtres entourées d’oxyde noir de fer. La lame mise en contact avec l’acide chlorhydrique était la seule qui fût recouverte dans presque toute son étendue d’une couche de cuivre rouge, quoique déjà elle offrît çà et là quelques points noirs.

La dissolution très étendue d’acétate de cuivre ne dégage point d’acide acétique par l’acide sulfurique , et si l’on évapore la dissolution pour la concentrer, une partie de l’acide acétique se dégage; en sorte qu’il est difficile de constater la présence de l’acide qui constitue ce sel , à moins que l’on n’opère sur le sous-acétate de cuivre qui se produit pendant l’évaporation.

DU VERT-DE-GRIS. 637

Acétate de cuivre mêlé à des matières organiques. — ( Voy. 'vertde-gris artificiel. )

Vert-de-gris artificiel. - — Il est composé d’acétate de cuivre neutre et de bi-oxyde de cuivre ; on peut donc le considérer comme un sousacétate de cuivre. Il contient en outre, à l’état de mélange, du cuivre métallique , des rafles de raisin et d’autres corps étrangers.

Vert-de-gris solide. — Il est vert bleuâtre, composé d’une multitude de petits cristaux soyeux et argentins. Chauffé dans un petit tube de verre, il donne du cuivre métallique fixe et tous les produits que fournissent les matières végétales traitées par la chaleur. L’acide sulfurique concentré le décompose avec effervescence, et en dégage des vapeurs d’acide acétique reconnaissable à son odeur. L’eau bouillante ne le dissout qu’en partie. La dissolution renferme de l’acétate de bi-oxyde de cuivre, tandis que le résidu, d’un brun plus ou moins foncé, contient les autres principes du vert-de-gris.

Caractères de la dissolution concentrée et affaiblie. — Ils sont les mêmes que ceux de l’acétate de cuivre. ( Voy. p. 635 .)

Résidu insoluble dans Veau. — L’acide sulfurique, moyennement étendu, dissout à froid le bi-oxyde de cuivre qu’il renferme, et donne du sulfate de cuivre. Si l’on verse de l’acide azotique sur la portion non dissoute par l’acide sulfurique, le cuivre métallique est attaqué, et l’on obtient de l’azotate de cuivre ; il ne reste alors que les rafles de raisin et les autres impuretés.

Dissolution aqueuse de vert-de-gris (acétate de bi-oxyde de cuivre neutre) mêlée à des liquides alimentaires ou médicamenteux , à la matière des vomissements , ou bien faisant partie des matières trouvées dans le canal digestif. — Le vin, la dissolution de gélatine et le bouillon ne sont pas ordinairement troublés par ce sel, tandis qu’il précipite l’albumine, le thé, et souvent la matière des vomissements. J’ai démontré que le précipité obtenu en coagulant par le feu une dissolution aqueuse d’albumine préalablement mélangée avec un décigramme d’acétate de cuivre , est légèrement soluble dans l’eau bouillante. ( Voy. mon Mémoire sur l’empoisonnement par les sels cuivreux, p. 151. )

S’il s’agit de reconnaître un sel cuivreux dans du vin, on décolore celui-ci en l’agitant pendant deux ou trois minutes avec du charbon animal bien lavé, s’il n’y a point de dépôt; on filtre, et l’on constate la présence du sel dans le liquide filtré, à l’aide des réactifs énoncés à la page 635. Si le vin offrait un dépôt, il faudrait le séparer de celui-ci par le filtre, avant de le décolorer.

Si le liquide, autre que le vin , est transparent et nullement visqueux, on le fera traverser par un courant de gaz acide sülfhvdrique,

DES POISONS IRRITANTS

afin d’obtenir un précipité brun de sulfure de cuivre, qui se déposera au bout d’un temps plus ou moins long , et l’on évitera de l’essayer par d’autres réactifs, ceux-ci pouvant fournir avec l’acétate de cuivre mélangé de matières organiques des précipités autrement colorés que ceux que donnerait le sel non mélangé. Après avoir lavé et desséché le sulfure de cuivre sur un petit filtre , on le fera bouillir avec deux fois son poids d’acide azotique concentré et pur ; lorsque la matière sera réduite à siccité, qu’elle se soit carbonisée ou non, il restera du sulfate de bi-oxyde de cuivre, privé de toute matière organique; en traitant ce résidu par une petite quantité d’eau distillée bouillante, on dissoudra le sulfate de cuivre que l’on reconnaîtra facilement. (Voyez Sulfaté de CUIVRE.)

Si le liquide, transparent ou non, est épais, visqueux et difficile à filtrer, on le fera bouillir pendant une demi-heure , afin de coaguler une portion de matière animale , et lorsqu’il sera refroidi , on le mêlera avec deux fois son volume d’alcool concentré marquant 40 degrés à l’aréomètre; on laissera déposer et on filtrera.

Au lieu d’essayer la liqueur filtrée par les réactifs des sels de cuivre, on la fera traverser par un courant de gaz acide suif hydrique. S’il se forme un dépôt brun au bout d’un certain temps , on le traitera par l’acide azotique concentré , comme il vient d’être dit, pour savoir s’il est composé de soufre et de cuivre.

En agissant ainsi, on ne court aucun risque de confondre le cuivre qui proviendrait d’un empoisonnement avec celui qui peut exister naturellement dans le vin et dans d’autres liquides qui n’ont pas séjourné dans .des vases de cuivre et qui auraient été pris comme aliments , parce que la proportion de ce dernier dans ces liquides alimentaires est tellement faible que l’acide sulfhydrique ne peut pas le précipiter.

ïl n’en serait pas de même si, pour démontrer la présence du cuivre dans la liqueur, il fallait recourir à l’aiguille dont j’ai parlé à la page 636. Dans ce cas, l’expert se conduirait comme je le dirai en parlant du cuivre normal (voy. p. 643). C’est à tort qu’à l’occasion de ce problème M. Devergie dit « qu’il y a lieu de se mettre à l’abri » de toute supposition relative au cuivre naturellement contenu dans » le corps de i homme . » ( Méd . lég., I. m , p. 527.) Évidemment ce cuivre, que l’on ne parvient à extraire des tissus du canal digestif qu’à l’aide d’agents énergiques , ne peut se trouver dans la matière des vomissements ni dans celles que l’on recueille dans la cavité de ce canal.

Quant aux dépôts qui occupent le fond des liquides, et aux précipités obtenus par l’action de la chaleur et de l’alcool sur ces liquides,

DU VERT-DE-GRIS

on les fera bouillir pendant une heure ou deux avec de l’eau distillée, et l’on examinera la liqueur comme je vais le dire en parlant du cuivre qui a été absorbé. On verra par les expériences que j’ai tentées combien on s’exposerait à des mécomptes si l’on agissait sur ces dépôts avec des acides énergiques , ou si on les incinérait après les avoir carbonisés.

Vert-de-gris se trouvant à la surface du canal digestif. — Après avoir étendu ce canal , on séparera attentivement, à l’aide d’un canif, toutes les particules verdâtres ou bleuâtres qui pourraient se trouver à sa surface , ainsi que le mucus qui serait mélangé avec le vertde-gris ; les tissus seront alors lavés pendant dix à douze minutes avec de l’eau distillée froide, afin de détacher ce qui pourrait rester de vert-de-gris sur l’estomac et sur les intestins. Cette eau de lavage sera réunie au premier liquide , et traitée comme il a été dit à la page 637.

Acétate de cuivre absorbé et contenu dans le canal digestif , dans le foie , la rate et les reins. — Les cadavres ne devant être ouverts au plus tôt que vingt-quatre heures après la mort, et l’expérience m’ayant démontré que ce temps suffit pour qu’une certaine quantité d’acétate de cuivre soit portée, par l’effet de l’imbibition cadavérique, jusqu’à la surface du foie, de la rate et des reins, on devra couper l’un de ces organes en petits fragments, et surtout le foie, et le laisser pendant une heure ou deux dans de l’eau distillée froide , qui dissoudra la totalité du sel cuivreux imbibé et une très petite proportion de celui qui aurait pu être absorbé pendant la vie. A plus forte raison les choses se passeraient-elles comme je l’indique, si l’auptosie cadavérique n’était faite que plusieurs jours après la mort. On filtrera la dissolution aqueuse obtenue, et on l’évaporera jusqu’à siccité dans une capsule de porcelaine ; le produit desséché sera ensuite carbonisé par son poids d’acide azotique concentré et pur, mélangé d’un quinzième de chlorate de potasse cristallisé ( voy. pour le procédé la p. 489 ). On fera bouillir le charbon pendant un quart d’heure avec de l’acide azotique étendu de son volume d’eau ; on filtrera; la liqueur incolore, jaunâtre ou jaune, contenant de l’azotate de cuivre, sera évaporée jusqu’à siccité pour chasser l’excès d’acide; le produit, traité par l’eau distillée bouillante, fournira un solutum , dont on précipitera le cuivre, soit à l’aide d’une lame de fer (voy. p. 636) , soit par l’acide sulfhydrique gazeux (voy. p. 637 ).

Si, à la suite du traitement des viscères par l’eau froide, on n’avait pas obtenu du cuivre , on ferait bouillir ces viscères coupés en petits fragments avec de l’eau distillée pendant une ou deux heures, et l’on agirait sur le décoctum comme il vient d’être dit. Ce décoctum cou-

tiendra du cuivre si les divers organes renfermaient encore une préparation cuivreuse provenant d’un empoisonnement. En effet, je me suis assuré, par des expériences nombreuses, 1° que l’on obtient constamment ces résultats en opérant sur le foie des chiens morts empoisonnés par l’acétate ou le sulfate de cuivre, soit que l’on tente l’analyse immédiatement après la mort ou long- temps après; 2° qu’on ne retire pas, au contraire, un atome du cuivre dit normal en agissant, comme il vient d’être dit, avec l’acide azotique et le chlorate de potasse, sur une dissolution obtenue, soit à froid, soit en faisant bouillir pendant une ou plusieurs heures , avec de l’eau distillée , le foie d’un homme adulte, pourvu que l’on n’ait pas incinéré le charbon avant de le soumettre à l’action de l’acide azotique étendu d’eau ; en sorte qu’il est possible d’affirmer que le métal obtenu n’est pas le cuivre dit normal. Il n’en serait pas ainsi si le charbon eût été incinéré; car alors même que le foie n’aurait été soumis à l’action de l’eau bouillante que pendant une ou deux heures, celle-ci aurait dissous une quantité notable de matière organique, dans laquelle se trouverait nécessairement le cuivre qui fait partie essentielle de cette portion de matière. Tant que le charbon fourni par cette matière n’est pas incinéré , l’acide azotique affaibli avec lequel on agit sur lui n’attaque pas ce cuivre ; il en est tout autrement dès que ce charbon est réduit en cendres.

Je ne prétends pas qu’il suffise d’une ou de deux heures d’ébullition pour dissoudre la totalité de la préparation cuivreuse contenue dans le foie d’un animai empoisonné, puisque, même au bout de six heures d’ébullition , ce viscère n’est pas complètement dépouillé de cette préparation ; je veux seulement établir qu’en agissant comme je conseille de le faire , on dissout une assez grande quantité de ce composé pour mettre son existence hors de doute.

Il est nécessaire d’employer, pour ces expériences, de l’acide azotique distillé sur de l’azotate d’argent , car l’acide du commerce contient souvent du fer et quelquefois du cuivre.

11 faut aussi filtrer les diverses liqueurs avec du papier ne contenant point de cuivre. On sait que le papier gris ordinaire a fourni à M. Hiest Reynaert des quantités assez notables de ce métal, et que le papier joseph lui en a aussi donné des traces, et qu’il a suffi de tremper à chaud deux feuilles de papier gris ordinaire dans de l’acide sulfurique étendu pour que le liquide se comportât avec les divers réactifs comme les sels de cuivre. Évidemment, si l’on eut filtré avec un pareil papier une assez grande masse d’un liquide suspect plus ou moins acide, le liquide aurait pu dissoudre le cuivre du papier, et cela d’autant mieux qu’en général ces sortes de filtrations s’opèrent lentement par suite de la présence de la matière organique , et que le liquide

DU VERT-DE-GRIS

aurait eu le temps d’agir sur le papier. Il importe donc d’essayer attentivement les papiers à filtre lorsqu’on cherche un composé cuivreux, et de les rejeter s’ils contiennent du cuivre , pour recourir au papier Berzélius, et à son défaut au verre pilé ou au sable pur lavé , car le fil et le coton pourraient aussi renfermer du cuivre. Il suffira , pour faire l’essai dont je parle, de filtrer à plusieurs reprises, à travers un même filtre, une liqueur aqueuse assez fortement acidulée par l’acide sulfurique, et beaucoup plus acide que la liqueur suspecte sur laquelle on doit agir ; si la liqueur, après avoir passé plusieurs fois sur le filtre, ne donne aucune trace de cuivre par les réactifs les plus sensibles , on pourra sans inconvénient faire usage du papier.

Si les recherches dont je viens de parler étaient infructueuses pour déceler le cuivre, faudrait-il agir sur les viscères avec des agents plus énergiques que l’eau, comme les acides concentrés, par exemple, ou recourir à l’incinération ? Non , certes , car l’expérience m’a démontré que le foie, la rate, les reins, le canal digestif, les poumons et le cœur d’un adulte, à Y état normal , réunis, épuisés par l’eau bouillante , desséchés et carbonisés par l’acide azotique , donnent une très petite quantité du cuivre normal qu’ils renferment. Quant à l’incinération, on sait qu’elle permet d’extraire la totalité de ce cuivre normal. Dans quel embarras l’expert ne se trouverait-il pas dès lors pour décider si le métal obtenu , que je supposerai en proportion faible , provient d’un empoisonnement ou bien s’il fait partie de celui qui existe naturellement dans nos viscères ! Dira-t-on qu’il serait possible de trancher la question en ayant égard à la quantité de cuivre recueillie? Je ne saurais partager cette opinion. Tout en admettant avec M. Devergie que la proportion de cuivre normal contenu dans les intestins de l’homme et de la femme adultes ne dépasse pas en général 46 milligrammes , il m’est impossible d’adopter avec lui qu’il y ait une certaine importance médico-légale à tenir compte de cette proportion, pour décider à l’aide de l’incinération si le cuivre obtenu est ou non le cuivre normal, parce que , comme il le dit lui-même , les quantités de cuivre normal trouvées dans le petit nombre d’ expériences qu’il a faites sont trop variables pour que l’on puisse considérer le chiffre indiqué comme exact, et surtout parce qu’il peut arriver tous les jours, qu’à la suite d’un empoisonnement par un sel cuivreux, il reste assez peu de ce sel dans les intestins pour qu’en réunissant le poids du cuivre qu’il fournirait à celui qui existe naturellement dans ces viscères, on n’obtînt que 40 à 50 milligrammes. On pourrait tout au plus avoir égard à la proportion de cuivre que donne l’incinération, quand cette proportion dépasserait de beaucoup celle que des expériences ultérieures et plus multipliées auront indiquée comme étant réellement le maximum du cuivre normal. I. 41

DI S POISONS IRRITANTS

Acétate de cuivre dans un cas d’ exhumation juridique. — Expérience, — Le 8 novembre 1826 , on enterra à 1 mètre environ de profondeur une boîte mince de sapin contenant un estomac dans lequel étaient enfermés 65 grammes de vert-de-gris, des morceaux de viande, un blanc d’œuf et de la soupe maigre. L’exhumation de la boîte eut lieu le 7 août 1827. Les matières contenues dans l’estomac étaient vertes ; après les avoir coupées en petits fragments et les avoir fait bouillir dans de l’eau distillée , on vit que la dissolution filtrée ne présentait avec les réactifs aucun des caractères des sels de cuivre; il en était de même de la liqueur obtenue en faisant bouillir l’estomac dans l’eau. L’acide chlorhydrique faible ayant été mis en contact avec toutes les parties vertes, celles-ci devinrent grisâtres et d’un aspect gras; après avoir agité pendant quelques minutes , on filtra : la dissolution chlorhydrique était d’un bleu verdâtre et précipitait en brun marron par le cyanure jaune de potassium et de fer, en noir par l’acide sulfhydrique et en bleu par la potasse et la soude ; l’ammoniaque bleuissait.

D’où il suit, l°que par son séjour avec les matières animales dans la terre, le vert-de-gris se décompose, et que le bi-oxyde de cuivre forme avec le gras des cadavres une sorte de matière savonneuse insoluble dans l’eau; 2° que dans un cas d’empoisonnement de ce genre il serait possible de démontrer la présence de ce bi-oxyde à l’aide de l’acide chlorhydrique, affaibli, sauf ensuite à tenir compte, avant de se prononcer sur l’existence d’un empoisonnement , de toutes les difficultés qui ont été signalées aux pages 638 et 643.

Acétate de cuivre introduit dans le canal digestif après la mort. — Expérience ire. — Un petit chien a été pendu à midi ; immédiatement après, on a introduit dans le rectum environ 4 grammes de vert-de-gris pulvérisé, et on a fait l’ouverture du cadavre quarante-huit heures après. Le canal intestinal offrait son aspect ordinaire , excepté dans les deux derniers travers de doigt placés immédiatement au-dessus de l’anus; l’intérieur de cette portion du rectum contenait tout le poison employé ; les tuniques qui le composent étaient un peu épaissies et d’une couleur bleue verdâtre , en sorte que le vert-de-gris paraissait s’être intimement combiné avec les membranes. Il n’y avait aucune trace d'inflammation ni d’ulcération.

Expérience ne. — A neuf heures du matin, on a introduit dans le rectum d’un carlin bien portant 2 grammes 60 centigrammes de vert-degris pulvérisé ; deux jours après on lui en a remis 1 gramme 50 centigrammes. L’animal est tombé dans l’abattement et a expiré à la fin du huitième jour. Ouverture du cadavre. L’estomac offrait, près du pylore, deux taches noirâtres formées par du sang extravasé dans le cliorion de la membrane muqueuse ; la moitié inférieure du colon et le commencement du rectum présentaient plusieurs plaques rouges de la grandeur de petits pois; le reste du canal digestif était sain , excepté la fin du rcc-

DU VEUT-DE-CdUS.

CM

tum ; on voyait un peu au-dessus de l'anus deux ulcères larges comme des pièces de 50 centimes, à bords épais, relevés, séparés entre eux par une multitude d’autres petits ulcères. Les parties de cette portion d’intestin non ulcérées étaient chamarrées de taches d’un vert bleuâtre foncé, et d’autres d’une couleur rouge.

Expérience 111e. — Un chien caniche a été pendu à midi ; une heure et demie après , on a introduit dans le rectum h grammes de vert-degris pulvérisé; on a fait l’ouverture du cadavre le lendemain à deux heures : il n’y avait que la partie inférieure du rectum où le vert-degris avait été appliqué dont les tuniques fussent teintes en bleu verdâtre par le poison : on ne découvrait pas la moindre trace de rougeur ; le reste était dans l’état naturel.

Expérience ive. — On a introduit du vert-de-gris dans le rectum de deux cadavres humains , vingt-quatre heures après la mort ; on en a fait l’ouverture trente-six heures après , et on a observé les mêmes phénomènes que dans l’expérience précédente.

Conclusions. — Voyez page 42.

Du cuivre naturellement contenu dans le corps de l’homme.

Vauquelin paraît être le premier chimiste qui ait trouvé le cuivre dans le sang incinéré ; mais comme il s’était servi d’un vase de ce métal pour faire l’expérience , il crut , à tort , que le cuivre provenait du vase et non du sang. En 1830, M. Sarzeau publia, dans le Journal de Pharmacie , tome XVIe, un travail sur la présence du cuivre dans les végétaux et dans le sang. « Il est naturel de penser, disait-il , que les matières animales en contiennent; il se trouve nécessairement dans les muscles , les os , dans toute l’organisation. » Toutefois , il est vrai de dire que bien avant M. Sarzeau , Gahn , Meissner et Vauquelin avaient déjà retiré du cuivre de certains végétaux. En 1832 , M. Perretti annonça l’existence du cuivre dans les vins. Un an après, M. Boutigny retirait ce métal du blé et d’un grand nombre d’autres substances. En 183 7, M. Bouchardat le trouvait dans les moules; enfin MM. Ilervy et Devergie en retirèrent quelques traces, en 1838 , des cendres de plusieurs organes de l’économie animale, provenant d’hommes ou de femmes de divers âges, ayant péri soit de mort subite, soit de suspension ; ils constatèrent encore sa présence chez un enfant nouveauné à terme.

On est en droit de se demander si, à raison de l’existence naturelle du cuivre dans les tissus de nos organes, et dans certains aliments, l’expert ne se trouvera pas toujours dans F impossibilité de décider que le cuivre qu’il aura obtenu en analysant une matière suspecte provient d’un empoisonnement, et s’il n’y a pas lieu de déclarer qu’il

DES POISONS IRRITANTS

faut renoncer à éclairer la justice dans toutes les espèces de ce genre; en d’autres termes , peut-on reconnaître que le cuivre recueilli à la suite d’une expertise n’est pas celui qui existe naturellement dans les organes de l’homme ou dans les aliments dont le malade; avait fait usage , et qu’il a été au contraire fourni par une préparation cuivreuse ingérée comme poison ou comme médicament? Je puis répondre d’une manière précise par l’affirmative pour ce qui concerne les organes , en disant que le cuivre qui existe dans le canal digestif ou dans tout autre viscère , par suite d'un empoisonnement par une préparation cuivreuse ou de médica tion par un composé du même genre, peut être obtenu par des procédés à l’aide desquels on ne parvient jamais à extraire le cuivre naturellement contenu dans ces organes ; il ne s agit donc que de suivre ces procédés pour être à même de conclure que le métal a été ingéré comme poison ou comme médicament.

La preuve de cette assertion importante ressortira évidemment des détails qui vont suivre sur la nature des procédés qu’il faut mettre en usage pour retirer le cuivre normal de nos organes.

Extraction du cuivre normal contenu dans nos organes. — Après avoir desséché dans une capsule de porcelaine les tissus animaux , on continue à les chauffer jusqu’à ce qu’ils soient réduits en charbon ; on calcine celui-ci dans un creuset de porcelaine à une température rouge cerise , et on lave le charbon à plusieurs reprises par l’eau distillée , afin d’avoir une incinération facile et complète. On reprend les cendres par l’eau d’abord, pour dissoudre les sels solubles, puis par l’acide chlorhydrique; on évapore la majeure partie de l’acide employé, puis on traite par l’eau. On fait passer dans la solution aqueuse, très légèrement acide, un courant de gaz acide suif hydrique ; il se forme un précipité brun noirâtre de sulfure de cuivre et de plomb. On laisse déposer le précipité ; on le rassemble dans une petite capsule de porcelaine avec un peu d’eau ; on y ajoute quelques gouttes d’acide chlorhydrique et une ou deux gouttes d’eau régale ; le soufre se sépare. On filtre et l’on évapore presque jusqu’à siccité la liqueur dans laquelle se trouvent les chlorures de cuivre et de plomb, débarrassés de l’excès d’acide ; dès que la masse est refroidie, on la traite par l’ammoniaque liquide qui dissout le chlorure de cuivre et laisse du protoxyde de plomb ; on filtre le chlorure ammoniaco-cuivreux qui se trouve dans la liqueur, et le cuivre peut en être extrait en acidulant légèrement cette liqueur par l’acide chlorhydrique et en y plongeant une lame de fer parfaitement décapée.

On parvient encore à retirer une petite partie du cuivre naturellement contenu dans nos tissus , en carbonisant ensemble plusieurs de nos viscères par l’acide azotique , ou en incinérant le charbon qui

DU VERT-DE-GRIS

provient de l’action de l’acide azotique sur une forte décoction de nos viscères évaporée jusqu’à siccité , et probablement aussi en les faisant bouillir pendant long-temps dans l’eau régale sans les carboniser.

Dans aucun cas le cuivre dit normal ne peut être extrait des viscères réunis, en traitant ceux-ci par l’eau bouillante pendant une ou deux heures et en carbonisant le produit , pourvu que le charbon ne soit pas incinéré.

Or, dans un cas d’empoisonnement on obtient une partie du cuivre ingéré en traitant simplement pendant une heure ou deux par l’eau bouillante , quelques uns de ces viscères , et en ne poussant pas V opération jusqu’ à V incinération du charbon .

Il résulte des expériences de MM. Hervy et Devergie, expériences trop peu nombreuses pour qu’on puisse en adopter les résultats sans réserve, 1° que la proportion du cuivre naturellement contenu dans les tissus organiques de l’homme augmente avec l’àge, qu’elle est extrêmement faible chez l’enfant nouveau-né, qu’à trente ans elle est quatre et cinq fois plus grande , etc. ; 2° que le cuivre est en proportion variable dans l’estomac et les intestins de l’homme et de la femme adultes ; que cette proportion ne dépasse pourtant pas 46 millièmes pour les intestins ; que cependant ce chiffre ne repose pas sur un nombre suffisant d’expériences pour qu’on puisse l’établir comme un terme invariable; 3° qu’une maladie prolongée pendant laquelle l’alimentation ne s’opère pas , paraît apporter une grande ‘différence dans le poids du métal obtenu ; 4° que cette différence vient à l’appui de la supposition la plus naturelle à faire sur la source de ce métal dans l’économie animale , à savoir, qu’il y est introduit par la viande et les végétaux qui servent d’aliments. (Devergie, Médecine légale, t. IIP, page 537, 2e édition. )

Cuivre normal contenu dans certains aliments. — Voyons maintenant s’il est possible de reconnaître que le cuivre retiré des matières des vomissements et de celles que l’on trouve dans le canal digestif de l’homme provient d’une préparation cuivreuse naturellement contenue dans certains aliments , ou d’un composé cuivreux qui aurait été introduit dans l’estomac ou dans les intestins comme poison ou comme médicament . Je n’hésite pas à répondre par l’affirmative, du moins pour un très grand nombre de cas; il est toutefois des écueils qu’il faut éviter, et que je ferai bientôt connaître. Si , après avoir fait bouillir les matières dont il s’agit pendant une heure avec de l’eau distillée , la liqueur filtrée est desséchée , et que le produit, carbonisé par l’acide azotique distillé sur de l’azotate d’argent et le chlorate de potasse ( voy. pag. 489 ) , fournisse du cuivre , et que d’ailleurs le commémoratif, les symptômes et les altérations de

DES POISONS IRRITANTS

tissu annoncent l’ingestion d’un poison irritant, on pourra affirmer qu’une préparation cuivreuse a été prise à une dose capable d’empoisonner, àmoins qu’il ne soit prouvé que le sel cuivreux avait été injecté dans le canal digestif après la mort. Quoique les sels de cuivre ne se dissolvent qu’en petite quantité dans l’eau bouillante quand ils sont intimement combinés avec des matières organiques, la dissolution contient cependant assez de métal pour qu’une lame de fer puisse l’extraire.

On objectera sans doute que le vin, le cidre, la bière, le blé, etc., alors même qu'ils n’ont pas séjourné clans des vases de cuivre , contiennent naturellement et dans certains cas des atomes d’un composé cuivreux. (Perretti, Boutigny, etc.) A cela je répondrai que, même dans le cas où l’on parviendrait à démontrer la présence de ce cuivre par le moyen que j’indique , ce qui n’est pas, il serait aisé d’éviter l’écueil, parce que, dans aucun cas, les matières dont je parle ne renferment assez de cuivre pour donner lieu même aux plus légers accidents de l’empoisonnement. Je me garderai bien 'a cette occasion d’imiter mon confrère M. Devergie , lorsqu’il établit comme un précepte médico-légal « qu’il faudra, pour être en droit de déclarer qu’il » y a eu empoisonnement, pouvoir déceler la présence du poison par » les réactifs ordinaires des sels de cuivre (lame de fer, cyanure jaune »> de potassium , etc. ) , et ne pas conclure lorsque , pour faire recon- » naître l’existence du cuivre, il aura fallu recourir à ce moyen si sen- » sible qui consiste à suspendre à l’aide d’un cheveu la moitié d’une » aiguille fine au milieu du liquide préalablement acidulé. » (Tom. ni de sa Médecine légale, pag. 526, 2e édition.) Le principe que voudrait consacrer mon confrère ne sera admis par personne. Comment ! on aurait la prétention de faire croire que parce qu’une liqueur suspecte qui contient un sel de cuivre en dissolution n’en renferme pas assez pour que les réactifs ordinairement employés le décèlent, elle ne peut pas provenir d’une préparation cuivreuse qui aurait servi à un empoisonnement? M. Devergie ne conçoit donc pas que par suite de vomissements réitérés, de selles fréquentes et de l’absorption il puisse ne rester dans cette liqueur que des atomes de la préparation cuivreuse? Il aurait fallu dire : puisque le vin, le cidre, la bière, etc., contiennent naturellement et dans certains cas des atomes d’un composé cuivreux qui ne peuvent être décelés qu’à l’aide de la moitié d’une aiguille fine, toutes les fois que dans une expertise médicolégale l’homme de l’art ne découvrira du cuivre dans les matières suspectes qu’à l’aide de ce moyen, il devra se tenir en garde et ne pas affirmer que ce métal provient d’un empoisonnement ; il se bornera à dire que le cuivre dont il s’agit peut avoir été donné comme poison; et il appellera à son aide, pour se prononcer sur l’existence d’un em-

DU VERT-DE-GRIS

Ml

poisonnement , le commémoratif, les symptômes éproyvés par le malade et les altérations cadavériques.

On objectera encore qu’un individu aurait pu par mégarde avaler du vin , du cidre , de la bière , du raisiné , etc. , qui , pour avoir séjourné pendant quelque temps dans des ustensiles de cuivre, contiendraient une assez forte proportion d’un composé cuivreux pour se comporter avec les réactifs ordinaires des sels de cuivre comme le feraient les matières suspectes vomies , etc. , traitées comme je l’ai indiqué. Je ne conteste pas la force de cette objection ; cependant il est des cas où l’on peut facilement lever k difficulté. On sait, en effet, que les aliments liquides et solides dont je parle peuvent renfermer assez de cuivre pour que celui-ci soit décelé par les réactifs ordinaires, et ne pas en contenir assez pour donner lieu à des accidents d’empoisonnement même légers ; toutes les fois donc que l’expert aura affaire à un cas de ce genre , l’absence des symptômes de l'empoisonnement , des altérations cadavériques , le mode d’invasion de la maladie , seront des guides suffisants pour lui permettre de porter un jugement certain. ïl n’en serait pas de même si la proportion du composé cuivreux contenu dans les aliments était telle qu’elle pût être facilement décelée par les réactifs ordinaires, et qu’elle eût développé quelques uns ou la plupart des accidents de l’intoxication cuivreuse ; dans ce cas le problème serait insoluble ; car, en définitive , ces boissons accidentellement empoisonnées ne différeraient pas de celles qui auraient pu être empoisonnées par malveillance. Il ne resterait dans cette circonstance difficile qu’une ressource pour éclairer le magistrat : ce serait de se procurer une portion de la même boisson dont l’individu aurait fait usage, et d’examiner attentivement combien elle renferme de cuivre pour un poids donné.

il y a encore un écueil à éviter dans ces sortes d’analyses. Lorsqu’on n’a pas trouvé de cuivre en traitant les matières alimentaires ou excrémentitielles par l’eau bouillante, on se gardera bien de soumettre

ces matières à l’action des acides forts ou à l’incinération , dans l’es¬

poir de découvrir le cuivre qui aurait pu empoisonner; en effet, plusieurs substances alimentaires contiennent naturellement , comme je l’ai déjà dit, du cuivre que Veau dissout à peine, et qui peut être décelé par l’action des acides forts et par l’incinération; en sorte que l’on serait dans le plus grand embarras si l’on obtenait du cuivre, après l’emploi de ces moyens, pour décider si ce métal provient d’un sel cuivreux ingéré comme poison. Mieux vaudrait dans ce cas renoncer à la recherchedu métal dans les matières vomies, excrémentitielles, etc. , et soumettre à l’action de l’eau bouillante le canal digestif, le foie, la rate et les reins.

DES POISONS IRRITANTS

Je ne saurais donc m’élever avec assez de force contre l’opinion émise par M. Lefortier (Ann. d’hygiène, juillet 1840) , qui, après avoir confirmé ce que j’avais établi depuis long-temps, savoir que les sels solubles de cuivre sont en partie transformés par les aliments et par nos tissus8 en composés très peu solubles , dit que F incinération doit toujours être employée pour rechercher les composés cuivreux dans les cas de chimie légale. Les résultats que j’ai obtenus, ajoute-t-il à tort, prouvent combien ce procédé est préférable au traitement direct par l’acide azotique.

Page 1