‹ Traité de toxicologie (volume 3)Chapitre 70 sur 85 · BU SULFATE DU BI-OXTDE 1E CUIVRE · texte numérisé non relu

BU SULFATE DU BI-OXTDE 1E CUIVRE

Action sur l’économie animale.

Expérience. — A neuf heures du matin, j’appliquai 50 centigrammes de sulfate de cuivre sur une plaie faite au cou cl’un chat très fort. A une heure , l’animal était dans un grand état de langueur ; à trois heures, il ne pouvait plus se tenir sur ses pattes : il mourut le lendemain, à sept heures du matin. A l’ouverture du cadavre , on trouva les viscères de l’abdomen dans l’état naturel , excepté la portion cardiaque de l’estomac, qui offrait une tache inflammatoire ; la vessie urinaire était distendue ; le cerveau n’offrait aucune altération.

M. Campbell, auteur de cette expérience, conclut que le sulfate de cuivre agit en altérant la texture des parties sur lesquelles il est appliqué.

M. Smith, dans la dissertation inaugurale déjà citée, s’exprime ainsi en parlant de ce poison : « Appliqué à l’extérieur, à des closes beaucoup plus fortes que celles qu’on est dans le cas d’employer, le sulfate de cuivre borne son action à la partie qu’il cautérise. Il paraît que la force astringente et caustique dont il est doué s’oppose à son absorption. »

On voit , en rapprochant les travaux de ces deux physiologistes , qu’ils s’accordent à regarder le sulfate de cuivre comme un poison irritant, dont Faction se borne aux parties qu’il touche : j’ai à cet égard une opinion contraire appuyée sur les expériences suivantes.

Expérience i1c. — A midi , j’appliquai 55 centigrammes de sulfate de cuivre sur une plaie faite au cou d’un petit chien faible. Deux jours après, l’animal, qui avait constamment refusé les aliments, était plongé dans un grand état d’abattement : il mourut dans la nuit du deuxième au troisième jour. Ouverture du cadavre. Le tissu cellulaire sous-cutané correspondant à la plaie était enflammé, légèrement infiltré et recouvert d’une couche verdâtre. La membrane muqueuse de l’estomac, surtout

DU SULFATE DE El-OXYDE DE CUIVRE.

vers le cardia , était rougeâtre. L’intérieur du rectum , dans l’étendue de quatre travers de doigt , offrait une multitude de rides d’un rouge noir; le reste du canal digestif ne présentait aucune altération ; les poumons étaient injectés et tachetés de plaques rouges.

Expérience 11e. — Cinquante centigrammes de sulfate de cuivre furent appliqués , le 3 octobre , à midi , sur le tissu cellulaire de la partie inférieure du cou d’un chien robuste et de moyenne taille : l’animal mourut dans la nuit du 6 au 7 , sans avoir éprouvé d’autres symptômes que de l’abattement , de l’inappétence et des déjections alvines.’ Ouverture du cadavre. La plaie offrait le même aspect que dans l’expérience précédente ; l’estomac contenait une assez grande quantité d’un fluide brunâtre, filant ; sa membrane muqueuse, de couleur naturelle, présentait au pylore une tache noire du volume de la tête d’une épingle ; l’intérieur du rectum était d’un rouge noir , sans la moindre trace d’ulcération ; le reste du canal digestif paraissait sain ; les poumons étaient gorgés de sang et comme marbrés par des plaques noirâtres ; le cœur renfermait du sang coagulé ; on voyait sur une des colonnes charnues du ventricule gauche une tache d’un rouge assez vif, peu étendue et peu profonde (1).

Expérience nr. — On applique sur le tissu cellulaire sous-cutané du col d’un chien robuste et de moyenne taille l\ grammes de sulfate de cuivre cristallisé et réduit en poudre fine ; on réunit les bords de la plaie à l’aide de quelques points de suture. L’animal meurt au bout de vingtcinq heures et n’est ouvert que le surlendemain. La couche musculaire qui est immédiatement au-dessous de celle qui était en contact avec le sel est bleue comme si ce sel eût été appliqué sur elle.

Le foie, la rate, les reins, les poumons et le cœur , soumis ensemble à l’action de l’eau bouillante pendant six heures , ont fourni un décoclum d’où l’on a extrait du cuivre par le procédé de la carbonisation déjà décrit ; on en a également retiré de ces viscères épuisés par l’eau bouillante , desséchés et carbonisés de même.

L ''urine contenue dans la vessie (environ 36 grammes) s’est comportée avec les agents précités de manière à ce qu’il me soit seulement permis d’élever quelques probabilités en faveur de l’existence dans ce liquide d’une proportion infiniment petite d’un sel cuivreux.

Expérience ive. — On appliqua 1 gramme 60 centigrammes de sulfate de cuivre sur la partie interne' de la cuisse d’un petit chien robuste. L’animal n’éprouva que de l’abattement et mourut quarante heures après l’application du poison. Ouverture du cadavre. Tous les organes paraissaient être dans fl’état naturel, excepté l’estomac, dont la membrane interne était d’un rouge vif dans toute son étendue , et offrait çà et là cb’s taches brunâtres; il y avait en outre dans ce viscère une assez grande quantité d’un fluide jaunâtre , comme bilieux.

Expérience vc. — On lie l’œsophage d’un petit chien robuste auquel l’on venait de faire prendre 60 centigrammes de sulfate de cuivre dissous

(l) J’ai remarqué la même altération du cœur sur un autre chien placé dans les mêmes circonstances (pie celui dont je parle.

dans 100 grammes d’eau. L’animal meurt au bout de douze heures, et n'est ouvert que cinquante- trois heures après la mort . La membrane muqueuse de l’estomac est fortement enflammée, et Ton n’aperçoit à l’extérieur de ce viscère ni sur les autres organes abdominaux aucune coloration verte qui puisse faire penser que le sulfate de cuivre a transsudé; du reste la majeure partie de la dissolution cuivreuse est encore dans l’estomac. On fait bouillir dans l’eau distillée pendant six heures le foie , la rate , les poumons et le cœur , et l’on soumet le décoctum , ainsi que les viscères qui ont subi cette ébullition , à la carbonisation par l’acide azotique et aux antres traitements si souvent indiqués, et l’on ne tarde pas à en retirer du cuivre , soit à l’aide d’une lame de fer, soit par le moyen du gaz acide sulfhydrique.

Expérience vie. — On introduit dans l’estomac d’un petit chien 2 grammes 50 centigrammes de sulfate de cuivre dissous dans 100 grammes d’eau , et on lie l’œsophage. L’animal succombe au bout d’une heure cinq minutes, et est ouvert cl l'instant même . On enlève immédiatement le foie , la rate, les reins , les poumons et le cœur , sans percer le canal digestif. Celui-ci n’offre aucune coloration bleue à l’extérieur ; la membrane muqueuse de l’estomac est d’un rouge vif.

Soumis à l’action de l’eau bouillante pendant six heures , les cinq viscères précités donnent un décoctum qui , étant filtré , desséché , carbonisé par l’acide azotique concentré, etc., fournit une proportion notable de cuivre.

Je dois conclure de ces faits que le sulfate de cuivre est absorbé , et qu’il porte son action d’abord sur la membrane muqueuse de l’estomac, puis sur celle du gros intestin , si l’animal résiste pendant quelques jours aux effets meurtriers du poison.

Recherches médico-légales.

Ce sel, connu aussi sous les noms de vitriol bleu , de couperose bleue et de vitriol de Chypre , a une saveur âcre, métallique, styptique et presque caustique ; il cristallise en rhomboïdes ou en prismes à quatre faces. Chauffé dans un creuset , il perd son eau de cristallisation , se boursoufle et blanchit, ce qui prouve que la couleur bleue qu’il offre ordinairement dépend de son union avec l’eau. Il se dissout très bien dans l’eau : sa dissolution est d’nne couleur bleuâtre. La potasse, la soude et l’ammoniaque, l’acide sulfhydrique, les sulfures , le cyanure jaune de potassium et de fer, etc. , se comportent avec elle comme avec l’acétate de cuivre; il n’en est pas de même de l’eau de baryte : cet alcali la précipite abondamment , et le précipité , d’une couleur blanche-bleuâtre, est formé de sulfate de baryte blanc et de bi-oxvde de cuivre bleu : en effet, lorsqu’on le traite par l’acide azotique pur, il disparaît en partie ; tout l’oxyde est dissous dans l’a-

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