‹ Traité de toxicologie (volume 3)Chapitre 71 sur 85 · DU SULFATE DE BI-OXYDE DE CUIVRE · texte numérisé non relu

DU SULFATE DE BI-OXYDE DE CUIVRE

eide, qui se colore en bleu , et il reste du sulfate de baryte d’un très beau blanc. Le sulfate de cuivre n’est point décomposé par l’acide sulfurique.

Si le sulfate de cuivre faisait partie de la matière des vomissements, ou de celle que l’on aurait trouvée dans le canal digestif après la mort, il faudrait agir comme je l’ai dit à l’occasion de l’acétate de cuivre et du vert-de-gris; il en serait de même dans le cas où l’on chercherait à démontrer la présence de ce sel dans le foie , la rate , les reins ou le canal digestif, après qu’il aurait été absorbé.

Sulfate de cuivre dans le pain. — Dès l’année 1816, des boulangers belges ajoutèrent une certaine quantité de sulfate de cuivre à la farine , dans le but d’obtenir du pain d’une plus belle apparence. En 1829, les bourgmestres et les échevins de la ville de Bruges me firent l’honneur de me consulter pour savoir comment il fallait s’y prendre pour découvrir des atomes de sulfate de cuivre dans du pain. Les pharmaciens belges qui s’étaient occupés de ce problème n’étaient point parvenus à découvrir le sel cuivreux, parce qu’ils s’étaient bornés à calciner la masse jusqu’à la carbonisation. Je répondis qu’il était aisé de constater la présence de ce sel en poussant l’opération jusqu’à l’incinération. ( Archives générales de médecine , tom. XIXe.) Depuis, MM. Barruel, Chevallier, Gaultier de Glaubrv, et surtout M. Kuhlmann, s’occupèrent de ce sujet. Ce dernier nous a appris que les boulangers mettaient pour chaque pain, plein la tête d’une pipe de dissolution de sulfate de bi-oxyde de cuivre; dans quelques cas il a trouvé un petit cristal de ce sel dans un morceau de pain. En France les boulangers ont également altéré la farine par le sulfate de cuivre. M. Thieulen a vu en outre que dans certaines circonstances le pain pouvait contenir une certaine quantité de cuivre, sans qu’il y eût eu fraude : ainsi des accidents se sont manifestés chez plusieurs habitants de La Rochelle qui avaient fait usage de pain préparé avec du blé dont la mouture avait eu lieu avec des pièces de cuivre qui par suite de l’usure cédaient à la farine quelques parcelles de cuivre; ce métal s’oxydait pendant la fermentation de la pâte et donnait naissance à des taches vertes de forme étoilée , au centre desquelles on voyait le plus souvent une parcelle de cuivre métallique ; il a suffi pour faire cesser ces accidents de remplacer la pièce de cuivre par une autre qui n’était pas usée. ( Journal de Pharmacie, août 1838.)

Caractères du pain mélangé de sulfate de cuivre. — S’il ne contient que des atomes de ce sel, il offre sa couleur ordinaire, et ne sc colore pas par le cyanure jaune de potassium, ni par l’ammoniaque ; sa dissolution aqueuse faite dans l’eau distillée bouillante ne donne aucune des réactions des sels de cuivre. 11 n’en est pas de même si la

DES POISONS IRRITANTS

proportion de sulfate de cuivre est plus forte; alors le pain présente une teinte bleue, et le cyanure jaune de potassium et de fer le colore en brun marron si le pain n’est pas bis. Dans l’un et l’autre cas, il suffit d 'incinérer le pain dans un creuset pour obtenir une cendre bleue , qui étant traitée par l’acide sulfurique faible donnera du sulfate de bi-oxyde de cuivre facile à reconnaître (voy. p. 650). Mais comme l’incinération dont il s’agit exige plusieurs heures, même lorsqu’on n’opère que sur 100 ou 150 grammes de matière, il est préférable de recourir au procédé suivant. On carbonise le pain par l’acide azotique concentré mélangé d’un quinzième de son poids de chlorate de potasse cristallisé (voy. p. 489) , et l’on traite le charbon par l’acide azotique étendu de son volume d’eau ; après dix ou douze minutes d’ébullition et lorsque la liqueur est déjà refroidie, on ajoute de l’eau , on filtre et on fait évaporer jusqu’à siccité ; il est aisé de prouver à l’aide de l’acide sulfhydrique gazeux que le produit de l’évaporation est un sel cuivreux.

J’ai souvent carbonisé par le procédé que j’indique 1 ou 2 kilogrammes de pain ordinaire non additionné d’un composé cuivreux, et je n’ai jamais pu découvrir la moindre trace de cuivre en soumettant les charbons à l’action de l’acide azotique affaibli, en évaporant les dissolutions jusqu’à siccité et en traitant par l’acide sulfhydrique gazeux les produits de ces évaporations dissous dans l’eau.

Sulfate de cuivre dans un cas d’ exhumation juridique. — Le 12 mars 1826 , on a exposé à l’air, dans un bocal à large ouverture , des intestins plongés dans une dissolution de 12 grammes de sulfate de bioxyde de cuivre dans 2 litres d’eau. Le 18 juin suivant , le mélange exhalait une odeur des plus fétides; la liqueur ültrée était d’un vert bleuâtre sale , et précipitait en brun marron par le cyanure jaune de potassium et de fer, et en noir par les sulfures solubles; elle bleuissait par l’ammoniaque. Voulant savoir jusqu’à quel point la dissolution conservait tout le sulfate de cuivre qui y avait été mis, on en a étendu une portion de quinze fois son volume d’eau , et l’on s’est assuré qu’alors les réactifs cidessus mentionnés agissaient à peine sur elle, tandis qu’une partie delà meme dissolution, qui avait été mise à part le 12 mars, avant de la mêler avec les intestins , précipitait instantanément par ces réactifs, même lorsqu’elle était étendue de 200 volumes d’eau. Il devenait alors indispensable de rechercher si les matières solides ne contiendraient pas l’oxyde de cuivre qui paraissait avoir été séparé de la dissolution. Ces matières, ayant été parfaitement lavées pour leur enlever tout le sulfate de cuivre avec lequel elles auraient pu être mêlées , furent desséchées et calcinées; le charbon résultant , indépendamment de ce qu’il offrait çà et là des points rougeâtres de cuivre métallique, étant traité par l’acide azotique à chaud, fournit de l’azotate de cuivre parfaitement reconnaissable.

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