EMPOISONNEMENT PAU L’ARSENIC
accorde son auteur, d’abord parce qu’il est difficile , pour ne pas dire impossible , de dissoudre dans l’acide chlorhydrique la totalité de l’acide arsénieux contenu dans les organes où il a été porté par absorption (exp. 2e) ; en second lieu , parce qu’alors même que par suite de l’emploi d’un grand nombre de lamesde cuivre, on aurait enlevé à une dissolution chlorhydrique, mêlée de matière organique, tout l’acide arsénieux qu’elle contenait, on ne parviendrait pas h extraire, ni à beaucoup près, parla chaleur, la totalité de cet acide arsénieux, qui d’ailleurs pourrait très bien ne pas offrir tous ses caractères (voy. expér. 1'”); et enfin, parpe qu’il n’est pas vrai de dire que, dans l’espèce , l’hydrogène transforme facilement l’arsenic contenu dans les lames de cuivre en gaz hydrogène arsénié.
Toutefois, je ne vois aucun inconvénient, et il peut y avoir même quelques avantages à essayer une petite partie de la liqueur soupçonnée arsenicale par le procédé de Ileinsch ; en effet, si après avoir fait bouillir pendant quelques minutes quelques grammes du liquide avec de l’acide chlorhydrique et deux ou trois petites lames de cuivre, celles-ci perdent leur couleur au bout d’un certain temps, et qu’elles tendent à blanchir, tout portera à croire qu’elles ont enlevé de l’arsenic à ce liquide , et il suffira de les soumettre h la chaleur de la lampe dans un tube contenant de l’air , pour obtenir de l’acide arsénieux. Guidé par ce résultat, l’expert pourra ensuite extraire l’arsenic en traitant toute la masse suspecte par le chlore (v. p. 709).
Il est indispensable, avant de faire usage du cuivre, de s’assurer, en le chauffant , qu’il ne fournit point d’acide arsénieux. La coloration brune des lames de cuivre ne saurait êlre considérée comme un caractère annonçant qu’efies renferment de l’apsenic , car elles acquièrent cefte couleur dans un liquide faiblemeut chlorhydrique , non arsenical , surtout lorsque celui-ci contient des matières organiques.
Procédé de M. Jacqurlain. — Le 2 janvier 1843 , M. Jacquelain a présenté à l’Institut un procédé à l’aide duquel on extrait, suivant lui , tout l’arsenic d’une matière animale empoisonnée.
Si l’on opère sur de la fibre musculaire récente ou sur des viscères, on commence par les découper et les broyer dans un mortier de marbre. Si l’on expérimente sur des intestins non décomposés, on les coupe également en menus morceaux , puis on les broie encore il sec dans un mortier de marbre, mais avec du sable purifié 4 l’acide chlorhydrique , et calciné.
On délaie le tout avec de l’eau distillée, de manière h faire un demilitre, si l’on a pris 100 grammes de matière animale; on soumet ce mélange h l’action d’un courant de chlore . prolongé à froid, jusqu’il
ce que toule la matière animale en suspension ait acquis la blancheur du caséum , ce qui exige plusieurs heures.
Alors, en bouchant le ballon, on laisse réagir jusqu’au lendemain, puis on jette sur un linge fin, lavé à l’eau distillée, aiguisée d’acide chlorhydrique.
La solution limpide et incolore doit êlre ensuite jaugée, portée à l’ébullition pour chasser V excès de chlore , et enfin, introduite avec 80 grammes de zinc dans un appareil composé d’un tube en S, par lequel on verse de l’acide sulfurique, d’un tube courbé à un angle, rempli dans sa branche horizontale d’amiante, calcinée avec l’acide sulfurique, d’un tube droit peu fusible, long de h décimètres pour une section de 3 millimètres, qui communique avec un appareil laveur de Liébig, lequel est formé de six boules, et doit se trouver à moitié rempli d’une dissolution de chlorure d’or , représentant 0,5 d’or environ; ce chlorure doit être pur et préparé avec de l’or précipité du chlorure des laboratoires à l’aide de l’acide sulfureux. Le tube droit, enveloppé vers son milieu d’une feuille de clinquant de 1 décimètre de longueur, doit être chauffé avec une lampe à alcool. L’arsenic se dépose, à l’état métallique, dans le tube chauffé au rouge; ce qui échappe vient réduire le chlorure d’or et former de l’acide arsénieux.
Reste donc à mettre en liberté l’arsenic fixé par le chlorure d’or et à le reconnaître , si toutefois l’arsenic ne s’est pas condensé dans le tube horizontal , puis à doser au besoin.
Pour reconnaître comme pour doser cet arsenic , la marche est la même ; à cet effet , on réduit le chlorure d’or excédant par l’acide sulfureux.
On chasse par l’ébullition l’excès du gaz acide sulfureux , ou filtre. On distille à siccité la solution dans une cornue tubulée à l’émeri, munie d’un récipient, afin de décomposer une petite quantité de sel d’or qui n’a pas été réduit par l’acide sulfureux.
On lave ensuite la cornue à l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique ; on réunit cette liqueur au produit distillé , pour soumettre le tout à un courant de gaz acide suif hydrique.
On chasse l’excès de ce gaz par l’ébullition ; enfin , on lave par décantation à l’eau chaude , et l’on recueille le précipité , séché à 100°. La quantité de sulfure obtenu indique la proportion d’arsenic métallique , et l’on peut aisément calculer combien cette proportion d’arsenic représente d’acide arsénieux. ( Comptes-rendus des séances de l’Académie des sciences.)
J’ai été curieux de comparer la sensibilité de ce procédé à celui que l’on emploie de préférence aujourd’hui dans les recherches médico-légales , et qui consiste à brûler dans un creuset les matières
EMPOISONNEMENT PAU L’ARSENIC, suspectes h l’aide de l’azotate de potasse, et j’ai prié M. Jacquelain de vouloir bien agir sur 85 grammes du foie d’un chien empoisonné par l’acide arsénieux, tandis que j’opérerais avec le nitre sur la même proportion du même foie. Après avoir décomposé la matière par le chlore , M. Jacquelain a placé la liqueur dans un appareil de Marsh, et a fait passer le gaz hydrogène arsénié pendant plusieurs jours à travers une dissolution de chlorure d’or. De mon côté, j’ai décomposé le foie par l’azotate de potasse, puis par l’acide sulfurique (voy. p. Zi02) , et j’ai introduit la liqueur dans un appareil de Marsh semblable 'a l’autre; j’ai également fait passer le gaz hydrogène arsénié pendant plusieurs jours à travers une dissolution de chlorure d’or; la proportion de sulfure d’arsenic recueilli a été de beaucoup inférieure à celle qui a été retirée par le procédé de M. Jacquelain. Il faut noter que dans les deux expériences , les flacons étaient bouchés de même, cl lutés avec de la cire d’Espagne, que l’acide était introduit h l’aide d’un tube en S , et que la quantité d'acide employé était exactement la même, et plus que suffisante pour enlever aux liqueurs la totalité de l’arsenic qu’elles contenaient.
J’ai voulu savoir si après l’action du chlore sur une matière organique déjà pourrie, la liqueur pourrait être introduite sans inconvénient dans un appareil de Marsh. Pour cela, j’ai traité par cet agent une portion d’un foie d’homme que j’avais enterré trois semaines au • paravarit à la profondeur de h 0 centimètres ; la liqueur obtenue, après l’action du chlore, introduite dans cet appareil, a donné une telle quantité de mousse qu’il m’a été impossible de continuer l’expérience.
Je conclus de ces faits: 1° que le procédé de M. Jacquelain est sans contredit le meilleur qui ail été proposé jusqu’à ce jour pour extraire l’arsenic d’une matière organique non pourrie, parce qu’il fournit la totalilé du métal que renferme cette matière, et qu’il est indispensable, dans certaines expertises médico-légales où la proportion d’arsenic contenue dans un organe est très faible, d’employer la méthode la plus propre à déceler les plus minimes proportions d’un composé arsenical ;
2° Qu’il est par conséquent nécessaire de le mettre en pratique toutes les fois que l’on voudra doser la quantité d’arsenic renfermée dans une matière organique. Je ne saurais partager à cet égard l’opinion exprimée par M. Lassaigne (./. de Ch. mêd., année 18Ù0, p. 682), savoir, que lorsque l’acide sulfurique étendu agit sur du zinc, dans un appareil de Marsh, ce métal relient 1 3/30 de l’arsenic que contenait la liqueur suspecte; car M. Jacquelain s’est assuré, en introduisant dans cet appareil une proportion déterminée d’acide arsénieux, que
l’on recueillait exactement la même proportion de cet acide eu procédant coltlme il l’indique;
3° Qu’il est en effet préférable à celui quia été proposé par l’Académie des sciences , lorsqu’il s’agira de doser l’arsenic , parce que la destruction de la matière organique par le chlore n’offre aucun des inconvénients que présente la carbonisation par l’acide sulfurique (voy. P<t§e 406), et que d ailleurs il est aisé de se convaincre, comme 1 a fait Al. Jacquelain, qu’eu se bornant à décomposer le gaz hydrogène arsénié par la chaleur dans un tube de verre enveloppé de clinquant, on perd une portion d arsenic qui n’est pas perdue si l’on fait anivei dans du chlorure d or la portion de gaz hydrogène arsénié qui n’a pas été décomposée dans l’appareil de l’Institut ;
U" Qu’il doit également être préféré , pour le même objet, à celui que j’ai adopté et décrit à la page 402, parce que l’on perd une quantité notable d’arsenic, soit pendant l’incinération des matières organiques par le nitre, soit lorsqu’on chauffe le gaz hydrogène arsénié h la lampe à alcool, là où est placée l’amiante;
5° Que malgré tous ces avantages, il n’est guère possible de supposer qu’il soit souvent employé dans les expertises médico-légales, parce qu’il faut pour l’exécuter un appareil compliqué et formé de plusieurs pièces, dont quelques unes même ne se trouvent que dans les laboratoires les mieux fournis, et que d’ailleurs il se compose d’une série d’opérations nombreuses, fort longues et délicates (i).
6° Qu’il n’est pas susceptible d’application dans les cas nombreux où les experts sont obligés d’agir sur des matières organiques inhumées depuis quelque temps et déjà pourries, à cause de la quantité de mousse qui se développe alors, et qui empêche l’appareil de Marsh de fonctionner.
Je ne terminerai pas sans dire que, dès l’année 1836 , j’avais proposé de détruire par le chlore la matière organique combinée avec le sublimé corrosif, et que ce procédé avait été attaqué par Al. Devergie, qui , plusieurs années auparavant , avait prescrit de dissoudre cette matière dans l’acide chlorhydrique faible avant de la soumettre à l’action du chlore : or, il est aisé de s’assurer que la dissolution préalable dans l’acide chlorhydrique est non seulement inutile, mais nuisible (voyez page 563, expér. 3 ).
(1) re démontrerai ( voy. p. 73) dti t. 2°) qu’il n’est pas nécessaire dans une expertise médico-légale de doser l'arsenic, et qu’il serait même dangereux d’introduire dans les recherches de ce genre un pareil élément de perturbation.