DE L’IODURE DE POTASSIUM
Action sur l'économie animale.
Expériences. — Lorsqu’on injecte 20 centigrammes de ce sel dissous dans l'eau dans la veine jugulaire externe d’uni chien , l’animal jette d’a-
bord un faible cri. Il est pris aussitôt de contractions violentes dans tous les muscles, avec déjection d’urine et de matières fécales. Quelques secondes après, il tombe sans mouvement, rend une petite quantité de salive écumeuse, et la langue, qui est pendante hors de la gueule, laisse apercevoir à sa surface un mouvement oscillatoire de ses libres qui dure quelques secondes ; la vie cesse aussitôt.
A la dose de Zi à 8 grammes introduit dans l’estomac des chiens , il détermine quelques vomissements, suivis bientôt de l’évacuation d'une partie ou de la totalité du poison; les vomissements s’arrêtent , et les chiens tombent dans un état d’affaissement qui va croissant de jour en jour jusqu’au moment de la mort; ils succombent dans le collapsus le plus complet.
Comme plusieurs autres poissons , l’iodure de potassium développe entre les membranes muqueuse cl musculeuse un état emphysémateux partiel qui soulève la tunique interne de l’estomac, et produit dans les endroits moins malades une quantité considérable de tumeurs arrondie::, à base large, d’une couleur légèrement rosée, crépitantes, contenant dans leur intérieur un liquide incolore enveloppé d’air et analogue, pour l’aspect et la consistance , au poumon d’un jeune enfant. Les autres altérations que détermine l’iodure de potassium sont des ecchymoses nombreuses et fort larges , et des ulcérations qui, comme celles que produit l’iode, seraient aussi environnées d’une auréole jaune, si l’iodure était fortement ioduré.
Appliqué sur des plaies ou sur le tissu cellulaire sous-cutané des chiens, l’iodure de potassium n’exerce aucune action nuisible à la dose de h grammes. (Mémoire sur l’empoisonnement par l'hydriodatc de potasse, parM. Alphonse Dcvcrgie.)
Observations. — Une jeune personne éprouva un malaise général, des nausées et une chaleur bridante avec ardeur à l’estomac, peu de temps après avoir pris 6 grammes d’une dissolution d’iodurc ioduré de potassium. Une heure après, elle vomit, et ressentit une douleur de tête; il y avait de l’agitation et des vertiges. Ces accidents cédèrent aux boissons aqueuses et gommeuses lièdes et à des antispasmodiques. (Octave Dessaignes, .7. de chim. médiale, iv, 65.)
Le docteur ICramer, après avoir pris de l’iodurc de potassium connue médicament, a trouvé de l’iode dans son urine. Désirant connaître jusqu’à quelle époque il serait possible de reconnaître la présence de ce corps, après avoir cessé de prendre de 1 ioduré , il s est livré à des recherches curieuses, dont voici les principaux résultats. Quaiantebuit heures après la dernière dose, l’iode lut découvert en opérant sur fiO centimètres cubes d’urine, et il y était en proportion considérable. Soixante-douze heures après, il y en avait encore sensiblement danj UU centimètres cubes d’urine. Quatre-vingt-seize heures après, en opérant sur 50 centimètres, on en aperçut des traces. Cent vingt heures après, on cul déjà beaucoup de peine à en déceler la piéscncc, quoique l’expérience fût faite sur 1/iû centimètres d’urine. Cent quarante-quatre
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heures après, on n’en découvrit plus en opérant sur 385 centimètres cubes de liquide.
Conclusions. — 1° L’iodure de potassium est absorbé, et peut être décelé dans le sang, dans l’urine et dans les viscères des animaux qui en ont pris. 2° Il agit sur l’économie animale à peu près comme l’iode.
Traitement de l’empoisonnement par l’iodure de potassium.
Il est le même que celui de l’empoisonnement par l'iode. (Y. p. 69.)
Recherches médico-légales.
L’iodure de potassium pur est solide, cristallisé en cubes, d’une saveur acre, piquante, déliquescents et très solubles dans l’eau. Cette dissolution, incolore, jaunit et devient même rougeâtre par son exposition à l’air, qui transforme le sel en iodurc ioduré ; quelques gouttes de chlore liquide en séparent l’iode, et si l’on ajoute de l’amidon , il se produit de l’iodure cl’amidone bleu ; il ne faudrait pas employer un excès de chlore , car le mélange se décolorerait; les acides azotique et sulfurique concentrés, employés en assez forte proportion, précipitent également l’iode. Le chlorure de platine, le protoazotate et le bichlorure de mercure , et les sels de plomb dissous en précipitent des iodures; celui de platine est rouge amarante, le proto-iodure de mercure est jaune verdâtre , le bi-iodure est rouge carmin , et l’ioduredc plomb jaune serin. Le réactif le plus sensible pour déceler les atomes de ce sel, est sans contredit le mélange d’amidon , d’une goutte de chlore et d’une goutte d'acide azotique : c’est lui qu’il faut employer pour découvrir ce sel dissous dans une grande quantité d’eau. Les motifs qui me font préférer ce mélange au sel de platine sont : 1° que celui-ci se comporte de manière à ne pas pouvoir permettre de conclure qu’il existe de l’iodure de potassium , quand il y en a h peine dès atomes; en effet, la liqueur ne se trouble pas dans ce cas et devient tout au plus d’un jaune rougeâtre, à peu près comme cela arriverait si on versait le sel de platine dans de l’eau contenant quelques traces d’un sulfure soluble et qui ne renfermerait pas de l’iodurc de potassium; 2” qu’il décèle souvent des proportions infiniment minimes de cet iodurc dans certains mélanges, alors que le sel de platine ne les colore aucunement en jaune ni en rouge; je citerai pour exemple quelques échantillons de sel gris du commerce ( chlorure de sodium), le sang , etc. Pour démontrer la présence de la potasse dans l’iodure de potassium, on emploierait les acides chlorique et tarlrique (T. Potasse); quant au chlorure clc platine , il ne faudrait en faire
usage qu’après avoir décomposé l’iodure par du chlore, et avoir éliminé l’iode, soit en filtrant, soit en chauffant la liqueur; il suffirait alors de concentrer celle-ci par l’évaporation.
L’iodure de potassium du commerce, alors même qu’il contiendrait une grande quantité de chlorure de potassium , ou de sodium , ou de carbonate de potasse , se comporterait de la même manière avec les réactifs propres à déceler l’iode.
L’iodure ioduré de potassium est jaune ou rougeâtre; il colore l’amidon en bleu ou en violet, sans addition de chlore ni d’acide, et il fournit avec les réactifs précités les mêmes précipités que fiodure de potassium.
Ioduré de potassium dissous dans l’alcool , dans un sirop ou dans tout autre liquide , ou bien faisant partie des liquides vomis ou de ceux que l'on trouve dans le canal digestif après la mort, ou de l’urine. Si ces liquides sont peu colorés , on y démontre la présence de l’iodure , comme il vient d’être dit. S’ils sont notablement colorés , même après avoir été filtrés, on s’attache à prouver qu’ils renferment de l’iode, en ayant recours aux procédés dont j’ai parlé à l’occasion de l’iode; ainsi, d’une part, on les traite par une forte proportion d’acide azotique et par l’amidon; et, d’un autre côté, on les chauffe dans une cornue avec du chlore pour obtenir des vapeurs v iolettcs, de l’iode cristallisé et un précipité bleu ou violet dans l’éprouvette refroidie qui contient l’amidon. (Voy. pag. 70.) Il suffit pour affirmer qu’il y a de l’iode d’avoir obtenu le précipité bleu ou v iolct , pourvu que l’on ait constaté, par les caractères que j’ai énoncés à la pag. 70, que ce précipité est véritablement de l’ ioduré d’amidone.
Ioduré de potassium mélangé avec du sang, avec des matières solides alimentaires ou médicamenteuses , ou bien contenu dans les viscères des animaux empoisonnés. On fait bouillir ces matières avec de l’eau distillée pendant une ou deux heures ; on filtre. Les liqueurs, quelque colorées qu’elles soient, sont partagées en deux parties; l’une d’elles est traitée par l’acide azotique et l’amidon, l’autre est chauffée avec du chlore liquide dans un appareil distillaloirc , comme il vient d’être dit.
Si la dissolution aqueuse ne fournissait point d’iode, il faudrait chauffer avec du chlore liquide , dans un appareil analogue, les matières solides épuisées par l’eau distillée bouillante.
Ce procédé simple et exact doit être préféré à ceux, beaucoup trop compliqués, qui ont été conseillés par 51M. Christison, O’Shaugnessey et Dcvergie.