‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 29 sur 107 · UE Z,' ACIDE PHOSPHORIQUE · texte numérisé non relu

UE Z,' ACIDE PHOSPHORIQUE

( flammer. L’eau et l’alcool dissolvent facilement l’acide phosphorique. La dissolution aqueuse, versée dans les eaux de baryte, de stronliane et de chaux, y occasionne des précipités blancs, facilement solubles dans un excès d’acide phosphorique ou dans l’acide azotique pur : ce dernier caractère ne permet point de confondre l’acide phosphorique avec l’acide sulfurique, qui fournit, avec l’eau de baryte, un précipité insoluble dans l’acide azotique. Elle ne trouble point la dissolution d’azotate d’argent , à moins qu’on ne la sature par de la potasse, de la soude ou de l’ammoniaque ; alors il se dépose du phosphate d’argent jaune si la dissolution a été faite avec de l’acide non vitrifié, et du pyro-phosphate d’argent blanc si l’acide avait été récemment vitrifié avant d’ètre dissous.

Dissolution affaiblie d’acide phosphorique. — Elle agit sur le tournesol , sur les eaux de chaux et de baryte , et sur l’azotate d’argent, comme la dissolution concentrée; mais pour en obtenir du phosphore à l’aide du charbon , il faut préalablement l’évaporer jusqu’à siccité.

Mélange d’acide phosphorique et de la matière des vomissements , ou de celle qui se trouve dans le canal digestif. Acide phosphorique appliqué sur la surface interne des membranes de l’estomac et des intestins. — L’eau sucrée et le vin n’éprouvent aucun trouble de la part de cet acide. La dissolution de gélatine devient plus transparente par son mélange avec lui ; il ne précipite pas l’albumine ; il sépare de la bile de l’homme une matière jaune, qui passe au vert par une plus grande quantité d’acide.

Expérience itc. — J’ai évaporé jusqu’à siccité un mélange de 10 centigrammes d’acide phosphorique solide et de 200 grammes de bouillon , de lait et de café. Le produit refroidi a été agité pendant dix minutes avec de l’alcool concentré marquant hh degrés , et la dissolution a été filtrée. Le liquide, jaunâtre et transparent, rougissait fortement le tournesol, précipitait en blanc l’eau de chaux , et fournissait avec l’azotate d’argent et la potasse un précipité jaune de phosphate d’argent. Évaporé jusqu’à siccité, mélé avec trois fois son poids de charbon, et calciné dans un petit creuset de Hesse, dont le couvercle, percé d’un trou à sa partie moyenne, i était luté avec le creuset au moyen de l’argile, il a fourni, au bout de dix minutes d’une chaleur rouge, du phosphore, qui brûlait audessus de l’ouverture pratiquée au milieu du couvercle, avec une flamme blanche, et répandait une odeur d’ail et une fumée d’acide phosphorique.

Expérience ii*. — J’ai recueilli les matières contenues dans l’estomac d’un chien , que j’avais pendu trente heures après l’avoir empoisonné I avec un mélange de k grammes d’acide phosphorique vitrifié dissous dans ' 200 grammes d’un mélange de lait, de bouillon et de café. J’ai fait

tremper l’estomac pendant deux heures dans de l'eau distillée froide, et, après avoir réuni l’eau de lavage aux autres matières, j’ai évaporé le tout jusqu’à siccité dans une capsule de porcelaine ; le produit a été agité pendant dix minutes avec de l’alcool froid marquant ht i degrés; la liqueur filtrée, parfaitement transparente et d’un jaune foncé, rougissait le papier bleu de tournesol , précipitait du phosphate d’argent jaune par l’azotate d’argent et la potasse, et donnait un précipité blanc avec l’eau dechaux. Mélangée avec du charbon et évaporée jusqu’à siccité, elle a laissé un résidu que j’ai chauffé jusqu’au rouge dans un petit creuset, semblable à celui dont je m’étais servi dans l’expérience précédente, et qui, au bout de quelques minutes , a donné du phosphore brûlant avec une flamme d’un blanc jaunâtre.

Procédé. — On agira sur les matières suspectes comme il vient d’être dit, et si l’on ne découvre pas l’acide phosphorique , on fera bouillir le canal digestif avec de l’eau distillée, pendant une heure environ, dans une capsule de porcelaine; \esolulum filtré et évaporé jusqu’à siccité, sera traité par l’alcool concentré à L\k degrés. ( Voy. Expérience 2e. ) Si le malade avait pris de la magnésie ou tout autre contre-poison alcalin , on pourrait ne pas trouver de l’acide phosphorique libre, mais bien du phosphate de magnésie, du phosphate de chaux , etc. , sels qu’il faudrait chercher à reconnaître par les caractères qui leur sont propres.

DE Ii’ ACIDE HYPOPHOSPHORIQÜE.

L’acide hypophosphorique est liquide, incolore, inodore, visqueux, et doué d’une forte saveur ; il rougit l’eau de tournesol. Lorsqu’on le chauffe dans une petite fiole , il s’enflamme , répand une odeur alliacée, et se transforme en acide phosphorique. Versé dans de l’azotate d’argent dissous, il y occasionne un précipité blanc qui passe par diverses nuances et finit par noircir.

L’acide hypophosphorique détermine des symptômes et des altérations de tissu semblables à ceux que produit l’acide phosphorique ; seulement il agit avec moins d’énergie.

Action sur l’économie animale. — Symptômes de l’empoisonnement par l’acide oxalique concentré.

MM. Christison etCoindet établissent dans un mémoire intéressant que, lorsque l’acide oxalique est administré de manière à ne faire périr

les chiens qu’au bout d’une heure, on observe les symptômes suivants : efforts violents de vomissement , légère roideur permanente des pattes postérieures, tète pendante, aspect triste et abattu, pouls faible et fréquent; à peu près en même temps, l’animal éprouve des paroxysmes d’une gêne dans la respiration , cpii paraît dépendre d’une contraction des muscles respiratoires , qui survient avant que la dilatation de la poitrine soit complète ; la roideur des membres postérieurs augmente ; ils deviennent insensibles et quelquefois paralysés. De temps en temps l’animal rejette sa tête en arrière; sa démarche semble roide ; il ne paraît pas être maître de ses mouvements. A mesure que l’action du poison devient plus intense, le spasme des muscles respiratoires augmente tellement, qu’à la fin de chaque paroxysme la respiration est suspendue pendant un certain temps : ordinairement alors la tête, la queue et les extrémités sont plus ou moins renversées en arrière, jusqu’à simulerquelquefois une attaque violente d’opisthotonos. Pendant les intervalles des paroxysmes, la respiration est fréquente et les contractions du cœur sont faibles et accélérées : dans un seul cas seulement , elles étaient tellement fortes qu’elles se faisaient entendre assez loin de l’animal. L’insensibilité, jusqu’alors bornée au train de derrière , s’étend au tronc , aux pattes antérieures , et finit par gagner la tête : à mesure qu’elle s’avance , la respiration devient moins fréquente , les accès spasmodiques sont moins marqués , et finissent par cesser entièrement. Pendant un certain temps, on peut les faire reparaître en frappant l’animal sur le dos ou les pattes ; mais enfin il tombe dans un état de coma profond , accompagné d'un relâchement complet de tous les muscles du corps. Les mouvements du cœur sont alors à peine sensibles ; la respiration est lente, régulière et courte, et s’affaiblit de plus en plus jusqu’à ce que la vie de l’animal s’éteigne presque insensiblement. La dose du poison apporte quelques modifications dans les symptômes : si on l’augmente , les effets se rapprochent beaucoup de ceux que produisent la strychnine et la brucine ; ils en diffèrent par l’action que l’acide oxalique exerce sur le cœur. Lorsque, au contraire, la dose est moins forte, l’animal éprouve de la roideur dans les pattes postérieures , une espèce de somnolence, mais ni insensibilité ni même paroxysmes spasmodiques, et ordinairement il se rétablit plus ou moins promptement. Les difféi rente degrés de concentration de cet acide produisent des modifications semblables dans les symptômes : plus il est étendu, plus il unit • avec force.

Le premier symptôme qui se manifeste chez l’homme est toujours

une douleur brûlante dans l’estomac, et quelquefois aussi dans la

DES POISONS [MUTANTS.

gorge (1) ; elle se déclare immédiatement après l’ingestion du poison, et elle est en général suivie de vomissements violents qui continuent jusqu’aux approches de la mort : quelquefois cependant ces vomissements ont été faibles, et n’ont même pas eu lieu ; les matières vomies sont en général d’une couleur foncée, et même sanguinolente. Les signes de l’affaiblissement de la circulation sont toujours très marqués ; le pouls devient imperceptible et peut rester plusieurs heures dans cet état. Cette faiblesse extrême du pouls est accompagnée d’un froid glacial , de sueur gluante , et quelquefois de la lividité des ongles et des doigts. Presque tous les malades présentent des symptômes d’une affection du système nerveux : les uns se plaignent d’engoùr- * dissement et d’un sentiment de fourmillement des extrémités, longtemps après la disparition des symptômes violents ; d’autres deviennent insensibles quelque temps avant la mort ; il en est enfin qui offrent des convulsions. En général, les malades périssent en moins d’une heure, et quelquefois même ils ne survivent que peu de minutes.

Lésions de tissu produites par l’acide oxalique.

Si l’acide est concentré, il corrode l’estomac et dissout la gélatine de ses membranes. Dans un empoisonnement de ce genre, l’estomac contenait environ ôOO grammes d’un fluide foncé; sa membrane muqueuse , injectée , rouge dans toute son étendue , offrait un épaississement considérable , avec des plaques ; la membrane musculeuse, contractée, était exactement partagée en deux portions, l’une cardiaque, l’autre pylorique ; la tunique séreuse était injectée aussi. L iléum était fortement enflammé à quelques pouces du colon ; cet intestin était rétréci dans toute son étendue, mais sans aucune apparence d’inflammation. Il y avait un épanchement considérable d’un fluide limpide entre l’arachnoïde et la pic-mère , qui formait entre ces deux membranes un écartement de près de 1 centimètre. La substance médullaire du cerveau était plus blanche qu’à l’ordinaire , et le plexus choroïde . plus pâle qu’il ne l’est ordinairement dans les congestions céié- ^ braies (2).

Si l’acide oxalique est étendu d’une grande quantité d’eau, il ne détermine aucune altération remarquable du cerveau ni des viscères | abdominaux ; mais les poumons offrent des taches d un rouge vif sans I

' (I) Ce genre d’empoisonnement est devenu très fréquent en Angleterre

depuis quelques années, ce qui lient à ce que l’acide oxalique a été confondu avec le sel d’Epsom.

(2) Bibliolhbque médicale, loin, xliv, octobre 1814, p. 121.

aucune trace d’épanchement. Deux ou trois minutes après la mort , le cœur ne présente plus de pulsations et ne jouit plus de la faculté de se contracter ; si l’animal a péri avant l’époque de 1 insensibilité , le sang des cavités droites est noir, celui des cavités gauches est vermeil. Au contraire, le cœur continue de battre pendant quelques instants après que la respiration a cessé, si la mort a été précédée de l’état comateux. Alors le sang est d’une couleur noire dans les deux systèmes vasculaires.

' Après avoir fait connaître les altérations de tissu produites le plus ordinairement par l’acide oxalique , MM. Christison et Goiudet établissent : 1° que l’estomac est quelquefois parfaitement sain, ou ne pré-

I sente qu’une légère teinte rougeâtre ; 2° que l’érosion plus ou moins complète de l’épiderme de la membrane muqueuse de ce viscère , et l’état gélatineux et transparent du chorion et de ses autres tissus, sont des effets qui n’appartiennent qu’à l’acide oxalique; mais qu’il faudrait néanmoins, dans un cas médico-légal , retrouver cet acide en nature pour prononcer sur sou existence.

Conclusions. — Ces diverses observations ont porté les auteurs du mémoire à conclure : 1° que l’acide oxalique très concentré, introduit

Ià haute dose dans l’estomac, irrite ou corrode cet organe, et détermine la mort par l’affection sympathique du système nerveux ; 2“ que lorsqu’il est étendu d’eau, il est absorbé et porte sou influence sur les organes éloignés : il n’agit alors ni en irritant l’estomac ni sympathique-

Iment : toutes choses égales d’ailleurs, son action est plus rapide lorsqu’il est étendu d’eau que lorsqu’il est concentré ; 3° qu’on ne peut le retrouver dans aucun des liquides de l’animal , quoiqu’il soit absorbé, probablement parce qu’il est décomposé en passant par les poumons, et que ses éléments se combinent avec le sang ; U° qu’il agit directement comme sédatif. Les organes sur lesquels il porte son influence sont d’abord la moelle épinière et le cerveau , ensuite et secondairement les poumons et le cœur. Enfin , la cause immédiate de la mort est quelquefois une paralysie du cœur, d’autres fois une asphyxie , ou enfin ces deux affections réunies.

Traitement (le l'empoisonnement par l’acide oxalique.

On agit comme il a été dit à l’occasion des acides. ( Voy. p. 87 ).

Acide oxalique solide. — Il est sous forme de prismes incolores , transparents et quadrilatères terminés par des sommets dièdres , ou de petits cristaux aiguillés et lamelleux , ressemblant beaucoup à ceux du

18k DES POISONS IRRITANTS,

sulfate tic magnésie, d’une saveur acide très prononcée, inodores et rougissant fortement le tournesol. Chauffé dans une fiole à environ 115° c. , il fond , s’épaissit, bouillonne et se volatilise en petits cristaux qui s’attachent à la partie supérieure du vase ; il n’y a presque point de résidu charbonneux. Projeté sur des charbons ardents, il fond aussitôt et répand une fumée blanche, acide, irritante, qui provoque la toux , sans laisser de résidu charbonneux. Cent parties d’eau froide dissolvent 11 parties 1/2 de cet acide ; l’eau bouillante en dissout beaucoup plus ; il est moins soluble dans l’alcool.

Dissolution aqueuse concentrée. — Liquide incolore, transparent , rougissant énergiquement le papier bleu de tournesol , formant avec la potasse un oxalate soluble s’il est neutre-, quand on ajoute assez cl’acide pour transformer ce sel en oxalate acide , il se dépose des petits cristaux d’oxalate acide moins soluble que l’oxalate neutre. L’acide oxalique précipite l’eau de chaux et tous les sels calcaires, sans en excepter le sulfate ; l’oxalate de chaux précipité insoluble dans un grand excès d’acide oxalique, ne se dissout pas non plus dans l’acide acétique concentré ; l’acide azotique au contraire le dissout à merveille ; desséché et calciné dans une cuiller de platine , il se charbonne et laisse de la chaux vive. Versé dans une dissolution d’azotate d’argent, il fournit del’oxalate d’argent blanc, caillebotté, soluble dans l’acide azotique, et qui étant desséché et chauffé dans un verre à montre ou sur une lame métallique, brunit sur les bords , détone légèrement en répandant tout-à-coup une grande quantité de vapeur épaisse blan che et laisse de l’argent métallique. Le tartrale d’argent chauffé de même se charbonne, répand une légère fumée d’une odeur de caramel , devient incandescent , et laisse de l’argent sans détoner. L’acétate d’argent noircit, et laisse aussi de l’argent métallique , sans détoner ni répandre sensiblement de vapeurs. On ne saurait non plus confondre l’oxalate d’argent avec les précipités que fournissent la noix de galle et l’acide formique versés dans l’azotate' d’argent , car ces précipités de couleur noire ne sont autre chose que de l’argent métallique réduit. L’acide formique n’opère la réduction de l’azotate d’argent à froid qu’au bout d’un certain temps.

La dissolution concentrée d’acide oxalique laisse déposer une partie de l’acide quand on la mêle avec de l’alcool concentréjmarquant hk degrés; il s’en dépose moins si l’alcool ne marque que 36 degrés; dans l’un et l’autre cas, mais surtout dans le dernier, il reste encore beaucoup d’acide oxalique dans la dissolution filtrée.

Dissolution aqueuse étendue. — Elle est incolore, transparente et rougit le tournesol; l’eau de chaux , les sels calcaires et l’azotate d’argent agissent sur elle comme sur la dissolution concentrée ; ce der-

DE L’ACJDE OXALIQUE.

nier réactif peut déceler l’acide oxalique dans un solutum fait avec 1 centigramme d’acide et 3,200 parties d’eau; la chaux précipiterait même une dissolution qui ne contiendrait qu’un quarante-millième de son poids d’acide. Quand on la chauffe avec du chlorure d’or jusqu’à l’ébullition, il y a formation d’acide chlorhydrique , dégagement d acide carbonique et revivification de l’or; on peut reconnaître parce niojen la présence d’un dix-millième environ d’acide oxalique. L’alcool le plus concentré ne trouble point la dissolution étendue d’acide oxalique.

Acide oxalique mêlé à des liquides végétaux et animaux , aux matières vomies ou à celles qui se trouvent dans le canal digestif.

U n’exerce aucune action sur les fluides végétaux et animaux, si ce

n’est sur la gélatine, qu’il dissout sans lui faire subir ni subir lui-même de’changement dans sa composition.

Expérience ire. — J’ai laissé pendant six heures dans une dissolution aqueuse d’acide oxalique froide qiielques lambeaux d’un estomac humain non putréfié et parfaitement lavé. La liqueur filtrée a été partagée en deux parties : l’une d’elles, évaporée à une douce chaleur, m’a fourni des cristaux d’acide oxalique. L’autre, traitée par le décoctum aqueux de tannin , a donné un précipité de matière organique ; j’ai filtré , et j’ai également obtenu de l’acide oxalique cristallisé.

Expérience ii'. — Après avoir dissous 50 centigrammes d’acide oxalique dans l’eau, jeles ai mélésavec 200grammes de lait, de bouillon et decafé; puis j’ai partagé la liqueur en deux parties égales A et B. La portion A, évaporée à une douce chaleur presque jusqu’à siccilé, a été agitée pendant quelques minutes avec de l’alcool froid marquant 36 degrés ; j’ai filtré; 1 z solution transparent et jaunâtre, évaporé avec soin , m’a fourni des cristaux d’acide oxalique incolores et parfaitement reconnaissables.

La portion B a été précipitée par une dissolution de tannin; le liquide, filtré et évaporé jusqu’en consistance épaisse, était jaunâtre, et ne donnait point de cristaux par le refroidissement; je l’ai étendu d’eau , et précipité par un excès d’azotate d’argent. Le dépôt , après avoir été parfaitement lavé, a été desséché, et chauffé sur un verre à montre placé au-dessus de la flamme d’une lampe à alcool ; il n’a présenté aucun des caractères de l’oxalate d’argent.

Expérience iii°. — J’ai empoisonné un chien à jeun avec 8 grammes d’acide oxalique' dissous dans 200 grammes de] lait, de bouillon et de café; l’œsophage a été lié, et l’animal est mort deux heures et demie après. Les liquides de l’estomac offraient une couleur de café au lait, et étaient très acides; j’en ai pris le tiers, et je l’ai précipité par un excès de dissolution aqueuse de tannin. La dissolution filtrée , d’un blanc légèrement jaunâtre , évaporée jusqu’en consistance presque sirupeuse n’a point cristallisé par le refroidissement; je l’ai traitée par l’alcool froid, marquant hlx degrés, qui a coagulé encore une assez grande quantité de matière animale. Après quinze heures de réaction, j’ai filtré laliqueur al-

bliS POISONS IRRITANTS.

coolique, et je 1 ai fait évaporer à une douce chaleur dans une capsule de porcelaine ; l’acide n’a point cristallisé. Alors j’ai fait dissoudre dans l’eau distillée la masse en consistance d’extrait. L csolulum précipitait par l’eau de chaux en blanc qui passait bientôt au violet, à cause de la présence du tannin; les sels de cuivre y faisaient naître par l’addition d’un peu de potasse un dépôt brun foncé.

Expérience iv\ — J’ai administré à un chien de moyenne taille 12 grammes d’acide oxalique dissous dans 70 grammes d’eau ; l’œsophage a été lié, et l’animal est mort au bout de trois heures. Je l’ai ouvert deux jours après. L’estomac, à peine enflammé, contenait beaucoup d aliments; sa membrane muqueuse, en partie détruite, était grandement ramollie, et se déchirait facilement. J’ai fait bouillir pendant un quart d’heure les matières alimentaires avec un litre d’eau distillée, et j’ai filtré : le solulum était jaunâtre, transparent et très acide; je l’ai divisé en deux parties égales A et B. La portion A, rapprochée par l’évaporation à un feu doux, a laissé après son refroidissement une masse gélatineuse tellement abondante , qu’il était impossible d’apercevoir la plus légère trace de cristaux d’acide oxalique ; j’ai agité cette masse avec de l’alcool froid à 36 degrés, et au bout de dix minutes j’ai filtré, La dissolution a été en partie précipitée par l’azotate d’argent ; j’ai lavé à plusieurs reprises l’oxalate d’argent déposé ; puis je l’ai laissé sécher sur un filtre; mais il retenait encore assez de matière organique pour ne pouvoir pas être détache du filtre. Celui-ci chauffé n’a point brûlé, comme le fait un papier contenant de Voxalate d’argent sans mélange ; il s’est charbonué sans la moindre apparence de déflagration. La portion de la dissolution alcoolique qui n’avait point été précipitée par l’azotate d’argent a été évaporée à une douce chaleur, et a fourni de petits cristaux d’acide oxalique, qui sont devenus incolores, dès qu’ils ont été légèrement pressés entre deux feuilles de papier brouillard, et qui se comportaient avec touslcs réactifs, y compris l’azotate d’argent, commel’acide oxalique.

B rapproché par l’évaporation jusqu’à la moitié de son volume, après avoir été refroidi , a été traité par l’alcool à hh degrés , qui a précipité beaucoup de matière organique; j’ai filtré; la liqueur, jaunâtre et transparente, a été chauffée à un feu doux dans une capsule de.porcelaine, et m’a fourni des cristaux bien caractérisés d’acide oxalique.

Les matières alimentaires non dissoutes par l’eau ont été de nouveau traitées à plusieurs reprises par l’eau distillée froide et bouillante. Ces diverses dissolutions ont présenté long-temps des traces d’acidité , et j’ai pu m’assurer qu’elles renfermaient toutes de l’acide oxalique. Lorsque les eaux de lavage ne rougissaient plus le papier de tournesol, j’ai fait bouillir les matières ainsi lavées avec du bicarbonate de potasse pur et de l'eau distillée dans une capsule de porcelaine ; après une heure d’ébullition, j’ai filtré, cl versé dans le liquide filtré un excès d’acétate de plomb, qui a donné un précipité blanc abondant. J’ai lavé ce précipité pendant quinze jours pour enlever autant que possible la matière organique précipitée; il s’agissait de savoir si le dépôt restant contenait de i'cxalate de plomb ; je l’ai sou-

mis à un courant d’acide sulfhydrique gazeux, après lavoir délayé dans ri. distillée- j’ai séparé par le filtre le sulfure de plomb, cl j ai fait évaporer la liqueur à une douce chaleur pour chasser l’excès d acide su hydrique et pour la faire cristalliser : je n’ai point obtenu de cristaux Ks avoir étendu d’eau le liquide, je l’ai mêlé avec de 1 azotate d ai gent qui a donné un léger précipité que j’ai lavé, desséché et chauffé sui un verre à montre , mais qui ne s’esl pas comporté comme l’oxalate d argent.

Expérience v\ - J’ai administré à un fort chien à jeun 7 grammes d’acide oxalique dissous dans 250 grammes d’eau ; l’œsopliage et la vcige ont été liés. L’animal est mort au bout de deux heures, et a été aussitôt ouvert. Le foie, la rate et les reins ont été immédiatement sépares et mis à part. La vessie a été vidée : clic contenait 80 grammes d urine. L’estomac renfermait 202 grammes d’un liquide brunâtre sangumo en ,

nui a été étendu d’eau et mis sur un filtre.

Liquide de l’estomac filtré. — Il est transparent , brun café clair, et rougit le papier bleu de tournesol. On le divise en trois parties ega es A, 15, C. La portion A, saturée par la potasse à l’alcool , qui lui communique une teinte légèrement rosée , précipite abondamment par 1 azotate d’argent en blanc tirant un peu sur le gris; le précipité ramasse, bien lavé et desséché, est d’un brun noirâtre ; chauffé dans un verre à monde, il se charlonne , sans répandre de fumée et sans détoner, en sorte qu i est impossible de reconnaître là l’oxalate d’argent. Le chlorure de calcium la précipite en blanc; le dépôt, assez difficile à laver, lorsqu’il est épuisé de toutes les parties solubles qui l’enveloppent, est desséché cl calcine dans une cuiller de platine; il se charbonne, puis blanchit, et laisse de la chaux vive. Le sulfate de hi-oxyde de cuivre la précipite en vert bleuâtre , au lieu de donner un précipité blanc-bleuâtre ; quand le dépô t est bien lavé, il est d’un vert assez foncé, et ne ressemble guère à l’oxalate de cuivre blanc-bleuâtre.

B est évaporé à une douce chaleur jusqu’en consistance épaisse, puis refroidi et traité par l’alcool concentré marquant ldi degrés cl froid ; le solutum filtré est d’un jaune clair; réduit par la chaleur jusqu’au point où il pourra cristalliser, il fournit des cristaux d’acide oxalique parfaitement reconnaissables, donnant avec l’azotate d’argent de l’oxalale d’ar-

gent , que l’on peut faire détoner en le soumettant à l’action du feu.

C a été précipité par le décoclum aqueux de tannin , et filtré; le liquide, de couleur rougeâtre, contenait un excès de tannin. On l’a évaporé à un feu doux, et l’on a obtenu une masse noirâtre, au milieu de laquelle il était impossible d’apercevoir des cristaux d’acide oxalique.

l'oie et rate. — Après avoir coupé ces deux organes en petits morceaux, on les a laissés pendant vingt-quatre heures dans de l’eau distillée froide, puis on a filtré; le liquide, rouge, sanguinolent, a été chauffé jusqu’en consistance épaisse, refroidi et agité pendant dix minutes avec de l’alcool concentré marquant M degrés et froid : le solutum alcoolique filtre était d’un jaune clair cl parfaitement transparent ; évaporé jusqu’au point où il pouvait cristalliser, il n’a point fourni de cristaux ; alors on a

des poisons irritants.

dissous le produit sirupeux dans de l’eau distillée. La liqueur était acide, et ne troublait point l’eau de chaux ; on l’a précipitée par l’azotate d’argent; le dépôt, très animalisé, parfaitement lavé , desséché et chauffé dans un verre à montre, n’a donné aucun des caractères de l’oxalate d’argent.

Reins. — Ces organes, coupés par petits morceaux et traités successivement par l’eau distillée et par l’alcool comme le foie et la rate, ont fourni un liquide presque incolore, transparent, qui a été rapproché par l’évaporation , et n’a point cristallisé. On a ajouté de l’eau distillée ; lu liqueur était acide, et ne précipitait pas par l’eau de chaux; l’azotate d’argent y faisait naître un dépôt blanc , que j’ai bien lavé , puis desséché \ ct chauffé dans un verre à montre; il n’a donné aucun des caractères de l’oxalate d’argent.

Urine. — Elle était d’un jaune citron, et surnageait un précipité blanc, du poids de 3 centigrammes environ; ce précipité, lavé et traité à la température de l’ébullition par 2 grammes de dissolution de bicarbonate de potasse pur et de l’eau distillée , a fourni une liqueur que j’ai filtrée, et saturée par quelques gouttes d’acide azotique; dans cet état, je l’ai précipitée par du chlorure de calcium. Le précipité, qui pouvait contenir de l’oxalate et du phosphate de chaux, après avoir été suffisamment lavé, a été mis en contact avec de i’acide acétique concentré , dans le but de dissoudre le phosphate de chaux , s’il en renfermait ; le lendemain , il s’était déposé 1 centigramme environ d’un précipité blanc que j’ai lavé, desséché et calciné dans une cuiller de platine. Pendant l’action de la chaleur rouge, ce précipité s’est char bonne d'abord, puis a blanchi; en versant quelques gouttes d’eau distillée sur le résidu blanc , j’ai obtenu une liqueur alcaline , qui bleuissait fortement le papier rouge de tournesol , et qui se comportait avec les acides carbonique et oxalique , comme l'eau (le chaux.

J’ai alors examiné les 80 grammes d’urine que j’avais filtrée. Le liquide était jaune , transparent et acide ; je l’ai précipité par du chlorure de calcium; le dépôt blanc, bien lavé, a été traité par l’acide acétique concentré qui l’a dissous en partie ; la portion non dissoute a été parfaitement lavée , desséchée et calcinée dans une cuiller de platine : elle a laissé, de la chaux vive.

Dans une autre expérience, après avoir bien lavé le précipité blanc, qui s’était déposé de l’urine d’un chien empoisonné par 7 grammes d’acide oxalique dissous dans 300 grammes d’eau , j’ai reconnu que ce dépôt calciné dans une cuiller de platine laissait de la chaux vive parfaitement caractérisée (1).

Expérience vi". — J’ai ajouté à une soupe à l’oseille un gramme d'acide oxalique, et j’ai évaporé presque jusqu’à siccilé. Le produit

(t) M. Donné a constamment vu une multitude de cristaux d’oxalate de chaux se former dans l’urine des personnes qui avaient mangé de l'oseille. (Lettre à l’Institut du 6 mai 1839.)

refroidi a été agité, pendant demi-heure environ, avec de l’alcool concentré marquant l\h degrés; j’ai filtré ; le solution, évaporé à une douce chaleur, m’a fourni des cristaux qui me paraissaient devoir être formés d’acide oxalique et de quelques atomes de bi-oxalate de potasse. Après avoir pressé ces cristaux entre deux feuilles de papier joseph, je lésai réduits en poudre et mis en contact avec de l’alcool concentré marquant UU degrés; j'ai agité le mélange pendant quelques minutes, et j’ai filtré au bout d’une demi-heure. L’alcool avait dissous l’acide oxalique ; le bi-oxalate de potasse restait au fond du tube, et pouvait facilement être reconnu à l’aide de l’eau de chaux , des sels de cuivre et du chlorure de platine.

Expérience vit'. — J’ai fait prendre de la magnésie à un chien que j’avais empoisonné quarante minutes auparavant avec 7 grammes d’acide oxalique dissous dans 200 grammes d’eau distillée. L’animal est mort deux heures après l’empoisonnement. Les liquides de l’estomac, évaporés et traités par l’alcool, comme dans l’expérience U' (p.185), m’ont fourni quelques cristaux d’acide oxalique; d’où j’ai conclu que la magnésie n’ayant pas saturé la totalité de l’acide oxalique, une partie de cet acide devait se trouver à l’état d’oxalate de magnésie dans la masse qui était restée après le traitement alcoolique. Sachant combien il est difficile de dissoudre dans l’eau distillée l’oxalale de magnésie lorsque, sa cohésion a été augmentée par le rapprochement de ses molécules, je n’ai pas traité la masse dont il s’agit par l’eau seule , mais bien par l’acide chlorhydrique faible. Après une heure de contact à froid , j’ai filtré la liqueur, et j’ai saturé avec soin l’acide chlorhydrique par la potasse à l’alcool ; l’oxalate de magnésie s’est précipité ; je l’ai lavé à l’eau froide pour séparer le chlorure de potassium et quelques autres matières étrangères solubles , puis j’en ai fait dissoudre une partie dans l’eau distillée à la température de 30° c., en le laissant pendant vingt-quatre heures dans ce liquide, avec lequel je l’agitais de temps à autre. La dissolution filtrée offrait tous les caractères de l’oxalate de magnésie; elle était neutre, et donnait par les sels calcaires solubles un précipité blanc d’oxalate de chaux insoluble dans les acides oxalique et acétique, soluble dans l’acide azotique et décomposable à une chaleur rouge en laissant de la chaux vive ; elle fournissait un précipité blanc-bleuàtre avec les sels de cuivre , et un précipité blanc de magnésie avec la potasse; évaporée jusqu’à siccité et calcinée dans une cuiller de platine , elle laissait de la magnésie sans se charbonner.

Il résulte de ce qui précède : 1 “ que l’on obtient facilement de l’acide oxalique cristallisé et parfaitement reconnaissable en traitant par l’alcool les matières suspectes évaporées jusqu’à siccité; 2° que l’on peut à l’aide de cet agent séparer, sinon complètement , du moins en grande partie le bi-oxalate de potasse qui se trouverait mélangé à de l’acide oxalique; 3“ qu’en lavant à plusieurs reprises avec de l’eau distillée le canal digestif des animaux empoisonnés par l’acide oxalique, on dissout la totalité de l’acide contenu dans ce canal , et qu’il est dès lors inutile de traiter les tissus eux-mêmes ; ù° que cet acide est absorbé et peut

DES POISONS 1BKITANTS.

être retrouvé dans Y urine , tandis qu’il m’a été impossible de l’extraire du foie et de la rate , soit parce qu’il ne reste pas long-temps dans ces organes , soit parce qu’il se transforme en oxalate de chaux ou en une autre matière insoluble.

Procédé .• — Avant de faire connaître le procédé qui me paraît devoir être employé dans un cas d’empoisonnement par l’acide oxalique, il importe de montrer l’insuffisance de la méthode que les auteurs de médecine légale ont conseillé de suivre. « Les liquides seront séparés » des solides et essayés par le papier bleu de tournesol. L’acidité étant » reconnue , on saturera par du carbonate de potasse ; l’existence de » l’oxalatc de potasse sera facilement démontrée par les réactifs. » (Christison et Coindet). J’admettrai pour un instant, ce qui n’est pourtant pas (Voy. expér. 5e p. 18G), que l’eau de chaux, l’azotate d’argent, le sulfate de bi-oxyde de cuivre , etc. , se comportent avec la liqueur suspecte comme avec l’oxalate de potasse sans mélange de matières organiques ; n’est-il pas évident que l’on obtiendrait exactement les mêmes résultats si l’empoisonnement avait eu beu par le sel d’oseille (bi-oxalate de potasse ) , ou , ce qui est beaucoup plus grave , si l’individu qui est l’objet des recherches n’avait pas été empoisonné et qu’il eût tout simplement avalé une assez grande quantité de soupe à l’ oscille ou de tout autre mets préparé avec cette plante? J’ai souvent agi comme le prescrivent ces auteurs avec des bouillons de soupe à l’oseille préparés par la méthode ordinaire; il suffisait de fdlrcr ces bouillons et de les mettre eu contact avec les réactifs précités, soit avant, soit après les avoir saturés par du carbonate de potasse, pour obtenir des précipités semblables h ceux que donne l’oxalate de potasse ; et comment pourrait-il en être autrement quand on sait qu’un kilogramme d’oseille fournit 2 grammes 1 /2 environ de bi-oxalate de 'potasse ? Ces mêmes motifs doivent aussi engager les experts h ne jamais chercher l’acide oxalique dans une liqueur suspecte par l’acétate de plomb, car ce sel précipite aussi bien l’acide dont il s’agit que le bi-oxalate de potasse et le sel naturellement contenu dans l’oseille. Ou dira peut-être que l’on saura toujours d’avance si l’individu avait mangé ou non un potage à l’oseille, et que dans le cas où cela aurait eu lieu , on suivrait un autre procédé; mais il peut se présenter des circonstances où l’on ignorera complètement ce qui s’est passé , et , en supposant que l’on apprenne que de l’oseille a été mangée, quel procédé emploiera-t on? D’ailleurs l’objection en ce qui concerne le bi-oxalate de potasse subsiste tout entière. J’ajouterai que personne n’a encore prévu le cas , assez épineux , où l’on imaginerait, pour mieux faire prendre le change, d’empoisonner avec une soupe à l’oseille à laquelle on aurait préalablement ajouté de l’acide oxalique. Comment l’expert pourrait-il alors arriver

de l’acide oxalique. 191

à une solution tant soit peu satisfaisante, s’il n’avait pour se tirer d’embarras que le procédé vicieux adopté jusqu’à présent par tons les auteurs sans exception ?

Voici comment je propose d’agir. On recueille les matières contenues dans le canal digestif; on coupe celui-ci en petits morceaux que l’on place dans une grande capsule de porcelaine avec un litre d’eau distillée ; on fait bouillir pendant quelques minutes afin de coaguler une portion de matière animale ; on décante et l on traite de nouveau les parties solides par de l’eau distillée bouillante; on filtre les deux liquides réunis, et on les fait évaporer presque jusqu’à siccité à une douce chaleur. On agit de même sur les matières vomies que l’on traite à part. On agite les produits presque desséchés de l’évaporation et déjà refroidis avec un demi-litre d’alcool concentré marquant UU degrés et froid; après plusieurs heures de contact on décante la dissolution alcoolique, et l’on fait encore agir une égale quantité d’alcool à kk degrés sur la portion solide restante ; on décante la liqueur âpres quelques heures de contact et on la réunit à la première ; on filtre les deux dissolutions alcooliques dans lesquelles se trouve sinon la totalité, du moins la majeure partie de l’acide oxalique libre qui aurait pu être administré; ces liqueursne renferment pas ou presque pas de biôxalate de potasse, en admettant qu’il y en eût dans les matières suspectes, et à coup sûr elles ne contiennent pas un atome de l’oxalate de magnésie ni de l’oxalate de clflux , qui auraient pu se former par suite de l’administration de la magnésie ou du carbonate de chaux comme contre-poisons. On évapore jusqu’à pellicule la dissolution alcoolique et l’on obtient des cristaux d’acide oxalique. Dans la crainte que ces cristaux ne soient mélangés d’un peu debi-oxalate de potasse, unies réduit en poudre et on fait agir sur celle-ci de l’alcool froid et concentré qui ne dissout que l’acide oxalique ; on évapore alors le solulum alcoolique pour avoir l’acide oxalique cristallisé. Si la dissolution alcoolique provenant de l’action d’un demi-litre d’alcool sur la matière presque desséchée n’avait point fourni des cristaux d’acide oxalique , on traiterait de nouveau par de l’alcool froid marquant hk degrés cette dissolution alcoolique évaporée jusqu’à pellicule, afin delà débarrasser d’une nouvelle quantité de matière animale ; on filtrerait au bout d’une heure de contact , et à coup sûr la nouvelle dissolution alcoolique évaporée donnerait des cristaux d’acide oxalique pour peu que celui-ci se trouvât dans cette dissolution à la dose de quelques centigrammes. Si l’on n’obtenait point de cristaux, parce que l’acide n’y existerait qu’en très petite proportion , il suffirait de traiter par l’eau distillée le liquide épaissi et de faire agir sur lui les réactifs indiqués à la page 183, pour s’assurer de la présence de l’acide oxalique.

Les matières suspectes, après avoir été épuisées par i’alcool froid et concentré, sont traitées par l’eau distillée froide, afin de dissoudre la portion d’acide oxalique que l’alcool n’aurait point enlevée, ainsi que le bi-oxalate de potasse qu’elles pourraient contenir ; après une heure de contact , on filtre la dissolution, dans laquelle il n’existe certainement pas de l’oxalate de chaux et qui ne peut renfermer tout au plus que des atomes d’oxalate de magnésie, ce sel étant fort peu soluble dans l’eau froide. La liqueur aqueuse filtrée est évaporéejusqu’à siccité ; le produit contenant de la matière organique, que je supposerai renfermer aussi de l’acide oxalique, du bi-oxalate de potasse et un atome d’oxalate de magnésie, est agité avec de l’alcool concentré et froid; le solutum ne contient que de l’acide oxalique , et il suffit pour l’obtenir cristallisé de le filtrer et de le faire évaporer. La portion non attaquée par l’alcool concentré est dissoute dans quatre fois son volume d’eau distillée et mélangée avec de l’alcool à 30 degrés qui dissout le bioxalate de potasse et précipite une portion de la matière organique ainsi que la minime quantité d’oxalatc de magnésie que l’eau aurait pu dissoudre. La dissolution alcoolique affaiblie de bi-oxalate de potasse est évaporée jusqu’à pellicule pour obtenir le sel cristallisé ; s’il ne se forme point de cristaux , on traite le liquide presque sirupeux par de l’alcool à 33 degrés, on filtre, et on procède à une nouvelle évaporation à la suite de laquelle on obtient du bi-oxalate de potasse cristallisé, ou du moins une liqueur dans laquelle il est aisé de démontrer la présence de ce sel à l’aide des réactifs.

Les matières suspectes déjà traitées par l’alcool concentré et par l’eau froide sont mises de nouveau en contact avec de l’eau distillée à la température ordinaire qui dissout la majeure partie de la matière organique, etlaisse déposer les oxalates de magnésie ou de chaux que ces ■ matières pourraient contenir ; on décante la liqueur au bout d une heure ou deux, et l’on recueille le dépôt sur lequel on fait agir de 1 acide chlorhydrique froid , étendu de trois fois son poids d’eau distillée afin de dissoudre l’oxalate de magnésie ; évidemment on ne doit recourir à celle opération que dans les cas où l’on saura que l’individu soupçonné empoisonné avait pris de son vivant de la magnésie comme contie-poison. 11 suffira de filtrer la liqueur et de la saturer par un excès de carbonate de potasse pur pour obtenir un solutum composé d oxalate de potasse , de chlorure de potassium et de l’excès de carbonate de potasse et un précipité de carbonate de magnésie ; on traitera la liqueur filtrée par l’acétate de plomb , cpii donnera de l’oxalate de plomb insoluble , mélangé de matière organique; on lavera ce dépôt avec de l’eau dis- . tillce à plusieurs reprises pour débarrasser l’oxalatc de plomb qu’il renferme , de la majeure partie de la matière organique , puis on décom-

1)1! Bl-OXAXATE DE POTASSE.

posera cet oxalate suspendu dans l’eau distillée par un courant de gaz acide sulfhydriqne qui le transformera en sulfure de plomb noir et en acide oxalique; on chauffera jusqu’à l’ébullition pour chasser l’excès d’acide sulfhvdriquc et on filtrera; l’acide oxalique se trouvera seul dans la liqueur, et on l’obtiendra en évaporant celle-ci à une douce chaleur. S’il s’agissait de démontrer la présence de l’oxalate de chaux formé par suite de l’action de l’acide oxalique sur du carbonate de chaux qui aurait été administré comme contre-poison , après avoir ramassé le précipité, on le ferait bouillir pendant vingt-cinq ou trente minutes avec de l’eau distillée et du bicarbonate de potasse pour obtenir de l’oxalate de potasse soluble et du carbonate de chaux insoluble; la liqueur filtrée contiendrait de l’oxalate de potasse et de la matière organique, et devrait être traitée par l’acétate de plomb et l’acide suifhydrique comme il vient d’être dit. Ici il n’y aurait aucun avantage à dissoudre l’oxalate de chaux dans l’acide chlorhydrique , parce qu’en saturant ensuite la liqueur chlorhydrique par le carbonate de potasse , l’oxalate de chaux serait précipité de nouveau , sans que cette liqueur contînt la moindre trace d’ oxalate de potasse.

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