‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 30 sur 107 · DU BI- OXALATE DE POTASSE · texte numérisé non relu

DU BI- OXALATE DE POTASSE

Bi-oxalate de potasse (sel d’oseille). — Il cristallise en parallélipipèdes blancs, opaques, d’une saveur très acide, presque mordicante, inaltérables à l'air et moins solubles dans l’eau que l’oxalate neutre. Mis sur des charbons ardents, il répand une fumée acide et piquante, mais ne se charbonne pas, bien différent en cela de la crème de tartre (bitartrate de potasse). Calciné au rouge dans une cuiller de platine, il laisse du carbonate de potasse , facile à reconnaître. Il se dissout à peine dans l’alcool concentré.

Dissolution aqueuse concentrée. — Liquide incolore, transparent, rougissant assez fortement le tournesol, précipitant en blanc par l’eau de chaux (oxalate de chaux), et formant avec l’azotate d’argent de l’oxalale d’argent insoluble et facile à reconnaître. ( Vov. Acide oxalique. ) Les sels de cuivre le précipitent en blanc bleuâtre, et le chlorure de platine en jaune serin ; ce dernier précipité est grenu et adhérent au verre ; l’alcool concentré, marquant hh degrés, le précipite en partie , tandis qu’il ne le trouble pas s’il ne marque que 36 degrés à l’aréomètre. Les sels solubles de plcmb y font naître un dépôt d’oxalate dé plomb blanc, facile à décomposer par le gaz acide sulfhydrique , en sulfure de plomb noir insoluble et en acide oxalique.

Pts POISONS IRRITANTS.

Dissolution aqueuse étendue. — Elle agit sur le tournesol, sur l’eau de chaux, sur l’azotate d’argent, sur les sels de cuivre et de plomb, et sur l’alcool à 36 degrés, comme la dissolution concentrée ; l’alcool marquant 44 degrés et le chlorure de platine ne la troublent pas ; il faut , pour que ces deux réactifs agissent sur elle comme sur la dissolution concentrée, la rapprocher par l’évaporation.

Dissolution d'acide oxalique et de li-cxulatc dépotasse. — Liquide offrant tous les caractères des dissolutions concentrées ou étendues de bi-oxalale de potasse, à l’exception toutefois de celui que donnent les sels de cuivre , qui ne se montrerait pas si l’acide oxalique en excès n’était pas saturé par une suffisante quantité de potasse, de soude ou d’ammoniaque. Si l’on évapore jusqu’à siccité un mélange d’acide oxalique et de bi-oxalatc de potasse, n’importe dans quelle proportion de l’un ou de l’autre de ces corps , qu’on réduise en poudre fine le produit de l’évaporation, et qu’on l’agite dans un tube de verre pendant quelques minutes , l’acide sera complètement dissous au bout d’uue demi-heure , tandis que le bi-oxalate restera en entier ou presqu’en entier à l’état solide au fond du tube. En effet, si l’on filtre la dissolution, que l’on chasse l’alcool par l’évaporation à une douce chaleur, et que l’on dissolve dans l’eau distillée le produit desséché , on verra que le solution concentré présente tous les caractères de l’acide oxalique dissous, et qu’il ne se trouble pas ou qu’il se trouble à peine par le chlorure de platine ; tandis que la portion non dissoute par l’alcool offrira toutes les propriétés du bi-oxalate de potasse, et qu’elle laissera de la potasse carbonatce quand ou la calcinera au rouge dans une cuiller de platine.

Observation 1". — Une femme , âgée de vingt ans, ouvrière en chapeaux de paille, avala environ 30 grammes de sel d’oseille dissous dans une certaine quantité d’eau chaude ; bientôt après elle éprouva un très grand malaise ; et au bout d’une heure et demie environ , on la trouva étendue sur le carreau et privée complètement de connaissance. Aussitôt M. le docteur Jackson lit administrer 120 grammes de mixture de craie pour neutraliser l’acide. La malade, qui avait repris connaissance, était extrêmement accablée, son pouls était excessivement faible, sa peau froide et mouillée d’une sueur visqueuse , avec des frissons continus; elle accusait une sensation de brûlure dans le gosier et à l'épigastre; elle se plaignait d’une douleur dans le dos et d'un obscurcissement de la vue; les pupilles étaient dilatées, et les conjonctives fort injectées. Le corps fut enveloppé de couvertures bien chauffées, et les pieds furent appuyés sur des boutei les remplies d’eau chaude. On prescrivit aussi l'emploi d’une mixture camphrée avec addition d’un peu d éther et d’alcoolé d’opium. Une heure s’était à peine écoulée que déjà la réaction s'était

de l acide taktiuqle.

ODérée • la peau s’était réchauffée, et le pouls était devenu vif et plein. Mais la douleur du gosier s’était en môme temps étendue jusqu’à l’abdomen qui se montrait alors douloureux à la pression. En conséquence, des sangsues furent appliquées, puis des fomentations chaudes furent faites sur le ventre; le traitement antiphlogistique fut continué, et, dès le lendemain, l’amélioration qui résulta de cette médication fut évidente. Le sel d'Epsom fut prescrit pour s’opposer à la constipation, et, au bout de quelques jours, la malade eut pleinement recouvré la santé. {The London mcd. gaz. Voy. Gazille des Hôpitaux du 19 fév. 1852. ) Observation 2°. — Madame Spilzcr allaitait son enfant âgé de trois ou quatre mois, quand un engorgement douloureux survint aux seins, et la i contraignit de prendre une nourrice. E le devait se purger en prenant deux jours de suite 16 grammes de bilarlrate de potasse soluble chaque

Ifois; mais au lieu de crème de tartre, on lui donna du sel d'oseille. Aussitôt après avoir avalé un de ces paquets , elle fut prise des plus violentes douleurs, et s'écria : « Je suis empoisonnée! » On lui (il boire une grande quantité d’eau chaude pour provoquer des vomissements; mais elle ne : vomit point, cl sa position s’aggrava si rapidement, qu’elle expira au milieu d’horribles convulsions , moins de quinze minutes après l’ingestioa du poison.

Ouverture du cadavre. — Les surfaces baignées par le liquide vénéneux parurent plus rudes au toucher que dans l’état naturel; elles n’étaient que médiocrement enflammées. Les tissus n'étaient point altérés dans leur structure; mais ils avaient contracté une telle union avec la matière acide, que plusieurs lavages et des macérations prolongées dans l’eau disli lée ne purent les en débarrasser : c’était une sorte de combinaison. Les liquides étaient très acides; on en isola de l’acide oxalique , de la potasse et de l’acide borique ; ce dernier faisait partie du borax qui avait été ajouté pour rendre soluble la prétendue crème de tartre. On s’assura aussi, par la proportion d’acide oxalique obtenu , que le sel était du bi-oxalutc cl non de l’oxalatc de po’.asse. ( Alger, Observation communiquée par M. Tripier en décembre 1851.)

Observation 3e. — M. Magonii rapporte qu’une jeune femme prit 12 grammes de sel d’oseille dans l’espace de quarante-huit heures, qu’elle éprouva des vomissements, et que le troisième jour, elle devint presque folle, et succomba. ( Journal de chim. mcd , année 1839, page 564.)

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