DE L’EAU DE JAVELLE
affirmer à l’égard de ces deux caractères qu’il n’en sera jamais autrement c’est-à-dire que dans aucun cas la cendre obtenue avec un mélange normal ne fournira une dissolution aqueuse précipitable par l’acide phtorhydrique silice et par le chlorure de platine, je n’hésiterais pas à conclure, après avoir obtenu ces précipités avec une cendre provenant d’une dissolution alcoolique alcaline , que la soude avait été ingérée à l’état de poison ; mais il y aurait témérité à procéder ainsi, parce qu’il n’est pas à la rigueur impossible que certaines matières alimentaires , prises en très grande quantité et traitées comme je conseille de le faire, donnent une cendre qui, étant dissoute dans l’eau, fournira , avec les réactifs précités, des précipités analogues à ceux que ferait naître une petite portion de soude ingérée à l’état libre. On doit donc être fort circonspect en pareil cas, et tout en établissant que l’alcali trouvé est de la soude , ne se prononcer sur son origine qu’avec une grande réserve, à moins toutefois que les symptômes éprouvés par le malade et les lésions cadavériques ne soient de nature à lever la difficulté. J’attacherai pou d’importance dans l’espèce à Y abondance des précipités obtenus par l'acide phtorhydrique silicé et par le chlorure de platine en cas d’empoisonnement , à moins qu’ils ne fussent tellement abondants qu’il fut impossible de les attribuer à la soude normale; dans tout autre cas, il serait bien difficile, pour ne pas dire impossible., déjuger si une quantité un peu plus ou un peu moins forte de précipité, annonce qu’il y a eu ingestion de soude comme poison , ou bien s’il ne s’agit que de la soude normale.
DE D’EAU DE JAVEDDE (Chlorure de Potasse ou de Soude),
Expérihnce i". — J’ai administré à un chien de moyenne taille et à jeun 225 grammes d'eau de Javelle à base de soude, et j’ai lié l'oesophage et la verge ; l’animal a fait des efforts considérables pour vomir et a eu plusieurs selles liquides très abondantes; bientôt après il était en proie à une vive agitation sans mouvements convulsifs; demi-heure après l’in—
5 gestion il csi tombé dans un grand abattement , et il est mort au bout de dix minutes. A l’ouverture du cadavre on a trouvé l’estomac et les intesiins enflammés , comme cela a lieu dans l’empoisonnement par la soude.
Expérience ii'. — J’ai donné 125 grammes de la même liqueur à un chien robuste et à jeun ; des vomissements abondants et des selles réitérées ont eu lieu bientôt après; au boul d’une heure l’animal paraissait dans l’état naturel.
Observation. — Anaïs, âgée de dix-sepl ans, sur la nouvelle de la
mort de son amant, avala tout d’un trait un plein verre à bière d’eau de Javelle. Pendant un quart d’heure elle n’éprouva aucun accident ; mais s’ètant placée sur son lit, elle eut immédiatement des convulsions qui durèrent une demi-heure. La connaissance était encore intacte ; mais après ce délai elle la perdit complètement, et resla dans cet état jusqu’à deux heures du soir ; elle fut alors portée à l’hôpital. C’est le 22 octobre , à neuf heures du matin , qu’elle prit le poison. Elle éprouve une douleur très vive et une sensation de chaleur intense dans le pharynx et dans toute 1 étendue de l’œsophage; le larynx est douloureux à la pression, ainsi que toute la région cervicale antérieure ; les lèvres sont un peu pâles; la muqueuse buccale est pâle; il n’y a pas d’ecchymoses apparentes; les amygdales ne présentent rien de particulier; la déglutition est difficile, douloureuse; la parole assez libre; la langue èst un peu sèche et blanchâtre; céphalalgie légère; peau chaude, un peu moite; pouls régulier à 76-78 ; la région épigastrique est douloureuse à une pression modérée; cette douleur commence au niveau de l’appendice xyphoïde et s’irradie dans toute la partie sus-ombilicale et un peu aussi dans la partie sous-ombilicale ; pas de selles depuis vingt-quatre heures; la malade urine facilement. (Un émétique, vingt sangsues à l'abdomen, de l’eau albumineuse et un lavement.)
La malade a eu plusieurs vomissements abondants de matières, dans lesquelles se trouve une grande quantité de flocons d'albumine coagulée; pas de selles ; nuit calme, mais sans sommeil ; pouls parfaitement normal; il y a un peu de moiteur à la peau ; le larynx n’est plus douloureux à la pression ; le ventre présente encore une sensibilité assez grande , surtout dans la direction du colon transverse : du reste il a son volume normal ; langue pile, un peu sèche ; pas de soif; pas de céphalalgie ; l’appétit revient. (Vingt sangsues sur le ventre, lavements soir et matin , solution de sirop de gomme , julep , diète.)
Le 24, la malade a eu beaucoup d’agitation pendant la nuit ; il y a de la céphalalgie, de la moiteur à la peau; pouls à 70-72; deux selles après Ips lavements; il n’y a plus de sensibilité au ventre; la langue est toujours un peu sèche. (Orge, sirop de guimauve, lavements, cinq bouillons.) Le 25, la malade va très bien. (A. Devergie, Médecine légale, pag. 322, t. ni, 2e édition.)
Il résulte de ces faits que le chlorure de soude agit à la manière des irritants énergiques, et qu’il détermine la mort en peu de temps s’il n’est pas vomi. Nous verrons bientôt qu’il est absorbé, et qu’on peut constater sa présence dans le foie, la rate, etc.
Traitement de l’empoisonnement.
On favorise les vomissements à l’aide de boissons mucilagineuses et albumineuses, et l’on combat l’irritation gastro-intestinale, suivant son intensité , par des saignées générales ou locales , et par tous les moyens antiphlogistiques employés en pareil cas.