‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 45 sur 107 · DE D’ARSENIC MÉTALLIQUE · texte numérisé non relu

DE D’ARSENIC MÉTALLIQUE

L’arsenic métallique doit être décrit avec soin, parce que, en définitive , dans toutes les recherches médico-légales relatives à l’empoisonnement par les divers composés arsenicaux , il est indispensable d’obtenir ce corps, pour conclure que la matière suspecte sur laquelle on a opéré était vraiment arsenicale.

I/arseuic. métallique se présente à nous sous trois états : en masse, sous forme d 'anneau et de taches. L’aspect physique de ce métal n’est pas le même dans ces différents cas , mais ses propriétés chimiques sont identiques ; dire le contraire , comme on l’a fait daus ces dernière temps , c’est prouver que l’on ignore les premiers éléments de la science. Lorsqu’on a soutenu que les taches arsenicales n’étaient

DK l’aUSENTC métallique. 303

„„ (lp ,,flrsenic c’est comme si l’on eût dit que l’or qui est appliqué Z 1 de porcelaine n'esl par de l’or, parce qu'il es, MM c.

11 «t solide, gris d'acier et brillant lorsqu'il est récemment préparé; sa texture est grenue et quelquefois écad-, icuse , sa dureté peu considérable , sa fragilité très grande ; son poids spécifique est de 5,189 ; il est insipide, et répand une légère odeur lorsqu’on ic frotte. Si on le chauffe en vaisseaux clos , il se sublime et cristallise en tétraèdres. S’U est pulvérisé, sa poudre est brûlante, à moins qu’elle n’ait été ternie par le contact de l’air. Mis sur des charbons ardents ou sur tout autre corps chauffé au rouge, il se volatilise en répandant une fumée noirâtre au moment où elle se forme , devenant blanche quand elle est disséminée dans l’air, et exhalant une odeur analogue 5 celle de l’ail. On le distinguera facilement de tous les corps connus h l’aide de l’acide azotique , alors même que l’on 11e pourra disposer que de quelques atomes; c est donc a toit que M. I)evergie annonce que si la proportion d’arsenic est faible il y auia lieu de se demander si c’est de l’arsenic ; et qu’il proscrit l’emploi de l’acide azotique. Que l’on chauffe une parcelle de ce métal avec deux ou trois gouttes de cet acide pur et concentré dans une petite capsule de porcelaine , il se dégagera du gaz bi-oxyde d azote , et 1 arsenic seia transformé en acide arsénique contenant à peine de 1 acide arsénieux , une ou deux minutes suffiront pour obtenir un résidu blanc , «i peine visible . composé des deux acides arsenicaux. Qu on laisse refroidit la capsule et qu’on touche ce résidu par une goutte d azotate d argent en dissolution très concentrée, à l’instant même il se formera de l’arséniate d’argent rouge brigue ; qu’une autre portion de ce résidu blanc soit dissoute dans l’eau bouillante, et qu’après avoir introduit la dissolution dans un petit tube de verre et l’avoir acidulée par une goutte d’acide chlorhydrique et autant d’acide sulfureux dissous dans l’eau , on la fasse traverser par un courant de gaz acide suif hydrique lavé, il se précipitera sur-le-champ du sulfure d’arsenic jaune serin, insoluble dans l’eau et soluble dans l’ammoniaque avec décoloration de la liqueur ; cette dissolution ne serait pas toutefois complète si le sulfure d’arsenic était mêlé de soufre.

Il n’existe aucun corps volatil qui se comporte ainsi avec l'acide azotique, l'azotate d’argent, l’eau, l’acido suif hydrique et l’ammoniaque.

Anneau et taches arsenicales. — Si les propriétés physiques de l’arsenic, sous ces deux états, diffèrent un peu décollés de l’arsenic en masse , la chaleur, l’acide azotique , l’azotate d’argent , l’acide sulfhydrique , etc. , agissent sur lui exactement comme il vient d’être

dit; je décrirai cet anneau et ces taches à l’article acide arsénieux. (Voy. p. 387 et 392.)

L’arsenic métallique est-il vénéneux ? Voici ce que je disais dans la première édition de cet ouvrage , en 1814.

« Bayen a donné à des chiens jusqu’à 4 grammes de ce métal ré- » cemment préparé sans que leur santé ait été sensiblement altérée. » Renault a fait prendre à ces animaux 8 grammes de mispickel (al- » liage formé d’arsenic et de fer) : ils n’ont jamais eu de nausées ni » de vomissements , et il n’est résulté aucun dérangement dans leurs » fonctions. Ce fait semble confirmer les résultats obtenus par Bayen , » mais il ne suffit pas pour mettre l’innocuité de l’arsenic métallique » hors de doute ; car, dans plusieurs expériences , il est arrivé que » l’administration de cette substance a causé la mort des animaux aux- » quels on l’avait fait prendre. Cet effet dépendait il de la facilité avec » laquelle l’arsenic se convertit en acide arsénieux dans l’estomac? »

Depuis cette époque j’ai été chargé, avec MM. Barruel et Chevallier, d’une expertise médico-légale dont les résultats établissent l’action vénéneuse de ce métal ; en effet , nous avons constaté que la matière extraite de l’estomac du cadavre de J. L. , soupçonné mort empoisonné, était formée d’un mélange à' arsenic métallique , d’oxyde de fer, de sable quartzeux et de paillettes de mica ; l’arsenic formait la moitié du poids de ce mélange, qui se présentait sous forme d’écailles à éclat métallique , dont quelques unes avaient la couleur gris d’acier, tandis que d’autres étaient irisées ; ces dernières avaient la plus grande ressemblance avec le cobalt ou l’arsenic métallique du commerce pulvérisé. Un gramme de cette matière administré à des chiens a déterminé les symptômes de l’empoisonnement par les préparations arsenicales , et les animaux sont morts au bout de dix heures ; nous nous sommes assurés que les liquides contenus dans l’estomac et dans les intestins de J. L. ne contenaient aucune trace d’acide arsénieux, eu sorte que l’empoisonnement avait été l’effet du métal à l’état pulvérulent. ( Rapport par MM. Orfila , Chevalliér et Barruel , Journal de Chimie médicale, année 1839, p. 3.)

L’observation publiée par M. Batilliat dans le Journal de Chimie médicale (année 1840, p. 33) , sous le titre d 'empoisonnement par l'arsenic métallique, n’est pas, à beaucoup près, aussi probante que celle dont je viens de parler, car il est évident que les accidents éprouvés par MM. S..., père et fils, après avoir bu du vin contenu dans une bon teille au fond de laquelle il y avait de l’arsenic métallique, dépendaient d’une certaine quantité d’acide arsénieux qui s’était formé aux dépens de ce métal qui avait été pendant huit mois en contactavec le vin.

DE D’ACIDE ARSÉNIEUX (Arsenic blanc, Onyde blanc, etc.)

L’acide arsénieux , administré à l’intérieur ou appliqué à l’extérieur a 1res petite dose , agit avec beaucoup d’énergie , et détruit la vie dans un espace de temps ordinairement très court. Quelle est l’action de ce poison , comment la mort survient-elle?

Expériences faites par Jœger (1). — 1° Les animalcules connus sous le nom d 'infusoires, et qui se trouvent dans les infusions végéialcs et animales , périssent dans l’espace de dix à trente minulcs lorsqu’on verse une demi-goutte de dissolution d’acide arsénieux dans le liquide qui les contient.

2° Les insectes, tels que les araignées, les mouches, etc., meurent subitement lorsque la dissolution d’acide arsénieux est introduite dans les organes digestifs , ou appliquée sur les parties molles extérieures. La mort est précédée de mouvements désordonnés des parties irritables et de l’augmentation des excrétions. Les larves des mouches vivent un peu plus long-temps que les insectes ayant subi la métamorphose.

3" La mort des crustacés, déterminée par ce poison (2) , est précédée d’une excrétion très abondante , môme dans les organes les plus éloignés du point où la substance vénéneuse a été appliquée. Les muscles sont violemment affectés et dans un élat alternatif de contraction et de repos. L’irritabilité est éteinte dès que les mouvements spontanés ont cessé.

li° Les vers, les sangsues, etc., périssent également par l’action de l’acide arsénieux; la partie qui est immédiatement en contact avec le poison meurt la première, et la vie s’éteint successivement dans les autres. La mort est toujours précédée d’excrétions fréquentes et de mouvements suivis de l’anéantissement de l’irritabilité.

5" Parmi les mollusques, les limaçons périssent de la même manière, surtout lorsque la dissolution arsenicale est appliquée sur la plaie résultant de l’ablation de la tôte ou des tentacules : cependant on aperçoit déjà dans cette classe d’animaux des effets différents, suivant la partie sur laquelle le poison a été appliqué ; mais dans tous les cas , il y a constamment augmentation d’excrétion et de mouvement qui est suivie de langueur, de l’anéantissement de l’irritabilité et de la mort.

G" Parmi les poissons , le saumon et le goujon , plongés dans une dissolution d’acide arsénieux , périssent d’autant plus vite que celle-ci est plus concentrée : du reste on observe les phénomènes que nous avons déjà décrits.

(1) Dmertalio inauguralis de elfectibus arsenici iu varias organismos , etc. Anclor Gcor. Friedcr. Jœger. Tubingæ, 1808.

(2) Jœger entend par crustacés la puce monocle , le cloporte et l’écrevisse de mer.

7° Les oiseaux semblent résister davantage à l’action de ce poison. Plusieurs de ces animaux ont vécu après avoir pris une dose d’acide arsénieux suffisante pour tuer des amphibies d’un égal volume. Voici les phénomènes cju’ils ont présentés après l’introduction de cet acide dans le canal digestif, dans la cavité abdominale , ou après son application sur le tissu cellulaire et sur les muscles : calme général ; clignotement des paupières; déjections alvines fiuides, quelquefois sanguinolentes ; mouvements spasmodiques du pharynx; contraction antipéristaltiquc de l’œsophage et de la poche, suivie de vomissements et d’un tremblement général; soif; érection des plumes et crispation des téguments. Si la dose du poison n’est pas assez forte pour les tuer, ils restent dans un état de langueur, perdent l’appétit, rendent une très grande quantité de matières liquides semblables au vert-de-gris, et finissent par se rétablir. Si au contraire la quantité d’acide arsénieux est assez forte pour les faire périr, ils éprouvent une grande faiblesse, et perdent l’usage des sens externes et des facultés intellectuelles; enfin la mort est précédée d’opisthotonos et de paralysie. Le, cœur, la trachée-artère, l’œsophage et les muscles dos membres, soumis à l’action de la pile voltaïque immédiatement après la cessation des mouvements spontanés, donnent encore quelquefois des signes d’irritabilité ; mais le plus souvent celte propriété s’éteint avec la vie , tandis qu’elle persiste pendant assez long-temps chez les mêmes espèces d’oiseaux que l’on a décapités.

8° L’acide arsénieux détermine constamment la mort de tous les mammifères. On observe d’abord que ces animaux sont tranquilles ; quelques uns cependant , tels que les chiens et les chats, poussent des cris, bâillent, éprouvent des mouvements spasmodiques dans les paupières , perdent l’appétit, sont dévorés par la soif, tremblent, vomissent des matières écumeuses, et évacuent par en bas des matières liquides abondantes; leur respiration est stertoreuse , leur marche vacillante, et il ne leur est guère possible de se soutenir sur les pattes; la respiration devient plus lente, et ils sont si peu irritables qu’il est impossible de déterminer la contraction de leurs paupières, même en les piquant avec une aiguille; la pupille est à peine dilatée ; ils sont en proie à des mouvements convulsifs, principalement dans les muscles extenseurs; enfin l’opisthotonos se manifeste et ne larde pas à cire suivi de la mort. Les cadavres offrent les muscles dans un grand état de contraction ; l’irritabilité des intestins, du cœur, des muscles volontaires, est entièrement ou presque entièrement éteinte.

Expérience ix'. — J’ai souvent administré à des chiens de moyenne taille 15 à 20 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 150 à 200 grammes d’eau distillée, et j’ai lié l’œsophage pour empêcher le vomissement. Les animaux sont morts au bout de trois, quatre ou cinq heures, après avoir éprouvé des accidents semblables à ceux qui viennent d’être indiqués à l’expérience 8e. L’ouverture des cadavres a été faite immédiatement a prè* la mort, et aussitôt j’ai soumis aux opérations chimiques, qui permettent de déceler l’arsenic, le foie, la rate, les reins, les poumons, le

DK l/ACIDK ARSÉNIEUX.

rœnr le cerveau ci les muscles , et j’ai constamment obtenu une plus ou mins crande quantité d’arsenic sous forme de taches arsenicales ou d’un anneau métallique. Ces résultats étaient très sensibles surtout lorsque j’opérais avec le foie. L’urine contenue dans la vessie de ces animaux m a souvent donné aussi de 1 arsenic.

Expérience xp. — J’ai introduit dans l’estomac d’un chien de. moyenne taille à jeun , 1 gramme d’acide arsénieux dissous dans 9b grammes d’eau distillée ; l’œsopbage a été lié aussitôt. Une heure vingt-cinq minutes après, j'ai ouvert l’abdomen et incisé l’aorte, afin d’obtenir une grande quantité de sang. Pendant cette opération, le canal digestif n’a pas été atteint par l’instrument, en sorte qu’il ne s’est écoulé aucune traie du liquide qu’il renfermait.

Le sang obtenu , dont je pouvais évaluer la proportion à 240 grammes, a été desséché dans une. capsule de porcelaine et mélangé avec son poids d’azotate de potasse pulvérisé; le mélange a été enflammé dans une bassine de fonte et traité par l’acide sulfurique concentré, comme il sera dit en décrivant le procédé auquel je donne la préférence.

Le produit liquide obtenu , mis dans 1 appareil de Marsh , a donne une quantité notable d’arsenic.

Le foie , la rate , les reins, le cœur, les poumons et le cerveau, traités de la même manière et séparément , après avoir été parfaitement lavés avec de l’eau distillée , et débarrassés , autant que possible. , du sang qui les mouillait, ont également fourni de l’arsenic; le cerveau en contenait à peine; il y en avait un peu plus dans les poumons; le cœur et les reins en renfermaient davantage , et à peu près autant l’un que 1 autre ; le foie

et la rate en donnaient encore plus que les autres viscères.

Les muscles et les os du même cadavre, après avoir bouilli pendant six heures dans environ douze litres d’eau distillée, ont fourni une liqueur que l’on a passée à travers un linge et que l’on a fait évaporer jusqu’en consistance de sirop épais; dans cet état on 1 a mélangée avec 256 grammes environ d’azotate de potasse solide, finement pulvérisé; la masse enflammée dans une bassine de fonte, et traitée par l’acide sulfurique, a donné une quantité notable d'arsenic dans l’appareil de Marsh.

Expérience xi'. — On appliqua 35 centigrammes d’acide arsénieux sur une plaie faite au dos d’un lapin. Peu de minutes après, l’animal était languissant; la respiration était courte et accélérée, le pouls faible et imperceptible, les extrémités postérieures paralysées; il devint insensible et immobile ; mais il avait de temps en temps des mouvements convulsifs ; il mourut cinquante-trois minutes après l’application de l’acide arsénieux. A son ouverture , on trouva le cœur se contractant encore , mais très faiblement, et avec lenteur; son action ne put pas être prolongée par l'insufflation d’une portion d’air dans les poumons. La membrane interne de l’estomac était légèrement enflammée (1).

Expérience xtr. — Si l’on applique 25 ou 30 centigrammes d’acide

I) Ranimt , P h il oy np h ira i 'J'rnnsucltons, année I S I ? oivraee déjà clé .

arsénieux à l’extérieur du corps d’un animal de moyenne grosseur, on détermine la mort en dix-liuit ou vingt heures. Les symptômes sont analogues à ceux qui résultent de son administration intérieure : douleurs anxiétés, nausées, vomissements répétés, déjections quelquefois sanl guinolentes , convulsions dans quelques cas, abattement, syncopes plus ou moins répétées, insensibilité générale et la mort. Quelquefois, lorsque la quantité d’acide appliqué est peu considérable , les symptômes dont je parle ne se manifestent pas, et l’on n’observe qu’un engourdissement et une insensibilité semblable à celle que produit le sublimé corrosif. Il en est de môme quand l’acide est injecté dans les veines.

A l’ouverture des cadavres, on trouve, d’après M. Smith, l’estomac constamment enflammé, tantôt avec, tantôt sans ulcérations; le fond de ces ulcères est couvert de sang caillé qui leur donne l’apparence gangréneuse; les intestins grêles sont remplis de bile mêlée à une assez grande quantité de mucosités ayant une odeur fétide; le duodénum offre quelquefois des ulcérations analogues à celles de l’estomac ; les rides du rectum sont ulcérées.

Le cceui , dont le tissu n est pas lésé , paraît toujours plus flasque que dans l’état naturel ; il est quelquefois plus rouge qu’à l’ordinaire , et offre des taches vermeilles ou noires, larges, dans le ventricule gauche, et dont quelques unes se prolongent de 2 millimètres dans le tissu charnu; il en est aussi qui occupent la base des colonnes charnues les plus grosses.' Les poumons semblent un peu gorgés de sang. Le cerveau n’offre°aucune altération. (Smith, Dissertation inaugurale sur l’usage et Valus des caustiques, soutenue a Paris en 1815.)

Expérience xiii0. — A onze heures du matin, j’appliquai 15 centigrammes d’acide arsénieux solide sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit carlin ; le lendemain matin , l’animal n’offrait de remarquable qu’une grande accélération dans les battements du cœur ; il mourut dans la nuit. Le cadavre était roide ; la membrane muqueuse de l’estomac, de couleur naturelle, ne présentait que deux petites taches noires presque ulcérées près du pylore ; les tuniques du canal intestinal paraissaient dans l'état naturel. Les colonnes charnues du cœur étaient parsemées de taches d'un rouge foncé , presque noires : on en voyait aussi quelques unes sur les valvules mitrales et tricuspides. Les poumons , le foie et le cerveau ne semblaient pas altérés.

Expérience xtv1'. — La même expérience, répétée avec 1 décigramme d’acide arsénieux pulvérisé, a amené la mort au bout de vingt-quatre heures. On voyait sur les plis de la membrane muqueuse de l’estomac , près du pylore , plusieurs ecchymoses de la largeur d’une grosse lentille , et entre ces plis, un état pointillé qui paraît être le premier degré de l’ecchymose; mais nulle part on ne découvrait des traces de ramollissement ni d’ulcération.

Expérience xve. — Un autre chien, empoisonné comme le précédent, mourut au bout de trente-quatre heures; la membrane muqueuse de l’estomac , de couleur naturelle , n’était pas ramollie, et offrait au milieu de

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sa face postérieure une ulcération de la largeur d’une pièce de 50 centimes, et trois plus petites dans le voisinage du pylore, sans la moindre trace d’ecchymose.

Expérience xvic. — Un décigramme du môme poison fut appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien robuste. Six heures après, l’animal était dans un grand état d’abattement; il mourut le lendemain. A l’ouverture du cadavre , on ne découvrit aucune trace de lésion organique.

Expérience xvu'. — A onze heures du matin , j’appliquai sur le tissu cellulaire du dos d’un chien faible, 20 centigrammes d’acide arsénieux solide : l’animal vomit au bout d’une demi-heure , et mourut à quatre heures, sans avoir éprouvé d’autre symptôme que de l’abattement. A l’ouverture du cadavre qui fut faite immédiatement après la mort , on ne découvrit qu’une rougeur marquée de la valvule mitrale du cœur. Le foie , la rate , les reins , les poumons , le cœur, le cerveau , le canal digestif, les [muscles , soumis séparément aux opérations qui permettent de déceler la présence de l’arsenic , et qui seront décrites plus loin , donnèrent des taches arsenicales plus ou moins nombreuses ; on en obtint surtout du foie , de la rate et des reins.

Expérience xviiic. — Le 30 juillet 1840 , à dix heures du matin , j’appliquai sur la cuisse d’un chien robuste et de moyenne taille 12 centigrammes d’acide arsénieux finement pulvérisé ; à midi et demi, j’injectai dans l’estomac 500 grammes d’eau tenant en dissolution 10 grammes de nitre et 20 grammes de vin blanc ; cette injection fut renouvelée trois lois, à deux heures , à trois heures et demie et à cinq heures. A six heures un quart, l’animal, qui n’avait pas vomi, urina considérablement. On lui lit prendre 500 grammes d’eau de Seltz ; il urina abondamment pendant la nuit. Le lendemain , il paraissait bien. A neuf heures et demie , on injecta 750 grammes d’eau de Seltz. A midi, il urina abondamment, sans éprouver d’accident notable ; il urina encore beaucoup pendant la nuit. Le 1" et le 2 août , on lui administra cinq fois, tantôt 500 grammes, tantôt 800 grammes de l’une des boissons précitées, ce qui détermina l’expulsion d’une quantité considérable d’urine. Ce liquide, analysé depuis le commencement de l’empoisonnement aussitôt qu’il était rendu , fournit chaque fois des taches arsenicales nombreuses. Le 10 août, lorsque l’animal mangeait avec appétit, et qu’il était parfaitement rétabli, on le pendit, et il fut impossible de déceler la moindre trace d arsenic dans le foie , la rate , les reins , les poumons , le cœur, etc.

Expérience xix'. — J’ai souvent introduit dans l’estomac ou dans le rectum de cadavres déjà froids de chiens ou de l’homme 2 ou 3 grammes d’acide arsénieux dissous dans h à 500 grammes d’eau distillée, et j’ai examiné les divers viscères au bout de huit, dix, quinze ou vingt jours. Constamment j’ai pu reconnaître les edets de Yimbibition cadavérique : les tranches du foie ou des autres organes qui touchaient le canal digeslif , coupées avec soin et analysées , fournissaient de l’arsenic, tandis que je n eu retirais pas sensiblement , ou môme pas du tout , des tranches qui

DliS l'OISONS 11UUTANTS.

n’avaient pas été en contact avec ce canal. Si le cadavre était resté couché sur le dos, lorsque l’acide arsénieux avait été introduit dans l’estomac, je retirais ce métal de la moitié gauche du diaphragme et du lobe inférieur du poumon gauche, tandis que je n’en obtenais pas des autres portions du diaphragme ni du poumon droit.

Observation lrc. — Le docteur A. Cazenave , agrégé distingué de la Faculté de médecine de Paris, qui a si souvent administré les préparations arsenicales, et qui a suivi pendant si long-temps la pratique éclairée de Biett , sur ce point, à l’hôpital Saint-Louis, m’a transmis des détails propres à éclairer la question qui m’occupe. « L’arsenic, qui paraît avoir d’ailleurs une action spéciale sur l’estomac et les intestins, dit-il, doit être placé à la tête des agents de la médication tonique- simulante. Les résultats obtenus par la voie expérimentale sont tout-à-fait d’accord avec ceux que fournit l'observation pathologique, llarles en a fait prendre à des adultes sains, depuis 2 jusqu’à 16 milligrammes. Nous l’avons donné, M. Biett et moi, à un très grand nombre d’individus qui se trouvaient dans des circonstances analogues, c’est-à-dire qui étaient atteints d’une éruption chronique, sans dérangement de la santé générale, sans trouble des fonctions; nous administrions 2 à 6 milligrammes d 'arseniate de soude.

» Sous l’influence des premières doses, il survient un sentiment de conslriction à la gorge, quelquefois un mouvement fébrile plus ou moins fort, remarquable, dans quelques circonstances, parles variations du pouls; celui-ci est alternativement mou, faible, serré, fréquent, etc.; mais bientôt après il y a augmentation de la chaleur de tout le corps, qui devient plus sensible à mesure que l’on élève la dose. Ce phénomène est surtout très saillant dans les maladies chroniques de la peau. Sous l’inllucnce des préparations arsenicales, les plaques malades se gonflent, s’animent, s’échauffent, la vie y devient plus active; il s’établit un travail de résolution, qui souvent amène très promptement la disparition de ces plaques. L’appétit est augmenté; ce phénomène est presque instantané. Si on élève la dose, il est remplacé par les suivants : perle d’appétit, vomituritions, nausées, soif, constipation ou évacuations alvincs plus fréquentes. La sécrétion de l firme est augmentée , ou bien il y a augmentation de sueur. Il se manifeste aussi une salivation plus ou moins abondante.

» Tels sont les principaux symptômes qui suivent presque constamment l’emploi des préparations arsenicales : or ce sont ceux des agents de la médication tonique-stimulante; ils ne peuvent laisser de doute sur le mode d’action de l 'arsenic, qui ne peut être considéré qu à ce titie, au moins sous le rapport thérapeutique.

» Ce qui le démontre encore ce sont , 1“ les applications qui en ont été faites; ainsi , c’est un médicament précieux dans le traitement des fièvres intermittentes, des névroses, des maladies chroniques de la peau, etc. , toutes affections pour le traitement desquelles on a recours le plus ordi-

„t \ ,Ips médicaments dont les effets immédiats sont ceux des agents

nalremcnt. 2„ le caractîite des symptômes qui traduisent

TSZ irfTcî. symptômes consistent dans un état fébrile, h «h» leur dc la peau , la rougeur de la langue , et plus tard , u on pio onge ™„ pti dcï'am nie, o. si l’on .»*»««. I» dose , la doukur du n », «7dd<oic,,,en. ; 3- lo mu «w 1 o» r.d do r«o*r ““7.,*^

agents calmant s . aloniques , tels que la ciguë, 1 opium etc., 4 Yarsenk para,, joue, d.na les «ta, dc M», f effets immédiats sont ceux des médicaments simulants, 5 la natu des symptômes locaux et généraux qui suivent son application et le mode de traitement par lequel on le combat avec avantage (1 érysxpèle, le gonflement considérable , la douleur, la finie , le ddi >e vomissement qui cèdent promptement aux boissons acides, aux évacuations sanguines locales ou générales); 6° la nature du traitement qui a été généralement admis pour remédier aux accidents dctei minés pa l'arsenic, à doses toxiques, traitement qui partout a toujours etc composé, sinon d’évacuations sanguines, au moins, de médications cm lientes, aloniques, antiphlogistiques.

» En résumé, dit M. Cazenave, la lecture des auteurs qui se sont occupés de l’arsenic , l’expérience et l’opinion de M. Biett, mon maître , les observations très minutieuses que j’ai faites moi-même, 1 etude attentive des travaux et des discussions toxicologiques récentes, me laissent convaincu que l’arsenic est un agent sthénique, et toutes les fois que je serai à même de constater des accidents qu’il aurait produits, je n hésiterai point à lui opposer les remèdes dits antiphlogistiques , et au besoin les

évacuations sanguines. »

Observation 2e. — Le docteur Sclicdel résume ainsi les effets qu il a observés à l’hôpital Saint-Louis, sous la direction de Biett : « J’ai constamment vu que les symptômes généraux qui se développent chez les malades atteints de maladies chroniques de la peau , et auxquels on administrait l’arsenic à doses très fractionnées, sont de nature sthénique ou

excitante. Lorsque cet état est porté à un certain degré, Ion remarque

tous les symptômes dc la lièvre inflammatoire dc Pinel : il y a rougeui et chaleur à la peau ; le visage est fortement coloré , le pouls est plein ,.dur et accéléré ; il y a de l’agitation, dc la soif , et tous les accidents sont calmés très promptement par l’emploi de la saignée.

>, Je ne parle ici, je le répète, que de malades chez lesquels les piepaialions arsenicales ont été employées à doses très fractionnées, et de manière à ne donner lieu ii aucun symptôme d’irritation gastrique. Beaucoup dc malades ne présentent souvent aucune trace d’excitation; mais lorsque ces accidents se développent, ces accidents sont essentiellement de nature sthénique.

» Tous les médecins qui ont administré l’arsenic à doses très minimes savent qu’il convient d’en diminuer la dose à mesure que le traitement avance. L’arsenic paraît en effet s’accumuler dans l’économie , et c’est probablement sur le système sanguin que ses effets nuisibles se font sen-

IMiS POISONS IRRITANTS.

tir ; mais toujours est-il que ces accidents disparaissent promptement par l’emploi de la saignée et des antiphlogistiques. Quant aux alcooliques et aux excitants, je crois que c’est se jouer de la vie des hommes que de les administrer en face d’une aussi vive excitation.

« Pour juger de l’action constitutionnelle de l’arsenic il me paraît nécessaire de le donner ainsi qu’il a été employé chez les malades dont j’ai l’honneur de vous entretenir (c’est-à-dire à doses très fractionnées). L’on obtient alors une action lente et progressive, et les accidents qui se montrent proviennent d’une sorte d’imprégnation de tous les tissus. Il serait impossible d’admettre en ce cas, ainsi qu’on pourrait le faire dans un cm • poisonncm tnt par une certaine dose d’arsenic , que les symptômes inflammatoires observés proviennent, non de l’action constitutionnelle du poison , mais bien des lésions produites par son contact avec les membranes muqueuses.

«Veuillez, monsieur et très honoré doyen, excuser cette communication d’une personne qui vous est inconnue; mais en vérité je me sens tellement convaincu de la fausseté d’une théorie qui attribue une action asthénique à l’arsenic, que je n’ai pu m’empêcher d’élever la voix, et de rappeler des faits pratiques devant l’autorité desquels une théorie contraire doit s’écrouler. » ( Lettre du 26 mars I8/1O. )

Observation 3e. — M. Tonnelier fut appelé, le 9 nivôse an x, à onze heures du soir, chez madame h***, pour donner des secours à sa fille, âgée de dix-neuf ans, qu’on annonça être dans un état cruel. Il la trouva en effet dans un abattement extrême. Agenouillée sur le plancher de sa chambre, la tète appuyée sur les bras de son frère, elle ne pouvait pas se soutenir ; son visage était inégalement rouge et couvert de sueur ; ses yeux étaient enlr’ouvcrts, injectés, remplis de larmes, ses paupières bordées d’un rouge vif, sa voix presque éteinte , sa respiration courte, fréquente, • plaintive ; elle éprouvait dans l’estomac des douleurs horribles, semblables à celles qu’aurait produit du feu , et elle faisait des efforts extrêmement pénibles pour vomir. Il y avait quatre heures qu’elle était dans cet état. Interrogée par M. Tonnelier, elle avoua qu’elle avait pris de l’arsenic (acide arsénieux) dans la matinée. On croit que c’est vers onze heures du malin qu’elle prit ce poison dans une soupe qu’elle avait faite pour son déjeuner. Cependant il ne se manifesta aucun accident très fâcheux avant le soir ; dans la journée elle avait offert différentes fois des changements de couleur au visage, et quelques autres signes d’une personne qui souffre et qui est dans l’inquiétude ; mais elle s’était efforcée de cacher sa douleur, et même de montrer un visage serein. Elle avait dîné assez bien à deux heures; à sept heures du soir, des vomissements se déclarèrent avec une extrême violence; à huit heures, elle eut une légère convulsion qui dura plusieurs minutes , ensuite les vomissements reprirent avec la môme violence qu’auparav.mt. Comme elle avait refusé de boire, la matière des vomissements se réduisait à peu de chose : elle était composée d’une partie de son dîner, d’une matière visqueuse, quelquefois sans couleur, quelquefois d’un jaune pâle, d’un peu de salive

tourneuse et de quelques stries de sang. La malade lut mise dans son lit d’après les conseils de M. Tonnelier. Son pouls était petit , inégal , irrégulier, très fréquent. L’épigastre était d’une sensibilité excessive et il vivait aussi des douleurs très vives dans le canal intestinal. La déglutition était déjà très difficile : cependant on vint à bout de la faire boire copieusement ; elle vomit , par ce moyen , plus facilement et sans interruption jusqu’à une heure : alors les vomissements cessèrent pendant une dizaine de minutes; la malade s’appuya sur son oreiller; elle parut s’endormir; on l’entendit même ronfler. Mais bientôt une secousse d estomac la réveilla, et les vomissements reprirent jusqu’à deux bernes.

Son état devint de plus en plus fâcheux.

A deux heures un quart, nouvelle apparence de sommeil pendant huit minutes, ronflement, respiration plus lente, hoquets, vomissements pendant un quart d’heure , froid du visage , des mains et des avant-bras ; cris par intervalles , agitation extrême, contorsion de tous les membres; une selle spontanée, qui était la deuxième depuis l’invasion des accidents. A trois heures , un peu de calme ; elle prie les assistants de ne point parler de son malheur. La respiration devient plus lente encore ,

le froid augmente , nouveaux signes d’agitation, rêvasseries; le pouls est

insensible. A quatre heures, elle ouvre les yeux et se plaint de ne pas voir la lumière ; elle gémit sur son sort ; ses bras sont comme moi ts. A cinq heures, le visage est glacé, le nez et les lèvres sont violets, les battements du cœur presque totalement insensibles; un râle léger sui-

vient, et la mort. ,

Cette jeune personne, tourmentée par le chagrin, avait déjà tente deux fois de se détruire par le poison. Neuf mois auparavant, M. tonnelier, appelé pour lui donner des secours, la trouva dans un état assez semblable à celui que je viens de décrire ; mais les symptômes avaient un degré d’intensité beaucoup moindre, sans doute parce que la dose du poison avait été très petite. La malade se rétablit en peu de temps , à l’aide de boissons mucilagineuses : seulement il lui resta une douleur vers la partie inférieure droite de l’estomac, dont elle se plaignit dans la suite constamment. Quant au second empoisonnement, il fut

moins grave encore que le premier.

Ouverture du cadavre. — A l’extérieur, contraction des muscles de la face, roideur insurmontable des membres, couleur violette plus ou moins foncée des jambes , des cuisses , des reins et du dos ; visage pâle , lèvres violettes; chaleur assez marquée du cadavre vingt-six heures après la mort.

A l’intérieur, les poumons étaient extraordinairement gorgés de sang dans les deux tiers de leur volume et surtout à leur partie postérieure. Les tranches qu’on en sépara présentaient un tissu compacte assez dur, d’où suintait, à la moindre pression , du sang, sans apparence de bulles d’air, par une multitude de petits points. Les parties antérieures des poumons étaient rougeâtres à leur superficie, mais du reste assez élastiques et remplies d’air. Les deux ventricules du cœur contenaient du sang

extrêmement noir ; le ventricule aortique en renfermait un peu plus que l’autre. L’estomac était très distendu par le liquide dont il était encore rempli; sa surface externe présentait une infinité de petits vaisseaux injectés de sang. 11 en était de même du canal intestinal , tant à sa surface externe qu’à sa surface interne, dans quelques points de son étendue. Le foie et la rate étaient aussi très gorgés de sang. L’estomac ayant été vidé et ouvert d, ns toute son étendue, offrit une surface grenue, déterminée par le volume augmenté des glandes muqueuses dont la couleur était noirâtre , tandis qu’elle-même était d’un rouge plus ou moins foncé et parsemée çà et là , principalement vers l’ot ilice pylorique , de plaques extrêmement noires; l’épiderme de la membrane muqueuse avait été entièrement enlevé : on voyait à l’orifice cardiaque une ligne de démarcation qui, surmontant d’une manière plus sensible que dans l’état naturel le niveau de la surface interne de l’estomac, prouvait bien cet enlèvement : au reste il n’y avait aucune érosion piofondc. Deux jours après l’ouverture, la couleur rouge avait presque totalement disparu, et la couleur noire s’était changée en un rouge foncé.

On trouva dans le liquide qu’on avait retiré de l’estomac un kyste formé, selon Dupuytren , par une expansion de la membrane muqueuse de l’estomac, dans laquelle on pouvait encore voir des vestiges de vaisseaux; il avait environ l\ centimètres de long, 2 centimètres de diamètre, et scs parois avaient à peu près 1 millimètre d’épaisseur : de la face intérieure de ce kyste partaient des cloisons minces, d’apparence celluleuse, et qui renfermaient, dans des espaces distincts, les fragments inégaux d’une matière cristalline qui, soumise à divers essais faits successivement par Dupuytren et par Vauquelin , offrit tous les caractères de ['arsenic ( acide arsénieux). Le savant chirurgien que je viens de citer pense que la production de ce kyste lient aux deux empoisonnements antérieurs à celui qui a terminé la vie : cette opinion lui parait d’autant plus fondée que la malade ressentait des douleurs constantes à l’endroit de l’estomac correspondant à celui où le kyste fut trouvé (1).

Observation Zi". — Le 22 avril dernier, la nommée Mcnbiille , fille d’environ vingt-sept ans, trouva malheureusement le moyen de se procurer de l’arsenic; on le lui donna en masse, je ne sais à quelle dose. Elle en croqua sous ses dents une partie de la journée, et en mit de petits fragments dans un verre d’eau qu’elle avala. Mais on la surprit : ce qui resta au fond du verre décela son dessein funeste, et , après avoir nié long-temps que ce fût de l’arsenic, elle fut convaincue par un morceau de la grosseur d’une aveline qu’on trouva encore dans sa poche, et qui paraissait avoir été rongé.

Pendant quelques heures, cette fille, obstinée dans son projet exécrable, refusait opiniâtrement toute espèce de secours. Elle protesta n’avoir pris que très peu de poison. Elle avait l’air de la plus grande

(1) Journal de Médecine, Chirurijie ei Pharmacie , par Corvisart, Leroux et Boyer, t. iv, an x, p. 15.

UE L’ACIDE AltSÉNlELX.

tristesse , et sa physionomie exprimait le chagrin et la morosité. 11 fallut

lui faire avaler de force de l’eau, de l’huile, du lait.

j’arrive dans- ce moment, vers six heures du soir. Quand, après bien des instances, je lui eus arraché son fatal secret, et que j’eus comparé avec la très petite quantité de poison qu’elle m’avoua avoir prise, la légèreté des symptômes dont je la vis affectée, j’avoue que je fus dupe de sa fausse confession, et que j’espérai que le délétère avalé eu petites masses, pat conséquent point dissous, et attaquant ainsi moins de points dans le velouté de l’estomac, pourrait être plus aisément évacué, et ne produirait dans cet organe que des érosions légères.

Je me croyais d’autant plus fondé à espérer que cette malheureuse (il c pourrait èlre sauvée d’un suicide prémédité, que je la vis enfin cédei de bonne grâce à mes instances pour boire abondamment, demander à parler à son directeur, affecter un air sûr et tranquille , et ne souhuilei autre chose que du repos, m’assurant qu’elle ne souffrait absolument aucune douleur : en effet, l’ayant examinée très attentivement, elle était fraîche; son pouls était tranquille et point serré, sa bouche naturelle, sans la moindre excoriation, sans enflure, sans ptyalisme; point de spasme à la gorge ni à la mâchoire, point de gonflement d'estomac ni de ventre, point de nausées. Elle n’avait point eu de vomissements avant mes secours; mais elle eu eut beaucoup après, et ils s exécutaient avec la plus grande aisance : chaque vomissement était suivi de poison, partie à demi dissous , partie en petits fragments encore durs , et de la giosseur de grains de millet.

Je commençais, d’après la quantité que mirent sous mes yeux les^vomissements, à me délier de la sincérité de la malade dans l’aveu qu elle m’avait fait. Elle me parut, vers huit heures seulement, souffrir de l’estomac; il semblait que ma présence et mes soins lui étaient tiès à charge; elle ne sollicitait instamment que mon éloignement. Elle demanda ses poches à plusieurs reprises; je les iis fouiller; on y tiouva beaucoup d’arsenic en petits morceaux, mêlés avec de la mie de pain sèche. Je lis donner, dans un verre de lait et d’eau de guimauve, U grammes de sel d’absinthe, et j’en fis dissoudre une égale dose dans deux où trois verres qui restaient : la malade avait pris tout cela à dix lient es, et avait beaucoup vomi , et toujours de la substance arsenicale. J eus soin, dans la même soirée, de. lui faire administrer plusieurs lavements gras.

Vers les onze heures, elle affecta une tranquillité plus grande que jamais. Elle s’était retournée sur le côté, et me témoigna la plus grande envie de dormir. Elle était toujours dans le môme état de tranquillité apparente que j’ai décrit plus haut , au premier quart d’heure où je 1 avais vue. On lui donna des lavements cl on lui lit boire du lait coupé jusqu’à trois heures du malin , qu’elle s’assit sur son séant , se plaignit un peu du mal d’estomac , et expira sans la moindre agonie.

L’ouverture fut faite le lendemain. Le cadavre découvert, nous apeiçûtnes un hou nombre de taches livides, surtout autour de la bouche,

dlü MS POISONS IRRITANTS.

fia cou, des clavicules et du sein droit. Le bas des fausses côtes offrait aussi à la vue plusieurs petites ecchymoses.

L’œsophage et l’estomac ouverts nous offrirent un grand engorgement et une dilatation variqueuse dans les vaisseaux de ces parties. La cavité du ventricule contenait une assez grande quantité d’une liqueur brune qui ne nous parut être que le résidu des boissons que la malade avait prise la veille. Nous trouvâmes de plus un repli ou froncement au cardia, rempli d’un gros caillot de sang et d’une mucosité contenant plusieurs fragments d arsenic blanc a demi dissous et de la grosseur de grains de millet, tels que, la veille, nous en avions vu rejeter à la malade. Le canal intestinal était vide ; ses vaisseaux étaient très distendus et engorgés : nous y reconnûmes aussi, mais moins abondamment que dans le ventricule, de petits morceaux d’arsenic encore durs, mais dont la dissolution, commencée sans doute depuis le sac alimentaire , a été aussi la cause, par sa causticité , de la mort prompte de la malade.

Les autres viscères du bas-ventre. et de la poitrine n’ont offert rien de particulier à nos recherches.

D’après ce procès-verbal d’ouverture, il est certain que la fille Maibielle est morte empoisonnée par l’arsenic; mais en comparant les symptômes avec l’événement fatal, quel est le mode de destruction qu’a éprouvé ici la nature? Point de vomissements vifs, point de signes de fortes douleurs , point de convulsions , peu de soif, point de sécheresse à la bouche. La mort pourtant a suivi de près (1).

Observation 5e. — JV1***, âgé de quarante-cinq ans environ , dans le délire d une passion violente , prend, vers huit heures du matin, enviton 12 grammes d acide arsénieux en poudre, étendu dans un verre d eau , et sort immédiatement après pour faire ses adieux à ses amis , en déclarant qu’il vient de s’empoisonner. On reconnaît une poudre blanche dans le liquide qu’il a bu sous les yeux de sa nièce , qui est l’objet de son amour ; on s’adresse à un homme de l’art pour constater la nature de cette substance, qui est véritablement de l’acide arsénieux; on fait pendant deux heures des recherches inutiles pour trouver M***. Enfin il rentre chez lui vers dix heures ; on lui représente tous les dangers de sa position ; il convient qu’il a avalé 12 grammes d’acide arsénieux, et il consent à prendre en trois doses et ù demi-heure d’intervalle, 15 centigrammes de tartrate de potasse et d’antimoine : ce sel est donné sans aucun résultat. On administre beaucoup de lait et de boissons inucilagineusesqui ne tardent pas à déterminer l’évacuation de la majeure partie des liquides ingérés. On ne crut pas nécessaire d’examiner leur nature chimique, parce qu’il était suffisamment constant, par l’aveu du malade , qu’ils contenaient de l’acide arsénieux. A une heure , M***, qui jusque là avait peu souffert, se plaignit d’un resserrement douloureux à la région épigastrique, de chaleur brûlante, de soif; la figure était altérée; les traits

«;-(0 Observation rapportée par Laborde, médecin, Journal île Médecine, t. i.xx , p. St), année 1787.

DE I.’ACIDE ABSÉNIEUX.

--innés le pouls accéléré. Ces symptômes devinrent bientôt plus infZes-’les parois de l’abdomen semblaient contractées vers la colonne vertébrale ; le pouls était petit, serré, intermittent, la face décomposée ; à quatrc heures , sueurs froides de la face et des extrémités , pouls à peine perceptible. Mort à cinq heures du soir.

Ouverture du cadavre. Les traits conservent encore l’expression de souffrance de la veille. Le ventre ne contient aucun liquide épanché; tous les viscères de l’abdomen ont l’aspect naturel; la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins ne présente dans toute son étendue aucune inflammation, aucune rougeur , aucune altération de texture; une matière purulente , mêlée avec une portion des boissons administrées , fut recueillie en assez grande quantité et séchée : la plus grande partie était renfermée dans l’estomac ; on en trouva une très petite portion dans le duodénum : elle offrait les caractères de l’acide arsénieux. ( Missa , de Soissons. )

Observation 6e. — Un homme, âgé d’environ quarante-cinq ans,

buvait souvent près d'un litre d’cau-de-vic par jour. Le 2 juillet 1821 , vers trois heures de l’après-midi, il conçut le dessein de s’empoisonner en prenant de l’acide arsénieux , et il en avala aussitôt une assez grande quantité. Dès que sa famille s’aperçut du malheur, elle appela un chirurgien, qui, d’après la tranquillité du sujet, était disposé à douter de l’accident; mais il vit le poison dans la bouche du malade qui le croquait. Cet homme ne voulait point de secours et menaçait de son couteau ceux qui tentaient de l’approcher. 11 but du lait , de l’huile, du cidre,-», de l’eau. D’après le rapport des assistants, il n’eut aucun vomissement jusqu’à huit heures moins un quart du soir; il fut aussi calme qu’on pouvait le désirer : les extrémités devinrent ensuite froides, les jambes se fléchirent convulsivement sous les cuisses, et la mort arriva peu d’instants après le vomissement.

Ouverture du cadavre. — La face était peu altérée,. les yeux encore assez brillants; le ventre, loin d’être météorisé, paraissait plutôt resserré sur lui-même. Toutes les parties postérieures du tronc et les extrémités étaient d’un rouge violet. L’intérieur de la bouche , du pharynx, de l’œsophage, était blanchâtre, et la membrane muqueuse se détachait facilement en lambeaux ; les points que touchaient dans cette partie des parcelles d’arsenic n’étaient pas différents en couleur du reste de la membraneJL’estomac offrait à l’extérieur sa forme et sa couleur naturelles; les vaisseaux de sa grande courbure étaient à peine engorgés ; ils contenaient des fluides dont la nature variait ainsi que la quantité : à la grande courbure et aux orifices , c’était une mucosité sanguinolente , ailleurs une mucosité jaunâtre; de gros et longs grumeaux d’arsenic, enveloppés de mucus sanguinolent, se voyaient auprès des deux orifices; la membrane muqueuse était très enflammée et rouge comme du sang dans une grande partie de son étendue. Le duodénum ne contenait qu’une mucosité blanchâtre ; il paraissait parfaitement sain , ainsi que tous les autres intestins, qui , resserrés tous, surtout les grêles, renfer-

iltS DES POISONS IRRITANTS.

maient un liquide qui avait l'odeur du cidre. La vésicule du fiel était pleine. Les poumons étaient d’un violet beaucoup plus foncé que de cm. turne dans toutes leurs parties. L’oreillette droite et le 'ventricule droit du cœur étaient pleins d’un sang fluide et noirâtre; les deux autres ca vités de cet organe étaient vides. Les autres viscères n’offraient rien d’extraordinaire. Cette observation est remarquable par le calme que témoigna le malade et par la légèreté apparente des symptômes , que suivit une mort si prompte. (Gérard, de beau vais. Bulitin de la Société medicale d Emulation , décembre 1821.)

Observation T.-Macc et Gavai,' écrivains publics, vivant en commun du produit de leur travail, trouvèrent dans leur chambre trois cervelas et un morceau de pain enveloppés dans du papier ; ne sachant pas comment ces aliments avaient pu être introduits chez eux ils n’osèrent pas d’abord en manger : cependant le dimanche soir 29 fui. let 1822 . n’aya»t rien pour souper, ils ,’y décidèrent et mangèrent le morceau de pain , chacun un cervelas , et entamèrent même le troisième Deux ou trois heures après, ils commencèrent à éprouver des coliques et des envies de vomir ; pendant toute la nuit les coliques augmentèrent des vomissements eurent lieu. Un pharmacien qu’ils allèrent consulter leur fit boire beaucoup de lait ; mais les coliques, les vomissements ne cessèrent pas. Le lendemain , à dix heures, ils se présentèrent à la consultation publique de l’IIôtel-Dieu.

Goval paraissait peu souffrant ; son visage , le son de sa voix, n’étaient pas altérés ; il dit qu’il avait eu de très forts vomissements et d’abondantes évacuations ; mais il ne tarda pas à se rétablir. Macé marchait avec peine, le corps courbé, la figure pâle, portant l’empreinte de la plus profonde douleur. Dans la journée, il eut plusieurs évacuations alvines, de fréquents vomissements de matières liquides jaunâtres qui furent recueillies ; I épigastre était très douloureux à la pression , la face grippée Le malade était dans un état d’agitation et de contraction continuelles; il ne pouvait tepondie que par monosyllabes aux questions qu’on lui faisait. On lui administra une grande quantité de décoction de graine de lin et de racine de guimauve. Le soir, même état de souffrance. ( Potion calmante , plusieurs lavements avec addition de huit à [dix gouths de laudanum dans chaque.) Le pouls était accéléré; mais on ne l’a pas examine avec assez de soin pour qu’on puisse rien dire de positif sur son état. Le 31 juillet, les vomissements avaient cessé; les selles contenaient des mucosités sanguinolentes; il survint du délire; la peau des extrémités se refroidit; le malade se leva, et se fil, en tombant, une petite plaie a la pat lie postérieure de la tête : il mourut à dix heures du soir, quarante-huit heures après le souper suspect.

Ouverture du cadavre faite trente heures après la mort. — Le corps est dans un état de roideur générale; les doigts et les oiteils sont fortement rétractés. On voit à la tète la petite plaie dont j’ai parlé; les os du crâne conservent leur intégrité. La surface convexe du cerveau offre un léger enduit rougeâtre ; il y a un peu de sang épanché â la

UE l’acide arsénieux.

naB,.p inférieure de la fosse tcmporo-occipitale droite : ces lésions sont regardées comme l’effet de la chute qui avait eu lieu quelques heures

"l'estomac paraît sain à l’extérieur; il contient environ 256 grammes d’un liquide jaunâtre : en épongeant ce liquide, on trouve un grand nombre de petits grains blancs, durs, de grosseur et de forme diverses; la surface interne de cet organe offre une couleur rouge foncée qui ne disparaît pas par des lotions réitérées, ni par des frictions faites avec des linges cl la lame des scalpels; vers l’orifice duodénal existaient plusieurs taches d’une forme inégalement arrondie , d'une largeur variable depuis celle d’une pièce de 50 centimes jusqu’à celle d’une pièce de 5 francs d’une couleur brune; à l’endroit de ces taches, les membranes paraissent boursouflées , mais elles ne se déchirent pas avec plus de facilité que dans les autres points de l’estomac; la tunique séreuse n’est point altérée. L'oesophage est dans l’état naturel. Le duodénum et le commencement de l’intestin grêle offrent une couleur rouge foncée; maison n’y remarque pas de taches comme dans l’estomac. Dans tout le reste du canal digestif existe une très forte injection vasculaire. On trouve dans toute l’étendue du canal intestinal de petits corps blancs semblables à ceux qui étaient dans 1 estomac, et que I analyse démontre ôtie de l 'acide arsénieux. Les poumons ne présentent rien de remarquable.

Le péricarde contient 32 grammes environ de sérosité incolore.

La surface externe du cœur est dans l’état naturel ; mais , à l’intérieur, on observe une altération remarquable ; les cavités gauéhes sont d’itne coureur.ro«ÿentar6rée;dansle ven'riculede cecôlé, et principalement sur les colonnes charnues, on voit de petites taches d’un rouge cramoisi; en incisant sur les points où elles existent, on reconnaît qu’elles ne sont pas bornées à la surface , mais qu’elles pénètrent dans la substance charnue du cœur. Les cavités droites ocrent une couleur rouge beaucoup plus foncée et presque noire; sur les colonnes charnues du ventricule on remarque aussi quelques taches, mais moins nombreuses et moins prononcées que dans le ventricule gauche. L’aorte, l’artère et les veines pulmonaires ne présentent aucun signe d’altération.

Cette ouverture a été faite en présence de M. le procureur du roi , de Dupuylrcn, Petit et moi ; elle est surtout intéressante par les altérations . du cœur, qui sont semblables à celles que l’on remarque sur les chiens qui ont été empoisonnés par l’acide arsénieux. Je regrette beaucoup de ne pas pouvoir joindre les détails d’un autre cas d’empoisonnement par cet acide, observé à Brest par M. Mollet , second chirurgien de la marine, qui m’a dit avoir également constaté des lésions analogues dans le tissu du cœur. (Arch. génér. de méd., février 1823.)

Observation 8e. — Mardi 19 mars 1839 , à dix heures du soir, j’étais à l’IIùtel— Dieu , lorsqu’un gardien de la prison vint chercher l’interne de garde; je partis immédiatement, et au bout de quelques instants j’arrivai près de Soufflard.

Je le trouvai assis sur une chaise , les bras et les mains emprisonnés

DES POISONS 1 MUTANTS.

par la camisole de force, les traits horriblement altérés; il vomissait. Sa longue barbe, ses vêtements, toute sa personne étaient souillés par des matières blanchâtres au milieu desquelles on reconnaissait du lait caillé et des débris d’aliments. — 11 ne me vit pas entrer. L’un des gardiens lui dit : « Soufflard, voici le médecin ; dites-lui avec quoi vous vous ctes empoisonné. » A ces mots il dressa vivement la tète , me regarda fixement d’un air de désappointement , et ne répondit pas. Je réitérai la même question ; même silence. On m’apprit alors qu’au sortir de l’audience il avait demandé de l’eau, en avait bu plus d’un litre, et que, ramené dans son cachot , il s’était mis à vomir. C’est à ce moment qu’on m’envoya chercher.

On n’avait aucun renseignement sur la nature du poison qu’on le soupçonnait d’avoir pris. Seulement un gardien avait extrait, avec le doigt, de la bouche de Soufflard, une matière blanchâtre, semblable ‘à du tartre, placée entre la lèvre inférieure et la gencive. Malheureusement cette matière n’avait pas été conservée. Je ne pus en retrouver de traces dans la cavité buccale. Je constatai toutefois que la lèvre inférieure avait été fortement cautérisée, car sa membrane muqueuse était blanche, fendillée, et le moindre attouchement y provoquait une excessive douleur.

En cherchant avec les doigts dans le vase où étaient les produits du vomissement, je sentis deux petits graviers que je retirai pour les examiner. Leur couleur était d’un blanc sale ; ils me parurent amorphes. J’en mis un sur ma langue, et j’y trouvai une saveur douceâtre d’abord , puis fortement slyptique. L’autre, placé sur un charbon allumé, se volatilisa en répandant des vapeurs épaisses qui exhalaient une odeur d’ail très prononcée. Je dis alors à Soufflard : « Malheureux! vous vous êtes » empoisonné avec de l’arsenic ! — Oui, répondit-il avec sa forte voix » qu’il grossissait encore , vous dites vrai. J’ai avalé de quoi tuer six » hommes ; mon affaire est sûre, je le sens. »

Je prescrivis aussitôt 5 centigrammes d’émétique dans un verre d’eau, afin de faire rendre le lait qu’onavait administré et d’évacuer les portions d’arsenic qui se trouvaient encore dans le canal digestif. Le malade vomit abondamment. On lui fit boire de l’eau tiède pendant que je courais à l’Hôtel-Dieu chercher de l’hydrate de sesqui-oxyde de fer. J’en trouvai un bocal à la pharmacie, et je me hâtai de l’apporter à la prison.

Revenu près de Soufflard, mon premier soin fut de lui faire ôter la, camisole. Il se mit alors la tête dans ses mains, et s’écria : Innocent ! innocent ! — Je lui présentai un verre d’eau froide dans laquelle j’avais agité une cuillerée d’oxyde de fer, autant que le véhicule pouvait en tenir en suspension. Il l’avala d’un seul trait et le vomit presque immédiatement. Il poussait des cris bruyants, sans articuler de paroles intelligibles. Je lui pris la main pour explorer le pouls ; je pus à peine sentir les pulsations de l’artère radiale : elles étaient petites, concentrées, irrégulières. La peau avait le froid du marbre ; une sueur visqueuse la couvrait, surtout vers le front et les tempes. De temps en temps le malade roidissait les membres, les maintenait fortement étendus pendant quel-

aucs instants, puis les laissait retomber dans un état complet de résolution C’est alors que les vomissements reparaissaient avec une nouvelle énergie. Us étaient formés de lait caillé et de la boisson que je lui faisais

^ Toutes les cinq minutes Soufllard buvait une tasse d’eau ferrée , puis il restait calme quelques secondes. — Interrogé par moi sur le siège des douleurs qu’il éprouvait , il me dit en montrant son estomac : « C'est la que je suis brûlé. Oh ! que c’est atroce! »

Il était onze heures et demie. Le malade pouvait avoir pris environ 180 grammes d’oxyde de fer. Son état paraissait plus satisfaisant. Toutà-coup il se lève, claque des dents, contracte les muscles de sa face avec d’effroyables contorsions, et s’écrie : J'ui froid, je n enfeux plus.

11 tremblait comme au début d’une fièvre intermittente. Cependant on avait mis un poêle dans le cachot , et la température de l’air environnant était plutôt élevée que basse.

J’ordonne qu’on lui enlève ses vêtements et qu’on lui prépare son lit, ce qui est fait à l’instant. Pendant que debout il se prêtait à ce qu’on le déshabillât, des matières semi fluides s’échappent en quantité de l’orifice inférieur du rectum. Je ne peux mieux comparer leur sortie spontanée qu’au jet formé par un liquide qui s’élance par le robinet qu’on vient d’ouvrir; il en a rendu de quoi remplir un bassin. Blanches d’abord comme le lait qu’il avait vomi , elles sont ensuite jaunâtres, et paraissent n’être autre chose que la boisson dont il fait usage.

On le couche dans son lit , que je n’avais pu faire chauffer faute d’appareils convenables; comme il ne se trouvait qu’une couverture, je fais mettre un matelas par-dessus. Soufllard reste calme quelques instants ; sa respiration est plaintive et précipitée, sa peau glacée, sa figure affreusement pâle. Je cherche en vain à lui tâter le pouls : il m’est impossible de percevoir le moindre frémissement de l’artère. J’applique la main sur la région précordialc , pas le plus léger battement.-Je me baisse comme pour approcher l’oreille de sa poitrine , mais il me repousse d’un air sombre, et j’avoue que je ne crus pas prudent d’insister.

Depuis huit minutes les vomissements n’ont pas reparu , bien que le malade ait bu plusieurs fois de la même potion. Mais à minuit ils éclatent de nouveau. Des flots de matières jaunâtres, mêlées à des caillots de lait, sont rejetés de l’estomac. On aurait entendu les cris de Soufllard à une assez grande distance , et je ne puis mieux comparer leur timbre qu’aux rugissements d’une bête féroce. Couché tantôt sur le côté droit, tantôt sur le côté gauche , il changeait de posture avec une vivacité de mouvements que je ne pourrais dépeindre. Par instants il restait étendu sur le dos, les talons rapprochés des tubérosités sciatiques, les genoux élevés en l’air et écartés l’un de l’autre. Puis, par une sorte de culbute, il pirouettait sur lui-même et reprenait une autre altitude.

A minuit un quart, il s’écrie : « Ma mère, ma pauvre mère! Innocent!» puis il murmure à voix basse des paroles confuses, comme si son imagination était préoccupée d’images sinistres.

Il répond avec justesse, mais sèchement, à toutes les questions. Quand on lui demande qui lui a donné le poison : « C’est mon secret , dit-il, personne ne me l’arrachera. »

Cependant les vomissements se répétaient de cinq minutes en cinq minutes , par crises entre lesquelles il y avait quelques moments de calme. Comme la peau était restée glacée, je fis mettre des bouteilles d’eau chaude le long des avant-bras , des cuisses , des mollets , et à la plante des pieds.

A minuit trente-cinq minutes, Soufllard, qui jusque là n’avait accusé de douleurs que vers l’estomac, presse la main droite sur l’ombilic, et élevant la gauche vers moi : « Mon Dieu, s’écrie-t-il, on me brûle les intestins. » Le ventre cependant était souple* non météorisé. Je craignis un instant qu’il ne se fût fait une perforation intestinale : mais peu à peu les souffrances se calmèrent, et elles ne reparurent ensuite que sous forme de tranchées , à d’assez longs intervalles.

Il est une heure moins un quart. Je n’ai pu réchauffer le malade, dont la figure, les mains et les pieds ont pris une teinte bleuâtre. Le pouls ne bat plus. Je continue à préparer la boisson ferrée que Soufflard prend avec avidité , tourmenté qu’il est par une soif ardente; j’y ajoute quelques gouttes de laudanum et d’eau de fleur d’oranger par tasse : les vomissements semblent un peu diminuer. Les mots j’ai soif! à boire ! sont les seuls qu’il prononce. Sa voix est lugubre, mai articulée, car il ne peut rapprocher ies lèvres, l’inférieure étant cautérisée, pendante, renversée en dehors et excessivement douloureuse.

A une heure cinq minutes , Soufflard se plaint du besoin d’uriner qu’il dit ne pouvoir satisfaire. Je palpe la région hypogastrique : la vessie ne paraît pas distendue. Cependant les plaintes continuent. Je pratique à l’instant le cathétérisme ; mais la sonde ne donne issue qu’à quelques cuillerées d’urine assez claire. Le malade se prête sans difficulté à cette opération.

Dans l’espoir de ranimer un peu le pouls et de calmer les souftrancès du malade, nous prescrivons, M. Bonnet et moi, une potion avec l’eau de menthe, l’extrait de quinquina , l’éther, le sirop d’opium , les seules substances convenables que nous trouvons à la pharmacie de la prison. Nous mettons les doses à peu près, n’ayant rien pour les mesurer.

A deux heures moins dix minutes, M. l’aumônier, que j’avais fait appeler, nous dit avoir trouvé les facultés intellectuelles de Soufflard parfaitement intactes. Quel a été le résultat de cet entretien? Je l’ignore. Seulement je remarquai qu’à notre retour le malade était plus calme; nous crûmes même qu’il sommeillait.

Cependant , bientôt les vomissements reparurent. Je lui fis prendre par cuillerées la potion que nous avions préparée, mais à peine avait-elle touché l’estomac, qu’elle était rejetée au milieu d’affreuses contorsions.

Il est deux heures et demie. Le pouls ne s’est pas relèvé ; on ne ie perçoit même pas. — Froid glacial de toute la surface du corps , bien que la

cfcâleür dU cachot soit entretenue par un poêle où l’on fait un grand feu.

Je demande à Soufflard comment il se trouve : « Mieilx, répond-il, h Èens nue ça produit son effet , » et il accompagne ces mots , je ne dirai pas d’Uh soutiré , mais d’une contorsion affreuse du visage qui expritae son contehtenient dé voir la mort approcher.

t)e trois à quatre heures du matin , l’état du malade ne change pas. Même agitation , même absence de chaleur animale , mêmes vomissements. Il ne souffre ni à la tête , ni au cœur , ni dans les membres : la douleur, et elle est atroce et continue, est concentrée tout entière vers l'èstomac. —Tranchées abdominales fréquentes.

À quatre heures noUs lui mettons des Sinapismes aux extrémités, afin dé réveiller la température et la circulation : mais tout est iniltilè. Le cœiir ne fonctionne plus , ou du moins ses côhtractibhs ne sé révèlent ni par le choc du pouls ni par les battements de la région précordiale.

Nous remarquons que le malade porte sans cesse ses mains sur i épigastre, èt se gratte la peau avec ses ongles, totnihe S’il éprdüvdit une démangeaison superficielle en cè point. Ce n’est point dé la cafphblogié.

Vers cinq heures Soufflard s’écrie à plusieurs reprises , en se tbrdaht dans son lit : .T étouffé!... Par moments il lartéè avec ses pieds et ses mains ses couvertures à une assez grande distance, et, ouvrant la bduche largement, comme pour aspirer l’air qui lui échappe, il reste ainsi plusieurs secondes dans une effrayante immobilité.

À dater de cé moment la gène de la respiration fut le phénomène prédominant. — Il demande de l’eaü fraîche , on lui en donne; il désire des fruits rafraîchissants, M. Bonnet lui envoie chercher üh citrbn qu’il suce par tranches aVéc avidité.

Entre six et sept heures , la déglutition commeiiCe à deveriir difficile. Leü boissons, en tombant dans l’arrière-gorge , font entendre un gargouillement de mauvais augure. Comme il parait dégoûté de sa tisane ferrée, nous ta remplaçons par de l'eau sucrée , avec uh peü de vin d’opium (i).

Cependant il se plaint de ses sinapismes : riotlsléS retirobs. La peau n est ni rouge, ni chaude , ni tuméfiée dans les points où ils ont été appliqués. Leur effet s’est borné à une simple exaltation dé la sehsibilité.

 sept heures et demie , un dés gardiens l’a etlténdU s'écrier : « Mère de bieu , en grâce soulagèz-moi ! » — Je n’oublierai de ma vie le spectacle épouvantable de ce criminel haletant, se roulant connue un forcené, puis redevenant immobile, criant sahs cesse, rejetahtpar la bouche et lés narines des matières qui le brûlaient, et, au milieu de tout cela , conservant la netteté de ses idées et toute la vigueur de sbil système musculaire.

Depuis qu’il était couché , il n’avait pas eu de déjections alvines : ce hvest que vers huit heures qu’il a sali ses draps avec des matières sem-

(1) Soufflard avait pris environ 600 grammes d’hydrate dfe sfesqUi-diyfle

de fer.

32/l DES POISONS IRRITANTS.

blables à celles qui s’échappaient de la bouche. Il n’a point rendu d’urine ni volontairement ni involontairement ; je m’en suis assuré.

Les parois abdominales étaient fortement contractées et rapprochées de la colonne vertébrale. On sentait les muscles droits tendus comme dans la colique de plomb. Le palper n’était pas très douloureux , excepté vers le creux de l’estomac, ce dont on était averti par la manière un peu brutale avec laquelle Soufllard repoussait les mains. — Nous lui fîmes quelques frictions sur le ventre avec un Uniment composé de baume tranquille, d’huile d’amandes douces et de laudanum. Il ne fut pas soulagé.

Toute la surface tégumenteuse était bleuâtre , violacée. — La respiration devenait déplus en plus difficile. L’anxiété du malade allait toujours croissant. « Tuez-moi , répétait-il, ou donnez-moi quelque chose qui me soulage. » — Il prononçait souvent le nom de sa mère. Nous l’entendîmes s’écrier : ■ Mon Dieu! quand cesserez-vous donc de me faire souffrir I

Vers neuf heures tous les symptômes de l’asphyxie se déclarent au plus haut degré. Soufflard est plus calme ; mais ce calme est celui qui précède la mort.

A dix heures , tout annonce une fin prochaine, et pourtant le malade n’a rien perdu de son énergie morale et physique. Je m’entretiens avec lui de son état. C’est à dix heures et demie qu’il me donne des détails sur son empoisonnement. J’apprends de lui qu’il a pris 12 grammes d’acide arsénieux, et qu’il n’a demandé de l’eau que pour entraîner la portion de poison que sa salive n’avait pu délayer. Un gardien profitant de cette occasion pour lui demander de quelle manière il s’était procuré de l’arsenic : « I ous êtes bien curieux, lui a-t-il répondu; je ne dis que ce que je veux , et vous ne saurez rien. »

Enfin les bronches se sont engorgées. La poitrine ne se dilatait plus que par intervalles ; il s’est mis à râler.

C’est à onze heures cinq minutes que Soufllard est mort. 11 n’a eu, dans ses derniers moments , ni convulsions , ni symptômes cérébraux, ni aucun désordre vers le système nerveux. Il s’est éteint en se roidissant tous les muscles et grinçant les dents : c’est à la détente général et subite de tout son corps qu’on a reconnu qu’il avait cessé de vivre (1).

Je demande maintenant à l’Académie la permission de résumer, en quelques mots , les principaux phénomènes présentés par chaque appareil. Ainsi dépouillée de ses circonstances accessoires , cette observation n’aura plus alors qu’un caractère exclusivement médical.

Résumé. Appareil respiratoire. — Gêne de la respiration toujours croissante et aboutissant à l’asphyxie. Le malade ne tousse et n expectore que dans les efforts de vomissement. Crachotement continuel de salive et

(1) M. Orfila a déclaré, devant un nombreux auditoire qui se pressait à son cours, qu’il était impossible de sauve^SoulIlard, et que, appelé à ma place, il n’eût pas agi autrement quejel’avais fait; cependant il aurait en outre tenté la saignée, si toutefois elle était praticable.

de mucosités gutturales; point de douleur vers la plèvre ni les parois thoraciques. - Je n’ai pu ausculter , encore moins percuter.

Appareil circulatoire. - C’est par la concentration du pouls et 1 affaiblissement des contractions du cœur que la scène a ouvert. A 11 heures et demie, tout mouvement circulatoire parait suspendu. Depuis cet instant jusqu’au moment de la mort, je n’ai plus senti de pouls ni de battements du cœur. Il n’y a point eu de cardialgie , point de syncope , point de palpitations. J’interroge et j’examine à tout instant le malade ; il n’a pas témoigné de souffrances vers le cœur pendant toute la durée de sa cruelle agonie.

La circulation capillaire ne se faisait plus. En appuyant le doigt sur un point de la peau , on déterminait une empreinte blanchâtre , puis la teinte bleue se reproduisait, mais avec lenteur, comme si le sang n’eût repris sa place que pour se remettre en équilibre dans ses vaisseaux. Je n’ai pas aperçu d’ecchymoses ni d’éruptions pétéchiales.

Les veines, surtout les jugulaires, étaient dilatées, ce qui donnait à toute la peau un aspect violacé.

Il n’y a pas eu d’apparence de réaction. Tout le corps était glacé ; la chaleur n’y est pas revenue un instant. La température des téguments s’échauffait un peu dans les parties où étaient appliquées les bouteilles chaudes; mais c’était par la transmission directe du calorique, car, après qu’on avait retiré ces bouteilles, on ne retrouvait plus qu’un froid glacial.

Appareil digestif. — C’est vers l’estomac que toutes les souffrances étaient concentrées. Le malade y portait continuellement les mains , exprimant par ses cris qu’il ressentait des douleurs horribles. Retour fréquent de coliques atroces. Le malade n’a eu que quelques instants de relâche dans ses vomissements. Je n’ai point aperçu de sang dans les matières rejetées de l’estomac et du rectum.

Soufllard se plaignait d’un goût affreux dans la bouche et l’arrière-

gorge ; la langue était tuméfiée et grisâtre.

Système nerveux. — L’intelligence n’a pas été pervertie une seconde. Au début , au milieu , à la fin , les réponses de Soufllard étaient parfaitement calculées , et il sentait toute la valeur de ses paroles.

La sensibilité générale est restée intacte : elle n’a été ni exaltée ni diminuée.

Les mouvements n’ont offert aucun désordre. Pas de convulsions , de soubresauts de fendons ni de carphologie.

Rien de modifié vers les sens. Les yeux seulement étaient parfois tournés en haut et dans un état de strabisme; mais ils reprenaient leur direction naturelle quand on appelait l’attention du malade. Les pupilles paraissaient contractées. Il n’y a point eu de céphalalgie, de bourdonnements d’oreilles , ni d’horripilations.

Je me suis assuré qu’il n’existait pas de priapisme.

En proie continuellement à d’effroyables tortures, Soufllard n’a pas eu un instant de sommeil.

326 DEÇ5 POSONS IRRITANTS.,

Sécrétion,!. — les sécrétions n’ont rien offert de particulier, à par; cette sueur froide et visqueuse qui recouvrait toute la peau comme unç sorte d’enduit.

Quant à l’habitude extérieure du corps , je ne puis njieux comparer Soufflard qu’à un cholérique dans la période algide.

Autopsia cadavérique. — Le jeudi 21 mars, à 9 heures du matin, l’autopsie de Soufllard fut faite à la Morgue, sur la réquisition du procureur du roi, par MM. Orfila , Le Sueur et Ollivier (d’Angers).

Le cqdavre avait une rigidité extrêpie. Les traits du visage conservaient l’expression que je leur avais connue pendant la vie. Les yeux largement ouverts brillaient dans l’orbite avec une sorte d’aspect farouche. Point d’éruption pétéchiale sur la peau, qui offrait une teinte violacée. Soufflard devait avoir une force musculaire très grande , car ses membres étaient charnus, robustes, sa poitrine large, et tout annonçait une constitution puissante.

la mâchoire inférieure ayant été sciée à sa partie moyenne, nous pûmes explorer l’intérieur de la cavité buccale. Les gencives et la face interne des joues , le voile du palais , les piljers , la luette , toutes ces parties offraient une rougeur vive. La lèvre inférieure était profondément cautérisée et son volume double de ce qu’il est à l’état naturel. La langue avait l’aspect sabuyral ; son épithélium, détruit dans divers points, surtout à {a face supérieure de l’organe et au-dessous du frein , laissait à nu les papilles gonflées et rougeâtres. Elle était extrêmement tuméfiée.

Injection assez vive du pharynx et de l’œsophage ; ce ne sont pas des arborisations vasculaires, mais dès plaques, les unes grisâtres, les autre? sanguinolentes, disséminées par intervalles.

l’estomac s'offrit dans un état de désorganisation complet; il contenait environ trois' ou quatre verres d’un liquide rougeâtre, filant, mélangé de caillots de lait. La membrane muqueuse gastrique n’existait plus, ou du moins ce n’était qu’une pulpe noirâtre, glutineuse , facile à détacher avec le doigt. Au dessous d’elle on apercevait une surface saignante, granuleuse, mamelonnée, qui ressemblait à ces plaies recouvertes de végélatiqps gangréneuses. Dans certains points, le tissu des parois stomacales, sphacélé à une certaine épaisseur, ne paraissait plus réduit qu’au feuillet séreux : près du pylore , on voyait une place grisâtre , large de trois doigts , qui était comme tannée. La membrane muqueuse qui la recouvrait semblait avoir été cautérisée avec un acide. Il est probable que c’est là qu’avait séjourné le poison avant d’être dissous par les mucosités gastriques. Il n’y avait nulle part de perforation. Nous avons extrait des quantités assez considérables d’acide arsénieux , surtout au vqjsinage de l’anneau pylorique.

Le duodénum et les autres parties du tube intestinal sont examinés avec le plus grand soin. Nous n’y trouvons plus de ces larges cautérisations ; ce sont des plaques semées de distance en distance et creusées à la manière des plaques typhoïdes. Elles sont d’autant moins nombreuses qu’on s’éloigne davantage de l’estomac. La tunique muqueuse qui les sé-

de l’acide arsénieux. 327

, •,amo„Kiinp Au centre de chaque plaque est un petit frag-

Jueuse. Ceci explique le retour de ces coliques intercurrentes que le malade éprouvait, et leur cessation quand l’escarre était

Nous fûmes frappés du calibre du gros intestin : c'est h peine admettait la branche de l’entérotome. Était-ce un rétrécissement morbide produit par le poison; était-ce une disposition congémale? J inc nerais plutôt vers cette dernière supposition, attendu qu i n y avai q très peu de lésions dans la tunique muqueuse du gros intestin , et que les autres parties du canal digestif, qui étaient beaucoup plus altérées, conservaient leur diamètre naturel.

Péritoine intact. Il contenait dans sa cavité quelques cuillerées d. sérosité légèrement jaunâtre.

Les autres viscères de l’abdomen nous ont paru être dans leur état normal. Rien de particulier vers le foie. La bile remplit la vésicule ; mais les canaux cholédoques sont libres, car on la fait sourdre dans le duodénum par une pression légère. La rate est volumineuse : un sang noir,

liquide, en distend les cellules.

Les reins ne sont point injectés. Les bassinets sont vides, ceur à l’intérieur des uretères. La vessie contient environ un verre d urine qui n’offre aucun caractère physique spécial ; ses parois ont leur coloration et leur consistance habituelles. Il en est de même du col vésical.

Tout le système veineux abdominal était fortement gorgé de sang liquide. La veine porte offrait un volume énorme. Oq observait cet état de réplétion générale jusqu’aux radicules des veines mésentériques.

On ouvre avec précaution la cavité thoracique. Le sang qui s écoule est noirâtre , non coagulé : il rougit faiblement au contact de 1 air.

Les plèvres sont saines. Il n’y a pas d’épanchement ni d’exsudations pseudo-membraneuses dans les cavités droite et gauche de la poitrine. Cependant le poumon ne s’est pas affaissé sous l’influence de la pression atmosphérique. D’où vient cette perte d’élasticité ? De l’infiltration sanguine et de l’induration de son tissu. Coupé par tranches , le poumon offre tous les caractères physiques de l’engouement : il est rouge, gorg de sang , à peine crépitant. J’eq mets un morceau dans un baquet plein d’eau : il va d'abord au fond , puis revient à la surface pour redescendre encore; ce n’est qu’après plusieurs mouvements oscillatoires qu il surnage ; mais son poids spécifique a tellement augmenté , qu il est piesque égal à celui de l’eau. Les deux poumons sont engorgés à un même degré dans toutes leurs parties, au sommet comme à la base, en avant comme en arrière. L’insufflation de -l’air par les tuyaux bronchiques n’épanouit pas leur parenchyme, qui semble être devenu imperméable. Cei tains points sont d’une couleur violacée, uniforme, comme s'il y avait eu de ces hémorrhagies capillaires connues sous le nom d’apoplexie. — Dans

les autres points de son épaisseur, le poumon est uniformément noirâtre.

J ai coupé une tranche de ce viscère dans un endroit où il oITrait ces deux colorations à la lois ; j’en ai exprimé le sang avec mes doigts par une pression ménagée, et je l’ai lavée dans de l’eau. Le tissu pulmonaire a repris sa texture spongieuse et une partie de son élasticité. Les deux nuances de coloration avaient disparu.

Toutes les divisions de l’artère pulmonaire sont remplies de sang incoagulable. Il en est de même du ventricule droit, de l’oreillette et des deux veines caves, qui ont un volume monstrueux.

Au contraire, les veines pulmonaires sont à peu près vides, leurs parois sont revenues sur elles-mêmes. Les cavités gauches du cœur ne contiennent presque pas de sang.

C’est donc dans le poumon que la circulation s’est arrêtée. Peut-être le ventricule droit avait-il perdu l’énergie suffisante pour faire parcourir au sang son trajet habituel à travers l’appareil respiratoire; peut-être aussi le sang, privé de sa coagulabilité, était-il devenu impropre à circuler dans ses capillaires et s’était-il extravasé. Quoi qu’il en soit, on comprend comment le sang, arrêté dans les poumons, séjournait dans les cavités droites et s’accumulait dans les veines caves, et, de proche en proche, dans le système veineux général.

Le péricarde était parfaitement sain. Point d’épanchement dans son intérieur ni de rougeur sur ses feuillets fibreux et séreux.

Le cœur avait son volume ordinaire. Je viens de dire que ses cavités gauches étaient à peu près vides. Cette circonstance n’expliquerait-elle pas 1 absence du pouls ? En effet si le ventricule ne recevait plus de sang du poumon , il ne pouvait pas en envoyer dans le système artériel.

Entre les colonnes charnues du ventricule gauche et à la base des piliers de la valvule mitrale, existait une rougeur disséminée çà et là avec des nuances inégales de coloration , sans ulcération de la membrane interne. Ces rougeurs étaient-elles le simple produit de phénomènes cadavériques? Il n’y en avait point d’apparentes dans le ventricule droit, ce qui laisserait à penser que si elles ont été sensibles dans le gauche, cela pourrait tenir à la couleur plus vermeille du sang artériel , qui ferait ressortir davantage les moindres traces d’imbibition.

Le tissu cardiaque était sain dans son épaisseur.

Quant au système nerveux cérébro-spinal, un mot me suffira pour exprimer son état : il n’offrait aucune trace de lésion dans son tissu ni dans ses enveloppes. Point de rougeur des méninges, excepté que les vaisseaux de la pie-mère étaient un peu dilatés. — Point d’injection de la pulpe nerveuse; seulement, quand on coupait par tranches la substance cérébrale, de grosses gouttes de sang veineux venaient sourdre à la surface des incisions. Il y avait bien loin de ces congestions passives à un état inflammatoire véritable. — Les sinus étaient gorgés de sang. Le liquide céphalo-rachidien ne nous a présenté rien de particulier dans sa quantité ni dans ses caractères physiques.

Le canal vertébral n’a point été ouvert ; mais la conservation intacte

.... in0Uvement et de la sensibilité dans toutes les parties du corps éloigne l’idée d’une lésion de la moelle épinière. (Observation lue par le docteur C. James, îi l’Académie royale de médecine, en mars 1839.)

Le cadavre de Soufflard ayant été mis à ma disposition, je constatai pour la première fois chez l’homme que l’acide arsénieux était absorbé et porté dans tous les tissus; en effet , je retirai, en opérant comme je le dirai plus loin , des quantités notables d’arsenic métallique de plusieurs parties du corps et notamment du foie , de la rate , des reins , des poumons , du cœur et des muscles.

Observation 9'. — Le 28 janvier 1839, vers les deux heures , trois domestiques de l’hôtel des Alpes, nommés François Ragot, Alphonse Bouju et Elise Belbot, furent pris simultanément de vomissements immédiatement après leur repas, composé d’un ragoût de mouton aux pommes de terre , dans lequel on avait fait entrer, au lieu de farine, environ trois cuillerées d’une poudre blanche dont on me présenta le reste sur une assiette, et que l’analyse démontra être de l’acide arsénieux.

Le premier avait mangé à satiété de ce ragoût, auquel les deux autres, surtout la dernière , touchèrent à peine , à cause de l’âcreté qu il donnait au goût. Appelé presque aussitôt, je m’empressai, après avoir ordonné de l’eau tiède , de faire reconnaître le poison à la pharmacie Jordan et

d’administrer le sesqui-oxyde de fer hydraté, qui fut donné à haute dose

environ une demi-heure après l’accident et continué toute la soirée.

La jeune fille vomit à plusieurs reprises pendant quelques heures, et dès lors n’éprouva plus d’autres accidents qu’un léger mal de tête qui dura plusieurs jours.

Alphonse continua son travail malgré les vomissements, qui ne s arrêtèrent qu’après vingt-quatre heures écoulées. Le lendemain, il avait un très violent mal de tête, accompagné d’une forte fièvre et de sensibilité à

l’épigastre. Vingt sangsues suffirent pour calmer ces symptômes ; le jour suivant il était surpied ; toutefois la céphalalgie persista pendant huit jours.

François, sujet de cette observation , est ôgé de vingt-huit ans, d’une taille moyenne , brun , ayant ordinairement la face colorée : il m’avait paru avant l’accident robuste, sans prédominance musculaire et d’une activité médiocre; il mangeait habituellement beaucoup. Les symptômes que j’observai chez lui s’enchaînèrent de la manière suivante.

Le 1er jour, les vomissements furent fréquents et tenaient en suspension du sesqui-oxyde de fer tant qu’on en administra; plus tard ils rejetèrent de la bile verte , devinrent de moins en moins fréquents et s’arrêtèrent complètement vers la fin du quatrième jour.

Du reste, nulle douleur à l’épigastre ni à l’abdomen ; absence totale d’évacuations alvines; peau fraîche, pouls petit, sans trop de fréquence.

Le lendemain 29, pesanteur de tète, peau chaude sans sécheresse, pouls un peu plus élevé que la veille , langue médiocrement sèche sans rougeur; légère sensibilité à l’épigastre et à la région iliaque gauche , les vomissements continuent; pas de selles; les mouvements sont faciles.

Diète, boissons mucilagineqses, limonade gazeuse, potion avec 16 grammes de sirop dfacode, 'lavements émollients ; application à l’épigastre de vingt-cinq sangsues, qu’on ne peut faire dégorger et qui meurent de suite : les piqûres laissent échapper beaucoup de sang.

Le 30, cessation des symptômes précédents, à l’exception des vomissements, qui persistent à de plus longs intervalles ; mêmes hoisspns. Les deux jqurs suiyqqts, up pop d’étonnement dans la physionomie, pesanteqr de lép; Sjins céphala|gjp , abattement , pe.yu plus chpude pt pqujs uq peu p|us élevé , Yotpis^mepts rares, yep|re indolore, tpêpie à |a presr sion ; pas de selles ; continuation des mêmes boissons, copipresses froicje$ sur le front , pédiluves.

Le 2 février, aggravation des symptômes précédents ; yeux fixes et étonnés, stupeur, pas de céphalalgie, délire léger; le malade fait des mouvements pour déplacer la glace qu’on lui met sur la tête ; yeux injectés comme au commencement des fièvres éruptives, pouls plus élevé, 88 pulsations; battements de cœur tumultueux ; rien du côté des voies digestives. Boissons douces, glace sur la tète, sinapismes aux pieds, vingt sangsues à l’anus qui donnent peu de sang; bain.

Le 3 à midi, consultation avec M. Orfila; la nuit a été agitée; délire léger; hébétude; intelligence obtuse; toutefois le malade répondait directement aux questions; pas de céphalalgie; les battements du cœur sont tumultueux , sans bruit dé soufflet; le pouls, saccadé, large et fort, donne 90 pulsations ; la peau est chaude et sèche. Le malade indique depuis quelques jours, dans l’étendue de l’œsophage, une sensation douloureuse, qu’il désigne sous le nom d’éraillemejit ; la langue est un peu sèche , sans rougeur ; on remarque sur le front , autour des yeux , sur les pommettes, le haut des bras, les épaules, le haut de la poitrine, une éruption de pustules blanches peu nombreuses, qui devinrent analogues, pour la forme et la marche, à celles de la petite-vérole. Ges pustules, dont quelques unes étaient isolées, la plupart confluentes et faciles à déchirer, furent remplacées par des croûtes épaisses, qui laissèrent des cicatrices très apparentes. On observe encore l’impuissance presque absolue des membres, plus prononcée du côté gauche; la sensibilité, bien qu’émoussée, est conservée. Continuation du froid, large saignée qui se couvrit de couenne, se prend en caillots, et dans laquelle M. Orfila découvrit par l’analyse des traces d’arsenic.

Les Z| , 5 et 6 février, nuits plus agitées ; symptômes cérébraux plus marqués, toutefois sans céphalalgie; délire plus fort, surtout dans la nuit du 5 au 6 , où l’agitation a été des plus grandes; le malade est inquiet , et parle sans cesse d’un confesseur ; l’obscurité de la chambre empêche d’attacher une grande importance <’t la dilatation de la pupille; le cœur, encore plus tumultueux, bat largement, et laisse entendre un fort bruit de soufflet; le pouls, toujours plein et saccadé, s’élève à 110; apparition de sueurs abondantes qui ne s’arrêtèrent complètement que dans les premiers jours de mars. Rien du côté des poumons et des voies digestives, si ce n’est l’augmentation de la soif.

P? l’acide arsénieux.

variées" continuation du froid et dçs cataplasmes slna-

» h d” cœuri "

four* 'administration de 2 d«cier«mmes de dlsitale unie » la tlmdace,

dTe 7 "œnsu'ltMlo iprec M. Orfila : slupeur, cessation du délire som-

nolénce continuelle, Ita.temen.s de cœur e, brui.

nn roués pouls un peu moins fort, sueurs abondantes , les •

Su Uon commencent à se déchirer. M. Orfiia est d’av s de commuer ic froid et la digitale , que j’ai administrée jusqu au U février, à m térieur à la dose de plusieurs décigrammes, et à l’extérieur sous foim

d S 'au H, diminution des symptômes précédents ; toutefois la stupeur est toujours très marquée ; la résolution des membres existe oujours ; je bruit de soufflet s’apaise graduellement ; le pouls , moins él ,

encore fréquent, dépasse 100 pulsations. ,

Le 11, on remarque un peu d’aggravation ; le bruit e sou pas encore éteint; le pouls est plus élevé ; la langue belle; 1 épigastre est sensible à la pression ; le ventre se ballonne. Application de dix sangsues à l’épigastre , cataplasmes, bains , lavements émollients.

Du 12 au 15, état plus satisfaisant, stupeur moins grande, on marque seulement une prostration plus marquée ; le pouls , plus faipte piais encore fort , donne au-delà de 100 pulsations. Cessation du bruit de soufflet; les sueurs continuent moins abondantes ; langue belle et mectée; il y a eu plusieurs selles mouillées, fétides, par 1 effet des ments ; Je malade ne peut supporter l’usage du bouillon de poulet.

Du 15 au 20 , aggravation des symptômes; au premier aspect on cro rait le malade atteint de fièvre typhoïde; somnolence continuelle ; stu peur plus marquée; air d’héhétude; tintement d’oreilles; point de douleur ni de cépliqlalgie; injection rouge des pommettes ; ophthalmie légère qui cède en plusieurs jours qux résolutifs; décubitus dorsal ; résolution des membres et du tronc ; maigreur très prononcée ; peau sudorale ; les battements du cœur se font sentir avec force à la main appliquée -a la région précordiale; matité peu étendue de cette région; à l’auscultation, on entend des bruits qui ne diffèrent de l’état normal que par la fréquence, la force et l’éclat très intense ; le poujs, large sous le doigt, donne de 95 à 100 pulsations ; rien du côté du poumon ; la langue est asseç nette , sans sécheresse ; la pression ne détermine aucune douleur dans l’abdomen ; mais le ventre , rétracté , excavé , débordé de toutes parts par la poitrine et le bassin , laisse voir la saillie dô la colonne vertébrale et les battements de l’aorte ; gargouillement ; pas de dévoiement ; incon-

tmepee d’urine qui continue jusqu’au 10 mf»rs-

Le malade a été vu dans cet état par MM. les docteur^ Orfila, Mathieu, Beauvoisin et Pidausat, élève des hôpitaux ; ces messieurs ont approuvé une évacuation sanguine de 360 à Zi20 grammes que j’ai pratiquée le 18. Le sang à caillots, consistant, non couenneux, fut analysé par M. Orfila, qui trouva encore de l’arsenic ; continuation du froid ; des boissons douces ,

33i DES POISONS IRRITANTS.

des lavements émollients, deux bains. Je fais transporter ie malade dans une chambre plus aérée; du 2 au à mars, amélioration sensible; l’espérance se peint sur la physionomie et dans les paroles du malade.’

Les sueurs cessent ; la peau est sèche et un peu chaude; le pouls, encore fort, conserve toujours de la fréquence, 90 pulsations.

Les mouvements , plus faciles dans les bras et les cuisses, et tant à droite qu’à gauche, sont toujours impossibles dans les mains et les pieds ; nuits calmes. Frictions avec l’eau chlorurée , cessation du froid sur là tête , lait coupé , quelques cuillerées de bouillies légères.

Le 5 mars, faciès satisfaisant, sommeil facile; le tintement d’oreilles continue ; le pouls se maintient à 90 sans être petit; pas d’appétit prononcé; la langue, belle et humide, est couverte seulement au milieu d’un enduit blanchâtre; le ventre, toujours indolore, est un peu moins rétracté ; pas de selles , toujours l’incontinence d’urine. Continuation du lait coupé , pomme cuite. Lotions chlorurées.

Du 5 au 17, faciès riant ; le pouls peu développé donne de 80 à 88 pulsations ; l’appétit se développe graduellement ; les mouvements sont plus faciles, aux extrémités inférieures surtout. Le malade peut rester assis plusieurs heures; cessation de l’incontinence d’urine, bouillons coupés, fruits cuits, potages légers, un peu d’eau rougie vers les derniers jours, œufs et poisson en petite quantité.

Le 18 , à la suite d’une alimentation trop abondante , le malade est depuis la veille dans un état moins satisfaisant. Le faciès est toujours bon, la peau plus chaude ; le pouls, peu développé, donne 9Zt pulsations ; l’appétit a diminué ; la langue un peu rouge à la pointe , sans sécheresse ; légère sensibilité à la pression de l’épigastre ; épreintes douloureuses , à la suite desquelles le malade laisse échapper des gaz et des matières sans dévoiement. Diète, boissons douces émollientes.

Aujourd’hui 2L mars, cinquante-troisième jour de la maladie, j’ai trouvé le malade assis ; son état est amélioré ; son sommeil a été naturel ; le faciès est bon; l’appétit a reparu; le tintement d’oreilles n’existe plus que dans la position verticale ; la peau est sans sécheresse ni chaleur; le pouls, dépressible , se maintient à 88; le ventre est moins rétracté; les épreintes ont presque entièrement disparu; plusieurs selles liquides ont été rendues sans coliques; les mouvements, faciles dans les bras et les jambes, sont toujours impossibles dans les doigts et les orteils ; la main reste toujours fléchie; l’état général fait espérer qu’à force de soins, le malade obtiendra sa guérison. ( Observation recueillie par le docteur Coqueret; voy. Journal des connaissances médico-chirurgicales , t. xn.)

Voici ce que j’ai appris depuis sur l’état de François, qui à dater de ce moment habite la campagne.

Le 11 juin, la main gauche peut être étendue sur l’avant-bras; le malade ne peut encore faire exécuter ce mouvement à la main droite. Les doigts de la main gauche commencent à obéir à l’empire de la volonté ; le

malade peut les fléchir aux deux tiers, leur extension restant tout-à-fait nulle’ ces mêmes mouvements ne sont encore qu’à l’état na.ssant à la main droite'. Quand le malade se tourne sur le côté gauche du corps ü neut élever assez facilement la jambe droite tout d’une pièce , la porter horizontalement en dedans ou en dehors , le pied étant renversé en dedans , c’est-à-dire les orteils regardant la jambe gauche ; ces mouvements sont encore très bornés ou presque nuis dans le membre gauche. L extension volontaire du pied sur la jambe est impossible de l’un et de autre côté. Des douleurs lancinantes, vives comme des coups d aiguille, se font sentir aux mains et aux pieds. On administre de la strychnine depuis quelque temps, et on a recours aux frictions, aux douches, aux vésicatoires, etc. Il y a un peu de chaleur à la peau , de la soif , de la tristesse

et de l’inquiétude. . .

Le 26 août 1839 , le malade est gai , causeur, sans inquiétude ; la peau

est fraîche; toutes les fonctions s’exécutent parfaitement, excepté celles des parties qui ont été paralysées ; l’appétit est bon. La main gauche peut toujours être naturellement étendue sur l’avant-bras ; le malade s appuie assez solidement sur le poignet de cette main ; mais ses doigts sont tou jours rebelles à l’action des muscles extenseurs ; la main droite est dans le même état que par le passé.

A son arrivée , le malade ne pouvait lever ses jambes sans voir ses pieds traîner constamment sur le lit , sans cesser un seul instant d’y toucher; plus tard, c’est-à-dire le 11 juin, il lui fallait se coucher sur le côté gauche pour pouvoir lever la jambe; aujourd’hui il peut lever facilement les deux jambes d’une seule pièce à la hauteur de plus de 2 centimètres, et cela sans que les pieds se renversent en dedans ou en dehors. Les jambes ne fléchissent plus sous le poids du corps ; mais les orteils sont toujours sans extension ni flexion volontaires.

Le 19 juillet 18Û0, le malade est renvoyé à Paris à peu près guéri. La strychnine employée en potion et par la méthode endei inique, les douches, les frictions, les bains de vapeur aromatiques, l’insolation et le laitage ont été suivis des meilleurs effets.

Observation 10*. — Le 20 septembre 1821, au matin, étant convales-

cent de dysenterie, je mêlai de la poudre de quinquina dans un verre dans lequel un de mes élèves avait laissé 3 grammes 5 décigrammes d’acide arsénieux : j’en avalai le contenu, moins ce qui resta adhérent aux parois du vase ; je fis ensuite six à sept milles à cheval pour aller voir un malade. En chemin , j’éprouvai du malaise à l’estomac et des nausées ; à mon arrivée ces phénomènes augmentèrent à ce point , qu après d inutiles effoi ts poui dormir, je provoquai le vomissement en m’introduisant un doigt dans la gorge ; mais je ne suis pas certain d’avoir rendu ni le quinquina ni l’arsenic. J’eus alors un peu de sommeil interrompu par des rêves effrayants et accompagné de malaise fort pénible à l’estomac , d’une vive douleur de tête, de battements cardiaques et artériels très forts, et de tremblement général des muscles. Quatre heures se passèrent ainsi lorsque arriva fort effrayé mon élève, E. Pichett de Huntsville Alabama, aujourd hui docteur.

Il me dit que d’après les traces qui restaient dans le verre j’avais dû prendre 3 grammes environ d’acide arsénieux. Tout effrayante que fût cette nouvelle, elle me fit développer une énergie mentale assez forte pour régulariser et raffermir l’action du système vasculaire jusque là assez inégale. Je ressentais ou croyais ressentir 5 l’estomac une chaleur insolite, et mon pouls était devenu plus développé ; je me fis faire une saignée du bras de 1 kilogr. 280 grammes , et huit heures plus tard une seconde de 800 grammes. Je bus en grande quantité des boissons mucilagineuses coupées avec du lait, que je vomissais presque immédiatement. Puis je pris des cathartiques tels que des sels, du séné, etc. Mais l’estomac les rejetait immédiatement. Enfin j’avalai toutes les deux heures 50 centigrammes de calomel en pilules, ce qui fit 12 grammes environ dans l’espace de quarante heures ; l’action en fut favorisée par des lavements. Les vésicatoires, les rubéfiants et les bains tièdes furent employés comme moyens auxiliaires. Les jours suivants, mon pouls continua à augmenter de fréquence , et le samedi, vers minuit , il parut s’arrêter. Le froid des extrémités semblait avoir gagné le tronc. Pendant plusieurs heures, je restai presque sans respiration et souffrant tout le malaise qui annonce une mort prochaine. Je sentais un poids sur la poitrine, une suffocation affreuse ; je pus à peine communiquer à voix basse mon désir d’être placé dans un bain chaud. Je m'y endormis, et me réveillai le lendemain dans un état beaucoup plus satisfaisant. ( Docteur Perrine , American Journal of the medical sciences , vol. xi, p. 61. )

Observation 11e. — La femme E. T., de forte constitution, âgée de trente-cinq ans, et arrivée au septième mois de sa grossesse , prit 16 grammes d’oxyde blanc d’arsenic dissous dans un litre d’eau chaude. Huit minutes après avoir été ingéré, le poison commença à agir. Malaise extrême, vives douleurs, et autres symptômes alarmants. Appelé près de celte femme , le 31 août, vers huit heures du matin , je la trouvai très affaiblie par les vomissements et les efforts les plus pénibles. Elle se plaignait d’éprouver un grand froid aux extrémités, une soif inextinguible , des douleurs spasmodiques dans les intestins, surtout vers la région épigastrique ; la bouche était très sèche, les yeux rouges, la face injectée ; elle était très agitée. Pouls à 120. Je ne perdis pas de temps pour lui administrer la potion suivante : Carbonate de magnésie, 32 grammes ; vin d’opium, 6 grammes; sucre blanc, 16 grammes; eau distillée, 500 grammes. Prendre de cette potion un petit verre tous les quarts d’heure ; y joindre l’emploi de boissons mucilagineuses, gruau, eau d’orge, bouillons , etc. Tenir les extrémités chaudes.

A midi je revis la malade. Les vomissements sont moins fréquents et moins violents. Peau très chaude , soif intense , douleur brûlante à l’estomac , sensibilité à la presssion , céphalalgie , beaucoup d’agitation , pouls fort à 136; saignée du bras de 6/i0 grammes; continuer la potion avec la magnésie, en ne répétant les doses que toutes les demi-heures.

A sept heures du soir il y a plus de calme. La bouche et la gorge sont douloureuses; moins de vomissements et d’efforts; douleur à l’épigastre

DÈ L’AfctbE ARsèNiEÜX. S35

et à l’hypochohdre droit ; pouls à 106 : 32 grammes d’hüilé dé ricin ; 12

çVn„siièsPsur le point douloureux; continuer là potion.

â?K.rs suivants les accidents diminuèrent progressivement et la malade se rétabli, sais arortement. ( J.W. MhW **«* «*

des vomissements et des selles qui continuèrent toute la nuit et qui coi

malade fût affaiblie par l’action du poison sui 1 es‘“ ’ J^ 8 ,

téîneiit une saignée du bras de 640 grammes, qui n e paru t amenei p us deXlarité dans le pouls , et, dans le but de

du canal intestinal, je fis, prendre toutes les trois hcu‘'L.S f f. J ^ â’iiüile de ricin , et tôtüesles deux heures un verre a pied de lU^ de 32 grammes de sulfate de magnésie dans un htiedeau de savon,

^ittîrdfsoir, je trouvai que les vomissements avaient fait féjëter tout ce que la malade avait avalé , et que l’effet purgatif était hès faible : pouls plus fréquent , douieur de l’estomac plus vive. Je fis dirai

41 ïÿïïtS.’rtl avau agi s»r lec.aal to-M»

paraissait moins irritable ; la malade se plaignait de plus de dôuleur dans la gorge et dans l’estomac. Je prescrivis des sangsues au cou et a 1 é

A six heures du soir, pouls plus fréquent , langue rouge sûr ses hordii , malàise général, prurit delà peau; un pende

Prescription : prendre toutes les heures une cuillerêé a thé dé sé i ô de tartre stibié et d’acide acétique faible , jusqu’à ce que agita îo 0

calmée ; eau panée pour boisson. . , ..

Le 29 au matin , les symptômes présentent de 1 améhoratioh. La a lade a mangé un peu. Purgatiï salin et continuer la solution anliihonialë. Le soir, un peu d’aggravation dés symptômes. \tème prescr^tion.

Le 30 , la malade est beaucoup mieux ; clle a mangé hn peh. CohtlnUèi-

les ménies moyens. , » • uiî* U uu.

Le 3 mai, la malade put se lever; elle était convalescente ; éllc sé plaignait seulement de faiblesse et de douleur à la langue ; les exü émîtes inférieures étaient un peu œdématiées, et son pouls conservait de la IV

quence, mais sans dureté. ... .g, ,, , ,

A la fin de ce mois, elle était revenue à son état de partai c santé (j. T. B. Skillmann, de New-Brunswick, American Journa of i

medical sciences; vol. xvui, p. 531. 1836.) „ ,

Ôbseavation 13*. Une femme de tlente-huit ans prit S gtàtaMi

ÛES POISONS IRRITANTS.

(I acide arsénieux dans de l’eau panée. Vomissements fréquents et abon dants. On administre un grande quantité d’eau de savon. Le lendemain à sept heures du matin, saignée de 320 grammes. A une heure de l’aprèsmidi, nouvelle saignée de 256 grammes. Le troisième jour, saignée de 320 grammes. Guérison. Les autres moyens employés sont : la magnésie suspendue dans du lait, des pilules d’opium, des vésicatoires à l’épigastre; des lavements purgatifs. (J. Greening, dans the Lancet 7 mars 1835, p. 812.) ’

Observation l/i'.— Une jeune fille de dix-neuf ans avala de l’acide arsénieux (la quantité n’est pas indiquée). Vomissements très abondants. Le lendemain, saignée de 38û grammes. Mort après six jours de maladie. Les moyens employés sont : potion purgative d’huile de ricin, de manne et de carbonate de potasse ; potion stimulante , alcool et œuf; vésicatoire à l’épigastre. ( The Lancet, 28 mai 1825, p. 254. )

Observation 15'. — Quatre enfants sont empoisonnés par une préparation arsenicale. Accidents graves , vomissements. Un des enfants se remet promptement ; deux autres succombent. On pratique une saignée de 256 grammes au quatrième ; des sangsues sont appliquées à l’abdomen. Guérison. Lavements huileux, vésicatoires, potion laxative saline.

Le même auteur , qui se loue beaucoup de l’emploi de la saignée, a vu ce moyen amener la guérison chez une jeune femme qui s’était empoisonnée avec de l’acide arsénieux. (Davies, the Medical and Physical Journal, vol. xxvni, p. 345. Novembre 1312.)

Observation 16e. — Une jeune fille s’empoisonne avec 96 grammes de laudanum et 8 grammes d’acide arsénieux. Pas de symptômes d’empoisonnement par cette dernière substance ; pas de vomissements. On donne des boissons abondantes; saignée de la jugulaire, sangsues, vésicatoires, allusions froides ; mort neuf heures après l’ingestion du poison. ( Jednings , Medical and Physical Journal , vol. lxv , p. 295 , 1831. )

Observation 17*. — Le 2 juin 1817, à neuf heures du soir, un jeune homme de dix-sept ans avala pour se suicider 3 grammes 50 centigrammes d’oxyde blanc d’arsenic grossièrement pulvérisé. Un quart d’heure après on provoqua des vomissements au moyen de 30 centigrammes de tartre stibié. Le lendemain , symptômes de réaction. Le malade fut copieusement saigné. Lavements , potions gazeuses , vésicatoires à l’épigastre. Guérison au bout de quelques jours. (J. Toogood, Provincial medical and surgical Journal, janvier, vol. i, 1842, p. 269. ) Observation 18°. — Une jeune fille de dix-neuf ans avala 3 grammes 30 centigrammes d’oxyde blanc d’arsenic. Vomissements fréquents ; quinze heures après , saignée du bras de 576 grammes. Le troisième jour , sept sangsues sur le côté. Guérison au bout de dix-neuf jours. ( P. M. Roget, London médico-chirurgical Transactions , vol. n, p. 137, 1811. ) Observation 19*. Un jeune homme de dix-sept ans avala environ 6 grammes d’acide arsénieux. Vomissements huit heures après l’ingestion du poison ; seize sangsues sont appliquées à l’épigastre. On favorise l’écoulement du sang avec des cataplasmes. Dix-huit heures plus tard, pou-

DE l’acide arsénieux. 337

velle application de douze sangsues, qui ne fournissent pas plus de 12 grammes de sang. Mort quarante-une heures après l'empoisonnement. (YVard, Edinburgh Medical and surgical Journal, vol. 33,

Observations 20 , 21 , 22*. — Le docteur Macleod fut appelé auprès de trois jeunes filles empoisonnées par imprudence avec de l’acide arsénieux , et qui avaient des vomissements fréquents.

La première fut saignée du bras ( 256 grammes) vingt-quatre heures après l’accident. Le second jour deuxième saignée ( 22/t grammes). Guérison.

La deuxième fut saignée de la jugulaire (128 grammes). Guérison.

La troisième fut saignée du bras (256 grammes). Guérison. ( Edinburgh Medical and surgical Journal, vol. xv, p. 553.)

Observations 23, 24, 25, 26, 27e. - Le docteur W. G. llamsag fut appelé ù donner ses soins à une famille composée de douze personnes, empoisonnées en mangeant de la soupe dans laquelle on avait mis de l’acide arsénieux.

1° Une jeune fille de dix-neuf ans. Vomissements; 384 grammes de sang tiré par des ventouses à l’épigastre. Le lendemain 192 grammes de sang par des ventouses à la nuque. Troisième jour, douze sangsues au cou. Guérison.

2° Jeune fille de dix-sept ans. Vomissements; 384 grammes de sang par des ventouses 5 l’épigastre. Guérison.

3“ Femme de cinquante ans. Mêmes symptômes; saignées de 384 et de 192 grammes par des ventouses à l’épigastre. Guérison.

4“ Jeune fille de dix-huit ans. Mêmes symptômes, 384 grammes de sang par des ventouses à l’épigastre. Guérison.

5° Femme de trente-cinq ans. Vomissements; 192 grammes de sang par des ventouses à l’épigastre. Guérison. ( American Journal of the medical sciences , vol. xv‘, p. 259, 1834. )

Observation 28'. — Le docteur G. Shipman donna des soins à une femme qui avait avalé une cuillerée à thé d’acide arsénieux ; après avoir provoqué des vomissements il pratiqua deux saignées, l’une de 768 grammes et l’autre de 572 grammes; la malade fut guérie. ( London medical Repository, vol. ix, p. 455. )

Observation 29'. — Le docteur Odier fut appelé auprès d’un garçon de dix-huit ans , qui avait pris une grande quantité d’acide arsénieux et qui vomissait fréquemment; il pratiqua une forte saignée et le malade ne tarda pas ù guérir. ( Ancien Journal de médecine , tom. xlix, p. 333. )]

Observation 30'. — Plusieurs domestiques empoisonnés par cet acide furent traités par le docteur Barrier , qui fit une saignée à chacun d’eux ; tous furent guéris. (Ibid., tom. lix, p. 353. )

Observation 31*. — J. Murray rapporte qu’ayant été appelé auprès d’un homme de vingt-deux ans, qui avait des vomissements fréquents pour avoir pris 75 centigrammes d’acide arsénieux, il pratiqua une saignée de 500 grammes, et il fit appliquer vingt sangsues à l’épigastre. Le

malade ne tarda pas 5 guérir. ( Quartcrly Journal of the Calcutta medical and physical sociéty , décembre 1837. )

Observations 32 à 56e. — Depuis la publication de la troisième édition de cet ouvrage, j’ai eu occasion de voir un grand nombre d’empoisonnements par l’acide arsénieux ; toutes les fois que j'ai constaté des phénomènes non équivoques de réaction , tels qu’une chaleur intense à la peau, l’accélération du pouls et de la respiration , l’injectiorj de la face et des yeux, un légerdélire, des douleurs abdominales plus ou moins vives, etc., j’ai conseillé une ou plusieurs saignées de 300 à 700 grammes chacune ; vingt et un des malades ont été guéris ; quatre ont succombé malgré les saignées; à la vérité l’un d’eux est mort d’une phlébite. Plusieurs de ceux qui ont été guéris ont conservé pendant plusieurs mois , et quelques uns pendant deux ou trois ans , de la faiblesse dans les articulations des mains etdes pieds, qui étaient roides et parfois douloureuses; deux d’entre eux sont restés pendant six mois paralysés de presque toute la moitié inférieure du corps. J’ai souvent remédié à ces accidents articulaires par des fumigations excitantes, et mieux encore par des bains tièdes et par des bains de vapeur.

Quelques autres malades, empoisonnés et comme foudroyés par l’acide arsénieux, ne m’ont pas paru dans des conditions favorables pour être saignés , et je me suis abstenu. Leur pouls était à peine sensible, la peau froide et tachetée de plaques bleuâtres ; tout annonçait une mort prochaine.

Observation 57e. — Le 5 thermidor an l\ , dit Desgranges, j’ai été appelé (1) précipitamment, ii mon retour de Lyon, pour une jeune femme de chambre près de Uolle, laquelle avait eu l’imprudence, pour faire passer des poux, de se frotter la tête six à sept jours auparavant avec de la pommade chargée d’arsenic. La tête était très saine et sans entamure quelconque : aussi s’écoula-t-il plusieurs jours avant la manifestation des funestes effets de cette application; mais alors, sans doute par un effet de l’absorption , soit à travers les pores naturels du cuir chevelu , soit à la faveur d’une érosion due à l’impression caustique du mélange, la malade a été atteinte des douleurs les plus cruelles; toute la tête est devenue enflée ; les oreilles , doublées de volume , se sont couvertes de croûtes ; plusieurs plaies à la tête ont participé à cet état, et les glandes sous-maxillaires, les jugulaires, celles du tour du cou , du derrière de la tête, les parotides même se sont engorgées rapidement... Les yeux étaient étincelants et gros; le visage tuméfié et presque érysipélateux; la malade avait le pouls dur, tendu et fiévreux , la langue aride , la peau sèche; elle se plaignait d’une chaleur vive sur tout le corps, et d’un feu dévorant qui la consumait. A ces maux extérieurs s’étaient joints des vertiges, des faiblesses syncopales , des cardialgies, des vomissements de temps à autre, de l’altération, de l’ardeur en urinant, une longue constipation et des tremblements dans les membres avec impossibilité de

(1) Recueil périodique (je la Société de Médecine de Paris, loin, vi, p. 22.

se soutenir sur scs jambes. La tête s’embarrassait; il y avait des moments

de délire. .

Je fis sur-le-champ ( à sept heures du soir ) une saignée copieuse a la

malade, et je recommandai de la saigner au pied pendant la nuit : je prescrivis une ample boisson d’eau de poulet émulsionnée etnitrée, des lavements fréquents avec la graine de lin, les ficurs de bonhomme elle miel mercuriel , des pédiluves d’eau bouillie avec de la cendre de foyer ; et, vu le besoin de lâcher le ventre et d’évacuer doucement, j’indiquai de préférence un mélange liquide de magnésie calcinée , de gomme arabique et de sirop de tussilage pour en prendre une cuillerée à café toutes les deux ou trois heures. Je fis graisser la tête avec la pommade en crème décrite dans la Pharmacie de Baumé , contenant un quart de son poids de craie blanche en poudre... Le lendemain il y eut un peu d’amendement, mais il y avait de l’assoupissement. Je fis appliquer alors huit à dix sangsues aux cuisses : malgré cela la nuit fut agitée , l’enflure de la tête parut s’être accrue , et sur le matin tout le corps se couvrit d’une éruption considérable de petits boutons à pointes blanches comme du millet, surtout aux mains et aux pieds. La malade fut très faible, et ne pouvait rester assise sans éprouver des maux de cœur ; je donnai quelques cuillerées d’une potion rendue cordiale par l’addition des gouttes d’Hoffmann et plusieurs verres de tisane de bardane miellée. Le surlendemain, je fis rapprocher les doses de magnésie calcinée seulement mêlée au sirop de tussilage , afin de déterminer plus décidément des évacuations par le bas. En moins de quarante-huit heures l’éruption se sécha et tomba par desquammations ; le ventre s’ouvrit , tous les accidents diminuèrent ; et le huitième jour, à compter de celui de ma première visite, la malade a été absolument hors de danger. Comme il restait de l’irritation et de la sécheresse dans la poitrine avec un peu de toux, j’ai terminé la cure par le lait d’itnesse. Dans le cours de la convalescence les cheveux sont tombés.

Observation 58*. — Un homme de quarante-cinq ans portait depuis un grand nombre d’années un ulcère situé au pourtour de l’une des malléoles. Un charlatan , auquel il eut recours, le couvrit d’acide arsénieux. En peu d’instants, des douleurs très vives se développèrent; six heures après, le malade, ne pouvant les supporter, s’efforça mais vainement , à ce qu’il parait, d’enlever ce dangereux caustique : les souffrances continuèrent; la douleur était brûlante. Le surlendemain, il survint des vomissements, des coliques, une épistaxis passive; le corps se couvrit ensuite de taches rouges ; le sang parut dans les matières des vomissements et des selles, qui bientôt devinrent noires; il y avait des défaillances continuelles. Le cinquième jour, la langue était sèche et noire, les ecchymoses avaient pris la même teinte. On remplaça les adoucissants mis en usage jusqu’alors par la limonade cl une décoction de quinquina acidulée. Il survint du délire, de l’agitation; on mit des vésicatoires aux jambes ; les douleurs s’exaspérèrent , et le lendemain , seizième jour de 1 empoisonnement , le malade n’était plus. L’ouverture du corps ne put

rc faite. (Bill, médicale, t. lxxiv, année 1821, observation de M. Meau (1).)

Symptômes de l’empoisonnement par l’acide arsénieux.

Les symptômes de cet empoisonnement varient suivant les doses d’acide arsénieux ingéré, la forme sous laquelle il a été pris (dissolution, fragment, poudre fine), l’état de plénitude ou de vacuité de l’estomac, l’état antérieur du canal digestif, qui peut être sain ou malade , la constitution et l’âge de l’individu , etc. Il est réellement impossible de donner une description générale des phénomènes qu’il développe : aussi vaut-il mieux tracer en abrégé les principaux groupes de symptômes que l’on remarque le plus souvent , tout en convenant que je n’ai pas la prétention de prévoir tous les cas qui peuvent se présenter.

A. Saveur à peine sensible au moment de l’ingestion et tout au plus légèrement âpre et nullement corrosive ; bientôt après ptyalisme fréquent , crachotement continuel , constriction du pharynx et de l’œsophage, agacement des dents, nausées, vomissements; ceux-ci ne se manifestent le plus ordinairement que deux, quatre ou six heures après l’empoisonnement, si l’acide arsénieux a été avalé solide, car ils se manifesteraient au bout de cinq, dix, quinze, vingt ou trente minutes, si l’acide avait été pris en dissolution et qu’il eût été promptement absorbé ; ils se répètent quelquefois à des intervalles fort rapprochés et persistent pendant des heures entières, un, deux ou plusieurs jours; les matières vomies sont muqueuses ou bilieuses, parfois mêlées de sang, et contiennent de l’acide arsénieux en dissolution , ou sous forme de poudre ou de fragments. Anxiété , défaillances fréquentes , ardeur dans la région précordiale ; douleur avec un sentiment de brûlure dans la région de l’estomac, qui ne peut pas sup-

(1) Je pourrais rapporter un bien plus grand nombre d’observations d’empoisonnement par cet acide; je me contenterai d'indiquer une partie des ouvrages dans lesquels il faut les chercher.

Dehaen, Ratio medendi , t. v, pars ix, cap. vi, § vi, pag. 183; et dans le même tome , pars x , cap. n , § vu , pag. 324.

J.-B. Morcacni , Epit. Ami. Med., us , art. ni , pag. 244. (De Sedibus et Causis Morborum.)

Fabrice de Hilden , ouvrage cité, obs. lxxx, pag. 606 ; et obs. lxxxi, pag. 607, Francofurli ad Mœnmn , i 646.

Wepfer, De Cicutâ aqualicd, pag. 289, hist. xiii , an 1716.

SAuvages, Nosologie méthodique , traduite par Gouvion, t. vi , pag. 286; et t. vin , pag. 217.

Navikr, ouvrage cité, t. i, pag. 16.

poner le» boisson» les plus **» » -"SÏ&ISE!

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tête 'douloureuse ; un léger délire accompagne ces acculent» 1 hm, rare est rouge et dans certains cas sanguinolente , les pieds et les main» »»t le siège de douleurs intenses ou b.er ub son « - Bibles et comme paralysés. Cet état persiste un ou en ,ormine par la guérison et plus souvent pai la mort , celle ci alors précédée, le plus ordinairement, de convulsions presque toujours atroces de contorsions horribles et de douleurs excessivement aigues.

Si la guérison a lieu , il n’est pas rare d’observer pendant plusieurs mois et même pendant des années, une gène dans les mouvements des bras et des jambes dont les articulations restent souvent tuméfiées et douloureuses; les individus vaquent difficilement a leurs .affaires, à moins qu’on ne parvienne à les soulager par des fomentations tour a tour émollientes et aromatiques , par des bains de vapeur, des saignées IociIgs gIc

On ne remarque guère l’ensemble de ces symptômes chez le même individu; toutefois, si la maladie dure quelques jours , il peutaimei qu’ils se manifestent presque tous a des époques differentes.

B. Si la dose du poison ingéré est plus forte, les malades, api es avoir éprouvé des vomissements, des douleurs abdominales, etc. , sont comme foudroyés et ressemblent jusqu’à un certain point a ceux qui seraient atteints du choléra asiatique ; les traits de la lace sont promptement altérés , la peau est pâle et quelquefois violacée et couverte de sueurs froides ; les malades ressentent un froid glacial ; le pouls est fréquent , petit , filiforme et parfois insensible ; une vive anxiété précordiale et des syncopes fréquentes se manifestent, la respiration s embarrasse, l'affaissement devient de plus en plus grand, cl la moi t ai i ivc quelques heures après l’invasion des accidents , quelquefois sans avoir été précédée de convulsions.

C. Dans certains cas, à la vérité fort rares, les individus périssent sans avoir éprouvé d’autre symptôme que des syncopes souvent légères. Laborde , Chaussicr et Renault ont rapporté quelques obsci vations de ce genre.

D Si l’empoisonneirjent dure depuis, plusieurs jours, parce que les n»kdcs a,,,™,, pris plusieurs fois , à des into-vaUes plL cAota gncs, des doses d acide arsénieux qui ne soient pas très fortes, ou par toute autre cause , comme cela s’est vu , les symptômes seront en génei al analogues a ceux que j’ai décrits à la p. 340 (voyez A. ) ■ mais e plus souvent les vomissements et les déjections alvines persiste! ont opiniâtrement. On conçoit aisément que la marche de la maladie doive etre modifiée dans ces cas, au point de ne pouvoir pas etre prevue ici.

. Lésions de tissu produilcs par l’acide arsénieux.

Le canal digestif peut être le siège d’altérations plus ou moins prononcées. Il importe toutefois de noter que dans un assez grand nombre de cas , les traces d’inflammation ne sont pas aussi profondes qu’on le croit ordinairement ; on a même des exemples de mort produite par l’acide arsénieux sans qu’il ait été possible de découvrir la moindre lésion du canal digestif.

Dans le fait signalé par Chaussier, il n’y avait pas la plus légère apparence d’érosion ni de pblogose dans le canal digestif. Elmuller parle d’une jeune fille empoisonnée par l’acide arsénieux et chez laquelle ni 1 estomac ni les intestins n’offrirent aucune trace d’inflammation ni de gangrène : cependant l’arsenic fut trouvé dans ce viscère (1). Marc rapporte que dans un cas d’empoisonnement par l’oxyde d’arsenic , loin de ti ouver les membranes de l’estomac érodées , on constata qu’elles étaient épaissies (2). 31. 3lissa n’a pas observé d’altération dans l’estomac et les intestins d’un individu qui avait pris 12 grammes d’acide arsénieux. (Voy. observation 5% p. 316. ) Sallin dit : « A l’ouverture d’un » homme empoisonné, et de l’estomac duquel on a retiré A grammes » d arsenic en poudre, on n’a trouvé rien contre nature dans la » bouche et dans l’œsophage (3). »

Que penser maintenant de l’assertion de ce dernier auteur, lorsqu’il cherche a établir une différence entre le sublimé corrosif et l'arsenic?

« L arsenic produit , à la vérité, des effets assez analogues à ceux du sublimé : cependant il y a des différences notables, en ce qu’il gangrène et perfore quelquefois l’estomac, en ce qu’il porte son action sur la totalité de ce viscère , sur la bouche et tout le long de l’œsophage, et qu il existe une éruption à la peau. » ( Recueil périodique de la Société de Médecine de Paris , tome vil; page 357.)

L’existence ou la non-existence de lésions cadavériques , l’étendue

(1) Ephemérid. D/al. Curios, cenlur. m et îv, obs. cxxvi, cùm scholio.

(2) Marc , traduction de Rose : Manuel il' Autopsie cadavérique, p. CO, note.

(3) Journal do Médecine, tom. Lvin, p. 176.

et le *. -» « altérations ne

*■ s»"’"io“ics ei ac ^ chi-

inique des matières, des clivcl.ses altérations que

Voyons maintenant quelle est la na plusieurs

1-on a constatées après la mort par l’ acide ^me«X Dana ^ems cas l’inflammation de l’estomac est extrêmement légèr .U^ ^ mence à se développer immédiatement apres que 1 Les

et elle est d’autant plus intense que la moit laid parties enflammées sont en général rouges d< «J0?® . ux

due; quelquefois la rougeur n’existe que par JJSJS

vaisseaux de l’estomac sont distendus par le sang ; mai ritappgo est ordinairement bornée a la membrane muqueuse ; ■ «J ;

comme macérée , facile h déchirer et à séparer de tumquem leuse qui conserve le caractère propre a son tissu. Quelque remarque de petites taches, véritables ecchymoses formées pat que ques portions de sang extravasé sur la surface de queuse ou dans l’espace qui la sépare de la

développées le plus souvent dans des points ou un peW fugmept d’acide arsénieux a séjourné. Il est rare de trouver des jutions, à moins que la mort n’ait lardé à survenir. Dans certains cas, 1 exi des escarres grisâtres et dures, d’une petite étendue : cependant on en a vu qui étaient de la grandeur d’un franc. M. re-

marquer à cet égard, et avec raison, que l’on a soient pris pour d escarres des taches formées par une couche très mmcc de sang coagulé , d’une couleur foncée et fortement adhèrent a la membrane muqueuse; on peut voir, dans le muséum de Ilunter, une pièce d anatomic pathologique offrant l’altération dont il s’agit. Quelques auteurs disent avoir trouvé l’estomac perforé; je n’ai jamais constaté une

pareille lésion. . ,

L’œsophage peut être enflammé, strié et offrir des ecchymoses pui purines, principalement vers le cardia; la bouche, les amygdales, le voile du palais et la luette ont été trouvés phlogosés dans quelques circonstances. Les iutestins sont quelquefois rétrécis; dans certains cas, loin d’être contractés, ils étaient distendus. Le jéjunum, 1 îleum et le rectum participent parfois à l’inflammation, qui il atteint guèic le cæcum et le colon.

Les poumons sont souvent gorgés de sang , comme dans la mort par asphyxie , et quelquefois la membrane muqueuse de la tracheeartère offre une rougeur très prononcée. La cavité droite du cœui contient , en général , beaucoup de sang. La membrane interne des oreillettes et des ventricules, les valvules mitrales ou tricuspides, et

les principaux faisceaux musculeux de cet organe , peuvent être le

IUivsclf ÏS, r°Uf 8 °U n°irâtref ,,lus 011 “oinsétendues. Morgagni, fl ’ tie ’ etC- > om attiré l’attention des observateurs sur l’état

guins ne paraissent point altérées, quoiqu’elle^sdent

y -rque J i * des'

veaÏnS dU ,C pancréas’ le foie- les reins et le cer-

ZZtYrZ 3UCUne altérat,°n notable5 vaisseaux qui se distri-

bnnes sél Cr V1SCGre S°Dt (Iuelîuefois gorgés de sang. Lesmem-

son mSl T T Paraissent Pas a(rectéGS- Les muscles volontaires

cmaiJetr ? d T r°kleUr td]e qu’Ü faut emPl°ver une cei tame force pour séparer les mâchoires et fléchir les articulations.

suivieS?î-°n/XtérieUre dG radde arsénieux cst ordinairement sume aussi d altérations analogues à celles qui viennent d’être décrites

Je ne terminerai pas ce sujet sans faire observer que dans certaines circonstances , on remarque çà et là dans l’estomac et dans les intestins des personnes empoisonnées par l’acide arsénieux une multitude de points brillants que l’on serait tenté de prendre au premier abord pour ( e acide arsénieux. Ces sortes de grains sont formés de graisse et d’albumine ; mis sur les charbons ardents, ils décrépitent en se desséenant, et font entendre un bruit que l’on a quelquefois mal à propos qualifie de détonation; ils s’enflamment comme les corps gras s’ils contiennent une proportion notable de graisse , et répandent une odeur de suif et de matière animale brûlés. On peut les trouver sur des cadavres d individus qui n’ont pas etc empoisonnés , et l’on ne saurait trop apporter d’attention à les distinguer de l’acide arsénieux (1).

Je pourrais citer plusieurs faits où de semblables globules ont été la cause de méprises qui pouvaient devenir funestes. Je me bornerai à rapporter les suivants :

1 Le 2 août 182d, M. le procureur du roi de Saint-Brieuc ordonne 1 exhumation du cadavre d’un individu âgé de trente-huit ans , que 1 on soupçonnait avoir péri empoisonné quarante-quatre jours aupat avant. L extrémité inférieure de l’œsophage, la membrane muqueuse de 1 estomac et du duodénum sont enflammées. On trouve dans le canal digestif une multitude de grains blanchâtres, que l’un des rapporteurs désignés pour analyser les matières croit être de l’acide

(I) Riflard en a vu chez deux femmes dont l’une, Agée de soixante-douze ans, était morte d’une gastro-colite chronique, et l’autre, Agée de cinquante ans, avait succombé à la phthisie pulmonaire : chez celle dernière, les intestins présentaient de nombreuses ulcérations.

de l’acide arsénieux. 3/l5

arsénieux altéré par une matière animale. Voici comment il s’exprime dms son rapport : « L’estomac et le duodénum sont parsemés d un substance grenue non adhérente, excepté vers le pylore : cette su stance, d’une couleur blanche, friable, appartient au régné mine , d’après sa pesanteur ; elle n’a pas présenté tous les caractères de ox^ d’arsenic : néanmoins je pense que son long séjour dans 1 annualisée au point de masquer en partie sa nature , et en

j’ai cru sentir 1* travers l’odeur d’une substance animale en cornbus

lion, celle de L’oxyde d’arsenic; mais ne m’en liant point a mes piop lumières, ie suis d’avis de faire adresser aux grands maîtres de habitués à ces sortes d’examens toutes les pièces, afin d’éclaircir mes doutes avant de prononcer sur une matière d’une aussi haute mip

Un rapport semblable devait engager le ministère public a faire faire de nouvelles recherches. L’estomac et les matières suspectes lurent envovés à Paris , et je fus désigné par M. le procureur du roi c Saint-Brieuc pour faire un rapport; mais j’étais '.absent , et 1 analyse fut confiée k Vauquelin et à Barruel. « La matière contenue dans le pe i flacon , disent ces chimistes, avait une couleur blanche-jaunatre, une forme de grains arrondis parmi lesquels il y en avait de demi-spheriques : ces grains n’avaient point de dureté et s’écrasaient facilement entre les doigts sans produire de bruit; ainsi écrasés, ils étaient t oux au toucher comme du savon; ils n’avaient point de saveur sensible; mis sur un fer chaud, ils exhalent une vapeur blanche dont 1 odeur est semblable k celle des matières animales mêlées de graisse ; ils se fondent, se boursouflent , noircissent et laissent une matière charbonneuse légère, d’où il ne se dégage aucune trace d’odeur arsenicale.

» L’alcool n’a aucune action sur cette matière ; mais l’eau bouillante la dissout en grande partie ; la dissolution est légèrement laiteuse , et n’éprouve aucune altération de la part de l’acide sulfhydrique.

«L’acide azotique chaud opère la dissolution de cette matieie granuleuse , et prend une couleur jaunâtre qui devient d’un rouge orangé foncé par l’addition d’un alcali.

» La membrane muqueuse de l’estomac était tapissée par un grand nombre de grains blanchâtres semblables aux précédents ; on remarquait sur plusieurs parties de cette membrane des traces profondes d’une forte inflammation. Les grains recueillis avec une carte et lavés avec de l’eau distillée , ayant été soumis aux mêmes essais que les autres , n’ont présenté aucune différence. L’eau qui avait servi a lavei ces grains, éprouvée par l’acide suif hydrique , et par divers autres réactifs propres k faire reconnaître les substances vénéneuses , il en a

d£fb ras POISONS IRRITANTS.

pas donné le plus léger signe. Un lambeau de l’eslomac détaché dans la partie la plus enflammée a été soumis à l’ébullition avec de l’eau distillée : celle-ci , filtrée et éprouvée par l’acide sulfhydrique et par d autres réactifs , 11 a donné aucune trace de poison. L’autre portion de l’estomac, conservée dans l’alcool , contenait aussi à la surface interne des grains blancs qui présentaient absolument les mêmes propiiétés que ceux dont nous avons parlé précédemment.

« D’après les expériences que nous venons de rapporter, il nous paraît évident que les grains blancs qui sont renfermés dans le petit flacon , ainsi que ceux cjui étaient disséminés sur la surface interne des deux portions de l’estomac, sont composés d’une matière animale particulière , et d’une petite quantité de graisse : de ces mêmes expériences, l’on peut conclure aussi qu’il n’y a dans l’estomac aucune trace de poison minéral ni végétal reconnaissable. « Celte conclusion est analogue a celle qui avait été tirée par les deux autres rapporteurs de Saint-Brieuc.

2° Marye père et M. Devergie furent mandés par M. le procuieur du roi, le 7 septembre 1824, pour faire l’ouverture du corps du nommé Julien Danguy, qui avait succombé après quarante-huit heures de maladie. L’estomac oflrait une altération remarquable ; il était très volumineux , distendu par des gaz, et d’un rouge violacé à 1 extérieur; sa membrane muqueuse, épaisse, d’unrougg très foncé, était parsemée d’une foule de petits corps blancs, légèrement adhéîents, d une forme variable; la plupart d’entre eux étaient arrondis ; ils avaient quelque ressemblance arec l’acide arsénieux , mais ils en différaient par la densité; car eu les comprimant entre les doigts, ils se laissaient aplatir et offraient au toucher quelque chose de poisseux et de gras.

U fut reconnu que Danguy avait été empoisonné par la coloquinte ; les corps blancs semblables à l’acide arsénieux furent analysés par Vauquelin , qui les trouva composés de graisse et d’une matière animale.

Conclusions. -^-11 résulte des expériences et des observations précédemment rapportées :

1" Que l’acide arsénieux est un des poisons les plus énergiques du règne minéral; les chiens les plus robustes succombent dans l’espace de vingt, trente ou trente-six heures lorsqu’on applique 10 centigrammes de ce poison en poudre fine sur le tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de la cuisse; il en serait de même si cette dose était introduite dans l’estomac cl que l’acide arsénieux ne fût pas promptement expulsé par les vomissements ou par les selles. Le docteur Lachèzc fds , médecin à Angers , établit , d’après un assez grand

de l’acide arsénieux. zhl

nombre (le faits recueillis chez l'homme, que l'arsenic pris par un adulte • ■ h dose de 6 milligrammes détermine plusieurs accidents , qu

Impour caractérise,- un véritable en, foisonne, ont, «que stl e t Ls -, la dose de 5 it 10 centigrammes il peut occasionnel la mo .

( Annales d’Hvqïene et de Médecine legale, t. XVII).

2° Qu’il agit avec plus d’intensité lorsqu’il est dissous dans 1 eau que dL le cas où il est solide; que sa présence est totom co*statéc dans les matières vomies et dans le canal digestif, quand été donné en dissolution, malgré l’assertion contraire de MM. Hom

bl°3“ Qu’il détermine l’empoisonnement , soit qu’on l’introduise dans le canal digestif ou dans les veines, soit qu’on l’injecte dans les cavités séreuses ou dans le vagin , soit enfin qu’on l’applique sur le tissu

lulaire sous-cutané ; ,

l.o Qu’il produit des effets aussi funestes lorsqu il est appliqué le tissu cellulaire du dos , que dans le cas où on le met en contact avec le tissu cellulaire de la cuisse, ce qui n’a pas lieu pour le sublime

5° Qu’il est absorbé , porté dans le torrent de la circulation et dans tous les tissus de l’économie animale où sa présence est parfaitement décelée ; qu’il devient indispensable de le chercher dans ces tissus et particulièrement dans l’estomac, le foie, la rate et les reins , quand on ne l’a pas trouvé dans le canal digestif ou sur les autres parties sur lesquelles il avait été immédiatement appliqué , ou dans la matière des vomissements , et qu’un rapport médico-légal devra être déclare incomplet et insuffisant par je seul fait, que, dans le ç$ indique, on aura omis de rechercher l’acide arsénieux dans les viscères ou î

existe après avoir été absorbé ; ,

6° Qu’il se trouve en plus grande quantité dans les organes secieteurs et très vasculaires ; qu’il ne séjourne pas indéfiniment dans ces organes cl qu’il est entièrement expulsé par l’urine et peut-êtie pai d’autres voies d’excrétion ; en effet , l’urine rendue pendant lcs piemières périodes de l’empoisonnement renferme de l’acide arsénieux , tandis que les viscères qui en auraient fourni si les individus fussent morts quelques jours après l'invasion des accidents, n en contiennent plus au bout d’un certain temps (1);

(1) En janvier 1839, j’ai mis hors de doute l’absorption de l’acide arsénieux et son transport dans tous les tissus; bientôt après j'ui fait voir, pai des expe ricnccs nombreuses , qu’il en était de même des préparations anlimunia es , cuivreuses, plombiques, mercurielles, etc. Les recherches quej ai i pu > 'lts 11 cet égard sont consignées dans le tome vin des Mémoires de lAca mm

7" Que lorsqu’il est mis en poudre fine sur le tissu cellulaire sousa tané des chiens, il n y en a guère que 75 à 100 milligrammes d’ab-

, )C ’ ^ie e que S0It la Proportion employée; et que cette faible dose suffit pour occasionner la mort, puisqu’il est impossible d’atlribuei celle-ci a 1 irritation locale , habituellement fort légère nue détermine ce poison dans ces circonstances;

8° Qu il y en a davantage d’absorbé, sans que l’on puisse en préciser Ja quantité , lorsqu’il a été introduit dans le canal digestif, après avoir clé dissous dans l’eau , ou quand l’acide solide , par son contact prolongé avec les sucs de l’estomac ou des intestins, a fini par sedissoudie en totalité ou en partie;

w!Lde,mé,deCine’ 0U danS 1CS numéros de mai> Juin, juillet et août du DO onS Ie méd!cale ’ ann6c. 1842- Jusqu'alors, on avait dit que ces

dans ln ir\la'e"i C,r-e abso|’bés> mais personne n’avait prouvé leur existence verrons S " l,SSU? °U iIs avaient Élé Portés par voie d'absorption ; nous h„. 1 b cePendant que des tentatives avaient déjà été faites dans ce

loi.. P J qUC *iUes Physiologistes, et notamment par Beissenhirtz. J’ai été plus éè .c “ T® CCtte découverte fùt dorénavant appliquée à la médecine

(r ■ ’ . Que les nouvelles données sur l’absorption vinssent éclairer les aires jud'eaues; peu après, je suis parvenu dans plusieurs cas à déceler de ';enic dans les'''sccres d’individus soupçonnés morts empoisonnés, lorsque ? •gestif manquait, et il a été démontré qu’un crime avait été consommé, ce qu il aurait été impossible de faire avant 1839. Dés que mes travaux ont été connus, bon nombre d’experts en France ont eu maintes occasions d en faire ressortir l’importance devant les cours d’assises où ils étaient appelés MM. Fau et Berges, àFoix; MM. Chapeau et Parisel , à Lyon;

’ lgal’ “ Albl> et bien d’autres que je pourrais citer, ont conclu à l’existence , un empoisonnement en mettant à profit ces nouvelles recherches. Désormais orsqu i faudra opérer dans des cas d’intoxication par des composés de mercure, d antimoine, de cuivre, de plomb, d’étain, d’arsenic, etc., et que on ne découvrira aucune trace de substance vénéneuse dans le canal diges i ce qui est plus commun qu’on ne pense, on agira donc sur le foie, la ia e, es reins, etc., ou sur l’urine, et souvent on découvrira le corps du délit qui aurait échappé avant la publication de mes travaux.

Il en a été de ma découverte comme de toutes celles qui , par leur importance, font quelque bruit : des esprits malveillants ont cherché à m’en dépoui er. M. Magendie a prétendu qu’il avait prouvé que tous les poisons i aient absorbés, quand il est notoire qu’il s’était borné à répéter ce qui avait e e émis quelques siècles auparavant par beaucoup d’hommes éclairés, savoir qu e les poisons devaient être absorbes, jet à publier quelques expériences physiologiques sur un petit nombre de toxiques, expériences qui tendaient à faire croire que 1 absorption avait eu lieu, mais qui étaient loin de la mettre hors de doute.

M. Gerdy, avec un sung-froid imperturbable, a annoncé en pleine académie qu il était établi dans un passage de l’ouvrage du docteur Christison que Molir avait vu bien avant moi ce que je proclamais être nouveau; mais il m’a suffi de donner lecture dudit [tassage pour montrer qu’il contenait tout le contraire de ce qu’on avançait, et pour forcer l’orateur à rétracter son assertion. Aussi l’Institut d’abord , et l’Académie royale de médecine ensuite , ont-

û0 n ,,, n-est pas douteux , d’après les cas d’empoisonnement ob- Q I ci au’ il n’agisse de même chez l'homme; toutefois il senf J“SH lue la portion absorbée nécessaire pour déterminer la Srtfdevn être plus considérable que celle qui est nécessaire pour

“To'fottn action est d'autan, plus -anergique que le tissu sur lequel on rapplique « " —

”®S,’ ;r veineux!' que lorsqu'il est introduit dans l'estomac ou dans le vagin; il est moins vite absorbé dans les gros intestins que

Ils reconnu que i'.v.U prouve le premier que

mon travail à la médecine Idole s.n.

rïîrrs;!»-Wr

minutieuses , qui v P , Berli sous le litre de Ar ténia ejjicacia

senhtriz, publie e ’ à Un cheval en état de santé, le pre-

peneulis illustt raW. 1 L aut ®"r “ » ,cux uni à du miel et à de la poudre de

""•minve’ ^deuxième jour, IG grammes d’acide arsénieux; le quatrième

four 24 grammes du même poison ; le cinquième jour, 8 grammes ; le sepjour, 24 gammes üu me l mourut ,e lendemain. L’auteur, apres

avoir décrit avec soin les lésions cadavériques , dit au chapitre 8, pag. 29 : Tlnllaboranda hac materia scopum præfixum habui, ut m,h, persuaderem,

. ân arsenicum digestionis et assimilation* processu parbbus organ.smi m- . înalU admi sceat u r , an secrclione et cutis actione ex iis ilerum ehm.netur >> Marris tamen credidi , substanliam banc venenosam, similem in mtdum I hydrargyri præparata cum texturâ partium orgamcarum commun, car..

» Hæc opinio potissimum experimentis a patruo meo faclis confirmai î vide- » batur, quippe qui e libris sex sanguinis cquo detractis qu, dracbmis sex acidi » arscnicosi interemptus crat , arsenicum sejunxit. Quum periculis illis fidem ,, maximam habcam , prælercaquc jure meo credam , arsenicum in sanguinis n molcm totius corporis traductum fuisse, parum dubito, qum rehquæ cor- » poris parles per sanguinem eo inquirientur, quod cl ipsa analysis cbemita

» nuam ceo institui , testatum facit. . f

Q» Doctor Otto similia insliluit pericula , neuliquam vero c sanguine excepto » et rcagcntibus cbemicis submisso arsenicum obtinuit Fade bque t ur

» expérimenta bujus viri irrita fucrint, ctemm animalcule hune ad scopum » adhibita tantilla fucrunt ut paucis hujus venem grams exstinguerentur, » sin minus, haustum tamen arsenicum vomitu autalvi dejcctionibus maxi- » mam partem cxpcllerent. Horum igitur animalculorum , quæ vel paucas . boras post ingestum arsenicum trucidabantur, vel venenun, antea cvaciia- » verant, ut ne assimilari quidem sanguinique admisccri posset, Doctor Otto • sanguinem excepit et arsenicum ex co obtinere studuit, quod «tique » arduum opus videtur, ubi cnim nihil est, iiiliii îcpcncs. 1^I*UI;

» præsentia arscnici in sanguine certiores reddamur, inuito aptuis esse \\

» tur, si sanguinern singularum corporis partium eorum animalium c îcnucæ

dans l’estomac ; la peau recouverte d’un épiderme sec et dur le transnc à pnne a moins que des circonstances particulières n’en favorisenti absorption et les nerfs peuvent supporter son contact sans donner lieu à des altérations notables; uuu,,er

11° Que s il est vrai que l’acide arsénieux irrite et enflamme presque tous les tissus avec lesquels on l’a mis en contact, on ne saurait dans la plupart des cas, attribuer les accidents graves qu’il occasionne a inflammation assez souvent légère qui est le résultat de son action locale mais bien a son absorption et par suite à son action sur un ou plusieurs des systèmes de l’économie animale ;

k anal y si submitlamus , quæ per longius lemporis intervallum uberiorcm ar- »semci copiam devorarunt, nam his demum ralionibus eventus exoptalus » conltngere potest.

« Ut de exislentia acidi arsenicosi in textura organorum animalis interrecli « edocerer, plures partium nobiliurum duce ill. Link examini cbemico » subjeçi. Qiium plurima vasa m laboratorio universitatis nostræ mihi oblala snim.s essent angtista quam ut tanta viscera, quæ equo surit, capere nos- « sent, acquiescere me oportebat, ut organa majora in participas dissecarem » earumque udam vel àllefam cxplorarem.

« Experimenlis chemicis ad metbodum Rosii ita inslitulis, ut calccm arse- « mcosam ea oblcnlam cum pulvere carbonum et acido boracico commisce- » rem , sublimationem e cucurbita faciendam curavi.

« o”bUnupUl'S anima'iS inlerfecli organis, liane calcis arsenicosæ copiam

» E ventriculo drachmam unam et grana octo.

» E cœeo intestino grana quinque.

» E pulmonibus grana septem.

» Ex Iiepate grana sex.

» E corde grana octo.

» E cerebro grana undecim.

» Hæc omnia, ut supra dictüm est, cüm pulverum carbonum acidoque » boracico commixta, in relortàm vitream demisi et e balneo arenæ sublima- » tioni subjeci, qua per aliquot lieras prolacta circiler tria arsenic! regulini » grana adeplus surn. »

Pour peu que l’on examine le travail du docteur lieissenhirtz , on verra combien il est loin de prouver ce que l’auteur cherchait à démontrer. 11 y a mieux : on ne tardera pas à s’apercevoir qu’il fourmille d’erreurs. Nous savons que de tous les organes lecerveau est celui qui fournit le moins d’arsenic, et le foie celui qui en donne le plus; or, ici c’est tout le contraire. On a obtenu avec le premier 55 centigrammes de chaux arsenicale , et avec le foie 30 centigrammes seulement ; Je cœur èt les poumons, qui en contiennent toujours moins que le foie, en renfermaient plus que lui. On ne dit pas comment on a détruit I énorme quantité de matière organique sur laquelle on opérait, ni comment on s est assuré que l’on avait réellement recueilli de l'arsenic métallique. Quoi qu il en soit , j ai cru devoir, par un sentiment d’équité, transcrire textuellement le passage do l’ouvrage du docteur Reissenhirtz, dont je n’ai eu connaissance qu’à la lin de 1811 , et dont le contenu n’avait fait aucune sensation en Allemagne et n’avait reçu aucune application utile.

12» Q«c cette action, lorsque ^

pablede produire un cmpoisonnei Rasori, Giacomini,

«al. , e. q«e ly^Slùan,. ; que k. nr8«-

Bondii., etc., la comi»' JJ médications dirigé» contre

ments puises dans les ell nuncment à l’appui de cette dermere l’ empoisonnement , no vt ^ , stimulante tant vantée

hypothèse; qu en elïet la mc !,ca l0 ' “ e, Boo(Un a con-

tas ces derniers t™M^ 6* tenlées sir dos chiens et sur des stammont échoue dans les expé .-Acidémie royale de médecine,

la diminution de la contractilité et d’autres phénomènes de ce genre que l’on observe dans certains cas d’empoisonnement par 1 acule arsénieux, parce qu’ils existent aussi, sinon tous, du moins en ^grande pnttdu quelques maladies évidemment inflammatoires c^^e ^qudle l antiphlogistiques sont suivis de succès , telles que la fièvre typhoïde a sa dernière période, et dans d’autres affections que 1 on pourrait ap peler spécifiques , telles que le choléra asiatique , maladie dans laquelle

la saignée a été souvent pratiquée avec avantage;

13° Que l’action spéciale exercée par l’acide arsénieux serapproc assez de l’action sténique ou excitance , pour que 1 on ne dut pas balancer a l’envisager comme telle, s’il fallait absolument la ranger dans l’une ou l’autre des actions sténique ou hyposthemsante ; que es faits recueillis jusqu’à ce jour chez l’homme sont d’accord avec cette opinion, adoptée aujourd’hui par tous les praticiens, sans idées pieconcucs , qui ont eu occasion d’examiner des individus empoisonnes pai des doses d’acide arsénieux qui n’amenaient la mort qu au bout de

^ger, l’action dont je parle aurait pour elfe de déterminer la lésion du cœur et de détruire la contractilité. Suivant Brodie, le système nerveux cl les organes de la circulation sont atteints, en sorte que la mort est le résultat immédiat de la suspension des fonctions du cœur et du cerveau , et si les animaux ne succombent pas aux premiers accidents produits par le poison , si m am mation a le temps de se développer, il n’y a point de doute qu e e ne puisse anéantir la vie. Earle rapporte, ajoute Brodie , qu une < mine qui avait pris de l’acide arsénieux, résista aux symptômes a aiman s

qui se déclarèrent d’abord , mais qu’elle mourut le quatrième jour . al ouverture du cadavre , on trouva la membrane muqueuse de l'estomacetdes intestins ulcérée dans une très grande étendue. ( Philoso pinçai Tram. , année 1812.) Le docteur Smith pense aussi que l’acide arsénieux exerce une action spéciale sur le cœur, et que la mort generale n arrive que par l’interversion ou la cessation des mouvements de cet organe. Le résultat de mes observations me porte à croire que 1 acide arsénieux tue en agissant sur le système nerveux et sur le cœur dont il anéantit la contractilité et dans le tissu duquel il développe assez souvent des phénomènes de congestion appréciables après la mort; on sait d ailleurs que les fonctions de ce dernier organe sont constamment altérées pendant la vie des malades qui sont sous l’influence de ce poison. Je pense aussi qu’il exerce une action délétère sur le canal digestif, car indépendamment des symptômes qui annoncent une altération constante de cet organe, il n’est pas rare de le trouver enflammé après la mort, alors même que le poison a été appliqué sur le tissu cellulaire ou injecté dans une cavité séreuse.

Traitement de l’empoisonnement par l’acide arsénieux.

Existe- t-il quelque contre-poison de l’acide arsénieux? Renault a fait une série d’expériences dans le dessein de déterminer la valeur de plusieurs réactifs, tels que les sulfures métalliques solubles, les acides acétique et sulfhydrique, proposés comme contre-poisons de cette substance. Voici les résultats obtenus par ce médecin. ( Nouvelles expériences sur les contre-poisons de l’arsenic , Thèse, an x.)

, Sulfures de potassium et de calcium. — Expérience i". A l’aide

d une sonde de gomme élastique, on introduisit dans l’estomac d’un ciien de moyenne grandeur 10 centigrammes d’acide arsénieux, et 886 grammes d’eau qui tenait en dissolution environ 3 grammes de sulfure de potassium : le tout avait été mêlé deux heures auparavant. Douze à quinze minutes après, et pendant une heure et demie, -les vomissements furent si violents et si répétés , que la liqueur fut presque entièrement expulsée de l’estomac; la respiration devint embarrassée; l’animal poussa des cris plaintifs, eut des déjections alvines, urina, et mourut quatre heures après l’injection. A l’ouverture du corps, on trouva estomac légèrement livide à l’extérieur ; il n’était enflammé à l’intérieur que vers le pylore. Le duodénum et le commencement du jéjunum présentaient quelques taches rouges éloignées les unes des autres; l’inflammation intéiessait les autres intestins grêles à l’extérieur et à l’intérieur.

Expérience il . 20 centigrammes d’acide arsénieux dissous, et la

même quantité de sulfure de potassium que dans l’expérience précé-

dente mêlés au moment même, furent injectés dans l’estomac d’un cliicn de moyenne grandeur : presque aussitôt il fit de violents étroits nour vomir, cl il rejeta une portion de la liqueur, tant par les «aunes Lj travers les espaces interdentaires. Bientôt il eut des évacua ions abondantes par les deux extrémités du canal alimentaire; les forces tombèrent dans l’affaissement, puis dans une sorte d’anéantissement e l’animal mourut sept heures et demie après l’injection. A 1 ouveituie du corps on trouva les deux poumons dans leur état nature ; 1 estomac contenait environ750 grammes d’un liquide trouble et de cou leur brune ; la tunique intérieure de ce viscère , livide et presque noire , était comme doublée par une fausse membrane d’un jaune peu foncé. La grande quantité de mucosités épaissies qui tapissaient les intestins greles les avait apparemment préservés de l’action du poison; car les gros intestins , ou semblable défensif n’existait pas, étaient enflammés, tandis que les pi e-

lniers ne l’étaient pas. . .

Expérience iiic. - Un jeune chien de moyenne taille prit 15 centigrammes d'acide arsénieux liquide , mêlé avec 3 grammes de sulfure de calcium dissous dans 38/t grammes d’eau ; il commença à vomir au bout d’un quart d’heure : la liqueur fut entièrement chassée dans 1 espace de trois heures , tandis que , d’un autre côté , elle produisait 1 effet d un violent purgatif. Le produit du vomissement recueilli fut injecté de nouveau, et rendu presque aussitôt par l’anus, sans avoir éprouvé aucun changement apparent. L’animal expira une demi-heure après. L’estomac offrait une fausse membrane qui dérobait à la vue la membrane muqueuse : celle-ci avait, dans toute son étendue, une teinte livide qui ctait plus foncée vers la grande courbure ; les intestins étaient remplis de mucus

épais , et enflammés dans toute leur longueur.

Expérience iv'. — On fit prendre à un chien le précipite obtenu en décomposant 20 centigrammes d’acide arsénieux par une quantité suffisante de polysulfure de calcium ; ce précipité avait été délayé dans eau. L’animal lit de grands efforts pour vomir ; mais on parvint à faire refluai toute la liqueur vers l’estomac. Il mourut en cinq heures de temps, après avoir rendu deux ou trois selles , et poussé des cris plaintifs pendant plus d’une heure. L’estomac contenait plus de 500 grammes de liquide ; sa membrane muqueuse était d’un rouge peu foncé, et recouverte d une couche de mucosités visqueuses et demi-transparentes. Le canal intes tinal.était légèrement enflammé dans toute sa longueur.

Ces expériences suffisent pour démontrer 1 inutilité de ces sulfures dans le cas d’empoisonnement par l’acide arsénieux : en effet , les animaux meurent dans un temps aussi court et même plus court quand on leur administre ce prétendu contre-poison , que lorsqu ils prennent l’acide arsénieux seul.

Le docteur Vandendale, médecin de l’hospice civil de Louvain, rapporte un cas d'empoisonnement par l’acide arsénieux , dont la guéri on lui paraît devoir être attribuée au sulfure de potassium , ce 1. 23

,i3a MS POISONS IRRITANTS.

qui ne s accorde aucunement avec les expériences dont je viens de parler. Voici l’observation.

" Filia 26 annorum, iemperamenti melancholici, et irrequietœ con scientiœ fluctibus jam per aliquot annos agitata, in omnibus benè ratiocinons , sed in eo solum delirabat quod se crederet esse sub no testate dœmonis ipsam continua persequentis , summo manè ad lec tum laqueo se suspendit; fr aires tumultu expergefacti inveniunt sororem suspensam et moribundam, omnibus adhibilis tandem revixit :post duos menses se occidendi causa, assumpsit ad minimum drachmam unam et semis arsenici fortissimi; inuni ipsam inflato toto cor pore sursum et deorsùm evacuantem cum fœtore intolerabili et meteorismo abdominis frigidam instar cadaveris; tanta fuit vis veneni , ut non tantum tempore decem dierum per alvum secederent primarum viarum involucra , sed et ipsa cuticula abscedcrct à capile adpedes, cum defluvio capillorum et perditione unguium manum et pedum , ut veré esset horrendum monstrum; tardiùs accédais evacuantia dare non potui , cümjam primœ viœ lantœ quantæ essent inflammatœ; sola ergôobvolventia per os et anum administrait; sola salas fuit in hepale sulpliuris , quod per quatuor septimanas su’mpsit ad drachmas duas de die in decocto hordei; quibus sensim evasit œgra instar miraculi, et perfeclissimè fuit sanata : cùm tamen inhæreret infelicibus ideis sibi vitam adimendi, familia ejus ipsam conduxit ad Gheel (commune où les maniaques sont mis en sûreté) ; sed pi oh dolor, vix per menseni ibi morata, se prœcipilavit in puteum in quo inventa est mortua, victima irrequietœ conèeienliœ, tantorum malorum et triplicis tentait suicidii (1).

Malgré l’estime dont jouit à juste titre M. Vandendale , je ne crois pas devoir attribuer la guérison de cet empoisonnement au sulfure de potassium ; il est extrêmement probable que presque tout l’arsenic fut rejeté avec la matière des vomissements et des selles que la malade avait déjà rendue en grande quantité lorsque le médecin fut appelé. D’ailleurs , cette observation n’est pas assez précise; il fauchait , avant de pouvoir apprécier l’effet du sulfure de potassium , savoir si l’estomac était vide ou plein lors de l’ingestion du poison, quelles étaient la nature et la quantité des matières vomies, quels étaient les symptômes que l’on avait observés avant le jour où le sulfure de potassium fut administré, à quelle époque ce médicament fut donné pour la première fois, et quelle fut son action , etc. Enfin un fait de cette nature , quelle que soit l’exactitude avec laquelle il ait été rapporté , ne suffit pas pour contre-balancer les expériences de Renault ,

(1) Manuel de Toxicologie de Frank, p. 28, noie du traducteur. Anvers

de l’acide arsénieux.

et l’auteur a bien raison de regarder cette guérison comme leuse (instar miraculi ).

miracu-

4 eide sulfhydrique. - Expérience V. - 20 centigrammes d’acide arsénieux en dissolution , mêlé, douze heures avant 1 expérience, avec AA s grammes d’eau chargée de gaz acide sulfhydrique ont été injectés dans l'estomac d’un gros chien : le premier jour, il n a éprouvé m nausées ni malaise; le lendemain matin , il a paru tiiste et abattu, et il n témoigné aucun désir de manger ; mais l’appétit lui est revenu dans la

soirée, et le troisième jour sa santé a été entièrement rétablie.

Expérience vr. — AO centigrammes d’acide arsénieux dissous , mêlé , au moment même de l’injection , avec Aé2 grammes d’acide sulfhydrique liauide, furent donnés à un chien de moyenne taille. Il eut pendant quinze heures un grand nombre d’éructations, et rendit une certaine quantité d’écume limpide et filante ; mais ce ne fut que pendant a nuit qu’il rejeta, par le vomissement, environ un quart de la totalité du liquide injecté. Dès le lendemain matin , il manifesta de l’appétit, et sa santé ne parut pas avoir éprouvé la moindre atteinte.

Expérience vu*. — Des résultats semblables furent obtenus avec un chien auquel on avait donné 50 centigrammes d’acide arsénieux.

Expérience vm*. — On injecta dans l’estomac d’un chien 25 centigrammes d’acide arsénieux dissous; quelques minutes après on y introduisit 320 grammes d’acide sulfhydrique liquide. Dans moins d un quart d’heure il rejeta , par le vomissement , environ un cinquième de la liqueur injectée. En peu de temps il reprit l’attitude du bien-être; il mangea dès le soir même ; le lendemain il fut triste ; mais il avait un tel appétit , qu’il dévora presqu’en entier un petit chien qui venait d’expirer à ses côtés.

plusieurs autres chiens auxquels on avait injecté de l’acide sulfhydrique liquide quelques minutes après leur avoir fait prendre de 1 acide arsénieux , offrirent des résultats semblables.

Renault croit pouvoir conclure de ces expériences « que le nouveau corps formé dans l’estomac par l’acide sulfhydrique et l’acide arsénieux dissous dans l’eati , peut être pris impunément à des doses assez fortes. Maintenant, ajoute-t-il, si l’on fait attention, 1° que l’acide sulfhydrique peut être avalé en grande quantité sans aucun inconvénient; 2° qu'il agit sur l’acide arsénieux liquide il une température inférieure à celle de l’homme , et que son action est prompte , on sera forcé de conclure qu’il est le contre-poison de l’acide arsénieux dissous dans » l’eau. »

Je ne crois pas pouvoir adopter celle conséquence ; car je suis convaincu que le sulfure d’arsenic produit par l’action directe de l'acide sulfhydrique sur l’acide arsénieux , est vénéneux; à la vérité, il l’est

moins que cet acide. (Voyez Sulfure jaune d'arsenic.) (1). 11 faut donc admettre que l’eau suif hydrique peut être utile pour diminuer et non pour détruire entièrement les propriétés vénéneuses de l’acide aisenieux dissous dans 1 eau. Mais en est-il de môme lorsque ce poison a été pris à l’état solide? Les expériences faites par Renault prouvent que, dans ce cas, 1 acide sulfhydrique n est d’aucune utilité; et comme malheureusement l’empoisonnement arrive presque toujours par l’acide arsénieux solide, on conçoit que l’emploi du gaz acide sulfhydiique présentera fort peu d’avantages pratiques. Je vais rapporter deux expériences à l’appui de cette dernière assertion.

Expérience ixc. — On a mêlé 40 centigrammes d’acide arsénieux en poudre impalpable avec 336 grammes d’acide sulfhydrique liquide ; on a agité long-temps les deux substances dans un ilacon bien fermé, et on les a introduites une heure après dans l’estomac d'un chien d’une taille au-dessus de la médiocre. 11 n’a commencé à vomir qu’au bout de deux heures et demie ; ces vomissements se sont succédé pendant cinq heures ; il a poussé des cris plaintifs et des gémissements jusqu’au moment de la mort , qui a eu lieu douze heures après l’injection. L’estoinac renfermait plus de 500 grammes d’un liquide noirâtre , assez clair, qui avait l’odeur de la bile; il n’était enflammé que dans le trajet de sa longue courbure. De tous les intestins , le duodénum seul avait la membrane muqueuse phlogosée.

Expérience x°. — On a répété cette expérience avec un chien plus gros que le précédent; l’animal a vomi cinq fois pendant les trois premières heures, et il est mort au bout de quinze à dix-huit heures, sans avoir manifesté le moindre signe de douleur. L’estomac et le liquide qu’il renfermait présentaient les mêmes altérations que dans l’expérience précédente ; le duodénum et le pylore ne participaient aucunement à l’inflammation de l’estomac.

Après avoir fixé la valeur des sulfures alcalins et de l’acide sulfhydrique , considérés comme contre-poisons , Renault fait observer avec raison que le vinaigre , rangé parmi les antidotes de l’acide arsénieux , ne peut pas dissoudre cet acide à une basse température ; que la dissolution ne s’opère qu’au degré de l’ébullition, et que le produit résultant, qui n’est autre chose que de l’acétate d’acide arsénieux, est tout aussi dangereux que l’acide arsénieux ; ce qui suffit pour faire rayer ce corps de la liste des contre-poisons de cet acide.

Charbon. — Suivant M. Bertrand, le charbon et l’eau de charbon

(l) Les animaux qui ont fait le sujet des expériences de Renault ont peu souffert, parce que la dose de sulfure d’arsenic introduit dans leur estomac était trop faible. (Yoy. Sulfure j/absenic.)

DE L’ACIDE ARSÉNIEUX. 3j7

sont les meilleurs contre- poisons de l’acide arsénieux. Voici comment s’exprime ce médecin :

FVPÉR.ENCE xi'. - Le 2 février 1811, à dix heures moins cinq minutes E, e chicn agé de sepl mois, ayant l’estomac vide,

! J ccntierammes d’acide arsénieux en poudre mêlé avec 40 centigram- 30 I hnn rlp nover pulvérisé , le tout incorporé dans un morceau d'intestin de volaille. Nul effet présent et ultérieur n’eut lieu à la suite de

incorporé dans du beurre. Je lui donnai , presque immédiatement après du blanc d’œuf bien battu. Aucun phénomène apparent de douleur et nulle évacuation ne s’étaient présentés à midi ; mais 1 animal fut triste Lns appéUt pendant quatre jours, au bout desquels il reprit ses allures

Ct En pé rience ° \ i i ic . — 30 centigrammes d’acide arsénieux incorporé dans du beurre furent donnés, le 24 février 1811, ï midi, a un clnen figé de neuf mois, qui avait l’estomac dans un état de vacuité. Ticnte minutes après l’ingestion de l’acide, des vomissements glaireux et leguement sanguinolents, accompagnés d’eflorts assez intenses , se mam tèrent De l’eau de charbon de bois miellée fut administrée a une heuie moins un quart. Bientôt les efforts de vomiturilions et les vomissements eux-mêmes cessèrent. A deux heures , une autre prise de la décoction de charbon miellée fut donnée ; à deux heures et demie , l’animal ne paraissait éprouver aucune gêne dans le jeu de ses fonctions organiques ; il avait de l’appélit , et à cinq heures il prit de la nourriture assez abondamment et avec avidité. , . ,

Expérience xiv'. - Le 16 février 1813, à sept heures et demie du matin , je pris ;i jeun 25 centigrammes d’acide arsénieux en poudre dans un demi-verre d’un très fort solutum de poudre de charbon de bois, où j’avais mis du sucre et de l’eau distillée de fleurs de tilleul. A huit heures moins un quart , j’éprouvai une sensation de chaleur un peu douloureuse dans la région épigastrique, avec beaucoup de soif, sans autre accident notable. Je bus de suite un autre demi-verre de solutum de charbon de bois sucré ct aromatisé. A neuf heures et demie , la douleui comme oppressive ressentie à l’épigastre était nulle ct semblait se propager, légèrement à la vérité , dans le reste du canal alimentaire. J avalai, 5 raison de la soif que j’éprouvais encore, plusieurs tasses d’un infusum de fleurs d’oranger sucré, ct à dix heures un quart, sans autres moyens thérapeutiques, je ne ressentais plus la moindre douleur ni sensation incommode. A midi, je dînai comme à mon ordinaire cl sans en êtic incommodé. Je n’ai éprouvé depuis, de cet essai fait sur moi-même,

aucun dérangement dans le mouvement naturel de mes fonctions digestives (1). °

J ai entrepris des expériences propres à éclaircir ce sujet, et j’ai obtenu les résultats suivants :

Expérience xv'.— A une heure, on a détaché et percé d’un trou l’œsopliage d’un chien de moyenne taille: on a introduit dans son estomac un cornet de papier contenant 35 centigrammes d’acide arsénieux parfaitement pulvérisé, et mêlé avec 3 grammes de charbon passé au tamis ; on a lié l’œsophage au-dessous de l’ouverture, afin d’empêcher le vdmissement : au bout de douze minutes, l’animal a fait des efforts pour vomir ; à trois heures, il a eu une selle sanguinolente, et il souffrait considérablement. Il est mort cinq heures après l’ingestion de la substance vénéneuse. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge noir ; l’inflammation s’étendait jusqu’à la tunique musculeuse de ce viscère; l’intérieur des intestins offrait quelques points rouges.

Expérience xvi'. — On a fait une plaie sur le dos d’un chien très fort , et on 1 a saupoudrée avec 4 grammes d’acide arsénieux finement pulvéîisé et intimement mêlé avec 12 grammes de charbon; on a réuni les lambeaux par trois points de suture : l’animal a éprouvé tous les symptômes de l’empoisonnement , et il est mort au bout de dix-huit heures. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge cerise dans presque toute son étendue; les intestins étaient un peu enflammés.

Expérience xviT. — On a fait avaler à un chien très fort deux bols composés d environ 16 grammes de lard et de 45 centigrammes d’acide arsénieux mêlé avec 2 grammes 20 centigrammes de charbon pulvérisé : au bout d’une heure, il a vomi des matières épaisses, d’un bleu hoirâtre, assez abondantes, dans lesquelles il était aisé de reconnaître le lard ingéré. Le lendemain l’animal se portait à merveille.

Expérience xviii'. — On a donné à un petit chien 30 centigrammes d’acide arsénieux mêlé et trituré avec 4 grammes de charbon : au bout d’un quart d’heure, l’animal a vomi des matières noires et épaisses, et le lendemain il paraissait parfaitement rétabli.

Expérience xixc. — Désirant savoir si le 'succès des deux expériences précédentes tenait à ce que le poison avait été enveloppé ou divisé par les substances avec lesquelles on l’avait administré plutôt qu’à une action chimique , j’ai fait prendre au même petit chien dont je viens de parler 30 centigrammes d’acide arsénieux finement pulvérisé et mêlé avec 4 grammes d’argile : l’animal a vomi au bout d’une demi-heure des matières terreuses peu abondantes; ces vomissements se sont renouvelés six minutes après, et le lendemain il était parfaitement rétabli. Dans une autre expérience, on a substitué du sable à l’argile, et les résultats ont été les mêmes.

(1) Journal rjénéral de Médecine, décembre 1813; et Annales de Clinique de Montpellier, novembre do la même année.

Ces expériences sont loin de démontrer que le charbon soit l’antidote de l’acide arsénieux; car, dans ce cas, il faudrait admettre que jLrfle, le sable, et beaucoup d’autres substances pulvérulentes insolubles le sont également : encore est-il évident que les effets pro ui s par l’une ou l’autre de ces poudres ne peuvent avoir lieu qu i autant quelles sont administrées avec l’acide arsénieux qu’elles enveloppent et divisent. C’est en vain qu’on voudrait diminuer ou arrêter 1 action de ce poison si , après son injection , on faisait prendre le charbon

ou toute autre matière pulvérulente.

Dans un Mémoire imprimé en 1815 ( Journal général de Médecine, rédigé par Sédillot , p. 363), M. Bertrand persiste à regarder le charbon comme antidote du sublimé corrosif et de l’acide arsénieux, et il rapporte des observations qui lui paraissent prouver qu il lest également du vert-de-gris. Je pense qu’il est extrêmement utile de combattre de nouveau cette assertion : pleins de confiance sur de pareils résultats , les médecins pourraient mettre en usage ces moyens inefficaces, et perdre un temps précieux dans une circonstance où il importe d’agir efficacement. C’est ce qui m’engage à démontrer que le charbon n'est pas et ne peut être le contre-poison d'aucune de ces trois substances métalliques.

1° Le charbon ne jouit q>as de la faculté de décomposer , à la température de 32°, aucune des trois préparations métalliques indiquées. Le raisonnement le plus simple suffit pour prouver cette proposition. Prenons pour exemple l’acide arsénieux : on sait que cet acide est très volatil , et que, lorsqu’on veut le décomposer au moyen du charbon , il faut commencer par le fixer à l’aide d’un alcali (oxyde métallique) ou du savon , dans lequel on trouve de la soude ou de la potasse, et encore ce n’est que lorsqu’on a chauffé jusqu au rouge que cette décomposition a heu. Il est donc impossible que cet effet se passe dans l’estomac. Mais , dira-t-on , les forces vitales peuvent suppléer au défaut de température et à l’alcali; l’estomac n’est pas un vase chimique.

Depuis trop long-temps les médecins s’obstinent h avoir recours aux forces de ce genre , lorsqu’elles n’entrent pour rien dans l’explication de certains phénomènes chimiques qu’ils cherchent h concevoir : c’est pour eux une très grande ressource et souvent un mot vide de sens, il ne s’agit point ici de forces vitales; l’opération est entièrement du ressort de la chimie. Que l’on introduise dans l’estomac d’un animal 30 centigrammes d’acide arsénieux mêlé il 3 ou h grammes de charbon et à 100 grammes d’eau de charbon ; qu’on lie l'œsophage afin d’empêcher le vomissement, et que l’on fasse l’analyse des liquides contenus dans le canal digestif après la mort , on retrouvera

l’acide arsénieux , et il n’y aura pas un atome d’arsenic métallique • donc les phénomènes ont lieu comme si le mélange eût été fait dans un vase inerte dont la température aurait été la même que celle de l’estomac; c'est-à-dire , que le charbon n’a pas décomposé le poison.

Je pourrais reproduire les mêmes arguments h l’égard du sublimé corrosif et du vert-de-gris.

Consultons maintenant l’expérience. On ne citera pas une seule expérience dans laquelle le charbon ou l’eau de charbon aient empêché la mort des animaux qui avaient pris une assez forte dose de l’un de ces poisons et dont 1 œsophage avait été lié : tous, au contraire, sont moi ts après avoir offert les symptômes que ces poisons auraient développés s’ils eussent été pris seuls. J’éviterai de rapporter les nombreux détails qui m ont mis dans le cas d’énoncer ce fait important. Comment cela aurait-il pu avoir lieu si le charbon avait opéré la décomposition de ces toxiques? Comparons les résultats de ces expériences à ceux que j’ai obtenus en donnant les dissolutions de vert-de-gris avec de 1 albumine , le chlorure d étain avec le lait , l’acétate de plomb avec un sulfate soluble, 1 azotate d’argent avec le chlorure de sodium. Dans toutes ces circonstances le poison est décomposé dans l’estomac comme dans un vase inerte : aussi les animaux n’éprouvent aucun ! symptôme d empoisonnement , et ne succombent pas si l’œsophage ai ait été lié sans être percé; et si on vient à les pendre, on voit que le canal digestif n offre aucune trace d’inflammation quand le contrepoison a été administré en assez grande quantité.

Il est donc prouvé , par le raisonnement et par l’ expérience , que le charbon ne jouit pas de la faculté de décomposer, à la température de 32°, aucune de ces trois préparations métalliques , soit dans l’estomac , soit ailleurs (1).

2 Le charbon n est pas un médicament capable de diminuêr les effets produits par le sublimé corrosif, l' acide arsénieux et le vertde-gris; il ne peut pas guérir la maladie qu’ils ont produite. Nous savons que ces substances irritantes développent sinon toujours du moins presque toujours une inflammation plus ou moins intense des tissus avec lesquels elles ont été en contact et une lésion du système nerveux. Or, depuis quand le charbon a-t-il été considéré comme un spécifique des maladies inflammatoires ; dans quel ouvrage de thérapeutique le voit-on figurer parmi les antiphlogistiques du premier ordre? Ces considérations permettent déjà d’élever des doutes

(1) Je n'ai pas besoin de faire sentir qu’il faut nécessairement , pour pouvoir tirer une pareille «inclusion, que le poison ait etc long-temps en contact avec le prétendu antidote , c’cst-à-dire que ni l’un ni l’autre n'aient été vomis, en sorte qu’il est indispensable de pratiquer la ligature de l’œsophage.

.... r utilité (le ce médicament dans des maladies de ce genre ; mais • xiéiÏÏce Prouve . d’une manière incontestable , qu’il n est doue d’aucune vertu : j’ai souvent donné à des animaux une dose de ce poisons capables de déterminer la mort au bout de dix , douze , quinze ou dix -huit heures; peu de temps après leur ingestion , i’ai fait prendre de la poudre de charbon de bois et de 1 eau d charbon! j’ai réitéré tous les quarts d’heure, jusqu’à vingt-cinq et trente fois, les doses de ce médicament, saus pouvoir en obtenu moindre silccès : h la vérité, je suis parvenu à rétablir la saute de chiens qui n’avaient pris qu’une petite quantité de ces toxiques, q cependant offraient les symptômes de l’empoisonnement; mais un qùide mucilagineux adoucissant a produit le même effet , et souvent même ils ont recouvré la santé sans qu’on leur donnât le moindre secours, parce que la dose du poison ingéré n était pas assez forte

pour déterminer la mort.

Il résulte de ce qui précède :

Que ni le charbon, ni l'eau de charbon , n’ offrent aucun avantage particulier dans l'empoisonnement par le subhn\c corrosif , l'acide arsénieux, le vert-de-gris, elles autres dissolutions métalliques.

Il ne sera pas inutüe de citer ici la nouvelle observation que M. Bertrand rapporte en faveur du charbon : dans cette o seivation on ne s’est pas assuré , par l’analyse des liquides , de 1 existence c u poison , et l’on prononce que le charbon a agi comme conti c-poison . On admet un empoisonnement là où il n’y a souvent qu une nu iges tion , un choléra-niorbus , ou toute autre maladie (1).

« Le 1er février 1815, à midi, madame B..., Agée de soixante-sept ans, sa demoiselle, âgée de trente-neuf, cl sa servante, de l’âge de vingtdeux ans, ont mangé d’une fricassée de poulet préparée dans une casserole mal étamée, avec de l’eau qui avait bouilli et séjourné dans une cafetière de cuivre rouge dépourvue également d’étamage. Sur le soir et pendant la nuit, madame B... , et surtout sa demoiselle, d’une délicatesse constitutionnelle prononcée , font de vains clTorts pour vomir ; c es

(l) Je crois devoir faire remarquer que les observations analogues a celles dont parle M. Bertrand dans son Mémoire, cl à, celle qui a été publiée par M. Sézanc, dans les /limâtes cliniques de Montpellier, seraient-elles nul c ois plus nombreuses, ne prouvent rien ni en faveur ni contre la question ; elles ne seraient valables qu’aulanl que l’on aurait acquis la certitude par l'analyse (lue le poison a été avalé , qu’il n'a pas été vomi en entier, et que le prétendu antidote l’a transformé en une substance incapable de nuire : aussi suis-je convaincu que les chiens, sur lesquels on peut faire toutes sortes d épi cuves et que l’on peut empêcher de vomir, fourniront toujours des résultats icn plus propres à éclairer des discussions de ce genre.

éprouvent les symptômes suivants : stypticité et sécheresse à l’intérieur de a bouche , soif, vives douleurs à l’épigastre , des coliques suivies de plusieurs déjections alvines séreuses, blanchâtres. La nuit se passe dans cet état, et sans aucun soupçon de la cause des accidents que ces dames rapportent à une indigestion. U lendemain, dans la matinée les accidents de la veille se prononcent davantage , et ils acquièrent une telle intensité chez la demoiselle , qu’elle est en proie à des convulsions généi aies , b i un gonflement douloureux et rénitent des parois de l’abdomen , à des défaillances répétées. Madame et mademoiselle B... éprouvent des rapports cuivreux, des coliques violentes, avec épreintcs, et suivies de quelques selles liquides verdâtres. M. Colicr, chirurgien , conseille de l înlusion de thé sucrée et des fomentations émollientes sur le bas-ventre que on continue toute la matinée sans aucun succès. A sa seconde visite! instruit de la cause matérielle des accidents par un examen plus approfondi des circonstances commémoratives antérieures, et surtout par i inspection de la casserole et de l’intérieur de la cafetière, où l’on observait encore çà et là quelques restes de vert-de-gris non dissous , il proposa le lait et les huileux, qui n’ont point été mis en usage, et qui ont été remplacés par des infusions de fleurs de tilleul sucrées , alternées avec celles du thé, également avec addition de sucre. De temps à autre Ion donnait tour à tour quelques gouttes de liqueur d’IIoffmann et de laudanum de Sydenham, sur du sucre. Les fomentations ont été continuées toute la journée. De retour, le 2 février au soir, d’un voyage de la journée, j’ai été appelé auprès des malades, que j’ai trouvées dans létal suivant : la mère éprouvait beaucoup de chaleur et de sécheresse dans 1 intérieur de la bouche et dans le trajet du canal alimentaire, un goût métallique slyptiqué, un sentiment de douleur à l’épigastre , des coliques fréquentes suivies de loin en loin de selles liquides et verdâtres, un gonflement douloureux de l’abdomen, quelques anxiétés, un accablement général , des palpitations auxquelles elle est fort sujette ; son pouls avait peu de réaction et présentait quelques irrégularités. La servante, forte et vigoureuse, offrait la même série de symptômes, avec une force p us marquée du pouls, et des coliques qui donnaient lieu à des déjections plus copieuses et de même nature.

» La demoiselle était en proie également à tout cet appareil de phénomènes, avec cette différence qu’elle ressentait encore des rapports cuivreux , des douleurs intolérables à l’épigastre et à l’abdomen, sans déjections; elle éprouvait un violent mal de tète, des lipothymies, des sueurs froides ; sa figure présentait une atteinte portée aux forces radicales de la vie ; son pouls était extrêmement serré , petit , et parfois irrégulier.

» D apiès tous les renseignements que j’ai pris, et l’évidence de tous les symptômes énoncés , j’ai été certain que j’avais à combattre un empoisonnement parle vert-de-gris (1). J’ai porté dès lors alternativement

(1) J’avouerai, après avoir l'ait plus de six mille expériences sur les poisons , que ces données me paraissent insufllsanlcs pour acquérir la certitude

de l’acide arsénieux. 363

‘ „r ivmnlol du sucre en substance à forte dose, ou sur l’almes idées sur 1 empl m>avail parfailement réussi dans mes «périmées zoôlomlques fade en «il 3ïï£

« » quelque 'XSSff S »« npycr d-

de bois. J ai préparé une f suspcnsion IG grammes de la même

2Z|0 grammes d eau ou J « \, distillée de fleurs d’oranger. La

lioraüonmanilcslcdetoûsksâccidcnisinenUonné^^sl^tr'rfsiÈinPP^P

Te Jmàc rü la tinué lu même polion pondunl la nuit .. à * ■ tances plus éloignées. Ces dames ont goûté un sommeil iranquil le et 1 SîeuSun” selle liquide vetdtoe. La scrv.nlc P “3e

dre la veille de la polion indiquée , a éprouvé pendant 2 s

février, des coliques atroces, accompagnées de selles liquides 1 vies. Parfaitement résignée, le 3 février au matin, à . « J» traitement, elle a obtenu, comme ces dames, le succès le p u sant. » ( Page 363 du Mémoire cité. )

Je ne chercherai pas à réfuter M. Bertrand quand ü dit que la différence de résultats que j’ai obtenus avec le sublimé corrostf c l’arsenic dépend des principes salins à base calcaire que contient 1 eau de la fontaine dans laquelle il a fait dissoudre ces substances, tandis nue i’avais opéré celte dissolution avec de l’eau distillée. L acide arsénieux solide ne décompose pas les sels de chaux dissous dans 1 eau de fontaine; son action délétère n’est pas même diminuée par son mélange avec l’eau de chaux, comme je vais le dire. Quant au sublimé corrosif, il continue d’agir, même lorsqu’il est dissous dans

de l’eau contenant des sels calcaires.

Eau de chaux.— Ce liquide, coupé avec du lait, a été conseille par Navier, comme contre-poison de l’acide arsénieux. Tous les animaux empoisonnés par ce toxique solide , auxquels j’ai fait prendre de l’eau de chaux , sont morts au bout de quelques heures. Il n en a pas été de même lorsque l’acide arsénieux était dissous : il se formait , dans ce cas , un arsénite de chaux insoluble qui n’agissait que très faiblement. J’ai donné à de petits chiens jusqu a 20 centigrammes de ce poison dissous dans l’eau ; je leur ai fait a\ aler de 1 eau de chaux, et ils n’en ont pas été incommodés. Cette différence tient évidemment h ce que, dans le premier cas, la chaux s unit difficilement à l’acide arsénieux solide, tandis que, dans le second cas, ces

dont parle M. Bertrand, et je pense que les grands médecins de nos jours seraient loin de conclure devant les tribunaux qu'il y ait eu, dans ce cas , empoisonnement par le vert-de-gris.

i04 DES POISONS IRRITANTS.

deux substances se trouvant dissoutes, se combinent facilement et forment un corps insoluble qui ne paraît pas agir comme poison Or comme c’est presque toujours à l’état solide que l’on prend celte substance vénéneuse, l’utilité de l’eau de chaux est presque nulle.

Colcothar ( sesqui-oxyde de fer anhydre). — Lorsqu’on agite même pendant long-temps, de l’acide arsénieux dissous dans l’eau avec du colcothar, l’acide reste dans la dissolution et ne se combine aucunement avec l’oxyde, même lorsqu’on élève la température du liquide. Les animaux qui prennent des mélanges de 25 ou 30 centigrammes d’acide arsénieux solide ou dissous et de plusieurs grammes de colcothar périssent tous, comme s’ils avaient pris simplement de l’acide arsénieux , s’ils ne vomissent pas. Donc le colcothar n’est pas le contre-poison de l’acide arsénieux. Nous allons voir qu’il n’en sera pas de même du sesqui-oxyde de fer hydraté, dont la cohésion est in Animent moindre que celle du colcothar.

Sesqui-oxyde de fer hydrate. — Bunzeu a annoncé le premier en 1834que cet oxydeestle contre-poison de l’acide arsénieux. MM. Lesueur, Nonat, Deville et Sandras ont établi que les chiens ne périssent jamais empoisonnés quand on leur administre une dose d’acide arsénieux capable de les tuer, pourvu qu’on leur fasse prendre assez de sesqui-oxyde de fer hydraté pour neutraliser tout l’acide arsenical. Ces expérimentateurs ont agi sur des animaux auxquels ou laissait la faculté de vomir et sur d’autres dont l’œsophage avait été lié. Mon honorable collègue , M. Bouley jeune , a obtenu les mêmes résultats avec des chevaux, animaux qui ne vomissent pas. MM. Nonat, Deville et Sandras ont conseillé avec raison de se servir de préférence de sesqui-oxyde de fer hydraté sec, parce qu’il renferme , sous le même poids , une quantité d’oxyde quatre fois au moins aussi considérable qu’à l’état de magma, et ils ont proposé de donner 16 grammes d’oxyde hydraté sec pour 5 centigrammes d’acide arsénieux que l’on voudrait neutraliser.

Les effets avantageux de cet oxyde dépendent évidemment de la facilité avec laquelle il absorbe l’acide arsénieux pour former un arséni te insoluble. Dès l’année 1839, M. Guibourt avait prouvé qu’il suffisait de 100 grammes de sesqui-oxyde de fer hydraté , à l’état de magma , pour absorber et neutraliser 2 décigrammes 1/2 d’acide arsénieux. J ’ai établi depuis , par des expériences nombreuses , que si , au lieu de prendre le sesqui-oxyde de fer à l’état de magma , on l’emploie desséché , c’est-à-dire hydraté cl non humide, à la température de 35° à fi0°, etc. , 16 grammes peuvent neutraliser au moins 6 décigrammes d’acide arsénieux (12 grains environ) ; du moins la liqueur aqueuse surnageant les 16 grammes d’oxyde hydraté, laissée pendant

DP l/ ACIDE auséoteux.

d<i ïÆÏoSt' de déterminer jusqu'à quel point l’arsénite de fe/insol'uble^résultant de l'action de l’acide arsénieux sur le sesqu. oxvdc conservait des propriétés toxiques. MM. Nonat, Deville S dris avaient annoncé qu’il était vénéneux. Les expériences que j tentées Délaissent aucun doute àcet égard, .l’ai administre adeschie robustes et de moyenne taille 32 grammes de sesqui-oxyde de fer £ sec que j'avais préalablement combiné avec 1 gramme et Uéctramme d’acide arsénieux (20 grains) ; le compose ferrugineux nc contenait pas un atome d’acide arsénieux libre ; on pouvait le faire bouillir dans l’eau sans qu’il abandonnât à ce liquide la moindre pai cel de poison. Les animaux avaient des évacuations dune, pu s ou S. abondantes , et ne tardaient pas à prouver tous les s,.|— de l’empoisonnement par l’arsenic ; ils périssaient au bout de g huit trente ou quarante heures , pourvu qu’on les empechat de vomir, èt à l’ouverture des cadavres, on décelait la présence, de 1 arsenic dans l’urine et dans le foie. Le canal digestif était a peine enflammé.

Mais s’il en est ainsi , comment expliquer l’avantage que on relu e «le l’emploi du sesqui-oxyde de fer hydraté dans l’empoisonnement par l’acide arsénieux? C’est que l’arsénite de fer est moins deletère que l’acide arsénieux, parce qu’il n’agit comme poison qu apres avoir été décomposé par les acides de l’estomac, ce qui n’a lieu qu au bout d un certain temps; et encore arrive-t-il que l’acide arsénieux mis en î berté par suite de cette décomposition peut être saisi de nouveau et neutralisé par une autre portion de sesqui-oxyde de fer, lequel , comme on l’a constamment prescrit , doit avoir été employé à haute dose.

Il n’est pas rare de trouver dans le commerce du sesqui-oxyde de fer hydraté contenant une certaine quantité d’arséniatc de fer, et 1 on conçoit tous les inconvénients qu’il y aurait à employer un pareil oxyde, non pas parce qu’il serait lui-même vénéneux, car l’expérience prouvé qu’il n’exerce aucune action nuisible sur l’économie animale, comme je le dirai plus loin , mais parce que si plus tard le malade venait à succomber et qu’il fallût se livrer à des recherches médicolégales, l’arsenic que pourrait contenir 1 antidote administré serait une cause d’embarras et viendrait nécessairement compliquei lcsiésultats. Nous verrons, en parlant des recherches médico-légales, comment il faudrait se conduire en pareil cas pour nc pas s’exposer à commettre (les erreurs; mais déjà tout le monde a senti combien il importe de ne faire désormais usage que de sesqui-oxyde de fer non arsenical. MM. Sc hafhaentl et I.cgripe se sont occupés des moyens de purifier cet oxyde

pour les usages de la thérapeutique : « Les sels de fer dont on retire » 1 hydrate de peroxyde de fer, dit M. Schafhaentl, devraient être com- » plétement privés d’arsenic, en versant la solution neutre de chaque » sel de fer dans le sulfhydrate d’ammoniaque. Après le séjour de quel- » ques heures dans une température modérée, le sulfure de fer préci- » pité sera parfaitement libre d’arsenic , ainsi que l’acide sulfurique, et » après avoir été lavé sur un filtre, il peut être dissous dans l’eau régale » et ensuite employé pour la préparation de l’hydrate. »» ( Journal de chimie medicale, avril 1841.) Voici les expériences que j’ai tentées à cet égard.

Expérience i,e. — J’ai dissous à chaud dans de l’acide chlorhydrique non arsenical et étendu du tiers de son poids d’eau distillée, 60 grammes de sesqui-oxyde de fer arsenical anhydre (colcothar); il suffisait en effet d’introduire 6 à 8 grammes de cet oxyde dans un appareil de Marsh pour obtenir des taches arsenicales. Le sesqui-cldorure de fer, dissous et filtré, a été précipité par un excès de sulfhydrate d’ammoniaque, et le sulfure de fer obtenu a été parfaitement lavé ;il s’agissait de déterminer si le composé arsenical était resté en entier dans la liqueur, ou bien si le sulfure de fer n’en aurait pas retenu une certaine quantité. La liqueur filtrée, réunie aux eaux de lavage, a élé chauffée avec de la potasse à l’alcool jusqu’à ce qu’il ne se dégageât plus d’ammoniaque; puis elle a été traitée par l’acide sulfurique pur. On a fait bouillir le mélange pendant une heure , afin de chasser le gaz acide sulfhydrique , sinon en totalité, du moins en grande partie, et de précipiter tout le soufre provenant de l’action de l’acide sulfurique sur le sulfure de potassium qui s’était formé pendant la décomposition du sulfhydrate d’ammoniaque par la potasse ; j’ai alors filtré la liqueur, et après l’avoir concentrée par l’évaporation, je l’ai laissée refroidir pour séparer le sulfate de potasse qui allait cristalliser ; j’ai filtré de nouveau lorsque ces cristaux ont été bien formés, et j’ai introduit la dissolution dans un appareil de Marsh : j’ai obtenu des taches jaunes nombreuses, larges, brillantes, composées de soufre et d 'arsenic.

Le sulfure de ter, parfaitement lave, a été transformé en protosulfate par l’acide azotique pur; dès que la dissolution a élé complète, je l’ai introduis dans un appareil de Marsh , et j’ai recueilli un nombre assez considérables de taches arsenicales, brunes, brillantes, et quelques autres, jaunes et brillantes, formées de sulfure d’arsenic.

Expérience ii*. — J’ai mélangé 5 centigrammes d’arséniate de fer hydraté et sec avec 16 grammes de sesqui oxyde de fer également hydraté sec et pur ; j’ai dissous ce mélange dans l’acide chlorhydrique étendu d’eau, et j’ai versé dans la dissolution un excès de sulfhydrate d’ammoniaque; il s’est formé un précipité abondant de sulfure de fer noirâtre que j’ai parfaitement lavé. En agissant comme je l’avais fait dans l’expérience précédente , j’ai vu que la liqueur mise dans l’appareil de Marsh donnait

DE l’ACIDE ARSÉNIEUX. 367

. in. .nos brillantes . composées de soufre el d’ar-

des laclies ,|„ raclion de l’acide azotique sur le

“ «*“ lm n°m'"u‘ ,ach”

jaunes de sulfure d’arsenic.

Ces résultats démontrent que le procédé suivi par M. Schafhaenll

n’atteint pas le but qu’il s’était proposé. . ,

M Legripc a conseillé de purifier le sulfate de fer arsenical dont on doit se servir pour obtenir l’hydrate, en faisant passer pendan long-temps un courant de gaz acide sulfhydrique dans la dissolution de ce sulfate; U chauffe ensuite pour faciliter le dégagement de 1 acic sulfhydrique, il filtre, et il précipite l’oxyde de fer par es moyens ordinaires. Ce procédé a parfaitement réussi, dit M. Legnpe sur un sulfate de fer arsenical provenant du commerce; il est évident que l’acide sulfhydrique agit en donnant naissance à du sulfure d arsenic qui se précipite surtout lorsqu’on chauffe la liqueur. ( Journal de Pharmacie, janvier 1842.)

L’expérience suivante démontre que M. Legripe a parfaitement raison. J’ai dissous a chaud dans de l’acide chlorhydrique pur 180 grammes de colcothar arsenical; la proportion d’arsenic contenue dans cet oxyde était assez considérable pour qu’il fournit un grand nombre de taches arsenicales quand on en introduisait 3 ou A grammes dans un appareil de Marsh. Le chlorure de fer obtenu a été étendu d’eau et filtré; j’ai fait passer pendant deux heures a travers la liqueur un courant de gaz acide sulfhydrique lavé qui a aussitôt déterminé la formation d’un précipité fort abondant composé de beaucoup de sulfure d’arsenic et de soufre. J’ai filtré la liqueur et je l’ai traitée par de l’acide sulfurique pur jusqu’à ce qu’il ne se dégageât plus de vapeurs d’acide chlorhydrique; le sulfate de fer qui s était produit, et qui pesait 220 grammes, a été introduit dans un appareil de Marsh et n'adonné aucune tache arsenicale. Donc 1 acide sulfhydrique avait précipité tout l’arsenic à l’état de sulfure jaune.

C’est par conséquent avec le sulfate de fer, ainsi débarrassé du composé arsenical qu’il pourrait renfermer, que les pharmaciens devront dorénavant préparer le sesqui-oxyde de fer hydraté, dans tous les cas où ils ne pourront pas se procurer du sulfate de fer exempt d arsenic.

Sucre. — Marcellin Duval dit qu’ayant été appelé auprès d un homme qui avait pris de la poudre arsenicale , il le trouva dans une agitation violente, se plaignant de déchirements à l’estomac , dune soif ardente, et de constriction à la gorge; il lui fit boire, à plusieurs reprises, deux litres d’eau sucrée ; des vomissements fréquents eurent lieu , et tous les accidents se calmèrent. On continua4pendant a nuit la même boisson, et on lui prescrivit deux lavements de même

des poisons irritants.

nature ; le lendemain on le trouva en état de reprendre son service Dans une autre circonstance, Duval introduisit dans l’estomac d un chien 1 gramme 30 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 180 grammes d’eau; une demi-heure après, l’animal fut tourmenté par des vomissements d’une matière écumeusc, et par une agitation extrême; on lui injecta de l’eau miellée de quart d’heure en quai t d heure , jusqu a la disparition de tout accident , qui suivit de près la huitième et dernière injection; le troisième jour il était parfaitement i établi. (Dissertation sur la toxicologie. Paris, 1806, p 36 6t 3 7. J

J’ai souvent répété cette expérience , en substituant à l’eau miellée, l’eau tiède, le bouillon ou une décoction mucilagineuse quelconque', et j ai constamment obtenu les mêmes résultats. D’un autre côté, tous les chiens qui avaient pris de l’acide arsénieux et du sucre , ou de 1 eau foi tement suciee, et dont 1 oesophage avait été lié, périssaient au bout de quelques heures, comme si on ne leur avait administré que de l’acide arsénieux seul ; ce qui prouve suffisamment que le sucre n’est pas l’antidote de ce poison.

Lait. Tisanes mucilagineuses. Eau de veau et de poulet. — Ces matieies ne saui aient etre considérées non plus comme des contre-poisons de 1 acide arsénieux , quoique leur emploi ait été souvent suivi de succès ; les bons effets qu’on en a obtenus tiennent à leurs propriétés adoucissantes et à ce qu’elles facilitent le vomissement en remplissant 1 estomac. Je dirai a 1 appui de ce que j’avance que l’empoisonnement- est eu général beaucoup moins grave quand l’estomac est rempli d’une grande quantité de matières solides ou liquides que lorsqu’il est vide ou qu’il contient beaucoup moins de ces matières. Les observations suivantes mettront cette vérité hors de doute.

1» Plusieurs personnes étant à un festin , on apporta , au dessert , un mets où l’on avait mis de l’acide arsénieux en place de farine. Ceux des convives qui jusqu’alors avaient peu bu et peu mangé périrent sur-le-champ; ceux, au contraire, qui avaient l’estomac plein furent sauvés par le vomissement (1).

2° Trois enfants, dont un mâle , de deux ans, qui avait été malade, et deux filles adultes , mangèrent d’un potage dans lequel il y avait de l’acide arsénieux. Le garçon, qui n’en mangea que deux cuillerées, n’eut aucun vomissement, et mourut ; les filles, qui avaient mangé le reste, vomirent, et furent sauvées (2).

3° Maurice Hoffmann parle d’un charlatan à qui 60 centigrammes

(I) De S'edibus cl Cousis Morbomm. Moiigag.ni , epist. ux, n° 4, tom. m, p. 24G, année 1779.

(?) Idem, p. 245.

UE l’acide ARSÉNIEUX. 369

d’acide arsénieux ne causaient presque aucune incommodité , parce qu’il buvait auparavant une grande quantité de lait, qui ne tardait

pas à être vomi avec le poison (1).

Marche à suivre dans le traitement île l empoisonnement peu l'acide arsénieux. — Le médecin doit se hâter de provoquer le vomissement et de faire prendre aux malades, à plusieurs reprises, et à de courts intervalles, non pas du colcothar, mais 6 à 6 grammes de sesquioxyde de fer hydraté sec non arsenical, après l’avoir écrasé et délayé dans 60 ou 50 grammes d’eau froide , et mieux encore tiède. On ne devra pas négliger de chatouiller le gosier à l’aide d’une plume ou du doigt. L'efficacité de ce moyen est telle que je ne balance pas h affirmer qu’il est rare de voir succomber des individus empoisonnés par l’arsenic, quand ils ont abondamment vomi peu de temps après l’ingestion du poison , soit l’acide arsénieux en nature , soit 1 arsénite de fer qui s’est formé dans l’estomac.

Dans les cas où les malades ne pourraient pasvomir, il faudrait avoir recours à la sonde de gomme élastique dont j’ai déjà parlé à la page 1 6.

Si le médecin était appelé plusieurs heures après l’empoisonnement, lorsque tout porterait à croire que le poison se trouve déjà eu partie dans le canal intestinal, et qu’il n’y eût point d’évacuations alvines, il provoquerait encore des vomissements et prescrirait le sesqui-oxyde de fer hydraté, en même temps qu’il administrerait 50 ou 60 grammes d’huile de ricin, ou tout autre évacuant, dont il aiderait l’action purgative à l’aide d’un demi-lavement à l’eau tiède.

Dès qu’il pourrait supposer que la majeure partie de l’acide arsénieux contenu dans le canal digestif aurait été expulsée par les vomissements et par les selles, il devrait rècoürir à l’emploi de liquides doux et diurétiques, donnés en abondance, afin d’éliiniucr par l'urine la portion arsenicale qui aurait été absorbée et portée dans tous les tissus. Ces liquides, composés de 3 litres d’eau, de demilitre de vin blanc, d’un litre d’eau de Scltz et de 30 à 60 grammes d’azotate de potasse , s’ils étaient pris abondamment dans la première période de l’empoisonnement , auraient l’inconvénient grave de dissoudre l’acide arsénieux et d’en favoriser l’absorption. L’utilité de ce moyen ne saurait être contestée après les expériences nombreuses que j’ai tentées; on pourra voir dans le mémoire que j’ai inséré dans le numéro de septembre 1861 des Archives générales de médecine, que tous les animaux empoisonnés par l’application de l’acide arsénieux à l’extérieur , qui seraient morts s’ils avaient été abandonnés à eux- mêmes, ont guéri en très peu de temps quand on est parvenu 6

(1) Misccllanea curiosa appendix , obs. xxxvm, année 1722.

les faire uriner abondamment, et l’on pourra s’assurer que l’urine ! endue surtout dans les premiers jours , contenait des quantités notales d arsenic. Ici 1 expérience confirme ce que la théorie avait fait îevon . en expulsant par les voies urinaires l’arsenic prêt à détruire la vie dans nos organes, on agit aussi sûrement que lorsqu’on déballasse le canal digestif de l’acide arsénieux qu’il renferme en nro voquant des vomissements et des selles. ’ 1

Saignée et toniques. — La saignée et les sangsues devront être employées toutes les fois qu’il y aura réaction évidente , tant à cause des i csulta s fournis par les expériences qui font l’objet de mon mémoire c eja cite, que parce que leur utilité dans certains casa été mise hors de doute depuis des smcles^ voy. pag. 329, depuis l’observation 9* jusqu a la 06 On sait d ailleurs, par les nombreuses observations recueillies a 1 hôpital Saint-Louis par Biett et par MM. Cazenavc et Schedel , que les accidents déterminés par une médication arsenicale trop intense sont constamment de nature inflammatoire, et qu’on leur oppose avec succès un traitement antiphlogistique. Est-ce à dire pour cela qu d faille considérer la saignée comme un spécifique dans l'empoisonnement arsenical, comme l’avait voulu Campbell? Non certes.

y a mieux , les évacuations sanguines pourraient être nuisibles dans la première période de l’empoisonnement , alors qu’il existe encore de 1 acide arsemeux dans le canal digestif, parce qu’elles hâteraient 1 absorption du poison; elles le seraient encore à coup sûr à louteS les époques de la maladie , si , au lieu de présenter des phénomènes de réaction et d’excitation , les malades étaient dans un état de collapsus non équivoque. On n’aura sans doute pas oublié qu’en mars 1839 l’Académie royale de médecine reçut de M. Rognetta une lettre dans laquelle il était dit que l’action de l’arsenic est asthénique , que la saignée et tous les antiphlogistiques sont nuisibles dans le traitement de 1 empoisonnement par cette substance , et que les remèdes excitants diminuent au contraire ou dissipent les symptômes de cet empoisonnement, assertions toutes empruntées à Rasori et à Giacomim. On sait aussi que, le 30 juillet suivant, M. OlUvier d’Angers lut à l’Académie, au nom d’une commission, un rapport détaillé duquel il semblait résulter que les idées de l’auteur de la lettre méritaient d 'être examinées de nouveau ; toutefois le rapporteur faisait sentir que les expéi icnces tentées par M. Rognetta devant la commission avaient été si mal conçues qu elles étaient loin de prouver les assertions énoncées. Peu importe, le médecin napolitain , avec une audace dont il n’y avait pas eu d exemple jusqu alors, publia et répéta pendant dix mois que l’Académie jugeant en dernier ressort avait adopté l’emploi des toniques et proscrit la saignée. Irrité d’une pareille manière de procéder.

de l’acide arsénieux. 371

el désireux de connaître ce qu’il pourrait y avoir de réel dans cette théorie, je me livrai b des recherches minutieuses, qui ne tardèrent pas à me convaincre que M-. Rognetla avait induit 1 Académie et le public en erreur. Je lus un mémoire à cette société savante , le 20 octobre 18Ù0, après avoir fait cent cinquante-sept expériences, dont je donnai les détails (voy. Archives demcd., septembre 18èl ); et je démontrai la fausseté de toutes les assertions émises par M. Rognetta. Voici les principales conclusions de mon travail :

1- On tue indistinctement tous les chiens dans l'espace de vingtquatre à trente-six heures, en les soumettant uniquement, et b des intervalles de trois heures , b l’action de cinq ou six doses de la médication b la fois tonique, excitante et narcotique proposée par M. Rognetta (mélange de bouillon, de vin, d eau-de-vie et de laudanum).

2° Les chiens qui ont avalé 30 , 50 ou 60 centigrammes cl acide arsénieux en poudre fine guérissent presque constamment par 1 administration de quelques doses de bouillon tonique et spiritueux , s ils vomissent à plusieurs reprises peu après l'ingestion du poison. Ce résultat ne saurait être attribué b l’action sténique du médicament ; car on l’obtient de même, et plus sûrement encore, en faisant avaler simplement dcl’caw tiède aux chiens qui se trouvent dans les mêmes conditions. Dans tous les cas où la médication tonique détermine des vomissements très abondants , le rétablissement des animaux est plus rapide , comme on devait le prévoir. Si l’œsophage est lié , pendant quelques heures seulement , avant 1 ingestion du médicament toniquespiritueux, la mort survient en général, et si quelques animaux guérissent , étant placés dans cette dernière condition , c’est que les vo misseinents se sont manifestés aussitôt après que le lien a été détaché, on bien que les animaux ont prodigieusement uriné, sous l’influence de la médication tonique (1).

(1) on ne sait vraiment que penser de l’assertion émise par M. Giacomini sur les effets de la ligature de l’œsophage, assertion tellement étrange dans la bouche d’un homme qui écrit sur la matière médicale et sur la thérapeutique , que j’aurais pu croire à une faute typographique , si malheureusement je n’avais pas trouvé dans plusieurs pages du volumineux traité d’où elle est extraite, bien d’autres propositions tout aussi extraordinaires. « Cou solo qualro grani di lartaro slibiato , dit M. Giacomini , Magendie uccise i cani quando legb loro esofago. Egli crede elle i cani elle ebbero reilerati vomili si salvassero per causa dé vomili , che nci secondi non s’ ebbero ; ma noi crcdiamo in vcce, che la différé mu d’esilo sia dovuta ail’ injluenza daunosa dcll’ allaciatura dell’ esofago ;» c’est-à-dire : «Avec 4 grains de tartre stibié dissous dans » l’eau , Magendie tua les chiens quand il leur lia l’œsophage. Il pense que » les chiens qui éprouvèrent des vomissements réitérés furent sauvés à cause

3“ Les chiens empoisonnés par 30 , 50 ou 60 centigrammes d'acide arsénieux en poudre, et traités par une forte décoction de quinquina périssent tous , si l’œsophage a été maintenu lié pendant dix à quinze heures.

k° Les chiens auxquels on laisse la faculté de vomir, guérissent en leur donnant seulement de Veau tiède , même lorsqu’ils ont avalé 110 grammes d acide arsénieux en poudre, si à la suite de cette médication , qui peut n’être employée qu’au bout de quelques heures , ils vomissent promptement et à plusieurs reprises.

5° On guérit un grand nombre de chiens empoisonnés par 20, 30 ou 50 centigrammes d’acide arsénieux en poudre , à l’aide de la saignée, alors même que l’œsophage a été maintenu lié pendant trois, quatre ou cinq heures , si les animaux urinent passablement.

6° Le bouillon tonique et excitant n’empêche pas la guérison des chiens empoisonnés par 25 centigrammes d’acide arsénieux dissous clans l eau , pourvu que des vomissements aient lieu quelques minutes après 1 empoisonnement ; car s’il s’est écoulé une heure et demie depuis l’intoxication , sans que les animaux aient vomi , ils périssent tous sans exception , de quelque manière et à quelque dose que le bouillon soit administré.

7“ fous les chiens empoisonnés par 25 ou 30 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans l’eau , qui vomissent abondamment quelques minutes après l’empoisonnement, guérissent au bout de quelques heures, en leur faisant prendre simplement de l’eau tiède, alors même que le liquide n’est ingéré pour la première fois qu’une demiheure , une ou deux heures après l’ingestion du poison.

8° Les chiens placés dans la catégorie qui précède guérissent tout aussi facilement en employant à la fois et la médication aqueuse et la saignée; celle-ci , en la supposant même inutile, n’est donc pas nuisible dans l’espèce.

9° Ü’où il suit que les toniques devront être soigneusement proscrits, parce qu’ils sont inutiles et qu’ils peuvent nuire.

» de ces vomissements qui n’curcnl pas lieu chez les autres ; mais nous croyons “ au tien de cela que la différence des résultats doit être attribuée à l’iafluence " dangereuse de la li/julnre de l'aaophatje. » ( Traité plnj ioloyiq ie expérimental des secours thérapeutiques, (unie v, p. 335.) l isez maintenant les résultats des expériences que j'ai consignées à la pagc2G; interrogez tous les expérimentateurs qui, au lieu de donner cours à leur imagination, se livrent consciencieusement à la recherche de faits nouveaux ; essayez surtout de pratiquer une ou deux fois ia ligature de l’œsophage, ce que H. Giacomini n’a jamais fait, et vous reconnaîtrez tout ce qu’il y a de fabuleux dans un pareil énoncé ! ! !

de l'acide arsénieux.

ncnuis la lecture de ce mémoire, M. Rognetta réunit un grand nombre de fois la commission de l'Académie , dans le but de prouver les merveilleux effets de la médication tonique-excitante sur des chevaux empoisonnés par l’acide arsénieux. On prétend, disait il, que les chiens (pic j’ai sauvés par les toniques n’ont été guéris que parce qu i s ont vomi; eh bien, je vais répéter mes expériences sur des chevaux, animaux qui ne vomissent pas. Qu’est-il résulté? Oix-lnnt ou vingt de ces animaux ont été consacrés h ces expériences ; on leur a fait prendre des doses d’acide arsénieux suffisantes pour les tuer dans l’espace de quelques jours, et on leur a administré du bouillon, de 1 eau-de-vie pure ou des narcotiques; le traitement était dirigé par M. Rognetta< tous les chevaux sont morts , à l’exception d’un seul que l’on a abattu le vingtième ou le vingt-deuxième jour ; plusieurs d’entre eux ont pen plus vite que d’autres chevaux empoisonnés de la même manière et qui n’avaient pas été soignés. On devait s attendre a un paieil lésa tat en opérant sur des animaux qui ne vomissent pas, et qui ne peuvent par conséquent pas se débarrasser promptement du poison qui leur a été donné. Il est du devoir de la commission de l’Académie de faire au plus tôt son rapport, et de stigmatiser comme il convient un mode de traitement a la fois incendiaire et absurde, qui n est, en dé-

finitive, que le rêve d'une imagination égarée.

Je ne quitterai pas ce sujet sans dire que des expériences sui les diurétiques et sur la soignée ont été tentées aussi sur des chevaux par M. Rognetta , en présence de la même commission , et que la plupart des animaux ont succombé. Mais ces expériences ont été tellement mal dirigées, qu’il serait absurde d en tenir compte : ainsi, peu de temps après avoir empoisonné ces animaux, on les saignait, ou bien on leur administrait (les diurétiques. Je n’ai jamais proposé une pareille méthode de traitement , puisque j’ai toujours dit : Commencez par évacuer la majeure partie du poison contenu dans le canal digestif , et ce n’est qu’après avoir obtenu ce résultat que vous aurez recours aux diurétiques. Quant à la saignée, j’ai constamment conseillé de ne la pratiquer que dans les cas où il y aurait réaction évidente, et jamais dans les premiers moments de l’empoisonnement (1).

(I) Des personnes peu habituées aux recherches expérimentales et n’ayant jamais eu occasion de voirdes malades empoisonnés par l’acide arsénieux, sc sont élevées contre la médication diurétique, parce que, d’après elles, les u»imaïuT n’urincM pus dans l'enipnisoiiiii-tneni aigu que détermine ce poison, (.elle as crtion, soutenue par MM. Flandin et Danger, est tellement contraire à la vérité, qu’il y a lieu de s’étonner que l'Académie royale de médecine n’ait pas tranché la question dans son vole, en adoptant la proposition de sa commission, et qu’elle ait cru devoir attendre que de nouvelles expériences tinssent éclairer ce sujet. T, es corps savants perdent une grande partie d»

374 des poisons irritants.

Les corps gras, comme les huiles, le beurre, les crèmes les graisses, etc., ne sont d’aucune milité dans l’empoisonnement par acide arsénieux; ils sont meme dangereux. Fourcrov avait annoncé

leur influence et de leur considération , quand ils hésitent à proclamer un Tait, d ailleurs parfaitement établi, sous prétexte nu’il n'«i 77 ment élucidé surtout lorsque ce fait est susceptible d’être facilement1 vérifié Ainsi , d un côté, tous les praticiens qui ont été à même de soigner des indi

urM jTa'is0misS ho" ‘’fî arS6niCUX ‘ 6aVCnt que ces individ°bs onlsouvent mëntnlJ à IT 6 q"e ICS C“iens binent dans l’empoisonnc-

ZZ Æ 7 "ICm,C f°” ne leur aclmi»i°'re aucune boisson , puisque j’avais nem , T Pr&ence. d? 1 arscrlic da"« '’nrine sécrélée pendant cet empoisonnement. les commissions de l’Institut et de l’Académie de médecine rap-

p i- aient dans leur travail plusieurs expériences dans lesquelles les chiens avaient urme sous l’intlucnce de l’intoxication arsenicale; il y a mieux

!irn i dLP°Sé d Acad6mie ro*ale dc médecine , huit mois avant la discussion, le proces-verbal de 157 expériences relatives au traitement de cet empoisonnement; et parmi ces expériences, la moitié, au moins, établissaient de la manière la plus incontestable non seulement que les chiens urinent dans la période aiguë de l’empoisonnement, alors même qu’on ne leur fait prendre aucun liquide , mais encore qu’on peut leur faire rendre de l'urine par torrents, si je puis m’exprimer ainsi , quand on leur administre des boissons aqueuses et nitrées , c’est-à-dire quand on les place dans les conditions ou se trouvent toujours les malades empoisonnés, à qui on fait avaler des boissons. (Voyez] mon Mémoire inséré dans les Archives générales de médecine Av septembre 1841.) On est donc en droit de se demander pourquoi l’Académie, sur la proposition dc M. Bouillaud, n’a pas voulu se prononcer sur une question si nettement tranchée, et pourquoi surtout elle n’a pas imité la" commission a tenter de nouvelles recherches et A lui faire un supplément de rapport sur ce point. Que devenait en présence dc tant de rails l’assertion inqualifiable de MM. Flandin et Danger?

C’est saijs doute pour lever à cet égard les scrupules de l’Académie que M. Delafond , professeur à l’école vétérinaire d’Alfort, a entrepris une série de recherches sur les chevaux et sur les chiens, dont les résultats confirment pleinement ce que j’avais établi. Il résulte de ce travail, 1" que les chevaux bien portants qui n’ont ni mangé ni bu, sécrètent, terme moyen, 1 18 millilitres d urine par heure ; tandis que les chiens n’en fournissent que 24 millilitres, lorsqu’ils sont placés dans les mêmes conditions ; 2° que les chevaux empoisonnés , d'une manière aiguë, par l’acide arsénieux , alors qu’ils ont été privés d’aliments et de toute boisson, sécrètent par heure trente-cinq millilitres d'urine, c’est-à-dire les deux septièmes de la proportion qu’ils fournissent à l’état normal , et que les chiens, dans les mêmes circonstances , en donnent à peu près un sixième. « r.a sécrétion urinaire, dit M. Dclarond, n’est donc pas suppri- » méc, mais notablement diminuée, dans l’cmpoisonnemenl aigu par l’acidc ” arsénieux. » Le tableau ci-joint, emprunté à cc professeur distingué, montrera que chez certains chevaux soumis à l'influence de l'acide arsénieux pendant quarante-trois et cinquante-une heures, la quantité d'urine rendue s’est élevée a 3 litres 45 centilitres, ou-à 2 litres 55, et chez quelques chiens à six ou quatre centilitres, après un empoisonnement aigu qui n’avait duré que huit ou douze heures. Que l’on juge maintenant de la proportion d’urine qu'il est possible de faire sécréter à ces animaux, lorsqu’au lieu de les priver de

de l’acide ARSÉNIEUX.

... fail dont Renault a vérifié l’exactitude par des expériences direcïes: tous les animaux auxquels il a fait prendre l’acide arsénieux

dans du beurre et de la graisse ont succombé plus vite que lorsqu’ils avalaient le poison seul ou mêlé avec toute autre substance (1).

a thériaque , prônée autrefois comme un excellent remède dans 1 empoisonnement qui m occupe, doit être rejetée comme inutile et dangereuse. Navier rapporte que six personnes furent empoisonnées pour avoir mangé de la soupe à laquelle on avait mêlé de l’acide arsénieux; on leur donna pour premier remède beaucoup de thériaque • elles périrent toutes en huit jours de temps , exceple une , qui nc mourut qu au bout de deux mois , parce qu’elle avait mangé fort peu du potage empoisonné. A l’ouverture de leurs corps, on trouva les membranes de 1 estomac et des intestins détruites par la chute des escarres que le poison y avait produites (2).

Les infusions de quinquina calissaya, de noix de galle , d’écorce c e pin, de grenade, de la fleur du myrobolan, citrin, etc. , conseillées par Ghansarel , ne sont utiles que par le véhicule qui en fait partieelles n exercent pas une action assez énergique sur l’acide arsénieux solide pour pouvoir être considérées comme contre-poisons de ce corps, et il est par conséquent préférable d’avoir recours 5 l'eau ncde, qui offre l’avantage de pouvoir être administrée sur-le-champ et en grande quantité.

Les bains , les demi-bains tièdes, les fomentations adoucissantes es lavements émollients, les narcotiques , sont autant de moyens que I on doit mettre en usage dans le cas où l’inflammation du bas- ventre se serait déjà déclarée, et que le malade serait en proie à des symptômes nerveux alarmants.

Il ne faut jamais perdre de vue que le succès du traitement dépend en grande partie du régime que le malade observe pendant la convalescence, qui est ordinairement longue et pénible; il faut principalement le nourrir de lait, de gruau , de crème de riz, et lui faire prendre des boissons adoucissantes.

Recherches médico-légales.

Acide arsénieux solyde ( oxyde blanc d’arsenic , arsenic du commerce). U est sous forme de poudre blanche ou de masses blanches vitreuses, demi-transparentes ; quelquefois ces masses sont opaques à l’extérieur , lorsque par exemple l’acide a été exposé à l’air pendant un temps insuffisant ; il n’est pas rare aussi de voir les portions ti ansparentes d un jaune assez foncé. Il est inodore et doué d’une s’aveur âpre non corrosive, légèrement styptique, ne se faisant sentir

( I) Ouvrage cité, p. 91.

(2) Navier, ouvrage cité, t. î”, p. 17 et 169.

de l’acide arsénieux.

.... bout de plusieurs secondes, persistant pendant long-temps et q , la salivation à un degré marqué. C’est donc a tort que TcSs'ison l’a dit insipide ; son poids spécifique est de 3,7386 s d ‘ d insnareut et de 3,950 s’il est opaque. (Guibourt. )

Mis sur une lame de fer ou de cuivre, ou dans un creuset jj*e l’on a fait rougir au feu , il se volatilise en donnant des vapeurs blanches d’acide arsénieux qui n’exhalent aucune odeur alhacce tanc is Z s’U est placé sur un charbon ardent , il se décompose et fournit clé l’arsenic métallique qui se répand dans l’atmosphère sous forme de vapeurs épaisses, brunâtres, d’une odeur alliacée ; ces vapeurs, absorbant l’oxygène de l’air à mesure qu’elles montent dans 1 atmospSe passent h l’état d’acide arsénieux blanc. C’est donc la vapeur d'arsenic et non celle de l’acide arsénieux qui offre 1 odeur alliacée 11 est souvent arrivé que des experts peu instruits ont al?r"l°^ y avait eu empoisonnement par l’acide arsénieux , parce qu ils ava en trouvé dans le canal digestif une matière qui répandait une o^em alliacée lorsqu’on la mettait sur des charbons ardents. Je blâme sévèrement cette manière de procéder ; en effet , le p osp îor , et quelques autres substances présentent la même odeur ; il peut se dtvelopperdans l’estomac, pendant la digestion, des matières qui exhalcn aussi une odeur analogue lorsqu’on les chauffe. D’ailleurs n arrive-t-.l pas que l’on peut se tromper quand il s’agit d apprécier des odeurs . t caractère dont je parle doit donc être considéré comme un indice , et non comme une preuve de la présence de 1 acide ai sémeux. exis lence de ce poison devra être mise hors de doute à l’aide des moyens que je vais faire connaître , et qui ont pour but en définitive d obtenir l’arsenic métallique faisant partie de l’acide arsénieux.

A. On introduit dans un tube de verre étroit, de 25 à 28 centimètres de longueur, et bien sec, quelques parcelles d acide arsénieux finement pulvérisé et intimement mélangé avec du flux non ou avec du carbonate de potasse et du charbon desséchés ; on c au e légèrement à la lampe à esprit-de-vin l’extrémité du tube qui contient la matière , afin de la priver de l’humidité qu’elle pourrait retenir, et on absorbe au fur et à mesure, à l’aide d’un papier roulé sur un li de fer, la vapeur aqueuse qui s’exhale; dès qu il ne s en dégage p us, on effile le tube à la lampe à éraailleur ; alors on fait rougir l’extrémité fermée du tube , et l’on chasse peu à peu l’arsenic métallique jusqu’à la partie la plus capillaire de ce tube. Pour cela on applique le feu dans une autre portion du tube , là où la vapeur arsenicale s’était condensée. On conçoit en effet qu’il doit être plus aisé d’apercevoir une très petite quantité d’arsenic dans un tube excessivement étroit que dans un tube large.

/{. L’acide arsénieux opaque et blanc se dissout dans quatre-viimts "" ■“ 1 ““ i.,s" « da"s 7,72 d'emi bouillant.. S'i e“LI

"T ÏJïïn? ftu,1 *> co.u w, partie» S,

■ 1 a c, et J, 33 du meme liquide bouillant. Les dissolutions saturées alatcmpéramiede l’ébullition et refroidies retiennent, savoir: celle de lac.de transparent, 1/56 d'acide arsénieux, et celle de l'acide opaque 1/3/,. (Guibourt.) La ^solution est incolore, inodore et

»nisCse fU,1C T0"" ^ 8CmblabIe à CcIle de ’’acide arscoieux solide, Se Jaisa™ sent,,r un Peu P'us lût. L’acide sulfhydrique gazeux ou dissous dans l’eau la jaunit instantanément , et la plus petite quant,," d ammoniaque liquide la rend instantanément incolore. Si, 'au lieu t a décolorer ainsi , on l’abandonne à elle-même, U se dépose au >out de quelques heures, suivant que la température est plus ou moins élevee , du sulfure jaune d’arsenic floconneux : la précipitation a lieu sur-le-champ si on chauffe le mélange ou si l’on y ajoute une

dans raqmmÜte d ch,?rMrique; ce précipité est très soluble ammoniaque , et la dissolution est incolore si le sulfure est pur

azo,lflue- sulfurique, oxalique, acétique, tartrique et ta, bon, que déterminent aussi la précipitation de ce sulfure ; toutefois les trols derniers agissent faiblement. Pour être certain que le précipité jaune est du sulfure d’arsenic , i) faut nécessairement en exiran-e / arsenic métallique; h cet effet , après l’avoir lavé et desséché on le calcine avec du flux noir ou avec un mélange de potasse et de chai bon dans un petit tube de verre, comme il vient d’être dit à la p. 377. A. ou bien on le chauffe dans une petite capsule de porcelaine avec de 1 acide azotique pour le décomposer elle transformer en quelques minutes en acide arsénique et en acide sulfurique, que I on fait dissoudre dans l’eau distillée à la température de l’ébullition et que 1 on introduit dans un appareil de Marsh. Si le sulfure avait été pi ecipite d une dissolution organique et qu’il fût animalisé, il faudrait le traiter a plusieurs reprises avec de l’acide azotique, ou le décomposer dans une petite capsule de porcelaine, après l’avoir mélangé avec un peu d eau et trois fois sou poids de nitre, et en le chauffant à a lampe 5 alcool jusqu’à ce que le nitre fût fondu. (Voy. pag. 382. ) On s’est demandé, à l’occasion de la réduction du sulfure d’arsenic et des autres composés arsenicaux, si les tubes de verre blanc et les verres a expérience faits avec le même verre contiennent ou non de arsenic , et, en cas d affirmative, si le métal qui existerait dans ces tubes peut se sublimer lorsqu’on les chauffe au rouge, ou bien s’il peut abandonner les verres à expérience lorsqu’on introduit dans ceux-ci des réactifs chimiques tels que ceux que l’on emploie en médecine légale pour constater la présence de l’arsenic dans des matières sus-

nprtes L’Académie royale de médecine a été chargée par M. le garde des sceaux de résoudre cette question. On prévoit de suite son immense portée; en effet, si cela est, il n’y a plus moyen d établir qu il v a eu empoisonnement par l’arsenic; car, pour arriver a cette conclusion affirmative , il faut découvrir ce métal , soit en chauffant es matières suspectes jusqu’au rouge dans des tubes de verre, soit en les soumettant à l’action de certains réactifs dans des verres à expérience : or chaque fois que l’on aura constaté la présence de 1 arsenic par l'un ou l’autre de ces moyens , on ne manquera pas de dire : les expériences ne sont pas probantes, car l’arsenic obtenu provient des tubes ou des verres à expérience, et non des matières suspectes. Heureusement il n’en est rien , comme on va le voir par les résultats des recherches auxquelles se sont livrés MM. Renauldin , Marc, Delens, Pelletier et Chevallier, commissaires nommés pour résoudre cette

'l 1" L’acide arsénieux n’est pas généralement employé en France dans la fabrication du verre; cependant il est encore quelques verreries où il est mis en usage à des doses extrêmement petites; mais cet acide se volatilise par suite de la température élevée donnée au verre lors de la fabrication ; d’où il résulte que même du verre , dans la masse vitreuse duquel on a fait entrer l’acide arsénieux , n’en retient point.

2° On n’a pas trouvé d’arsenic dans six espèces de tubes de verre blanc pris chez les marchands, ni dans six échantillons de verre à vitre blanc et très ancien qu’on soupçonnait avoir été importé de Bohême , ni dans des tubes de verre blanc dans la fabrication desquels on avait fait entrera dessein 1;600 ou l| 500 d’acide arsénieux, ni dans des fragments de verre obtenus en brisant une petite glace étamée et très mince donnée comme miroiterie d Allemagne etvenue de Nuremberg.

3° Les verres à expérience , transparents , tels qu on doit les employer pour les opérations chimiques, ne contiennent pas d’arsenic, parce que l’acide arsénieux qui aurait pu entrer dans leur composition a été entièrement volatilisé pendant la formation du verre ; d’ailleurs, lors même qu’ils en contiendraient des atomes, lesiéactifs mis en usage dans les recherches d’empoisonnement ne pourraient pas attaquer le verre formant cet instrument et s’emparer des atomes d’arsenic qu’on supposerait y exister.

h° il est vrai que les rapporteurs ont trouvé des traces d’arsenic dans un verre de montre opaque , et que, d'après les travaux de M. Bontemps, si du verre avait été fabriqué avec un vingtième d acide arsénieux, il pourrait retenir de cet acide; mais alors le verre serait

opaque et comme de l’émail blanc ; d’où il suit qu’il importe de cou tinuer ce qui a été fait jusqu’à ce jour, c’est-à-dire ne jamais employer des tubes ou des verres à expérience opaques. ]1 est encore vrai que le verre pourrait contenir de l’arsenic si l’acide arsénieux avait été employé dans les fabriques de gobeletterie à la dose de 11200 <i 1/500, et que la température du fourneau n’eût pas été assez élevée lors de la fabrication; mais dans ce cas, l’acide ne serait qu’interposé entre des masses vitreuses et; nullement combiné, et l’on pourrait le dégager par la chaleur; en sorte qu’il est prudent, avant de se livrer aux recherches sur les matières suspectes, de chauffer les tubes jusqu’au rouge pour volatiliser les traces d’acide arsénieux qu’à la rigueur ils pourraient contenir.

5° Du verre préparé avec de l’arséniate dépotasse, du sable et du carbonate de soude retient de l’arsenic et en laisse sublimer à l’état métallique lorsqu’on le chauffe à un feu violent avec du charbon. Mais jamais dans aucune fabrique de verre on n’a employé un arséniate fixe, et les rapporteurs se sont vus obligés de faire eux-mêmes ce verre pour l’expérimenter; d’ailleurs le verre préparé ainsi est verdâtre , en partie transparent et eu partie opaque : on évitera donc cette source d’erreurs en ne faisant usage que de tubes de verre transparent n’ofl'rant aucune teinte verte.

11 suit de ce qui précède que l’on doit continuer à faire les analyses des matières que l’on soupçonne contenir de l’arsenic dans des tubes de verre , pourvu que ceux-ci soient transparents , sans aucune teinte verte , et qu’ils aient été maintenus pendant quelque temps à une chaleur rouge avant d’y introduire le mélange suspect. (Annales d’ hygiène, pmier 183ù.)

C. Ou doit préférer l’appareil de Marsh, tel que je l’ai modifié, au flux noir, au carbonate de potasse et au charbon pour obtenir l’arsenic métallique de l’acide arsénieux , non seulement parce que l’opélation est plus simple, mais encore parce que l’on recueille à la fois un anneau d arsenic et des taches arsenicales. 11 faut encore préférer cet appareil toutes les lois qu’il s’agira d’extraire l’arsenic du sulfure jaune de ce métal , préalablement transformé en arséniate de potasse par l’azotate de cette base, comme il a été dit à la page 378.

De l’appareil de Marsh modifié.

Schcele reconnut le premier que l’hydrogène peut se combiner avec l’arsenic et donner un gaz inflammable qui laisse en brûlant du régule d’arsenic ( arsenic métallique ) (Mémoires de Schéele, t. 1er, année 1775). Proust disait en 1798 qu'en brûlant le gaz hydrogène

de l’aude arsénieux. 381

très fétide qui se dégage quand on dissout dans l'acide chlorhydrique Ïe rS arsenical, il se dépose de l'arsenic sur les parois de la cloche ( Annales de chimie, t. xxvtti )• Tromsdor(( annonçait en Ïsü3 qu’en introduisant dans un flacon ordinaire du zinc arsenical,

,1c l’eau et de l’acide sulfurique, on dégageait du gaz hydrogéné tsénié, et que si ce tube à dégagement était suffisamment long, ce gaTlaissait déposer parfois de l'arsenic métallique contre les parois du tube (Nicholson s Journal , l. vi). Stromeycr Gay-Lussac Thénard, G eltlen et Davy étudièrent ce gaz plus tard. Serullas ’ établissait en 1821 que l’on peut se servir de la décomposition de iy drogène arsénié pour constater dans des cas de toxicologie la prince de l’arsenic o,u de ses composés. Marsh publia en octobre 1836 un travail ayant pour titre : Description d'un nouveau procède pa r séparer de petites quantités d’arsenic des substances avec lesquel e il est mélangé ( Edinburgh une philosoph Journal). Il proposa t de développer de l’hydrogène arsénié h l’aide du zinc , de acide su rique et de l’eau , d’enflammer ce gaz et de recueillir : 1” arsenic à l’état métallique en recevant la flamme sur une surface froide, un tube de verre assez épais ou une soucoupe en porcelaine, et mieux encore sur une plaque épaisse de porcelaine non susceptible de s’échauffer; 2° de l’acide arsénieux, si l’on faisait pénétrer la flamme dans le milieu d’un tube assez large ouvert aux deux extrémités ; 3“ de l’arsenic métallique en même temps que de l’acide arsemeux, si 1 on dirigeait obliquement la flamme dans le tube de manière a effleurer le verre. En opérant sur du gruau , du porter, du café, du potage, et sur d’autres aliments liquides dans lesquels on avait mis de très petites quantités d’acide arsénieux, il parvint à extraire ce poison de ces produits. L’appareil, assez compliqué, proposé par Marsh offrait un grave inconvénient : quand le poison était mêlé avec des matières organiques, il se produisait une effervescence écumeuse, et la plus grande partie de la liqueur était chassée sous (orme de mousse; le gaz hydrogène ne brûlait plus, et l’expérience était manquée. Pour obvier à cet inconvénient grave , Marsh conseilla d’ajouter à la matière une certaine quantité d’huile d’olive qui devait s’opposer a la formation de la mousse; il conçut en outre l’idée d’emprisonner en quelque sorte le mélange pendant un certain temps et jusqu’à ce que le gaz pût se dégager librement. L’appareil de Marsh, tel que 1 auteur 1 avait proposé , fut bientôt abandonné , parce qu’il n’est ni sur ni commode , surtout quand la matière abonde. Hcrapath, Mohr, Liébig, Rerzél.us, Thompson, Simon, Vogel, Chevallier, Lassaignc, Kœppeing, Kampmann , etc., modifièrent soit les flacons, soit les unes, eurs expériences firent connaître quelques résultats nouveaux. AI. C leva

tirZT ]C PrC,nf dü ,ai,rC 1)3SSer le gaZ Mrogène arsénié à tra- , , . fragmenlS porceiame entourés de charbons rouges afin d obtenir un anneau d arsenic métallique; depuis , la conJUn de Institut a runplacé avec avantage la porcelaine par de l’amiante, il I aigre tant de travaux , l’appareil de Marsh était impuissant pour déeder des atomes d’une préparation arsenicale toutes les fois qu’elle c ai mélangée avec des matières organiques visqueuses , comme cela a îeu dans beaucoup de cas d’empoisonnement où l’on agit sur le contenu du canal digestif ou sur les liquides vomis, ou bien quand on expérimente sur les viscères dans lesquels le poison arsenical a été poite par absorption. Il fallait à tout prix empêcher la formation de cette prodigieuse quantité de mousse qui se produit constamment alois et qui paralyse l’opération en empêchant le gaz hydrogène arsénié de se dégager, de manière à pouvoir être enflammé ou décomposé. U nés agissait pour cela que de détruire la matière organique sans perdre sensiblement d’arsenic : c’est ce que je fis en janvier 1839, en employant 1 azotate de potasse, et plus tard l’acide azotique. Une fois la matière animale détruite , ce qui s’obtient facilement , surtout à l’aide du rntre , les liqueurs suspectes peuvent être introduites dans l’appareil sans qu’il se développe la moindre bulle de mousse, et l'expérience marche aussi bien que si l’on se servait d’une dissolution d’acide arsénieux dans l’eau distillée. Voici maintenant l’appareil tel que je ai modifié ; il réunit à une extrême simplicité l’avantage de fournir à la fois un anneau d’arsenic et des taches arsenicales.

Lorsque dans un flacon tubulé A , de 24 à 30 centimètres de haut on met 500 grammes d’eau, 3 ou 4 grammes d’acide sulfurique pur et 50 il 60 grammes de zinc laminé et coupé en morceaux, il. se dégage du gaz hydrogène pur, quand les agents qui l’ont produit l’étaient eux-mêmes; si on enflamme ce gaz à la pointe du tube effilé x' par ou il s’échappe, et qu’on applique un corps froid E sur la flamme, il se condense de l’eau pure; mais si l’on ajoute dans l’appareil une petite quantité d acide arsénieux, ou du liquide suspect provenant de quelques uns de nos viscères dont la matière organique aura été préalablement détruite, h l’instant le gaz hydrogène brûle et laisse déposer sur le corps froid, au lieu d’eau pure, de l’arsenic métalli-

(jue

*» tome de taches d’un bran famé , ph* ““

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arsenic • mais s'U est mêle d'hydrogène arsenic, qui aurait échappé à l’action de la lampe, celui-ci sera décomposé a son tour, et laisseia déposer sur le cirps froid E des taches qui offriront tous les caractères de l’arsenic métallique. L’expérience prouve qu en opérant ainsi pour peu qu’il y ait de l’arsenic dans la liqueur A , on obtient Ha Vois et l’anneau métallique D et des taches. L’aimante a encore i ut (ie retcnir les parcelles de dissolution de sulfate de zinc qui auraient1 pu “triées du flacon A dans le tube par le dégageant plus ou moins tumultueux de l’hydrogène, et de s opposer par conséquent à la production de taches autres que celles que fournit le

^ri’aideTtet appareil on rend facilement sensible un millionième d’acide arsénieux dans une liqueur; des taches commencent meme k paraître avec une liqueur renfermant un deux-miHiomeme environ. Ces taches ne se montrent pas mieux avec une grande quantité qu av ec une petite quantité de liqueur employée dans l’appareil , en supposant dans les deux cas la même quantité proportionnelle d acide aiscmeux, mais elles se forment pendant plus long-temps dans le premier cas que dans le second. Il résulte de là qu’il y a avantage a concentier les liqueurs arsenicales et a opérer sur un petit volume de hqu.de : on

obtient ainsi des taches plus intenses.

Précautions à prendre.- Avant de commencer 1 expérience on s’assure que les matériaux que l’on devra employer ne fournissent point d’arsenic ; pour cela on introduit dans le flacon A du zinc, de l’eau et de l’acide sulfurique , comme pour dégager du gaz hydrogène ; on bouche le vase, et on attend que le gaz se soit dégage pendant un certain temps qui variera suivant la quantité d air contenue dans le flacon Si l’on se hâtait de mettre le feu au gaz, 1 appaicil renfeimerait encore un mélange d’air et d’hydrogène, cl il y aurait une vive détonation ; on devra attendre d’autant plus, que le flacon sera plus grand et qu’il renfermera moins de liquide. Des que le gaz est enflammé, on approche la flamme d’une capsule de porcelaine froide E.

Mis POISONS IRRITANTS.

s’il ne se dépose point d'arsenic métallique sur la capsule au hnm de qumze à vingt minutes, c’est que les matériaux Cm" Z donneront point ; si , au contraire il annaraîi «,„• i, . . ,

taches métalliques d’un brun clair ou foncé qui se vol^il^nt'en "es soumettant pendant une demi-minute environ à l’action delà flamme

ex m * Tari e TvZV' ^ d" *'nc « ^idc sulfuré

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. e . ,con et 1 011 Y introduit la liqueur suspecte anrès avni.- m,,

tefois vide une partie ou la totalité du liquide qu'ii renfermait afin

de pouvoir introduire toute la matière sur laquelle o„ dék ô n’é, or

s:r=ïirreK?ce <iimim,e' à "*** ** ,a

peetc ne soit elle-meme acide, parce que l’acide sulfurique se trouve iopa aibli, etqu d ne se dégage pas assez de gaz. Pour que l’expérience marche convenablement, il faut ajouter par ,«,ïr, ,Jr,fl e, ‘ n ta tonnant, de nouvelles quantités d'acide sulfurique jusqu a’ ce qu'en approchant 1 extrémité du tube te des lèvres, ou sente p, Pi, urn es i“ que le ga2 produit sur elles que le dégagement est assetfort pour tmecé g t puisse btuler avec une flamme qui ne soit pas trop forte L'acide

: iél!0V,Cher |C “aC°" ' * tâtroduisant par

un tube droit N, qui traverse le bouchon, et plonge presque iusnu'au

fond S,, par hasard la quantité d’acide sulfurique veïsé dans e Bacon

Ô“, PilTf°’'! ICr C‘ VK k - • ***** avec trop d'im,“- ' ‘ ’ ll1 fau)drait a 1 "’stant même déboucher le flacon extraire h

moine ou les dent tiers de la liqueur, que l'on conserver ak,Z„„ grand verre pour expérimenter ultérieurement sur elle, après l’avoir étendue d eau; on ajouterait une suffisante quantité d’eau distillée sur la moitié ou sur le tiers restant dans le flacon A, pour que le gaz se dé-

fâpri, -Ï-vh,B. LCS Cl'°SeS é‘m diS‘m6eS- 011 la lampe

On se gardera bien, en essayant les matériaux, d’emplover une forte pioportion d acide sulfurique dans le dessein de dépolir promu ement le zinc et de faire marcher l'opération plus vite; car en avisant ainsi , le métal ne se bornerait pas à décomposer l’eau, l’acideîuieme seia^ten partie décomposé , et il en résulterait, la température étant elevee a 80 ou 90“ centigrades, de l’acide sulfureux. Or cet . eide serait rapidement décomposé par l’hydrogène naissant et il se

c Sem :Cf ““fTiqr Am" ta l>rts°"“ oITrirait Je 11

ransfoi mer en sulfure d arsenic insoluble les acides arsénieux et arsenique qui pourraient être ultérieurement introduits dans le flacon Ce sulfure , comme on le sait, n’est point décomposablc dans l’appareil de Marsh, et ne fournirait par conséquent pas les taches arseni

de l’acide arsénieux. 385

cales due l’on aurait inévitablement recueillies sans la production de iSc “»l[h,driq»e. Il faudra donc dans le cas où le me ne sera,! pas facilement attaqué par le mélange de 500 grammes d eau et de 3 à h grammes d’acide sulfurique, que j’ai conseillé d employer, dépolir d’abord ce métal, en le traitant dans un verre à expérience par de l’acide sulfurique étendu de son pouls d’eau ; quelques minutes suffiront pour qu’il soit attaqué de manière, à fournir ensuite faci ement du gaz hydrogène quand on voudra s’en servir; toutefois , i ne faudra pas négliger de le laver soigneusement dans de 1 eau distillée avant de l’introduire dans l’appareil. Les mêmes motifs devront déterminer les experts à ne jamais faire usage cl’acide sulfurique contenant de l’acide sulfureux. , .

11 faut pour que l’expérience marche convenablement qu il se degage assez de gaz hydrogène pour obtenir une flamme de 3 à 5 millimètres , c’est-à-dire que l’effervescence soit modérée. On sait que la flamme se compose de deux parties , la flamme d'oxydation , celle qui est la plus éloignée de l’extrémité du tube où elle se produit, et la flamme de réduction qui est plus près de cette extrémité. On obtient difficilement des taches arsenicales en plaçant la porcelaine dans la flamme d’oxydation , qui est beaucoup trop chaude. Il n en est pas de même quand l’assiette se trouve dans la flamme de réduction , et même plus près de l’ouverture du tube. Il est des cas ou les taches ne paraissent que lorsque cette ouverture est appuyée sur la porcelaine et maintenue dans celte situation pendant une minute environ. Dans beaucoup d’autres circonstances il faut au contraire, si 1 on veut obtenir de l’arsenic, opérer avec une flamme de 6 a 8 millimétrés, et alors le métal paraît presque toujours sous forme de larges taches; d’où il suit que l’expert doit tâtonner en avançant ou reculant l’assiette jusqu’à ce qu’il ait trouvé le point convenable pour recueillir la plus grande quantité possible d’arsenic. En général , si la flamme est trop faible , qu’elle ait 1 ou 2 millimètres , par exemple et que la liqueur contienne peu d’arsenic, les taches tardent à paraître, sont fort petites, et l’on ne réussit à les bien condenser qu’en appuyant l’extrémité du tube sur la porcelaine. Si la flamme était intense, de 20 b 25 millimètres de long , le métal se volatiliserait au fur et à mesure qu’il se dégagerait , et ne se déposerait pas sur la capsule, a moins que la liqueur n’en contînt beaucoup. C’est ce qui est arrivé aux experts de Tulle dans l’affaire Lafargc ; évidemment ces chimistes n’ont pas obtenu les nombreuses taches qu’ils auraient dû recueillir, s ils n’avaient pas agi avec une flamme de 20 à 25 millimètres. La ticp grande dimension de la flamme expose aussi à un autre inconvénient, celui d’obtenir des taches de zinc, parce que le sulfate de ce métal aui a I. 25

été entraîné avec le gaz hydrogène, et que l’amiante aura pu ne pas l’arrêter en entier.

Le diamètre et la forme de l’ouverture du tube x influent singulièrement sur la grandeur et Tint usité de la flamme. Celte ouverture doit être régulière et assez étroite; si elle était large, la flamme an lieu d’être pointue, suffisamment allongée et dans une direction horizontale , serait évasée, plus courte, et se dirigerait de côté et d’autre; si au lieu d’être arrondie l’ouverture du tube était irrégulière ou échancrée , la flamme présenterait à un plus haut degré ces inconvénients; dans l’un et l’autre cas l’arsenic ne se déposerait pas facilement sur la capsule , et il faudrait souvent , pour l’obtenir, diriger obliquement la flamme sur la porcelaine dans tel ou tel autre sens.

Dans aucun cas on ne s’avisera de substituer l’acide chlorhydrique à l’acide sulfurique , comme le conseille M. Devergie , dans la persuasion où il est que le dernier de ces acides est souvent arsenical , même quand il a été purifié par les moyens que je ferai connaître plus tard. J’avais déjà prouvé à i\I. Devergie qu’il était dans 1 erreur quant à l’acide sulfurique; l’Institut a confirmé mon dire dans son rapport. Il faut espérer que M. Devergie se rendra enfin à l’évidence. Les inconvénients de l’acide chlorhydrique sont : 1° qu’il épuise bientôt son action sur le zinc et qu’il faut en employer des quantités considérables; 2” qu’il fournit du chlorure de zinc, que le gaz hydrogène entraîne beaucoup plus facilement qu’il n’entraîne le sulfate; aussi, même avec des flammes assez faibles, fournit-il des taches de zinc qui ressemblent par leurs caractères physiques aux taches arsenicales et qui pourraient par conséquent induire les experts en erreur, même quand on aurait fait usage d’amiante pour arrêter une certaine quantité de chlorure de zinc ; 3° qu’il renferme souvent de l’acide arsénieux ou de l’acide sulfureux (voy. p. Z|08 et Zi09). Quant à l’objection faite par M. Devergie, que l’acide sulfurique n’agit que difficilement sur le zinc, elle n’est aucunement fondée , puisque Luit le monde sait que ce métal est promptement attaqué par cet acide, si l’on prend la précaution de le dépolir en le laissant pendant deux ou trois minutes dans un mélange de parties égales d’eau et d’acide sulfurique.

Modification introduite par M. Lassaigne . • — M. Lassaigne propose, au lieu d’enflammer le gaz qui se dégage de l’appareil de Marsh et de condenser l’arsenic sur une soucoupe de porcelaine , de faire passer ce gaz à travers une dissolution d’azotate d’argent bien neutre; on sait que dans ce cas l’hydrogène arsénié réagit sur l’azotate d’argent, qu’il se précipite de l’argent métallique noir et que la liqueur renferme de l’acide arsénieux en dissolution. On peut continuer le dégagement d’hydrogène aussi long-temps que l’on veut, jusqu’à ce que l'on soit bien convaincu que la liqueur ne renferme plus de composé arse-

de l’acide arsénieux.

nn obtient alors une liqueur

°uc Ton peut reconnaître à ses différents caractères. Ce procédé, qui paraissait déjà avoir été indiqué par Simon de Poggendoiff, employé comme moyen de concentration, fait découvrir 1 arsenic dans une liqueur qui n’en aurait pas manifesté par 1 application de celui eue i’ai fait connaître; il est donc excessivement sensible et je n’hésite pas à en conseiller l’usage toutes les fois qu au bout de nucldues minutes d’essai on n’aura pas obtenu de taches arsenicales , ce qui se présentera on ne peut plus rarement; il est surtout commode pour faire passer dans une petite quantité de dissolution d azotate d’argent une portion très minime d’arsenic (à l’etat d hydrogéné

arsénié) qui existerait dans un grand volume de liquide que Ion ne

peut pas concentrer par évaporation, et permettre par conséquent, en traitant la nouvelle liqueur arsenicale concentrée dans un très petit appareil de Marsh, d’obtenir des taches beaucoup mieux caractérisées.

Mais il importe de savoir qu’il faut bien se garder de conclure à la présence de l'arsenic dans des liqueurs suspectes par le fait seul , que la dissolution d’azotate d’argent >e trouble pendant qu’elle est traversée par le courant de gaz hydrogène, car ce sel peut être décomposé et précipité sans qu’il existe de 1 arsenic. Ainsi il se pioduira un précipité noir de sulfure d’argent et non d’argent métallique , quand le gaz hydrogène sera mélangé de gaz suif hydrique , ce qui aura lieu toutes les fois que le zinc renfermera un peu de sulfure; dans certains cas il y aura dépôt d’argent métallique par des gaz carbonés, et même par l’hydrogène pur, si 1 appareil est exposé pendant l’opération même à la lumière diffuse. On ne dévia donc concluie à la présence de l’arsenic que si l’on parvient à isoler ce corps de la liqueur, après le traitement indiqué par M. Lassaigne.

Caractères de l’arsenic métallique. — Il est indispensable , après avoir obtenu un anneau métallique ou des taches, de prouver qu ils sont formés par l’arsenic. L’expert ne conclura jamais à 1 existence de ce corps, sans avoir constaté non seulement ses propriétés physiques, mais encore scs principaux caractères chimiques.

Caractères des taches arsenicales. — - Rien n est plus facile que de distinguer ces taches de toutes celles que 1 on peut produire avec d’autres matières , en y comprenant celles qui ont été signalées d’abord par moi, puis par MM. Flandin et Danger ; 1° Les taches arsenicales sont d’un brun fauve, miroitantes ot excessivement brillantes; quand l’arsenic est abondant, elles sont noirâtres, ternes ou presque ternes, tandis qu’elles sont d’un jaune serin si elles renfer-

nns poisons irritants.

mm du sulfure d’arsenic ou une matière organique; elles ne se vapensent pas sensiblement à froid et n’attirent^snmmiditéTS 2 11 suffît de quelques secondes pour volatiliser et faire disparaître complètement une tache arsenicale peu épaisse, si on la soumet à 1 action de la flamme produite par la combustion du gaz hydrogène simple celu, qui se dégage, par exemple, de la lampe philosophique, il faudrait une ou deux minutes, au contraire, pour faire dispai ain e la tache si elle était épaisse. 3” Elles se détachent instantané-

tmrntpsV T* de POrCelaiDe’ Si °n ,es traite 1% deux ou trois gouttes d acide azotique concentré et pur qui les dissout en apparence , je dis en apparence, car on voit toujours à la surface du liquide quelques légères parcelles du métal non dissous; mais l'assiette auparavant tachée se trouve tout-à-coup parfaitement nettoyée. 4" Si on chauffe a la lampe à l’alcool la petite quantité d’acide azotique employé, on obtient un résidu blanc ou d’un blanc légèrement jaunâtre qui étant refroidi et touché par une dissolution très concentrée d’azotate d’argent, donne de l’arséniate d’argent ronge brigue ; en effet arsenic métallique a été transformé en grande partie du moins en acide arsénique par l’acide azotique. Pour ne pas manquer cette expérience capitale , il faut n’employer que quelques gouttes d’acide azotique, parce que celui-ci , alors même qu’il a été purifié et distillé à plusieurs reprises sur de l’azotate d’argent , retient souvent une matière étrangère qui se montre sous l’apparence d'un résidu jaune brun ou noir quand on évapore l’acide jusqu’à siccilé ; évidemment on aurait a redouter la présence de cette matière, qui altérerait la couleur rouge brique au point de l’empêcher de se manifester, si au lieu de traiter les taches arsenicales par deux ou trois gouttes d’acide, on en employait un ou plusieurs grammes. 11 importe aussi pour réussir, de faire usage d’une dissolution d’azotate d’argent très concentrée , et quelquefois même d’ajouter un petit cristal de ce sel. Si le précipité rouge brigue ne paraît pas à froid , on ne doit jamais chauffer la capsule, pai ce que, par la simple action de la chaleur, l’azotate d’argent sc dessécherait et se décomposerait en prenant différentes nuances , et entre autres une nuance rouge qui pourrait en imposer. On peut à la rigueur constater le caractère dont je parle en n’agissant que sur une tache de moyenne épaisseur assez volumineuse ; mais il vaut mieux agir sur dix ou douze taches avec deux ou trois gouttes d’acide azotique. 5° En traitant quinze ou vingt taches arsenicales par deux ou trois gouttes d acide azotique concentré et en faisant évaporer le mélange jusqu à siccité , on obtient de l’acide arsenique blanc ou d'un blanc jaunâtre et un peu d’acide arsénieux, qui étant dissous dans l’eau distillée bouillante donne un solutum dont on peut précipiter du sul-

de l’acide arsénieux.

fure d’arsenic en l’acidulant par une ou deux gouttes d’acide sulfureux liquide, et en y faisant passer quelques bulles de gaz acide sulfhydrique. Ordinairement pour déterminer la précipitation de cc sulfure , il faut faire bouillir la liqueur pendant quelques minutes et attendre ensuite jusqu’au lendemain, si l’on n’a pas ajouté d acide sulfureux. 6" Les taches arsenicales disparaissent presque instantanément quand on les met en contact avec du chlorure de soude, ce qui n’a pas lieu avec les taches antimoniales.

11 se présente maintenant une question importante. Faut-il absolument constater les six caractères que je viens d’assigner aux taches arsenicales pour affirmer que telle est leur nature? Non certes. Les taches qui réunissent les trois premiers caractères et le quatiième ou le cinquième doivent être déclarées arsenicales.

Si nous comparons maintenant les diverses taches métalliques ou autres, aux taches arsenicales, nous verrons qu il est aisé de distinguer celles-ci.

Taches de phosphore. — Si la tache ne contient que du phosphore , elle est jaune orangée quand elle est intense, et d un jaune serin , tirant un peu sur Y orangé , si elle est mince; elle est brillante, volatile sous la flamme du gaz hydrogène , et soluble dans 1 acide azotique à froid. Si la tache provient de la combustion du gaz hydrogène phosphoré, elle est brillante et d’une belle nuance orangée; elle est même rouge quand elle est épaisse ; son brillant la fait ressembler au clinquant ; elle se volatilise par la chaleur et se dissout dans l’acide azotique à froid. En outre la tache de phosphore renferme constamment de l’acide pliosphorique ; aussi attire-t elle toujours l’humidité de l’air et rougit-elle un papier de tournesol avec lequel on la presse. Si, après l’avoir traitée par l’acide azotique, on évapore à siccité, on obtient de l’acide pliosphorique, qui donne du phosphate d’argent jaune, quand on le touche avec une goutte d’azotate d’argent concentré.

Taches de soufre. — • Elles sont jaunes, opaques, volatiles et insolubles dans l’acide azotique à froid.

Taches d'iode. — Elle sont jaunes, quelquefois légèrement brillantes et instantanément solubles dans l’acide azotique h froid; mais elles ont l’odeur d’iode , et sont tellement volatiles qu’elles disparaissent presqu’au moment même où elles se sont produites; elles colorent en outre en bleu de l’amidon préalablement placé sur la capsule.

Taches d'antimoine. — Elles sont bleues et brillantes quand elles sont épaisses, et d’un brun fauve si elles sont formées par une couche d’antimoine fort mince ; elles ne se vaporisent pas sensiblement h froid et n’attirent pas l’humidité de l’air. Soumises à l'action de la flamme du gaz hydrogène , à moins qu’elles ne soient très minces, elles ne dispa-

dyo des poisons irritants.

raissent pas au bout de cinq à six minutes, comme les taches arsenicales, d abord elles s étendent, puis elles deviennent moins foncées et il se produit de 1 oxyde blanc d antimoine qui se volatilise ; mais il reste toujours une tache moins volumineuse d’un gris fauve. L’acide azotique concentré les dissout instantanément, et si l’on évapore la liqueur jusqu asiccité , on obtient un résida jaune d’acide antimonieux, qui ne devient pas rouge brique par l’azotate d’argent, et.qui brunit et noircit si, après avoir ajouté ce sel, on le touche par une goutte d’ammeniaque. Si 1 on dissout dans l’acide chlorhydrique étendu d’eau l’acide antimonieux jaune produit par l’action de l’acide azotique, et que 1 on fasse passer à travers le solulum quelques bulles d’acide sulfhydrique gazeux , il se forme sur-le-champ un précipité orangé rougeâtre de sulfure d’antimoine. Le chlorure de soude ne fait point disparaiti e les taches antimoniales , ce qui les distingue encore des taches arsenicales.

lâches mélangées (T arsenic et d’antimoine. — On pourrait obtenir ces taches dans un cas d empoisonnement par l’arsenic si le malade avait pris du tartre stibié. L’aspect de ces taches variera suivant la pioportion d arsenic et d’antimoine qui entrera dans leur composition , et ne saurait par conséquent être décrit d’une manière généi ale. Si on les soumet à 1 action de la flamme du gaz hydrogène, l’arsenic se volatilisera presque aussitôt, et l’antimoine restera. Si on les dissout dans quelques gouttes d’acide azotique et que l’on évapore le solulum jusqu à siccité, il suffira de faire bouillir le résidu jaunâtre avec de 1 eau distillée pendant quelques minutes , pour dissoudre la presque totalité de l’acide arsénique, tandis que la majeure partie de l’acide antimonieux restera indissoute; qu’on filtre la liqueur , après l’avoir décantée , et qu’on la fasse évaporer jusqu à siccité, 1 acide arsénique obtenu deviendra rouge brique par 1 azotate d argent, tandis que l’acide antimonieux jaune, qui était resté dans la petite capsule, s’il est dissous dans l’acide chlorhydrique, donnera un solulum que l’acide sulfhydrique gazeux précipitera en orangé rougeâtre (sulfure d’antimoine).

1 uches de zinc. — Ces taches se produisent lorsqu’on fait marcher avec trop de force l’appareil alimenté par l’acide sulfurique , parce qu alors une portion de sulfate de zinc est entraînée par le gaz hydrogène, qui réduit l’oxyde de zinc sur l’assiette de porcelaine; mais elles se montrent plus fréquemment si l’on substitue l’acide chlorhydrique à 1 acide sulfurique ; il suffit dans ce cas d’un dégagement de gaz qui n’est pas trop intense pour les faire naître. If est d’autant plus important de les caractériser qu’elles présentent à peu près l’aspect des taches arsenicales. Voici comment on les reconnaîtra : elles s’effacent complètement à l’air, parce qu'elles se transforment en oxyde de zinc;

,, co vnhtilisent pas h la flamme du gaz hydrogène, h moins l JeUes ne soient récemment faites ; elles se dissolvent rapidement dans l’acide azotique h froid, mais le solutum, cvapoié jusqu. smci , devient pas ram brique par l’azotate d argent, et si on dissout ce résidu dans l’eau distillée, le gaz acide sulfhydnque le piecqi

^TaSZ^r. — Elles sont grises, brillantes et quelquefois irisées;

ZL ison, j. la n.™r d» *«*“£££

à l’air elles se tranfonnent assez rapidement en sesqui-oxyde rougeâtre. L’acide chlorhydrique les dissout : mstantanement et se c lore en jaune. Le solution évaporé jusqu h siccité laisse un résidu q devient We» par le cyanure jaune de potassium et de fer, et d un violet noirâtre par le dècocl um de noix de galle. -

Taches de plomb. Elles sont d’un gris bleuâtre, fixes au feu, solubles dans l’acide azotique à froid; le solutum évapore jusqu à siccité laisse un résidu blanc qui devient jaune serin par 1 îodure de p

sium et noir par l’acide sulfhydnque. , ,

Taches sur la faïence. Quand on fait arriver du gaz hydrogène sur des assiettes de faïence dont le vernis contient des oxydes de plom e î’ étain, si la flamme est forte, il se produit souvent des taches composées de plomb et d’étain, d’une couleur gris bleuâtre ou noires ternes, fixes et insolubles dans l’acide azotique. Quoique ces taches soient, comme on le voit, faciles à distinguer des taches arsenicales , il ne faut jamais employer , dans les expertises médico-legales , es

assiettes de faïence pour recueillir l’arsenic.

Taches signalées d’abord par moi, puis par MM. Mandai et Danger. — Nous voici enfin arrivés à ces taches dont on a fait si grand bruit pendant long-temps, et dont j’ai fait justice bien ayant T Institut et l’Académie royale de médecine. A entendre MM. Flandin et Danger, les taches dont il s’agit se produiraient souvent dans l’acte de la carbonisation des matières organiques , et comme ils disaient qu elles offraient tous les caractères des taches arsenicales, il fallait, suivant eux, renoncer à reconnaître l’arsenic h l’aide de simples taches. 1 ant de prétention devait s’évanouir devant le plus léger examen ; aussi ne reste-t-il rien aujourd’hui d’une si pompeuse annonce. Disons d abord que ces taches se forment toutes les fois que l’on introduit dans un appareil de Marsh du sulfite et du phosphite d’ammoniaque avec quelques gouttes d’huile de térébenthine , ou bien une matière blanche que l’on obtient par sublimation en traitant la chair musculaire fraîche avec du nitre et de l’acide sulfurique et en chauffant jusqu’au rouge dans une cornue. Quant h leurs caractères physiques , si nous admettons que quelques unes de ces taches sont brunes et brillantes comme les taches aiseni-

cales, nous devons dire aussi que, dans la plupart des cas , leur aspect est tout autre , et qu’il suffit de les avoir vues une fois pour ne pas les confondre avec les taches arsenicales. .Mais alors meme qu’il y aurait confusion sous le rapport des propriétés physiques, rien ne serait plus aise que de les reconnaître aux caractères suivants : 1° Quand on les traite par 1 acide azotique froid , elles ne disparaissent pas ■ on a beau frotter avec une baguette, elles persistent; si on fait bouillir l'acide en continuant à frotter, elles finissent par se dissoudre dans une assez gi ande quantité d acide , en laissant toutefois sur la capsule des traces non équivoques d uue matière brunâtre ; le sohitum azotique évaporé à siccité donne uu résidu jaune foncé , ou brun, et quelquefois noirâtre. 21’ L’azotate d’argent ne fournit aucun précipité rouge brique avec ce îésidu, tout au plus il jaunit quelquefois. 3" L’acide sulfhydrique gazeux ne précipite pas en jaune la dissolution dans l’eau du produit azotique évaporé à siccité, comme l’avaient annoncé MM. Flandin cl Danger.

Il j a plus, ces taches ne peuvent pas se produire dans les circonstances où se trouvent les experts qui cherchent à constater un empoisonnement par 1 arsenic, s ils ont détruit la matière organique par l 'azotate de potasse-, elles ne pourront pas se former non plus si 1 on a carbonisé les organes par une suffisante quantité d’acide azotique; en effet, ces agents oxygénants brûlant complètement la matière charbonneuse qui forme seule ces taches, il n’y a plus moyen de les obtenir. MM. Flandin et Danger s’étaient encore trompés en faisant jouer un rôle important au phosphite et au sulfite d’ammoniaque dans leur production ; les travaux récents de MM. Fordos et Gélis ont montré que ces deux sels mis dans uu appareil de Marsh ne foui nissent que des taches de soufre, et que, si l’on ‘ajoute de 1 essence de térébenthine, on recueille des taches charbonneuses plus abondantes que celles que donnerait l’essence seule , parce que le phosphite d’ammoniaque rend le dégagement de gaz plus abondant et facilite l’entraînement mécanique de cette essence. ( Journ . de Pharmacie, décemb. 1841.) Au reste, dès qu’il fut question de la production de ces taches, je m’écriai contre l’impossibilité de les obtenir dans les conditions où je me plaçais, et je dis qu’il suffisait de connaître les premiers éléments de la science pour partager cette opinion. L Institut et l’Académie royale de médecine n’ont pas professé une autre doctrine.

Caractères de l arsenic métallique sous forme d'anneau. — Si l’on examine l’anneau d’arsenic métallique contenu dans le tube à côté de l’amiante D, on verra qu’il est brillant, couleur d’acier, qu’il exhale une vapeur d’une odeur alliacée quand on le met sur un charbon

DE L'ACIDE ARSÉNIEUX. m

irdent et que l’acide azotique bouillant agit sur lui comme sur les taches a^enicales ; en sorte que l'on pourra constater 1 action de 1 azo- Se d Sent et celle de l’acide sulfhydrique gazeux. Il peut armer que la quantité d’arsenic métallique obtenue soit si petite qu on puisse pas la détacher du tube; ce n’est quelquefois qu une kg re lniche terne et grisâtre, qui recouvre les parois de ce tube; dans ce ras, après avoir soigneusement recueilli tous les fragments de ve enduits de cette couche , on dissoudra celle-ci dans quelques gouttes d’acide azotique pur, et on agira sur la dissolution, comme je 1 ai dit

à l’occasion des taches ( voy. p. 388). ,

Aurès avoir fait connaître les caractères de 1 arsenic sous fo> me de taches et d’anneau, je dois m’arrêter un instant sur une observation à laquelle des hommes nullement versés dans la matière , et surtout M Gerdy, ont attaché de l’importance, mais qui pourrait cependant, si elle n’était pas appréciée à sa juste valeur, jeter delà perturbation dans l’esprit des jurés, des magistrats, et même des experts. On a dit : Les taches ne signifient rien, car elles ne sont pas formées par dcl ar.cmc revivifié ; aussi l’Institut les a-t-il proscrites ; il faut absolument avoir obtenu un anneau arsenical pour affirmer que la matière recueillie est de l'arsenic. Tout cela est faux et absurde. Les taches arsenicales sont formées par de l’arsenic revivifié; on peut les transformer en anneau en les dissolvant dans l’acide azotique , en évaporant à siccité , en traitant le produit par l’eau et en le mettant dans un appareil de Marsh, tout comme on peut changer l’anneau en taches, si • on élève la température de cet anneau à l’aide d’une lampe a espritde-vin et qu’on le fasse traverser par un courant de gaz hydrogène. L’Institut n’a point proscrit les taches; son rapport serait frappé de nullité, si cela était, puisque , dans la plupart des cas , la commission n’a formé sa conviction qu’à l’aide des taches ; presque jamais elle n’a cherché à obtenir l’anneau dans les nombreuses expériences qu’elle a tentées. Il est vrai que dans la dernière conclusion de son rapport , dans ce qu’elle appelle une instruction, elle conseille de recueillir un anneau , et qu’elle ne prescrit pas d’obtenir des taches ; mais cela se conçoit: là on s’adresse à tous ceux qui pourront être chargés d’une expertise, aux inhabiles et aux inattenlifs , aussi bien qu aux hommes éclairés; or il suffit qu’il soit possible de confondre les taches arsenicales avec d’autres taches, quand les opérations ne sont pas faites avec le soin qu’elles réclament, pour que l’Institut conseille d’obtenir un anneau plutôt que ces taches; mais il est évident que celles-ci , si 1 on a constaté qu’elles possèdent les propriétés chimiques caractéristiques de l’arsenic , suffisent et au-delà pour affirmer que la matière quel on examine contient de l’arsenic. Au reste, pour éviter toute cont^o-

verse, il vaudra mieux recueillir à la fois et des taches et l’anneau

comme je 1 ai prescrit à la page 382 , et comme j’avais conseillé de lé faire des 1 annce 1839.

Acide arsénieux dissous dans Veau. ~ Indépendamment des caractei es de cette dissolution déjà énoncés, je dirai qu’elle précipite en vert par le sulfate de cuivre ammoniacal (vert de Schéele, arséuite de cuivre) et en jaune par l’azotate d’argent; mais il suffît pour la reconnaître d’avoir recours à l’acide sulfhydrique (vov p 378)

Acide arsénieux faisant partie d’une pâle ou d'une poudre. - On fait bouillir la pâte ou la poudre pendant une heure avec de l’eau distillée; on filtre la liqueur refroidie, après avoir séparé la graisse qui pourrait se trouver à la surface; on l’essaie par l’acide sulfhydrique gazeux et par 1 appareil de Marsh; elle se comporte dans la plupart es cas comme une dissolution aqueuse d’acide arsénieux (voy. p. 378 et 382). S’il en était autrement, on agirait sur la graisse et sur les matières solides, comme je le dirai en parlant des matières organiques solides. 1

Acide arsénieux mêlé ci des liquides alimentaires , à la matière des vomissements ou à celles que l'on retire du canal digestif. — L acide arsénieux ne trouble pas la transparence du vin, du cidre, de la bière, du thé , du café, du lait, du bouillon , de la bile ni des autres liquides organiques, quand il est dissous dans ces liquides ; mais il aiiive souvent qu une partie de cet acide n’est que suspendue , en sorte que par le repos il se ramasse au fond des vases un précipité pulvérulent d'acide arsénieux; d’où il suit qu’il importe dans ces différents cas de décanter les liqueurs et de recueillir la poudre asenicale s’il en existe , afin de la reconnaître comme il a été dit à la page 376. Quant à la portion d’acide arsénieux dissoute dans le liquide, il faut savoir qu elle peut être tellement retenue par la matière organique que 1 acide sulfhydrique, qui est le réactif le plus important , non seulement ne la précipite pas , mais même ne la colore pas , et qu alors même que cet acide doit la précipiter, celte précipitation peut se faire long-temps attendre. Voici des faits qui mettront cette vérité hors de doute :

1° Que l’on dissolve quelques grammes de gélatine dans 100 grammes d eau , que la dissolution soit divisée en deux parties égales , apiès 1 avoir mêlée avec quatre gouttes de solutum concentré d’acide arsénieux; si l’on verse dans l’une de ces parties de l’acide sulfhydrique liquide et deux gouttes d’acide chlorhydrique, la liqueur deviendra jaune sur-le-champ, mais ne donnera point de précipité de sulfure d’arsenic. Si l’on fait bouillir l’autre partie avec U grammes environ d’acide azotique pour détruire une portion de la matière

animale, et qu’au bout d’une demi-heure on sature l’exces d acide par lanotasse h l’alcool, on obtiendra un précipité floconneux de sulfure d’arsenic entièrement soluble dans l'ammoniaque des que I on y versera de l’acide sulfhydrique liquide. Rapp a donc été indu en erreur en annonçant que les réactifs ne pomment point déceler l’acide arsénieux lors même que l’on avait traité par lac* >azoU-

que les liquides mêlés avec ce poison ; cela tient a ce qu il p cherché l’acide arsénieux par les acides sulfhydrique et chlorhydrique, mais bien par le sulfate de cuivre ammoniacal, qui, dans ce cas sur tout , est un réactif fort infidèle.

2° Le 18 juillet 1 826, on a introduit dans un bocal à ljirge ouverture, qu’on a exposé à l’air, 2 litres d’eau tenant en dissolution 30 centigrammes d’acide arsénieux et environ le tiers d’un canal intestinal d’un cadavre. Le 1 2 août suivant le mélange exhalait a peine une odeui désagréable; la liqueur filtrée ne jaunissait ni ne précipitait par l'acide sulfhydrique, tandis qu’après avoir été évaporée jusqu a siccité , il Suffisait de traiter le produit par l’eau bouillante pour que 1 acide sulfhydrique colorât et précipitât la dissolution en jaune (sulfure d’arsenic). Le 5 mai 1827 la liqueur était fortement alcaline et ne se colorait pas en jaune, h plus forte raison par l'acide sulfhydrique.

( Traité des exhumations juridiques , t. II, p. 281.)

3° Ln homme avait empoisonné plusieurs personnes avec du pain contenant de l’acide arsénieux. Des experts d’Angers avaient fait bouillir ce pain dans l’eau et avaient traité le décoctum par 1 acide sulfhydrique gazeux. Voyant qu’ils n’obtenaient point de sulfure;a««e précipité , ils avaient conclu que le pain ne renfermait point d arsenic. Une seconde expertise , faite par deux chimistes de Paris, s était terminée de même. Je fus alors chargé de procéder, avecBarruel , à la recherche de l’acide arsénieux. Nous attendîmes plusieurs jours pour laisser au précipité jaune de sulfure d’arsenic le temps de se déposci du décoctum aqueux, ce que n’avaient pas fait les autres experts , et nous retirâmes de l’arsenic métallique de ce sullure. Le corps clu délit arriva à Angers au moment où les débats allaient être clos; 1 accusé

déclaré coupable fut condamné à mort.

U° Le liquide obtenu en faisant bouillir l’estomac de Soufflard pendant une heure avec 2 litres d’eau distillée, fut acidulé par 1 acide chlorhydrique et soumis à un courant de gaz acide sulfhydrique ; au bout de trois mois seulement il s’était déposé du sulfure jaune d atscnic , de manière à pouvoir être séparé par le filtre.

Il n’est pas nécessaire de réfuter l’assertion émise par MM. Hombt on et Soullié, savoir : « Que les matières vomies, les liquides contenus dans » le canal digestif et les dissolutions provenant des décoctions aqueuses

396 DES poisons irritants.

» de l’estomac, du sérum , du caillot du sang et de la bile de chiens » robustes empoisonnés par 2 grammes 20 centigrammes d'acide arsé- » Dieux, dissous dans 6/i grammes d’eau et introduit dans l’estomac ne ;> fournissent point d’arsenic à l’analyse. », (Nouvelle, recherches sur l empoisonnement par l acide arsénieux. Brest, 1836.) L’erreur est par trop manifeste, comme je l’ai démontré dans un Mémoire lu à 1 Academie royale de médecine le 29 janvier 1839. On devra donc regarder comme fabuleuse l’annonce du journal l’Armoricain du

ç fr!1*83.3,’ CIU1 ava,t provoqué le travail de MM. Hombron et Soullie. Voici le passage le plus saillant de cette annonce : « Marguente Jœger, cette épouse, cette fdle, cette mère dénaturée, faisait » bouillir une certaine quantité d’arsenic (acide arsénieux) dans un » tre d eau , faisait passer le liquide au travers d’un linge lorsqu’il >> était refroidi, et mêlait cette eau avec un verre de vin, avec une tasse » de lait, avec du bouillon. Il en résultait que l’arsenic, extrêmement ” dlV1^' Ile Pouvait être retrouvé dans les intestins des personnes à qui ■> elle administrait. Les gens de l’art auxquels la veuve Jœger expli- » qua cet infernal procédé en firent l’essai sur un veau, sur un porc ; » ces animaux sont morts avec une rapidité effrayante , et l’ouverture » de leurs entrailles n’a présenté aucune trace d’empoisonnement. » Procédé. A. — Si le liquide arsenical est transparent et nullement visqueux (vin, cidre, bière, thé, café, etc.), après l’avoir filtré et acidulé par quelques gouttes d’acide chlorhydrique que l’on aura préalablement essayé et qui ne sera pas arsenical, on v fera passer un courant de gaz acide sulfhydrique lavé; le sulfure d’arsenic précipité et plus ou moins coloré , sera lavé avec de l’eau distillée et séparé du liquide qui le surnage à l’aide d’une pipette; alors on le chauffera à la lampe a esprit-de-vin dans une petite capsule de porcelaine, avec de azotate de potasse, pour le transformer en arséniatc et en sulfate de potasse. Dès que la matière sera à siccilé on la dissoudra dans l’eau, et on l’introduira dans un appareil de Marsh pour obtenir l’arsenic métallique (voy. p. 378). Dans cette espèce on n’a pas à craindre que 1 acide sulfhydrique ne précipite pas instantanément l’acide arsénieux.

Comme on le voit , je renonce tout-à-fait , dans la recherche de 1 acide arsénieux mêlé h des liquides colorés , au procédé qui consiste à décolorer préalablement la liqueur, soit au moyen du charbon animal, soit au moyen du chlore. L’expérience m’a prouvé en effet que cette décoloration est tout-à-fait inutile dans l’espèce, et que 1 acide sulfhydrique fournit constamment du sulfure d’arsenic avec ces liquides colorés préalablement acidulés. Quelle nécessité y at-il dès lors de décolorer ? Serait-ce dans le but de recourir à d’au-

DE l’acide arsénieux. 597

très réactifs dont l’action est beaucoup moins probante que celle de

1 3 ] U m porte" su r tu u t de prémunir les experts contre l’emploi du sulfate de* cuivre ammoniacal pour la recherche de 1 acide arsénieux mêlé à des liquides organiques colorés. Ce réactif , beaucoup rop vamé n’est pas , à beaucoup près, aussi sensible dans 1 espece que l’acide suif hydrique, et peut d’ailleurs induire en erreur. Voici des preuves incontestables de ces assertions : Que l’on verse dans 10Ü grammes d’une dissolution de gélatine une goutte de solutum concentré d’acide arsénieux, l’acide sulfhydrique jaunira la liqueur sans la précipiter ■ le sulfate de cuivre ammoniacal n’occasionnera aucun chan- ’ cernent. Avec trois gouttes de la dissolution arsenicale et l’acide suifhydrique, la décoction de gélatine acquerra une couleur jaune foncée, mais ne précipitera point, même en y ajoutant de 1 acide chlorhydrique ; le sulfate de cuivre ammoniacal ne la verdira point Six ou sept gouttes d’acide arsénieux et un atome d’acide chlorhydrique fourniront un précipité jaune de sulfure d’arsenic ; avec quatre gouttes, et à plus forte raison avec six gouttes d’acide arsemeux , le sulfate de cuivre ammoniacal verdira la gélatine, mais sans faire naître aucun précipité. En détruisant par l’acide azotique bouillant une partie de la gélatine mélangée avec quatre gouttes d’acide arsemeux, on verra ensuite l’acide sulfhydrique, aidé d’un peu d’acide chlorhydrique, précipiter du sulfure jaune d’arsenic, tandis que le sulfate de cuivre ammoniacal se bornera à verdir la liqueur, lors même que l’ou agira sur douze gouttes de dissolution d’acide arsénieux. .T’ajouterai que le sulfate de cuivre ammoniacal versé dans un mélange de 12 ou 15 parties de vin rouge et d’une partie d’une dissolution concentrée d’acide arsénieux, précipite en bleu noirâtre au lieu de fournir un précipité vert. D’où il résulte que dans certaines circonstances où il existe une proportion d’acide arsénieux susceptible d’être décelée par l’acide sulfhydrique , le sulfate de cuivre ammoniacal n’est guère propre à le découvrir. Établissons maintenant qu’il est des cas où ce sulfate pourrait faire croire au premier abord qu’une liqueur contient de l'acide, arsénieux quand elle n’en renfermepas. Ce réactif offre une couleur bleue, en sorte que si on le verse dans une liqueur jaune ne contenant point d’acide arsénieux , on obtiendra une coloration verte par suite du mélange du jaune et du bleu; c’est ce qui arrive avec une décoction d’ognon filtrée ; à la vérité, il ne se ramasse aucun précipité dans ce cas. Le suc d’ognon surtout , s’il n’a pas été filtré, se colore également en vert et fournil un précipité gris verdâtre qui pourrait faire croire à des experts inhabiles que la liqueui renferme de l’acide arsénieux ; mais pour peu que l’on examine atten-

tivement ce précipité , on verra qu’il n’offre aucunement la couleur de 1 arsénite de cuivre et qu’il ne possède aucun de ses caractères J’a jouterai enfin que dans la plupart des cas les liquides retirés du canal digestif de l'homme sont jaunes ou jaunâtres, qu’ils verdissent et pré cipitent même avec le sulfate de cuivre ammoniacal , sans que pour cela ils renferment de l’acide arsénieux. Les gens de l’art ne sauraient donc assez se tenir en garde contre ce réactif, qu’il est prudent suivant moi, de ne jamais employer.

Je dois aussi blâmer l’emploi de l’azotate d’argent proposé par le docteur Hume, lorsqu’il s’agit de constater la présence de l’acide arsénieux mêlé avec des liquides organiques, quoique ce réactif soit encore plus sensible que l’acide sulfhydrique. En effet, la méthode de M. Hume peut induire en erreur : 1“ parce que l’acide phosphorique et les phosphates précipitent l’azotate d’argent ammoniacal h peu près comme l’acide arsénieux; à la vérité, le phosphate précipité acquiert une couleur plus foncée par l’action de la lumière; 2° parce que l’azotate d’argent ammoniacal , quel que soit le soin avec lequel il a été préparé , contient toujours de l’ammoniaque libre; or, cet excès d alcali, mis en contact avec une liqueur animale non arsenicale, la colorera en jaune ou m jaune rougeâtre; et comine ces sortes de liqueurs renferment toujours des chlorures que le nitrate d’argent précipite , il arrivera que l’on obtiendra des précipités jaunâtres, que des experts peu habitués à ce genre de recherches pourront piendtc h tort pour de 1 arsénite d’argent; 3° parce que dans les cas nombreux où la dissolution d’acide arsénieux sera mélangée de sel commun ou d’autres chlorures, le précipité, au lieu d’être jaune, sera d’un blanc légèrement jaunâtre, attendu que les chlorures précipitent l’azotate d’argent en blanc ; on ne pourrait tirer parti de ce réactif , dans le cas où il existe des chlorures dans la liqueur, qu’autant que le précipité obtenu serait traité par l’acide azotique , comme l’a indiqué Marcet ; alors l’arsénite d’argent serait dissous , et le chlorure d argent î estei ait; on filtrerait la liqueur, dont on saturerait 1 acide azotique par 1 ammoniaque, et on verrait l’arsénite d’argent jaune se précipiter. Mais à quoi bon faire usage d’un réactif inutile qui ne peut pas donner toujours des résultats satisfaisants, et qui, alors même qu’il le pourrait , exige pour son emploi des précautions par trop multipliées ?

B. Si le liquide arsenical , transparent ou non, est épais, visqueux et difficile a filtrer (lait, albumine, gélatine, bouillon, matière des vomissements, etc.) , on le fera bouillir pendant une heure environ pour coaguler une certaine quantité de matière organique , on le laissera refroidir et on le mélangera avec son volume d’alcool concentré

de l’acide arsénieux. 399

anfniant ù0 degrés à l’aréomètre (Braconnot) ; l’alcool coagulera une 3, lan,i,f .le matière organique et r 'tiendra I '«et* ar.inuuœ en dissolution ; on filtrera et on gardera la matière coagu ée par le feu e par l’alcool. le liquide alcoolique filtré , acidulé par quelques goût es d acide chlorhvdrique , sera soumis à un courant de gaz acide suif hydrique qui précipitera aussitôt du sulfure jaune d arsenic dont on î£?r8l,Ver le métal, comme il a été dit à la page 378 La liqueur qui surnagera ce précipité retiendra encore un peu d acide arsemeux nue l’acide sulfhydrique n’aura point précipité en entier, comme je l’ai prouvé par des expériences nombreuses. Aussi , loin de la jeter, il faudra l’évaporer jusqu’à siccité et traiter le produit comme je le dirai bientôt en parlant des matières coagulées.

Si la proportion d’acide arsénieux était tellement faible que 1 acide sulfhydrique ne pût pas le déceler, on traiterait la liqueur par 1 azotate de potasse (voy. pag. b 02). . , , . .. ,

J’insiste sur la nécessité de retirer l’arsenic métallique du précipite jaune parce qu’il arrive souvent en faisant passer de l’acide j>ulf hydrique gazeux dans certaines liqueurs non arsenicales qui retiennent de la matière organique, même après avoir été chauffées jusqu à 1 ébullition ou traitées par l’alcool, qu’il se forme un précipité jaune ou jaunâtre,

ou d’un brun clair; ce précipité se produirait bien plus souvent encore si l’on agissait sur les liqueurs filtrées avant de les avoir coagulées par l’alcool. Quoi qu’il en soit, ce précipité est composé de matière organique et de soufre et peut-être même d’acide sulfhydrique, ou bien de matière organique seule ; dans le premier cas il ne se dissout qu’en t rès petite partie dans l’ammoniaque, tandis que, dans le second cas, il est quelquefois entièrement soluble dans cet alcali , en sorte qu il pourrait être facilement confondu avec le sulfure d arsenic si 1 on ne cherchait pas à extraire l’arsenic métallique. Dansl affaire Lafarge, les experts de Brives, opérant sur un précipité jaune qu’ils avaient recueilli en traitant le dècoclum aqueux de l’estomac par l’acide sulfhydrique, eurent le malheur de casser le tube dans lequel ils essayaient de réduire ce précipité jaune ; ils n’obtinrent par conséquent pas d’arsenic métallique; cependant ils conclurent que ce métal existait dans le corps de Lafarge : c’était une faute. Voici comment je m’exprimai à cet égard dans une lettre que j’écrivis à M® Paillet, défenseur de l’accusée.

Paris, le 20 août 1840.

« Monsieur,

» Vous me demandez, par votre lettre du 17 de ce mois, s’il suffit » pour affirmer qu’une liqueur recueillie dans le canal digestif d un « cadavre ou préparée en faisant bouillir dans l’eau distillée une par tie

» de ce canal, contient de l’acide arsénieux , d’obtenir avec elle et » acide sulfhydrique, un précipite jaune floconneux soluble élan, » l ammoniaque. Non , monsieur. Tous les médecins légistes pres- » crivent de réduire par un procédé quelconque le précipité jaune et » den retirer de l'arsenic métallique. J’ai longuement insisté dans « mes ouvrages sur la nécessité de recourir à celte extraction , et j’ai » vivement blâmé ceux qui, ayant négligé de le faire, concluraient » cependant à la présence d’un composé arsenical dans les flocons » jaunes dont il s’agit.

” En 1830, Barruel et moi, nous avons exposé dans le tome ur * des Annales cl’ Hygiène une affaire judiciaire dans laquelle vous » trouverez la solution de la question que vous m’adressez. Des » experts, qu’il est inutile de nommer, élevaient de graves soupçons » d empoisonnement par cela seul qu’ils avaient obtenu, en traitant » certains liquides par l’acide sulfhydrique, un précipité jaune flocon- » neux soluble dans 1 ammoniaque. Nous reconnûmes que cette pré- » tendue préparation arsenicale jaune ne contenait pas un atome d’ar- » senic loisqu on cherchait à la réduire, et qu’elle n’était autre chose » qu’une matière animale contenue dans la bile. M. Chevallier vient » d’insérer, dans le dernier numéro du Journal de Chimie Médicale ,

» une note dans laquelle il annonce avoir trouvé , deux fois depuis » 1830 , une substance analogue.

» Agréez , etc. OR FILA. »

Si la quantité de sulfure d’arsenic précipité sur laquelle on veut opérer la réduction était excessivement petite , il faudrait laisser reposer ce sulfure dans le vase à expérience, décanter le liquide qui le surnage à l’aide d’une pipette , jeter une nouvelle quantité d’eau distillée sur le précipité pour le bien laver, séparer encore l’eau de lavage au moyen de la pipette, puis placer dans une capsule de porcelaine le précipité et la petite quantité d’eau que la pipette n’aurait pas pu enlever. En laissant cette capsule sur des cendres chaudes, il suffirait de quelques heures pour évaporer toute l’eau et pour obtenir le sulfure jaune d’arsenic sec; on le traiterait dans la même capsule par l’azotate de potasse si ou voulait le mettre dans un appareil de Marsh (voyez page 378), ou bien on le détacherait pour le calciner avec du flux noir, de la potasse et du charbon , si on voulait adopter ce procédé. Si , au lieu d’agir comme je le propose , on suivait la méthode ordinaire qui consiste à laver le précipité jaune de sulfure d’arsenic sur un filtre , on s’exposerait à perdre le fruit de son expérience; en effet, il serait impossible de détacher du filtre desséché la quantité excessivement petite de sulfure jaune, dont on ne pourrait par conséquent pas extraire l’arsenic métallique.

DE L’ AC1D1Î ARSÉNIEUX. Ml

Si le sulfure d’arsenic obtenu après l’emploi de l’alcool n’était pas d’un beau jaune serin, mais d’un jaune foncé ou d’un jaune plus clair, et que l’on pût craindre qu’il contînt une quantité notable de matière organique et un excès de soufre , il faudrait , dans le cas où l’on voudrait en extraire le métal au moyen du flux noir , commencer par le laver sur un filtre avec de l'eau distillée mélangée d’un cinquantième de son poids environ d’ammoniaque liquide qui dissoudrait tout le sulfure d’arsenic et une petite quantité de matière organique et ne toucherait pas sensiblement au soufre. Pour être certain d’avoir dissous tout le sulfure d’arsenic , on verserait l’eau ammoniacale sur

le filtre à trois ou quatre reprises différentes; la liqueur ainsi filtrée plusieurs fois, traitée par l’acide chlorhydrique pur laisserait déposer du sulfure jaune d’arsenic ne retenant plus ni à beaucoup près autant de matière organique. Toutefois il en contiendrait encore assez pour donner une huile empyreumatique , du sesqui-carbonate d’ammoniaque , etc. , quand on le chaufferait avec le flux noir dans le petit tube à réduction : or, cette huile se \ olatiliserait dans ce tube , et s’appliquerait sur ses parois en même temps que l’arsenic , ce qui pourrait altérer les propriétés physiques du métal. On éviterait ces inconvénients , en chauffant graduellement pour décomposer d abord la matière organique , et en introduisant de temps en temps dans le tube , et à plusieurs reprises , un petit papier brouillard contourné en spirale, afin d’absorber les vapeurs huileuses et ammoniacales. Lorsqu’on s’apercevrait qu’il ne se dégage plus de ces vapeurs ou suspendrait l’opération , on effilerait le tube à la lampe , et on élèverait davantage la température pour décomposer le sulfure d’arsenic et obtenir le métal. Ces diverses considérations prouvent suffisamment aux experts combien il est avantageux de préférer, pour extraire l’arsenic du sulfure , le procédé qui consiste à traiter celui-ci par l’azotate de potasse et à introduire le produit dans un appareil de Marsh, (voy. page 378).

C. Traitement des matières coagulées par le feu et par l'alcool (voy. page 398, B). — Quant aux matières coagulées par le feu et par l’alcool, aussi bien que pour celles que l’on aurait ramassées au fond des divers liquides avant de les soumettre à aucune opération , on les traitera par l’azotate de potasse.

Décomposition par l'azotate de potasse. — Rapp a indiqué le premier ce mode de traitement ; il conseillait de verser par de très petites parties, dans un matras tenant du nitre en fusion, la matière suspecte desséchée, de dissoudre dans l’eau distillée le produit de l’incinération , de décomposer la dissolution aqueuse obtenue par l’acide azotique, et de précipiter l’arséuiatc de potasse formé, à l’aide de 1. 26

A 02 UJ'.S POISONS IRRITANTS.

l’acide snlfhydrique. Cette manière d’opérer est tellement vicieuse qu’il est impossible de l’adopter. Indépendamment de la difficulté que l’on éprouverait à décomposer ainsi des viscères entiers, j’ai prouvé que celte décomposition est fort lente , parce que la matière organique, loin d’être intimement mélangée avec le nitre, est à peine touchée par lui : aussi reste-t-elle pendant long-temps à l’état de charbon , et celui-ci décompose la préparation arsenicale en réduisant l 'arsenic qui se perd dans l’atmosphère.

Pour obvier à cet inconvénient grave, je propose de couper en très petites parties les organes suspects, tels que le foie, la rate, etc., encore humides , d’introduire cette sorte de hachis dans une capsule de porcelaine, avec 10 centigrammes de potasse à l’alcool, et A00, 500, 600 ou 700 grammes d’eau distillée, et une quantité d’azotate de potasse cristallisé et pur, dont le poids sera double de celui de la matière sur laquelle on opère. On chauffe graduellement jusqu’à 80 ou 90° c. , en ayant soin d’agiter de temps en temps; lorsque la masse est épaissie, on la remue souvent et eu tous sens avec une cuillère en bois, afin de mêler intimement l’azotate de potasse avec la matière organique ; et depuis ce moment, jusqu’à ce que la dessiccation soit complète , on ne cesse d’agiter le mélange. Alors on soumet celui-ci à la déflagration ; à cet effet, on chauffe au ronge obscur un creuset de Hesse neuf, et on y ajoute par pincées le mélange organosalin jusqu’à épuisement de la matière; si, dès la première pincée toutefois, le produit de la déflagration, au lieu d’être. blanc, grisâtre, jaunâtre ou verdâtre, était charbonneux, ce qui n’est pas probable si l’on a opéré comme il vient d’être dit, ce serait une preuve que la proportion d’azotate de potasse n’aurait pas été assez forte pour incinérer toute la matière animale ; il faudrait alors y remédier en ajoutant au mélange une proportion de sel comburant capable de produire un résidu salin tel que je l’ai prescrit. Lorsque toute la masse a subi la déflagration et qu’elle est fondue dans le creuset , on la coule promptement dans une capsule de porcelaine, sèche et -bien propre, que l’on a préalablement chauffée au rouge , afin d’éviter qu’elle ne soit cassée par le contact du liquide très chaud qu’elle est destinée à recevoir; il est même convenable , pour ne pas s’exposer à perdre de la matière dans le cas où cette capsule serait cassée, de placer celle-ci dans une autre capsule également chauffée. Au même moment on verse un peu d’eau distillée dans le creuset pour dissoudre la petite quantité de matière qui pourrait être restée adhérente à ses parois; il faudra même quelquefois, pour détacher la totalité de cette matière, chauffer le creuset avec l’eau qu’il renferme, et même ajouter un peu d’acide sulfurique pur : ou versera celte dissolution dans la capsule qui cou-

tient le produit de l’incinération. On décompose ensuite la masse saline par de l’acide sulfurique concentré et pur, que l’on emploie par petites parties et jusqu'à ce qu’il n'y ait plus d’effervescence ; alors on fait bouillir pendant un quart d’heure, une demi-heure ou une heure, suivant la proportion de matière sur laquelle on agit, afin de chasser la totalité des acides azoteux et azotique. Il résulte d’un grand nombre d’expériences qu’en agissant sur 10Ü grammes de foie et 200 grammes d’azotate de potasse, la proportion d’acide sulfurique concentré la plus convenable pour saturer la potasse est de 86 grammes. Pour faciliter le dégagement des dernières portions de ces acides azoteux et azotique, on ajoute avec précaution, lorsque la masse est épaissie, AO ou 50 graphes d’eau distillée, et on fait bouillir pendant huit à dix minutes. Il est indispensable de chasser entièrement ces acides, pour ne point enrayer d’une part le dégagement du gaz hydrogène, et éviter de l’autre des explosions, lorsque la liqueur sera introduite dans l’appareil; pour cela, il faut faire bouillir jusqu’il ce qu’il ne se dégage plus d’odeur nitrique ou nitreuse. Alors on dissout dans l’eau distillée le produit de l’évaporation saline ; on ne tarde pas à obtenir des cristaux de sulfate de potasse ; on met le tout sur un filtre, et on lave ce sulfate à laide d’un peu d’eau distillée. La liqueur filtrée contient de l’acide arsénique , si la matière sur laquelle on opère était arsenicale; il suffit d’introduire cette liqueur dans un appareil de .Marsh préalablement essayé et ne donnant point d’arsenic , pour obtenir presqu’à l’instant même des taches arsenicales , brunes , brillantes , privées de toute matière organique et de soufre, et parfaitement pures.

Si par hasard la liqueur qui doit être introduite dans l’appareil de Marsh était trop acide, ce qui n’arrivera pas lorsqu’on aura employé les matériaux dans les proportions indiquées plus haut, et que l’on aura fait bouillir le sulfate de potasse jusqu’à ce qu’il ne se dégage que peu de vapeurs d’acide sulfurique, il faudrait saturer par la potasse à l’alcool solide la majeure partie de l’acide sulfurique en excès , et laisser déposer le sulfate de potasse formé , avant d’introduire la liqueur dans l’appareil.

Si, au lieu d’agir sur une matière solide, on a affaire à un liquide suspect sur lequel l’alcool et le gaz suif hydrique auraient été sans action (voy. p. 399), on mêlerait ce liquide avec de l’azotate de potasse solide et pur, on évaporerait le mélange jusqu’à siccité, puis on procéderait comme il vient d’être dit à l’occasion des matières solides.

Modification proposée par M . Chevallier. — Dans le but d’éviter l’emploi d’une grande quantité d’azotate de potasse, de rendre plus

/UU| ftks POISONS IR1UTANTS.

intime le mélange de ce sel avec la matière organique, M. Chevallier a proposé de dissoudre à chaud la matière solide dans de la potasse à 1 alcool dissoute dans l’eau, de saturer l’alcali par l’acide azotique pur, de laisser déposer une certaine quantité de matière animale de filtrer' d’évaporer la liqueur jusqu’à siccité , et d’incinérer le pi^oduit dans un creuset de Hesse, comme j’ai conseillé de le faire ( Rapport sur

affane Chamblas , par MM. Chevallier, Ollivier d’Angers et Orfila, avril 1841). MM. Fordos et Gélis, qui ont adopté et décrit le procédé ainsi modifié dans le numéro de décembre 1841 du Journal de Pharmacie , s expriment ainsi : « On dissout à chaud , dans une capsule de porcelaine , la matière animale dans la potasse caustique ■pure. Pour les muscles, le foie, les poumons, et les matières animales de consistance analogue, la quantité de potasse à employer varie entre 10 et 15 pour cent. 11 en faut moins pour le sang, et en général il en faut d’autant plus que la substance animale contient une plus gi ande quantité de matières solides. Lorsque la masse est dissoute , on sature l'alcali à froid par l’acide azotique étendu d’eau et pur. Cette addition d’acide détermine la séparation d’une forte proportion de matière animale. On filtre. Le sel arsenical passe dans les liqueurs. On évapore le liquide à une douce chaleur, et on obtient ainsi un résidu d’un blanc jaunâtre, qui se détache facilement de la capsule, et qu on incinère en le projetant par de trèspetites portions dans un creuset de Hesse, un peu grand, modérément chauffé , et qui n’a jamais servi ; 1 incinération se fait tranquillement et sans projection hors du ci euset. Il ne reste plus qu’à faire bouillir le résidu salin avec l’acide sulfurique pour chasser les dernières traces d’acide azotique. Dans le cas où 1 on aurait à traiter des matières animales difficilement solubles dans la potasse caustique, ce qui déterminerait l’emploi d’une forte proportion de ce réactif, il y aurait avantage à saturer l’alcali pai un mélange d acide azotique et d’acide chlorhydrique. La quantité d’azotate de potasse produite serait moindre , et le chlorure de potassium formé faciliterait l’incinération en empêchant la déflagration. »

J ai voulu savoir jusqu’à quel point cette modification était avantageuse , et après avoir comparé le procédé de ces chimistes à celui que je pratique, je ne balance pas à dire qu’i/ est urgent de renoncer à ta modification qu’ils ont proposée .

, Expérience i '. J’ai empoisonné un chien avec 15 centigrammes d acide arsénieux dissous dans 150 grammes d'eau ; j’ai lié l’oesophage, immédiatement après la mort, j’ai séparé Je foie ; j’ai traité 100 grammes de cet organe par 200 grammes d’azotate de potasse d’après ma méthode,

DE d'acide AhSÉiNlPXW M'*

et 100 autres grammes d’après le procédé de M. Chevallier; pour cela, i’ii fait dissoudre les 100 grammes de foie dans 18 grammes de potasse à Alcool i’ai versé dans la dissolution 27 grammes d’acide azotique , tant pour saturer l’alcali que pour précipiter la portion de la matière organique qu’il est possible de séparer par ce moyen , et j’ai vu , après avon évaporé la liqueur jusqu’à siccilé et avoir incinéré le produit dans un .creuset, qu’en traitant ce produit, qui était d’un blanc jaunâtre, pat 13 grammes d’acide sulfurique pur, il ne se dégageait point de gaz bioxyde d’azote , ou qu’il s’en dégageait à peine , et que la liqueur, mise dans un appareil de Marsh , ne donnait qu’un petit nombre de taches arsenicales peu intenses et pour la plupart jaunâtres. D’un autre côté , je me suis assuré que le poids de la matière organique , précipitée par l’acide azotique, ne s’élevait , quand elle était encore humide , qu à 25 grammes, ce qui prouve que cet acide n’avait précipité que le quart de la matière du foie. Au contraire, les 100 grammes de foie . traités par 200 grammes d’azotate de potasse, incinérés comme je 1 ai dit à la page fi02 , et décomposés par 86 grammes d’acide sulfurique concentré et pur, ont fourni une grande quantité de taches arsenicales, larges , brunes et brillantes.

Expérience iic. — J’ai dissous dans 28 grammes de potasse a 1 alcool et de l’eau distillée IftO grammes du foie d’un chien empoisonné comme le précédent; j’ai versé dans la liqueur 32 grammes d’acide azotique, et j’ai filtré pour séparer la matière organique qui s’était précipitée , et dont le poids ne s’élevait qu’à 21 grammes, après avoir été desséchée à 100*.

La liqueur filtrée a été partagée en deux parties égales : l une d’elles , évaporée jusqu’à siccilé , incinérée et traitée par 9 grammes d’acide sulfurique , comme il vient d’être dit , donnait à peine quelques taches jaunâtres et brillantes; l’autre moitié de la liqueur a été mélangée avec 115 grammes d’azotate de potasse cristallisé et pur, et on l’a fait évaporer jusqu’à siccilé pour l’incinérer. Le produit salin , décomposé par 60 grammes d’acide sulfurique concentré et pur, a fourni une quantité innombrable de taches arsenicales, larges, brunes et brillantes.

Expérience iiic. — J’ai empoisonné un chien avec 15 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 100 grammes d’eau ; à peine l’animal était-il mort que je l’ai ouvert. Le foie pesait 2à0 grammes; j’en ai pris 80 grammes, c’est-à-dire le tiers, que j’ai trituré avec 160 grammes d’azotate de potasse solide, et traité, comme je l’ai dit à la page Zi02, par 69 grammes d’acide sulfurique concentré : j’ai obtenu un nombre considérable de taches arsenicales , larges, brunes et brillantes. Les deux autres tiers du foie, du poids de 160 grammes, ont été dissous à chaud dans 32 grammes de potasse à l’alcool et de l’eau distillée ; le solution, saturé par M grammes d’acide azotique concentré préalablement étendu d’eau, a laissé précipiter Z|2 grammes d’une matière brunâtre et molle. La liqueur liltréc a été partagée en deux parties égales A et B. La portion A, évaporée jusqu’à siccilé et incinérée dans un creuset de liesse, a laissé des cendres , qui ont été convenablement décomposées par l’acide

nKS POISONS IRRITANTS.

dismi.îp1"! C?'rCentl-d ’ CC,S < Cndres’ ainsi dé«>mposécs , traitées par l’eau , ont fourni un liquide incolore que j’ai séparé du sulfate de potasse qui s était formé. Ce liquide, introduit dans un appareil de Marsh n a donné que quatre petites lâches jaunes , composées de sulfure d’arsen.c Jm alors ajouté au liquide B 131 grammes d’azotate de potasse cnstal Use et pur, et j’ai fait évaporer le mélangcf jusqu’à siccité • le prodm, incinéré et traité par l’acide sulfurique, n‘a fourni que/roJpt Wes taches jaunes et Imitantes. J’ai voulu savoir si la matière ani-

îavée ? aVa,t 1 fddpi,ée par raci(lR azo,i(Iue5 c> <l°i n’avait pas été

ims , 1 g"T“) ’ COntCnait de ra,fienic’ I10lir cela je l’ai chauffée ans une capsule de porcelaine avec 8/t grammes d’azotate de potasse

pur et cristallisé et de l’eau distillée. Lorsque la masse a été desséchée je 1 ai incinérée dans un creuset de liesse ; la cendre , décomposée par l’acide sulfurique concentré, a fourni une liqueur, de laquelle j’ai extrait un assez grand nombre de taches arsenicales brunes et brillantes; tou- :e,0ls la Proportion d’arsenic obtenu avec celte matière était un peu moins orte que celle que j’avais retirée du tiers du foie mêlé directement avec l azotate de potasse.

U tésulle de ces faits que le procédé modifié par M. Chevallier est de beaucoup inférieur à celui que j’ai conseillé de suivre. Évidemment 1 azotate de potasse ne se trouve pas en quantité suffisante pour brûler rapidement toute la matière organique, lorsqu’on opère par celte méthode; en sorte qu’une portion de l’acide arsenical est réduite par le charbon de cette matière et transformée en arsenic métallique qui se volatilise. D’ailleurs, il n’y a pas un grand avantage à précipiter la liqueur par l’acide azotique, puisque dans aucun cas cet acide ne séparé guère que le quart de la matière organique contenue dans la dissolution alcaline. .1 ajouterai, contre le procédé que je combats, qu’il y a des inconvénients, dans des recherches médico-légales relatives a 1 arsenic, à multiplier le nombre des agens que l’on emploie , et qu ici 1 on fait usage de potasse et d’acide azotique , tandis que dans mon procédé je n’ai recours qu’à l’azotate de potasse.

Décomposition pur l’acide sulfurique. — J’ai fait voir, eu 1839, que 1 acide azotique chauffé avec des matières organiques finit par les chai bonner, et que si ces matières renfermaient de l’arsenic , de l’antimoine, du cuivre, etc., on retrouve ces métaux dans le charbon à 1® p,n de^ expérience, soit à l’état d’oxyde, soit à l’état d’acide, cl cela d autant plus facilement que la matière organique a été plus complètement détruite. 11 était aisé de prévoir que l’acide sulfurique jouirait de cette même propriété, puisqu’on sait depuis un temps immémorial qu’il charbonne les matières organiques. M. Barssc proposa , à la Société de Pharmacie de Paris, le h novembre 18él),

DE L’ACIDE ÀÎISLMEUX. ./l0

,, i . « Pt icide plulùl que l’acide azoli(|ue, parce qu’il était uu

ntï iblé toyx mois'oprtoseuleoicn.. alM- Wandîn et Ranger

ÏÏSÎi qu-il U préférable d'aeoir recour, 1-

Sue. Voie, comment s'es. exprimé,; » f'^StSorédé commission de l'Académie royale de médecine . - Q ™ 1

, ,1e carbonisation par l'acide sulfurique, nous le e^don . io»; toutefois il ne doit point Cire préféré au prix « I®

• lion au moyen du nitrate de potasse, tel due nous at 0 „ d'après M. Orfda : sous le rapport de la netlcU , de a «»

„ de Ynspect milalliqu, d» ?<*»-., oe dernier »!\ l’autre » L’Institut, au contraire, avait donné la i procédé de MM. «andin et Danger. 11 suffira de liçelo Mémoire ^pnbl é par MM. Fordos et Gélis, postérieurement ans y g

cette ([uestion, pour être convaincu que la commission de Acad me ,1e médecine avait raison contre l'Institut eu pré étant 1 cm, al ton par l'azotate de potasse à la carbon, sauon par lac de snlfur je ■ résulte même des expériences de ces chmmtes due 1 on s exposerai a commettre des erreurs graves en opérant comme pi opose MM. Fia, ulin et Danger. (Journal c/e Pharmacie Voici des faits qui ne laissent aucun doute a cet égard. Dansla carbo nisation par l’acide sulfurique , on obtient un charbon quelon traite par l’eau régale; ce charbon, quoi qu’on fasse, retient obstinément de l'acide sulfureux , et il faut une chaleur assez forte pour le scpai i complètement. Quand on le traite par l’eau , on dissout 1 acide su reux, en sorte que la liqueur que l’on introduit dans 1 appareil de Marsh renferme de cet acide : or, il suffit d’une trace d acide su ureux dans cet appareil pour qu’il soit décomposé par le gaz hydrogéné et pour qu’il se forme du gaz acide suif hydrique. La présence de ce dernier gaz au milieu d’un liquide arsenical olïre le double inconvénient de fournir de l’arsenic mélangé de soufre , et ce qui est encore plus grave, de s’opposer à la manifestation de ce métal lorsque la préparation arsenicale n’existe qu’en petite proportion; en effet, 1 acide suif hydrique transforme le composé arsenical en sulfure d arsenic jaune indécomposable dans l’appareil de Marsh ; ainsi il peut arriver, en suivant le procédé de MM. Flandiu et Danger, que l’on ne retire jias d’arsenic en mettant dans l’appareil de Marsh uu liquide gai ce . pendant en contenait. Or, comme la méthode d’incinération que j ai proposée’ (voyez page ù02) ne présente aucun de ces inconvénients, qu’elle fournit facilement de l’arsenic métallique parfaitement pur et autant qu’il est possible d’en obtenir, il n’y a pas a balancer : le pi océdé de MM. Flandin et Danger doit être proscrit. Telle est la conclusion adoptée par MM. l’ordos et Gélis, qui recommandent aussi de recourir

l()S Ms POISON'S IRRITANTS.

ssssjras: - * *

r “T “ * *■"*• •* “«re animale ausprae dans la p„ « à T"°; de ' “0,a" dc Cha“ «»« I» d»ux, et à incinérer le mlC’e ' dcÇ<jmpaser c,isi"ie la cendre par l’acide chlorhydrique '> Dans ce procédé d inc, aération , qui n’est qu’une imitation de celui que j a\ais lait connaître , emploi dc l’acide chlorhydrique peut donner heu a des erreurs telles , qu’il ne viendra dans' l’esprit do peTsc Z d y avoir recours après avoir lu les observations que j’ai consignées rlansje numéro d avril 1842 des Annal,, d’Hygün, « d, Médecin,

Voici ces observations :

■V D;i13as.quier a prouvé quc r°n trouve dans Je commerce des acides chlorhydriques contenant de l’arsenic ; que ces mêmes acides' pmifies par le procédé généralement employé dans les laboratoires’ tonnent un aede chlorhydrique égallm„, „,,r„,7èrr; que la qû“l titcd arsenic contenu dans ces acides est très notable : 1 kilogramme d acide purifie par la distillation a fourni une proportion de sulfure jaune d arsenic qui représentait près de 1 gramme d’acide arsénieux; que arsenic se trouve dans l’acide chlorhydrique à l’état de chlorure ce qui explique sa volatilisation si facile, et sa présence dans le même acidepun/îe par distillation; que l’emploi d’un acide chlorhvdriqnc arsénifère peut offrir de graves inconvénients dans les recherches e unuques, à moins qu’il n’ait été purifié. ( Journal de pharmacie décembre 1841.)

M. Devergie dira sans doute qu’il a prévu la difficulté, et qu’on peut lire à la page 454 du tome IIIe de sa Médecine légale : « qu’il » s est assuré que, lorsqu’on dissolvait de l’acide arsénieux dans de ” 1 acide chlorhydrique dans la proportion de 5 centigrammes sur » 500 grammes d’acide, on obtenait tout l’acide arsénieux dans les » premières portions distillées, en sorte qu’il suffisait d’une seule » distillation, en ayant soin de rejeter les premiers produits pourob- ” teu‘r 1 a“de Pur- 8 Malheureusement pour le système que défend M. Devergie , le fait qu’il annonce n’est pas exact. J’ai dissous 1 centigramme d acide arsénieux dans 1110 grammes d’acide chlorhydrique ( u comme i ce , non arsenical , et j’ai distillé à une douce chaleur ; les l.j premiers grammes de liquide recueillis dans le récipient donnaient, avec I acide sulfhydrique dissous dans l’eau, un précipité abondant de sulfure jaune d’arsenic; les 15 grammes qui étaient passés en second lieu précipitaient encore notablement; les 15 grammes

DE L'ACIDE ARSÉNIEUX. /|0fl

obtenus en troisième lieu jaunissaient immédiatement par le reactif, et laissaient déposer, au bout de quelques heures, un peu de sulfui iaune Enfin, les 1 5 grammes recueillis après les derniers dont je ' îens île parler ne jaunissaient plus, même lorsqu’on les faisait traverser par un courant de gaz sulfhydrique. Mais en introduisant dans un appareil de Marsh les quarante grammes qui restaient dans la cornue, on obtenait des taches arsenicales faciles à caractériser. Dans une autre expérience faite avec 100 grammes du même acide chlorhydrique et 10 centigrammes d’acide arsénieux, le produit, distille et ti actionné, traité par l’acide sulfhydrique, a constamment fourni de 1 acide arsénieux; à la vérité, les 10 derniers grammes jaunissaient à peine par le réactif. Il résulte de ces faits que M. Devergie s est trompé , et qu’il y aurait des inconvénients graves à considérer, comme n’étant pas arsenical , de l’acide chlorhydrique distillé c api es le procédé qu’il a conseillé.

Rien n’est aisé, au contraire, comme d’obtenir de 1 acide sulfurique exempt d'arsenic , en purifiant l’acide arsenical du commerce par le procédé suivant : Faire passer un courant de gaz acide sulfhydrique à travers l’acide sulfurique concentré ; quand la liqueur ne précipitera plus par ce gaz, la filtrer à travers de l’amiante et faiic bouillir la liqueur filtrée pendant quelques minutes pour chasser et l’excès d’acide sulfhydrique et la minime proportion de préparation arsenicale qu’il pourrait , à la rigueur, avoir retenue; l acide sulfurique n’entrant en ébullition qu’à la température de 326°, on conçoit qu’il ne conserve pas à cette température l’atome du composé arsenical volatil dont je parle : aussi ne donne-t-il aucune tache dans l’appareil de Marsh , après avoir été ainsi purifié.

T On sait par les expériences de MM. Girarcliu cl Iléring (vov. Journal de Pharmacie , mars 1836 et 1839) que l’acide chlorhydri- .que du commerce contient presque toujours de l’acide sulfureux , et quelquefois des quantités considérables; on sait aussi que le même acide distillé renferme tout autant d’acide sulfureux qu’avant d avoir été soumis à la distillation. (Fordos et GÉUS, Journal de Pharmacie , décembre 18é 1.) Il arrivera donc, en metlautdes masses énormes d’acide chlorhydrique distillé dans l’appareil de Marsh , d’après la méthode de M. Devergie, que l’on pourra introduire dans cet appareil des quantités considérables d’acide sulfureux. Or, cet acide sera promptement décomposé par l’hydrogène naissant, et il y aura production de gaz acide sulfhydrique, comme on peut s’en assurer en faisant arriver le gaz dans unjolutum d’acétate de plomb ; ce gaz précipitera à l’état de sulfure jaune la petite portion d’acide arsénieux qui pourrait se trouver dans la matière suspecte , et comme le sulfure

DÉS ruiSONS IRRITANTS.

d’arsoiiic n’est point décomposé dans l’appareil de .Marsh, il arrivera <pi on n obliendi a ni taches arsenicales ni un anneau arsenical, quoique la matière suspecte contint de l’acide arsénieux ou de l’acide arscnique. (Fordos et G élis, Mém. cité.) El alors même que l’on recueillerait des taches, celles-ci seront souventjinwncs opaques ou brillantes et formées de soufre ou d’arsenic , suivant les proportions d’acide arsénieux contenu dans l’appareil. Avec deux /jointes d’une dissolution concentrée d’acide arsénieux, je n’ai jamais pu obtenir que des taches de sulfure jaune d’arsenic quand je mettais de l’acide sulfureux dans 1 appareil, et j’en recueillais beaucoup moins que lorsque je n Ajoutais point de cet acide. Il suffirait d’un pareü fait pour proscrire à jamais le procédé que je combats.

On répondra sans doute qu’en admettant qu’il soit aussi difficile que je le dis de débarrasser l’acide chlorhydrique de la préparation aisenicale volatile ou de 1 acide sulfureux qu’il peut renfermer, on en sera quitte pour essayer d’avance l’acide dont on veut faire usage et pour nfe pas employer celui qui serait impur. J’avoue que cet expédient lève toutes les difficultés, si l’on est assez bien placé pour pouvoir choisir paimi plusieurs échantillons d acide chlorhydrique; mais le plus ordinaii ement les experts ne se trouveront pas dans des conditions aussi favorables; éloignés des grandes villes, ils se verront forcés d’agir avec les acides qu ils auront a leur disposition , et si ces acides sont impre- 0nés d un compose arsenical ou d acide sulfureux, ils s’exposeront à commettre des erreurs graves. D’ailleurs, n’y aurait-il pas témérité à peisisler dans 1 emploi d’un acide qui n’offre aucun avantage réel sur 1 acide sulfurique, lorsqu on sait, a ne pas en douter, qu’il est souvent altéré et toujours si difficile à purifier?

3° Quand «n alimente un appareil de Marsh par l’acide chlorhydiique, on est souvent obligé d’ajouter de cet acide, parce que son action sur le zinc s épuise v ite : c’est encore un inconvénient qui se rattache à la méthode prônée par M. Devergic.

M-M. Fau et Jiergès , experts habiles de Foix, furent chargés, en 1840, d une expertise médico-légale. Ils conclurent à l’existence de 1 arsenic dans les matières suspectes, après avoir fait usage d’acide chlorhydrique; bientôt après, soupçonnant que l’acide par eux employé pouvait être arsenical, ils s’assurèrent par des expériences réitérées que, en effet, certains échantillons d’acide chlorhydrique, provenant de la même fabrique où l’on avait pris l’acide dont ils s’étaient servis, contenaient de l’arsenic. Us n’hésitèrent pas un instant à déclarer au procureur du roi qu’ils ne pouvaient plus affirmer, comme ils l’avaient fait auparavant, que l’arsenic recueilli par eux provînt d’un empoisonnement, et ils demandèrent à faire de nouvelles re-

M l’acide arsé'nieex. /l11

cherches. Le cadavre fut exhumé et soumis aux procédés que j’ai fait comnîD-o et l’on ne tarda pas à obtenir de l’arsenic métallique Convaincu de l' existence de l’empoisonnement, le jury prononça la culpabilité de l'accusé. Si M. Devergic répond que MM. Fau et Beiges auraient du, avant d’entreprendre leurs expériences, cons “ ^ ‘ pureté de l’acide chlorhydrique qu’ils voulaient employer, je i épétmi ce une j’ai dit. Quelle nécessité y a-t-il, lorsque le procédé que vous conseillez n’est pas plus sensible que certains autres , d avoir recoin s à un agent qui est souvent arsénifére et dont 1 emploi peut etie suivi d’inconvénients d’une autre nature que je vais signaler ?

5» En août 1841, MM. Dcvcrgie, Ollivier d’Angers et moi, nous fûmes chargés de rechercher s’il existait de l’arsenic dans certaines matières suspectes. Un tiers de* ces matières fut traite par 1 azotate de potasse , un autre tiers par l’acide sulfurique concentré , et le dernier tiers par le procédé de fil. Dcvcrgie que je combats. On n obtint aucune tache arsenicale ni de traces d’anneau métallique avec les liquides fournis par l’azotate de potasse et par l’acide sulfurique concentre. On recueillit au contraire un assez bon nombre de taches brunes , brillantes et d’apparence arsenicale, avec le tiers de la matière traitée parle procédé de M. Devergic. Le lendemain, mon confrère me di sait : Les taches se sont envolées; et en effet, il n’y avait plus sur l’assiette , à la place qu’avaient occupée ces prétendues taches ai scnicales, qu’une substance blanche opaque. Je dis aussitôt a M. Devergic : C’est tout simple : votre appareil de Marsh est alimente par l’acide chlorhydrique; la liqueur que vous introduisez dans cet appareil est riche en acide chlorhydrique , il se forme beaucoup de chlorure de zinc que l’hydrogène entraîne avec lui malgré la présence de l'amiante dans le tube; ce chlorure est ensuite décomposé par l'hydrogène, et vos taches n’étaient autre chose que du zinc métallique; depuis hier ce métal s’est oxydé, et nous trouvons aujourd'hui de l’oxyde de zinc opaque ; les taches ne se sont pas envolées. Ce fait n’a pas besoin de commentaire; il signale une nouvelle cause d’erreur ou du moins de perturbation qui ne vient pas a 1 appui des prétentions de M. Devergic.

Procédé de M. Pellenkofer. — M. l’ettenkofer a proposé de faire bouillir pendant une ou deux heures 350 grammes de chair, d un viscère , etc. , avec 8 grammes de potasse caustique pure et de 1 eau distillée ; lorsque la majeure partie de la matière organique est dissoute , il sépare le liquide du résidu en passant à travers un linge , cl quand le liquide est froid , il ajoute de l’acide chlorhydrique jusqu à ce qu’il ne se forme plus de précipité ; alors il (litre à travers un papier non collé , et fait évaporer la liqueur pour la concentrer un peu ;

/tl2 tos POISONS IRRITANTS.

Clam cet état, il la précipite par un excès de tannin , afin d’enlever la majeure partie de la matière organique, et il filtre de nouveau: cette liqueur, concentrée jusqu’à ce qu’elle soit réduite à un très petit vo- Inme (i50 grammes par exemple ) , est introduite dans un appareil de Mai sh , on obtient bientôt de l’arsenic métallique , et le mélange ne mousse pas ou mousse à peine. Pour reconnaître que c’est bien de 1 arsenic qui s’est condensé dans le tube, M. Pettcnkofer chauffe la portion de ce tube où se trouve l’anneau métallique , en même temps T il fait arriver un courant de gaz acide sulfbydrique ; il se forme de suite du sulfure jaune d’arsenic. ( Sidjere und einfadje méthode dus Arsemk , brocli. m-18, année 1842, ou Répertoire de pharmacie de

Buchner, t. xvi% p. 289.)

J’ai voulu savoir quels pourraient être les avantages de ce pro-

Celle,

Expérience i". — J’ai administré 15 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 120 grammes d’eau à un chien, et j’ai lié l’œsophage. Le foie, séparé immédiatement après la mort, pesait 220 grammes et a été tiaité par de 1 eau distillée bouillante et 5 grammes 5 décigrammes de potasse à l’alcool. Après vingt-cinq minutes d’ébullition, j’ai passé la liqueur à travers un linge, et j’ai pu m’apercevoir qu’il restait sur ce linge 112 grammes de matière solide, A. La liqueur, de couleur noirâtre, a été précipitée par un excès d’acide chlorhydrique pur; le dépôt était d une couleur grise loncée. J’ai filtré de nouveau : le liquide , d’une couleui bistie claii , et par conséquent beaucoup moins coloré que le précédent , a été décomposé par un excès de tannin dissous dans l’eau , ce qui m a fourni un dépôt gris clair peu abondant et une liqueur jaune que j’ai filtrée et qui a été évaporée à une douce chaleur jusqu’à ce qu’elle fût îéduite a 150 grammes. Alors je l’ai introduite dans un appareil de Marsh préalablement essayé , que j’ai fait fonctionner à l’aide de l’acide sulfurique pur ; j ai recueilli aussitôt cinq belles taches arsenicales brunes cl bi filantes , et la liqueur n’a point moussé. Immédiatement après, j’ai obtenu de nombreuses taches jaunes , larges et brillantes, en tout semblables a celles qui sont formées de sulfure d’arsenic. J’ai voulu savoir si par hasard le soufre qui altérait ces nombreuses taches ne proviendrait pas de l’acide sulfureux que pourrait contenir, soit l’acide chlorhydrique, soit l’acide sulfurique que j’avais employé. J’ai fait passer à travers un solulum d’acétate de plomb le gaz hydrogène dégagé par l’action de cet acide chlorhydrique sur du zinc, et il ne s’est point déposé la moindre t) ace de sulfure de plomb. D’un autre côté , j’ai essayé l’acide sulfurique en le faisant agir sur du zinc dans un appareil de Marsh dans lequel j’avais introduit préalablement une goutte d’acide arsénieux dissous; les taches arsenicales obtenues étaient brunes et brillantes sans la moindre apparence de teinte jaune. Voyant que la coloration jaune des taches recueillies dans l’expérience faite avec Je foie ne dépendait pas des acides

DK l’acide ARSÉNIEUX. 1 3

1 > , «'étais servi i’ai versé clans ce dernier appareil de Marsh , qui

fournissait de belles taches brunes, plusieurs grammesdu même solutum île tannin , avec lequel j’avais précipité la matière organique, et arsenic ntinné \ se dégager avec sa belle couleur brune.

3 La matière solide A , après avoir été parfaitement lavée , a élc intimement mélangée avec le double de son poids d’azotate de potasse e incinérée dans un creuset de liesse qui n’avait jamais servi :1a cendre irai par l’acide sulfurique a fourni un liquide que j’ai introduit dans un app reil de Marsh préalablement essayé, et qui a donné un nombie consul i-able de larges et belles taches arsenicales brunes et brillantes.

Expérience h*. - J’ai fait bouillir pendant deux heures, dans une capsule de porcelaine, avec de l’eau distillée et 5 grammes de potasse i l’alcool le foie d’un chien qui venait de succomber après avon pus 15 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 100 grammes d’eau : ce viscère pesait 197 grammes ; la liqueur, noirâtre et épaisse , a été passée ê travers un linge ; la matière solide restant sur le linge, et que je désignerai par A , après avoir été parfaitement lavée sur un filtre , pesait 34 grammes lorsqu’elle était encore humide ; d’où il suit que l’eau alcaline avait dissous 16o grammes du viscère soumis ;’i l’expérience. Celte liqueur alcaline, très annualisée, n’a filtré qu’avec beaucoup de difficulté ; dès qu’elle a été refroidie , je l’ai saturée par de l’acide chlorhydrique pur, qui y a fait naître un précipité gris assez abondant, et j’ai ajouté un excès de cet acide (en tout 25 grammes). Le lendemain , j’ai filtré de nouveau la liqueur, qui conservait toujours sa couleur noire, et je 1 ai précipitée par un solutum de tannin pur ; le mélange était tellement visqueux et épais , qu’il était impossible de le filtrer ; alors je l’ai fait cliaufler dans une capsule de porcelaine avec un léger excès de dissolution de tannin; ils’csl aussitôt dépos’é au fond de la capsule un précipité assez abondant , B ; dès ce moment , la liqueur a filtré facilement : elle était de couleur jaune. Quant au dépôt B, il était comme glutineux, très adhérent à la capsule et semblable par sa couleur et son aspect à la matière résineuse verte de la bile. J’ai fait évaporer à une douce chaleur la dissolution filtrée, jusqu’à ce qu’elle fût réduite à 150 grammes environ; puis je l’ai introduite dans un appareil de Marsh préalablement essayé, que j’ai fait fonctionner avec de l’acide chlorhydrique ne contenant ni de l’acide sulfureux ni de l’acide arsénieux. 11 s’est aussitôt précipité une énorme proportion de matière animale d’un blanc jaunâtre qui a enveloppé le zinc, et l’a empêché d’agir sur la liqueur, en sorte qu’il se dégageait a peine du gaz hydrogène ; d’un autre côté , il s’est formé une quantité de mousse telle, qu’il a fallu de suite vider le flacon ; alors j’ai séparé la liqueur du zinc et de la mousse, et après l’avoir filtrée, je l’ai précipitée par un léger excès d’acide chlorhydrique pur ; j’ai dû employer à cet eflet cent soixante grammes de cet acide. Dès que le dépôt a été ramassé , j'ai filtré de nouveau la liqueur, et je l’ai introduite dans un appareil de Marsh ; je n’ai pas tardé à obtenir des taches arsenicales larges et brunes ; immédiatement après, j’ai recueilli de nombreuses ladies, brunes au

li Ul DES poisons irritants.

centre et jaunes ü la circonférence; enfin huit on dix minutes après, les lâches que je condensais sur la porcelaine étaient presque entièrement jaunes ei brillantes; celles qui se produisaient en dernier lieu étaient complètement jauni*.

La matière A restée sur le linge et le dépôt glutineux II, incinérés avec azotate de potasse, après avoir été parfaitement lavés et traités séoarément d’après ma méthode, n’ont fourni dans deux appareils de Marsh que quatre ou cinq petites taches jaunes insignifiantes.

Il résulte des faits qui précèdent , 1“ qu’en traitant un organe empoisonné par la proportion de potasse indiquée par AI. Pettenkofer on ne dissout pas, ni à beaucoup près, tout l’arsenic qu’il renferme si 1 on ne fait bouillir la liqueur que pendant vingt-cinq minutes , tandis qu’au contraire on enlève la totalité de l’arsenic à l’organe s'i on prolonge l’ébullition pendant deux heures; dans ce dernier cas , la matière organique indissoute est au moins trois fois moindre que dans l’autre cas si l’on agit sur un foie ;

2° Qu’il est facile de séparer de la dissolution , à l’aide de l’acide chloi b j d tique et du tannin, la majeure partie de la matière organique qu elle renferme, quand l’organe n’a bouilli que pendant vingt-cinq minutes, et qu alors la liqueur ne mousse pas ou mousse à peine dans 1 appareil de Alarsh ; mais qu’il faut des doses énormes d’acide chlorhydrique et de tannin pour atteindre le même but si l’ébullition a été continuée pendant deux heures, et que si l’on n’a pas employé une suffisante quantité de ces agents, la liqueur mousse à un tel point qu’elle s’échappe promptement de l’appareil de Alarsh ;

3" Que dans l’un et l’autre cas on obtient une proportion considérable de taches arsenicales qui en premier lieu sont brunes , tandis que celles que l’on recueille peu après sont jaunes et brillantes comme celles qui sont formées de sulfure d’arsenic , sans que l’on puisse attribuer cet effet à l’impureté des acides chlorhydrique ou sulfurique, ni au tannin, qui ont été employés. L’inconvénient que je signale dépend, je n’en doute pas, de la réaction qui s’est opérée entre 1 acide chlorhydrique , le tannin et la matière organique pendant l’évaporation de la liqueur ;

4“ Que ce seul motif devrait suffire pour ne pas donner la préférence au procédé de AI. Pettenkofer sur celui que j’ai adopté, puisque dans celui-ci bn recueille au moins autant d’arsenic, et que les taches, au lieu d’être jaunes, sont brunes et brillantes ;

5° Qu alors même que le procédé du chimiste allemand fournirait de 1 arsenic brun et brillant, il ne devrait pas être adopté, parce qu'il ne saurait être mis à exécution d’une manière avantageuse sans employer des quantités considérables d’acide chlorhydrique, et qu’il y a

db l’acide arsénieux. M5

' '«ms ..Apio h faire usage de cet acide, comme je 1 ai dé-

toiT'Sauan. le mocédé -le M. Deverglc (voy. p. M8). montré en cornb 1 Je me bornerai h dire deux

détruire la matière organique, mais qui u atteignaient , pas ce u .

/■ se par exemple, conseillait de dissoudre la matière suspecte dans hase, par exen i , détruire la substance organique au

la Potasse a 1 «de chaleur^ de d parle carbonatC

rnmnosé d’arsématc de cnau.x , m» » i-“ -

séché et calciné avec de l’acide borique vitrifié pour en sépare 1 arsenic métallique. 11 est aisé de voir que, par ce procédé fort compliqué, on ne parvenait jamais à détruire la totalité de la matière organique Roloff traitait d’abord la matière suspecte par 1 acide azotique, puis mr h notasse- il précipitait ensuite la dissolution par 1 acide sulfhy- 1 o loin i« le précipité de sulfure d'arsenic pour on reurer tel métalliuue. Le procédé ,1c Fischer diiïérau > peme de celui de «.» •' seulement, au lieu de calciner tout l'arséniate de > £.«, « auteur voulait que l’on en soumît une portion a 1 action delà pile

taïetue pour en séparer l’arsenic métallique^

Moyen indicé par M. (MU. - M. le docteur Gianelb de Lucques, mettant à profit les résultats de mes expériences sui l ab sorption de l’arsenic, et son transport dans le sang, dans .

organes et dans l’urine, a imaginé de faire avaler a des moineaux e à des oiseaux de nid ( passiri di nido ) , tantôt des grumeaux sang, tantôt des fragments de poumons, ou de 1 urine de lapins, e chiens ou de chevaux empoisonnés par des préparations arsenicales , antimoniales, cuivreuses, mercurielles, opiacées, strycbnées, etc et il a tiré de ses essais les conséquences suivantes. (Processi vetbalt di alcuni ' sperimenti istituiti sopra varii animait coll aculo ar-

senioso , 1841. ) . .

1- Le sang, les poumons et l’urine des animaux empoisonnes par

"l'acide arsénieux tuent les moineaux auxquels on les fait avaler . 2” Le sang est vénéneux pour ces animaux , soit qu il ait etc tiré

de la veine pendant la vie des lapins ou des chiens , soit qui ait etc recueilli après la mort et même après une inhumation de plusieurs jours, que les lapins et les chiens aient vécu plus ou moins de temps, que l’acide arsénieux leur eût été administré solide ou dissous dans l’eau à forte ou à petite dose, et quelles que fussent les conditions

qui peuvent faciliter son absorption.

3" Toutefois , si la dose d’acide arsénieux est faible , ou que tes chiens et les lapins se trouvent dans des conditions peu favorables a

l’absorption, la mort des moineaux n’arrive que lentement, et meut meme n avoir pas lieu quelquefois. *

4° Le cerveau et la moelle épinière des animaux empoisonnés par 1 acide arsénieux ne sont pas vénéneux pour les moineaux.

5° Le sang des animaux empoisonnés avec d’autres substances vé néneuses que l’acide arsénieux, avec celles dont se servent les criminels, n’exerce aucune action délétère sur les moineaux

6° Lc sanS des chiens et des lapins n’est pas vénéneux pour les moineaux, quand l’acide arsénieux a été introduit dans l’estomac de ces chiens et de ces lapins après leur mort.

M. Gianelli conclut de tous ces faits que l’on peut, en faisant avaler 'a des moineaux du sang d’une personne que l’on soupçonne être morte empoisonnée par l’acide arsénieux, acquérir presque la certitude de l’empoisonnement avant de recourir aux essais chimiques , qu’il considère avec raison comme le seul moyen de mettre l’existence de l’empoisonnement hors de doute. Il pense aussi que l’on peut, à l’aide du moyen qu’il propose , décider si l’acide arsénieux que l’on retire du canal digestif a été introduit avant ou après la mort.

Voici les faits sur lesquels l’auteur se fonde pour établir les conclusions que je viens de faire connaître.

Expérience i". — Acide arsénieux dissous datis Veau. — Un lapin , empoisonné avec 60 centigrammes d’acide arsénieux, fut saigné vingt et une minutes après l’empoisonnement. Quelques grumeaux de sang administrés à un moineau déterminèrent la mort de celui-ci au bout de trois heures.

Le sang d’un lapin non empoisonné fut pris impunément par un moineau de môme force que le précédent.

Expérience iic. — Soixante-dix centigrammes du môme poison furent pris par un lapin, que l’on saigna cinq minutes après. Quelques grumeaux de sang donnés à deux moineaux déterminèrent l’empoisonnement : l’un de ces animaux mourut au bout de trois heures quàrante-neuf minutes; l autre se rétablit. Quelques gouttes d’urine du même lapin tuèrent un oiseau au bout de dix heures et demie.

Les moineaux auxquels on fit avaler du sang et de l’urine de lapins non empoisonnés ne furent pas incommodés.

Expérience me. — On administra à un lapin 1 gramme d’acide arsénieux, et on le saigna trois minutes après. Trois moineaux qui avalèrent du sang de cet animal périrent, tandis que trois autres se rétablirent, après avoir éprouvé quelques symptômes d’empoisonnement. Une chouette fut également tuée par ce sang. Il en fut de même de deux moineaux qui avaient avalé de l’urine du même lapin. Le cerveau et la moelle épinière de cet animal n’occasionnèrent aucun accident chez une civette.

de l’acide arsénieux. M7

Expérience iv*. — Un lapin mourut une minute après avoir pris 60 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 30 grammes d’eau. Du sang de cet animal fut donné à quatre moineaux; trois périrent, et le quatrième n’éprouva aucun accident.

Expérience v'. — Un autre lapin prit 5 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 8 grammes d’eau distillée , et mourut au bout d’une heure et demie. Le sang de cet animal donné à huit moineaux ne produisit aucun effet sur trois d’entre eux; les cinq autres périrent, l’un au bout de dix-neuf heures, un autre après vingt-huit heures, deux au bout de trente et une heures; enfin le dernier après deux jours.

Expérience vic. — Un chien fut empoisonné avec 1 gramme 30 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 60 grammes d’eau. Quatre moineaux, auxquels on donna du sang de cet animal, périrent en trois, quatre ou cinq heures ; il en fut de même d’une chouette et d’un geai. Une autre chouette succomba pour avoir avalé du poumon du même animal. Par contre, .deux moineaux furent empoisonnés, mais non tués par le sang du même chien.

Expérience vu*. — On administra à un chien h grammes d’acide arsénieux dissous dans 60 grammes d’eau ; l’animal mourut vingt et une minutes après. On donna à huit moineaux du sang extrait de la veine pendant la vie; six d’entre eux moururent; les deux autres n’éprouvèrent aucun accident. Cinq autres moineaux prirent du sang contenu dans le cœur. Trois d’entre eux succombèrent; les deux autres ne furent point incommodés. Deux poussins qui avaient avalé un mélange de ces deux sangs moururent.

Expérience viii*. — Acide arsénieux solide. — Un lapin mourut en trois minutes pour avoir pris 2 grammes 60 centigrammes d’acide arsénieux en poudre. Du sang de cet animal donné à quatre moineaux les tua promptement.

Expérience ixc. — Un chien mourut quatre heures et un quart après avoir pris Zi grammes d’acide drsénieux en poudre. Le sang extrait du cœur et des gros vaisseaux de cet animal tue six moineaux, tandis qu'il ne produit aucun accident chez deux autres. Deux poussins périssent pour avoir pris de ce liquide.

Expérience x*. — Un cheval, empoisonné avec 12 grammes d’acide arsénieux donné sous forme de bol, meurt au bout de huit heures. Cinq moineaux périssent après avoir avalé du sang de cet animal. Deux autres ne sont pas incommodés, et sur six poussins qui en prennent, unseul meurt.

Expérience xi'. — Un autre cheval, empoisonné de même, succombe au bout de trente et une heures. Trois moineaux meurent pour avoir pris du sang de cet animal; trois autres n‘ éprouvent aucun accident. Sur deux poussins qui en prirent, un seul mourut.

Expérience xii'.— Un lapin succomba en quatre minutes pour avoir pris 1 gramme 30 centigrammes d’acide arsénieux pulvérisé. 11 fut enterré dans une boîte de sapin. Douze jours après, on exhuma cette boîte , et on administra du sang de ce lapin à deux moineaux qui moururent.

Du sang de lapin enterré pendant dix jours et donné à cinq moineaux ne développa aucun accident.

Expérience xiiic. — On tua un lapin , et immédiatement après on introduisit dans son estomac 60 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 30 grammes d’eau. Sept heures et demie après , on fit avaler du sang de cet animal à sept moineaux qui n’en furent pas incommodés’.

Expérience xivc. — Sublimé corrosif. — Un lapin fut empoisonné avec 50 centigrammes de ce corps dissous dans l’eau. L’animal mourut après dix minutes. Trois moineaux et une chouette qui prirent du sang de ce lapin n’éprouvèrent aucun accident.

Expérience xvc. — Un chien fut tué en sept minutes pour avoir pris 2 grammes de sublimé dissous dans l’eau. On donna à dix moineaux et à un poussin , sans effet sensible , du sang tiré de la veine pendant la vie ou retiré du cœur après la mort.

Expérience xvi . Vert— de-gris. Un lapin mourut sept minutes

après avoir avalé 60 centigrammes de vert-de-gris suspendu dans l’eau. Trois moineaux et une chouette prirent impunément du sang de cet animal.

Expérience xviic. — Tartre stibic. — Trente centigrammes de ce sel dissous dans l’eau et administrés à un lapin déterminèrent la mort au bout de trois quarts d’heure. Du sang de cet animal donné à cinq moineaux et à une chouette ne produisit aucun effet sensible.

Expérience xviii0. — Un petit chien prit , à onze heures cinquante-cinq minutes du matin, 2 grammes 60 centigrammes de ce sel dissous, et mourut dans la nuit. On l’avait saigné. Du sang de cette saignée donné à trois moineaux et ù deu xpoussins ne produisit aucun effet. Quatre moineaux et deux autres poussins prirent impunément aussi du sang extrait du cœur après la mort.

Expérience xix'. — Sous-acctate de plomb. — Un lapin mourut onze minutes après avoir .avalé 30 gouttes d’extrait de saturne. Le sang de cet animal, donné à quatre moineaux et à une chouette, n’occasionna aucun accident.

Expérience xx'. — Azotate d'argent. - On fit prendre à un lapin 30 centigrammes de ce sel dissous dans l’eau ; l’animal succomba au bout de vingt-cinq minutes. Quatre moineaux et une chouette n’éprouvèrent aucune incommodité pour avoir pris de son sang.

Expérience xxic. — Chlorure d’or. — Ou donna à un lapin 5 grammes 30 centigrammes de ce sel dissous. Après la mort, on administra du sang de l’animal à quatre moineaux qui n’en furent point incommodés.

Expérience xxii'. — Sulfate de zinc. — Un lapin mourut trois heures trente-sept minutes après avoir pris h grammes de ce sel dissous dans l’eau. Le sang de cet animal donné à quatre moineaux ne produisit aucun effet.

Expérience xxiu'. — Sous-azotate de bismuth. — Six grammes 60 centigrammes de ce sel occasionnèrent la mort d’un lapin au bout de quatre jours. Le sang de cet animal administré à six moineaux ne les incommoda point.

PvnifniFNCE xxiv'. — Cantharides. — On saigna un chien empoisonné SCnt îeures auparavant avec des cantharides. Le sang de l’animal donné à neuf moineaux et à un poussin fut sans ellet.

Expérience xxv'.— Acétate de morphine. - On fit prendre en deux fois à un lapin 50 centigrammes d’acétate de morphine ; l’animal mourut vinEt-huit minutes après. Du sang administré à quatre moineaux Reproduisit aucun effet sur trois d’entre eux; le quatrième fut trouve mort le

lendemain. .

Expérience xxvt'.— Cinquante centigrammes du môme sel, administrés

en une seule fois à un lapin , déterminèrent la mort au bout de quarante minutes. Neuf moineaux avalèrent impunément du sang de cet animal.

Expérience xxvu'.— Un chien, empoisonné par trois doses successives de ce sel dissous dans l’eau , fut saigné au troisième jour de la maladie. Le sang dç ce chien, donné à huit moineaux et à un poussin, ne produisit aucun effet.

Expérience xxvm'. - Strychnine. - Un lapin mourut une heure huit minutes après avoir pris 10 centigrammes de strychnine suspendue dans l’eau. Quatre moineaux ne furent aucunement affectés par le sang de cet animal.

Alcool— Expérience xxix'. —On fit avaler à deux moineaux du sang d’un lapin tué par l’alcool; ces animaux ne furent point incommodés.

Eau de laurier-cerise. — Expérience xxx'. — Un lapin fut saigné quatre minutes après avoir été empoisonné par cette eau distillée ; trois moineaux auxquels on fit avaler du sang de cet animal n en îesscnliient aucun effet.

Tels sont les faits mis en avant par le docteur Gianelli. Voyons, avant d’exposer les résultats de mes expériences , s’ils sont de nature h motiver les conclusions que l’auteur a adoptées.

Deux points fondamentaux constituent la base de ce système : on admet d’une part que le sang cl certains organes des animaux'empoisonnés par l’acide arsénieux contiennent une assez grande quautité de ce poison pour tuer les petits oiseaux , même quand ils sont administrés à faible dose , tandis que les mêmes parties prises chez les animaux empoisonnés par les autres substances vénéneuses ne renferment pas de ces substances , ou du moins n’eu renferment pas assez pour faire périr les moineaux aux mêmes doses. Or, il est aisé de prouver que ces deux assertions , énoncées d’une manière aussi absolue , sont erronées.

Examinons d’abord la première. Sans aucun doute le sang cl quelques viscères d’un animal empoisonné, pris à une certaine époque de l’intoxication, peuvent contenir assez d’acide arsénieux pour faire périr des animaux aussi faibles; cela aura surtout lieu lorsque les chiens, les lapins , etc. , auront été soumis à l’action de fortes doses d’acide

des poisons irritants.

arsénieux et que l’absorption aura été abondante. Mais aussi combien de fois n’arriyera-t-il pas que le sang et les organes des animaux empoisonnés par l’acide arsénieux ne renfermeront que des atomes de ce poison incapables de tuer même les petits oiseaux , ou qu’ils n’en contiendront pas du tout? Ici cela tiendra à ce que la dose avec laquelle l’animal a été empoisonné était minime; là, à ce que le sang a été recueilli avant d’avoir reçu tout le poison qu’il doit charrier ; dans un autre cas, cela dépendra de ce que le sang se sera déjà dépouillé d’une grande partie de l’acide arsénieux qu’il avait absorbé et qu’il a laissé dans les organes. Quand on a cherché plusieurs fois l’acide arsénieux dans le sang des animaux empoisonnés, on est convaincu qu’on est loin de le trouver à toutes les époques de l’empoisonnement.

Il y a mieux , les expériences de M. Gianelli réfutent à elles seules e système qu’il veut faire prévaloir, en nous montrant des lapins, des chiens et des chevaux empoisonnés par des doses énormes d’acide arsénieux , dont le sang n’a pas occasionné le moindre accident quand il a été pris par des moineaux. Cinq de ces animaux ne sont pas morts en avalant du sang de lapins qui étaient sous l’influence de 60 , de 70 centigrammes et même de 1 gramme de ce poison dissous dans l’eau , doses vraiment énormes ; l’un d’eux n’éprouva même aucun accident (expériences 2e, 3e et h’) ; nous voyons dans l’expérience 5' trois moineaux n’être pas incommodés par du sang qui pourtant a tué cinq de ces animaux. Six de ces oiseaux avalent impunément du sang de chiens empoisonnés par des doses d’acide arsénieux dissous , douze fois au moins aussi fortes que celles qui sont nécessaires poulies tuer (expériences 6e et 7e). Deux moineaux ne ressentent aucun mauvais effet du sang d’un chien qui. avait avalé quatre grammes d’acide arsénieux en poudre. Enfin , le sang de deux chevaux empoisonnés par l’acide arsénieux solide n’a altéré aucunement la santé de onze petits animaux auxquels on en avait fait prendre (expér. 10e et 11e). Évidemment les 27 oiseaux dont je viens de parler, et qui n’ont pas été affectés par le sang des lapins , des chiens et des chevaux empoisonnés , ne sont pas dans des conditions propres à faire prévaloir le système de l’auteur. Voyez combien on serait loin de la vérité, si l’on admettait avec M. Gianelli que l’on peut , à l’aide du moyen qu’il propose , acquérir presque la certitude de l’empoisonnement avant de recourir aux essais chimiques ! Il y a d’ailleurs dans les faits rapportés par le médecin de Lucques quelque chose de plus singulier encore et d’inexplicable : constamment, lorsque des oiseaux n’ont pas été incommodés en avalant du sang qui provenait des animaux qui avaient pris de l’arsenic, d’autres oiseaux de la même espèce , en apparence moins forts , ont été tués par le même sang donné à pareille

DE L’ACIDE ARSENIEUX. /|2i

dose OueUe importance attacher dès lors à des essais aussi insignifiants? M Gianelli n’a pas môme cherché quelle pouvait être la cause de cette bizarrerie. J’admets bien avec lui que les chiens et les lapins peuvent se trouver quelquefois dans des conditions peu favorables à l’absorption , et je conçois qu’àlors le sang de ces animaux , très légèrement empoisonnés, ne tue pas les oiseaux; c’est ce que j ai dit plus haut. Mais il s’agit ici de lapins, de chiens et de chevaux véritablement empoisonnés et dont le sang tue plusieurs petits animaux , tandis qu’il n’est aucunement nuisible pour d’autres.

Si j’aborde maintenant le second point fondamental du système de M. Gianelli , il ne me sera pas difficile de prouver qu’il ne repose pas sur une base plus solide. Nous savons que le sublimé corrosif, le vertde-gris , le tartre stibié , les sels de plomb , d’argent , d’or, de zinc et de bismuth , l’acétate de morphine , la strychnine , etc. , sont absorbés et qu’ils se mêlent au sang; on sait aussi qu’il faut des doses excessivement minimes de plusieurs de ces poisons pour tuer des moineaux , et pourtant l’auteur du système cherche à établir que le saug des animaux empoisonnés par ces divers poisons ne fera jamais périr les petits oiseaux auxquels on en donnerait quelques grumeaux. Je serais d’accord avec lui s’il disait que quelques tins de ces poisons, doués d'une activité moindre que les autres, pourront se trouver en assez faible proportion dans le petit nombre des grumeaux de sang que l’on fait avaler aux moineaux pour ne pas les faire périr ; mais je ne saurais adopter le principe d’une manière absolue; et si l’on m’oppose les expériences nombreuses dans lesquelles le médecin de Lucques a toujours constaté l’innocuité du sang provenant d’animaux empoisonnés par ces substances vénéneuses , je répondrai d’abord qu un moineau a été tué pour avoir avalé du sang d’un lapin empoisonné par l’acétate de morphine (expérience 25e); quil est probable que l’on n’a pas donné autant de grumeaux sanguins aux oiseaux, dans ce cas , que lorsqu’on agissait avec le sang arsenical , et surtout que l’on n’a pas saisi , pour faire les essais, le moment où la substance toxique se trouvait en quantité notable dans le sang. Quand on sait combien il est difficile de démontrer dans ce fluide la présence des préparations mercurielles , cuivreuses et autres ; que la difficulté est portée^ à ce point, que dans mes expériences je n’ai jamais pu y déceler la présence du mercure , alors que je la constatais aisément dans le foie , dans la rate, dans l’urine, etc., on est forcé d’admettre que si l’on ne découvre pas ces poisons dans le sang, c’est qu’ils n’y restent pas long-temps, et que je les ai toujours cherchés quand ils n’y étaient plus. Mais évidemment ils s’y sont trouvés à une certaine époque de l'empoisonnement , puisque c’est lui qui les a portés dans les viscères

où on les découvre , et l’on voudrait nous persuader qu’à cette époque le sang ne serait pas doué de qualités assez malfaisantes pour tuer de petits animaux dont il est si aisé de détruire la vie?

Quoique ces considérations suffisent et au-delà pour faire apprécier à sa juste valeur le système du docteur Gianelli, j’ai été curieux de von- par moi-même et de répéter quelques unes des expériences consignées dans le mémoire de ce médecin. Voici ce que j’ai observé :

Plusieurs moineaux , auxquels j’avais fait prendre dans l’espace de deux ou trois heures de 25 à 30 gouttes de sang d’un chien récemment tué avec 15 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 100 grammes d’eau n ont éprouvé aucun accident pendant trente ou quarante heures, et mangeaient avec avidité la pâtée qu’on leur donnait; puis tout-à-coup plusieurs d’entre eux sont morts, tandis que les autres ont continué à se bien porter.

Quaüe oiseaux de nid soumis à la même expérience ont également succombé trente-six ou quarante heures après avoir avalé du sang et sans avoii paru affectés pendant tout ce temps par l’ingestion du liquide empoisonné. Il en a été de même de plusieurs autres oiseaux de nid, à peu près de même force , qui n’avaient pourtant pas pris du sang empoisonné, mais qui n avaient pas été mieux nourris que les quatre qui avaient péri. Il y a mieux : deux de ces oiseaux sont morts quatre heures avant un de ceux auxquels on avait donné du sang arsenical.

Pauni les moineaux auxquels j’ai fait avaler des parcelles du poumon du chien empoisonné , il en est qui sont morts au bout de vingt-quatre à tiente-six heures , après avoir paru se bien porter pendant tout ce temps; d’autres n’ont pas été incommodés.

Enfin j ai fait prendre à quatre oiseaux de nid du sang provenant d’un chien que j avais empoisonné la veille avec 8 grammes de noixvomique ; deux de ces animaux étaient morts au bout de dix-huit heures , et les deux autres au bout de trente-deux heures ; pourtant il y avait dans les cages qui renfermaient ces oiseaux de la pâtée et de l’eau.

11 résulte de ce qui précède que le système du docteur Gianelli ne repose sur aucune base solide, et qu’il serait dangereux de l’appliquer aux recherches médico-légales relatives à l’arsenic , dans un moment surtout où les procédés propres à famé découvrir des quantités infiniment petites de ce toxique ont atteint un si haut degré de perfection.

Acide arsénieux en poudre fine appliqué à la surface du canal digestif. — On examinera attentivement à l’œil nu ou avec une loupe tyute la surface interne du canal digestif, afin de ramasser les petits

Dlî L’ACIDÛ ARSÉAlELiX. ^

grains d'acide arsénieux que l’on pourrait apercevoir; si Ton découvre quelques uns de ces grains on les traitera comme d a ét •i h nage 376 , afin de s’assurer qu’ils sont formes par 1 acide a nieuï. Mais il faut savoir que dans certaines circonstances la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins est tapissée d une mul .tnde de points brillants, composés de graisse et d’albunnne ; ; ces grains, mis sur les charbons ardents, décrément en se desséchât, et font entendre un bruit que l’on qualifierait mal a propos de donation , comme je l’ai entendu dire ; ils s’enflamment comme les cor gras, s’ils contiennent une proportion notable de graisse etiePande

une odeur de suif et de matière animale brûlée. Ces globules gi a seux et albumineux peuvent se trouver sur des cadavres d mdiudus qui n’ont pas été empoisonnés, et l’on ne saurait trop apporter d attention à les distinguer de l’acide arsénieux. Le meilleur moyen d e viter l’erreur consiste à traiter par l’eau toutes les parties granuleuses, et h -mettre la dissolution en contact avec l’acide sulfhydrique ou a

l’introduire dans un appareil de Marsh.

Supposons que l’expert n’ait pas aperçu la moindre trace de substance granuleuse à la surface interne du canal digestif , ce n es pas une raison pour que quelques atomes d’acide arsénieux finemen pulvérisé ne se trouvent dans ce canal , incorporés en quelque sorte avec la membrane muqueuse. Il faudra donc faire bouillir, dans une capsule de porcelaine très propre, pendant un quart d’heure environ , le canal digestif, coupé par petits morceaux , avec de l’eau distillée et quelques centigrammes de potasse à l’alcool, afin de dissoudre toutes les portions d’acide arsénieux pulvérulent qu’il aurait été impossible de séparer mécaniquement. Le solulum sera filtré , coagulé pai a cool et soumis à l’action de l’acide .sulfhydrique gazeux , comme il a été dit à la page 398. Si l’on n’obtient point de sulfure d’arsenic , on opérera sur les lambeaux du canal digestif préalablement soumis à l’ébullition pendant un quart d’heure (voy. page 426).

Acide arsénieux dans un cas où le sesqui-oxyde de fer aurait ete administre comme contre-poison. — Si l’individu sur lequel on opère avait pris du colcothar ou du sesqui-oxyde de fer hydraté, il faudiait apporter quelques modifications au procédé que je conseille de suivre ; en effet, j’ai démontré : 1° qu’il existe dans le commerce certains échantillons de ces oxydes qui contiennent une petite proportion d’arsenic ; 2° qu’en faisant bouillir ces oxydes pendant quatre heures avec de l’eau distillée , on ne dissout pas un atome de la préparation arsenicale qu’ils renferment ; 3° qu’il en est de même si l’on en fait bouillir 120 ou 150 grammes avec de l’eau distillée et 2 grammes de potasse à l’alcool; 4° qu’en faisant bouillir, au contraire, pendant une lieuie

c ' est A même s, l’on introduit directement quoique, gr»m«de “ «ytles dans un appareil de Marsh en activité ; 6- que ccSs „] aS

de fer préparés avec de la tournure de fer parfaite, nent déonéë&lUi'Ci

et de 1 acide sulfurique, donnent, parla cilcinatiou dèfcoKatdônt on retne de 1 arsenic à l’aide de l’appareil de Marsh surtout • préalablement fait bouillir ceux-ci avec de l'acide sulfurique -° 7° queues c tens peuvent avaler 120 à 150 grammesde eolcolhar a™, ical san et,e sensiblement incommodés, et que si on les tue vingt-quatre „„ srnun e heures après l’ingestion de l’oxyde, on ne découvre aucune tace d arsenic en carbonisant ensemble par l'acide azotique le foie rate, les rems , le cœur et les poumons de ces automtxT^

mtefois dé! r“mvS ian’ k fournissent quel-

q tefots des traces d arsenic à l’aide de l'appareil de Marsh. ( mJlHin

Academie loyale de médecine, année 1840.)

On conçoit d’après ce qui précède que si l’on avait obtenu de

aisemc en analysant les matières contenues dans le canal digestif d’un

draté1 il ,? U1 P™ ^ C°lcothar ou du sesqui-oxyde de fer hy-

core ni onvP ffirait P“S dedépouvrir Vsrse™ > et qu’il faudrait encoie piouver que cet arsenic ne provient pas du contre-poison ferru-

jjIIlCUX,

Pour cela si l’on opère sur la matière des vomissements, on la

7 ™ ’ y °!! Ia U'aite l,ar ralc001 <* P» l’acide sulfhydrique comme il a etc dit a la page 398. S’il se précipite du sulfure jaune d'arsenic i est évident que ce métal provient d’un composé arsenical vénéneux attendu que la proportion d’arsenic que pourrait renfermer Ici petite quantité d’oxyde de fer dissous dans la liqueur filtrée est trop minime pour être décelée à l’aide de l’acide sulfhydrique. ’

Si l’on n’a pas à sa disposition les matières des vomissements, et alors meme que l’on aurait pu opérer sur elles, on recueillera attentivement toutes les matières contenues dans le canal digestif; on lavera celui-ci, à plusieurs reprises avec de l’eau distillée froide, et apres avoir réuni les eaux de lavage aux autres matières, on mettra le tout sur un filtre; on lavera encore de la même manière la matière solide restant sur le filtre. Si le liquide filtré, après avoir été coagulé par 1 alcool et filtré de nouveau , donne par l’acide sulfhydrique un précipité de sulfure jaune d’arsenic , on peut être certain que l’arsenic ne provient pas de l’oxyde de fer. S’il ne précipite pas par cet agent, et que l’on en retire un peu d’arsenic à l’aide de l’appareil de

Marsh on n’affirmera pas que cet arsenic n’a pas été fourni par 1-oxyde’ ferrugineux , attendu que cette petite proportion d arsenic pourrait à la rigueur provenir de quelques parcelles d oxyde de fer que les sucs acides de l’estomac auraient attaqué. Afin de s éclairer davantage, on agira sur les matières restées sur le iiltie.

Pour cela, on fera bouillir ces matières pendant vingt ou vingt-cinq minutes avec de l’eau distillée , et on agira sur la dissolution comme il a été dit à la page 398. B. Si l’on retire de l’arsenic , il est évident qu’il ne provient pas de l’oxyde de fer administré comme contrepoison, car l’eau distillée bouillante ne dissout pas le sel arsenical que pourrait contenir l’oxyde de fer.

Si l’eau bouillante n’a point dissous d’arsenic, est-ce à diie poui cela qu’il n’y a pas eu ingestion d’acide arsénieux ? Non certes , car indépendamment de ce que cet acide aurait pu être entièrement rejeté par les vomissements ou par les selles , il est aisé de prévoir qu il aurait également pu se combiner avec l’oxyde de fer hydraté et donner naissance à de l’arsénite de fer insoluble dans 1 eau. Il impoitc donc de traiter 'a froid la masse que l’on aurait préalablement fait bouillir avec de l’eau, par 15 ou 20 grammes de -potasse à l’alcool dissoute dans l’eau. Cet alcali n’enlève pas un atome de l’arsenic naturellement contenu dans le sesqui-oxyde de fer, tandis qu il se combine avec l’acide arsénieux qui aurait été neutralisé par cet oxyde , pour peu gué cet acide se trouve en Quantité notable dans l ai sénile de fer. L’arsénite. de potasse dissous dans l’eau sera facile à reconnaître , a l’aide de l’appareil de Marsh , ou bien à l’aide du gaz acide sulfhydrique , après saturation de l’excès d’alcali.

Ces moyens suffiront dans la plupart des cas pour décider non seulement s’il existe de l’arsenic dans les matières du canal digestif, mais encore si le métal obtenu a été fourni par l’oxyde de fer ou par de l’acide arsénieux ingéré. Toutefois , comme il se pourrait que l’on n’eût pas séparé tout l’arsenic contenu dans ces matières, on les traitera par l’azotate de potasse ainsi qu’il a été dit à la page A01 , pour extraire la totalité de l’arsenic.

Dans tous les cas, l’expert devra, avant de conclure, examiner attentivement une portion du meme oxyde de fer qui aura été administré au malade, afin de s’assurer s'il est ou non arsenical. Il suffira pour cela d’en faire bouillir 10, 20, 30 ou AO grammes avec de l’acide sulfurique et d’introduire la liqueur sulfurique dans l’appareil de Marsh.

Au reste , j’ai fait sentir ailleurs la nécessité de ne plus faire usage de sesqui-oxyde de fer hydraté arsenical , et tout porte à croire que

dorénavant les pharmaciens ne débiteront ce médicament qu’après avon prive de 1 arsenic qu’il pourrait contenir (vov. p. 367).

Acide arsénieux transformé en sulfure dans le canal digestif par acide sulfhydrique qui peut se développer dans ce canal ou qui aurait été introduit dans l’estomac.- Si l’estomac ne contient que des matières alimentaires liquides, on les ramassera et on laissera déposer toutes les parties jaunes insolubles dans l’eau ; on les fera sécher sur un nitre et on déterminera par les moyens indiqués il la page 378 si elles sont foimées par du sulfure d’arsenic.

Si l’on trouve dans l’estomac des matières solides mêlées avec quelques particules jaunes , ressemblant au sulfure d’arsenic, on traitera ces matières à froid par l’eau ammoniacale, composée d’une partie cl ammoniaque et de cinquante parties d’eau. Après avoir agité ce mélange pendant dix ou douze minutes environ , on filtrera la liqueur, dont on précipitera ensuite à l’aide de l’acide azotique le sulfure d’arsenic quel ammoniaque avait dissous, et qu’il sera aisé de reconnaître (voyez p. 378). Le liquide précipité par l’acide azotique , ainsi que es matières lestées sur le filtre, seront à leur tour examinés pour savoii s ils ne retiennent pas encore de l’acide arsénieux qui n’aulait pas été transformé en sulfure; il suffira pour cela de suivre la marche tracée aux pages 396 et 401.

Acide arsénieux absorbé et se trouvant dans le sang , dans le résidu de l’ébullition du canal digestif, dans le foie, la rate, les reins, les poumons , etc.— Il est inutile de faire bouillir ces matières avec de 1 eau distillée pour avoir un solutum que l’on chercherait ensuite à précipiter par l’acide sulfhydrique; en effet, alors même que on prolongerait l’ébullition pendant plusieurs heures , l’eau ne dissoudraitpas la totalité du poison arsenical, en sorte qu’il faudrait encore traiter par le nitre le résidu que l’on aurait fait bouillir. D’un autre côté, le dicoclum pourrait ne renfermer qu’une infiniment petite quantité d arsenic que l’acide sulfhydrique ne décèlerait qu’avec peine , même après l’avoir coagulé par l’alcool. Il vaut donc mieux tiaiter de suite le sang ou ces organes par le nitre , comme il a été dit à la page 401 et suivantes.

L arsenic obtenu dans cc^ cas ne provient évidemment pas de l’oxyde fcinigiueux qu’on aurait pu administrer au malade comme contrepoison , et que je supposerai pour un moment être arsenical ; en effet, il lésulte des expériences multipliées que j’ai tentées que l’on ne découvre pas un atome d’arsenic dans le foie , la rate et les reins , des animaux, même lorsqu’on leur a fait avaler 150 grammes d’un oxyde ferrugineux arsenical anhydre, et qu’on les lue au bout de vingt-quatre , quarante-huit ou soixante heures.

DE l’acide arsénieux. 427

Acide arsénieux dans un cas d’exhumation juridique. — 1° Le 8 mai 1826 , on a introduit dans un bocal à large ouverture qu on a

exnosé à l’air, un litre et demi d’eau tenant en dissolution 1 2 grammes

d àcide arsénieux et plusieurs portions de muscles, de cerveau et d un canal intestinal. Le 2 août de la même année près de cin,[ mm wès le mélange n 'exhalait aucune odeur désagréable ; la liqueur filtrée', traitée par l’acide sulfhydrique , par le sulfate de cuivre ammoniacal et par l’eau de chaux, se comportait comme une dissolution

aqueuse et pure d’acide arsénieux. ... . .

2“ Trente centigrammes d’acide arsénieux dissous dans 1 litie 1/2 d’eau furent placés , le 18 juillet 1826 , dans un bocal à large ouverture exposé à l’air, dans lequel on avait introduit environ le tiers d’un canal intestinal d’un adulte. Le 12 août suivant, le mélange exhalait à peine une odeur désagréable ; la liqueur filtrée ne jaunissait ni ne précipitait par l’acide sulfhydrique; le sulfate de cuivre ammoniacal ne lui faisait éprouver aucun changement; enl évaporant jusqu’à siccité, il se coagulait beaucoup de matière animale que 1 on enlevait à mesure; le produit de l’évaporation , traité par 1 eau distillée bouillante pendant trois ou quatre minutes , contenait de acide arsénieux, puisque la liqueur jaunissait par l’acide sulfhydrique , et que , par l’addition d’une goutte d’acide chlorhydrique , elle fournissait un précipité de sulfure jaune d’arsenic soluble dans l'ammoniaque. La couleur et le précipité jaune développés par l’acide sulfhydrique étaient beaucoup moins sensibles , lorsqu’au lieu d’agir comme il vient d’être dit , on versait ce réactif dans la liqueur chauffée simplement jusqu’à l’ébullition et filtrée, pour coaguler la matière animale. Le 5 mai 1827, c’est-à-dire neuf mois et demi après le commencement de l’expérience , le mélange exhalait une odeur assez fétide ; la liqueui filtrait difficilement , parce qu’elle tenait déjà une grande quantité de matière animale en dissolution ; elle ramenait rapidement au bleu la couleur du papier de tournesol rougi par un acide ; 1 acide sulfhydrique et le sulfate de cuivre ammoniacal ne lui faisaient subir aucune altération , tandis qu’ils y démontraient la présence de 1 acide arsénieux , lorsque après l’avoir évaporée jusqu’à siccité poui coagulei et séparer la matière organique, on traitait le produit de 1 évapoiation par l’eau distillée bouillante. '

3° La même expérience, répétée le 27 février 1827, a fourni des résultats semblables lorsqu’on a examiné la liqueur le 27 avril suivant.

l\° Le 8 novembre 1826 , on renferma dans une portion d’un gros intestin d’adulte du blanc d’œuf, de la viande , du pain , et 1 gramme 10 centigrammes d’acide arsénieux solide ; l’intestin fut placé dans une petite boîte de sapin qui , après avoir été parfaitement close , fut

enterrée » la profondeur do 70 centimètres, le « août 1827, c'ett-

i» i-«r œffïcw:

bout de quelques minutes on filtra et l’on mit ^ ™ ’

d’acide ai^ntux. SU“hy^’ que la liqueur renferiJtTetûcoup 5° Apres avoir saupoudré deux tranches épaisses de maigre de veau

• bout de six ans , il fit l’exhumation de ce petit cercueil t y fouva une sorte de terreau qui se délitait sous les doigts et qui

ieté sur deTrha ! “Z d’arSeDiC’ que 1 gramme 3 diagrammes J sur des charbons ardents empoisonnèrent de leur odeur alhacée

Zd^uXV^\T) grande dimension- {Journal de chimie

m'«m il”’, <r;0ût lW’ M- S*»o». pharmacien de Saintes, t - \ P ■ petltes boites CIU ü avait enterrées en 1 836 , à 50 cen-

a.?Dansei>qUI rient par C0DSéquent été inhumées pendant cinq • Dans 1 une de ces boîtes on avait mis des chairs et 1 gramme

visrrrmCS (, acide arsénieuxî on avait placé dans l’autre des

mnvinn C anTmiaUX e[ 1 gramme 30 centigrammes d ’arséniate d’am -

mouï l' Pen m“eflt des pluies °Iui ™nt dû si souvent ouiUei le terrain, celui-ci avait été inondé à tel point, que

M. baucon ne pouvait pas croire que l’on trouvât encore des traces

de préparations arsenicales. Il n’en fut pas ainsi , car nous retirâmes

,, c e H ls c une et de 1 autre de ces boîtes une proportion notable d arsenic métallique.

7° Déjà plusieurs fois les experts ont constaté long-temps après inhumation , soit dans le canal digestif, soit dans le foie , la rate, le cœur, etc., la présence de l’acide arsénieux qui avait été introduit dans 1 estomac , quoique la putréfaction eût parcouru toutes ses périodes et qu il y eût eu production d’une grande quantité d’ammoniaque.

Je me bornerai à citer les cadavres de Mercier, à Dijon; de Curnon a Pengueux; de Lafarge , à Tulle.

Il résulte de ces faits : A , qu’il est possible de retirer de l’arsenic métallique , même plusieurs années après l’inhumation , de cadavres appartenant à des individus morts empoisonnés par l’acide arsénieux , par mi arsé.mc ou par un arséniate ; H, que si l’acide arsénieux a été pus a état solide , il ne sera pas quelquefois impossible , même longtemps api ès 1 inhumation , d’apercevoir çà et là des grains qui , étant détachés avec la pointe d’un canif, présenteront tous les caractères de ce poison ; C , que dans la plupart des cas il n’en sera pourtant pas

DE L’ACIDE AÏISltalEUX. Ü2J

ainsi et qu’il faudra recourir à l'incinération des matières par l’ azotate de potasse (voy. pag. 401), parce qu’il ne suffirait pas de traiter ces madères par l’eau bouillante pour mettre hors de doute l’existence d’une préparation arsenicale trop intimement mélangée ou combinée avec le gras de cadavres ou avec les tissus putréfiés. Presque toujours en effet les décoctions aqueuses des organes ou des débris pourris , alors même que le composé arsenical a été en partie dissous, laissent après l’évaporation à siccité des produits noirâtres , gras , dans lesquels les réactifs ne décèleraient aucune trace d’une préparation arsenicale , qu’il serait impossible de mettre dans un appareil de Marsh sans développer des quantités de mousse effroyables, et qui 11e peuvent même pas être convenablement carbonisés par les acides forts.

Peut-il arriver que le cadavre d'un individu empoisonne par l’acide arsénieux abandonne le composé arsenical qu’il renfermait au moment de la mort, de manière à ne plus en retenir après une inhumation prolongée ? Yoici ce que nous avons dit à cet égard dans le tome U du Traité des exhumations juridiques, pag. 284: « ll'n’est pas douteux que l’acide arsénieux ne se transforme à la longue, et à » mesure qu’il se produit de l’ammoniaque, en arsénite d’ammoniaque » beaucoup plus soluble que l’acide arsénieux, en soi te qu il pouiiait „ se faire qu’au bout de quelques années 011 ne parvînt pas à démon- « trer la présence de l’acide arsénieux là où il aurait été facile de la » constater quelques mois après 1 inhumation , paicc que cet acide,

» auparavant solide et granuleux , une fois transformé en arsénite » d’ammoniaque , serait devenu soluble et aurait filtré dans la terre ,

» à travers les parois de la bière, ou se serait écoulé par les trous que » présente souvent la face inférieure de celte boîte lorsque la putré- » faction a fait de grands progrès. »

Cette citation résume exactement la solution du problème qui m’occupe ; il me paraît toutefois indispensable de la commenter et de préciser les diverses espèces qui peuvent se présenter. En disant qu’il pourrait se faire qu’au bout de quelques années 011 ne parvînt pas à trouver de l’arsenic dans un cadavre , lorsqu’il aurait été facile d’en constater la présence quelques mois après l'inhumation , je n’ai entendu parler que d’une préparation arsenicale solide qui aurait été introduite dans l’estomac ou dans le rectum dans le dessein de donner la mort. Il est dès lors évident que j’ai singulièrement restreint les cas où l’expert sera appelé à décider des questions de ce genre ; en effet , le poison restera dans le canal digestif, où il était au moment de la mort, tant que ce canal conservera son intégrité et sa mollesse; et alors même que par les progrès de la putréfaction l’estomac et les intestins se seront desséchés, en occupant un très petit volume, ils

continueront à présenter une cavité dans laquelle on retrouvera encore sinon la totalité , du moins une partie du poison, j’irai plus loin et ] admettrai que la décomposition putride ait été portée au point’ de réduire les tissus de l’estomac et des intestins, ainsi que ceux des autres viscères abdominaux , en une matière grise brunâtre ou d’un vert foncé sale, comme graisseuse et semblable au cambouis- même alors il serait encore possible de découvrir une certaine quantité d acide arsénieux qui aurait échappé à l’action de l’ammoniaque , ou qui , s étant combiné avec cet alcali , aurait formé un arsénite susceptible d êti e retenu par les tissus et par la matière grasse dont j’ai parlé.

On voit donc, par cette première espèce, combien seront rares les cas où le poison arsenical soluble aura été complètement dissous par les pluies et entraîné dans la terre.

En sera-t-il de même pour la portion d’acide arsénieux qui , ayant été absorbée , se trouve en très petite proportion dans chacun de nos organes? Ici , à défaut de faits, nous pouvons nous aider du raisonnement. Plus la quantité du poison arsenical est faible par rapport à la masse de l’organe qui le contient , plus U y a de chances pour qu’il reste dans cet organe , d’abord parce que les produits de la putréfaction pourront le retenir en formant avec lui des composés nouveaux peu solubles ou insolubles dans l’eau , et ensuite parce que les acides arsénieux et arsénique étant susceptibles de s’unir a la chaux, agiront peut-être à la longue sur une portion de celle qui existe dans nos organes, et se transformeront en arsénite ou en arséniate insolubles. Toujours est -il que l’on admettra sans peine que l'ammoniaque produite pendant la putréfaction, et qui pourrait rendre l’acide arsénieux assez soluble pour être facilement entraîné par les pluies , se combinera avec les acides gras qui se développent, dans ces circolistances , pour former du gras des cadavres, et qu’elle ne se portera pas de préférence sur ce poison , à moins que ce ne soit pour l’envelopper et le retenir à l’état insoluble. Je pense donc que, même pour la portion d’acide arsénieux absorbé, il doit être excessivement rare que les pluies l’entraînent en totalité. Mais admettons que l’on soit disposé à adopter une opinion contraire avant que l’expérience ait prononcé , du moins devra-t-on s’accorder sur ce point que l’on pourra retrouver ce poison toutes les fois que les membres et les viscères auront conservé leur intégrité, ou bien lorsque, après avoir été détruits en partie , il restera encore des portions de ces membres et de ces viscères formant un tout reconnaissable.

Supposons actuellement que , par les progrès de la putréfaction , les diverses parties du cadavre soient déjà dans un état de putrilage qui les rende méconnaissables , sans que toutefois le corps soit réduit

DE l'acide arsénieux. Mi

encore en un déirilus pulvérulent , et voyons ce que deviendrait l’acide arsénieux qui aurait abandonné les tissus pour se meler a la tene. Tout porte à croire, d’après les expériences que j ai tentées à ce sujet que cet acide et l’aisénite d’ammoniaque formé conserveraient long-temps leur solubilité dans un terrain qui ne contiendrait pas du sulfate de chaux , et ne se transformeraient par conséquent pas en arsénite de chaux insoluble; ils resteraient sans aucun doute mélangés ■\ h terre qui avoisine le cadavre tant qu’ils n’auraient pas ete entraînés un peu plus loin par l’action des pluies, action qui n’est pas à beaucoup près aussi efficace qu’on pourrait le croire au premier abord; d’où il suit que l’on serait grandement autorise à penser, si 1 on découvrait dans un terrain de cimetière un composé arsenical soluble dans l'eau froide, que ce composé provient d’un des cadavres du voisinage, à moins qu’il ne fût prouvé que cette partie du terrain avait été préalablement arrosée avec une dissolution d’acide arsénieux ou de toute autre préparation arsenicale, ou bien que l’on avait jeté h sa

surface une poudre arsenicale soluble.

Admettons au contraire le cas où un cadavre contenant de arsenic aura été réduit par les progrès de la putréfaction en un détritus qui s’est mélangé à la terre de manière à ce qu’il ne soit plus possible d’en reconnaître les débris à l’œil nu; n’est-il pas probable qu’alors encore ce mélange céderait à l’eau froide ou du moins à l eau bouillante, le composé arsenical qu’il pourrait renfermer ? Or, comme es terrains des cimetières ne se comportent jamais ainsi quand on les traite par l’eau , l’expert n’hésiterait pas, en pareil cas, h tirer de la présence de l’arsenic les mêmes inductions que celles dont U vient d’être fait mention a l’occasion des terrains dans lesquels il existerait un composé arsenical soluble dans l'eau froide.

Peut-il arriver que l’arsenic que l’on retire d’un cadavre inhumé depuis long-temps dans un cimetière dont le terrain serait arsenical, provienne de ce terrain plutôt que d’un empoisonnement? Je résoudrai cette question en répondant aux objections qui peuvent être faites au nouveau système médico-légal que j ai introduit dans la science (voy. objection 3®, p. Û39).

Acide arsénieux introduit dans le canal digestif après la mort.

Expérience i". — Un petit chien robuste a été pendu à dix lieuies du

matin. Cinq minutes après, ou introduisit dans le rectum à grammes d’acide arsénieux sous forme de poudre et de fragments. On 1 a ouvert le lendemain 5 midi, il y avait une altération cadavérique marquée dans les quatre travers de doigt qui sont immédiatement au-dessus de 1 anus, c’est-à-dire sur toutes les parties où le poison avait été appliqué , a membrane muqueuse était d’un rouge assez vif ; la portion correspon-

darne à l’endroit où la tunique séreuse se replie pour se porter sur la

d ' T “'h "»*• comme ,1,2

lî? * Pa‘ d“ S3ng VeinCUX extravasé : tontes les autres parues lésées étaient recouvertes d’acide arsénieux; les autres tuniques \>a-

raissaient dans l’état naturel, et il était impossible de découvrir la moindre a teration dans les portions d’intestin placées immédiatement au-dessus de celle sur laquelle la substance vénéneuse avait été appliquée en sorte qu il y avait une ligne de démarcation excessivement tranchée.

Expérience IIe. — A neuf heures du matin, on introduisit dans le rectum d un chien bien portant 2 grammes 60 centigrammes d’acide arsénieux sous forme de poudre et de fragments; six minutes après animal eut une selle solide peu abondante, dans laquelle se trouvaient presque tous les fragments du poison. Deux jours après, on recommença 1 expérience, avec cette différence que l’acide arsénieux était parfaitement pulvérisé. L’animal perdit l’appétit, tomba dans l’abattement et mourut dix jours après la première expérience. Le pourtour de l’anus était excorié, les téguments détachés, en sorte qu’il y avait une plaie assez étendue. La membrane 'muqueuse du rectum offrait dans les deux travers de doigt placés immédiatement au-dessus de l’anus , une couleur grise verdâtre intérieurement. La surface correspondante à la tunique musculeuse était rouge. Au-dessus de cette portion , cette membrane était d’un rouge vif dans l’étendue de 16 ou 18 centimètres, et la rougeur diminuait à mesure qu’on approchait des intestins grêles , en sorte qu’il n’y avait pas, comme dans l’expérience précédente, «ne liane de démarcation tranchée. Les tuniques musculeuse et séreuse du rectum offraient une couleur rouge dans les parties voisines de l’anus.

Expérience iii°. — Un chien de moyenne taille a été pendu ù midi ; le lendemain , à une heure de l’après-midi , ou a introduit dans le rectum h grammes d’acide arsénieux réduit en poudre fine, et on en a fait l’ouverture le jour suivant, vingt-cinq heures après l’introduction de la substance vénéneuse. La membrane muqueuse correspondante aux deux travers de doigt placés au-dessus de l’anus offrait deux taches rouges, comme des pièces de 1 franc , sur lesquelles était placé l’acide arsénieux! Les autres tuniques étaient dans l’état naturel ; le reste du canal digestif ne présentait aucune altération , en sorte qu’il y avait une ligne de démarcation excessivement tranchée entre les parties affectées et celles sur lesquelles le poison n’avait pas été appliqué.

Expérience ivc. — Cette expérience , répétée trois fois sut des cadavres humains , a offert des résultats analogues.

Conclusions. — Voyez p. l\1.

Objections faites au nouveau système de recherches médico-légales.

En proposant ce système je devais prévoir qu’il était assez important pour exciter la jalousie et l’envie de toutes les médiocrités qui cherchent à se faire un nom , au risque de se rendre ridicules. Les objec-

DK L’ACIDE ARSÉNIEUX. '*33

tions on apparence sérieuses (pii pouvaient être faites à ce système ont été présentées par moi, avant de laisser à qui que ce fût le temps de les formuler ; il me sera facile de démontrer, en les parcourant , que j’ai répondu à toutes de manière à satisfaire les esprits qui jugent sans prévention. Quant à celles (pie je n’avais pas prévues, on verra par ce que j’en dis à la page, m, si ce n’est pas leur faire beaucoup d’honneur que de les enregistrer dans cet ouvrage.

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