‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 52 sur 107 · OBJECTIONS QUE JE N’AVAIS POINT PRÉVUES · texte numérisé non relu

OBJECTIONS QUE JE N’AVAIS POINT PRÉVUES

J ai déjà dit que ces objections n’ont aucune portée , et il suffira presque de les faire connaître pour qu'elles se trouvent réfutées.

1 Suivant M. Couerbe, il se développe de l’arsenic dans les tissus mous qui se pourrissent. {Revue scientifique, numéro d'octobre 1 840. ) Ce fait est complètement faux, et il y a lieu de déplorer que M. Couerbe l’ait publié peu de temps après le jugement de Tulle,

1)E l’acide ausénieux. /l/|3

2 /, • ri« de boiseries peintes en vert , reculs que I on jette

aujumier que la terre dévore et s’assimile , et dont les infiltratioL pluviales sont dans le cas de porter ces sels à profond w*

„,us ou moins considérables, et dans les entrailles du cadavre le J.t„ hermciiaucment enseveli dans un cercueil en bois ; une seule parcelle du fumier des villes jeté sur la surface de la terre peut fournir aux eaux pluviales de quoi empoisonner apres coup d arsenic tout un cadavre. » Cette objection appartient a M. Raspa.l, et personne, je crois, ne cherchera à en revendiquer la pionté car elle est absurde. Je ne m’arrêterai pas à montrer ce qu il y a de ridiculement exagéré à prétendre qu’une seule parcelle de senical peut empoisonner tout un cadavre. En examinant 1 objection dans ce qu’elle pourrait présenter de spécieux, je ferai remarquer que les papiers verts, les boiseries peintes en vert que M. Raspail suppose pouvoir fournir de l’arsenic au sol, contiennent cet arsenic a l’état insoluble, même dans l’eau bouillante. Il y a plus : si, par suite d’une décomposition delà préparation arsenicale , l’arsenic pouvait être dissous par l’eau pluviale, il serait immédiatement arrête dans le sol par les combinaisons insolubles qu’il y contracterait. C est ainsi que lorsqu’on répand de l’acide arsénieux à la surface de la terre, en ensemençant avec du blé mélangé d’arsenic, il suffit de peu de iours pour qu’il soit devenu insoluble dans l’eau, et il faut alors a\ ou recours presque toujours à l’acide sulfurique bouillant pour le rendre soluble. Qui ne sait en outre combien les eaux pluviales éprouvent de difficulté à pénétrer à la profondeur de quelques centimètres dans les terrains les plus perméables? à plus forte raison lorsqu il faudra qu’elles s’infiltrent assez profondément pour arriver jusqu’à 1 mètre \ /2 ou 2 mètres au-dessous de la surface du sol. Il faudrait , comme l’a dit quelque part M. Raspail, un foret à l’akle duquel on pût faire pénétrer dans le cercueil la préparation arsenicale ! ! !

3» La proportion d’arsenic obtenue, soit des matières contenues dans le canal digestif, soit des organes qui en ont absorbé, est trop minime pour qu'on puisse conclure à un empoisonnement. — La question de quantité ne peut être soulevée que par des personnes complètement étrangères à l’étude de la toxicologie; en effet, s il s’agit des matières trouvées dans le canal digestif, la presque totalité ou même la totalité de l’arsenic ingéré a pu être expulsée par les vomissements et par les selles , en sorte que l’expert n’en découvrira plus du tout ou n’en décèlera que des atomes, quoique l'individu

soit mort empoisonné. S’il s’agit de l’arsenic absorbé, on sait à n’en pas douter que dès la première époque de l’empoisonnement la por- 11011 „absorb6e et l)orlée daus les viscères est incessamment expulsée par l urine, et peut-etre aussi par d’autres émonctoires, en sorte que telle personne empoisonnée dont les viscères auraientfourni une quantité notable d’arsenic, douze, vingt, trente ou soixante heures après I empoisonnement si elle ne succombe qu’au douzième ou au vingtième jour, n’en donnera plus un atome si on analyse ces mêmes viscères avec soin. J’ai rendu l’Académie de médecine témoin de quelques expériences qui ne laissent aucun doute à cet égard. Après avoir empoisonné plusieurs chiens en appliquant sur le tissu cellulaire de la cuisse 10 centigrammes d’acide arsénieux en poudre, fine , j’ai laissé périr les uns, tandis que j’ai guéri les autres; chez les premiers , dont la mort était arrivée vingt , trente ou quarante heures après l’empoisonnement, les viscères contenaient des quantités notables d’arsenic; ceux qui avaient été guéris à l’aide des diurétiques étaient tués dix ou douze jouis après 1 empoisonnement , et il était impossible de retirer de leurs viscères la moindre trace d'arsenic, en suivant exactement les mêmes procédés qui en avaient fourni chez ceux qui avaient succombé. Quelle grave erreur n’aurait-on pas commise si l’on avait conclu que les chiens guéris n’avaient pas été empoisonnés! ! J’ajouteiai, pour résumer mon opinion à cet égard, que puisque l’on ne retire pas d arsenic du corps de l’homme à moins qu’il n’y en ait eu d ingéré, si 1 on eu extrait, n’importe en quelle proportion, du cadavre d un individu qui aura éprouvé des symptômes d’empoisonnement et chez lequel on aura constaté quelques unes des lésions de tissu que l'on observe le plus ordinairement dans l’intoxication arsenicale, Yempoisonnement est certain, (Voyez, pour plus de détails, l’article EM- POISONNEMENT EN GÉNÉRAL, au tome II.)

lx° Les taches arsenicales ne sont pas formées par de l’arsenic revivifié, et il faut nécessairement obtenir un anneau arsenical pour conclure qu’il existe de l'arsenic. — Cette objection, présentée par M. Gerdy, prouve bien que cet académicien disait la vérité en proclamant qu’il est complètement étranger à la science dont il parlait. Qu’est-ce donc qu’une tache arsenicale, sinon de Y arsenic revivifié? On transforme à volonté un anneau arsenical en taches arsenicales, et réciproquement des taches arsenicales en un anneau arsenical ; la tache et l’anneau offrent les mêmes caractères chimiques; c’est donc sans raison que l’on a contesté l’identité. Mais , a-t-on dit , la commission de l’Institut a proscrit le système des taches. Cette assertion est complètement fausse. Dans son rapport, la commission a presque toujours formé sa conviction sur la présence de l’arsenic

DES ÂRSÉNITE9. M7

awi, ta Mb .«.MM *. « »»“ rapport ^ *

,lul[Hé si une lâche arsenicale Était autre chose que de 1 arsenic revt-

•ne

g» 0uant a aller rechercher, à l’aide de moyens très délicats, d'un emploi difficile, la présence de matières absorbées dans les üssus pomen déduire des conclusions qui s'appliqueraient a la médecine legale, ce genre d’investigation , où les hommes les plus habiles peuvent aisément s’abuser, offre le plus grave inconvénient et peut entraîner des erreurs funestes dans les décisions de la justice. (Magendie, Comptesrendus des séaucesde l’Institut, IA juin 18A1, pag. 1110.)

Je n’ai pas besoin de réfuter cette objection , parce que M. Magendie a lui-même rétracté son dire à la séance du 12 juillet suivant, lorsqu’il fut interpellé par M. Régnault sur le sens qu’il avait voulu donner à son assertion. Le savant rapporteur sentait bien que cette phrase ne tendait à lieu moins qu’à annuler le travail consciencieux de la commission. M. Magendie répondit dans cette séance : « Je me » hâte de le déclarer, si la phrase qu’on vient de rappeler pouvait » laisser entrevoir quelque opposition aux conclusions si sages du ..rapporteur de la commission, cette phrase n'aurait point rendu ,. exactement ma pensée. » L’assertion de M. Magendie était pourtant assez précise pour qu’on ne pût pas l’interpréter de deux manières. Quoi qu’il eii soit , après avoir essuyé cet échec , mon collègue ajouta quelques mots qui ne sont pas plus vrais que les piemiers.

« Aux chimistes habiles seuls , dit-il , appartient d’éclairer la justice .. dans les circonstances, heureusement bien rares, où il est nécessaire .. de rechercher un poison jusque dans la profondeur de nos orga- .. nés. » M. Magendie se trompe de la manière la plus étrange eu disant qu’il est bien rare que l’on soit obbge de rechercher un poison jusque dans la profondeur de nos organes. Les experts habituellement chargés de ces sortes d’opérations savent tout le contraire , et réduiront à sa juste valeur une assertion aussi dénuée de fondement.

SES ARSXNITES .

Les arsénites de potasse , dé soude et d’ammoniaque sont solubles dans l’eau et agissent à la manière des poisons violents ; celui de potasse mérite d’autant plus de fixer notre attention , qu’il fait partie de la décoction de Fowlcr, employée dans certains cas de fièvres intermittentes.

Arsénite de potasse. — Il est ordinairement à l’état liquide; lorsqu’on le dessèche et qu’on le met sur les charbons ardents, il se décompose , répand une fumée d’une odeur alliacée , et laisse pour

nr.s poisons irritants.

résidu (le la potasse plus ou moins carbonatée. Les sulfures solubles en précipitent du sulfure d’arsenic (voy. pag. 378); l’acide suif hyl dnque n en précipité du sulfure jaune d’arsenic qu’autanl qu’on ajoute une ou deux gouttes d’un autre acide : toutefois il peut le jaunir s il est concentré et employé en quantité suffisante. L’acide cblorhv dnque y fait naître un précipité blanc d’acide arsénieux et il se forme du chlorure de potassium soluble : ce précipité se dissout facilement dans un excès d’eau ; d’où l’on doit conclure qu’il faut, pour 1 obtenir, que la dissolution soit concentrée.

Le chlorure de platine précipite cette dissolution en jaune serin tandis que 1 acide arsénieux n’éprouve aucun changement de la part de cette dissolution métallique.

Pour obtenir l’arsenic métallique des arsénites, il suffit d’en introduire une faible proportion dans l’appareil de Marsh modifié (voy. pag. 382 ) , ou de les évaporer jusqu’à siccité et de mêler le résidu avec du charbon pour calciner le mélange dans un petit tube de verre; l’arsenic métallique séparé par le charbon se sublime et vient se condenser sur les parois du tube.

, Teinlure minérale de Fowler. - Cette teinture est composée d’acide arsénieux combiné avec de la potasse, d’eau distillée et d’une petite quantité d’esprit de lavande composé , ou d’alcool de mélisse. Elle est liquide , d’un blanc légèrement laiteux et d’une odeur aromatique; elle verdit le sirop de violette; l’acide sulfhydrique et les sulfures agissent sur elle comme sur l’arsénite de potasse. L’acide clüoi hydrique ne la trouble point ou la trouble à peine , ce qui dépend de la grande quantité d’eau qu’elle renferme. Son action sur l’économie animale est la même que celle de l’acide arsénieux.

Observation. — Le 3 mai 1823 , le docteur Gendria fut appelé à onze heures (lu matin pour donner des soins à un homme âgé de trente-deux ans, d’une forte complexion, qu’il trouva couché à moitié' habillé sur le bord d’un lit, au bas duquel était répandue une matière liquide blanchâtre, écumeuse. Le malade était sans connaissance ; les lèvres étaient tirées en dehors, enlr’ouvertes et couvertes d’écume; les dents serrées, les yeux fixes, rouges et ouverts, les membres roides et tendus, le ventre dur et très rétracté , la respiration saccadée, très bruyante, le pouls dur et irrégulier. Une voisine, entrée depuis quelques instants aux cris d’un enfant, qui ayant vu le malade se débattre s’était effrayé, avait trouvé ce deinici sur le pavé, couché dans la matière qui y était répandue et qu’il avait vomie. On voyait dans l’appartement des meubles brisés, la porte enfoncée, et sui 1 angle d’un secrétaire ouvert un verre au fond duquel était une matière demi-fluide, blanchâtre et semblable à celle qui avait été vomie par le malade, et répandant comme elle une forte odeur de * camphre. A côté de ce verre était une lettre dans laquelle le malade

DES ARSEN1TES. 4M

annonçait les motifs qui le portaient à se détruire. L encre de celle lettre encore fraîche , le verre encore couvert sur les parois de la mousse , évidemment fournie par la solution dont il restait une partie au fond, suffirent pour démontrer qu’il ne pouvait y avoir long-temps que le malade avait avalé le poison : on sut en effet que ce n’était que trois quarts d’heure auparavant. Le serrement des mâchoires était tel qu’il fut impossible de faire avaler aucun liquide ; mais on parvint à déterminer le vomissement à l’aide de frictions sur l’épigastre ; le malade fit alors quelques efforts et écarta ses mâchoires. On introduisit dans l’estomac un verre de solution albumineuse qui occasionna bientôt après un vomissement violent ; le malade reprit sa connaissance et vomit de nouveau une petite quantité de liquide blanchâtre, mousseux , d’une odeur camphrée, mêlé de flocons jaunes, verdâtres et sanguinolents ; il avoua s’être empoisonné avec 52 grammes environ de savon arsenical de Bécœur, qui lui servait à des préparations d’histoire naturelle (1). Cependant les membres continuaient â être roides ; le malade parvint difficilement à s asseoir sut son lit , à cause de la roideur des muscles du dos. On administra beaucoup d’eau albumineuse et de la décoction de graine de lin. Il y eut dans le courant de la journée plus 'de quarante vomissements; ce ne fut que vers le soir que les membres reprirent leur souplesse naturelle, et que les yeux perdirent complètement la fixité qu’ils devaient à la contraction permanente de leurs muscles : à cette époque aussi survinrent plusieurs selles liquides avec ténesme. Des lavements émollients furent alors administrés, ainsi qu’une potion opiacée avec le sirop diacode, et on fit reporter le malade dans son domicile. Des fomentations émollientes furent placées sur le ventre et sur tout l’épigastre, où le malade disait sentir une chaleur brûlante et une douleur déchirante horrible. La pression augmentait considérablement celte douleur. La langue était sèche, mais pâle; le malade se plaignait de courbature et de céphalalgie ; le pouls était plein , mais souple et sans beaucoup de fréquence (90 pulsations). La nuit fut fort agitée; le malade but abondamment de l’eau de gomme.

Le lendemain le pouls était dur et plein , la face colorée , la langue rouge ; le malade se plaignait de douleurs lancinantes profondes à l’estomac et de douleurs vives dans l’œsophage quand il buvait. La peau était chaude et sèche, la tète un peu lourde; la soif était assez modérée; la respiration était grande et facile ; le cœur battait avec force. On fit une saignée au bras de 500 grammes, et on continua les fomentations, les lavements et les mêmes boissons. Le soir le pouls était souple , mais fréquent, la peau chaude ; le malade , plus calme , se plaignait toujours de douleur à l’épigastre, qui cependant était devenu presque indolent à la pression. Le sang sorti de la veine il y avait sept heures offrait un caillot

(l) Ce savon se prépare avec 160 grammes de camphre, i kilogramme d’acide arsénieux, 1 kilogramme de savon blanc, 376 grammes de carbonate de potasse, et 175 grammes de chaux en poudre. (Dupont, Traité de Taxidermie , p. 29.)

dense et sans couenne. Pendant la nuit, il survint par intervalle, mais fréquemment , des secousses de hoquet et des envies de vomir.

Le jour suivant, à six heures du matin, épistaxis abondante fournissant environ 192 grammes de sang; presque immédiatement après, le col et la poitrine commencèrent à se couvrir d’une éruption prurigineuse, exactement semblable à des piqûres d’orties, mais très confluente et peut-être moins rouge. A midi, le ventre était souple et indolent, la tète pesante, la face colorée ; le pouls , assez plein , donnait 79 pulsations par minute ; le pharynx était rouge et le malade se plaignit de mal de gorge. De temps en temps il survenait quelques secousses de toux qui déterminèrent l’expulsion d’un peu de mucus strié de sang. Le malade est sujet à des crachements de sang depuis un coup d’épée qu’il a reçu dans le côté droit de la poitrine, il y a cinq ans. Le thorax n’était le siège d’aucune autre affection que d’un peu de catarrhe à peine sensible dans la partie supérieure du poumon gauche. L’éruption s’étendit pendant le jour au cuir chevelu, à la partie postérieure du cou et aux épaules. Elle commença à diminuer dans la nuit.

Le lendemain , l’éruption avait complètement disparu ; le pouls était souple et sans fréquence, l’abdomen indolent à la pression; le malade prit sans inconvénient du bouillon de poulet et un bain. Le jour suivant, on permit du bouillon ordinaire , et la convalescence fut rapide et sans accident. (Journal général de Médecine; de Chirurgie et de Pharmacie, juillet 1828.

DE E’ARSÉNITE DE BI OXYDE DE CUIVRE (Vçrt de Schékle).

L’arsénite de cuivre est sous forme d!une poudre verte , dont les nuances varient suivant la manière dont il a été préparé. Il est insoluble dans l’eau, et se décompose en répandant une odeur alliacée, lorsqu’on le met sur des charbons ardents. Introduit dans l’appareil de Marsh, il fournit aussitôt de l’arsenic métallique. Si on le fait bouillir avec une dissolution de potasse , on le transforme en arséniate de potasse soluble et en protoxyde de cuivre ; d’où il suit que le bi-oxyde de cuivre a cédé de l’oxygène à l’acide arsénieux; si on filtre, le protoxyde de cuivre restera sur le filtre , et pourra être reconnu en le dissolvant dans l’acide sulfurique qui le transformera en sulfate de bi-oxyde de cuivre, dont le métal pourra être précipité au moyen d’une lame de fer ou de zinc. Quant à la liqueur filtrée , on s’assurera qu’elle renferme un arséniate à l’aide des caractères indiqués à la page 452.

S’il s’agissait d’établir, comme cela a déjà eu lieu plusieurs fois, que les bonbons ont été colorés par de l’arsénite de bi-oxyde de cuivre, on tiendrait un de ces bonbons entre les doigts au milieu de l’eau distillée , et à l’aide d’un pinceau très fin on détacherait les parties

de l’acide ARSÉNIQUE. ^51

colorées qui ne sont qu’à la surface; l’arsénite de cuivre sc précipiterait. On agirait de meme sur plusieurs bonbons , afin de se procurer une plus grande quantité d’arsénite ; alors on reconnaîtrait celui-ci comme il vient d’être dit.

DE L’ACIDE ARSÉNIQUE.

L’acide arsénique solide est blanc, incristallisable, doué d’une saveur aigre, métallique et caustique; son poids spécifique est de 3,391. Exposé à l’action du calorique dans des vaisseaux fermés , il ne se volatilise point; il fond et se vitrifie. Mis sur les charbons ardents, il sc boursoufle, perd toute son humidité et devient opaque; si dans cet état on continue à le chauffer, il donne des vapeurs blanches qui exilaient une odeur alliacée : ces phénomènes sont dus à la décomposition de cet acide par le charbon, et à sa transformation en acide arsénieux : aussi disparaît— il en entier. Mêlé avec du charbon et de la potasse et chauffé dans un tube de verre ou dans une cornue, il fournit de l’arsenic métallique. Introduit dans un appareil de Marsh , il se comporte comme l’acide arsénieux et donne de l’arsenic. Il se dissout très bien dans l’eau ; il est même déliquescent : ainsi dissous , il rougit fortement la teinture de tournesol ; il est incolore et doué d’une saveur aigre , caustique.

Avec la potasse, la soude et l’ammoniaque, il forme des sels solubles. Il précipite au contraire les eaux de chaux et de baryte en blanc ; ces arséniates insolubles se dissolvent facilement dans un excès d acide arsénique. L’acide sulfhydrique , versé dans une dissolution d acide arsénique concentré, y fait naître un précipité blanc-jaunâtre de soufre et de sulfure d’arsenic ; il ne trouble point au contraire 1 acide arsénique étendu d’eau , à moins qu’on ne le chaufle ou qu’on n’ajoute une goutte ou deux d’acide sulfureux , car alors il ne tarde pas à le jaunir et le mélange se trouble ; au bout de quelques minutes d’ébullition , on voit du sulfure d’arsenic d’un très beau jaune sc déposer : ce résultat a même lieu lorsqu’on emploie une dissolution d’acide arsénique excessivement faible , et on l’obtient encore plus promptement en mêlant l’acide arsénique étendu d’eau avec de l’acide sulfureux , et en chassant l’excès de ce dernier par l’ébullition , avant d’y faire passer le courant de gaz acide sulfhydrique; en effet, l’acide sulfureux ramène l’acide arsénique à l’état d’acide arsénieux. L’azotate d’argent est précipité par l’acide arsénique sous forme pulvérulente; l’arséniate d’argent couleur de brique se ramasse sur-le-champ, et ressemble à du kermès très foncé.

L’acide arsénique doit être considéré comme un poison plus violent

encore que l’acide arsénieux. Il est absorbé et agit comme l’acide arsénieux. Le sesqui-oxyde de fer hydraté se combine avec lui , et peut être utilement employé pour combattre l’empoisonnement qu il a déterminé , quoique 1 arseniate de fer produit conserve encore une action toxique. (Voy., pour l’explication de ce fait, la page 365.)

DES ARSÉNIATES.

Les arséniates de potasse , de soude et d’ammoniaque sont vénéneux. On les reconnaîtra facilement, 1° par la décomposition que les charbons ardents leur feront éprouver, et par l’odeur alliacée qui accompagnera celte décomposition ; 2° parce qu’ils ne se troubleront point par l’addition de l’acide chlorhydrique, tandis que les arsénites seront précipités ; 3° par l’azotate d’argent , qui en précipitera de l’arséniate d’argent couleur de brique; l\° par la facilité avec laquelle on pourra en séparer l’arsenic métallique lorsqu’on les calcinera avec du charbon , ou bien lorsqu’on les introduira dans un appareil de Marsh ; 5° par la propriété qu’ils ont de se décomposer et de laisser précipiter du sulfure jaune d’arsenic lorsqu’on les fait bouillir avec un peu d’acide sulfurique et une goutte ou deux d’acide sulfureux , et qu’on les traite après par de l’acide sulfhydrique.

M. Bouley jeune a administré de l’arséniate de potasse à sept chevaux qui ont tous succombé. L’autopsie a montré des traces d’une vive inflammation dans l’estomac, les intestins et la vessie, et des ecchymoses dans le ventricule gauche du cœur. Les matières contenues dans le canal digestif d’un de ces chevaux , mort dans la nuit qui suivit l’empoisonnement, ne •présentèrent aucune trace cl' arseniate , ce qui tient probablement à l’abondante diarrhée qui avait eu heu. Sur un autre cheval, l’on trouva une déchirure du diaphragme près de ses attaches au sternum. (Séance de l’Académie de médecine, du 20 octobre 183 A.)

DES SUIiFUR.ES D’ARSENIC JAUNE ET ROUGE.

Le sulfure jaune d’arsenib artificiel, obtenu en chauffant du soufre et de l’acide arsénieux, est un poison énergique d’après les expériences de Renault.

1° On fit prendre à un petit chien 20 centigrammes de ce sulfure sec et solide, et on empêcha le vomissement. L’animal fut violemment purgé , fit beaucoup d’elîorfs pour vernir, se plaignit , et mourut cinq

DliS SU LIGUES D'ARSENIC.

heures après. La membrane muqueuse de l'estomac était rouge dans tome son étendue ; la fui de l'Uium était plus enflammée que le duo-

“To» donna à un chien pins gros que le précédent» cenligrammes du même sulfure : des vomissements, des selles , des gémissements, et une grande agitation précédèrent la mort qui arriva neu heures après. A l’ouverture , on trouva toute la membrane muqueuse de l’estomac enflammée. Les intestins grêles , mais surtout le duodénum , présentaient , d’espace en espace , des taches rouges.

3" Appliqué sur la cuisse aux doses de 4 grammes, de 1 gramme ou de 40 centigrammes, il détermine, en quinze ou dix-huit heures, la mort d’animaux à peu près de la même grandeur. Les deux dernières doses ne produisent qu’une légère phlogose de l’estomac, une rougeur livide des plis du rectum , et un engorgement sensible des poumons. Quand la quantité appliquée s’élève à 4 grammes, on remarque plusieurs taches noires très étendues dans les parois de l’estomac; le rectum offre une grande quantité de rides noires dirigées dans tous les sens; la membrane interne du cœur présente de petites ecchymoses qui ne s’étendent pas dans le tissu charnu ( Smith).

Ce sulfure étant composé , d’après M. Guibourt , de 94 parties d acide arsénieux et de 6 parties de sulfure d’arsenic , ses propriétés vénéneuses doivent être surtout attribuées h l’acide arsénieux qu il

renferme. .

On le reconnaîtra aux caractères suivants : il est solide, jaune, assez pesant; si on le fait bouillir avec de l’eau , le solutum renferme une quantité considérable d’acide arsénieux dont il sera facile de constater IA présence (voy. pag. 378) ; épuisé par l’eau bouillante , il laisse du sulfure jauue d’arsenic , offrant , à peu de chose près , les propriétés de celui que l’on obtient avec la dissolution d’acide arsénieux et le gaz acide suif hydrique [ibid.).

Sulfure d'arsenic artificiel dans un cas d'exhumation juridique. Lorsque après avoir mêlé quelques décigrammes d’orpiment artificiel avec des matières alimentaires , on enferme le tout dans un estomac que l’on enterre dans une petite boîte , on voit au bout de six , huit ou dix mois d’inhumation que le sulfure jaune est reconnaissable h sa couleur, et qu’on peut le retrouver aussi facilement que si l’examen des matières eût été fait le lendemain de la mort. Si , au lieu d’agir ainsi , on avait mis le sulfure finement pulvérisé dans un vase exposé h l’air contenant de l’eau et des matières animales , on trouverait aussi plusieurs mois après du sulfure jaune d’arsenic au fond du vase; mais, dans ce cas , une portion du sulfure pourrait avoir été dissoute par l’ammoniaque qui se produit pendant la putréfaction ; en sorte que

s i! en était ainsi, il faudrait, pour obtenir toute la quantité de sulfure filtrer la liqueur et la traiter par l’acide chlorhydrique , afin de précipiter le poison. 1

Observation. - M. Lepelletier de la Sarthe fut chargé par le procuceui du roi près le tribunal de première instance de la ville du Mans de procéder a 1 exhumation de deux cadavres, dont l’un était inhumé de-

1829 r°IS m°1S Ct aUt,e depuiS neuf- L’exfi““ation eut lieu le 30 juin

posüion du cimetière, nature du sol. -Le cimetière de Savigné- 1 Évêque est placé au nord du village et disposé en plan légèrement inc mé veis le sud, dans une élévation moyenne relativement aux terrains circon voisins ; il est bien aéré, ne retient l’eau dans aucune partie; la superficie en est sèche et sablonneuse ; il est du reste bien distribué : les cadavres y sont tous isolés dans des fosses particulières et placés dans un ordre rigoureux établi sur les registres de l’état civil.

Le sol est un sable rougeâtre, siliceux, légèrement argileux, très perméable à l’eau , toujours sec. Un roc assez épais se trouve à 2 mètres environ au-dessous de la couche végétale, et l’inhumation a lieu à 1 mètre

et demi dans les deux fosses qui contiennent les sujets dont nous devons taire lexamen.

Afin de procéder avec ordre, nous commencerons par le cadavre inhume depuis trois mois.

1° Nécropsicde la fille Forlier, âgée cle quarante ans, morte sous l'influence présumée d un empoisonnement, inhumée depuis trois mois révolus.

Api ès avoir constaté jusqu’à l’évidence, au moyen des registres de l’état civil, l’identité de la fosse appartenant à la fille Forlier, nous faisons procéder 5 l’exhumation.

Nous remarquons dans toute l’épaisseur de la terre qui enveloppe le cadavre une homogénéité parfaite, les caractères que nous venons d’indiquer, et 1 absence de toute humidité autour de ce même cadavre. 11 est extiait avec les précautions convenables et nous présente les circonstances suivantes :

1 Enveloppe étrangère. — Inhumation sans cercueil, dans un suaire eu toile forte , détruit seulement en quelques parties, assez résistant dans plusieurs autres.

2 Enveloppe cutanée. — Elle n’offre de putrilage dans aucun point , et ne se trouve complètement détruite qu’à la face, à la poitrine et dans plusieurs parties des membres. Sur tout l’abdomen elle est intacte, ramollie dans sa superficie, encore dense et résistante dans sa partie celluleuse.

3 Tissu cellulaire et muscles. — Toutes les parties de ces deux systèmes qui se trouvent a découvert sont en putréfaction complète ; celles qui restent, protégées par la peau , n’ont que très légèrement souffert (•ans leurs caractères naturels ; à l’abdomen surtout , la section des mus-

DES SUtrUBES D’ABSBNIC. ^55

des es, encore .crnreille dons ,o«le la surface correspondante au pdri-

1 r 'onrlnit impossible d’en constater l’identité par leur simple aspect.

Ll'i cavité pectorale est ouverte dans plusieurs points par la putréfaction ; les poumons sont en pulrilage, spécialement à leur sommet; de ce n u iie surtout émane l’odeur infecte qui se répand au loin.

Les cavités articulaires des épaules, des genoux et des pieds sont éga-

^^.a^avUr aMominTle^qùi1 doit surtout fixer notre attention, nous offre

- Le péritoine , comme nous l’avons i dit , conserve toute son intégrité, sa transparence et l’aspect luisant natu

S ' Les viscères abdominaux , et notamment le tube digestif dans toute sa longueur se trouvent si bien conservés , qu’il eût été possible S de es faire servir aux études anatomiques : rapports mutuels, couleur spéciale, résistance, continuité, volume, etc., tout se rencontre dans un état analogue à celui des cadavres inhumés seulement depuis quelques jouis, au milieu des circonstances les plus favorables.

Le tube digestif nous offre depuis l’œsophage inclusivement jusqu au rectum , dans plusieurs points, des plaques d’un rouge vif, très apparentes à l’extérieur, et, par leur nature et leur caractère ne laissant aucun doute sur l’existence, pendant les derniers instants de la vie, d une inflammation aiguë , persistante ; il s’agit dès lors d’en rechercher la cause, et de recueillir séparément tous les fluides contenus dans les diverses portions de ce conduit.

OEsophage. — H offre dans toute son étendue , à l’intérieur, une couleur rouge foncée , et contient à peu près deux cuillerées d’un fluide assez analogue aux lavures du sang veineux ; nous y trouvons une assez grande quantité d’une subsiancc jaune citron, cassante, inodore, insoluble, sous forme de parcelles écailleuses. Ces premiers caractères nous font présumer que cette substance est du sulfure jaune d’arsenic ; en effet , eu déposant une certaine quantité de cette matière sur des charbons ai dents, il s’élève aussitôt une vapeur blanche qui répand l’odeur d’ail et d’acide sulfureux.

La matière de l’œsophage est renfermée dans un flacon cacheté par M. le juge d’instruction, comme tous les autres produits du tube digestif.

Estomac. — Lié au-dessus du cardia, au-dessous du pylore, enlevé, lavé avec soin, ensuite ouvert sur un vase convenable, il contient un

fluide jaunâtre où nous trouvons en grande abondance des parcelles'anlalies de Ja matière jaune , dont nous avons nu-té -, iv • , , P

Phagc. «*. prenons une ossee “n Z ^1°““°" “f, '

dons le fluide dans une bouteille en verre • ce dernier pu ’i ? g

portion de 128 grammes à peu près. CS‘ danS la pr°-

La membra“c muqueuse gastrique , sans aucune putréfaction est d’..n rouge sombre dans plusieurs points, et spécialement dan* ceux où’se ^ trouve

dans * 3 mUllèle -aUne' DCS portions de ^usse membrane se détachent ns plusieurs parties ; là surtout la matière jaune semble comme identi fiée avec la substance des parois gastriques, et forme des taches épaisses qm s aperçoivent aussi bien à la surface externe qu’à l’interne II existe évidemment injection des vaisseaux capillaires, par une grande proportion de la matière jaune, à l’état de division extrême. Esf-ce un phefnomene d absorption vitale ou d’injection après la mort par la force de capil anté des vaisseaux ouverts à la surface muqueuse ? L’une e ’a, tredl opinions peuvent être admises ; la seconde nous paraît plus Seinblab le . toutefois ce fait est très remarquable et digne de fixer l’attention des toxicologistes. Le même caractère de cette pénétration de la sub-

du mésentère86 tl°UVe ^ P'USieU1S P°intS dC Pinteslin Srêle> et même

Nous acquérons la preuve que cette coloration n’est pas le résultat d’une absorption de matière animale, telle que le jaune d’œuf, la bile, etc. • en ellet, touchées par l’acide azotique, ces taches n’éprouvent aucun changement dans leur coloration; brûlées sur des charbons ardents, elles îepandent 1 odeur d’ail et d’acide sulfureux.

Intestins. - Le duodénum, l’intestin grêle elle cæcum nous odrent intérieurement et extérieurement les mêmes caractères de phlegmasie et de corrosion superficielle. Nous y retrouvons encore un fluide rougeâtre et a matière jaune en grande proportion. Ces produits sont également scellés dans un flacon de verre.

Enfin , dans toute l’étendue des cavités digestives, nous trouvons toujours ces caractères essentiels réunis :

1° Rougeur extérieure plus ou moins vive par intervalles ;

2 Dans les mêmes points, taches muqueuses d’un rouge sombre ;

3 Fausses membranes , débris de corrosion ;

U° Présence de la matière jaune indiquée.

ces ^a'ts b'cn constatés nous tirons les inductions suivantes :

1 Le cadavre soumis à notre examen est évidemment celui de la fille Portier.

2° Celte fille a succombé aux influences d’une phlegmasie sur-aiguë de l’estomac et des intestins.

3 Celte inflammation reconnaît pour cause l’action directe de la matière jaune indiquée.

h° Cette matière, qui nous paraît être du sulfure jaune d’arsenic (orpiment), est pai venue dans le tube digestif à la dose de 11 à 15 grammes

DES SULFÜKES D’ARSENIC.

à neu près, quantité plus que suffisante pour déterminer la mort; cette matière est arrivée dans l’estomac, partie à l’état pulvérulent, comme le démontre l’absorption qui s’en est effectuée dans ce viscère et dans l'intestin grêle, partie à l’état de fragments aplatis , comme le prouvent ceux que nous avons recueillis en assez grande quantité.

Pour déterminer plus évidemment encore la véritable nature de cet e matière jaune, nous demandons à la soumettre aux réactifs chimiques appropriés, et nous nous faisons assister dans cette opération par MM. Pouplin et Marigni , pharmaciens au Mans.

L'analyse a en effet démontré que la matière dont il s’agit était du sulfure jaune d’arsenic.

2° Nécropsie de Foriier père, âgé de soixante et quelques années, ~ mort sous l'influence présumée d'un empoisonnement, inhumé depuis neuf mois révolus.

Arrivé avec les magistrats indiqués , le 2 juillet 1829 , au cimetière de Savigné-l’Évêque , l’identité de la fasse ayant été positivement constatée , l’exhumation faite , nous avons recueilli les observations suivantes :

1° Enveloppe étrangère. — Le sujet se trouve inhumé sans ccicueil , dans un suaire en grande partie détruit par le temps.

2° Enveloppe cutanée. — Ce cadavre répand au loin l’odeur la plus infecte ; la putréfaction est très avancée dans toutes les parties extérieures , et notamment à la tête , dont les os sont à nu , à la poitrine, dont les cavités sont ouvertes, aux membres, où s’observent des lambeaux informes ; à l’abdomen la peau n’est putréfiée que dans la moitié de son épaisseur.

3° Tissu cellulaire et muscles. — Ils sont en putrilage dans tous les points découverts par la destruction de l’enveloppe cutanée; mais on trouve encore les muscles rouges et le tissu cellulaire assez bien conservé

dans toutes les parties où le derme n’a pas éprouvé cette altération.

A» Organes intérieurs. — Les poumons sont putréfiés et donnent en grande partie l’odeur insupportable que répand le cadavre.

Les viscères abdominaux , qui doivent spécialement fixer notre atten-

tion , nous offrent les dispositions suivantes :

L’incision cruciale des parois de l’abdomen présente le derme encore très résistant, la couche musculeuse d’un rouge sombre, mais sans putréfaction. Le foie paraît assez bien conservé ; le tube digestif spécialement se trouve dans un état d’intégrité parfaite.

Le péritoine qui leur forme une enveloppe commune est intact, sans aucune ouverture, et conserve l’aspect luisant naturel ;'i sa surface libre.

Ce fait nous conduira bientôt à l’explication naturelle de la conservation remarquable des viscères abdominaux sur ces deux sujets.

Nous trouvons toute la longueur du canal intestinal , et notamment toutes ses portions gastrique, duodénale, intestinale grêle, parsemées de taches rouges sans aucune putréfaction, et caractérisant encore d’une manière assez positive la phlegmasie dont ces organes ont été le siège.

Nous devons rechercher la cause de celle inflammation , examiner suc-

cessivement les diverses cavités digestives, et recueillir isolément les Humes qui s’y trouvent contenus.

Estomac. — Nous en faisons la ligature au-dessus du cardia et audessous du pylore ; il est soigneusement lavé , ensuite ouvert sur un vase convenable ; il contient un demi-verre à peu près d’un Ouide épais, assez analogue, par 1 aspect et la couleur, à la dissolution imparfaite d’ocre jaune; ses parois, dans toute leur épaisseur et dans une étendue de 12 centimètres sur 13 , offrent une tache jaune citron apparente à l’extéîieur et a l’intérieur. L’organe semble imprégné dans ce point d’une matière colorante qu’il est essentiel de connaître, et qui nous offre du leste les mêmes caractères que nous avions observés quelques jours auparavant dans celles que présentaient l’estomac et le mésentère de la fille Forlier. Il est donc raisonnable de présumer que ces taches sont le résultat de l’absorption, soit vitale, soit purement capillaire d’une matière identique à celle que nous avions analysée, d’autant mieux qu’en la soumettant à 1 action de l’acide azotique elle n’éprouve aucun changement de couleur, et que placée sur des charbons ardents elle répand une vapeur blanche , l’odeur d’ail et d’acide sulfureux.

Nous enlevons celle portion d’estomac avec précaution ; nous l’étendons entie plusieurs feuilles de papier brouillard; elle est scellée par I\I. le juge d instruction , de même que le fluide recueilli dans ce viscère, dont l’intérieur nous offre plusieurs taches rouges et des débris de fausses membranes.

Intestins. — Le duodénum et l’intestin grêle contiennent également une cet laine quantité d’un fluide jaunâtre absolument semblable pour 1 aspect à celui que nous avons recueilli dans l’estomac : il est également scellé.

La membrane muqueuse de ces cavités offre par intervalles absolument les mêmes altérations.

De ces faits bien constatés nous déduisons les conséquences suivantes :

1" Le cadavre soumis à notre examen est celui de Portier père , vieillard âgé de soixante et quelques années.

2" Ce vieillard a succombé aux influences d’une phlegmasie sur-aiguë de l’estomac et des intestins.

3° Celte phlegmasie reconnaît pour cause l’action directe de la matière jaune, en partie combinée aux parois gastriques, eu partie à l’état de suspension au milieu des fluides retrouvés dans l’estomac et l’intestin grêle.

Zf Enfin cette matière nous paraît être du sulfure jaune d’arsenic (orpiment) parvenu dans le tube digestif en quantité plus que suffisante pour occasionner la mort; administré en poudre fine, il ne laisse dès lors apercevoir aucune de ces parcelles assez larges que nous avions retrouvées dans les cavités digestives de la fille Portier.

L'analyse de cette matière a démontré qu’elle était réellement du sulfure jaune d’arsenic.

Les faits contenus dans ces deux observations ont paru d’une évidence

des sulfures d’arsenic,.

telle , que le conseil (le l’accusé n’a pas même condamnation du prévenu , nommé Auguste

cherché à les infirmer ; la Janvier, a été prononcée à

l’unanimité.

Sulfure jaune d’arsenic artificiel, obtenu avec la dissolution d’acide arsénieux et avec le gaz acide suif hydrique.— Il est solide , jaune , pulvérulent ou en niasse , et très soluble dans l’ammoniaque ; la dissolution est incolore si le sulfure est pur. Lorsqu’on le chauffe avec un alcali et du charbon , ou qu’on l’introduit dans un appareil de Marsh , après l’avoir traité par le uitre , il fournit de l’arsenic métallique. (Voy. page 378.)

' ji. de Courdcmanche a fait connaître le premier une propriété remarquable de ce sulfure : lorsqu’après l’avoir bien lavé pour le priver de l’acide arsénieux qu’il pourrait retenir, on le fait bouillir avec de l’eau distillée, on le décompose , et l!eau est également décomposée , en sorte que l’on obtient de- l’acicle sulfhydrique gazeux et (1e l’acide arsénieux qui reste en dissolution. Si on agit avec de l’eau distillée , à la température de 10 h 12°, le même phénomène a lieu, mais il est il peine sensible , et il faut , pour le rendre manifeste , un contact de cinq à six jours. Si le sulfure jaune pur est ajouté a du vin , à du bouillon gras , à du bouillon aux herbes , à du cidre , à du café , à une décoction de racines , il s’y décompose plus facilement que dans l’eau, soit à froid , soit à chaud. (Journal de Chimie Médicale , tome in.)

Ce sulfure jaune d’arsenic artificiel est vénéneux lors même qu il a été parfaitement lavé et qu’il ne contient pas un atome d’acide arsénieux , comme le prouvent les faits suivants :

Expérience i”. — On a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse de plusieurs chiens robustes et de moyenne taille 3 grammes de ce sulfure pur ; les animaux ont éprouvé les accidents que déterminent ordinairement les préparations arsenicales, et sont morts au bout de quarante, quarante- huit ou soixante heures. A l ouverture des cadavres , on a observé les phénomènes suivants : la cuisse sur laquelle avait été appliqué le sulfure était très rouge ; l’inflammation s’étendait même assez loin sur les parois abdominales; l’estomac offrait une ou plusieurs taches violettes ; ou plusieurs petits ulcères brunâtres, résultat de la destruction de la membrane muqueuse; les intestins grêles, le rectum, le foie et les poumons étaient sains. Le cœur était quelquefois' le siège d’une altération très remarquable ; l’intérieur des ventricules présentait plusieurs taches d’un rouge foncé; ces taches, assez étendues, occupaient principalement les colonnes charnues, et pénétraient au moins de 3 millimètres dans le tissu du cœur. Les oreillettes, l’aorte et l’artère pulmonaire étaient dans l’état naturel.

ZiGO

DES POISONS I MUTANTS.

Expérience ii'. — On a remarqué des phénomènes analogues lorsqu'on a introduit h grammes du môme sulfure dans l’estomac et qu’on a lié 1 œsophage pour empêcher le vomissement. A V ouverture des cadavres le canal digestif, le foie , les poumons et le cœur offraient les mômes altérations que dans les expériences précédentes.

Il est probable que ce sulfure ne doit ses propriétés vénéneuses qu’à l’acide arsénieux qui se développe pendant son séjour dans l’estomac d’après les expériences de M. Gourdemanche.

L'orpiment natif (sulfure jaune d'arsenic ) présenta à Renault des phénomènes différents de ceux dont je viens de parler; en effet, il le fit prendre jusqu’à la dose de 8 grammes à des chiens de différente taille, qui n’en éprouvèrent aucune incommodité. Hoffmann avait déjà obtenu des résultats analogues, comme on peut le voir par le passage suivant : « Jam ver'o auripigmentum omni drostica, pur gante et emetica virtute caret, neque anirnantia necat, frequenti cxpcrimenlo institut o in canibus, felibus, quibits in insigni dosi ad drachmam w nam et ultra sine ulla subséquente noxa ùl obtulimus. ... . Arsenicum vero, sive album, sive flavum et rubrum summum est venenum et omnis generis ammantia in paulo majori dosi assumptum brevi necat. Ut adeo ex jam dictis clare apparent, auripigmentum cum arsenico citrino neutiquam esse confundcndum, quod tamen a plu i imis medicis, imo collegiis factum esse acta et responsa publica loquuntur (1). »

M. Smith , frappé de la différence des résultats obtenus par Renault sur les deux sulfures jaunes naturel et artificiel , appliqua sur la cuisse de plusieurs chiens Y orpiment natif de la mine de Tojova , en Hongrie , et il conclut de ses expériences que ce sulfure a des qualités délétères à la dose de k à 8 grammes , et qu’il détermine la mort au bout de deux jours environ.

A l’ouverture des cadavres, on trouve l’estomac enflammé; sa membrane muqueuse , recouverte d’un enduit filant , laisse suinter une multitude de gouttelettes sanguines ; les intestins grêles offrent quelques rides rouges ; les ventricules du cœur présentent dans leur intérieur une petite meurtrissure qui s’étend peu dans le tissu charnu. Les poumons sont un peu rouges.

Expérience. — A onze heures j’introduisis dans l’estomac d’un chien de moyenne taille, très robuste, Zi grammes de sulfure jaune d’arsenic naturel, parfaitement dépouillé de sa gangue : l’œsophage fut lié pour empêcher le vomissement. L’animal mourut au bout de cinquante heures,

(t) Friderici lloffmanni Opéra omnia, tom. 1, 1761 , pars, n, cap. ii, de Uenenis, p. 197. Genevœ.

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