‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 67 sur 107 · DU CYANURE DE MERCURE · texte numérisé non relu

DU CYANURE DE MERCURE

Le cyanure de mercure est sous forme de longs prismes quadrangulaires coupés obliquement ; il est inodore , plus pesant que l’eau et d’une saveur styptique. Chauffé dans un petit tube de verre, il se décompose et fournit entre autres produits du mercure métallique qui s’attache eu grande partie aux parois du tube , du cyanogène (voy. tome il) et un produit comme charbonneux. 11 se dissout très bien dans l’eau froide; la dissolution n’est troublée ni par la potasse ni par Y ammoniaque ; l’acide sulfhydrique et les sulfures la décomposent et donnent naissance k du sulfure de mercure noir insoluble; l’azotate d’argent en précipite du cyanure d’argent blanc caillebotté soluble dans l’ammoniaque, insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique froid ; cet acide bouillant le dissout et le décompose en acide cyanhydrique qui se volatilise, et en azotate d’argent. On en précipite du mercure par une lame de cuivre ou par la petite pile. Si le cyanure de mercure était mêlé k du vin , k du café ou k tout autre liquide coloré , on le séparerait au moyeu de l’éther , comme je l’ai dit en parlant du sublimé corrosif. (Voy. pag. 558.)

Action du cyanure de mercure sur l’économie animale.

Expérience i". — On a fait avaler à une chienne de petite taille 35 centigrammes de cyanure de mercure dissous dans l’eau distillée. Au bout de cinq minutes, l’animal a fait des efforts multipliés pour vomir;

DU CYANURE l)lî MERCURE.

il est tombé sur le côté ; convulsions générales et affaissement qui se succèdent alternativement ; respiration accélérée d’abord, ainsi que les battements du cœur, et ensuite ralentissement extrême des mouvements du thorax et de la circulation. Mort au bout de dix minutes.

Expérience ii*. — Cinquante centigrammes de cyanure introduits de la même manière dans l’estomac d’un autre chien ont produit les mêmes accidents au bout d’une minute, et sept minutes après l’animal a succombé.

Expérience iii°. — Quinze centigrammes environ ont été injectés dans le tissu cellulaire de la cuisse. Au bout de trois minutes, des etforts de vomissements se sont manifestés avec des secousses convulsives générales : ces symptômes d’excitation , interrompus de temps en temps par un affaissement très grand, ont existé pendant trois quarts d heure. Au bout de ce temps l'animal est resté morne, abattu; sa démarche était chancelante, et les vomissements avaient cessé. Tous les accidents étaient dissipés quatre heures après l’injection du poison.

Expérience ive. — Vingt-cinq centigrammes ont été également injectés dans le tissu cellulaire de la cuisse d’un autre chien ; les mêmes phénomènes ont eu lieu au bout de deux minutes, et l’animal est mort en quinze minutes.

Expérience v'. - Soixante centigrammes , appliqués de la même manière sur la cuisse, ont tué un autre chien dans l’espace de neuf minutes, avec tous les accidents déjà indiqués.

Expérience yi'. — Trois centigrammes environ furent injectés dans la veine jugulaire d’un jeune chien : immédiatement après, l’animal tombe sur le côté en poussant quelques cris ; de légères convulsions se manifestent et durent pendant quelques secondes seulement; la respiration est grande et fort lente ; le cœur lie bat que trente-deux fois par minute ; ce ralentissement augmente , et l’animal périt, sans secousses convulsives , au bout de cinq minutes.

Les altérations cadavériques n’ont pas offert eu général de caractères bien tranchés. Le système cérébro-spinal n’a présenté aucune espèce de lésion appréciable ; il n’existait aucune injection des vaisseaux qui se distribuent dans la substance nerveuse et dans scs membranes d’enveloppe. Les poumons contenaient peu de sang; ils étaient crépitants ; le cœur était flasque, et ses cavités renfermaient une assez grande quantité de sang en partie fluide; il était coagulé chez le chien tué par l’injection du poison dans la veine ; il fournit un caillot fibrineux, consistant, très élastique dans toute l’étendue de la veine cave abdominale et dans les iliaques ; en général , le sang était fluide dans les vaisseaux des autres animaux.

La membrane muqueuse de l’estomac a offert de grandes variétés dans sa coloration ; dans deux cas elle était d’une rougeur foncée par plaques , formée par le rapprochement d’une multitude de petites houppes vasculaires très visibles à l’œil nu ; mais chez les deux animaux l’estomac contenait des aliments en partie digérés , et peut-être le travail de la dt-

gestion était-il pour quelque chose dans cette coloration : cependant on a trouvé la même couleur avec les mêmes caractères , mais moins intenses, chez celui dans l’estomac duquel on avait ingéré 7 décigrammes de dissolution de cyanure , et il était à jeun depuis trente-six heures au moins. D’un autre côté , on a observé également cet aspect de la membrane muqueuse gastro-intestinale chez un chien tué par l’injection du cyanure dans le tissu cellulaire de la cuisse, et dont l’estomac était rempli en partie d’aliments dans un commencement de digestion , tandis que chez un autre tué de la même manière, et qui était à jeun depuis quarante heures , la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins était blanchâtre; il y avait eu des vomissements répétés.

En résumé , de toutes ces différences d’aspect de la membrane muqueuse gastro-intestinale, on ne peut pas conclure d’une manière positive que la rougeur soit un caractère constant après la mort par cet empoisonnement, quand le chien périt très promptement. Chez tous ces animaux, l’estomac était fortement contracté sur lui-même , excepté chez le chien tué en cinq minutes par l’injection du poison dans la veine jugulaire. Enfin chez tous sans exception, le foie était rempli d'un sang fluide très abondant. ( O cuvier d’Angers, Journal de chimie médicale, juin 1825.)

Observation. — M***, demeurant à Paris, d’une constitution athlétique, jouissait habituellement d’une bonne santé, était toujours morose, taciturne, quoiqu’il n’eût d’ailleurs aucun sujet de tristesse. 11 préférait la solitude à toute espèce de distraction. M*** avait déjà plusieurs fois manifesté son dégoût pour la vie, lorsque, dans le courant du mois d’avril 1823, après avoir tenté inutilement de préparer de l’acide cyanhydrique, il avala d’un seul coup 13 décigrammes de cyanure de mercure. Immédiatement après, vomissements répétés de matières mêlées de sang, déjections alvines fréquentes et copieuses , douleurs atroces dans tout l’abdomen : le malade prend quelques boissons délayantes. Quatre jours après l’accident, M. Kapeler est appelé, et trouve le malade couché sur le côté droit , et appuyé sur le bras de ce côté : son visage est sérieux, sa figure animée, les yeux fixes, les conjonctives injectées. Après des instances réitérées le malade déclare enfin qu’il s’est empoisonné , ainsi que nous venons de le dire.

L’extérieur du corps ne présente rien de remarquable, à l’exception du scrotum , qui est d’une couleur bleue foncée, ainsi que le pénis, qui est dans une demi-érection; céphalalgie atroce; contractions du cœur fortes, développées et repoussant la main appliquée sur les parois de la poitrine; pouls médiocrement fréquent, presque lent, mais en même temps plein et dur, respiration libre, toux légère; la poitrine résonne parfaitement dans toute son étendue ; les lèvres, la langue, In face interne des joues sont parsemées d’une multitude d’ulcérations recouvertes d’une pulpe d’un blanc grisâtre ; la soif est très vive ; les glandes salivaires sont gontlées, tuméfiées; une salive abondante découle sans cesse de la

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