‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 68 sur 107 · DL’ CYANURE UE MERCURE · texte numérisé non relu

DL’ CYANURE UE MERCURE

bouche ■ cette salive exhale l’odeur particulière à la salivation mercurielle • l’a déglutition est facile; il y a des nausées, des envies continuelles de vomir, et souvent des vomissements après l’ingestion des boissons dans l’estomac ; le ventre est souple, nullement douloureux à la pression ; le malade est tourmenté par de fréquentes envies d’aller à la garde-robe, qui sont précédées et accompagnées de ténesme; les selles sont rares; les matières expulsées sont mêlées de sang; l’urine ne coule point. ( 1 mgl sangsues à l’anus., eau do veau pour boisson, lavements a l'eau de son, gargarisme d'eau d’orge el de miel rosal.) Le lendemain, cinquième jour, même état ; application de trente sangsues sur l’abdomen, et cataplasme souvent renouvelé.

Le sixième jour, aucun des symptômes n’a diminué d intensité; la bouche est dans le même état; les vomissements, les déjections alvines avec ténesme, la suppression d’urine persistent: le ventre est mou, souple, sans douleur à la pression; battements de cœur violents el brusques ; le pouls a les mûmes caractères que précédemment. M. le docteur Bourgeoise se joint à M. Kapeler. ( Saignée du bras de six palettes, eau devenu alternée avec un mélange d'un litre d’eau bat tua avec deux blancs d’œufs, gargarisme émollient, demi-lavement de deux en deux heures, cataplasme sur l’abdomen, bain à 28° pour le lendemain matin.) Nuit agitée, insomnie; le bain suspend momentanément

les angoisses. ( Saignée de trois palettes.)

Le septième jour, les contractions sont moins fortes, le pouls un peu plus faible, la salivation moins abondante, l’état de la bouche est le même, les symptômes persistent. Même prescription : trente sangsues sont appliquées sur l’abdomen. Dans le courant du jour, malgré la peisislance des accidents, le malade est calme, répond aux questions qu’on lui adresse; il n’accuse aucune souffrance , si ce n’est celle que font naître les ulcérations de la bouche; les membres sont agités de légers mouve-

ments convulsifs.

Le huitième jour, faiblesse générale, syncopes fréquentes, continuation des mouvements convulsifs dans les membres, assoupissement, réveil facile, pouls petit, lent, concentré, vomissements moins fréquents, ventre toujours indolent; la suppression d’urine continue ; il en est de même de la demi-érection du pénis et de sa couleur violacée ainsi que de celle du scrotum. On applique des vésicatoires aux mollets et des sinapismes aux pieds. Dans le courant de la journée, Tarira, que se sont adjoint MM. Bourgeoise et Kapeler, reconnaissant comme eux l’existence d’une gastro-entérite intense, engage à continuer le traitement déjà employé , et l’on ajoute des boissons émollientes frappées à la glace , l’application de glace sur l’abdomen , un demi-lavement huileux d’heure en heure. Dans la soirée, pouls lent, assez serré, extrémités froides : les vomissements sont remplacés par un hoquet qui fatigue beaucoup le malade ; l’urine ne coule point.

Le neuvième jour, même état, mêmes prescriptions ; dans la matinée, prostration extrême, défaillances répétées, hoquet continuel , nulle émis-

sion il urine, milles déjections. Peu de temps après être retiré du bain a deux heures et demie, le malade meurt dans une syncope.

Ouverture du cadavre, vingt heures après lu mort. — Habitude extérieure. — Constitution athlétique, taille de 1 mètre 65 centimètresla couleur de la peau est d’un blanc mat; les membres supérieurs et inférieurs sont roules et contractés de telle sorte que le cadavre ne repose que sur le dos, cl qu’on peut le faire tourner sur cette partie comme sur un pivot; les muscles sont rouges, très développés et recouverts d’une couche graisseuse assez épaisse.

Appareil de la respiration. — Le larynx, la trachée-artère et les bronches contiennent une mucosité blanchâtre et abondante dont une partie s écoulait par les narines ; les plèvres , qui sont saines , renferment quelques grammes d’une sérosité rosée; poumons d’un blanc légèrement i osé , sains et très crépitants ; quand on les coupe , il s’en écoule une sérosité abondante.

Appareil de la circulation. — A l’incision de la peau des muscles et des vaisseaux, il s’écoule un peu de sang pâle et très liquide; la veine cave inférieure est remplie par un caillot très volumineux, élastique et tics tenace; cœur chargé de graisse; son volume paraît un peu plus gi and (pic dans 1 état normal , sans que ses parois soient hypertrophiées ;

peu de sang dans les deux ventricules , caillot de fibrine dans l’oreillette droite.

Appareil de la digestion. — Mâchoires fortement serrées l’une contre 1 autre; la cavité de la bouche exhale une odeur fétide sui generis. La face interne des joues et les gencives sont recouvertes d’ulcérations tapissées d un enduit grisâtre; la langue, beaucoup plus volumineuse que dans 1 état de santé, est ulcérée sur ses bords, et couverte d’une couche grisâtre très épaisse , sèche , âpre au toucher, et difficile à enlever. Le pbaiynx est sain ; vers le milieu de la longueur de l’œsophage, il existe une tache rose marbrée de la largeur d’un écu de six francs, plus foncée inférieurement que supérieurement. La cavité du péritoine contient un peu de sérosité jaunâtre ; épiploon très large et chargé de graisse. Estomac d un volume médiocre, sans altération à l’extérieur; intestins distendus par des gaz. La membrane muqueuse gastro-intestinale offre dans 1 estomac, vers le petit cul-de-sac et le pylore, une couleur rouge-brunâtre, et vers le cardia et dans le grand cul-de-sac, une rougeur très foncée, un boursouflement extraordinaire et de nombreuses ramifications vasculaires très prononcées ; dans le duodénum et le jéjunum, elle est lies boursouflée , d’un rouge très foncé , et même noirâtre dans certains endroits, comme gangréneux dans quelques autres, surtout près de la vajvule iléo-cœcale; la rougeur offre les mêmes caractères dans le cæcum , pâlit dans le colon ascendant, redevient foncée dans le colon transverse, pâlit de nouveau dans le colon descendant pour augmenter ensuite d’intensité dans le rectum. Dans tonie la longueur des intestins, la membrane muqueuse est boursouflée, et dans quelques endroits, surtout dans les intestins grêles , elle est granulée , comme chagrinée ; dans

DU CYANURE DU MERCURE, tous les points où elle était ainsi soulevée , on observait une infiltration abondante de sérosité dans le tissu cellulaire sous-muqueux.

Le pancréas était très volumineux, très dur, sec; il se déchirait facilement, et criait sous le scalpel; le tissu du foie, qui était d’ailleurs très gros, n’offrait aucune altération ; la vésicule biliaire, d’une capacité ordinaire, contenait un liquide vert-noirâtre , filant et poisseux; la îate était petite, sans aucune altération appréciable.

Appareil urinaire. — La capsule surrénale et le rein droit étaient d’un tiers plus volumineux que dans l’état ordinaire; le tissu du rein était pâle et décoloré ; le rein gauche était un peu moins volumineux et un peu moins pâle et décoloré que celui du côté droit ; la vessie urinaire, petite, était contractée sur elle-même, et contenait très peu d’urine blanche et laiteuse ; le pénis était dans une demi-érection , et conservait , ainsi que le scrotum, la teinte noire violacée qu’on observait pendant la vie. Les cavités du crâne et du rachis ne furent pas ouvertes.

M. Caventou a analysé le sang et les matières fécales : la matière colorante avait une couleur sombre de cinnabre cristallisé qui n’est pas naturelle à celle du sang, ce qui donnait à ce chimiste distingué l’espérance de retrouver quelques parcelles de mercure ; mais, malgré des essais et des recherches multipliés, il n’a pu déceler la plus (légère trace de ce métal soit dans le sang , soit dans les excréments. (Observation communiquée par le docteur Kapeler.)

Il résulte, suivant M. Ollivier, des faits qui précèdent, 1" (pie le cyanure de mercure est absorbé, et que cette absorption est plus rapide sur le tissu cellulaire que sur les membranes muqueuses : Tiedemann et Gmelin ont trouvé ce poison dans le sang des animaux qui en avaient avalé (voy. pag. 7) ; 2° que son action immédiate sur la partie avec laquelle on le met en contact est à peu près nulle dans les premiers instants, de sorte qu’on ne peut le considérer comme essentiellement irritant : cependant il produit quelquefois des phénomènes évidemment inflammatoires, mais dont l’intensité n’est pas assez grande pour qu’on puisse leur attribuer les symptômes généraux qui se manifestent, et qui sont bientôt suivis de la mort : dans l’observation rapportée plus liant, l’estomac offrait des traces non équivoques d’une inflammation violente, et l’on sait que l’individu avait vécu plusieurs jours; 3" que les symptômes semblent démontrer, lorsque la mort a lieu très promptement, que ce poison agit spécialement sur le système nerveux cérébro-spinal , ainsi que l’annoncent les convulsions générales et le trouble très grand des fonctions circulatoires et respiratoires; en outre, tout porte à penser qu’il affaiblit directement la force contractile et l’irritabilité des muscles, car ils ont déjà cessé d’être irritables au moment où l’animal vient d’expirer : cet cft'et est d’ailleurs en rapport avec l’affaissement général qu’on observe après

chaque convulsion ; les efforts de vomissement qui ont eu lieu constamment, même après l’injection du cyanure dans le tissu cellulaire, prouvent que l’estomac est influencé , soit directement , soit sympathiquement ; ô° que lorsque la mort est rapide , elle paraît résulter du ralentissement gradué , et enfin de la cessation complète des mouvements du cœur et de la respiration , qui sont si intimement liés les uns aux autres; mais lorsque la vie se continue quelque temps après l’ingestion du poison dans l’estomac , il semble que la mort est la suite du développement d’une inflammation très intense de la membrane muqueuse gastro-intestinale.

Traitement de l’empoisonnement par le cyanure de mercure.

On se hâtera de faire vomir le malade en donnant de l’eau tiède , ou en titillant la luette et l’arrière-gorge, et si les accideuts persistent, on aura recours aux moyens antiphlogistiques les plus énergiques. Il est inutile d’administrer au malade de l’eau albumineuse, parce qu’elle ne se combine pas avec le cyanure de mercure , comme cela a eu lieu pour le sublimé corrosif.

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