‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 7 sur 107 · PREMIER PROBLÈME · texte numérisé non relu

PREMIER PROBLÈME

Déterminer quels sont les moyens les plus propres à faire connaître l'action des substances vénéneuses sur l'économie animale.

Il suffit de réfléchir un instant pour être convaincu que ce problème doit être résolu par des expériences tentées sur les animaux vivants et par des observations recueillies chez l’homme. Le chien est, parmi les animaux que l’on peut se procurer facilement, celui qui , par sa structure , ressemble le plus à l’homme , et qui , par conséquent , fournit les résultats les plus applicables. En admettant ce fait , qui est exact , comme je le démontrerai incessamment dans un article ex professo, on est naturellement conduit à choisir cet animal pour faire les recherches dont je parle.

Expériences. — On applique sur diverses parties du tissu cellulaire sous-cutané une dose déterminée d’un poison quelconque; on en introduit dans l’estomac , dans le rectum , dans les veines , dans les cavités thoracique et abdominale , etc. ; on note soigneusement les divers symptômes qui se manifestent , l’ordre suivant lequel ils sesuccèdentet l’époque deleur apparition. Dès que les animaux sont morts, on ouvre les cadavres; on examine attentivement les organes contenus dans les diverses cavités , afin de découvrir leurs altérations superficielles ou profondes; on s’occupe des principaux fluides, tels que le sang, labile, l’urine, de l’irritabilité des muscles, etc. Lorsque, par ces moyens, ouest parvenu à pouvoir comparer les symptômes que l’animal a éprouvés aux altérations de ses tissus ou de ses fluides, on est souvent en état de conclure quel est le mode d’action de la substance vénéneuse, et d’indiquer les organes qui ont été primitivement ou secondairement altérés. Mais il s’en faut de beaucoup qu’il en soit toujours ainsi.

Combien de fois , surtout lorsqu'il s’agit des poisons irritants , n’eston pas embarrassé pour déterminer s’ils ont été absorbés ou non, si leur action meurtrière est locale, ou bien si elle est l’effet de leur transport dans la circulation, et de l’irritation subséquente d’un viscère essentiel! Mais admettons que l’on soit parvenu à décider que l’absorption a eu lieu ; si l’on ne découvre aucune altération dans la texture des organes ni des fluides , ce qui n’est pas rare , et que d'ailleurs les symptômes ne soient pas de nature à faire connaître l’organe

lésé , quelle conséquence peut-on tirer ? On est obligé cl accuser le système nerveux. Les connaissances que nous avons sur les lésions infinies dont ce système est susceptible sont si bornées, qu’il serait inutile de chercher à donner une solution satisfaisante des divers cas où il peut être affecté : cependant il est parfaitement démontré qu une multitude de causes peuvent l’altérer, et développer des affections qui n’ont entre elles que très peu de ressemblance. Parcourons le cadre des aliénations mentales si bien tracé par je célèbre Pinel; combien ne serons-nous pas frappés en examinant successivement un maniaque furibond et un idiot, et quel rapport découvrirons-nous encore entre ces affections et l’épilepsie, la paralysie et une multitude de névroses, si ce n’est qu’il y a un dérangement dans la sensibilité et dans les phénomènes qui en dépendent?...

Avant les expériences du docteur Blake , on était assez disposé à admettre que dans beaucoup de cas le système nerveux pouvait être atteint diversement par les poisons qui l’avaient touché , même avant d’avoir été absorbés. Ce physiologiste distingué a suffisamment prouvé en expérimentant sur plusieurs substances et notamment sur les sels de baryte et de strychnine , 1° qu’il existe toujours un rapport direct entre le temps que met un poison à agir et la rapidité de la circulation; 2° que chez les animaux sur lesquels il a opéré il s’écoule toujours entre l’introduction du poison dans le système vasculaire et les symptômes un intervalle suffisant pour que le sang altéré par ce poison parvienne aux capillaires du tissu sur lequel ce poison exerce son action délétère ( Edinburgh medical and surgical journal , oct. 1841).

L’absorption de certains poisons est mise hors de doute par les expériences suivantes : 1“ Tiedemann et Gmelin ont reconnu, dans le sang des veiues mézaraïques et de la veine splénique de plusieurs chiens, de l’acétate de plomb qu’on leur avait fait avaler ; 2’ le sang tiré de la veine porte et de la veine splénique des chevaux à qui on avait fait prendre du cyanure de mercure ou du chlorure de baryum , renfermait également ces substances (1) ; 3° Wœhler a trouvé, dans l’urine des chiens et des chevaux, de l’iode, du foie de Soufre, de l’azotate de potasse, du sulfocyanurc de potassium, de l’acicle oxalique , de l’acide tartriqueet de l’acide citrique qu’il leur avait administrés (2) ; /i° les acides arsénieux, arsénique, les arsénites et les arséniates solubles, le tartre stibié, les sels solubles de cuivre, etc. , introduits dans l’es-

(I) Recherches sur la roule que prennent diverses substances pour passer de l’eslomac et des intestins dans le sang, traduction de Hcllcr. Paris, 1821.

(S) Expériences sur le passage des substances dans l'urine (journal des Progrès des sciences et institutions médicales, I,r volume, année 1827).’

toinac ou appliqués h l’extérieur passent dans le sang et sont portés dans tous nos tissus comme je l’ai démontré en 1839(1). J’ai prouvé depuis que l’iode, la potasse, la baryte et les sels solubles qu’elle fournit , le foie de soufre , l’azotate de potasse , les acides minéraux tels que l’acide sulfurique, l’acide azotique et l’acide chlorhydrique, etc., l’ammoniaque, le chlorhydrate d’ammoniaque, l’eau de javelle , les sels de plomb , de mercure, d’or, d’argent, etc. , sont dans le même cas (2).

D autres poisons sont encore évidemment absorbés, quoique leur existence dans le sang et dans nos viscères n’ait pas été constatée, soit parce qu on ne les a pas cherchés, soit parce que les moyens employés pourlcs déceler étaient insuffisants, soit enfin parce que les expériences n’ontpasété tentées en temps opportun ; les faits propresà appuyer cette dernière assertion ne sont pas rares: 1° on retire de l’arsenic ou del’antimoine des viscères d’un animal empoisonné par une préparation arsenicale ou par le tartre stibié , si l’on agit à une certaine époque de la maladie ; plus tard on ne découvre plus un atome de ces métaux dans les mêmes viscères, et on peut en retirer de l’urine; 2°M. Lassaigue injecta deux grammes d’acétate de morphine dans la veine crurale d’un chien et un gramme 60 centigrammes dans la veine jugulaire d’un cheval. Le sel ne fut point retrouvé dans le sang retiré d’une saignée pratiquée sur le chien , non plus que dans le sang obtenu de la jugulaire du cheval opposée à celle qui avait subi l’injection ; cette dernière saignée avait été faite cinq quarts d’heure après l’introduction du poison. Dans une expérience analogue, la saignée avait été pratiquée dix minutes après l’injection : alors on put découvrir la morphine dans l’extrait alcoolique du sang (3).

On peut juger de la rapidité avec laquelle les poisons sont absorbés et s’assurer de la réalité de l’absorption par les recherches intéressantes que le docteur Blakc a publiées dans 1 ’Edinburgh journal de janvier 1 8è0. Déjà le professeur Héring, de Stuttgard , avait tenté plusieurs expériences sur cet objet avec du cyanure de potassium et avait obtenu des résultats analogues. (Voy. Journal des Progrès , tom. X, année 1828). Quatre grammes d’ammoniaque concentrée sont injectés avec 20 grammes d’eau dans la veine d’un chien ; pendant ce temps on tenait tout auprès et au-dessous de ses narines une baguette de verre qu’on venait de plonger dans de l’acide chlorhydrique très fort; à peine quatre secondes s’étaient écoulées depuis l’introduction de la première goutte de la solution d’ammoniaque dans les veines,

(1) Mémoires de l'Académie royale de Médecine, T. 8e, année 1810.

(2) Journal de Chimie médicale, année 1842.

(3) Jouru. de Pliarm., avril 1824 , Mémoire de M. I.assaigne.

que déjà on remarquait la présence de cet alcali dans l’air expiré aux vapeurs blanches abondantes qui se dégageaient autour de la baguette de verre imbibé d’acide chlorhydrique. En quatre secondes , l’ammoniaque avait donc passé de la veine jugulaire dans les cavités droites du cœur, et de là dans les capillaires pulmonaires, et enfin avait traversé toute l’étendue des voies aériennes.

2°L ’npas antiar, l’acide arsénieux, l’acide oxalique, l’infusion de tabac, injectés en solution dans les veines, arrêtent les mouvements du cœur dans l’espace de sept à quatorze secondes.

3° Des expériences semblables faites avec la noix vomique et d’autres poisons d’une grande énergie ont prouvé qu’il s’écoulait toujours entre le moment où le poison est mis en contact avec l’économie animale, et celui où commencent les premiers accidents, un intervalle au moins de douze ou quinze secondes, intervalle qui suffit pour expliquer la transmission des principes vénéneux par la circulation, sans qu’on ait besoin d’admettre l’action du système nerveux pour expliquer cette transmission. Mais l’auteur va plus loin encore et démontre par une autre série d’expériences que plus la partie du système vasculaire dans laquelle on introduit le poison est près des centres nerveux, plus son action est rapide; et cela se conçoit, puisqu’on injectant dans l’aorte un poison qui agit sur les centres nerveux, la distance qu’il doit parcourir pour parvenir à ces centres est beaucoup moindre que quand on l’injecte dans le système, veineux. Ainsi on fait arriver dans l’aorte, au moyen d’un tube introduit dans l’artère axillaire, 25 centigrammes de woorara dissous dans 8 grammes d’eau; les premiers symptômes de l’action du poison se développent au bout de sept secondes, tandis qu’il faut vingt secondes si la dissolution a été injectée dans la veine jugulaire.

Zi» De la strychnine injectée dans la veine jugulaire est arrivée très promptement aux extrémités capillaires des artères coronaires. Ce transport s’est opéré chez le cheval en seize secondes , chez le chien en dix, chez le lapin en onze et chez le poulet en six. (Ibid., janvier 18A1 ).

5° Le simple contact du poison avec une large surface ne produit pas d'action générale , tant que le poison n’est pas entré dans la grande circulation. Après avoir ouvert l’abdomen d’un chien, on lui pratiqua la ligature des vaisseaux qui traversent le foie , puis on lui injecta dans l’estomac , par une ouverture faite aux parois abdominales , 12 gi arnmes d acide cyanhydrique de Scheele. Dix minutes sc passent sans qu on observe le plus léger effet. Alors on retire la ligature appliquée sur la veine porte , et au bout dW minute l’effet du poison commence à se manifester. La ligature est aussitôt réappliquée , mais

l’aniinal allait périr si on n’cût eu recours à la respiration artificielle. Au bout (le huit minutes ce chien était assez bien pour respirer sans ce secours; on retire encore une fois la ligature , et l’animal mourut deux minutes après. ( Ibid. , janvier 1860. )

Cherchons maintenant à exposer les considérations qui nous feront admettre ou rejeter V absorption quand la substance vénéneuse ne sera pas décelée dans le sang ou dans les viscères.

A. J1 est évident que si la substance vénéneuse appliquée sur le tissu cellulaire n’exerce qu’une légère action locale, et détermine, peu de temps après son application, des vomissements, des vertiges, des mouvements convulsifs, et la mort, dans l’espace de quelques heures , on doit admettre qu'elle a été absorbée.

B. A plus forte raison affirmera-t-on, sans craindre de se tromper, que la substance vénéneuse a clé absorbée dans le cas où son application sur le tissu cellulaire a été immédiatement ou presque immédiatement suivie de symptômes plus ou moins graves , terminés par la mort, et qu’à l’ouverture du cadavre on découvre des inflammations dans les pourrions, dans le cœur ou dans le canal digestif. Il paraît encore certain qu’e//e a élé absorbée , mais d’une manière lente, lorsqu’étant peu soluble dans l’eau, son application sur le tissu cellulaire n’est suivie d’aucun symptôme remarquable avant vingt-quatre ou trente-six heures, que la mort tarde deux ou trois jours à survenir, et que l’action locale inflammatoire, peu intense, ne peut pas être regardée comme cause de la mort.

C. Nul doute que le poison ne soit absorbé dans les cas où son application extérieure et son introduction dans l’estomac, le rectum, les veines , les cavités thoracique et abdominale, sont exactement suivies des mêmes symptômes , et où la mort a lieu d’autant plus vite que les parties avec lesquelles il a été mis en contact le font communiquer plus promptement avec le sang, où bien contiennent un plus grand nombre de vaisseaux absorbants lymphatiques et veineux.

D. Il est encore très facile de conclure que la substance vénéneuse n'a pas été absorbée lorsque son application sur le tissu cellulaire n’est suivie d’aucun symptôme général , et qu’elle s’est bornée à produire une escharre étendue.

E. Mais pourra-t-on conclure que la substance vénéneuse a été absorbée dans les cas où elle développe une inflammation très intense du tissu cellulaire avec lequel elle a été mise en contact , que la mort a lieu du premier au deuxième jour, que l’animal n’a point vomi, que l’on ne découvre aucune lésion des organes principaux après la mort, et que cependant le poison est dissous dans l’eau et placé près des vaisseaux lymphatiques et d’une multitude de ramifications vei-

neuses? Plusieurs substances, parmi lesquelles je citerai l’euphorbe, Yiatropha curccts, etc. , sont clans ce cas. Je pense , 1° qu’il est inutile d’admettre l’absorption d’aucune de ces matières pour expliquer les phénomènes qu’elles produisent ; 2° qu’il est pourtant probable qu’elles sont absorbées. La première de ces propositions paraîtra évidente lorsqu’on se rappellera que l’application de ces substances détermine une inflammation intense accompagnée de vives douleurs , qui peut être comparée à une brûlure étendue ; or, nous savons que , dans les affections de cette nature , la lésion sympathique du système nerveux a souvent occasionné chez les animaux une mort prompte sans qu’il y ait eu absorption. Comment le système nerveux a-t-il été affecté?... Quoi qu’il en soit , tout porte à croire qu’indépendanunent de l’irritation locale qu’elles déterminent, ces substances sont absorbées, et vont porter leur action sur quelques uns des organes les plus importants de l'économie animale.

Après avoir exposé les principales données à l’aide desquelles on peut décider si une substance vénéneuse a été absorbée, lorsqu’on ne la découvre pas dans le sang ou dans la trame de nos tissus , je dois faire connaître un certain nombre de résultats relatifs à leur absorption :

1" Les émissions sanguines favorisent l’absorption des poisons.

2° On peut établir d’une manière générale que X absorption d’une substance vénéneuse soluble dans l’eau ou dans un autre liquide est beaucoup plus rapide lorsqu’elle est employée dissoute que dans le cas où elle est solide; ainsi la dissolution d’extrait aqueux d’opium déterminera des effets funestes peu de minutes après son application sur le tissu cellulaire de la cuisse , tandis que le même extrait solide et à la même dose agira beaucoup plus lentement.

3° On se tromperait pourtant si on niait l’absorption d’un certain nombre de poisons peu solubles; en effet, l’acide arsénieux, dont la solubilité dans l’eau est si peu marquée , est absorbé avec rapidité, car il suffit d’en appliquer vingt ou vingt-, cinq centigrammes à l’état solide sur le tissu cellulaire sous-cutané d’un chien assez fort pour déterminer la mort au bout de quelques heures.

k" L’absorption des poisons appliqués à l’extérieur est en général plus considérable dans les parties qui contiennent un plus grand nombre de vaisseaux absorbants lymphatiques et veineux. Cependant il est des cas dans lesquels le lieu sur lequel ils sont appliqués n’influe en aucune manière sur l’énergie de cette fonction ; que l’on mette vingt-cinq centigrammes d’acide arsénieux sur le tissu cellulaire du dos ou de la partie interne delà cuisse d’un chien, la mort, aura lieu dans l’un et l’autre cas au bout de trois, quatre ou six heures; il

arrivera même que le chien sur le clos duquel le poison aura été appliqué périra plus vite, tout étant égal d’ailleurs; au contraire, la même dose de sublimé corrosif occasionnera la mort au bout de quinze à vingt-quatre heures si on a mis ce sel en contact avec le tissu cellulaire de la cuisse , tandis que l’animal vivra six ou sept jours si le sel a été appliqué sur le dos.

5° L’absorption de certaines substances vénéneuses a lieu sans qu’elles soient immédiatement en contact avec les tissus des animaux. Ainsi le sel ammoniac (chlorhydrate d’ammoniaque) , d’après les expériences de M. Smith, est absorbé lorsqu’on l’introduit dans un sachet de linge que l’on applique sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien. Il en est de même de l’acide arsénieux, etc.

6° Il est des substances vénéneuses qui sont entièrement absorbées, et dont on ne trouve aucune trace lorsqu’après la mort on examine attentivement les parties sur lesquelles elles avaient été appliquées. Il en est au contraire un très grand nombre dont l’absorption n’est que partielle , et que l’on retrouve en grande partie sur le lieu où elles avaient été posées. Ainsi , que l’on applique sur le tissu cellulaire huit grammes d’une poudre végétale vénéneuse, il pourra se faire qu’après la mort de l’animal il en reste encore cinq , six ou sept grammes : il semble qu’il n’y ait eu (l’absorbé que la partie active. Dans d’autres circonstances , lorsqu’on applique , par exemple , sur le tissu cellulaire la partie éminemment vénéneuse d’une poudre végétale , la totalité n’est pas absorbée, parce que la vie est promptement détruite , et que l’absorption cesse avec elle.

7" On peut empêcher l’absorption de plusieurs substances vénéneuses , et peut-être de toutes celles qui sont appliquées à l’extérieur, en employant une pompe aspirante (sorte de ventouse) que l’on fait agir sur toute la surface de la plaie sur laquelle on a mis le poison. Le docteur Barry, médecin anglais , a lu à l’Académie royale de .Médecine, dans le courant d’août 1825, un mémoire intéressant sur cet objet, dans lequel il établit que des animaux soumis à l’influence de la strychnine et de l’acide cyanhydrique à deà doses suffisantes pour les faire périr, ne meurent pas, et se rétablissent même assez promptement, si on applique la ventouse à temps et qu’on la laisse agir au moins pendant une demi-heure. Ces expériences, dont les résultats sont exacts, portent l’auteur à croire, non seulement que la ventouse pompe la partie du poison qui n’a pas été absorbée, mais encore une portion de celui qui est déjà dans les vaisseaux veineux et lymphatiques, celle, par exemple, (pii avoisinerait la plaie. Quoiqu’il en soit de celte dernière opinion , je pense qu’il serait utile de déterminer

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES, sur un plus grand nombre de substances vénéneuses, et notamment sur le venin de la vipère , les diverses époques de l’empoisonnement auxquelles il est encore possible d’empêcher l’absorption. Le traitement de la morsure de reptiles venimeux et des animaux enragés peut être singulièrement perfectionné par les travaux ultérieurs qui pouiraient être faits à cet égard.

Observations. — Indépendamment des moyens que les expériences fournissent aux physiologistes pour déterminer le mode d’action des substances vénéneuses , on doit encore tirer parti de 1 observation des effets qu’elles produisent sur l’homme qui , par une cause quelconque , est soumis à leur influence. Mais les secours tirés de cette source sont beaucoup plus limités qu’on ne le croirait d’abord : en effet, 1° les cas d’empoisonnement chez l’homme sont heureusement trop rares pour que l’on puisse observer un assez grand nombre de fois les phénomènes déterminés par l’immense série des poisons connus ; 2“ l’influence de l’âge , de la constitution et des passions sur les symptômes développés par les substances vénéneuses est trop marquée pour que deux individus empoisonnés par la même matière présentent exactement le même état , et soient propres à l’étude des poisons; 3° la rapidité avec laquelle certaines substances vénéneuses sont vomies et expulsées par les selles , la nécessité dans laquelle on est de favoriser promptement ces évacuations pour rétablir la santé des individus empoisonnés, sont autant d’obstacles qui s’opposent à ce que l’on apprécie tous les effets qu’aurait produits le poison si l’individu eût été abandonné à lui-même ; h° enfin il est rare que l’on puisse observer sur l’homme les symptômes développés par les poisons appliqués à l’extérieur, introduits dans les veines, la plèvre ou le péritoine : or, il est presque impossible de connaître au juste l’action des poisons si on n’a pas constaté les effets qu’ils déterminent lorsqu’ils ont été mis en contact avec ces différents tissus. Il suit de ces diverses considérations que l 'étude physiologique des poisons doit avoir pour base les expériences sur les animaux, et que les observations d’empoisonnement chez l’homme , lors même qu’elles sont bien faites , sont loin d’être aussi utiles qu’on pourrait l’imaginer au premier abord.

Je dirai h celte occasion qu’Anglada et après lui M. Devergie ont confondu des choses qui ne devraient pas l’être. Ainsi, de ce qu’il faut une dose plus forte ou plus faible d'un poison pour produire chez l’homme et chez les chiens un certain nombre d’effets déterminés, s’ensuit-il que ces effets doivent être différents? Non, certes; et ces médecins auraient pu s’en convaincre s’ils s’étaient donné la peine de faire quelques expériences.

SECOTÏD PROBLÈME.

Déterminer quels sont les moyens généraux propres à combattre les effets des poisons introduits dans le canal digestif.

Il est d’autant plus impôt tant de fixer l'attention du lecteur sur le traitement de l'empoisonnement considéré: d’une manière générale, que les médecins ne sont pas d’accord sur les avantages des diverses méthodes qui ont été proposées. Les uns pensent qu’il n’existe point de contre-poisons , et qu’en supposant même qu’il y en ait , il est dangereux do les employer. « Les spécifiques , dit Portai, sont recommandés aujourd’hui par quelques chimistes habiles, et par des médecins dont la clinique n’est pas encore bien avancée , presque toujours d’après les seuls résultats de quelques expériences sur les animaux vivants. » Voici comment les partisans de cette doctrine croient que l’on doit traiter l’empoisonnement : « Si le médecin arrive auprès du malade avant que les signes d’inflammation abdominale soient prononcés , il prescrit les vomitifs et les lavements purgatifs , le plus promptement possible , afin d expulser hors du corps le foyer vénéneux, de quelque nature qu’il soit. Mais si l’inflammation de l’estomac est déjà caractérisée par des vomissements violents, des douleurs vives du bas-ventre , la tension des parois musculaires de cette cavité, les mouvements convulsifs, la fièvre plus ou moins vive, par l’urine qui est rouge, sanguinolente, alors, de quelque espèce «pie soit le poison avalé, le médecin ne prescrit ni ne doit prescrire le vomitif, parce qu’il serait funeste, et qu’il ajouterait à la cause du mal au lieu de la détuire. Les boissons adoucissantes , émollientes , légèrement anodines, sont les seules qui conviennent alors : aussi doivent-elles être abondammçnt prescrites : elles ne peuvent jamais être nuisibles en pareil cas, quand bien même elles faciliteraient les vomissements , parce qu’elles n’opéreraient cet effet qu’en relâchant le tissu des parties et non en l’irritant. » (Portal, Mémoires sur la nature et le traitement île plusieurs maladies, 4« année, 1819, pag. 309 et 310. )

Il résulte évidemment de ce qui précède que Portai proscrit l’emploi des antidotes dans le traitement de l’empoisonnement; ce qui prouve qu’il ne les croit utiles dans aucun cas. Cependant on lit , page 312 de l’ouvrage cité, une assertion qu’il est difficile de concilier avec les deux passages que je viens de transcrire. « S'il n’existe pas, dit-il , des symptômes d’inflammation , il faut, dans le cas d’empoisonnement par le tartre stibié, prescrire l'infusion de quinquina.

Fourcroy et Berfhollet ont cité d’héureüx exemples de guérison d’tnflammalion abdominale causée par de fortes doses d émétique, pat la boisson d’infusion de quinquina. » Le quinquina agit-il autrement qu’en décomposant l’émétique , et en le transformant en une substance qui est sans action délétère sur 1 économie animale ; en un mot, ie cjiilriquind n’est-il pas le contre-poison de 1 émétique? Donc, potif être conséquent , Portai aurait dû reconnaître 1 avantage de l’emploi dès siibstaiîces qui sont les antidotes des sels de mercure , dè cintre , de ploihb, etc. , au moins lorsqu’il n’existe pas de symptômes 'd'inflammation. Portai ajoiite, page 319 : » A peine peut-on citer quelques exemples de leurs succès ( en parlant des antidotes ) ; tandis f|ii’il y a une si grande quantité d'heureux traitements par la méthode que je viens d’exposer, que nos livres en sont pleins, etc. » Le savant médecin dont je combats ici l’opinion n’ignorait point combien les cas d’empoisonnement sont rares ; il savait que les contrepoisons dont il cherche à contester l’utilité n’ont été proposés , poür la plupart, que dans le courant de l’année 1813 , et que beaucoup de praticiens les ont rejetés, sans appel, avant de les connaître. Néanmoins, je puis affirmer que plusieurs médecins français et étrangers ont constaté p,ir des observations recueillies chez l’homme que les résultats deiiies expériences sont exacts ; loin de regarder les essais faits sur les animaux comme insignifiants, ils y ont attaché beaucoup d’importance , et leurs efforts ont été couronnés de succès. Parle-t-on sérieusement lorsque, pour annuler des données fournies par des expériences faites sur les contre-poisons, on dit qu’elles ont été tentées sur des animaux seulement? Je ne le pense pas. En effet, que l’on introduise de l’acétate de plomb dans un verre , dans un pot, dans l’estomac d’un chien ou d’uii homme ; que l’on verse par-dessus du sulfate de soude ( contre-poison du sel de plomb) : aussitôt qu’il y aura contact , le poison sera décomposé, le contre-poison aura produit tout l’effet que l’on en attendait. Que l’on substitue à l’acétate de plomb, les sels de mercure, de cuivre, et au sidfate de soude de l’albumine, on obtiendra des effets diidlogucs. N’a-t-on pas lieu de s’étonner maintenant lorsqu’on entend dire que la décomposition du poison par le contre-poison a lieu dans l’estomac d’un chien, tandis qu’elle ne se fait pas chez l’homme? C’est comme si l’on disait : par cela seul que le poison et le contrepoison sont mêlés dans l’estemne de l’homme, l'action chimique de l’un sitr l'autre cesse. Cette décomposition efct indépendante du vase dans leqitel elle s’opère ; pourvu que le contact ait eu lieu entre le poison et le contre-poison , peu importe la nature du vase qui contenait le mélange. Notez que le même médecin qui tiendra ce langage n’hésitera pas h administrer

de la magnésie calcinée lorsqu’il soupçonnera la présence d’une trop grande quantité d’acide dans l’estomac; dans ce cas, il admettra que la magnésie s’empare de l’acide dans l’estomac , comme elle le ferait dans un vase inerte.

On doit distinguer deux époques dans le traitement de l’empoisonnement, ainsi que je l’ai établi dans la première édition de ce Traité. 1° Il n’y a pas long-temps que le poison a été avalé; il se trouve dans le canal digestif; il faut, autant que possible, l’empècher d’agir en le chassant , soit par le haut, soit par le bas , ou en le combinant avec une substance qui neutralise scs propriétés vénéneuses : cet objet étant rempli, on doit combattre les symptômes qui ont été déterminés par le poison , à l’aide de moyens qui varient suivant les cas. 2° Le poison est avalé depuis long-temps ; des vomissements, des selles ont eu lieu; tout annonce que la substance vénéneuse , qui n’a point agi, a été entièrement expulsée : on compromettrait la vie du malade si , dans ce cas, on s’obstinait à vouloir décomposer le poison : il faut tout simplement s’opposer aux progrès de la maladie par les moyens généraux appropriés.

Première époque. — Il faut débarrasser le malade de la substance vénéneuse qui n’aurait point encore agi ; car si elle continue d’exercer son action sur le canal digestif, les accidents seront singulièrement aggravés, et les médicaments employés produiront à peine de bons effets. Or, il y a deux moyens d’empêcher l’action des poisons sur le canal digestif : le premier consiste à les faire rejeter par haut ou par bas ; le second a pour objet de les neutraliser de manière à ce qu’ils n’exerceut plus aucune action délétère sur nos tissus.

Evacuants. — Les médicaments que l’on emploie pour déterminer le vomissement dans l’empoisonnement sont de deux sortes : les uns sont vraiment émétiques; tels sont le tartre stibié, le sulfate de zinc , etc. : on en fait usage lorsque la substance vénéneuse introduite dans l’estomac n’est point irritante ; les autres sont aqueux , mucilagineux, adoucissants, et ne font vomir qu’en distendant l’estomac et en le forçant à se contracter : on les emploie dans les empoisonnements par les poisons irritants, âcres et corrosifs. On voit évidemment que, dans ce cas, il serait dangereux d’avoir recours â des vomitifs énergiques, qui augmenteraient l’irritation de l’estomac.

Quels que soient les évacuants dont on croira devoir faire usage, il sera souvent avantageux de les introduire dans l’estomac h l’aide d’un appareil dont on s’est disputé à tort l’honneur de la découverte dans ces derniers temps (1) , et qui est disposé de manière à ce que

(I) l’Iusicurs journaux ont annoncé, en 182-i, la découverte importante qui

l’on puisse retirer les liquides contenus dans ce viscère. Voici la description ,ic l’appareil telle qu’elle a été donnée dans le liulletin de Pharmacie : « On se procure une seringue d’une grande capacité, à laquelle on adapte une canule en tissu élastique , pareille aux sondes creuses de caoutchouc, qui aura six décimètres de long et une entrée de deux centimètres de diamètre , c’est-à-dire assez grande pour recc- \oir le canon de la seringue; ce diamètre ira en diminuant jusqu’à ce qu’il n’ait plus que six millimètres , non compris l’épaisseur des parois , qui est partout de deux millimètres. L’autre extrémité de la canule sera assez pointue pour faciliter l’introduction, et cependant assez arrondie pour ne pas léser les organes. Les ouvertures, au nombre de deux, seront pratiquées latéralement à différente hauteur, mais l’inférieure toujours au bout de la canule. On tient prêle une assez grande quantité d’eau tiède; on introduit la canule dans la bouche, l’œsophage, et même assez avant dans le ventricule; on évite la rencontre du larynx pour peu ([tic l’on porte l’extrémité de la canule en arrière. Le sentiment de gêne qu’elle produit ne doit pas arrêter. Parfois, la contraction de l’œsophage étant fort vive, un peu d’effort de la part de l’opérateur est un mal nécessaire et léger en comparaison de celui auquel est exposé le malade. La canule étant adaptée comme nous l’avons dit plus haut, l’on injecte dans l’estomac l’eau tiède contenue dans la seringue; puis, quand la seringue sera vidée , on aspirera la même eau chargée de poison dissous. On réitérera celte opération avec célérité, et cela autant de fois qu’il sera nécessaire pour laver complètement l’estomac. Plus l’introduction de l’eau dans l’œsophage et son impulsion seront abondantes et réité-

venait d’être faite en Angleterre, d’nne seringue métallique terminée par un tube placé à angle droit, qui permet d’introduire dans l’estomac des personnes empoisonnées une quantité considérable de liquides, et de les retirer après avoir dissous le poison. Un chien empoisonné par l’opium fut guéri sur-lechamp à l’aide de l’appareil en question. Une dame qui voulait se suicider, et qui avait pris du laudanum, fut rendue à la vie.

On ne larda pas à réclamer la priorité de celte découverte en faveur de Uupuytrcn. On rappela la description de l’instrument de ce professeur, donnée en février I S 1 0 dans le fhitlciin de Pharmacie : il eût été plus exact de dire que dès l’an x de la république, /ienuult et Dupuytren avaient fait connaître des résultats semblables aux précédents [vouez la Dissertation inau- (jurnle de Renault , an x , n° 3 ) , et (pic déjà , en 1744 , le célèbre Bocrhaave disait, dans son article des Antidotes, qu'il fallait employer un instrument analogue, comme on peut en juger par le passage suivant : « Quando rero liomiites ita convulsi saut, ni nihil detjlulianl, débet prtesto esse canalis metallicus flovilis , qui supra linguatn ail tnetnbranain tinte vertebras anleritts snccintjii haie in reniriculum distenilalnr , per eum médicamenta injiccre oporlet, » ( Prœlec doues Acad., loin, vi, pag. 338. Gottingw, 1744.)

rocs, plus le malade sera promptement soulagé, et moins les suites de l’empoisonnement seront graves. On sait qu’il est des substances vénéneuses solides, telles que l’opium, qui ne peuvent être sur-lechamp entraînées par l’eau introduite dans l’estomac; mais cette eau peut dissoudre et enlever d’abord ce qui était dissous, et même les matières administrées en poudre fine dans des liquides. »

On devra surtout avoir recours h l’appareil dont il s’agit lorsque les émétiques ou les boissons prescrites ne déterminent point le vomissement, ou que le malade ne peut pas avaler, soit parce qu’il éprouve un resserrement convulsif des mâchoires, une constriction h la gorge, ou par toute autre cause.

Contrepoisons. — - On désigne sous le nom de contre-poison ou à' antidote toute substance jouissant des propriétés suivantes :

lu Elle doit pouvoir être prise h grande dose sans aucun danger.

2" Elle doit agir sur le poison , soit liquide, soit solide , à une température égale ou inférieure à celle de l’homme.

3° Son action doit être prompte.

h° Elle doit être susceptible de se combiner avec le poison ou de le décomposer au milieu des sucs gastrique , muqueux , bilieux et autres que l’estomac peut contenir.

5° Enfin , en agissant sur le poison, elle doit le dépouiller de toutes ses propriétés délétères.

Il existe des substances médicamenteuses qui forment avec certains poisons des composés beaucoup moins vénéneux que cès poisons, mais qui sont encore délétères ; on ne saurait les considérer comme des contre-poisons parfaits , ce sont des médicaments qu il faudra se hâter d’employer, jusqu’à ce que l’on en aitdécouvert d’autres qui soient capables de dépouiller ces poisons de toutes leurs propriétés délétères. On peut donc diviser les contre-poisons en deux sections : 1° ceux qui annulent complètement les qualités délétères des poisons; tels sont les sulfates solubles pour les sels de barium et de plomb , les chlorures solubles pour les sels d’argent, etc; 2° ceux qui diminuent notablement les effets funestes des poisons; tels sont 1 albumine pour les sels de mercure et de cuivre, la noix de galle pour l’opium, etc.

Renault , dans une dissertation sur les contre-poisons de 1 acide arsénieux , après avoir indiqué toutes les qualités des contre- poisons (1), insiste sur la nécessité d’essayer sur les animaux vivants les différents réactifs proposés comme tels, et de les forcer à séjourner dansl esto-

(I) Nouvelles expériences sur tes contre-poisons de l'arsenic, dissertation soutenue à l’Ecole de Médecin^, an x, p. 3.

J’ai omis à dessein de parler d’une condition dont Renault fait mention ,

CONSIDERATIONS GTiNfiRAOS. 19

niac avec la Substance vénéneuse, afin que rien ne soit expulsé par le vomissement. En effet /on ne peut affirmer qu’une substance soit l’antidote d’un poison qu’autant que l’on a empêché le vomissement chez les animaux soumis aux expériences , car le rétablissement de l’animal peut dépendre de l’expulsion du poison sur lequel le réactif chimique n’a exercé aucune influence; ces sortes d’expériences ne sauraient donc avoir de valeur que dans le cas où le vomissement n'a pas eu lieu.

On dira peut-être qu’il est aisé de s’assiîrer si une substance est l’antidote d’un poison , en ayant égard à la durée de la vie des animaux empoisonnés et auxquels on a administré quelque contre-poison. Je crois cette assertion plus propre h induire en erreur qu’à nous éclairer : en effet , le degré de vitalité des animaux varie trop pour qu’on v puisse compter d’une manière absolue. Je puis assurer, d’après un très grand nombre de faits , a qu’un animal dont l’œsophage est maintenu lié, et auquel on n’a fait prendre aucune substance vénéneuse, vit quelquefois deux jours moins qu’un autre de la même espèce et de la même taille auquel on a fait avaler un poison , et qui d’ailleurs est placé dans les mêmes circonstances ; b que la mort arrive souvent deux ou trois jours plus tard chez un animal qui a pris une substance vénéneuse à la même dose qu’un autre animal de même espèce, leurs œsophages ayant été percés et liés. Il est donc impossible de tirer aucune conclusion rigoureuse si l’on a seulement égard au nombre de jours qui s’écoulent depuis le moment où l’animal a été empoisonné jusqu’à celui delà mort. Toutefois , il faut excepter quelques uns des poisons , comme le sublimé corrosif et les acides concentrés , dont le mode d’action est tellement énergique et constant , qu’ils déterminent toujours la mort en quelques heures. Que l’on introduise, par exemple , dans l’estomac d’un chien h grammes de sublimé corrosif dissous dans 250 grammes d’eau , et dans celui d’un autre chien de même taille une pareille quantité de ce corps mêlé avec 300 grammes du même liquide, dans lequel on aura préalablement délayé l’albumine provenant de 5 ou 6 blancs d’œufs, qui, comme je l’ai prouvé , est le contre-poison du sublimé , le premier périra constamment dans l’espace de quelques heures , le second vivra deux ou trois jours, les œsophages de ces animaux ayant été percés d’un trou et liés.

Lorsqu’il est avéré qu’un poison corrosif détermine l’inflammation,

et qui ne me parait pas exacte. Il dit « que les contre-poisons doivent être » dissolubles dans l'eau et dans les liqueurs animales : » or, il est évident que a magnésie, qui, de l’aveu de tous les praticiens, est un des meilleurs contrepoisons des acides minéraux , est un corps insoluble dans l’eau.

l’ulcération , la scarification d’une ou de plusieurs parties du canal digestif, on doit sans hésiter reconnaître comme contre-poison de cette substance le réactif chimiquequi l’empêche de .produire tous cesdésordres, quelle que soit l’époque à laquelle la mort survienne.

Le mot contre-poison a, parmi beaucoup de médecins, deux acceptions différentes : tantôt ils appellent ainsi une substance capable de décomposer rapidement le poison dans l’estomac , et de former avec lui une matière insoluble et sans action sur l’économie animale; tantôt ils donnent ce nom à tout médicament qui, ne jouissant en aucune manière de la faculté de décomposer la substance vénéneuse ni de se combiner avec elle, diminue les effets auxquels elle a donné lieu, calme les accidents de la maladieet peut même les faire disparaître. Il est inutile de faire sentir combien la dénomination de contre-poison convient peu à ces derniers médicaments : par exemple , n'est-il pas inconvenant de dire que les sangsues, les bains, les fomentations émollientes, les lavements, voire même la diète, sont des contre-poisons des substances irritantes parce qu’ils ont souvent fait disparaître les symptômes d’inflammation qui avaient suivi l'ingestion d’un poison corrosif quelconque, que le café est le contre-poison de l’opium, comme le veut M. Devergie, parce qu’il dissipe les symptômes de narcolisme? Et combien d’autres exemples de ce genre ne pourrais-je pas rapporter!

Un esprit juste n’admettra comme contre-poisons que les substances qui agissent contre h poison en le neutralisant ou en le décomposant, et non contre la maladie qu’il a déterminée.

Deuxième époque. — Si le médecin est appelé auprès du malade long-temps après l’introduction du poison dans le canal digestif, lorsque la substance vénéneuse a été entièrement expulsée avec la matière des vomissements ou des selles , loin de chercher à faire usage des antidotes ou des vomitifs, qui pourraient être nuisibles dans beaucoup de cas, il doit examiner attentivement l’état de l’individu, la nature des symptômes qui se sont développés, les organes qui ont été primitivement ou secondairement affectés, le genre de poison auquel on peut attribuer les accidents, et agir différemment suivant qu’il se présente telle ou telle autre indication à remplir. Je me garderai bien de donnera cet égard des préceptes généraux, le mode de traitement qu’il convient de suivre dans un cas pouvant être funeste dans une antre circonstance; toutefois, comme il est avéré par mes expériences que la plupart des poisons, pour ne pas dire tous, sont absorbés, et qn’après avoir séjourné pendant un temps plus ou moins long dans nos organes, ils sont, expulsés par Y urine et peut-être aussi par la voie de quelques autres excrétions , il est évident qu’en favorisant la sécrétion de l’urine , à l’aide de diurétiques doux et aqueux . donnés à rertui-

nés périodes de C empoisonnement , on débarrassera ces organes au moins d’une partie de la substance vénéneuse et l’on hâtera le rétablissement.

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