‹ Traité de toxicologie (volume 4)Chapitre 77 sur 107 · DU MERCURE MÉTALLIQUE · texte numérisé non relu

DU MERCURE MÉTALLIQUE

fonde de l’intelligence s’est manifestée, et son intensité est arrivée à un tel point, qu’il y a lieu de craindre que la jeune Louise reste dans une idiotie complète. MM. Ollivicr d’Angers et Roger de l’Orne attribuent avec juste raison une perturbation aussi profonde dans les facultés intellectuelles à l’âge des deux enfants, qu’une organisation plus délicate que celle des adultes peut rendre plus accessibles à l’action des vapeurs mercurielles. (Annales d'hygiène , avril 1841.)

En examinant les effets qui se sont manifestés chez les individus exposés à l’action des vapeurs mercurielles , on peut les réduire aux suivants : tremblement et paralysie des différents membres , vertiges , perte de la mémoire et des autres facultés intellectuelles , salivation et ulcération des différentes parties de la bouche , coliques , asphyxie , asthme, hémoptysie, atrophie, apoplexie, mort.

Il est cependant bon de noter que le séjour dans une atmosphère qui renferme une petite proportion de vapeur mercurielle ne paraît point nuisible , du moins d’après ce que l’on voit dans les hôpitaux des vénériens , où les élèves ne contractent jamais la maladie mercurielle, quoiqu’ils soient journellement en contact avec des individus soumis h l’usage de frictions mercurielles. Cela dépendrait-il de ce que les salles de ces hôpitaux sont en général spacieuses, surtout relativement à la petite quantité de vapeur mercurielle qui se forme , ou bien de ce que, par son union avec la graisse , le mercure serait retenu et ne se volatiliserait que plus difficilement?

Le mercure métallique doit-il cire considéré comme un poison?

Cette question me paraît avoir été fort mal envisagée jusqu’à présent. On trouve des auteurs qui affirment que le mercure est doué des qualités les plus malfaisantes; d’autres, au contraire, assurent qu’il n’y a aucun danger à prendre une forte dose de ce métal.

1° Zwinger dit qu’un homme tourmenté depuis long-temps par des coliques épouvantables, prit, le troisième jour de sa maladie, 120 grammes de mercure cru qui n’occasionna d’abord aucun accident; mais que le septième jour il se déclara un llux de salive très abondant, qui continua le lendemain sans gonllement de la langue ni des glandes de la bouche. Le neuvième jour, le malade rejeta le mercure par les selles et il fut presque guéri. Le métal expulsé était à l’état naturel, excepté quelques particules qui parurent corrodées (1).

2° Labofde rapporte l’observation d’un individu qui garda dans le corps, pendant quatorze jours, environ 210 grammes de mercure mé-

i liphèmtridt* île-, f'ur. de lu Nul., déc. ii , an 0 ( I(i88 ) , obs. ccxxx . par Théodore Zwinger.

taliique , et qui fut atteint d’une salivation abondante accompagnée d’ulcères à la bouche et de paralysie des extrémités (1).

3“ Paul Jalon parle d’un homme qui se servit, pour faire passer une gale , d’une ceinture de drap rouge dans laquelle était renfermé du mercure: au bout de deux jours il fut attaqué de douleurs, d’aph thés et d’inflammation à la langue, au palais, au gosier, aux gencives, aux lèvres, dans toute la cavité de la bouche; il s’y fit un gonflement si considérable , et il y aborda une si grande quantité d’une humeur visqueuse , que les passages étant presque bouchés , le malade ne pouvait boire, manger, parler ni presque respirer; son visage était prodigieusement enflé et livide : en un mot il était menacé d’une suffocation prochaine. En lui ôtant la ceinture on trouva qu’elle renfermait du mercure avec de la graisse. La saignée et les lavements purgatifs suffirent pour calmer les accidents dans l’espace de huit jours (2).

4° M. le docteur Pinjon , médecin de Saint-Étienne , m’a transmis le 10 avril 1842 le fait suivant :

Observation. — La femme Nanta, âgée de quarante-deux ans, demeurant dans la commune d’Outre-fureus (banlieue de Saint-Étienne), d’une forte constitution, fit, le 23 janvier dernier, un violent effort pour soulever son lit. Aussitôt après elle ressentit une douleur vive dans le basventre ; elle s’en occupa peu d’abord ; mais cette douleur ayant augmenté et d’autres symptômes étant survenus, elle me fit appeler le 3 février, onze jours après l’accident. Je la trouvai dans un état d’anxiété vive. La douleur, d’abord limitée , s’était étendue à tout le ventre ; celui-ci était distendu , sonore à la percussion. L’estomac rejetait toutes les boissons ; aucun aliment n’avait été pris depuis plusieurs jours. La langue était humide et légèrement blanche, la soif nulle, les urines rares, la constipation opiniâtre ; les lavements ne pouvaient être reçus qu’en petite quantité et ne ramenaient aucune matière alvine. Le pouls était petit, serré et fréquent , la peau froide et visqueuse. Je pratiqùai le cathétérisme et n’obtins que quelques gouttes d’urine épaisse , huileuse ; la vessie était fortement refoulée vers le vagin. Mon doigt introduit dans le rectum sentit une tuméfaction considérable, pesante et douloureuse au toucher. Aucun symptôme ne permettant de croire à une hernie, je diagnostiquai un volvulus avec inflammation vive, et je prescrivis les antiphlogistiques et des laxatifs légers. Le lendemain l’état était le môme ; les boissons avaient été rejetées. J’informai les parents de l’issue probable de la maladie, et d’autres médecins furent successivement appelés. Leur diagnostic fut semblable à celui que j’avais porté; le traitement conseillé par l’un d’eux seulement fut différent ; il employa le mercure métallique : 750 grammes furent ordonnés à prendre en trois fois, matin et soir; 500

(1) Laborde , Journal de Médecine, tom. r. , p. 3.

(2) Ephémirides des Cur., obs. cvn, déc. u, an 6 (IG87).

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