PRÉPARATIONS MERCURIELLES
Faisant application de ces données à l’affaire de la daine Yilloing,
ic résumai ainsi ma consultation .
1« Il est impossible d 'affirmer que cette femme soit morte empoisonnée, parce qu’on n’a découvert aucun poison dans les matières soumises à l’examen des experts; 2“ dans l’espèce, on ne saurait considérer comme des traces d’une substance vénéneuse le meicuie métallique qui existait dans le canal digestif, parce que ce métal, en admettant qu’il agisse comme poison , ne détermine jamais les accidents ni les lésions de tissu observés chez la femme Yilloing , et que d’ailleurs rien ne fait supposer, comme je crois l’avoir bien établi, que ce mercure provienne d’un composé mercuriel vénéneux qui aurait été revivifié dans les voies digestives; 3U néanmoins les symptômes qui ont précédé la mort et les lésions de tissu dont le canal digestif
était le siège, sont de nature a faire soupçonner que l’empoisonnement
pourrait avoir eu lieu ; fi- il est à peu près certain que le mercure a été avalé en nature , soit qu’on l’ait administré dans une intention criminelle pour faire prendre le change , soit qu’il ait été employé , d’après des idées populaires, dans le dessein de taire cesser les douleurs dont la femme Yilloing se plaignait depuis quelques jours. (Voyez mon Mémoire dans le Journal de Chimie médicale, t. vi .)
jj Est-il possible de découvrir du sublimé corrosif dans l'estomac, dans le foie, la rate, les reins et l’urine d un individu qui n’a jamais fait usage de ce composé mercuriel? Un individu peut-il périr empoisonné par du sublimé corrosif, loisquil n en a
pas pris ? .
Ces deux questions doivent être résolues affirmativement d apres le
beau travail de M. Mialhe. En effet, tous les composés mercuriels, autres que le sublimé, y compris le mercure, fournissent une pinson moins grande quantité de bichlorurc de mercure lorsqu’ils ont été en contact° avec des chlorures alcalins , comme ceux de potassium , de sodium et de baryum ou avec du chlorhydrate d’ammoniaque, ou avec de l’acide chlorhydrique. Le chlorhydrate d’ammoniaque surtout possède au plus haut degré la propriété d’opérer la transformation dont je parle. Le contact de l’oxygène la favorise beaucoup : aussi les préparations mercurielles qui peuvent cire changées en bichlorurc, en l’absence de l’oxygène, sont plus rapidement et plus complètement transformées si ce corps agit sur elles ; il en est même qui ne subissent cette transformation que par l’action combinée d’un chlorure et de l’oxygène : tel est le mercure métallique. La quantité de composé mercuriel qui passe à l’état de sublimé dépend à la fois de la nature de ce composé et de la proportion de chlorure alcalin ; ainsi les sels solubles de bioxyde de mercure et les cyanures sont entièrement transformés,
DES POISONS IRRITANTS, tandis que toutes les autres préparations ne le sont que partiellement1 pour celles-ci la transformation est d’autant plus considérable que l’on a employé plus de chlorure. Les sels de protoxyde commencent par passer à l’état de protochlorure de mercure, puis se changent en bichlorure ; tandis que les sels de bi-oxyde se transforment de suite en sublimé! Soixante centigrammes de protochlorure de mercure donnent, terme moyen, 15 milligrammes de sublimé. La protoxyde, la protosulfate, le pi oto-acétate , le prototartrate de mercure et le mercure de Hahnemann sont à peu près dans le même cas. Le proto-azotate en donne moins que le calomel. Le proto-iodure exige le contact de l’oxygène pour être transformé , et fournit à peine autant de sublimé que le protochlorure. Avec le mercure métallique on n’obtient guère de bichlorure qu’autant qu’il y a contact de l’oxygène . que la température est un peu élevée et que la dissolution du chlorure alcalin est plus concentrée. Le sulfure de mercure donne encore moins de sublimé que le mercure métallique. Le bi-oxyde en produit à peu près dix fois autant que le protochlorure ; le bi-iodure en fournil encore plus cl le turb i h nitreux un peu moins. Ainsi que je l’ai déjà dit, les sels de bi-oxyde solubles et le cyanure sont entièrement changés en sublimé.
Ces divers résultats obtenus par l’expérimentation directe dans des vases inertes , se reproduisent évidemment dans l’économie animale , parce que là les composés mercuriels sont incessamment en contact avec des chlorures alcalins et avec l’air ; on conçoit qu’alors l’oxygène contenu dans l’oxyde de mercure d’un sel de protoxyde ou d’un sel de bi-oxyde se porte sur le métal du chlorure pour l’oxyder, et que le chlore de celui-ci se combine avec le mercure de l’oxyde décomposé. Si la préparation mercurielle n’est pas à base d’oxyde, l’air fournit de l’oxygène et les effets sont les mêmes. M. Mialhe a fait à ce sujet une expérience curieuse. Douze heures après avoir pris 6 décigrammes de protochlorure de mercure , son urine contenait un composé de mercure soluble qu’il dit être du sublimé; il suffisait de fdtrer ce liquide et d’en mettre une goutte en contact avec une lame de cuivre parfaitement décapée, pour que celle-ci se recouvrît à l’instant même d’une couche de mercure métallique.
U est aisé maintenant de répondre à la double question posée plus haut. 1° On peut trouver du sublimé corrosif dans l’estomac , dans le foie , la rate , les reins et dans l'urine d’un individu qui n’a jamais fait usage de ce composé mercuriel , si cet individu a pris un autre composé mercuriel, surtout un sel de bi-oxyde, du bi-iodure ou du cyanure de mercure. 2* Un individu qui n'a pas avalé du sublimé ebrrosif peut néanmoins cire empoisonné et périr par suite
préparations mercurielles.
de l' action de ce corps. Sans nier les propriétés toxiques du bi-oxyde, du bi-iodure de mercure, du turbith nitreux , du sulfate et de azo tate de bi-oxyde de mercure , il est évident que si quelques unes de ces préparations ne déterminent pas une mort prompte , et qu’elles se transforment rapidement en sublimé corrosif, les effets funestes qui surviendront pourront bien être dus à ce sublimé plutôt qu’à la préparation mercurielle ingérée. Quant aux composés mercuriels qui ne se changent que lentement et incomplètement en bichlorure, ils occasionneront des symptômes d’intoxication, si par une cause quelconque ils séjournent long-temps dans le canal digestif; ces symptômes se développeront lentement et pourront avoir plus ou moins d’intensité ; mais il est douteux qu’ils donnent jamais lieu à un empoisonnement aigu.
Comme conséquence de ces faits, M. Miallie attribue les phénomènes pathologiques delà salivation mercurielle, lors de l’ingestion du calomel , à la transformation de ce corps en sublimé corrosif et en mercure métallique, sous l’influence du chlorure de sodium et du chlorhydrate 'd’ammoniaque , que l'on sait exister dans les liquides du canal digestif. Ce qui prouve qu’il en est réellement ainsi , c’est qu’il est d’observation clinique que , lorsque le protochlorure ne purge pas , mais qu’il est long-temps digéré par les voies digestives , on observe une excrétion anormale des glandes salivaires , et cela parce qu’une plus grande quantité de sublimé prend alors naissance. Le même phénomène arrive aussi lorsque l’on continue pendant longtemps l’usage du protochlorure de mercure , et par la même cause.
Comme il ne peut jamais se former qu’une quantité de sublimé correspondante à la quantité de chlorure alcalin que renferment nos viscères, les grands mangeurs de sel de cuisine, toutes choses étant égales d’ailleurs, doivent être plus sujets à saliver sous l’influence d’une médication calomélique.
Les propriétés antisyphilitiques du calomel lui sont probablement communiquées, en tout ou en partie, par le sublimé cl le mercure auxquels sa décomposition chimique donne naissance. Il en est sans doute de même de ses vertus anthelmintiques; c’est en produisant l’empoisonnement des ascarides par les deux agents précités que le prolochlorurc de mercure nous débarrasse de ces vers,
Tout ce qui vient d’être dit sur l’action médicale du calomel peut être appliqué au proto-iodure de mercure, qui se transforme d’abord en prolochlorurc, puis en sublimé.
3J. Mialhe fut amené à entreprendre ces belles recherches par le récit d’un fait consigné dans un Mémoire de Vogel, qui mérite d’être rapporté : « Un médecin ayant prescrit à un enfant douze paquets
» contenant chacun 25 centigrammes de chlorhydrate d’ammoniaque, » autant de sucre et 7 centigrammes 5 milligrammes de protochlorure » de mercure, et l’enfant étant mort, après avoir pris plusieurs de ces » poudres , le pharmacien fut accusé d’avoir commis une erreur dans » l’exécution de l’ordonnance ; par bonheur pour lui , l’accusation ne » fut que de courte durée , Peten koffer n’ayant pas tardé à démon- » trer qu’en présence du chlorhydrate d’ammoniaque et de l’eau , le » protochlorure de mercure se change en partie en sublimé corrosif. » ( Journal de Pharmacie, février 1840 et Mémoire lu à l’Institut en 1842.)
C. Est-il possible que du sulfure de mercure trouvé dans le canal digestif d’un individu n’ait pas été avalé sous cet état , et qu’il soit le résultat de la décomposition éprouvée par un poison mercuriel ou par un médicament à base de mercure ? Telle est la question qui m’a été posée dans une affaire d’empoisonnement jugée par la Cour d’assises du département de la Seine. J’ai répondu affirmativement, et j’ai dit avoir vu un malade, atteint d’une gastro-céphalite , qui prenait tous les jours 40 ou 50 centigrammes de protochlorure de mercure en poudre impalpable, et qui rendait par les selles une quantité notable de sulfure de mercure noir; il se dégageait évidemment du gaz sulfhydrique dans le canal intestinal , et ce gaz transformait le proto chlorure en sulfure de mercure; cette décomposition était favorisée à la fois par la température du canal digestif et par les sucs qui s’y trouvaient , car à froid et à sec , elle n’arrive que lentement et d’une manière incomplète, surtout lorsque le protochlorure est en fragments. Le sublimé corrosif et les sels mercuriels solubles et vénéneux qui existeraient dans les intestins , au moment où il se dégage du gaz acide sulfhydrique , seraient encore plus rapidement décomposés et transformés en sulfure noir que le protochlorure.
B. Comment reconnaître que le mercure métallique recueilli à la suite d’une expertise médico-légale, provient, non pas d'une préparation mercurielle soluble qui aurait été administrée comme poison, mais bien du protochlorure de mercure qui aurait été pris comme médicament ? Un individu malade depuis long-temps , et habituellement constipé, prend, dans le dessein de se purger, quelques grains de calomélas i protochlorure de mercure ) ; il meurt trois ou quatre heures après ; on soupçonne qu’il a été empoisonné. Le médecin est requis pour faire l’ouverture du corps; il trouve le canal digestif enflammé ; il fait l’analyse des liquides , qui ne lui apprend rien sur la véritable cause de la mort; il examine les solides , comme je l’ai conseillé, et il obtient à la fin de l’expérience du mercure métallique ; (oui le porte à croire qu’il y a eu empoisonnement. Cette