DU PLOMB
contracter la maladie qui a été désignée sous Le nom de maladie de plomb, laquelle revêt des formes diverses, caractérisées par des symptômes partieuliers à chacune d’elles : la colique , l'arthralgie , la paralysie, l'anesihésie, et l’encéphalopathie saturnines, constituent en effet des affections tellement distinctes, que, sur cent individus soumis à l’action des mémes émanations saturnines, les uns sont pris de coliques, les autres d'arthralgie, ceux-ci de paralysie, ceux-là d’encéphalopathie; quelquefois, il est vrai, l’une de ces maladies vient compliquer l'autre, ou bien se développe quelque temps après l'invasion de celle-ci. $i l'on remonte à la cause immédiate de ces affections, on voit que la colique se manifeste lorsque les émanations saturnines ont exercé leur influence délétère sur le système des viscères contenus dans l'abdomen, que l'arthralgie, la paralysie et l'anesthésie, sont les résullats de l'atteinte portée à l'appareil nerveux rachidien, que les organes de la vie de relation soient le siége de douleurs vives, qu'il y ait perte du mouvement, ou bien que le sentiment soit aboli ; l’encéphalopathie enfin a pour origine une lésion de l’encéphale accompagnée de délire, de convulsions, elc. On voit donc que dans tous Les cas c’est le système nerveux qui est affecté : pour le système nerveux de la vie intérieure , dit M. Tanquerel des Planches, dans son excellent ouvrage sur les maladies saturnines, on n’observe que l’exallation de l’action nerveuse; pour le système nerveux de la vie de relation, au contraire, les phénomènes de sensibilité et de mobilité peuvent être tantôt exaltés, tantôt abolis.
Les individus les plus exposés à la maladie de plomb sont Îles peintres, les barbouilleurs, les plombiers, les potiers de terre, les faïenciers, les lapidaires, les imprimeurs, les vitriers, les ciseleurs, les joailliers, les cartiers, les essayeurs , les verriers, les passetalonniers, les cordonniers, les doreurs, les fabricants de produits chimiques et de couleurs, les chapeliers, etc. Il est rare que chez les individus qui absorbent des émanations saturnines, il ne se manifeste, avant l'invasion de la colique, de l'arthralgie, ete., une série de symptômes que l’on à considérés comme étant les prodromes de la maladie de plomb, et comme constituant en quelque sorte une intoæicalion saturnine primitive.
Ges prodromes sont : 1° la coloration bleuâtre, d'un gris ardoisé, de la portion des gencives la plus voisine des dents ; celles-ci sont d’un brun très-foncé à leur base, tandis que leur sommet est d'un brun plus clair tirant sur le jaune ou le vert; ces nuances paraissent êtres dues à du suifure de plomb; 2° une saveur sucrée, styptique, astringente, ou à la fois fétide et styptique, une haleine également fétide ; 3° l'ictère saturnin ; la peau est d’un jaune sale ou Lérreux, ou, si l’ictère est moins prononcé, d'un jaune pâle légèrement cendré ; la conjonctive, l'urine, les matières fécales, offrent aussi une couleur jaune ; 4° l’amaigrisse-
ment saturnin, qui est général, mais surtout à la face, laquelle offre alors des rides sensibles. |
Colique des peintres ou colique set nine. Le symptôme le plus important, celui qui caractérise la maladie, c’est la douleur. Elle siégele plus habituellement à l'ombilic, moins souvent à l’épigastre ou à Phy= pogastre ; le plus ordinairement, c’est une sensation violente de Lortille= ment, qui, loin d'augmenter en général à la pression, diminue le plus souvent lorsqu'on comprime l’abdomen. Qu'il me soit permis, à cette occasion, de relever en peu de mots les fautes grossières débitées en 1843 dans l'affaire Pouchon, devant la cour d'assises de Riom, par M. Rognetta et par M. Flandin, qui adopta les idées émises par son col= lègue ; on jugera du degré de confiance que doivent inspirer des experts qui poussent à un pareil point l'ignorance des fails. « Dans l’intoæica= tion saturnine, dit M. Rognella, les douleurs existent dans la partie inférieure du ventre ; elles sont sourdes, vagues, irradiatives. » Or M. Tanque= rel avait déjà constaté chez cent soixante-sept malades que la douleur occupait la région de l’estomac, et que chez cinq cent soixante-treize individus elle se faisait sentir en même temps dans plusieurs points dû ventre (voy. Traité des maladies de plomb, publié en 1839). Les cris perçants que Pouchon a poussés jusqu’à la mort, et qui ont fait accourir les voisins à son secours, ne se rencontrent pas dans l’empoisonnement par le plomb. Or M. Tanquerel avait dit : Si l’accès de colique est très= douloureux, les malheureux malades poussent des cris déchirants, des gémissements affreux ; quelquefois une sorte de mugissement, suivant la remarque de Stoll!!!
Dans la colique saturnine, la constipation est, après la douleur, le phénomène le plus habituel; les selles manquent en général pendant plusieurs jours ; cependant il y a quelquefois du dévoiement. On observe fréquemment la rétraction ou la dépression du ventre ; quelquefois ce= pendant il est plus gros, plus développé, plus saillant que de coutume, sans étre ballonné; dans un bon nombre de cas ; il n’est ni volumineux ni déprimé. Écoutons sur ce point la déposition de M. Rognella, appuyée par M. Flandin : «Constamment le corps est constipé et le ventre rétréci, comme chez les ouvriers dans les fabriques de céruse, chez les peintres, etc.» Et plus bas: « Constamment l'homme empoisonné d'une manière aiguë ou chronique par les composés de plomb présente la constipation.» Or M. Tanquerel avait dit : trente-trois malades allaient régulièrement à la selle; vingt-cinq ont eu le dévoiement pendant les deux premiers jours de # maladie, et dix-neuf en ont eu pendant toute la durée de l'affection.
Dans la colique saturnine, les nausées apparaissent beaucoup plus Souvent que les vomissements, qu'elles précèdent (oujours; toutefois