COLIQUE DES PEINTRES
ceux-ci existent assez fréquemment. Les matières vomies sont d’un vert
porracé, d’une consistance visqueuse, d’une odeur félide, sui generis,
d'une amertume extrème , érugineuse , que certains malades disent être
analogue à celle du plomb, d’autres à celle du vert-de-gris, etc. Il y a le plus souvent des éructations de gaz d’une odeur fétide et d’une saveur amère ; dans des cas fort rares, celte saveur est comme sucrée. Quand ja colique est très-intense, il y a souvent du hoquet. Au début de la maladie , la surface de la langue est nette; mais, au bout de quelques jours, un enduit blanchätre, peu épais et fort adhérent, se montre presque constamment. L'haleine a une odeur toute caractéristique; ordinairement la salive est alcaline, comme dans l’état de santé. De plus, communément la soif est assez vive. Il est excessivement rare que l'appétit soit conservé, cependant quelques malades demandent à manger au milieu des plus atroces douleurs. Assez souvent l'envie d’uriner se fait sentir, et pourtant il n’y a point d’excrétion d'urine pendant le paroxysme, ou bien elle sort goutte à goutte; dans les cas où l'on observe un obstacle à l’excrétion de l'urine, et qu'elle est suivie de douleur, le liquide sécrété est plus rouge qu'à l’état normal. Les testicules, le cordon spermatique, la verge, l'utérus , le vagin et les reins, peuvent être le siége de douleurs, de tiraillements, de dilacération ou de constriction. H est rare que la respiration soit parfaitement tranquille pendant tout le cours d’une colique violente; le plus souvent, elle s'accélère pendant la durée des douleurs du ventre ; dans quelques cas, elle est entrecoupée , suffocante; quelques malades éprouvent des palpilations, une petite toux nerveuse, fatigante , el même des symptômes analogues
à ceux de l’angine de poitrine. Au moment des accès, la voix peut être
comme étouffée. La jaunisse accompagne quelquefois la colique des
peintres ; dans ce cas, Le sang est altéré par le plomb, en sorte que cet
jctère ne peut pas être confondu avec celui que M. Tanquerel à désigné
sous le nom de saturnin. Le pouls est ralenti, ou tout au plus il offre
son rhythme normal; il est excessivement dur; on l’a vu quelquefois
irrégulier, rémittent pour ainsi dire. Le plus souvent, la peau COnserve
sa chaleur normale. Les forces paraissent anéanties ou plutôt opprimées
par la violence de la douleur. On observe très-promptement une dimi-
nution de la nutrition générale lorsque la colique dure pendant quelque
temps. H existe une altération profonde des traits de la face, laquelle
annonce la plus vive souffrance et la plus grande anxiété. Ordinaire-
ment l'intelligence n’est pas troublée ; seulement le malade, maïtrisé
par la douleur, ne peul faire un usage aussi étendu que dans l’état nor-
mal de ses facultés intellectuelles. Presque toujours, lorsque la colique
est intense , il y a insomnie complète.
Écoutons sur ce point la déposition de M. Rognetla : «Il y à toujours
délire dans les cas d'enpolsendemenl de ce genre que la science possède, et Pouchon a conservé la nellelé de lintelligeuce jusqu'à la fin.» Or, dans le seul cas d’ empoisonnement par l’acétate de plomb suivi de mort el rapporté par M. Tanquerel, l'intelligence a été conservée intacte. …
Arihralgie saturnine. Les phénomènes qui caractérisent l’arthralgie salurnine sont, d’après M. Tanquerel des Planches, la douleur, la perversion de la contractilité , et la lésion des fonctions correspondantes aux organes affectés. La dot forme à elle seule presque toute l’affection : les membres, le tronc et la tête, peuvent en être le siége ; le plus souvent, ce sont les membres inférieurs qui sont affectés; puis viennent les membres supérieurs, les lombes, les parois thoraciques, le dos et la tête; presque toujours cette douleur est dilacérante, contusive, ou bien composée d’élancements excessivement douloureux qui se eve brusques el rapides comme des secousses électriques; elle ne subsiste point, en général, au même degré d’une manière continue ; ordinairement elie éprouve des exacerbations, surtout pendant la nuit; elle est souvent diminuée par la pression lente et graduée, surtout au moment des paroxysmes. Elle s'accompagne encore de quelques Symptômes locaux : ainsi les muscles sont affectés de spasmes, de contactions ou crampes, de rigidité, d’une sorte d’état tétanique, où bien ils sont agités de tremblement ou d’un frémissement plus ou moins intense; ces muscles peuvent former des tumeurs inégales et trèsdures, el le membre se trouver déformé. Le mouvement communiqué ou spontané de la partie qui est le siége de l’arthralgie aggrave souvent la douleur. Assez souvent les malades fuient la chaleur de leur lit: s'ils souffrent dans les pieds, ils descendent précipitamment pour les rafraîchir sur le parquet; il en est, au contraire, qui évitent le froid. Le pouls conserve habituellement sa souplesse et sa régularité normale. Il n'y a point de trouble dans la sécrétion urinaire, ce qui établit une différence entre les douleurs siégeant dans les masses musculaires et celles qui occupent la région des reins dans le cas de colique saturnine. Si les parois thoraciques sont douloureuses, les mouvements respiratoires peuvent être gênés. Les malades, dont la face est sillonnée par des névralgies saturnines, font des grimaces involontaires, et leurs {rails sont grippés. La sécrétion du mucus nasal se supprime. Si le mal se porte sur le cou, on observe un (orticolis. IL y a insomnie, si les douleurs sont violentes. Du reste toutes les autres fonctions sont en bon élat dans les cas d’arthralgie simple.
laralysie saturnine. $i les émanations saturnines ont porté leur action stupéfiante sur un muscle soumis à l'empire de la volonté, il y a perle du mouvement de la partie atteinte. La paralysie peut être partielle ou générale dans un membre. Le plus ordinairement, la paralysie
ANESTHÉSIE SATURNINE. 829 des membres supérieurs existe avec celle des membres inférieurs, de Vappareil vocal, et du tronc. Excepté dans les cas de paralysie générale, ce sont toujours les muscles de la partie postérieure du membre qui sont uniquement privés de contractilité dans la paralysie des extrémités thoraciques ; tandis que, pour les extrémités abdominales, ce sont les muscles de la partie antérieure du membre qui sont affectés. Les divers degrés de la paralysie saturnine consistent en un simple engourdissement, en un tremblement léger, ou en une perle complète du sentiment ; la sensibilité peut persister dans les membres jusqu’à leur atrophie; quelquefois cependant elle est affaiblie ou abolie (anesthésie saturnine), mais le plus souvent elle est exaltée (arthralgie saturnine ). L'amaurose et la surdité compliquent rarement la paralysie du mouvevement. Le pouls est en général faible, mou, facile à déprimer, et trèslent. La nutrition devient languissante dans les parties paralysées. Si la paralysie est bornée à un ou deux muscles seulement, leur atrophie tranche singulièrement avec les muscles des parties voisines, qui, étant pas malades, ont conservé tout leur relief. A l'état extrême d'émaciation, succèdent des infiltrations partielles ou générales des membres, sur lesquels on ne tarde pas à voir de larges eschares ou plaques gangréneuses. Assez rarement les sécrétions des membranes muqueuses deviennent plus considérables, et rendent les malades sujets aux écoulements muqueux et à de copieuses expectorations ; toutefois les parties paralysées sont assez souvent baignées, le matin, par des sueurs extrèmement abondantes et visqueuses. Lorsque les fonctions cérébrales sont troublées , ou lorsque des douleurs ont lieu dans le voisinage de l'épine, ce sont des phénomènes morbides dépendants de l’encéphalopathie et de l’arthralgie saturnine.
Anesthésie saturnine. Si le plomb porte son action stupéfiante sur le principe de la sensibilité des organes de la vie de relation, sans que pour cela ils cessent d'entrer en action d’après des déterminations volontaires, il y a anesthésie saturnine, qui peut être bornée à la peau où s'étendre aux parties sous-jacentes ; d’autres fois, ce sont les organes des sens, comme la vue, qui perdent la faculté de transmettre les impressions qu'ils éprouvent de la part des agents extérieurs. L’anesthésie apparait moins fréquemment que la paralysie. Sur vingt-trois cas d’anesthésie observés par M. Tanquerel, quatre fois la maladie occupait la profondeur des organes où elle siégeait, sept fois la perte de la sensibilité se trouvait bornée à la peau , enfin douze fois l'œil avait perdu Ja faculté de percevoir les rayons visuels. Dans les onze cas d’anesthésie superficielle et profonde, trois fois il y eut paralysie du mouvement des muscles correspondants à l'anesthésie, quatre fois l'aboli- {ion de la sensibilité et de la mobilité occupait des points différents,
enfin quatre fois la perte de la sensibilité existait seule; une seule fois, l’'amaurose et l’anesthésie de la peau d’un membre coïncidaient chez le même individu.
Encéphalopathie saturnine. Lorsque les composés de plomb ont porté leur action sur l’encéphale, il se manifeste des désordres fonctionnels, auxquels on donne le nom d’encéphalopathie saturnine. Il peut y avoir {our à tour exaltation, abolilion, ou perversion des fonctions confiées au cerveau. Ainsi on observe tantôt un délire variable par sa physionomie; tantôt la maladie cérébrale se révèle par des mouvements brusques, désordonnés, c’est-à-dire des convulsions; tantôt on voit un assoupissement, un affaissement général de toutes les facultés intellectuelles, sensoriales et locomotrices, enfin un coma qui peut aller jusqu’au carus le plus profond. Un de ces accidents cérébraux peut se montrer seul pendant toute la durée de la maladie; dans d’autres cas, ils se suez cèdent les uns aux autres, se groupent de plusieurs manières, et par leurs transitions ou combinaisons variées représentent l’ensemble des divers troubles qui constituent l’encéphalopathie. M. Tanquerel, à qui j'ai emprunté tous ces détails, établit les divisions suivantes : 1° forme délirante, 2° forme comateuse, 3° forme convulsive; 4° formes déli= rante, comateuse et convulsive réunies (1).
L'action délélère des émanations saturnines sur les animauæ peut être prouvée par le fait suivant : les animaux qui habitent autour des chaus dières dans lesquelles on fait évaporer des préparations de plomb de= viennent mornes au bout de quelques jours, perdent l'appétit, el rendent difficilement leurs excréments ; cet élat empire en peu de temps: leurs urines ne tardent pas à être sanguinolentes; quelquefois ils vomissent du sang, et leurs excréments en sont teints; leur agonie“est marquée par un tournoiement continuel, dans lequel ils expirent, ayant le ventre aplati latéralement, et étant tout efflanqués. Un de ces animaux, après avoir séjourné quelque temps dans des magasins demi nium, mourut dans des convulsions horribles; ses membres étaient fortement contractés, Les griffes sortaient d’entre les doigts ; il n'y avait de remarquable à l’intérieur qu’une contraction un peu marquée des intestins ; tous les autres organes étaient sains.
Si, après avoir étudié les effets des émanations saturnines sur l'homme et sur les animaux , nous examinons ceux que déterminent les préparations de plomb administrées à petites doses, nous verrons qu'à peu de chose près, ls sont les mémes. Les faits suivants ne laissent aucun doute à cet égard : 1° où administre à deux femmes atteintes de flueurs blanches de l’acétate de plomb à dose médicamenteuse ; elles sont at-
(1) Trailé des maladies de plomb, 2 vol, ; Paris, 1839,
teintes de colique saturnine (James); 2° Tissot a vu trois fois la colique métallique chez des phthisiques auxquels on administrait de l’acétate de plomb, dans le but d'arrêter les sueurs de la diarrhée; 3° le vin lithargiré et l’eau tenant du plomb en dissolution ont souvent occasionné la colique saturnine et quelquefois la paralysie (Bourdelin et Vantroostwyk) ; 4° un malade, soumis à la médication plombique, éprouva la colique, Varthralgie et la paralysie saturnines.
Des préparations de plomb injectées dans les veines, introduites dans l’estomac ou appliquées à extérieur.
Expérience ©. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien faible 65 centigr. d’acétate de plomb du commerce dissous dans 6 gr. d’eau distillée. À peine l'injection était-elle terminée, que lanimal a fait trois ou quatre inspirations profondes, et a succombé sans donner le moindre signe de douleur ni de convulsion. On l’a ouvert sur-le-champ. Le cœur battait avec force; le sang contenu dans le ventricule gauche était fluide et d'un rouge vermeil; celui qui remplissait le ventricule droit était également fluide ; les poumons, d’une belle couleur rose, étaient crépitants, et leur tissu ne paraissait point durei.
Expérience 1. — On a injecté dans la veine jugulaire d'un chien de moyenne taille et robuste 25 centigr. d’acétate de plomb dissous dans 8 gr. d’eau distillée. Le lendemain, l’animal paraissait w’avoir rien éprouvé. Le troisième jour, il était abattu , refusait de prendre des aliments, et conservait encore la faculté de marcher. Le quatrième jour, ses mouvements étaient tortueux et difficiles ; ses extrémités postérieures , plus faibles que les antérieures, offraient de temps en temps quelques mouvements convulsifs très-légers; il était excessivement faible, et il est mort le cinquième jour, à sept heures du matin. Les poumons étaient crépitants dans toute leur étendue, et ils ne paraissaient pas offrir la plus légère trace d'altération; l'estomac était sain.
Exvérience IL. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien de moyenne taille 50 ceutigr. d’acétate de plomb dissous dans 8 gr. d’eau distillée : l'animal a paru suffoqué; sa respiration est devenue difficile, haletante et précipitée ; il s’est écoulé de sa bouche une assez grande quantité de sérosité roussâtre , et il a suecombé trente-cinq minutes après l’injection, sans avoir donné le moindre signe de vertiges, ni de paralysie, ni de convulsions. À l'ouverture du cadavre, faite immédiatement après la mort, on à trouvé les poumons livides par plaques, leur tissu plus serré que dans l’état naturel, et fort peu crépitant. Le cœur se contractait à peine , il était vide; les autres organes n’offraient aucune altération.
Exrémence IV. — Le D' Gaspard a injecté dans la veine jugulaire d’une chienne de taille moyenne 10 centigr. d’acétate de plomb dissous dans 32 gr, d’eau distillée, qui ont paru causer de la douleur et des plaintes . momentanées, Pendant les trois premiers jours, l’animal à offert un état
douteux de santé et de maladie, n’ayant ni conservé ni perdu entièrement son appétit, mais ayant un peu de malaise, de fièvre, et surtout de soif. Dès le quatrième jour, maladie déclarée, fièvre réelle , pouls fréquent, appétit nul, soif très-vive et souvent renouvelée, narines sèches, etc. Ces symptômes continuèrent ou même augmentèrent les jours suivants, avec la faiblesse et l’amaigrissement; en outre, le sixième jour, urine rouge noire, semblable à du sang pourri; plaintes fréquentes ; mort le septième jour. Il n’y eut pendant ces sept jours qu'une seule évacuation de matières fécales. À l'ouverture du corps, on vit que les poumons étaient légèrement enflammés ou ecchymosés dans quelques endroits, par plaques ou petites taches; l’estomac était sain, mais les intestins grêèles étaient très-affectés , surtout dans leur tissu musculeux, ecchymosés, engorgés, comme squirrheux, frappés d’une inflammation très-particulière, et pour ainsi dire gangréneuse, offrant çà et là beaucoup de taches livides et de vessies pleines d’un sang très-noir et liquide. Les membranes séreuse et muqueuse étaient à peu près saines ; mais l’intérieur du canal intestinal était plein de mia= tières sales et muqueuses. Les gros intestins, assez sains, contenaient des matières fécales pultacées, sanguinolentes, et très-fétides. Il y avait, audieu d'urine, dans la vessie, non affectée d’ailleurs, un liquide épais, brun verdâtre, bourbeux ; semblable à de l'urine dans laquelle on aurait délayé de Ja fiente de vache.
Expérience V.— On à injecté dans la veine jugulaire d’une assez grosse chienne 5 centigr. d’acétate de plomb dissous dans 48 gr. d’eau distillées sans qu’elle ait témoigné beaucoup de douleur ; seulement peu après, elle a évacué de l'urine et des matières fécales. Dans le courant de la journée, elle a présenté le même état maladif douteux que l’autre animal ; mais le lende= main, la maladie était réelle, avec soif vive, refus des aliments, narines sèches, abattement, fièvre légère. Alors on à introduit de nouveau dans la veine 32 gr. d’eau distillée tenant en dissolution 5 centigr. d’acétatede plomb : cette seconde injection a été suivie d’une nouvelle évacuation fé= cale; ensuite les autres symptômes ont continué aussi bien que les jours suivants, mais sans exacerbation subite et toujours d’une manière insidieuse. Il s’y est joint dès le troisième jour quelques cris de temps en temps: Le quatrième, excrétions alvines de matières pultacées, très-fétides, mucosos sanguines, noires, comme dans une dysenterie scorbutique ou gangréneuse, avec ténesme fréquent; urine rare, mais naturelle ; toujours quelques cris. Le cinquième jour, état encore pire ; mêmes excrélions alvines très-fréquentes, formées, sur la fin, uniquement de sang noirâtre pur; maigreur très-grande, démarche vacillante, faiblesse du train de derrière, toux fréquente, quelques vomissements, quelques cris; enfin symptômes nerveux convulsifs et mort. Les poumons étaient parsemés de quelques taches livides, noirâtres, tenant de l’ecchymose, sans inflammation; les intestins grèles offraient un très-grand nombre de semblables taches dans leurs tissus musculeux et muqueux, mais ils étaient sains d’ailleurs; les gros intestins étaient un peu épaissis, sans inflammation décidée, mais tout enduits à
DÉS PRÉPARATIONS DE PLOMB. 835 l'intérieur de sang noir, muqueux, comme pourri, semblable à celui qui était rendu pendant la vie. Les autres organes étaient sains.
Expérience VI. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un autre chien de taille moyenne 48 gr. d’eau distillée saturée d’acétate de plomb. Aussitôt après, le chien perdit tout appétit, éprouva des vomissements violents et réitérés quatre fois en moins d’une heure. Bientôt après, évacuation de matières fécales, suivie de ténesme dysentérique, d’excrétion de sang par anus, d'épreintes, de propulsion du rectum, ete. L'animal avait aussi de Ja dyspnée, une respiration plaintive, de la fièvre; sa poitrine et son ventre étaient douloureux à la pression ; il devint très-gravement malade, couché adynamiquement sur le côté. Quatre heures après linjection, il poussa tout à coup de grands cris de douleur à divers intervalles, rendit des selles liquides très-fétides, fut pris de mouvements convulsifs des membres et du tronc, d'agitation extrême, de respiration singultueuse avec soubresauts, de vomissements, d'efforts convulsifs, suivis bientôt de la mort. Les poumons étaient engorgés, un peu enfflammés, quoique flasques et s’affaissant, parsemés d’une multitude de plaques ou taches brunes noirâtres, formées par du sang , et dépendant d’une phlegmasie particulière. La membrane mu. queuse des intestins était d’un rouge lie de vin; la vésicule biliaire , pleine de bile noire très-épaisse, était enflammée et ecchy mosée dans son cul-desac, avec épanchement de sang entre ses membranes. (Journal de physiologie expérimentale, année 1821.)
Expérience VIL. — On a fait avaler à un petit chien 6 grammes d’acétate de plomb solide. Au bout de cinq minutes, l’animal à vomi sans effort une assez grande quantité de matières blanches mêlées d'aliments; ces vomisse- * ments se sont renouvelés quatre fois dans l’espace de la première demiheure qui a suivi l’ingestion du poison, et ce n’est qu'après avoir fait les efforts les plus violents qu’il est parvenu à rejeter, la dernière fois, quelques matières jaunes, filantes, comme bilieuses. Le lendemain , il a mangé, et il ne paraissait point malade. Le jugeant rétabli, dix jours’ après la première tentative d’empoisonnement, on Jui a fait prendre, à jeun, 14 gr. du même sel réduit en poudre fine. Bientôt après, il a vomi des matières blanches , filantes et écumeuses, et il a eu deux selles jaunâtres dans lesquelles il a rendu des excréments solides. Pendant les cinquante premières minutes, il n’a point cessé de faire les efforts les plus violents pour vomir, et ce n’est qu'avec la plus grande difficulté qu'il a rejeté trois fois un peu d’écume blanche et muqueuse : alors il a eu une nouvelle selle, et il est tombé dans l'abattement. Six heures après l’empoisonnement, il paraissait triste, peu sensible aux impressions extérieures, et il se tenait couché sur le ventre. Il a succombé le lendemain, à cinq heures du soir, vingt-huit heures après avoir pris le poison, sans avoir été agité de mouvements convulsifs ni poussé la plus légère plainte.
La membrane muqueuse de l'estomac était rouge par plaques, évidemment enflammée, et recouverte d’une petite quantité d’un liquide floconneux; la tunique museuleuse sous-jacente offrait une couleur rouge claire, Les autres parties du canal digestif ne présentaient aucune altération re
marquable ; le diamètre des gros intestins ne paraissait point rétréci ses poumons étaient comme dans l’état naturel.
Exréeaexce VIII. — A une heure, on a détaché et percé d’untrou J'œsophage d’un petit chien; on a introduit dans son estomac 48 grammes d’acétate de plomb dissous dans 100 grammes d’eau distillée ; et on a lié l'œsophage au-dessous de l'ouverture, afin d'empêcher le vomissement, Au bout de six minutes, l'animal a ‘commencé à faire les plus viclent(s” efforts pour vomir, et il les a renouvelés souvent pendant la première demi-heure qui a suivi le moment de l’opération. À une heure quarante minutes, il a eu une selle liquide dans laquelle il y avait une petite quan tité d’excréments solides. À quatre heures, il était couché sur le côtés"et avait un tremblement convulsif des muscles de l'extrémité antérieure droite; de temps en temps, ses membres étaient agités de légers mouvements lorsqu'on le mettait sur ses pattes, et qu'on le trainait par le moyen dunes corde, il faisait quelques pas avec beaucoup de difficulté; bientôt après’ ses extrémités postérieures fléchissaient ; l'animal restait quelques secondes comme s’il eùt été ivre de vin, puis tombait tout à coup sur la tête cotme une masse inerte abandonnée à son propre poids ; il continuait à faire des” efforts infructueux de vomissement. A six heures, ces symptômes avaient acquis plus d'intensité ; 1} était presque mourant. 1] a expiré à dix heures. et demie du soir. À l’ouveriure de l'abdomen, on fut frappé par la belle couleur blanche de la portion du canal digestif contenue dans cette cavité” qui offrait cependañt çà et là quelques stries rougeâtres. L’estomac ren fermait une assez grande quantité de Auide : en le laissant écouler, on re marquait, dans Pintérieur de ce viscère, une couche en forme de men brane, d’une couleur grise claire, semblable à celle de la cendre, qu'on pouvait aisément enlever en raclant légèrement avec un couteau : cette couche, de 2 millimètres environ d'épaisseur, avait un aspect grumeleux, et offrait la même saveur que l’acétate de plomb ; elle répandait une odeur” tenant un peu de celle du vinaigre des quatre voleurs. La membranetmu queuse présentait également dans toute son épaisseur, et sur tous les points de l’estomac, une couleur grise cendrée; les deux autres tuniques de ce viscère ne paraissaient pas sensiblement aliéréns on observait également; sur toute la surface interne des intestins, une couche grisätre et grume=" leuse, semblable à celle qui tapissait P fhtérieut de l'estomac. Le diamètre des gres intestins n’était point rétréci. Les poumons, crépitants "dans quelques points , offraient des plaques d’un tissu rouge livide, plus compacte qu'il ne l'est dans l'état naturel. 0.400
Expérience IX. — On à fait avaler à un petit chien 32 gr d’acétate de plomb dissous dans 96 gr. d’eau distillée : il a vomi sur-le-champ une trèsgrande quantité de matières liquides dans lesquelles il y avait beaucoup d’acétate de plomb et quelques aliments; ces vomissements se sont renou= velés six fois dans l’espace de quinze minutes. Le lendemaiu, animal était tourmenté d'une soif ardente; il a bu une grande quantité de liquide qu'il
n'a point tardé à vomir; il ne paraissait point malade, A deux heures, il a
Mange un peu de viande, qu’il a également rejctée quelques minutes après ; ses mouvements étaient parfaitement libres. Le troisième jour, il a refusé les aliments; il continuait à être tourmenté d’une soif ardente, et il ne vomissait plus les boissons qu’il prenait. Le sixième jour, il commençait à prendre de la nourriture. Neuf jours après l'introduction du poison , l’animal, très-agile, cherchait à s’échapper en faisant des cris affreux; on la
-muselé d'une manière très-forte, et il a été étouffé. Les membranes de l’estomac et des intestins étaient saines, et n’offraient en aucune manière l’aspect dont j'ai fait mention en parlant des ouvertures des chiens qui font le sujet des expériences précédentes.
Expériences X. — À onze heures, on a fait avaler à un chien de moyenné
taille, et à jeun, 48 gr. d’acétate de plomb solide et parfaitement pulvérisé : cinq minutes après, l'animal a fait des efforts pour vomir, et il a rendu, à trois reprises différentes, une assez grande quantité de matières blanchâtres ; ces vomissements se sont renouvelés au bout d’une heure. A quatre heures, il était calme et paraissait souffrir du bas-ventre. Le lendemain , à neuf heures du matin, il a bu une très-grande quantité d’eau qu'il n’a point tardé à vomir, et il a refusé de prendre des aliments; il avait le libre exercice de ses sens et de ses membres ; il n’était point agité de mouvements convulsifs. Il à expiré à six heures du soir, dans un trèsgrand état d'abattement. L'ouverture du cadavre a été faite le lendemain à midi. En ouvrant l'estomac, on a vu que la membrane muqueuse était d’un rouge assez intense dans toute son étendue; près du cardia, on remarquait plusieurs taches d’une couleur noire, et larges comme des pois; la portion qui avoisine le pylore offrait aussi quelques-unes de ces taches, et était en outre parsemée d’une multitude de points d’un petit diamètre et d’un gris noirâtre; la face de cette membrane, qui est immédiatement appliquée sur la tunique musculeuse, cette dernière tunique, et la membrane séreuse, étaient d'un rouge de feu: de sorte que l'estomac paraissait fort enflammé, même avant de l'ouvrir ; le canal intestinal ne présentait aucune altération; les poumons étaient parfaitement sains.
Expérience XL. — J'ai administré à ua chien 16 gr. d’acétate de plomb dissous dans 200 gr. d’eau. L’œsophage et la verge ont été liés. Huit heures après, Panimal à été tué el ouvert sur-le-champ. La vessie contenait 40 gr.
» d'urine, que j'ai carbonisée par Pacide sulfurique; le charbon, chauffé au roùge pendant une heure dans une capsule de porcelaine, a été traité par lacide chlorhyérique bouillant; le gaz acide sulfhydrique n'a décelé aucune trace de plomb dans la dissolution filtrée.
| Le foie êt la rate, séparés immédiatement après la mort, ont été coupés > en petits morceaux, et chauffés pendant une heure avec de l'eau aigquisée d'acide acétique; la liqueur a été filtrée et évaporée Jusqu'à siccité; Je
… produit a été carbonisé par l'acide sulfurique; j'ai fait bouillir ce charbon | avec de l’eau régale; j'ai filtré, et fait évaporer la dissolution; le produit
-sec a été dissous dans l’eau, et j'ai fait traverser cette dissolution filtrée par un courant de gaz acide sulfhydrique; il s'est déposé aussitôt du sulfure
de plomb noir, dont j'ai constaté les caractères,
Le foie et la rate d’un chien à l'état normal, traités de la même ma nière, n’ont donné aucune trace de plomb.
L’estomac, après avoir été parfaitement lavé, a été carbonisé par l'a cide sulfurique, et le charbon soumis aux diverses opérations qui viennent d’être décrites ; J'ai obtenu beaucoup de sulfure de plomb.
Expérience XII. — J'ai fait prendre à un chien 30 gr. d’acétate de plomb dissous dans 180 gr. d’eau; l’œsophage et la verge ont été liés. L'animal a été ouvert immédiatement après la mort. La vessie contenait 55 gr. d'urine que j'ai évaporée à siccité et carbonisée par l’acide sulfurique; le charbon a été chauffé avec de l'acide azotique; j'ai filtré Ja dissolution , et je l’ai évaporée jusqu’à siccité. En dissolvant le produit dans Veau , et en faisant passer du gaz acide sulfhydrique à travers la liqueur, j'ai obtenu une faible proportion de sulfure noir, suffisante cependant pour qu'on püt le reconnaître en le dissolvant dans l'acide azotique, en évaporant à siccité la liqueur azotique filtrée, et en touchant le produit salin avec l'iodure de potassium, lacide sulfhydrique, etc.
Les reins, traités par l'eau bouillante aiquisée d'acide acétique , puis carbonisés comme il à été dit à l'expérience 11, à l’occasion du foie, ont. fourni une quantité très-appréciable de sulfure de plomb noir.
Le foie, la rate etl'estomac, soumis aux opérations indiquées à l'expérience 11, ont également donné du plomb qui ne pouvait provenir que de l'empoisonnement.
Expérience XIII. — Lorsqu'on introduit dans l'estomac des chiens 20"à 30 gr. d’acétate de plomb dissous dans 180 ou 200 gr. d’eau, et qu’on lie l'œæsophage et la verge, les animaux meurent au bout de quinze , vingtou trente heures. Si on les ouvre immédiatement après la mort , et qu'on sé= pare le foie, la rate et les reins, on pourra s'assurer que ces organes con= tiennent du plomb qui provient de l'empoisonnement, et qui par conséquent n’est pas celui qui existe naturellement dans les tissus animaux. Voici comment j'ai procédé pour acquérir la preuve du fait que j'avance.
Le foie et la rate, après avoir été coupés en petits morceaux, ontrété traités par l’eau bouillante pendant une heure dans une capsule de porce- Jaine. Le decoctum à été filtré et évaporé jusqu’à siccité. Le produit a été carbonisé par l’acide azotique et le chlorate de potasse (voy. p. 806), et le charbon sec et finement pulvérisé a été traité à chaud par de acide azotique pur étendu de son volume d’eau. La dissolution filtrée a été éva= porée jusqu’à siccité, et le résidu a été dissous dans l’eau distillée; ensfai= sant passer un courant de gaz acide sulfhydrique à travers Ja liqueur filtrée, j'ai obtenu un précipité de sulfure de plomb noir, qui, après avoir été parfaitement lavé et chauffé avec de l'acide azotique faible, a fourni du soufre et de l'azotate de plomb; en effet, j'ai filtré cette liqueur, je l'ai rapprochée , et je me suis assuré qu'elle précipitait en noir par l'acide sulfhydrique, en jaune par l’iodure de potassium, et en blanc par le sul- Fate de soude. Le foie et la rate, qui avaient ainsi bouilli dans l’eau distillée, ont été chauffés à Ja température de lébullition avec un méltnge de 30 parties d’eau et d’une partie d'acide acétique concentré. Le solutum,
filtré et traversé par un courant de gaz acide sulfhydrique, n’a pas laissé déposer du sulfure de plomb; la liqueur, évaporée jusqu’à siccité, a donné un produit que j'ai carbonisé par l'acide azotique et le chlorate de potasse ; le charbon, sec et friable, traité pendant quelques minutes à chaud avec de Pacide azotique étendu d’eau, a fourni un solutum qui à donné du sulfure de plomb noir par un courant de gaz sulfhydrique. D'où il suit que dans cette expérience l’eau bouillante n’avait pas suffi pour enlever au … foie et à la rate tout le composé plombique qui avait été absorbé et gardé par ces viscères.
. Les reins, soumis à l’action de l’eau distillée bouillante aiguisée d'acide acélique, ont donné un decoctum qui, étant soumis aux opérations précédemment indiquées, a également fourni du sulfure de plomb.
Urine. En faisant évaporer jusqu’à siccité 50 à 60 gr. de l'urine trouvée dans la vessie des animaux ainsi empoisonnés, et en carbonisant le produit par l'acide azotique , il ne s’agit, pour démontrer la présence du plomb dans ce liquide, que de soumettre, comme je l'ai dit, le charbon obtenu à l'action successive des acides azotique et sulfhydrique.
Estomac. Si, après avoir lavé ce viscère avec de l’eau distilléc jusqu'à ce que les lavages ne se colorent plus par l'acide sulfhydrique, on Ie car bonise de la même manière, et que l’on procède comme je viens de lindiquer, on obtient des quantités considérables de sulfure de plomb.
Exrérience XIV.— Le foie, la rate, les reins, l'urine et l'estomac des chiens à l'état normal ne donnent aucune trace de plomb, lorsqu'on les traite comme il a été dit à l’expérience 13 (voy. p. 836).
Ossenvarion I°. — James, dans le Dictionnaire de médecine, t. IT, p. 837, dit, à l’article Bellon (1), qu'il a été obligé de traiter deux fois des malades atteints de la colique de plomb pour avoir pris du sucre de saturne(acétate de plomb), dans l'intention d'arrêter des flueurs blanches.
Onservarion IL. — Tissot rapporte que l’acétate de plomb, administré dans la phthisie pulmonaire, a occasionné trois fois la colique métallique dont il s’agit ici.
Opsarvarion IL — Bourdelin, professeur de chimie au Jardin du Roi, avait reconnu que la majeure partie des coliques auxquelles étaient en proie les habitants du faubourg Saint-Germain étaient des coliques saturnines développées par du vin dans lequel on avait fait dissoudre de la htharge.
Onsanvarion IV.— Vantroostwyk, dans son ouvrage sur l'électricité médicale, dit que les eaux qui contenaient du plomb en dissolution causaient la même maladie à Harlem. Une famille fut , au rapport de Van Swieten, attaquée de paralysie pour avoir, pendant longtemps, fait usage d’une eau ‘contenue dans un grand vaisseau de plomb. Une autre famille éprouva la même maladie pour avoir bu de Peau d’un puits chargée de sélénite, et qui avait attaqué le plomb dont était composé le vase qui servait à la puiser.
ë RE, het e ee ennemie
(1) Nom sous lequel la colique de plomb est connue en Angleterre.
Le père de cette famille était depuis longtemps attaqué de paralysie; la mère était morte des suites d’une longue et douloureuse colique aCCOMpa= gnée d’ictère; de vingt et un enfants, huit étaient morts en bas âge, et les autres étaient malades chaque fois qu’ils venaient habiter la maison paiernelle, On a également des exemples d'accidents malheureux occasionnés par l'eau transmise par des aqueducs de plomb, ou par l’eau de pluie tombée sur des toits couverts de plomb et recue ensuite dans des vases (1).
Osservarion V. — Bax, tambour du 46° bataillon, était passionné pour . la boisson ; il trouva dans la chambre d’un de ses camarades une fiole remplie d'extrait de saturne (sous-acétate de plomb), et l'avala, trompé sans doute par la saveur douccâtre de cette substance ; il périt le 26 avril 1816, vers six heures et demie du soir. Dès le 23 du même mois, il était extrêmement pâle, et il avait commencé à se plaindre de constipation, d'a norexie, d’une grande lassitude des extrémités, et d’un abattement géné ral. Ces symptômes augmentèrent le 24. Le 25 au matin, il se manifesta des coliques qui ne firent que redoubler avec un sentiment d’étranglement; la rentrée du ventre se fit en dedans; il y eut des nausées, des convul= sions terribles, avec une sueur froide visqueuse, aphonie, trismus. Le 25,4 fomentations chaudes avec la jusquiame et les fleurs de camomille; boissons abondantes ; mais le malade en avale à peine, à cause du res serrement des mâchoires. — Ouverture du cadavre. Le corps était d’un jaune pâle, le ventre fort dur et dans un état de grande constriction. … L'estomac était fortement phlogosé; ses vaisseaux étaient dans un état den plénitude considérable; la membrane muqueuse était macérée de place en place, surtout vers le pylore. Une partie de l’œæsophage, vers le cardia, le duodénum, les portions ascendantes et transverses du colon, le pancréas, une portion du mésentère, de l'intestin jéjunum, la face convexe du foie et de la rate, étaient également dans un état d'inflammation remarquable. La vésicule du fiel était considérablement remplie de bile. (Observation rapportée par le D' Kerkhof; voyez Gazette de santé du 25 dé” cembre 1820.) | |
Ossenvarion VI. — Un pharmacien de la rue Montmartre, qui probablement s’est dit que la main qui manipule suivant l'ordonnance pourrait aussi bien écrire l’ordonnance elle-même, avait prescrit à une jeune fille des injections vaginales avec un liquide contenant une forte proportien d’acétate de plomb cristallisé, et il avait livré une assez grande quantité de ce sel pour que la malade ne füt pas obligée de revenir aussi souvent. Comme une de ses amies demandait à celle-ci à quoi servait ce liquide, elle lui répondit, peu désireuse d'en faire connaître le véritable usage, que c'était Pour se purger. Il en résuita que l’amie, ayant voulu, quelques jours après, remédier en se purgeant à une légère indisposition qu'elle éprouvait, prit dans un verre d’eau une cuillerée à bouche (plus de 15 gram., dit le pharmacien) d’acétate de plomb. |
Wall, in Medical treatise ; Plenck, Toæicologia, p. 250, année 1784,
à ( M y P DES PRÉPARATIONS DE PLOMB. 839
Presque aussitôt après cette jeune fille éprouva une violente douleur à Pépigastre ; des bouffées de chaleur, des sueurs , lui montèrent au visage ; … elle fut prise d’envies de vomir, de faiblesses, de vertiges, d'éblouissements; “out lui semblait trembler, tourbillonner devant elle; ses tempes étaient violemment serrées comnie dans un étau, et elle y éprouvait des douleurs lancinantes atroces.
Elle put se rendre chez le pharmacien, mais tomba sans connaissance en y arrivant; on lui fit prendre de l’émétique, boire beaucoup d’eau , et on
“ja fit ainsi vomir environ un quart d'heure après qu'elle avait pris le poison.
Une heure après, vers neuf heures, sont survenues des coliques trèsfortes: la malade se presse le ventre, se roule à terre en poussant des cris ; la douleur occupe tout Le ventre ; la crise cesse vers onze heures. En même temps, il y a eu de la céphalalgie sus-orbitaire, des palpitations. À trois reprises, la malade a eu comme un spasme tétanique : la peau se couvrait de sueurs : il survenait des picotements très-vifs dans les mains , les avantbras, tout le membre inférieur , et alors les membres se roidissaient , les mächoires se serraient convulsivement, et tout mouvement ainsi que la station étaient impossibles pendant dix minutes environ que durait la crise ; à la fin de celle-ci, la malade éprouvait du frisson, du froid, et se remettait un peu.
Dans un moment de calme, vers midi moins le quart, elle vient à l'hôpital. Immédiatement nous lui fimes donner du sulfate de soude dissous dans une assez grande quantité d’eau , quoique pensant bien que tout ce qui restait de poison dans l’estomac avait été voi.
Nous observâmes ce qui suit :
La face n’est que peu altérée, les yeux sont cependant un peu enfoncés
se cernés; le teint est assez animé, les lèvres roses, la peau fraîche ; le pouls très-petit , un peu fréquent, régulier. |
La langue est nette, pointue, rouge à la circonférence. La malade a dans la bouche une saveur styptique, âpre, non sucrée; le ventre est souple, sensible à la pression , surtout à l’épigastre et du côté gauche; la douleur est même assez forte dans ces points et remonte le long de l’œsophage jusqu’à la gorge.
Depuis l'accident , il y a eu une selle. La malade accuse une assez forte douleur dans la région lombaire ; les règles, qui avaient cessé de couler depuis deux jours, ont reparu depuis neuf heures.
Dans le courant de la journée, il survient plusieurs fois des frissons:et deux où trois crises comme celles que nous avons décrites, avec picotement à Ja peau et contracture de la mâchoire et des membres; violente douleur sus-orbitaire, élancement et constriction dans les tempes. Les coliques ne sont pas revenues ; pas de selles. Le pouls a pris de la force et n’a qu'un peu de fréquence.
Pendant la nuit, sommeil souvent interrompu par des rêvasseries ; crises spasmodiques plus fréquentes, mais moins fortes ; fourmillements dans les membres.
* Le lendemain 18, même état, éblouissements; toujours de la consties tion et des élancements dans les tempes, de la douleur sus-orbitaire, des sifflements, des bourdonnements dans les oreilles. Saveur styptique , dou= leur derrière le sternum et à l'épigastre, pas d’appttit; langue rouge, pointue; pas de fièvre, mais ahattement, fatigue, étourdissements fréquents. On donne une bouteille d’eau de Sedlitz.
Le 19, toujours même douleur à l’épigastre ; les fourmillements, les crampes, reviennent toujours par instants, mais à intervalles plus éloignés et moins forts; quelques vertiges encore. Plusieurs selles à la suite du purgatif: pas de coliques. Ç
Le 20, la douleur à lépigastre persistant, on applique 20 sangsues.
L'appétit est revenu ; la malade se trouve assez bien. De tous les phénomènes nerveux , il ne reste que quelques fourmillements dans les membres.
La malade sort le 25 ; elle est complétement rétablie , sauf encore un peu de douleur derrière le sternum et l’épigastre; elle sent les aliments descendre dans l’œsophage et arriver dans l'estomac; quelques jours après, elle revient nous dire qu’elle était tout à fait guérie. (Thouvenet, interne dans le service de M. Cruveilhier ; voy. Gaxzetle des hôpitaux, 7 décembre 1850.)
Ovsenvarion VIT. — M, Chomel a observé, à la Charité, une fille qui fut prise de colique de plomb très-violente pour avoir avalé une cuillerée a bouche d’acétate de plomb. Dans un autre cas, un homme atteint d’une hémoptysie rebelle prit 1 gr. 20 centigr. de ce sel pendant quelques semaines, et fut atteint d’une colique de plomb fort intense. (Dictionnaire de médecine en 25 volumes, t. VII.) :
Osservarion VHT. — Thuillier, âgé de vingt et un ans, éprouva la colique, l'arthralgie, et la paralysie saturnine, pour avoir pris de l’acétate de plomb. Voici les détails de ce fait intéressant, rapporté par M. Tanquerel.s Thuillier entra à l'hôpital de la Charité le 16 juin 1834, pour se faire traiter d’une hypertrophie du cœur. Après avoir exercé son état de peintre depuis l’âge de douze ans, il l’abandonna trois ans plus tard, à la suite d'une colique de plomb avec tremblement des membres, qui dura trois mois. Il embrassa alors la carrière des armes; ses goûts de voyage lui firent préférer la marine. A dix-neuf ans, obligé par sa mauvaise santé de quitter le service, il reprit son état de peintre. Quelque temps après, il éprouva encore une attaque de colique de plomb, qui cette fois fut assez légère. Enfin des chagrins violents vinrent troubler tous les instants de la vie de Thuillier, qui déjà était naturellement porté à la tristesse et à la mélancolie, et bientôt survinrent quelques palpitations, qui, par leur augmentation progressive, Je forcèrent d’entrer à l’hôpital.
Le 17 juin, l'examen du malade fit reconnaître l'état suivant : peu d’embonpoint, face pâle et légèrement jaunâtre ; l’expression de la figure annonce que Thuïllier est sous le poids d'idées morales tristes.
La région précordiale est légèrement agitée par des battements sensibles à la vue et au toucher; elle rend un son mat à Ja percussion dans une étendue de 8 centimètres verticalement, et 9 centimètres transversalement.
À l'aide de l’auscultation , on reconnaît que les battements du cœur sont forts, et que les bruits, qui s'entendent dans presque toute la partie antérieure de la poitrine, ont assez d'éclat et n’offrent aucune modification dans leur timbre. Tous ces phénomènes sont beaucoup plus marqués à gauche, et surtout entre les cinquième et septième côles, vers la pointe du cœur. Le malade accuse assez souvent des palpitations, de la dyspnée, une espèce d’étouffement qui revient de temps en temps avec tant de force, qu’il est alors menacé de suffocation. Il affirme encore qu'il sent ces palpitations s'étendre le long du cou jusqu'au sommet de la tête, et que quelquefois il est tourmenté par des éblouissements et des vertiges, surtout quand il monte un escalier ou fait un exercice plus fatigant qu'à l'ordinaire. Le pouls est dur, large, plein et régulier : on compte 65 pulsations par minute; absence d’œdème et de toute autre espèce d’hydropisie.
L’auscultation et la percussion ne nous font découvrir aucune affection des poumons; il n’y a ni toux ni crachats; 22 inspirations par minute.
La langue, assez humide, se trouve blanchâtre dans son milieu et rosée sur les côtés; les gencives, dans leur portion Ja plus voisine des dents, présentent une légère teinte grise bleue, comme ardoisée ; les dents sont brunâtres à leur base, et jaunâtres à leur sommet; l'appétit est bon ; le malade va généralement une fois par jour à la garde-robe, et toutes les sécrétions se font comme dans l’état de santé.
Les autres fonctions n’ont subi aucune altération.
M. Blache, médecin par intérim du service, prescrivit d’abord une satgnée de trois palettes, qui modéra un peu les symptômes de l’hypertrophie du cœur, et surtout les palpitations. Quelques jours après, on appliqua à plusieurs reprises des sangsues, dont le nombre variait de douze à quinze. Plus tard, deux nouvelles saignées générales furent pratiquées, el une douzaine de ventouses scarifiées furent posées sur la région précordiale ; enfin Ja digitale fut administrée.
Ge traitement n’amenant pas une amélioration assez marquée, M. Horteloup, qui venait de remplacer M. Blache dans le service, ordonna {5 centigr. d’acétate de plomb en pilules, le 8 août 1834. Le médicament ne produisant pas d'effet sensible, le médecin éleva la dose successivement et avec
toute la prudence possible, jusqu’à 1 gr. 30 centigr. Depuis le 18 aoüt, cette dernière dose fut prescrite tous les jours jusqu'au 22 du même mois. Alors le malade commença à s’apercevoir qu'il n’était point allé à la garderobe depuis deux jours ; quelques vomissements et des cotiques survinrent, en même temps que les membres inférieurs se trouvèrent atteints de douleurs contusives. On supprima de suite l'acétate de plomb ; néanmoins, Îles jours suivants, (ous ces symptômes augmentérent d'intensité, et le malade se trouvait, le 24 août, dans la position que voici :
* Rétraction ässez marquée des parois abdominales ; coliques exacerbantes dans tout le ventre, mais principalement vers lombilie, qui ne sont ni augmentées ni diminuées par Ja pression; au moment des exacerbations , le malade s’agite dans son lit, et les traits du visage expriment une assez VIVG souffrance. Constipation ; nausées accompagnées de rares vomissements de
quelques cuillerées de matières verdâtres ; langue humide, blanchätre dans son milieu, ct rosée eur Îles côtés ; urine rare et fortement colorée; douleurs. contusives, rémitten{es, uniquement dans les membres inférieurs, principalement à la plante des pieds et autour des genoux; quelques crampes dans les mollets; teinte légèrement jaunâtre de la face. L'impulsion du cœurse trouve sensiblement plus faible, et les bruits, devenus moins éclatants, s'entendent dans un espace plus limité qu’au moment de l'entrée à l'hôpital. Le malade ne nous accuse plus ses palpitations, sa dyspnée ni ses élouffements ; enfin il affirme qu’il est singulièrement soulagé du coté du cœur. Le pouls, assez faible, ne donne que 50 à 55 pulsations, Les autres organes, interrogés avec soin, ne nous offrent aucune modification apprés ciable. "Me Gette série de symptômes fait reconnaître facilement une colique satur nine qui avait été produite par l’acétate de plomb. On commence de suite. le traitement de la Charité; six jours suffisent pour faire disparaitre com plétement l'affection saturnine. | LA À peine la colique fut-elle guérie, que les palpitations, la dyspnée, re vinrent peu à peu. M. Horteloup prescrivit alors une saignée générale qui. produisit momentanément un amendement marqué des symptômes de Phy-. pertrophie du cœur. Vers le 8 septembre , les palpitations, la dyspnée et l'étouffement, prirent, sans cause connue, un nouveau degré d'énergies" plusieurs ventouses scarifiées ne combattirent pas avec beaucoup de succès. celle surexcitation, Alors on revint à l’administration de l’acétate de plomb, qui fut donné en pilules, d’abord à la dose de 20 centior. On éleva succes" sivement et par gradation la dose du médicament jusqu’à 1 gr. 30 centigr.s aucun accident ne survenant, on fit un dernier effort contre l’hypertrophie,” en donnant { gr. 60 centigr. d’acétate par jour pendant quelque temps@) Le 26 septembre, quelques douleurs fugaces se frent sentir dans les mem bres inférieurs; quelques coliques survinrent également avec de la const pation, et le malade était dans l'état suivant, le 28 septembre 1834 (2): . Douleurs extrêmement fortes dans la région ombilicale, qui s’irradient dans le reste du ventre, et que la compression lente et graduée diminue un peu. Ges douleurs deviennent par instants tellement violentes, quele ma lade, presque furieux, pousse des cris aîgus, s’agite et se roule dans son lit, se comprime le ventre avec les deux mains fermées, demande avec énergie qu'on le fasse aller promptement à la garde-robe, etc. Les parois abdominales ont éprouvé une rétraction sensible: des vomissements débile verdâtre, précédés de nausées, surviennent assez fréquemment, quelques gaz S'échappent de temps en temps par la bouche: l’haleine espfétide, sui generis, saturnine; Vappétit a disparu, et la soif est modérée: la langue humide, blanchâtre dans son milieu, se trouve rosée sur les côtés. La face,
(1) On augmentait la dose du médicament , à cause de son peu d'effet physiologique et thérapeutique. % LA TAERE
(2) On avait supprimé, depuis deux jours , l’acétate de plomb,
qui présente une teinte jaunâtre prononcée, exprime la souffrance et Mnsiété ces deux derniers caractères se dessinent avec.force, au moment dél'arrivée de violentes coliques, par des contractions énergiques et “Comme convulsives de tous les traits du visage. Les membres inférieurs, et Drincipalement les genoux et les cuisses, sont exclusivement affectés de douleurs vives et exacerbantes; quelques crampes se font parfois sentir dans les mollets : la plante des pieds est le siége de picotements et de fourmillements assez douloureux. Les membres supérieurs conservent leur sen- Sibilité normale. Le pouls, assez faible, ne donne que 50 à 60 pulsations; là peau a conservé sa chaleur naturelle; les symptômes de l’hypertrophie du cœur ont perdu sensiblement de leur énergie : le malade n’y fait plus attention ; les urines, rares et rouges, sont facilement excrétées; les autres fonctions de l'économie animale ne nous offrent aueun trouble.
On prescrivit 2 gouttes d'huile de crotox tiglium, un lavement de séné, set la tisane d'orge miellée. Le malade éprouva quelques vomissements, une demi-heure après l'ingestion de l’huile de croton; mais il n’y eut point de "garde-robes.
Les accidents du côté du ventre persistant, et même acquérant encore plus d'énergie, on donna les jours suivants 4, 6,8 , et enfin 10 gouttes d'huile de croton. A cette dernière dose seulement, il y eut 4 garde-robes dans les vingt-quatre heures. Le médicament était pris en présence du pharmacien et des infirmiers; nous l'avons vu nous-même prendre une fois ; ainsi l’erreur était impossible, Dans la salle voisine, qui fait partie du service de M. Rayer, 2 gouttes de croton données le même jour à un cérusier affecté de colique saturnine procurèrent 6 garde-robes. Notons encore que l’huile administrée à.ces deux malades sortait du même flacon de la pharmacie. Du reste, le purgatif continué pendant trois jours à cette dose ne produisit pas d'accidents; 6 gouttes furent ensuite seulement prescrites. “ La colique, sous l'influence de ce traitement, diminuait sensiblement, Jorsque le malade se plaignit, le 10 octobre , à la visite, d'engourdisse- “ments et de picotements dans les épaules, et plus particulièrement vers le muscle deltoïde; un léger tremblement affectait toute l'étendue des membres supérieurs; le mouvement d'élévation du bras de chaque côté était difficile et incomplet. Les symptômes de la colique, quoique beaucoup “diminués, subsistaient encore. Alors on eut recours à la limonade sulfurique , qui, continuée pendant trois Jours, n'amena aucune amélioration. “Le traitement de la Charité ne fit pas non plus disparaître la colique, et ne put empêcher la paralysie d’envahir la totalité des membres supérieurs. Le “8 octobre 1834, le malade présentait l'état suivant :
Malgré tous les efforts de sa volonté, Thuillier ne peut élever les bras, qui restent appliqués contre la poitrine. L'immobilité des fibres musculaires “du deltoïde est remarquable lorsqu'il exécute quelques mouvements de l'épaule encore conservés. On n’aperçoit pas le plus léger frémissement “dans tous les muscles des membres supérieurs, quelque effort que fasse le “malade. Les articulations du coude, du poignet et des doigts, sont dans une légère flexion ; l’avant-bras et la main conservent Jeur position intermés
diaire à Ja pronatien et à la supination; enfin les extrémités supérieures obéissent passivement et avec facilité à tous les mouvements qu'en leur communique (1).
Les parties paralysées ont acquis dans le sens de la flexion une grande exaltation de sensibilité; la douleur est dilacérante, continue, augmentée par la pression et le mouvement, plus forte la nuit que le jour. Les souffrances sont parfois tellement atroces , que le malade pousse des cris aigus, et qu'elles le réduisent alors au désespoir le plus cruel. Le tact est parfaitement conservé; les poignets et les doigts sont affectés d’un sentiment dé pesanteur très-marqué. Enfin ce malheureux accuse un froid glacial dans ses membres malades : aussi recommande-t-il avec instance qu’on les'en= trelienne chauds.
On est surpris de la rapidité avec laquelle les parties paralysées maigris sent ; les téguments sont flasques , et le relief des muscles a déjà disparu:
La voix, qui a perdu beaucoup de son timbre, habituellement assez écls tant, est maintenant très-faible ; l'articulation des mots se trouve gênée, quelquefois même incomplète.
Les membres inférieurs jouissent de toute l'intégrité de leurs mouvements; des douleurs contusives se font sentir dans les genoux, surtout leur partie interne , aux cuisses et à la plante des pieds. Ces douleurs, qui parfois s’exaspèrent, ne deviennent pas plus fortes par Ja pression ete mouvement, et ne sont point accompagnées de gonflement ni de rougeu” de ces parties. Quelques crampes sillonnent de temps en temps les mollets:
Les parois abdominales sont toujours rétractées ; des coliques sourdes, assez souvent exacerbantes, se font sentir dans tout le ventre, et princes palement vers la région ombilicale ; elles n’augmentent ni ne diminuent À la pression de la main. Cependant le malade, au moment d’une colique assez forte, se couche quelquefois sur le ventre, pour en modérer l’acuité: il y a aussi de la constipation qu’on ne peut vaincre qu'imparfaitements la langue est toujours dans le même état; anorexie et parfois quelques nausées.
Cà et là, on aperçoit quelques grosses pustules d’ecthyma, sur toute à surface du corps; la peau offre, en général, une teinte jaune , plus prononcée à Ja face, dont les traits sont fortement affaissés. |
L'impulsion du cœur a repris de la force, et les palpitations reparaissent assez souvent ; la dyspnée est également revenue en partie. Le pouls faible et déprimé ne donne que 50 pulsations , et n’est point par conséquent*en rapport avec l'énergie assez marquée des battements du cœur.
Conservation intacte de l'intelligence; les autres fonctions de l’économie animale ne semblent point modifiées d’une manière notable.
Pour combattre toutes ces affections diverses, on emploie tour à tour, et simultanément, le traitement de la Charité, puis Phuile de croton tiglium, Ja limonade sulfurique, les bains sulfureux, la strychnine, la mn mire re REA Pi lion ON e nat
(1) La paralysie commença par envahir les muscles extenseurs, puis les fléchisseurs,
thériaque , l’opium à la dose de 8 décigrammes par jour, ete. Tout est inuüle. La paralysie et l'exaltation de la sensibilité, ainsi que la colique, ne font aucun progrès vers la guérison jusqu'au 14 novembre, jour où le ma- Jade succombe en proie aux douleurs les plus atroces, qui ne lui laissaient plus que fort rarement quelques moments de repos le jour et la nuit, au point que, quelques instants avant sa mort, ce malheureux jeune homme , dans son désespoir, se disait heureux de pouvoir abandonner la vie, où il souffrait tant.
“Nécropsie, pratiquée le 15 novembre 1834. Peu de roideur cadavérique. |
Cräne. La dure-mère et l’arachnoïde n’offrent rien qui soit digne de remarque. La dernière de ces membranes se trouve lubrifite par une assez grande quantité de sérosité, à peu près comme dans l’état normal. On observe quelques granulations sur la pie-mère de la convexité du lobe antérieur droit ; du réste, cette méninge ne nous laisse voir ni injection anorma:e ni infiltration, etc. , absolument rien. La masse encéphalique est assez ferme et d’un blanc grisâtre à l’extérieur; coupée avec beaucoup de soin par tranches minces , elle ne nous présente aucune altération. Les ventricules Jatéraux contiennent environ une cuillerée de sérosité (ransparente.
Colonne vertébrale. La cavité arachnoïdienne de la moelle renferme à peu près 2 cuillerées de sérosité transparente. Quelques veines de la piemère paraissent sensiblement dijatées. La moelle, examinée avec toute l'attention possible, ne nous offre pas la plus légère aération dans sa consistance, sa couleur et son volume; les racines des nerfs vertébraux ont co t toutes leurs qualités physiques normales.
Tous les nerfs des plexus brachial et sciatique, les pneumogastriques ct hypoglosses, ainsi que les divisions principales du grand sympathique, sont disséqués avec le plus grand soin , sans qu'on puisse trouver la plus légère modification morbide de ces par ties appréciable aux sens.
Les muscles du bras, de l’avant-bras, de la main et des doigts, sont pâles et grèles ; il y a un assez grand contraste entre ces muscles et ceux des autres régions du corps, par exemple, des membres inférieurs ; il n’y a point de différence marquée entre les extenseurs et les fléchisseurs ; les muscles du larynx ne nous paraissent pas sensiblement atrophiés.
La membrane muqueuse de l'estomac présente une légère arborisation vers le grand cul-de-sac, sans ramollissement ni nent l'intestin grèle ne nous laisse voir rien de notable, si ce n’est çà et à quelques trainées d'injection ; le cœcum offre en qielques points une injection assez marquée , sans autre altération.
Le colon ne nous semble pas manifestement rétréci, la membrane muqueuse conserve ses caractères physiologiq ues ; on ne trouve rien de particulier dans le rectum et l’œsophage.
Le foie, d’un assez petit volume, est un peu pâle; il contient peu de sang
dans son ÉRIQQUR Il y a une bonne cuillerée de sérosité citrine dans le péricarde ; on ne. découvre aucune trace d'inflammation de sa membrane séreuse; le cœur
surpasse le volume du poing du sujet; la cavité du ventricule gauche évidemment dilatée; ses parois , vers la base, ont environ 2 centimètre 2 centimètres 2 Millinibirés d'épaisseur ; lés: valvules et les orifices n'ont subi aucune altération; le ventricwle droiît et les deux oreillettes pe. w | blent pas sensiblement bypé tr ophiés. Les gros vaisseaux, et surtout les tères, en général vides de sang, n’ont éprouvé aucune modifenton | leur texture. | Les poumons , crépitants dans leurs deux tiers supérieurs, sont un peu gorgés de séioni et de sang noir à leur base. M: La rate, les reins, la vessie, et les uretères, ne nous offrent rien de notable. Ne Ossenvarion IX. — Rebecca Adams, âgée de vingt et un ans, faible a délicate , avala pour 20 centimes d’acétate de plomb neutre. Aussitôt après elle fut saisie de vomissements, de douleurs à l'estomac et aux intesti elle sentit ses jambes d'engoiridit; et crut mourir, Son épuisement oi extrême ; le visage était pile; on voyait un cercle noir autour des youxs Les lèvres étaient livides et crispées, la peau chaude et humide, le pouls fai ble et filiforme; la malade avait le hoquet. On injecta, au moyen délé pompe gastrique, un litre environ d’infus, rosæ comp: (roses rouges) 16 gr.; eau bouillante, 2 litres; acide sulfurique étendu, 12 gr: sucres 45 gr.), dans le but de écohitoen le se} et de former un slt ate de plomb insoluble; on tira tout le liquide contenu dans l'estomac , on fit des fomen” tations éhalles aux Jambes et aux pieds, et on sdninisté plusieurs doses de camphre et d'éther. Ces moyens la firent passer de suite de la mort 4 vie. Une heure après, on lui fl prendre 32 gr. d'huile de ricin, qui opéræ abondamment. Le lendemain patin , la rislude avait une forte fièvre et une douleur intense au creux de l estomac. (Mixture saline, sangsues, vésicatoire, à la région du cœur.) La guérison ne tarda pas à survenir. (y ns voy. Journal de chimie médicale, année 1839, pag. 294.) Ossenvarion X. — Une fort belle femme, qui était devenue très-pâle par suite d’une leucorrhée dont elle était affectée depuis deux ans, commença à” se farder la face, le cou et les bras avec un fard rouge et un fard blanc. dans la composition desquels entraient des préparations saturnines"etde l'oxyde de bismuth. Au bout de six mois, se manifestèrent des douleurs à l'eslbinéé, de la dyspepsie, des coliques, de la constipation, et une légèrewoi” deur de toutes les articulations. Plus Lab, des coliques et des céphalalgiesfrés quentes obligèrent la malade à garder le lit presque constamment. À ces mau se joiguirent, pendant l'usage des bains dé Spa, des contractions danses membres. Peu de temps après, une fièvre violente se déclara, accompagnée de délire et de convulsions. Ces nouveaux accidents ayant été cumbattus avec Succès, on envoya la malade à Aix-la-Chapelle, où M. Krimer la vib dans l'état ste cheveux presque lous tombés; face pâle, ridée; œil droit frappé d'amaurose ; bouche tirée à droite : partie droite de la langue. paralysée; tête dirigée obli iquement vers le côté droit, et continuellement vacillante; seins presque effacés; corps amaigri au dent degré; jambes firées vers le bas-ventre, immobiles et douloureuses; mains ankylosées et
ralysées; région ombilicale de l'abdomen rétractée jusqu’à la colonne verile, tendue et très-douluureuse, M. Krimer reconnut l’empoisonnement Ble plomb, opinion dans laquelle le confirma encore l'examen du fard. Il
crivit Vusage de la source de l'Empereur, et, trois fois par jour, huit lies de laudanum et des lavements résolutifs. Aucun changement ne tant fait voir au bout de trois mois, la malade entreprit un voyage à ples pour y faire usage des bains de la Solfatara; mais, après avoir pris quelques bains, elle tomba en démence, devint complétement aveugle et paralytique, et mourût bientôt après. (Krimer, Archives génér. de méd., tom. XXIX, pag. 402.)
» Osssryarion XI. — Une jeune demoiselle, d’une santé florissante, mais L peu brune, se frotta la face et le cou avec du blanc de Krems assez longtemps pour qu'un drap noir passé sur ces parties ne fût plus blanchi. Une sœur cadette de cette demoiselle était, à cette époque, affectée d’une éruption pustuleuse contre laquelle elle employait une solution concentrée de sulfure de potassium. L’aînée, portant aussi quelques petits boutons au front, voulut également les faire passer au moyen de la solution dont se servait sa sœur; en conséquence, elle en fit usage un soir pour se laver, et en imprégna une compresse qu'elle laissa sur le front pendant la nuit, Mais quelle fut sa terreur lorsque le matin, en se regardant dans la glace, elle se vit noire comme une négresse à la face et au cou! L’oxy de de plomb noirci par-lewsulfure de potassium, ayant pénétré la peau trop profondément, ne put pas être enlevé par l’eau. On aurait pu y remédier par des lotions avec l'acide azotique ou chlorhydrique étendus; mais la demoiselle était trop honteuse pour recevoir qui que ce soit; elle se renferma chez elle pendant près de six semaines, au bout desquelles l'épiderme noirei se détacha. (/bid.) -
. Ouservarion XII. — Une dame âgée de quarante-neuf ans était affectée depuis quatorze années, et sans qu'on en connût la cause, d’une maladie très-compliquée qui avait commencé par des coliques, de la constipation, des éructations, une sensation douloureuse dans la région de l'estomac, de la lassitude, de Ja céphalalgie et de la tuméfaction du bas-ventre. Plus tard se manifestèrent périodiquement des syncopes , des tremblements, de Vanxiété, de l'oppression, des vertiges et l’hémiopie; en même temps , la malade resta constämment affectée de constipation et d’une sensation dou- Joureuse dans la région des quatre premières vertèbres cervicales, sensation Qui empéchait les mouvements de rotation du cou, et était accompagnée d’une espèce de crépitation, comme si ces parties ne fussent pas suffsamnment humides. La peau était constamment sèche et comme du parehemin. La roideur du cou obligeait la malade de tenir la tête penchée d'un CÔLÉS Pendant le cours de la maladie, qui fut quelquefois varié par des céphalalgies et des vomissements, on observa aussi une dureté notable qui s'étendait du creux de l'estomac jusqu’à la région iliaque droite Gt qui, vers sa partie supérieure , était très-douloureuse. Après avoir passé dans cet tai un 4 nombre d'années , la malade, à la suite d’affections vives de l’âme,
fut prise subitement d'accès de suffocation périodiques accompagnés de |
palpitations violentes; les forces diminuèrent ; des uleérations supercielles se manifestèrent dans la gorge , dans le conduit auditif externe et près dés ongles de plusieurs doigts, et la mort arriva précédée de délire et de diff culté de respirer. C’est seulement alors qu’on apprit que la malade s'était fardée, pendant de nombreuses années, avec un onguent contenu dans de petits pots, sur lesquels était écrit: Gervais Chardin, à la Cloche d'argent, à Paris, onguent qui contenait en grande proportion un sel de plomb. À l'ouverture du cadavre, on trouva les vaisseaux sanguins du cerveau gorgés de sang; beaucoup de sérosité dans les ventricules, entre Jés circonvolutions, à la base du crâne, et dans une espèce de poche formée par les méninges en avant de l'hémisphère antérieur; les muscles de la poitrine très-amaigris; plusieurs hydatides au sommet du poumon droit; dé l'eau dans la cavité des plèvres; le péricarde et le cœur enflammés, d'un rouge vif; le cœur moins consistant, comme gangrené en quelques €n= droits, et en d’autres recouvert d’une exsudation blanchâtre. Le foie était fortement augmenté de volume, et s’étendait depuis Ja cavité pectoraleà droite, jusqu'à la quatrième vraie côte, à gauche jusqu’à la cinquième ;*et remplissait presque toute la cavité abdominale. Par suite d’une déviation de la colonne lombaire à droite et en avant, la partie inférieure du foie était poussée en avant, et par conséquent, la partie supérieure de cet organe comprimait l'estomac, qui ressemblait à un gros intestin et était fortement" enflammé À l'extérieur. Le pancréas était plus dur qu’à lordinaire, les in= testins grêles rétrécis et enflammés, les veines de l'abdomen gorgées de sang. Dans la cavité péritonéale, on trouva 2 kilogr. de sérosité ; il y avait" peu de sang dans le cadavre. L'ouverture du canal rachidien ne fut pes accordée. (Hohnbaum, Medicinische Conversations Blatt, 1831, n° 1%)
Osservarion XI. — M. Verdelhan, ancien médecin de Ja Chi a vu la femme d’un plombier être prise de fortes coliques et de douleurs N la matrice, pour avoir fait usage d’une chaufferette allumée de charbon mêlé de scories de plomb.
Ogservarion XIV. — M. Tanquerel a eu l’occasion d'observer un cas de colique et d’arthralgie saturnines chez une femme à qui on avait fait des injections d’eau de Goulard trois fois par jour, pendant quatre jours consé=" cutifs, dans le but d'arrêter une hémorrhagie utérine ; une demi-bouteille de solution d’acétate de plomb fut mise dans cet intervalle en contact avec le vagin (t. 1, p. 63).
Ossetitiinion XV. — Le même auteur à vu un homme chez lequellascos lique et larthralgie saturnines se sont déclarées pour avoir fait: usage de plusieurs collyres où entraient des préparations saturnines, dans le but de se guérir d’une double blépharophthalmie chronique. Dans le premier de ces collyres, 2 gr. d’acétate de plomb'avaient été dissous dans#28 gr. de liquide ; le médicament fut entièrement employé dans l'espace de cinq jours; un second collyre , composé de la même manière, fut encore dépensé en six jours ; enfin, le douzième jour, des accidents toxiques se déclarèrent d’abord dans le vente, puis du côté des membres inférieurs ; on cessa dès lors l’emploi du collyre. La colique et l'arthra'gie saturnines furent com
battues avec succès à l’aide de l'huile de eroton tiglium et de bains sulfureux; l’empoisonnement avait disparu le septième jour de l'emploi de cette médication. (Zbid.)
OsservarioN XVI. — S'il n’est pas probable que les préparations saturnines appliquées sur la peau recouverte de son épiderme puissent développer une maladie saturnine , il est du moins certain qu’elle peut se mani. fester lorsque cette membrane se trouve accidentellement dépouillée de sa couche la plus extérieure. Percival a vu une colique de plomb occasionnée par l'application d’eau de Goulard sur un membre brülé avec de l'eau bouillante ; il entrait dans ce topique 32 gr. d’acétate de plomb et 64 gr. d'eau. Le même auteur a observé plusieurs autres cas de colique occasionnée par des topiques où entraient des préparations de plomb; mais, dans tous ces cas, les médicaments étaient appliqués sur des exutoires. Baker relate un cas de colique de plomb qui est survenue après l'application d’un onguent, composé de calomélas et de préparations saturnines , sur la peau des cuisses, dépouillée de son épiderme à la suite d’une maladie qui avait tous les caractères d'un pemphigus. M. Duchesne raconte qu'un garçon brasseur, brûlé sur une grande surface par de l’eau bouillante, et pansé avec du cérat Goulard , éprouva bientôt les symptômes de la colique des peintres; le cérat simple, appliqué seul, fit cesser les accidents. M. Taufflieb de Barr a rapporté l’histoire d’une colique de plomb déterminée par l'usage de bandelettes de diachylon gommé, appliquées dans le but de combattre un vaste wlcère qui s’étendait à presque toute la jambe. Le malade avait consommé, dans l’espace de onze semaines, 14 mètres carrés de sparadrap avant d’avoir éprouvé les atteintes de la colique saturnine ; chaque mètre carré contenait exactement 19 gr. d'oxyde de plomb, de manière que la quantité totale d’oxyde employé avant l'invasion de la colique saturnine correspondait à 266 gr.; mais la moitié seulement du sparadrap employé avait été réellement en contact avec la surface dénudée, l’autre moitié ayant dépassé les bords de l’ulcère. Après la guérison de cette première colique, le malade appliqua de nouveau le sparadrap pendant environ quinze jours; au bout de ce temps, une seconde attaque de colique survint, mais cette fois elle fut accompagnée de paralysie saturnine. ([bid.)
On peut résumer de la manière suivante les symptômes déterminés par une forte dose d’un sel de plomb introduit dans l'estomac : saveur sucrée, astringente, styplique; sentiment de constriction à la gorge; douleurs vives à l’épigastre et bientôt après dans les autres régions de l'abdomen, qui n’est pas ordinairement déprimé, comme dans la colique saturnine ; ces douleurs , loin de s’apaiser, augmentent par la pression ; nausées ; vomissements très-fréquents, jaunâtres, verdâtres ou noirâtres; déjections alvines, quelquefois sanguinolentes ; tremblement des membres, qui ne tardent pas à être agités de légers mouvements
convulsifs ; plus tard, convulsions, resserrement dans les membres et | dans les mains, verliges simulant l'ivresse, ou bien js id PE facul-
tés intellectuelles. Soif ardente, chaleur à la peau; pouls accéléré, quelquefois fort, mais le plus souvent petit et serré; respiration entre= coupée et fréquente, surtout dans la dernière DEN OE de l’empoisonnez . ment; urine rare. La mort survient au bout de quelques heures ‘ou après quelques jours, si les malades ne sont pas convenablement sécou: rus. Déjà malheureusement la science a enregistré quelques exemples d’empoisonnement de ce genré qui ont eu une issue funeste; aussi {rai= terai-je avec le dédain qu’elle mérite cette assertion émise à Riom par MM. Rognetta et Flandin, savoir : que les sels solubles de plomb peuvent étre administrés à l’homme à des doses considérables , sans produire des phénomènes extrémement graves. à
Si les sels de plomb ont été appliqués à l'extérieur ou sur des membranes muqueuses, ils peuvent donner lieu à des accidents analogues (voy. observations 10, 11, 12, 13, 14 et 15, à la p. 846).
Lésions de tissu développées par les préparations saturninés.
- À. Émañations satüurnines.—Dans la colique des peintres, on n’a pas encore pu découvrir une lésion organique constante qui puisse être res gardée comme son caractère anatomique. Les exemples rapportés par Henkell, Zeller, Bordeu, Desbois de Rochefort, Broussais, Fodéré, Pas Jais, etc., de An PR Et En du tube digestif constatées chez des individus qui AE succombé à la colique des peintres, sont loin de prouver que l’inflammation de l'estomac et des intestins soit la cause ou l'effet dé cette maladie; car, en analysant les observations recueillies par ces at teurs, on voit que les lésions anatomiques ont été assez impärfaitément décrites pour qu'il soit impossible de les considérer comme de vérita= bles inflammations, où bien que les sujets atteints de colique étaient en outre en proie à une inflammation gastro-inteslinale qui compliquait la maladie. $i nous résumons quarante-neuf nécropsies de colique saturnine non compliquée , dit M. Tanquerel, nous voyons que dans vingt cas on n’a trouvé dans le tube digestif aucune altération, ou seulement quelques traces de congestion, telle qu’on en observe chez la plupart des sujets dont on fait l’autopsie, et chez lesquels, pendant Ja vie,*on n’a conslalé aucune lésion fonctionnelle des voies digestives. Danst@inq cas, il y avait des ramollissements partiels, sans autre altération dans les parties les plus déclives du canal digestif, tels qu'on les remarque chez une foule de sujets. Six fois le tube digestif a été trouvé épaissi partiellement et dans toute son étendue : c’est encore une lésion anatomique que l’on voit fréquemment dans d’autres maladies. On a observé sept fois un développement considérable des glandes de Brunner, et trois fois celui des glandes de Peyer; mais nous savons que celte lésion n’est
if oi
DES PRÉPARATIONS DE PLOMB. 851 pas caractéristique de la colique des péintres. Seize fois on a noté un tassement ou un retrait du paquet intestinal, que l’on ne voil jamais, à
- ce degré au moins , à la suite d’autres affections ; ce caractère manquait dans les trentetrois autres cas. Dans qualre autopsies, la membrane muqueuse intestinale était tapissée par une couche de mucus épais, comme coagulé, qui rendait adhérentes les matières fécales du gros intestin. Enfin une seule fois on a vu les ganglions du grand sympathique considérablement développés. Les reins et la vessie ont été toujours 1rouvés à l’état normal. Les phénomènes pathologiques de là colique de plomb ne sont donc pas le résultat d’altérations anatomiques appréciables à nos sens; et quand on constate la présence de quelques lésions matérielles, celles-ci ne sont que des effets des accidents éprouvés pendant là vié. — Arthralgie saturnine. Malgré les investigations les plus minutieusés, chez les individus qui avaient succombé pendant qu'ils élaient atteints de cétte maladie, M. Tanquerel n’a trouvé aucune lésion appréciable dans les organes malades ni dans le centre nerveux rachidien.— Paralysie saturnine. Ici il y à éncore absence complète d’altérations anatomiques, d’après M. Tanquerel; car on ne peut pas considérer comme telle la grande quantité de liquide que l’on à souveht trouvée dans les membranes de l’axe cérébro-spinal., Cette sérosité, épanchée pendant la vie, aurait donné lieu aux symptômes de compression dû éérveau et de la moelle épinière: or ces symptômes ne se sont présentés dans aueun cas ; tout porte donc à croire que l’épanche-
* ment était un effet cadavérique déterminé, au moment de la mort, par le
” trouble violent et presque général des fonctions de l’économie animale. — Encéphälopathie. En résumant les soixante-douze Cas de celte maladie où les cadavres ont élé examinés, on voit que vingt et une fois on a trouvé un aplalissement , un tassement des circonvolutions cérébrales , ävéc augmentation où diminution de cohésion de la pulpe cérébrale, augméntation ou diminution du volume de l’encéphale ; que dans dix-neuf ca$ on a constaté uné coloration jaune de la substance cérébrale ; que dans les trente-deux autres cas lautopsie n’a révélé aucun fait notable du syslème nerveux; on voyail seulement quelquefois une légère infiltration séreuse , une injection sanguine des méninges, une diminution de consistance, surtout de la substance blanche cérébrale, sans changement de couleur, ou bien enfin uné décoloration de la matière cérébrale. I est aisé de voir que les altérations dont il s’agit sont pro-= duiles par les symplômes de l'encéphalopathie, el quelles sont insuffisantés pour rendre raison des phénomènes observés pendant la vie (Tanquérel , ouvrage cité ).
B. Préparations de plomb introduites dans l'estomac. — L'acétale de plomb, introduit dans l'estomac à la dose de quelques grammes, détermine
l'inflammation d’une ou de plusieurs parties de ce viscère: tantôt la membrane muqueuse est simplement phlogosée à sa face libre, tantôt l'inflammation s'étend jusqu’à la face au moyen de laquelle elle adhère à la tunique musculeuse ; dans ce cas, elle est souvent d’un rouge trèsfoncé, et les autres membranes de lestomac participent plus ou moins à l’inflammation. On remarque quelquefois, dans l’intérieur de cet organe, des points ou des taches noires, de volume et de grandeur varia= bles , qui dépendent presque toujours de l’extravasation d’une certaine quantité de sang veineux, ou de l'injection des vaisseaux sanguins par le même fluide. Enfin nous avons vu, dans l'estomac des animaux qui avaient pris une forte dose de dissolution d’acétate de plomb, et qui n’avaient point vomi, un enduit membraneux assez épais, d’une couleur cendrée, se détachant facilement en grumeaux , dont l’origine paraissait due à la combinaison d’une partie de l’acétate de plomb avec les fluides muqueux, bilieux et autres, contenus dans ce viscère. La membrane muqueuse sous-jacente à cet enduit était d’un gris foncé dans toute son épaisseur, et semblait avoir exercé la même action sur l’acétate de plomb. Le même phénomène avait lieu dans tout le trajet du canal intestinal. On conçoit aisément que les autres préparations de plomb produiront des allérations analogues, lorsqu'elles seront avalées en assez grande quantité pour, occasionner la mort.
11 faut noter toutefois que dans certains cas l’acétate de plomb a donné lieu à une mort promple, sans avoir occasionné l’inflammation des membranes du canal digeslif (voy. observation 8, p. 840).
Examen chimique des organes et des fluides de l’économie animale.
A. Émanations saturnines. — Colique des peintres. Wilson et Dubois se sont trompés en disant que l’on apercevail dans le canal intestinal des traces de poussière saturnine ; il en est de même de Spangenberg, qui prétendait avoir observé des globules de matières fécales recouverles de litharge. MM. Mérat et Barruel ont infructueusement cherché le plomb dans les excréments et dans l’urine d’un malade qui avait succombé à la colique des peintres, et j’ajouterai que les faits mis en avant par MM. Devergie et Guibourt, en faveur de l'existence du plomb dans les organes des individus alteints de la maladie saturnine, n'étaient pas concluants. Qu'’ont dit en effet ces messieurs ? Qu'ils avaient retiré plus de plomb des viscères des personnes mortes de l'affection saturnine , que des mêmes viscères pris chez celles qui avaient succombé à d’autres affections : or qui ne voit à l'instant combien cette manière de procéder est insuffisante ? Avant d'admettre un pareil résultat, il faudrait que des expériences beaucoup plus nombreuses que celles qui ont été
faites par ces honorables confrères nous eussent fait connaître quelle est la plus forte proportion de plomb que l’on peut obtenir des divers tissus de l’économie animale à l’état normal ; jusque-là il est évident que, si l’assertion de MM. Devergie et Guibourt est exacte, du moins elle n'est pas prouvée. Je pourrais encore dire, contre la présence du plomb dans la maladie saturnine, que MM. Chatin, Chevallier et moi, chacun de notre côté, nous avons maintes fois analysé l'urine rendue par un grand nombre de personnes atteintes de cette affection, et que nous n'avons jamais décelé la moindre trace de plomb dans ce liquide.
Mais aujourd’hui il n’est plus possible de douter, et tout le monde le reconnaîtra comme moi, lorsque j'aurai exposé Les derniers résultats que j’ai obtenus et qu’on les aura rapprochés de quelques autres faits dont je ne larderai pas à parler.
Expérience 1. Jacques Noël, âgé de trente-cinq ans , confiseur, est atteint d'épilepsie saturnine, et entre à l'hôpital Beaujon, dans le service de M. Legroux (lit n° 59), le 5 avril 1847. Cet homme, qui s’était bien porté jusqu'alors, travaillait depuis trois semaines dans une fabrique de blanc de céruse, et depuis deux jours seulement il était occupé au fourneau du minium. Le 15, il était dans un état de demi-ivresse quand il vint commencer son travail; au bout de quelques instants, il tomba sans connaissance et se fit dans sa chute plusieurs plaies à la face. Gonduit immédiatement à hôpital, il put se rendre à pied , soutenu par un de ses camarades, du bureau jusqu’à la salle qui lui fut indiquée. En se déshabillant , il tomba à la renverse ; ses membres étaient roides et agités de quelques mouvements couvulsifs ; il avait de l'écume à la bouche : ses yeux élaient dirigés en haut; les pupilles, immobiles, étaient médiocrement dilatées el cachées sous les paupières. Gelte attaque dura environ dix minutes ; aussitôt après, le malade fu transporté dans un bain sulfureux, où il noërcit notablement. Le soir, les accidents cérébraux n'avaient pas reparu, et le malade n’exhalait plus d'odeur alcoolique. 11 dormit bien pendant la nuit. Le 16 avril, il avait un peu de céphalalgie ; il n’éprouvait point de colique; on voyait aux gencives un liséré bleuâtre, très-léger à la base des dents saines, et plus large au niveau des dents déchaussées et cariées ; le pouls battait 68 fois par minute. (Bain sulfuro-savonneux.)
Le 17 avril, céphalalgie ; une seule selle; 56 pulsations par minute. Le 18, céphalalgie ; quelques vomissements ; 54 pulsations. (Bain sulfuro-savonneux.) Le 19, on lui fit prendre des bains sulfureux. Le 20, le malade éprouvait une céphalalgie continuelle, et il se manifesla un érysipèle autour des plaies de la face produites par la chute ; il eut des vomissements fréquents et du délire dans la nuit ; le pouls battait 52 fois par minute, (Tartre stibié, 0 gr., 10 ; sulfate de soude, 32 grammes.) Dans
la soirée, il avait eu une attaque qui avait duré cinq minules. Le 21, l'érysipèle s'était étendu et montait jusqu’à la tempe droite ; nausées ef vomissements ; la langue élait blanchâtre el la céphalalgie fort intense. Il eut trois selles liquides, et le pouls battait 56 fois par minute. (Tartre stibié, 0 gr., 10, et sulfate de soude, 32 grammes.) Le 22, ilne vomit point, mais il eut des selles abondantes liquides, provoquées par l’émétocathartique ; 52 pulsations ; l'érysipèle est dans le même état ; il y a du délire pendant la nuit. Vers quatre heures de l'après-midi, il survient une attaque d’épilepsie; on fait une saignée, et le malade succombe peu de temps après. On procède à l'ouverture du cadavre le 24.
Analyse du foie et du cerveau. Le 95, je fais bouillir pendant une demi-heure le foie coupé par morceaux dans un litre d’eau distillée; le decoctum , fillré el évaporé jusqu’à siccité, laisse un produit que je carbonise par lPacide azotique pur, mêlé d’un quinzième de son poids de chlorate de potasse. Le charbon est ensuite traité à chaud par de l'acide azotique étendu d’eau, et la dissolution azotique filtrée est soumise à l'action d'un courant de gaz acide sulfhydrique, qui la noircit à Pinstant; il se dépose, au bout de quelque temps, un précipité noir, peu abondant, mais plus que suffisant pour que je puisse m’assurer qu’il est formé de sulfure de plomb. Le foie, qui avait ainsi bouilli dans l’eau, est ensuite traité pendant une demi-heure par de l’eau bouillante mêlée d’un dixième de son poids d’acide acélique, dit radical ; la dissolution acélique , filtrée , évaporée, carbonisée comme il vient d'’étre dit, fournit par l'acide sulfhydrique une plus grande quantité de sulfure de plomb que celle que j'avais obtenue du traitement aqueux. |
Le cerveau, coupé par tranches, est laissé pendant {rois jours dans de l’eau contenant un dixième de son poids d'acide acétique concentré, puis on le fait bouillir pendant une demi-heure; la liqueur, soumise à tous les trailements qui viennent d’être indiqués, ne fournit aucune trace de sulfure de plomb (4). | bals:
Expérience 2. Loursel (Louis), âgé de quarante-{rois ans, bonnelier, puis cérusier, d’une honne constitution, entra à l'hôpital Beaujon, dans le service de M. Legroux, le 24 mai dernier. Il avail déjà eu plusieurs maladies saturnines. Enclin à l'ivrognerie, il buvait surtout de l’eau-devie, et il se ressentait encore de l’état complet d'ivresse dans lequel il S'élait mis la veille. Peu de temps après avoir commencé ses travaux , il fut pris d'une attaque d’épilepsie qui dura très-longtemps et pendant la: quelle ses membres étaient agités de mouvements convulsifs.