‹ Traité de toxicologieChapitre 27 sur 103 · CLASSE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

CLASSE PREMIÈRE

Les poisons irritan(s sont ainsi appelés parce que, pour l'ordinaire, ils irritent, enflamment ou corrodent les tissus avec lesquels ils sont en contact; l'énergie avec laquelle ils produisent tous ces effets varie singulièrement , suivant qu’ils sont administrés à l’intérieur ou appliqués à l'extérieur, à l’état liquide ou solide, suivant la dose à laquelle on les emploie, etc; ainsi plusieurs d’entre eux enflamment fortement les tissus du canal digestif, et développent des symptômes nerveux peu marqués, lorsqu'ils ont été introduits dans l'estomac à la dose de quelques centigrammes, tandis qu’ils détruisent presque instantanément la vie, en agissant avec beaucoup d'énergie sur le cerveau ou sur la colonne vertébrale, s’ils ont été donnés à plus forte dose. En général , leur action est vive et redoutable. La plupart des acides, les alcalis, les sels mélalliques, une foule de substances végétales, les cantharides , les moules et certains poissons, font partie de celte classe importante. Depuis cette époque, il s’est élevé une doctrine, dite de l’école italienne, et qu'il serait plus exacte d'appeler doctrine de Giacomini, qui a la prétention d’annihiler tout ce que la définition, adoptée par moi , contient d’erroné, et de faire ressortir les nombreux inconvénients qu’elle présente sous les rapports des parties physiologique, pathologique et thérapeutique de l’empoisonnement. L'école de Giacomini, en un mot, n'aspire à rien moins qu’à démontrer le néant de la toxicologie française, et à s'asseoir à sa place. «Les prétentions de cette rivale nous paraissent fondées, dit M. le D’ Biéchy, de Scélestadt, dans un

article qu’il a inséré dans la Gazette médicale de Strasbourg (n° du 20 septembre 1846), et c’est ses Litres et ses droits que nous avons pour but de faire valoir dans ce travail.»

La question, comme on le voit, offre, en apparence, un. pe Caractère de gravité, et mérite par cela seul, de ma part, un examen af= tentif; non pas, et je m’empresse de le dire dès à présent, qu’en-réalité il y ait quelque chose de sérieux dans le débat, mais parce qu'il serait à craindre, si je gardais plus longtemps le silence, que des hommes, qui ne se sont jamais livrés à l'étude des poisons, continuassent à ré= pandre des faits erronés et à égarer l'opinion publique. 1

Voici, en peu de mots, {a doctrine de Giacomini, tant prônée dans ce pays par M. Rognetta, et adoplée en dernier lieu par le D' Biéchy. «Les poisons corrosifs exercent deux modes d'actions différents : 1° l’ac= tion chimico-physique, qui est irritative, mais dont la sphère d'action est renfermée dans le lieu même de lapplication de l'agent irritants 2° l’autre action, de nature dynamique qui est hyposthénisante, c’est-àdire déterminant une action dépressive sur les forces vitales, et qui est le résultat de l'absorption de l'agent toxique. La médication antitoxique de Giacomini consiste : 1° à favoriser l'expulsion du poison de lestomac; 2° à neutraliser dynamiquement, par l’emploi des stimulants, l’hyposthénie générale, conséquence de l'absorption de la substance toxique , et cause fondamentale des accidents qui Marne l'intoxication métallique.» |

. M. Biéchy ajoute : « L’irritation chimico- -physique est d autant plus grande que la substance toxique est plus concentrée : plus le poison est délayé, moins les propriétés , dites corrosives, sont prononcées; à un certain degré de dilution, ces effets physico-chimiques sont nuls. Sous celte forme qui ne laisse par conséquent aucune trace d’irritation maté= rielle, la substance toxique absorbée, passe dans les voies circulatoires; et exerce sur l'organisme une modification constitutionnelle. Les effets mécanico-chimiques des poisons ont donc été confondus par les toxico= logistes avec leurs effets dynamiques. De là des méprises étranges sur leur action organique et leur valeur thérapeutique. El est résulté de celte confusion , que Les auteurs français n’ont vu, dans les effets des poisons, dits irritans , que PnLOGOSE, IRRITATION, INFLAMMATION, et par= tant de là, cette induction faliacianiéés erronée, la nécessité d’une médication antiphlogistique.» je fa

Les faits se présentent en foule pour montrer avec quelle légèreté le D’ Biéchy a examiné la question. Dès l’année 1814, mais surtout en 1818, j'ai formellement énoncé: 1° qu'un grand Ms de poisons irrilants sont absorbés , el qu'ils agissent sur l’économie animale, nn parce qu'ils irritent les parties qu’ils touchent , maisencore parce qu'i

sont absorbés, et parce que la partie absorbée affecte gravement le systèmenerveux, les organes de la circulation, de la respiration, etc. ; j'ai dit aussi, et je le maïintiens, que dans beaucoup de circonstances , le système nerveux , les organes de la circulation et de la respiration, étaient en outre sympatiquement affectés par suite de l’irritation des tissus avec lesquels les poisons avaient été mis en contact. Je citerai, parmi les substances vénéneuses que j'ai dit être absorbées, le sublimé corrosif, l'acide arsénieux, le tartre stibié, le chlorhydrate d’ammoniaque ; le chlorure de baryum, les cantharides, l’acétate de plomb, l’ellébore , la coloquinte, la sabine, le rhus toxicodendron, l’anémone, l’aconit, la chélidoine, le narcisse des prés, la scille, ete.; 2° que plusieurs poisons irritants laissent à peine des traces de leur séjour sur nos tissus, c’est-à-dire qu’ils développent une inflammation locale peu intense , qui, dans la plupart des cas , ne peut pas être regardée comme cause de la mort, et que celle-ci arrive par l’action du toxique sur le cerveau, sur le cœur, sur les poumons, elc., de la partie absorbée (Toæicologie, 2° édit., publiée en 1818, t. [°", p. 605). Depuis 1818, chaque jour de nouveaux travaux m'ont conduit à admettre que plusieurs substances, dont l'absorption ne m'avait pas paru d’abord démontrée, étaient réellement absorbées (voy. mes éditions subséquentes). IL est donc faux que les auteurs français n’aient vu, dans les effets des poisons dits irritants, que phlogose , irritation et inflammation. IL est bon de noter que Giacomini était loin d’avoir encore paru sur la scène du monde savant en 1818, et à plus forte raison en 1814.

Mais, dira-t-on, en imputant à la partie absorbée, les accidents des poisens irrilants, vous n’avez pas considéré leur action comme Ayposthénisante; loin de là, vous l’avez envisagée dans un sens opposé, puisque vous avez conseillé les antiphlogistiques pour la combattre. Laissons parler. encore le D' Biéchy : « Quand vous parcourez les observations. qu'on nous donne des intoxications par substances corrosives , quelest le tableau que nous font les toxicographes des accidents concomilants? [ls vous représentent le patient avec un facies cadavérique, avec un pouls filiforme; il accuse des frissons , il a des sueurs froides et séreuses; iléprouve lipothymie sur lipothymie , etc. Après la mort, quand on ouvre le cadavre, que trouve-t-on ? Quelques rougeurs sur la muqueuse gastrozintestinale, et quelques injections veineuses passives ; et l'on voudrait expliquer l’issue fatale et les symptômes morbides par ces insignifiantes lésions anatomiques ? En admettant même qu’il y ait dans l'estomac une phlogose grave, des eschares , des perforations, ne voil-on pas qu’il y avait une contradiction flagrante entre les altérations matérielles trouvées après la mort, et les troubles fonctionnels observés pendant la vie? Peut-on encore se demander si les accidents observés

sont de nature sthénique ou asthénique ? Qu'est-ce autre chose que l’expression d’une hyposthénie profonde et progressive que ces frissons, cette réfrigération générale, cette päleur mortelle, ce facies hippocratique , ce pouls filiforme, ces sueurs algides et visqueuses, ces déjections involontaires de fèces et d'urine, ces défaillances extrêmes portées jusqu’à l’insensibilité, et au milieu de cet appareil formidable de symptômes, ce défaut de réaction ? Ne trouvons-nous pas quelque analogie entre ces symptômes, l’abaissement de la caloricité , l’affaissement du pouls, la dépression progressive du système de toutes Les fonctions , et ceux que nous offrent les hémorrhagies mortelles ? Où voit-on dans ces phénomènes, celte prétendue conflagralion pyrétique dont par: lent les auteurs , cette phlogose incendiaire qui dévore l'organisme , et à laquelle il faut opposer une médication énergiquement antiphlogistique ?» | |

La réfutalion de ce paragraphe ne sera pas difficile. M. Biéchy, trace de l’empoisonnement par les irritants, un tableau qui est loin d’étre toujours vrai; en effet, il n’est pas exact de dire que constamment les symptômes de cette intoxication appartiennent à l’hyposthénie. Non, il aurait fallu, pour ne pas s’exposer encore une fois au reproche de légèrelé, distinguer deux états fort différents dans l’intoxication dont je m'occupe; des observations nombreuses, publiées depuis de nombreuses années, élablissent, jusqu’à l’évidence, que dans beaucoup de cas les poisons irrilants , soit que cela tienne aux doses employées, au mode d'administration , à la constitution des individus etc., développent une maladie qui ne ressemble aucunement à celle qui a été décrite par M. Biéchy; ainsi, indépendamment des douleurs atroces dans diverses parties de l’abdomen, des vomissements, elc., les malades éprouvent de la fièvre avec un pouls grandement développé, de la chaleur à la peau, des phlegmasies cutanées, une excitation cérébrale manifeste, souvent sans la moindre trage de lipothymie, et l'expérience journalière constate que dans ce cas les émissions sanguines sont utiles. Les auteurs fourmillent d'observations de ce genre : j'en ai inséré plusieurs dans ma Toxicologie générale, et, ce qui vaut mieux pour moi, j'ai soigné plusieurs malades qui élaient dans ces conditions. Giacomini et M. Biéchy n'auraient pas manqué de constater des résultats ana= logues , s’ils avaient eu l’occasion de voir quelques individus empoi= sonnés.

Ce premier fait une fois posé, il ne reste plus qu'à examiner si les malades dont M. Biéchy a donné la description, sont réellement dans un état d’hyposthénie qui exclut les antiphlogistiques et commande l’emploi. des excitants. J’admire la hardiesse de ces hommes qui, foulant aux pieds les données fournies par l’analogie et par les tentatives faites sur

GÉNÉRALITÉS. 69 les animaux, et n'ayant aucune expérience qui leur soit propre, n’hésitent pas à trancher une queslion aussi grave. Voyons ce que nous apprennent l’analogie et les expériences sur les animaux. L’analogie, Que voyons-nous journellement dans des affections incontestablement inflammatoires dans lesquelles pourtant la dépression des forces est extrême; qu’a-t-on vu dans certains cas de choléra-morbus asiatique ? Des malades, en bon nombre, dans un état en tout semblable, ou à peu de chose près, en tout semblable à celui qui a été décrit par M. Biéchy, sous le nom d'état hyposthénique (voy. p. 68), traités par les émissions sanguines générales , et surtout locales, avant la période de réaction, et dont la situation , loin d’avoir été aggravée , s’est sensiblement améliorée; souvent même les malades ont guéris. Les ouvrages de Broussais, de M. Bouillaud et de plusieurs autres praticiens, nous fournissent des preuves non équivoques de la vérité de cette assertion (voy. le Traité du choléra-morbus du professeur Bouillaud).

Si maintenant nous jetons un coup-d’œil sur les résultats fournis par des expériences tentées sur les animaux, dans le but de prouver, qu’en réalité, l’'empoisonnement produit par les substances irritantes, constitue un état d’hyposthénie, et qu’il y a lieu de le combattre par des médicaments excitanis, nous verrons que ces résultats établissent , de la manière la plus évidente, tout le contraire. Rognetta , que l’on trouve toujours prêt à défendre les plus mauvaises causes, a élé assez mal inspiré pour prôner outre mesure les idées de Giacomini, et pour affirmer qu'avec la médication tonique et excitante, il guérirait les animaux empoisonnés par Pacide arsénieux. Qu’en est-il résulté? Dix-huit ou vingt chevaux ont élé consacrés à ces expériences; on leur a fait prendre des doses d'acide arsénieux, suffisantes pour les tuer dans l’espace de quelques jours, et on leur a administré du bouillon, de l’eau-de-vie pure ou des narcotiques ; tous,ces animaux sont morts, à l’exception d’un seul que l’on a abattu le vingtième ou le vingtdeuxième jour. Plusieurs d’entre eux ont péri plus vite que d’autres chevaux empoisonnés de la même manière; et qui n'avaient pas été soignés. Le traitement était dirigé par Rognetta. Je ne parlerai pas d’autres expériences faites sur les chiens, car j’ai démontré, en présence de vingt-quatre membres de l’Académie, que tous ceux qui avaient été empoisonnés par l’acide arsénieux, qui ne vomissaient pas, et qui élaient soumis à la médication tonique, excitante et narcotique, mouraient rapidement ; souvent même la mort arrivait , alors même que les animaux avaient notablement vomi (voy. mon mémoire dans les Archives gén. de médecine, septembre 1841).

Que répondre à des résultats aussi accablants pour la théorie de Giacomini ? Rien, Je me trompe; on dira peut-être que les expériences sur

les chiens et sur les chevaux, sur lesquelles on comptait pourtant beau: coup pour faire triompher des idées préconçues, sont insuffisantes pour résoudre la question , et l’on répétera avec M. Biéchy, qu’elles sont des parodies d’empoisonnement sans application clinique. Alors je de= manderai qu’on me fasse connaître un certain nombre de cas d’empoisonnement par des substances irritantes chez l'homme guéris par Ha méthode excitante. On ne le pourra pas. Que l’on place actuellement en regard de tous ces désastres, les nombreux succès obtenus depuis un temps immémorial , par la médication antiphlogistique dans l'intoxication dont il s’agit, et l’on verra de quel côté est la vérité. Non pas que je prétende devoir conseiller les émissions sanguines dans tous lés cas d’empoisonnement , où il n’y a pas de signes évidents de réactions dès l’année 1818 je m'étais élevé contre l’emploi systématique de la sai= gnée, dans tous les cas et dans toutes les périodes de l’empoisonnement par les irritants. «Je suis loin de regarder la saignée, disais-je à cette époque, comme spécifique, ainsi que le veut Campbell, et je crois qu’elle ne peut être utile qu’en diminuant les symptômes inflammaz toires qui se sont déjà manifestés» (Toæicologie générale, t. 1°", p. 234, 2° édit. ; 1818). Que penser maintenant de l’à-propos du passage suivant du travail de M. Biéchy ? «La médication antiphlogistique est le complément, le corollaire indispensable de la doctrine qui établit que les poisons métalliques tuent en irritant. » l

Je ne pense pas que ce soit sérieusement que M. Biéchy ait voulu faire valoir un autre argument que voici : «On a confondu, dans les autopsies, les effets cadavériques du poison avec son action vitale.» Tout porte à croire, en effet, que les toxicologistes français n’ont pas atlendu l’avertissement qui leur a été donné par le médecin de Scélestadt pour apprendre à distinguer les lésions matérielles produites pendant la vie, des effets chimiques qui peuvent se manifester après la mort.

Pour mieux prouver que les poisons irritants déterminent la mort, non pas en irritant les parties qu’ils touchent, mais bieh en agissant dynamiquement Sur nos organes, par la portion absorbée, M. Biéchy pose en principe que «plus le poison est concentré, plus son action est lente; et qu'au contraire, plus il est délayé, plus elle est rapide.» Voici les faits à l'appui de cette hérésie toxicologique : 1° « MM. Coindet et Christison {’ont démontré expérimentalement.» Si ces auteurs ont prouvé que cela est vrai pour l'acide oxalique, ils n'ont jamais établi qu’il en fût ainsi pour les autres poisons. 2° «M. Orfila s’est assuré qu'en donnant à un animal 0,75 à 1,0 gramme de baryte dissoute et délayée dans de l’eau, il ne tarde pas à périr ; tandis qu’une dose sectuple de la méme substance ne produit pas la mort, si elle est donnée très-concentrée.» Tout cela est faux ; qu’on lise mes ouvrages, et l'on y trouvera précisément

le contraire: 30 «12 grammes d'acide sulfurique délayé NE GAUSERONT AU- QUN PHÉNOMÈNE GRAVE (1); 14 mème pose concentrée el ingérée dans lestomäc doit produire une phlogose gastrique mortelle.» Comment M. Biéchy ne s'est-il pas apercu que ce fait donne un démenti formel à la proposition qu’il cherche à faire prévaloir, puisque, suivant lui, les irritants agissent d'autant plus qu’ils sont plus délayés? 111

Je pourrais en rester là, convaincu que le lecteur a déjà fait justice d'une des plus grandes rêveries des temps modernes; mais comme l’école de Giacomini a encore cherché à saper une autre idée fondamentale de la toxicologie française, je crois devoir consacrer quelques lignes à prouver qu’elle n’a pas été plus heureuse cette fois que sur les autres points. Il s’agit de la théorie des contre-poisons. Voici l'acte d'accusation dressé par M. Biéchy contre la médication antitoxique :

«Bien des considérations tendent à faire rejeter la pratique par laquelle on a*pour but, dans les empoisonnements métalliques, de neutraliser les poisons par les réactifs chimiques. 1° Dans la majeure partie des cas d'intoxication , on ignore la nature du poison ingéré; 2° on est rarement appelé en temps opportun pour que ce moyen puisse {rouver son application , et l’on n’a pas toujours les réactifs sous la main ; 3° n'est-il pas béaucoup plus simple de faire rejeter lé poison par le vomissement, si déjà sa présence dans l'estomac a entraîné cette évacuation? 4° l’empoisonnement ou les accidents de l’intoxication ne sont pas solidaires de l’action du poison sur l'estomac, mais bien la conséquence de l'absorption de l'agent toxique. Les neutralisants chimiques ne sauraient donc en rien amoindrir ces effets généraux.

« L'intervention des chimistes et des pharmaciens, en matière d’empoisonnement, ne saurait être us funeste. Ces savants spécialistes assimilent les appar eils organiques à des réceptacles inertes ou des cornues, et, sous prétexte de neutraliser le poison, vont appliquer à l'économie leurs rêves de laboratoire, et faisant perdre ainsi un temps précieux , irréparable, vont tout compromettre; car, pendant leurs pratiques chimiques , les effets dynamiques du poison s’exercent, et leur marche est rapide : au moment où la réaction chimique réussira peutêtre, le malade sera mort ou près de mourir.»

Je ne chercherai point à défendre la doctrine des contre-poisons contre les exagérations dont elle a été l’objet dans ces derniers temps : ainsi l'emploi du fer métallique contre les sels de cuivre, celui du protosulfure de fer contre le sublimé corrosif, et surtout celui du protochlorure d’étain , poison irritant, énergique, tant prôné par M. Poumet et par l’Institut contre le même sublimé corrosif, ne sont évidemment

(1) Ceci est faux, à moins que l’acide ue soit excessivement délayé.

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susceptibles d'aucune application fructueuse, parce qu’on ne les a pas sous la main, qu’il faut un certain temps pour se les procurer, el que bon nombre d'expériences ont démontré qu’ils n'étaient d’aucune utilité, lorsqu'on les administrait même une ou deux minutes après l’intoxication. Personne plus que moi n’a insisté sur la nécessité de recourir promptement à l'emploi des contre-poisons, si l’on voulait en relirer. quelques avantages; personne plus que moi n’a par conséquent contribué à les faire considérer comme des médicaments qui pourraient bien ne pas être d’un grand secours dans le traitement de l'empoisonnement,, puisque le plus souvent on sera dans l'impossibilité de les administre” en temps utile. Dès l’année 1818 (voy: ma Toxicologie, p. 434 du t. 1° 2° édit.), je prouvais, en parlant de l’empoisonnement par l'acide sulfurique, etc. «que les praticiens ne devraient point se flatter d'arrêter. les désordres produits par cet acide en employant la magnésie, qu’autant qu'elle serait ingérée très-peu de temps après que l’accident aurait eu lieu, et qu’on la donnerait à plusieurs reprises. »

D'un autre côté, j’ai grandement appuyé sur l'indispensable nécessité

e débarrasser d’abord le malade de La substance vénéneuse qui n'aurait point encore agi, en employant deux sortes de moyens : en première ligne j'ai placé les évacuants, puis les neutralisants chimiques (Toæicologie générale, 4° édit.). Je ne me suis done pas montré si fanatique ni si enthousiaste des contre-poisons que M. Biéchy tend à le faire croire, et je dois repousser avec énergie l’accusation qu’il lance implicitement contre la Loxicologie française, lorsqu'il dit: «n’est-il pas beaucoup plus Simple de faire rejeter le poison par le vomissement ?»

Est-ce à dire pour cela qu’il faille renoncer à l'emploi de neutralisants chimiques doux, inoffensifs, à la portée de tout le monde, qui, loin de suspendre les évacualions, les favorisent, tout en détruisant ou en atténuant l’action vénéneuse de la substance ingérée ? À qui persuadera-t-on, par exemple, qu’il n’est pas plus avantageux de chercher à faire vomir les malades avec de l’eau tiède albumineuse, dans l’empoisSonnement par les sels mercuriels, cuivreux , stanniques, etc., avec de l’eau tiède tenant du sulfate de soude en dissolution , dans l’intoxication par les sels de baryte et de plomb, ou avec le même liquide également tiède et légèrement salé (chlorure de sodium), lorsqu'on a avalé de l’azotate d'argent, plutôt que d’administrer de l’eau tiède seule? Com- . ment ne pas comprendre qu'il y a ici deux bénéfices au lien d’un seul, celui de faire vomir et celui d’annibiler, en totalité ou en partie, la portion de la substance vénéneuse qui, par une cause quelconque, ne serait pas aussi Promplement vomie qu’on pourrait le désirer? «Mais, dit M. Biéchy, vous rêvez lorsque vous prétendez que les choses se passent ‘ans l'estomac comme dans les cornues de vos laboratoires ?» A

GÉNÉRALITÉS. 73 ela je répondrai que, si quelqu'un rêve, ce n’est certes pas le chimiste i le pharmacien , car il est aisé de démontrer par le raisonnement, et ar des expériences directes, que les réactions chimiques ont exaclenent lieu de la même manière dans les deux cas; si les faits n'étaient as là pour justifier cette assertion, il me suffirait de dire, pour ne aisser aucun doute même parmi ceux qui connaissent à peine les élénents de la science, que les réactions dont j'ai parlé ont lieu, à l'instant néme où les substances sont en contact, et que dès lors la nature du ase ne saurait exercer la moindre influence sur le résultat. M. Biéchy iera-t-il qu'en administrant la magnésie dans un cas de dyspepsie, de yrosis, elc., cet alcali neutralise, dans l'estomac, les acides qui s’y taient développés ; niera-t-il les bons effets pratiques de celle neutraisation? Non certes; eh bien! dans ce cas, le praticien ne fail autre hose que d’administrer un contre-poison, en appliquant purement el implement une donnée de laboratoire. Je regrette pour M. Biéchy qu’il n'ait mis dans le cas de lui rappeler des principes aussi élémentaires.

«Mais, ajoute mon confrère, vous perdez un temps précieux pendant equel vous devriez combattre les effets dynamiques du poison.» Ge que ai dit sur le prétendu dynamisme que l’on invoque me dispensera de ‘épondre en détail à cette assertion : il est certain que, s’il fallait gorger es malades d'eau-de-vie ou de vin, comme le veut l'école Giacomini, L y aurait danger à différer l'emploi de ces médicaments incendiaires ; mais l’observation se trouve réduite à néant, dès que j'ai prouvé qu’il serait plus que téméraire de recourir à une pareille médication.

Je bornerai ici le relevé des griefs articulés contre l’école française, quoiqu'il me fût aisé de combattre viclorieusement quelques autres asertions, aussi peu fondées que les précédentes, et je dirai, en {erminant, que les attaques des détracteurs de nos idées ne sont pas de nature à ébranler le moins du monde les esprits sérieux et éclairés qui chercheront à prendre la nature sur le fait. Qu'il y a loin de l'étude expérimentale variée et prolongée, réunie à l'observation clinique la plus altentive, à ces divagations élucubrées dans le silence du cabinet par des médecins qui n’ont peut-être pas vu dans leur vie deux cas d’empoisonnement chez l’homme, et qui à coup sûr ignorent les premiers éléments de l’art d’expérimenter.

Il résulte de tout ce qui précède que je dois ranger parmi les poisons irritants ceux qui, pour l'ordinaire, enflamment les parties qu’ils touchent, qui sont en outre absorbés, et qui exercent une action délétère sur les centres nerveux , sur les organes de la circulation, de la respiration, etc., action qui, dans beaucoup de cas, devra être attribuée à la fois à la portion absorbée et à l’altération locale, mais qui, dans cerlaines circonstances, pourra dépendre aussi d’une lésion sympathique

des organes les plus essentiels à la vie, occasionnée par Pinflanimation des tissus mis en contact avec les toxiques. Si les traces d’irritation I0cale sont peu sensibles, il est évident que les effets délétères qui se sont manifestés reconnaissent pour cause l’action de la portion absorbée sur des organes importants, ki

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