‹ Traité de toxicologieChapitre 28 sur 103 · HE · texte numérisé non relu

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Symptômes produits par les poisons irritants. #

Les symptômes produits par les substances irritantes , introduites dans le canal digestif, dépendent presque tous des lésions de ce canal, du système nerveux et des organes de la circulation. Ces symptômes sont : une ardeur et une coustriction à la bouche, à la langue, à l’œsophage, à l'estomac et aux intestins ; des douleurs atroces dans toute l'étendue du canal digestif, principalement dans l'estomac et dans l'æsophage ; le hoquet , des nausées fréquentes , des vomissements dou: loureux, opiniâtres , quelquefois sanguinolents, et qui font craindre la suffocation; des déjections sanguinolentes avec ou sans ténesme ; pouls petit, serré, fréquent, souvent imperceptible : respiration gènée , accélérée; froid glacial; quelquefois cependant, chaleur intense, soif inextinguible; dysurie, strangurie et ischurie; sueur froide ; décomposition subite des {rails du visage; perte de la vue; rire sardonique; convulsions et contorsions horribles; dépravation des facultés intel: lectuelles. Assez généralement l'intensité de l’inflammation est telle, que les individus sont plongés dans un grand état d’abattément ; ils présentent à peu près les mêmes phénomènes que les malades atteints de Ja fièvre dite adynamique ; incapables de faire le moindre effort, ni de se soutenir , il$ ne donnent que de légers signes de vie ; alors la langue est rouge sur les bords , sèche, plus ou moins gercée et brune À la surface supérieure, et on observe la plupart des symptômes décrits par Broussais. Les taches pourpres et l’éruplion miliaire , que plusieurs médecins ont regardées comme un symptôme de cet empoisonnement, manquent souvent, el sont loin de pouvoir être données comme un de ses carae= tères essentiels. |

On aurait tort de croire que l’on observera l’ensemble de ces syms ptômes chez Lous les individus qui auront avalé un poison irritant ; loin de à, il arrive souvent que plusieurs d’entre eux manquent dans tel cas donné, tandis qu’ils se montreront peut-êlre dans une autre espèce. Il faut done considérer la description qui précède comme offrant le résumé de ce qui à été vu dans les nombreux empoisonnements par les irritants, et non pas comme exprimant ce que l’on remarque dans chaque cas en particulier.

Les symplômes développés par les poisons de cette classe qui ont été

appliqués sur la peau ulcérée, ou sur le tissu cellulaire, varient suivant la nature du poison; s’il est très-caustique, on observe tous les phénomènes qui sont le résultat d’une brülure et d’une action sympathique sur le système nerveux ; la mort est ordinairement précédée d'un abattement fort considérable. Si, au contraire, le poison a été promptement absorbé, indépendamment des phénomènes locaux, on remarque des symptômes qui annoncent une affection de lestomac, du canal intestinal ou de la vessie, du cœur, des poumons, du cerveau, ou de quelques autres parties du système nerveux , suivant que l’un ou Pautre de ces organes a été affecté.

Lorsque les poisons dont il s’agit ont été injectés dans les veines, il est rare qu’ils développent les mêmes symptômes que ceux qui suivent leur ingestion dans l’estomac ou leur application extérieure; il en est cependant quelques-uns qui sont dans ce cas. La plupart d’entre eux donnent lieu à des phénomènes qui annoncent une action immédiate sur les poumons , sur le cœur ou sur le système nerveux.

Lésions de tissu produites par les poisons irritants.

Parmi les moyens dont le médecin se sert avec le plus de succès pour constater l'existence de l’empoisonnement par les subtances irritantes, les lésions detissu doivent occuper un rang distingué. En général, tous les individus qui ont succombé à ce genre de maladie, offrent dans leurs tissus des altérations plus ou moins profondes, qui varient suivant la nature du poison ingéré, et le temps pendant lequel il a agi. Les poisons irritants qui font l’objet de ces généralités, laissent fréquemmient des traces de leur séjour sur nos organes, et il importe de les connaître parfaitement.

1° Les diverses parties de la bouche, l’œsophage, l’estomac et le canal intestinal sont enflammés; tantôt la membrane muqueuse seule offre | dans toute son étendue , une couleur de feu ; tantôt cette couleur est d’un rouge cerise ou d’un rouge noir : alors il n’est point rare de voir les tuniques musculeuse et séreuse participer à cette inflammation, et l’on découvre une quantité plus ou moins considérable de taches noires semblables à des eschares , ou de zones longitudinales d’un rouge foncé, qui dépendent de l’extravasion du sang noir entre les tuniques, ou dans le chorion de la membrane muqueuse. Quelquefois on trouve de petits ulcères ou des eschares dans diverses parties du canal digestif; la membrane muqueuse de l'estomac et des intestins, qui peut être épaissie, est dans certains cas ramollie et réduite en bouillie. Le plus souvent l’inflammation se borne à l’arrière-bouche , à l’estomac

et aux gros intestins , phénomène qui paraît tenir à ce que le poisona été plus longtemps en contact avec ces parties qu'avec les autres. 7

Je pourrais citer à l'appui de ces assertions, les résultats d'ouvertures | de plusieurs cadavres d'animaux que j'ai empoisonnés avec différentes substances de cette nature. Je me bornerai à rapporter les détails dé deux cas observés par Hoffmann et par Tartra. Le premier de ces auteurs dit (1) qu’un homme de vingt-six ans fut empoisonné par un bouillon contenant de l'acide arsénieux ; il mourut trente heures après: On trouva l'estomac enflammé vers son orifice gauche; la membrane muqueuse rongée , détruite; les intestins en partie gangrenés, et en par? Lie roulés et tordus. Tartra trace l’histoire d’une femme empoisonnée par l'acide azotique, et dont la mort n’arriva que vingt-quatre heures après avoir pris le poison. Les accidents qui la précédèrent dénotaient déjà la gangrène d’une portion du canal digestif. L’autopsie fit voir, dans le fond du grand cul-de-sac de l'estomac, trois ouvertures voisines les unes des autres, de la grandeur d’un écu de 3 francs, à bords fort amincis, usés ou plutôt dissous ; il était fort épais et très-rétréci dans le reste de son étendue. L’orifice pylorique offrait plusieurs taches gangréneuses ; le duodénum était frappé de gangrène à ses deux cour bures et dans toute l'épaisseur de ses parois (2).

2° La membrane muqueuse se détache facilement de la musculeuse, de manière que celle-ci et la séreuse restent parfaitement isolées. Hebenstreit el Mahon regardaient ce signe comme une des preuves infaillibles de l’em-. poisonnement. Le dernier de ces auteurs dit à ce sujet : «Je crois même, avec Hebenstreit que le plus infaillible des signes du poison est la séparation du velouté de l’estomac ; en effet, si l'on suppose un expert appelé pour examiner le cadavre d’un homme mort après un vomissement de sang, accompagné d’autres Symptômes suspects, il est clair que si ce vomissement vient de cause intérieure ou nalurelle, on ne trouvera dans l'estomac d’autres vestiges de lésion que des vaisseaux dilatés ou rompus, des inflammations, des points gangréneux , elc.; mais si l’on trouve l’intérieur de ce viscère comme écorché, qu'on reconnaisse des fragments du velouté parmi les matières contenues , il paraît assez naturel de conclure qu’une pareille Séparation n’a pu avoir lieu que par l’application de quelque substance corrosive ou brûlante sur la surface interne de l'estomac. Il n’est guère possible de supposer que la putréfaction puisse es OÙ, OP OMAN ee

(1) Friderici Hoffmanni Opera omnia physico-medica, t. IT, section 11, Cap. 8, observatio 3, p. 171, |

(2) Dissertation inaugurale , intitulée Essai sur sur l'empoisonnement par l'acide nitrique, obs. 14, p. 87.

GÉNÉRALITÉS. #7 opérer sur ce velouté les mêmes effets qu’elle produit sur l’épiderme des cadavres : car les rugosités ou les plis de cette membrane intérieure du ventricule ne permettent pas cette séparation subite ; et d’ailleurs, l'ouverture très fréquente de l’estomac des cadavres ne m’a jamais présenté de séparation du velouté produite par la putréfaction lors même que cette putréfaction était très-avancée dans toutes ses parties. Ces observations , constatées par celles d’Hebenstreit, me-paraissent autoriser des experts à considérer ce signe comme le plus positif, quoique d’ailleurs on puisse concevoir que, dans le reflux de certaines matières atrabilaires ; ceux qui sont attaqués depuis longtemps de la maladie noire soient quelquefois dans le cas de présenter des effels analogues. Si ce cas très-rare avait lieu, on aurait à justifier l’existence de celte atrabile soit par les vestiges qu’on trouverait dans l'estomac, soit par les considérations prises du tempérament du sujet et de ses maladies antécédentes » (1).

3° Assez souvent les poumons sont le siége d’une altération marquée ; ils sont plus ou moins enflammés ; leur couleur est rouge ou violette ; leur tissu , serré, plus dense, moins crépitant que dans l’état ordinaire, contient une certaine quantité de sang ou de sérosité sanguinolente. Ces phénomènes peuvent tenir aux efforts répétés et infruclueux de vomissements ; je pense cependant qu’ils sont souvent Le résultat d’une action spéciale de la substance vénéneuse sur les poumons.

4° Les ventricules et les oreillettes du cœur sont plus ou moins distendus par du sang différemment coloré , suivant l’époque à laquelle on ouvre les cadavres. Dans une multitude de circonstances , ce fluide se trouve coagulé une ou deux heures après la mort, et presque constamment il est dans cet état au bout de quinze ou dix-huit heures. Ge fait d'anatomie pathologique, dont je garantis l’exactitude, est loin de confirmer l'opinion des auteurs qui ont avancé que, dans l’empoisonnement par les substances végétales , le sang restait fluide pendant longtemps. A la vérité, ils ont principalement voulu parler des substances narcotiques ; mais nous verrons, en faisant l’histoire de ces poisons , que leur assertion est tout à fait dénuée de fondement.

Dans certaines circonstances, les ventricules du cœur, ou plutôt la membrane qui les revet à l’intérieur, les colonnes charnues, les oreillettes ou les pelotons graisseux contenus dans ses cavités, sont plus ou moins enflammés, scarifiés ou ulcérés : le sublimé corrosif et l'acide arsénieux déterminent assez souvent cette lésion.

5° Quelquefois la membrane interne de la vessie urinaire est injectée,

(1) Mahon, Médecine légale , t. H, p. 280.

enflammée, etc. On n’observe guère cette lésion que dans les cas dem poisonnement par les cantharides.

6° Le cerveau et les méninges n’offrent point de lésion notable; cepen: dant on remarque quelquefois un engorgement des vaisseaux veineux qui rampent à la surface externe de cet organe. :

7° Quelquefois la puissance corrosive de ces poisons s'étend sur la peau, qui se recouvre de taches noires, comme gangréneuses. Morgas gni parle d’une femme empoisonnée avec de l’arsenic, qui offrit après sa mort la face postérieure du corps entièrement noire de la tête aux pieds ; les poumons étaient gangrenés, l'estomac et le duodénum rongés (1). |

Les caractères dont je viens de faire mention manquent quelquefois dans lempoisonnement par les irritants, et les cadavres ne présentent aucune altération. Lorsque je traiterai, dans la dernière section de cet ouvrage, des devoirs du médecin qui a été consulté par le magistrat, je ferai connaître la conduite qu’il doit tenir dans ces cas presque toujours épineux.

Action générale des poisons irritants sur l’économie animale.

Les détails dans lesquels j'entrerai en décrivant les symptômes pro= duits par chacun des poisons de cette classe démontreront jusqu'à l'évi= dence combien leur mode d’action est loin d’être identique : en effet, quelques-unes de ces substances vénéneuses irritent fortement les tissus avec lesquels on les met en contact; il en est d’autres dont l'absorption est extrêmement facile qui se bosir cha à produire une légère irritation ; et qui ne détruisent la vie que parce qu’elles ont été transportées dans le torrent de la circulation ; enfin un certain nombre d’entre elles occasionnent la mort en car tags fortement les tissus sur lesquels on les applique, et en agissant sur les organes plus ou moins éloignés > après avoir été absorbées. Ces considérations suffisent pour prouver qu’il faut. examiner le riode d'action de chacun de ces poisons, si l’on ne veut pas s’exposer à commettre des erreurs graves,

Traitement général de l’'empoisonnement par les deritanis.

Parmi les poisons de cette classe, il en est un certain nombre dont. on doit chercher à combattre les effets par des contre- -poisons que l’expérience a démontré être très-efficaces , en se conformant toutefois aux préceptes établis en parlant du traitement de l’empoisonnement:consi-

(1) De Causis et sedibus morbor., epist, rx, art, 3, p. 24.

GÉNÉRALITÉS. 19 déré d’une manière générale (voyez p. 27 et les articles Acides et Alcalis concentrés, Sublimé corrosif, Vert-de-gris, Tartre stibié, Sels d'argent, d’étain , de plomb, de baryte ).

Si le temps qui s’est écoulé depuis l’empoisonnement ne permet plus d'espérer des avantages marqués de l'emploi des contre-poisons, ou que la substance vénéneuse avalée soit du nombre de celles dont on ne connaît pas encore le contre-poison, il faudra recourir aux médicaments qui peuvent calmer, diminuer, et même faire disparaitre les symptômes delempoisonnement: ainsi, après avoir favorisé le vomissement à l’aide d’abondantes boissons albumineuses tièdes, et même au moyen de l’eau tiède ou froide , on pratiquera des saignées générales, on appliquera des sangsues , ele. (1). Dans le cas où les vomissements seraient {rèsviolents, on ferait prendre quelques gouttes de laudanum de Sydenham. On appréciera ensuite la nature des phénomènes nerveux développés , et on les combaltra par des moyens appropriés qui devront varier suivant le genre de lésion.

(1) Les anciens auteurs avaient déjà remarqué l’avantage qu’il y a à faire vomir, dans le cas d’empoisonnement. Dioscoride, dans son livre des Poisons, recommande l’eau, l'huile et le beurre, comme vomitifs. Voici comment Matthiole raporte le passage de cet auteur : Quod si qui forsan obmulescentes , aut temutenti, aut nolentes alioqui venenum a se egeri, nullam nobis ejus cognitionem præbant, tum protinus accedendum ad ea quæ communiter epotis quibuscunque venenis opitulari consueverunt. Atqui nullum magis in omnia valens auxilium dari potest, quam ut proximo loco virus foras exhauriatur, priusquam invalescat. Quare sine mora calidum oleum ex aqua, aut seorsum ut voinitare cogantur, dari convenit. Aut si oleum naturu locinegat, butyrum Cum aqua calida, aut malva, aut lini semine, aut trago,urtica, fœno græco,aut halicæ decocto, lvicem ejus exhibebit. Hæc enim non modo vomilionibus exigent vi illa sua laxatrice, aut nauseam ciente ; sed alvum quoque subducent , et corporum inanilione ita adversabuntur; ut acrimonias venenorum hebetent, (Petri-Andreæ Matthioli, lib. vi,

p. 711; Venetiis, 1558.)

PSS Paré dit : « Et où quelqu'un aurait soupçon d’avoir pris quelque poison par la bouche, ne faut dormir en tel cas, car la force du venia est quelquefois si grande et si forte ennemie de nature, qu’elle exécute son pouvoir ; que souvent elle monstre tel effet en nos corps que faict le feu allumé en paille sèche ; car souvent advient que ceux qui sont empoisonnez deuant que pouvoir avoir secours des médecins et chirurgiens meurent. Donc subit il se doit faire vomir en prenant de Phuyle et eau chaude : en lieu de l’huyle, on fera fondre du beurre, et le prendre avec eau chaude ou décoction de graine de lin, ou fenu grec, ou quelque bouillon gras, car telles choses font jeter le venin hors par le vomissement : joinct qu’elles laschent le ventre, et par telles évacuations le venin est vidé hors, et son acrimonie amortie, » (Œuvres d’Ambroise Paré, 11° édit., des Fenins, liv. xx1, Chap. 7, p. 485.)

Action sur l’économie animale. | |

Le phosphore, dissous dans l’huile d'olives et injecté dans les veines, produit la mort dans un espace de temps très-court ; introduit dans l'estomac, il détermine des accidents extrêmement variables, suivant la dose et l'état de division dans lequel il a été administré, et qui OCCa= sionnent souvent la mort. Quel est le mode d'action de cette substance vénéneuse ? [1

Exrérience [°°.— M, Magendie à fait voir que lorsqu'on injecte de l'huile phosphorée dans la plèvre d’un chien, au bout de quelques minutes l’animal exhale à chaque expiration une vapeur blanche assez abondante. Le phénomène est beaucoup plus sensible, lorsqu'on injecte cette préparation dans la veine jugulaire : on n’a point encore terminé l'injection , que déjà l’animal rend par les narines des flots de vapeurs blanches , et il ne tarde pas à expirer (1). .

Exrérience Il. — J’injectai 4 grammes d'huile phosphorée dans la veine jugulaire d’un chien très-fort : sur-le-champ l'animal exhala par la bouche et les narines des vapeurs abondantes; sa respiration devint haletante et excessivement difficile, et il mourut dans cet état au bout de vingt minutes, après avoir rejeté une très-grande quantité de sérosité sanguinolente. La mort ne fut précédée d'aucun symptôme nerveux remarquable. On l’ouvrit immédiatement après : le sang contenu dans le ventricule gauche du cœur était fluide et noir comme celui qui remplissait le ventricule droit. Les poumons offraient plusieurs plaques livides, d’un tissu serré et moins crépitant qu'il ne l’est dans l’état naturel; dans le reste de leur étendue, ils étaient roses. L’estomac ne présentait aucune altération.

EXPÉRIENCE IE, — On à détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un petit chien; on à introduit dans son estomac quatorze petits cylindres de phos= phore pesant 7 grammes et demi, et on a lié l’œsophage au-dessous de l'ouverture, afin d'empêcher le vomissement : l'animal n'avait point mangé depuis trente heures. 11 n’a éprouvé aucune envie de vomir ; il n’a poussé aucun cri plaintif, et il est tombé dans un état d’abattement assez considérable : il est mort vingt et une heure après l'opération. La membrane mu-

mm (1) Expériences pour servir à l'histoire de la transpiration pulmonaire? mémoire lu à l’Institut de France >en1811,p.19, . |

DU. PHOSLHÔRE, S1 queuse de l'estomac était fortement enflammée, et recouverte d’une matière filante et floconneuse, que l’on pouvait détacher avec la plus grande facilité; la tunique musculeuse était d’un rouge vif dans une partie de son étendue. L’estomac contenait une petite quantité d’un fluide verdâtre, épais ; la membrane muqueuse qui tapisse le duodénum , le jéjunum et la première moitié de l'iléon, était d’un rouge pourpre, et enduite d’un fluide très-épais, noir comme de l’encre. On ne voyait point de phosphore dans les parties du canal digestif dont je viens de parler. La dernière moitié de l’iléon offrait dix nodosités placées à une distance variable les unes des autres; ces nodosités étaient formées par dix cylindres de phosphore rougeâtre, pesant 5 grammes 2 décigrammes, qui étaient recouverts d'humidité, et répandaient une fumée assez abondante lorsqu'on ouvrait l'intestin qui les contenait. La membrane muqueuse, correspondant à l'endroit où ils étaient placés, était beaucoup moins rouge que celle qu’ils avaient déjà franchie. On remarquait, vers la dernière portion du colon, trois autres nodosités formées par trois petits cylindres de phosphore, pesant 1 gramme 4 décigrammes, et Ja membrane muqueuse de cet intestin était encore moins rouge que celle qui tapisse la fin de l'iléon. Dans l’intérieur du rectum , on voyait le quatorzième cylindre de phosphore enveloppé dans une petite quantité de matières fécales, et ne pesant que 3 décigrammes ; la tunique interne de ce intestin était dans l’état naturel, On voit donc qu'après la mort de Panimal, on ne retrouva que 6 grammes 9 décigrammes de phosphore.

Expérience IV. — On fit avaler à un chien de moyenne taille 4 grammes de phosphore coupé en huit petits morceaux ; l'animal avait très-bien mangé deux heures auparavant. Au bout de quatre heures , il n’avait rien éprouvé de remarquable ; il n’avait point eu la moindre envie de vomir. Le lendemain , il refusa des aliments ; il était un peu abattu. Il mourut le troisième jour, sans avoir été agité de mouvements convulsifs. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge pourpre dans toute son étendue; celle qui tapisse le duodénum et le jéjunum était également très-rouge; il n'y avait point d’altération marquée dans les autres intestins. On remarquait dans le colon et le rectum les petits cylindres de phosphore colorés en rouge et d’un volume moindre que celui qu’ils avaient avant leur ingestion.

Expérience V. — À onze heures et demie, on a introduit dans l’estomac d’un.chien fort, quoique de petite taille, 1 gramme 30 centigrammes de phosphore dissous dans 12 grammes d’huile d'olives. Au bout d’une minute, il a exhalé par la bouche et par les narines une vapeur abondante, ayant l'odeur de phosphore; il a poussé des cris excessivement plaintifs; il semblait être en proie aux plus vives douleurs; il s’est couché sur le côté, où il est resté commme immobile, sans éprouver de convulsions. Trois quarts d'heure après l'introduction de Ja substance vénéneuse , il a vomi des matières jaunâtres, fumantes, ayant une odeur alliacée; il a continué à se plaindre, et il est mort à quatre heures. Six minutes avant d’expirer, il s’est débattu avec force ; tous ses muscles étaient agités de mouvements convul: sifs, et il fesait des contorsions horribles. L’estomac était vide et percé de trois trous dans la moitié correspondante au cardia; deux de ces trous

étaient larges comme une pièce de 1 franc; autre plus grand et circulaire, avait près de 3 centimètres de diamètre. La membrane muqueuse des portions de l'estomac qui n'avaient point été trouées était réduite en une bouillie filante ; la tunique musculeuse offrait de larges ulcérations. Les poumons étaient rouges , gorgés de sang, nullement crépitants. Ç | é:

Expérience VI. — On a fait avaler à un jeune chien caniche 3 centigrammes de phosphore fondu dans 32 grammes d’eau à la température de 48°. Au moment de la déglutition , il s’est exhalé de la gueule une forte odeur d’ail. L’animal a mangé et bu pendant deux jours, et il est mort le troisième jour au milieu des convulsions. On voyait au cardia et au pylore quelques taches noires ; l’encéphale et les autres organes étaient saïns.

Exrérrence VII. —- On a fait prendre à un chien âgé de trois ans 7 cen: tigrammes de phosphore fondu dans de l’eau à 48°. Sur-le-champ l’animal a exhalé une odeur fortement alliacée. 11 était abattu, inquiet et triste ; mais il n’a point refusé la nourriture pendant quatre jours. Il est mort le cin= quième dans d’affreux mouvements spasmodiques. On l'a ouvert sur-lechamp : ses membres étaient très-roides; il y avait plusieurs ecchymoses dans le tissu cellulaire graisseux qui avoisine la base des ventricules du cœur, la surface des oreïllettes et de la portion des artères pulmonaire et aorie contenue dans le péricarde. En ouvrant l'estomac, on sent une odeur d'ail; les intestins exhalent une odeur analogue, mais moins pénétrante; la tunique muqueuse du canal digestif, surtout celle de l'estomac, est contractée et comme plissée, et se sépare facilement, quoique épaissie par un enduit muqueux fort adhérent. Les intestins grêles contiennent une grande quantité d’une matière noirâtre. La vessie, très-rouge à lintérieur , renferme environ 125 grammes d’urine. Le cerveau est rénitent ; ses veines sont remplies d’un sang noir ; les méninges sont injectées, la pie-mère est ecchymosée (1). |

Expérience VIT. — Un canard, ayant bu de l’eau quixétait restée dans une marmite de cuivre, dans laquelle on avait préalablement gardé du phosphore, ne cessa qu’à la mort de couvrir ses femelles (Pelletier).

Opsenvarion [.— Ed. P., âgé de vingt-huit ans, avale, le 27 avril 1824, 3 centigrammes de phosphore fondu dans de l'eau très-chaude. N'éprouvant aucun effet, il en prend, trois jours après , dans le même véhicule et en une seule dose, 8 à 10 centigrammes : il déjeune immédiatement après, et ne ressent rien d’extraordinaire; mais vers les cinq heures du soir, étant à table, il éprouve des douleurs atroces dans l'abdomen aussitôt après avoir pris quelques aliments; il a des vomissements pénibles et continuels, et des déjections alvines abondantes. Le lendemain , le ventre, au lieu d’être relà= ché, était dans un état de constriction extrême; lemploi d’injections émol= lientes n'avait procuré aucun soulagement ni produit d’excrétion. (Quelques bouillons , eau sucrée où rougie.) Le 2 mai, Ed. n'avait cessé de PL SN SE Pr mi

(1) Ges deux expériences et observation 1 sont extraites d’um mémoire lu à la Société médicale d’émulation, en 1825, par Je docteur Worbé 1

vaquerà ses affaires; il parcourut ce jour-là à pied l’espace de deux myriamètres. Le docteur Worbe vit le malade le 4 mai, à sept heures du matin. L'abdomen était très-tendu , la région épigastrique excessivement douloureuse; il n'y avait aucune trace de priapisme. Le malade était dans le plus grand abattement; il ne pouvait se coucher que sur le dos; il n’articulait qu'avec peine et lenteur le récit de ses souffrances ; les traits de la face conservaient leur régularité ; ils avaient une sorte de fixité qui donnait à la physionomie un air singulier de tristesse , de langueur et comme d'égarement ; la langue et la bouche étaient dans l’état normal ; les lèvres et la peau offraient une nuance livide; la conjonctive était assez fortement colorée en jaune: les yeux, mornes, s'ouvraient difficilement , et ne pouvaient supporter longtemps le contact de la lumière; les pupilles, peu sensibles à l’action de cet agent, n'étaient ni dilatées ni contractées ; la respiration et la circulation paraissaîent dans l’état naturel ; toutefois le pouls était un peu dur; l'urine n'offrait rien de remarquable ; depuis le premier jour, il n’y avait plus de déjections alvines. (Sangsues à l'épigastre, bain général, fomentations, cataplasmest et lavements émollients, eau de gomme.) Les sangsues ne furent appliquées qu'à midi. À dix heures du soir, Ed. ne reconnaissait plus personne; il s’agitait convulsivement; il arrachaït avec violence tout ce qu'on plaçait sur labdomen; il portait automatiquement les mains sur la région épigastrique; le ventre était contracté, et l’on éxeitait des cris plaintifs et des mouvements déserdonnés lorsqu'on le touchait; la bouche était fortement serrée, les paupières ne s’ouvraient qu’avec peine; le malades poussait par intervalles des sanglots effrayants. Le 5, à sept heures du matin, Ed. était dans la même situation. On appliqua , d’après l’avis du docteur Bézian, quinze sangsues à chaque cou-de-pied , qui procurèrent une grande perte de sang. Le ventre était météorisé, Le docteur Flourens proposa d'appliquer encore quelques sangsues autour de lx tête, ce qui fut exécuté; cependant l'état du malade empirait à chaque instant. À l'écoulement involontaire de l’urine, se joignaient d'abondantes évacuations alvines , qui étaient immédiatement suivies d’une extrême flaccidité des parois de l'abdomen ; la respiration était lente et facile, les battements du cœur étaient réguliers et profonds. À dix heures du soir , le pouls n'était plus sensible à lartère radiale : alors toute la surface du corps, d’une couleur jaune assez intense, était couverte d’une sueur glaciale, qui était plus abondante au front; déjà les extrémités étaient froides ; tout annonçait une mort prochaine, et, en effet, Ed. succomba le 6 mai, à trois heures du matin.

Le sujet était blond, de la taille de 1 mètre 70 centimètres, bien musclé ét d'un bel embonpoint. La mort n'avait point altéré sa physionomie ; les membres n'offraient point la rigidité ordinaire: la peau était jaune; les veines sous-Cutanées du ventre et de la partie supérieure de la cuisse étaient Saïllantes et ramifiées; le scrotum était bleuâtre. Il yÿ avait dans la poitrine une assez grande quantité de sérosité noirâtre; les poumons étaient pgorpés de sang ; le cœur, mou , affaissé sur lui-même , ne contenait que très-peu de sang. La membrane muqueuse de l'estomac était la seule enflammée ; les autres tuniques, ainsi que le duodénum, étaient pûles et flasques; le tissu

cellulaire sous-muqueux de ces viscères était distendu par des gaz; on voyait, aux orifices cardiaque et pylorique, des taches noires ou plutôt ardoisées, qui étaient de véritables ecchymoses ; les intestins étaient ballonnés, et renfermaient à peine un peu de fluide. La vessie était dans l’état naturel, et contenait à peu près 120 grammes d'urine. Il fut impossible d'ouvrir le cràne. | >

Osservarion IL. — Un pharmacien prit en un jour d’abord 5 centigrammes, et ensuite 10 centigrammes de phosphore, sans éprouver d’accidents. Le lens demain, ilen avala 15 centigrammes d’un coup dans du sirop. Dans la soirée, il sentitun malaise général, un sentiment de constriction dans l’abdomen qui dura trois jours, et alors il fut pris de vomissements violents et continuels;, dans lesquels il rendait une matière qui avait l'odeur d'ail: Le dix-septième jour, il eut aussi des convulsions , du délire et des contractions dans la main gauche; la mort suivit promptement. (Julia-Fontenelle, Revue médicales t. Il, p. 429; 1829.)

Ogservarion LIT. — Un jeune homme, faible et impotent, prit, sur la re commandation d’un charlatan , du phosphore dans du pain et du beurre; ül éprouva une douleur violente dans l’estomae et des vomissements conti= nuels; il rendait de petits fragments de phosphore, à l’aide des layements qu’on lui administrait. La mort survint au bout de quatre heures.

Nécropsie. Il s’'échappa beaucoup de sang fluide à la première ineision que l’on fit à la peau du ventre. L’épiploon et la tunique séreuse de l'estomac et des intestins étaient rouges; la membrane muqueuse de l’es= tomac et du duodénum était enflammée, et en apparence gangrenée; les gros intestins étaient réduits au volume du petit doigt; les ganglions mésentériques étaient engorgés, et la rate enflammée. (Flaehsland, Mediginische, chirurgische Zeilung, t. IV, p. 183; 1826.)

Osservariox IV. — Un homme de quarante-neuf ans avait un affaiblissement général du système musculaire, avec tremblement des membres, produit par des émanations saturnines. Il avait été traité pendant long= temps par la strychnine et par le chlorhydrate de morphine; il était sans fièvre. On prescrit une potion contenant 4 grammes d’éther phosphoré, qui représentait 12 milligrammes de phosphore; pendant sept jours, la po* tion est continuée, et la dose du phosphore portée à 25 milligrammes , en même temps qu’une pommade phosphorée est ordonnée. Amélioration. Le huitième jour, prescription de 5 centigrammes de phosphore en dissolution dans de l'huile et mêlé à une potion émulsive. Saveur désagréable, et sensation âcre et brülante dans la gorge. Le lendemain, on continue l'usage de la potion ; mais elle avait été exposée au soleil, et répandait des vapeurs abondantes d'acide hypophosphorique. A la troisième cuillerée; chaleur brülante le long de l'œsophage et de l’épigastre; vomissements de mucosités blanchâtres; abdomen douloureux à la préssion; pouls petit, fréquent; refroidissement des extrémités. Le surlendemain, augmentation des vomissements ; pouls à peine sensible. Dans Ja journée, cessation des battements du pouls; douleurs générales des membres, facultés intellectuelles un peu obtuses ; affaiblissement de plus en plus considérable, Mort

dans les vingt-quatre heures. (Martin-Solon, Dict de méd. et de chir. pratiques , art. Phosphore.) | ’ |

M. Devergie prétend que le phosphore n’a agi ici avec autant d’intensité que parce qu’il a été transformé en acide hypophosphorique pendant son exposition au soleil. On ne saurait admettre une pareille explication; car l'acide hypophosphorique, résultant de l’action de l’oxysène de l'air sur cinq centigrammes de phosphore, est en trop petite proportion et se trouve trop étendu dans la potion pour pouvoir déterminer, je ne dirai pas la mort, mais même des accidents légers.

Osservarion V.— M. Delis, en montant du phosphore dans les tubes, aspira le liquide sans ménagement ; le voile du palais fut cautérisé.

Onsenvarion VI. — Pelletier père, ayant laissé par mégarde dans sa poche du phosphore enveloppé dans du papier, eut la cuisse tellement brülée, qu'il tarda six mois à se rétablir, quoiqu'il eût été promptement secouru.

On a de la peine à concevoir que M. Devergie ait adopté sans critique l’observation, rapportée par Lebelstein-Lebel, d’un épileptique qui succomba, dit-il, pour avoir pris six ou sept milligrammes (14 de grain) de phosphore solide. C'était le cas de dire : Post hoc, ergo non propter hoc.

Osservariox VII. — Le docteur Bouttatz prit dans la journée, et en plusieurs doses , environ 5 centigrammes de phosphore dissous dans l’éther. Chaque dose se composait de 24 gouttes d’une dissolution composée de 40 centigrammes de phosphore et de 32 grammes d’éther ; il en prenait une toutes les deux heures. La première occasionna quelques nausées. La seconde éveilla singulièrement l'appétit; le pouls devint plus fréquent et la chaleur plus intense. Le soir, les forces, la sécrétion de l’urine, et l’ardeur vénérienne, étaient augmentées, mais sans aucun inconvénient pour l’expérimentateur.

Osservarion VIII. — Alphonse Leroy prit 17 centigrammes de phosphore , et fut très-incommodé pendant deux heures. Son urine était trèsrouge ; il but fréquemment de petites doses d’eau très-froide, et le malaise disparut. Le lendemain, ses forces muculaires étaient doublées, et il éprouvait une irritation vénérienne insupportable.

Orservaron IX. — Une actrice de Cadix s’est empoisonnée avec un paquet d’allumettes phosphorées (dites allemandes), qu’elle avait préalablement fait macérer dans du vinaigre. Elle a éprouvé, pendant huit jours, les douleurs les plus atroces, et elle a succombé en présentant des symptômes analogues à ceux de la rage. (Journal de chimie médicale, t. 1, p. 668; 1846.)

Dssenvarton X,— Un enfant de quinze à dix-huit mois mangea une

certaine quantité de pâte devant servir à confectionner les allumettes phosphorées ; peu de temps après , il fut saisi de douleurs atroces. Au -bout de deux jours, l'enfant était continueHement tourmenté par ces douleurs, sans pouls, et respirant à peine. On appliqua des D ; Mais six heures après le malade avait cessé de vivre. col

On trouva de nombreuses lésions sur la ebe interne Ps l'estottil et quelques. perforations du côté du pylore. (Journal de chimie médicale, année 1844, p. 394.)

OssenvaTion XI, — Un enfant de trois ans succomba en vingt-quatré heures, à la suite de douleurs abdominales très-vives, de déjections alvines, et de mouvements convulsifs horribles, pour avoir mangé de la pâte phos= phorée. Les matières alimentaires trouvées dans l'estomac contenaient du phosphore. (1bid., p. 510.) |

Oservarion XII. — Un enfant de dix ans , soigné par un charlatan an glais, prit 72 gouttes d’une potion composée de 48 grammes d’huilé d’olives, de 2 grammes de phosphore, et d’un peu d’essence de bergamote. Par suite de ce traitement, qui fut continué pendant vingt-quatre jours, le petit malade fut saisi de vomissements avec violentes douleurs d’entrailles, de stupeur avec convulsions, d’une dyspnée extrême, puis il succomba. On trouva dans la partie intérieure de l’œsophage, sur une longueur de 41 millimètres, une ligne noire semblable à celle qui aurait été produite par le contact d'u pinceau imbibé d’une forte solution de potasse CHPET (Ibid., année 1845, p. 379.) |

Osservarion XII. — Marie R... administre à son mari, le 25 nai 1847, une soupe contenant de la pâte phosphorée. Une demi-heure après, le mari ressent de vives douleurs dans l'estomac, accompagnées d’une soif ardénte et inextinguible. Le lendemain, R.. mange encore quelques cuillerées de soupe; le soir il vomit. Le jour suivant, après une nouvelle ingestion de soupé, nouveau vomissement; depuis le 25, R... est anéanti et comme un homme ivre ; il se met au lit. bé 29 , Marie li fait prendre, dans un verre, du vin rouge, au fond duquel existe une matière blänchâtre d'apparence graisseuse ; bientôt après, R... sentit ses membres se tendre et se roidir. Le mal devint tel qu’il croit n’avoir plus qu’un instant à vivre. On lui donne des vomitifs, qui procurent un très-grand soulagement. Le 30 japrès avoir reconnu l’empoisonnement, un médecin administre les remèdes appropriés, et le 1% juin R... était hors de danger, bien que dans un état d'extrême faiblesse. Marie avoue son crime et est condamnée, par Ja coùr d'assises du Finistère, aux travaux forcés à perpétuité et à une heure expose) (Journal do chimie médicale, année 1847, p. 644)

Osservarion XIV. — Le 27 avril 1843, le gouvernemént prussien press crivit d’expérimenter, péndant un an, avec une pâte phosphorée destinée à remplacer l’arsenie pour la destin des rats, et il recommanda aux autorités des diverses provinces de recueillir les résultatsl obtenus, afin d'éclairer la question de savoir si l’on devait ou non en ordonner l’emploi exclusif par une ordonnance ad hoc. Dans cette instruction ministérielle , on lit que, si le phosphore n’offre guère moins de danger comme poison,

qu’on n’en trouve dans usage de l’arsenie, il a du moins sur ce dernier l'avantage de perdre ses propriétés toxiques, dans l’espace de quelques jours seulement, par suite de son oxydation. Le cas suivant démontre jusqu’à l'évidence combien cette opinion est loin de la vérité. |

Les époux H.. habitaient, avec la mère et le frère de la femme, une petite maison qui leur avait été vendue, à la condition d’y loger jusqu’à sa mort la fille de l'ancien propriétaire. Gênés par cette dernière condition, et dési= reux de se débarrasser promptement de cette fille, ils tentèrent à plusieurs reprises de l’empoisonner d’abord avec le mercure métallique, puis avec de la pâte phosphorée contre les rats, qu’ils achetèrent le 5 mars 18433 mais ayant échoué dans ces tentatives , et la jeune fille se tenant sur ses gardes, ils résolurent d’en finir autrement, et, en conséquence, le frère de Ja femme H... alla la trouver dans un bois, où il la tua à coups de hache, le 14mars. Cinq jours après, le cadavre fut retrouvé , et des soupçons planant sur la mère et le frère de la femme H..., ces deux individus furent arrêtés. Dès l'instant de son entrée dans la prison, le jeune homme recommanda à sa sœur de lui apporter régulièrement la nourriture dont il avait besoin, la menaçant, si elle y manquait, de déclarer,sa complicité et celle de son mari. D’un autre côté, la mère avait dit à une de ses voisines que son fils avait été accompagné par sa sœur lorsqu'il s'était rendu au bois. Tremblante par la crainte de se voir compromisé, la femme H... concut l’idée de se garantir de ce danger en empoisonnant à la fois sa mère et son frère, et en conséquence, le 20 mars , elle leur porta une soupe à la farine et au lait, dans laquelle elle avait mélangé la moitié environ de la pâte phosphorée achetée précédemment par son mari. Cette soupe, au moment où le jeune homme commença à en goûter, lüi parut si mauvaise, et il en éprouva une telle chaleur dans le gosier, qu’il n’en mangea que deux ou trois cuillerées au plus, disant qu’elle avait mauvaise odeur ; mais la mère, poussée par la faim, ne fit pas attention à cela, et mangea la presque totalité. |

Une heure après ce repas, les deux prisonniers se sentirent mal à l’aise ; la mère se plaignait d’une forte distension de l'abdomen, d’anxiété, et plus tard de chaleur et de tranchées dans les intestins; en même temps elle se trouva tourmentée par une soif ardente, par des envies de vomir , et bientôt elle fut prise d’une diarrhée abondante qui persista toute la nyit du 20 au 21,et même encore pendant toute cette dernière journée.

Les douleurs intestinales qu'éprouva le jeune homme furent assez vives , mais néanmoins elles cédèrent après quelques évacuations diarrhéiques.

Dans la journée du lendemain, les accusés furent confrontés avec le cadavrede la jeune fille assassinée, La mère avait alors le facies misérable et décomposé , elle pouvait à peine se tenir sur ses jambes , et elle répondait d'une manière tout à fait incohérente aux questions qui lui étaient adresséess elle tomba bientôt dans un délire tranquille entrecoupé de moments lucides. Mais à partir du 22, vers le milieu du jour, elle ne reconnut plus personne; l’anxiété et l'inquiétude allèrent en croissant, et la mort survint dans Ja nuit du 22 au 23.

Dès le 25, on voulait procéder à l’inhumation; mais le jeune homme, dans un interrogatoire qu'il avait déjà subi, avait avoué son crime, eten même temps avait déclaré que sa mère était empoisonnée ; aussi l'autorité judiciaire ordonna-t-elle aussitôt l’arrestation de la femme H..., et en out À de procéder à l’examen cadavérique de la mère. La femme H... elle-même fit des aveux complets et indiqua l’endroit où elle avait caché ce qui restait | encore du poison : on trouva en effet ce dernier, qui consistait en une pâte, dans un petit pot brun, déposé au milieu d’un bouquet de sapins. ; 4

L’autopsie fut pratiquée le 27 mars, et présenta les particularités sui vantes : sn à

Aspect extérieur du corps. Rigidité cadavérique normale; odeur cadavérique prononcée ; coloration verte des téguments de l’abdomen ; ca» vité abdominale légèrement distendue par un dégagement de gaz; yeux légèrement renfoncés dans les orbites et circonscrits par un cercle bleuàtre ; veines cutanées fortement développées et paraissant à travers la peat comme de larges cordons d’une couleur bleue foncée ; surface antérieure du corps (surtout à la poitrine et à l'abdomen) couverte de taches sanguines un peu saillantes, de la grosseur d’un grain de chènevis et d’une teinte rouge claire (pétéchies), qui contenaient , ainsi qu’on le constatait facile= ment par l’incision, du sang liquide et rouge clair, déposé entre l’épiderme et le derme ; ongles des doigts de nuance bleue-noirâtre, par suite de l’extravasation du sang. |

Cavité abdominale. L'ouverture des téguments donne lieu au dégagement d'une quantité assez considérable d’un gaz de mauvaise odeur, qui toutefois ne rappelle pas d’une manière bien évidente celle qui est propre à l'aik Le péritoine et l’épiploon sont d’une couleur rouge inflammatoire ; les veines épiploïques et mésentériques sont gorgées d’un sang foncé. Les tomac est, à l'extérieur, coloré en gris sale tirant sur le rougeâtre; le duo: dénum et le jéjunum, jusqu’à la valvule iléo-cœcale, sont d’une teinte foncée rouge brune et marqués çà et là de taches verdâtres; le gros intestin est légèrement teint en rouge. L’estomac, enlevé après l'application de ligatures , contenait environ 60 grammes d’une pâte liquide épaisse, de couleur grise verdâtre: sur sa paroi postérieure , à peu de distance de l’orifice pylorique, il existait deux ulcères gangréneux, qui avaient détruit la membrane muqueuse dans l'étendue d’une lentille environ ; les bords de ces ulcérations étaient formés par un boursouflement gris noirâtre de la membrane muqueuse; dans le grand cul-de-sac, on remarquait une troisième ulcération, de la grandeur d’une pièce de 15 sous, et qui avait détruit toutes les membranes de l'estomac jusqu’à la tunique péritonéale. La membrane villeuse, depuis le cardia jusqu’à la paroi inférieure du viscère, était en! partie d’une couleur grise cendrée et rouge foncée, en partie boursouflée et ramollie. Les veines de l’estomac ressemblaient à des cordes épaisses. La membrane muqueuse de l'intestin grêle, Jusqu'à la valvule iléo-cœcale, offrait les traces d’une rougeur inflammatoire foncée disposée en arborisations ; elle était épaissie, mais sans la moindre érosion. La membrane mu queuse du gros intestin ne présentait rien d’anormal. On ne découvrit, dans

toute l'étendue du tube digestif, ni grains métalliques, ni autres substances suspectes ; on remarquait seulement, dans l’iléon et le gros intestin, quelques parcelles de matières fécales jaunes verdâtres. La portion du lobe gauche du foie (celle qui s’appuie sur la petite courbure de l'estomac) offrait plusieurs taches phlegmasiques de couleur rouge claire et arborisées. Du reste, le foie ne présentait rien de particulier sous le rapport du volume et de la texture. Tous les autres organes contenus dans la cavité abdominale étaient à l’état normal. La face supérieure et la face inférieure du diaphragme étaient enflammées dans l'étendue de 3 à 4 centimètres, au côté droit de l’ouverture œsophagienne.

Cavité thoracique. Les lobes supérieurs du poumon, de couleur grise ardoisée marbrée, étaient crépitants et ne contenaient pas de tubercules ; les lobes inférieurs, gorgés de sang veineux, étaient fermes au toucher et peu crépitants. Les cavités droites du cœur étaient remplies d’un sang liquide foncé en couleur. Les veines coronaires ressemblaient à des cordes épaisses et noires. L’œsophage offrait des arborisations et une couleur rouge foncée ; sa membrane muqueuse, rouge, enflammée, ramollie, offrait une teinte grise foncée noirâtre au niveau du diaphragme, et il était facile de l’enlever par morceaux en la tirant avec les pinces à disséquer.

Cavité crânienne. Les vaisseaux de la pie-mère, fortement développés, étaient gorgés de sang. Entre la pie-mère et l’arachnoïde, il existait un épanchement très-étendu d’un liquide lymphatique, de couleur opaline d'un blanc jaunâtre, et de l'épaisseur d’une carte à jouer. Ce liquide, dans plusieurs points, agglutinait les deux membranes et les collait l’une à l’autre.

Le restant de la pâte ayant été soumis à l’analyse, il fut facile d'y reconuaître la présence du phosphore. . *

Le contenu de l'estomac et des intestins ayant été mis en contact avec le papier bleu de tournesol , ce dernier fut rougi, mais plus avec les matières de l'estomac qu'avec celles des intestins.

Des portions prises dans les divers points du canal intestinal furent placées sur une plaque de fer-blanc fortement chauffée , pour rechercher s’il ne S'y trouvait pas encore quelques parcelles de phosphore. Ces portions se carbonisèrent en pétillant et en dégageant des vapeurs abondantes, mais sans déceler la présence du phosphore. La même opération ayant été répétée avec un grand morceau de l'estomac, on vit, avant même que la carbonisation commençät, apparaître plusieurs (sept ou huit) petites flammes clairés, de couleur jaune blanchâtre , et pareilles à celles que fournit la combustion du phosphore.

Par la distillation d’une certaine partie du gros intestin, on obtint un liquide incolore, clair, d’une odeur très-désagréable, ramenant au bleu le papier de tournesol rougi par un acide, faisant effervescence par laddition de l'acide nitrique, se troublant et fournissant par le nitrate d'argeutun précipité gris jaunâtre, sale, soluble dans l'acide nitrique, et un léger sédiment noirâtre gris, qui se déposait au bout de quelque temps et présentait tous les caractères extérieurs du phosphure d'argent.

En réitérant l'opération avec les intestins grêles et l'addition d’une cer-

taine quantité d’eau distillée, on. obtint des résultats identiques, moins tranchés cependant que dans le Cas précédent, en raison de l’eau ajoutée,

En examinant la quantité de pâte qui restait, et en la comparant ave ce qui avait été mélangé par la femme H... à L soupe préparée par elle, M. Groebenschuetz estime que la dose de phosphore qui a été ingérée peut être approximativement fixée de 30 à 45 centigrammes, dose qui aurait donné lieu à des accidents beaucoup plus graves et aurait amené plus promptement la mort, sans la présence de la soupe qui lui servait d’excipient,

L'auteur fait Mec que le développement des pétéchies dans l'empois sonnement par le phosphore n’avait pas encore été signalé jusqu'ici , et il remarque en outre que, dans ce cas, les taches étaient d’un rouge clairs tandis que celles qui surviennent chez les sujets empoisonnés par l’arsenie sont d’un bleu foncé. (Groebenschuetz, Gazette des hôpitaux du 9 sep: tembre 1843.)

Symptômes et lésions de tissu produits par le phosphore.

Les symptômes et les lésions de tissu auxquels le phosphore donné naissance varient suivant la dose et l’état de division dans lequel il sé trouve lorsqu'il est ingéré : {° S'il est solide, en petits cylindres, et qué l'estomac soit rempli d'aliments, les symptômes ne se déclareront que. quelques heures après qu’il aura été avalé, et ils seront en tout semblables à ceux qui caractérisent l’inflammation de l’estomac et des intestins. 2° Si le phosphore a été auparavant dissous dans un véhicule, quel que soit l’état dans lequel se trouve l'estomac, et que la dose soit de t à 10 centigrammes , il excitera puissamment le système nerveux, et surtout les organes génito-urinaires ; le pouls sera plus fort et plus fréquent ; la chaleur sera augmentée, ainsi que les forces musculairess. la sueur et l’urine seront plus abondantes , et les désirs vénériens notablement éveillés. $ la dose est plus forte, el quelquefois même à la dose de quelques cenligrammes, les souffrances les plus cruelles, les vomissements les plus opiniâtres, et les symptômes nerveux les plus alarmants, se manifesteront et annonceront une mort prochaine.

S’il.est appliqué à l’extérieur, ilenflammera les tissus et produira des. brûlures profondes.

Les lésions cadavériques consisteront en des: traces intammätiof plus ou moins intense du canal digestif ; les chairs et les organes gastriques pourront exhaler l'odeur du PRES et être lumineux dans l'obscurité.

Il résulte des faits qui précèdent : 1° Que le phosphore dissous dans l'huile et injecté dans les veines traverse les poumons, absorbe l’oxygène de l’air, et passe à l’état d'acide hypophosphorique ; probablement il se forme aussi de l'acide phosphorique. Le passage de ces acides à travers les vaisseaux délicats des poumons détermine une inflammation

DU PHOSPHORE. 91 presque instantanée de leur tissu, inflammation qui, en s'opposant à ce que les poumons continuent leur action, donne bientôt lieu à l’asphyxie et'à là mort. 2 Qu'’étant introduit dans l'estomac à la dose de quelques centigrammes , après avoir été dissous dans un véhicule, il est absorbé et excité le système nerveux et les organes génito-urinaires: 3° Que sous cette forme, et à plus forte dose, il peut déterminer la mort; soit par suite de l'absorption dont je parle, soit parce qu’il développe une vive inflammation des tissus du Canal digestif, soit enfin par l’action combinée de ces deux causes ; quoi qu'il en soit, l’inflammation gastro-intestinalé doit surtout être attribuée à la transformation du Phosphore en acide phosphorique , au moyen de Pair contenu dans lé canal digestif. 4 Que lorsqu'on introduit le phosphore en cylindres dans l’estomaé, il se produit de l’acide hypophosphorique qui enflamme les portions des membranes avec lesquelles il est en contact : or, comme le phosphore marche progressivement de l'estomac au rectum, on concoit que l’inflâmmation doit être plus forte dans les endroits où il s’est formé la plus grande quantité possible d'acide hypophosphorique, ceux, par exemple, que le phosphore a déjà franchis. 5° Que la combustion ést d'autant plus lente que l'estomac contient une plus grande quantité d'aliments (1), le phosphore se trouvant alors enveloppé, et par conséquent plus à l’abri du contact de l’air (exp. 4); 6° qu’il n’est pas exact, comme le suppose M. Devergie, que le phosphore exerce beaucoup dis d'action quand il a été transformé en acide hypophosphorique par le contact de l’air, puisqu'on peut faire prendre à des animaux, sans déterminer d'accidents notables , des quantités de cet acide au moins deux fois plus fortes que les doses de phosphore susceptibles de les tuer, pourvu que cé corps ait été dissous dans une huile ; 7° que Ja mort ne tarde pas à survenir lorsque lé phosphore avalé a été préalablement fondu dans l’eau chaude : dans ce cas, la combustion est des plus rapides , et l'animal succombe au milieu des mouvements convulsifs les plus horribles. Il est certain que le produit de cette combustion est de l’acide phosphorique.

Giulio, professeur de médecine à Turin, das un {travail physiologique sur le phosphore, avait tiré les conclusions suivantes : {1° Le phosphore

(1) Il arrive même assez souvent que le phosphore n’a point encore agi sur les tissus de estomac plusieurs heures après son ingestion. J’ai donné à un animal une très-grande quantité d'aliments, immédiatement après je lui ai fait prendre 8 grammes de phosphore coupés en vingt petits cylindres : au bout de huit heures , il n’éprouvait aucune incommodité. On l’a ouvert, et on a vu que le phosphore se trouvait enveloppé dans les aliments ; les tissus de l’estomac nof- fraient pas la plus légère trace d’altération,

introduit dans l'estomac et dans les intestins des animaux y subit une combustion et y développe les phénomènes pr opres à celle. combustion, 90 L'irritation brûlante causée par le calorique dégagé pendant cette combustion, ainsi que l'impression caustique des vapeurs phosphoz reuses, produit une phlogose dans l’œsophage et dans les intestins proportionnelle à la quantité de phosphore avalé, dissous, brûlé. 3° L’inflammation de ces parties, qui suffit pour expliquer la mort de lanimal, n’est pas nécessaire pour la produire ; l'impression cuisante faite sur les nerfs de l'estomac et des intestins peut suffire pour expliquer les effets meurtriers du phosphore : de là les tremblements du corps, l’'anéantissement des forces, les convulsions effroyables qui, dans ces expériences, se sont constamment manifestés dans les animaux soumis à l'action du phosphore pris intérieurement à dose suffisante (1): 4° La mort des grenouilles, causée par la simple vapeur phosphoreuse et par le seul contact des parties intérieures de la bouche avec le phosphores la prompte destruction de l’irritabilité de leurs muscles, présentent une preuve irrécusable que le phospore, dans un certain élat, jouit d’une force délélère et anéantit la vitalité en détruisant la force nerveuse. 5o L'eau, qui ne dissout point le phosphore, produit des accidents lé= gers, graves ou mortels, en raison de sa quantité et du nombre des pare celles de phosphore qu’elle tient en suspension (2).

Traitement de l’empoisonnement par le phosphore.

Lorsque le phosphore a été pris à l’état solide, l'indication la plus pressante est d’administrer 2 ou 3 grains d’émétique (tartrate de potasse antimonié ) : par ce moyen, le médecin parviendra facilement à faire rejeter le poison avant qu’il ait eu le temps d'agir, ou du moins avant qu’il ait produit aucune action marquée, S'il a été ingéré dans un grand état de division, il n’est point douteux qu’il ne soit très-avantageux de faire prendre sur-le-champ au malade d’abondantes boissons albumineuses ou aqueuses contenant de la magnésie en suspension ; car ces boissons rempliront l'estomac de liquide, en chasseront l'air atmosphérique, et le “phosphore ne pourra plus brûler avec la même rapidité, elles favoriseront le vomissement en distendant considérablement l'es: tomac, sans ajouter à lirrilation que la substance vénéneuse aurait déjà pu produire ; elles satureront les acides hypophosphorique où

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