‹ Traité de toxicologieChapitre 31 sur 103 · DE L'IODURE DE POTASSIUM · texte numérisé non relu

DE L'IODURE DE POTASSIUM

Action sur l’économie animale.

Expériences. — Lorsqu'on injecte 20 centigrammes de ce sel dissous dans l’eau dans la veine jugulaire externe d’un chien, l'animal jette d’abord un faible cri. Il est pris aussitôt de contractions violentes dans tous LS muscles, avec déjection ‘d'urine et de matières fécales. Quelques secondes après, il lombe sans mouvement, rend une petite quantité de salive écumeuse, et a langue, qui est pendante hors de la gueule, laisse apercevoir à sa sur-

face un mouvement oscillatoire de ses fibres qui dure quelques secondes ; Ja vie cesse aussitôt. | f |

A la dose de 4 à 8 grammes introduit dans l’estomac des chiens, il détermine quelques vomissements, suivis bientôt de l’évacuation d’une partie ou de la totalité du poison; les vomissements s'arrêtent, et les chiens tombent dans un état d’affaissement qui va croissant de jour en jour jusqu'au moment de la mort; ils succombent dans le collapsus le plus complet. |

Comme plusieurs autres poisons, l’iodure de potassium développe entre les membranes muqueuse et musculeuse un état emphysémateux partiel qui

“soulève la tunique interne de l'estomac, et produit dans les endroits moins malades une quantité considérable de tumeurs arrondies, à base large, d’une couleur légèrement rosée, crépitantes, contenant dans leur intérieur un liquide incolore enveloppé d’air, et analogue, pour laspect et la consis* tance, au poumon d’un jeune enfant. Les autres altérations que détermine l’iodure de potassium sont des ecchymoses nombreuses et fort larges, et des ulcérations qui, comme celles que produit l’iode, seraient aussi environ: nées d’une auréole jaune , si l’iodure était fortement ioduré.

Appliqué sur des plaies ou sur le tissu cellulaire sous-cutané des chiens, l’iodure de potassium n’exerce aucune action nuisible à la dose de 4 grammes. (Mémoire sur l'empoisonnement par l'hydriodate de potasse, par M. Alphonse Devergie.)

Osservarions. — Une jeune personne éprouva un malaise général, dés nausées et une chaleur brülante avec ardeur à l'estomac, peu de temps après avoir pris 6 grammes d’une dissolution d’iodure ioduré de potassium: Une heure après, elle vomit, et ressentit une douleur de tête; il y avait de l'agitation et des vertiges. Ges accidents cédèrent aux boissons aqueuses ét gommeuses tièdes et à des antispasmodiques. (Octave Dessaignes, Journal de chimie médicale, t. IV, p. 65.) è

Le docteur Kramer, après avoir pris de l’iodure de potassium comme médicament, a trouvé de l’iode dans son urine. Désirant connaître jusqu'à quelle époque il serait possible de reconnaître la présence de ce corps, après avoir cessé de prendre de l’iodure, il s’est livré à des recherches ét= rieuses, dont voici les principaux résultats. Quarante-huit heures aprèsila dernière dose, l’iode fut découvert en opérant sur 40 centimètres cubes d'urine, et il y était en proportion considérable. Soixante-douze heures après, il y en avait encore sensiblement dans 44 centimètres cubes d’uriné. Quatre-vingt-seize heures après, en opérant sur 50 centimètres, on en aperçut des traces. Cent vin, heures après, on eut déjà beaucoup de peine à en déceler la présence , quoique l'expérience fût faite sur 140 centimètres d'urine. Cent quarante-quatre heures après, on n'en découvrit plus en opérant sur 385 centimètres cubes de liquide. à

Il résulte de ce qui précède: 1° que l’iodure de potassium est absorbé, et peut être décelé dans le sang, dans l’urine, et dans les viscères dés

DE L'IODURE DE POTASSIUM. 107 nimaux qui en ont pris; 2° qu’il agit sur l’économie animale à peu près comme l’iode.

Traitement de lempoisonnement par l’iodure de potassium. Il est le même que celui de l’empoisonnement par l’iode (voy. p. 102). Recherches médico-légales.

L'iodure de potassium pur est soluble, cristallisé en cubes, d’une saeur âcre, piquante, déliquescents, et très-solubles dans l’eau. Cette dissolution , incolore, jaunit et devient même rougedtre par son exposiion à l'air, qui transforme le sel en iodure ioduré; quelques gouttes de hlore liquide en séparent l’iode, et si l’on ajoute de l’amidon, il se proluit de liodure d’amidon bleu: il ne faudrait pas employer un excès de chlore, car le mélange se décolorerait ; les acides azotique et sulfurique voncentrés, employés en assez forte proportion, précipitent également ’iode. Le chlorure de platine donne un iodure rouge soluble. L’azotale le protoxyde de mercure et le bichlorure de mercure, ainsi que les els de plomb dissous, en précipitent des iodures; le protoiodure de mercure est jaune verdâtre, le biodure est rouge carmin, et l’iodure de plomb jaune serin. Le réactif Le plus sensible pour déceler les atomes de ce sel est sans contredit le mélange d’amidon, d’une goutte de chlore, et d’une routte d'acide azotique: c’est lui qu’il faut employer pour découvrir ce el dissous dans une grande quantité d’eau. Les motifs qui me font préérer ce mélange au sel de platine sont : 1° que celui-ci se comporte de nanière à ne pas pouvoir permettre de conclure qu’il existe de l’iodure le potassium , quand il y en a à peine des atomes; en effet, la liqueur 1e se trouble pas dans ce cas, et devient tout au dos d’un jaune rouetre , à peu près comme cela arriverait si on versait le sel de platine lans de l’eau contenant quelques traces d’un sulfure soluble et qui ne ‘enfermerait pas de l’iodure de potassium; 2° qu’il décèle souvent des roportions infiniment minimes de cet iodure dans certains mélanges, lors que le sel de platine ne les colore aucunement en jaune ni en ouge : je citerai pour exemples quelques échantillons de sel gris du ommerce (chlorure de sodium), le sang, etc. Pour démontrer la préence de la potasse dans l’iodure de potassium, on emploierait les acides Morique et tartrique (voy. Potasse); quant au chlorure de platine, il le faudrait en faire usage qu'après avoir décomposé l’iodure par du hlore, et avoir éliminé l’iode, soit en filtrant, soit en chauffant la liueur ; il suffirait alors de concentrer celle-ci par l’évaporation. L’iodure de potassium du commerce, quand mème qu’il contiendrait ne grande quantité de chlorure de potassium, ou de sodium, ou de

carbonate de potasse, se comporterait de la même manière avec les r'éac- | tifs propres à déceler l’iode.

L'iodure ioduré de potassium est jaune ou rougeätre; il colore l’ami- : don en bleu ou en violet, sans addition de chlore ni d’acide, el il

fournit avec les réactifs précités les mêmes précipités que l’iodure. de potassium. |

Iodure de potassium contenu en petite proportion dans le sel gris (sel

de cuisine). La supériorité de l’amidon sur les sels de platine, pour découvrir cet iodure, est encore incontestable dans ce cas. Plusieurs échantillons de sel saisis par l'autorité chez divers épiciers de Paris el contenant de l’iodure de potassium, se sont fortement colorés en bleu par l’amidon , l’acide sulfurique et le chlore ; tandis que les sels de pla: line et de mercure, versés dans les mêmes dissolutions salines, neWes coloraient nullement en rouge ni en jaune verdätre. L'inefficacité de ces réactifs étonnera d'autant plus, que si l’on dissout dans l’eau une cer: taine quantité de chlorure de sodium pur (sel de cuisine), et que Pon ajoute à la dissolution une goutte d’iodure de potassium dissous,“ chlorure de platine rougira la liqueur, et l’azotate de protoxyde de mer: cure la verdira, ce qui atteste la présence de l’iodure de potassium.l serait difficile d'expliquer cette différence d’action des sels de platine“ de mercure, sans admettre que, dans le sel de cuisine cristallisé, io: dure de potassium se trouve combiné avec le chlorure de sodium , el par conséquent à l'abri de l’action de ces réactifs; tandis que, dans l'autre cas, les deux sels sont simplement né

Iodure de potassium dissous dans l'alcool, dans un sirop, ou dans tout autre liquide, ou bien faisant partie des liquides vomis ou de ceux que l'on trouve dans le canal digestif après la mort, ou de l’urine. Si ces liquides sont peu colorés, on y démontre la présence de l’iodure, comme il vient d’être dit. S'ils sont notablement colorés, même après avoir été filtrés, on s'attache à prouver qu'ils renferment de l’iode, en ayant re cours aux procédés dont j'ai parlé à l’occasion de l’iode: ainsi on les chauffe avec une petite proportion de chlore, ou on les carbonise pr l'acide sulfurique, suivant les cas (voy. p.104): Il suffit, pour affirmé qu'il y a de liode, d’avoir obtenu le précipité bleu ou violet, pourvu que l’on ait constaté, par les caractères que j'ai énoncés à la page 104, que ce précipité est véritablement de l’iodure d’amidon.

Jodure de potassium mélangé avec du sang, avec des matières solides alimentaires ou médicamenteuses, ou bien contenu dans les viscères des animaux empoisonnés. On traite ces mélanges comme je l'ai dit en pät- Jant de l’iode. Ge procédé simple et exact doit ètre préféré à ceux beau- Coup trop compliqués qui ont lé conseillés par MM. Christison, O'Shaugnessey et Devergie,

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Ce dernier auteur avait proposé à tort de chercher l'iodure de poissium dans le sang par le chlorure de platine ; en effet, dans plusieurs xpériences que j'ai tentées'avec de petites doses d’iodure, ce réactif ’a aucunement rougi la liqueur provenant du sang, tandis que l’amidon > bleuissait instantanément.

Urine contenant de l’iodure de potassium. On agira sur elle avec le hlore, comme je l'ai dit en parlant de l'urine iodée (voy. p. 105).

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