‹ Traité de toxicologieChapitre 50 sur 103 · EE SR SOS AN PAT · texte numérisé non relu

EE SR SOS AN PAT

(1) Observation rapportée par Laborde, médecin (Journal de médecine , t. LXX, p. 89, année 1787).

sort immédiatement après pour faire ses adieux à ses amis, en déclarant qu'il vient de s’empoisonner. On reconnaît une poudre blanche dans le liquide qu’il a bu sous les yeux de sa nièce, qui est l’objet de son amour; ons’adresse à un homme de l’art pour constater la nature de cette substance, quiest véritablement de l'acide arsénieux; on fait pendant deux heures des recherches inutiles pour trouver M***. Enfin il rentre chez lui vers dix heures ; on lui représente tous les dangers de sa position; il convient qu’il aavalé 12 grammes d’acide arsénieux, et il consent à prendre en trois doses et à demi-heure d'intervalle, 15 centigrammes de tartrate de potasse etd'antimoine : ce sel est donné sans auçun résultat. On administre beaucoup de lait et de boissons mucilagineuses qui ne tardent pas à déterminer Pévacuation de la majeure partie des liquides ingérés. On ne crut pas nécessaire d'examiner leur nature chimique , parce qu'il était suffisamment constant, par l’aveu du malade, qu’ils contenaient de l'acide arsénieux. A une heure, M°%*, qui jusque-là avait peu souffert, se plaignit d’un resserrement douloureux à la région épigastrique, de chaleur brülante, de soif; la figure était altérée ; les traits grippés, le pouls accéléré. Ces symptômes devinrent bientôt plus intenses; les parois de l'abdomen semblaient contractées vers la colonne vertébrale; le pouls était petit, serré, intermittent, la face décomposée ; à quatre heures, sueurs froides de la face et des extrémités, pouls à peine perceptible. Mort à cinq heures du soir. Ouverture du cadavre. Les traits conservent encore l'expression de souffrance de la veille. Le ventre ne contient aucun liquide épanché ; tous les viscères de l'abdomen ont l'aspect naturel; la membrane muqueuse de Vestomac et des intestins ne présente, dans toute son étendue , aucune inflammation, aucune rougeur, aucune altération de texture: une matière pulvérulente, mêlée avec une portion des boissons administrées, fut recueillie en assez grande quantité et séchée : la plus grande partie était renfermée dans l'estomac ; on en trouva une très-petite portion dans le duodénum ; elle offrait les caractères de l'acide arsénieux (Missa de Soissons). Osservarion VI. — Un homme, âgé d'environ quarante-cinq ans, buvait souvent près d’un litre d’eau-de-vie par jour. Le 2 juillet 1821, vers trois heures de l’après-midi , il conçut le dessein de s’empoisonner en prenant de acide arsénieux , et il en avala aussitôt une assez grande quantité. Dès que sa famille s’aperçut du malheur, elle appela un chirurgien, qui , d’après lavranquillité du sujet, était disposé à douter de l'accident ; mais il vit le poison dans la bouche du malade qui le croquait. Cet homme ne voulait point de secours et menacçait de son'couteau ceux qui tentaient de l’approcher. Il but du lait, de l'huile, du cidre, de l’eau. D’après le rapport des assistants , il n’eut aucun vomissement jusqu’à huit heures moins un quart du Soir; l fut aussi calme qu'on pouvait le désirer : les extrémités de- Vinrent ensuite froides , les jambes se fléchirent convulsivement sous les cuisses , et la mort arriva peu d’instants après le vomissement. Ouverture du cadavre. La face était peu altérée, les yeux encore assez brillants; le ventre, loin d’être météorisé, paraissait plutôt resserré sur lui-même. Toutes les parties postérieures du tronc et les extrémités

étaient d’un rouge violet. L'intérieur de la bouche, du pharynx , de l'œsophage, était blanchâtre , et la membrane muqueuse se détachait facilement en lambeaux ; les points que touchaient, dans cette partie, des -parcellés d’arsenic, n'étaient pas différents en couleur du reste de la membrane. L’estomac offrait à l'extérieur sa forme et sa couleur naturelles; les vaisseaux de sa grande courbure étaient à peine engorgés; ils contenaient des fluides dont la nature variait ainsi que la quantité: à la grande courbure et aux orifices, c'était une mucosité sanguinolente, ailleurs une mucosité jaus nâtre; de gros et longs grumeaux d’arsenic, enveloppés de mueus sanguis nolent, se voyaient auprès des deux orifices; la membrane muqueuse était très-enflammée et rouge comme du sang dans une grande partie de son étendue. Le duodénum ne contenait qu’une mucosité blanchâtre; il parais= sait parfaitement sain, ainsi que tous les autres intestins, qui, resserrés tous, surtout les grèles, renfermaient un liquide qui avait l'odeur du cidre. La vésicule du fiel était pleine. Les poumons étaient d’un violet beaucoup plus foncé que de coutume dans toutes leurs parties. L’oreillette droite ét le ventricule droit du cœur étaient pleins d’un sang fluide et noirâtre; les deux autres cavités de cet organe étaient vides. Les autres viscères n’offraient rien d’extraordinaire. Cette observation est remarquable par le calme que témoigna le malade, et par la légèreté apparente des symptômes que. suivit une mort si prompte. (Gérard de Beauvais, Bulletin de la Société médicale d'émulation, décembre 1821.) |

Osservariox VIL. — Macé et Goval, écrivains publics, vivant en come mun du produit de leur travail, trouvèrent dans leur chambre trois cervelas et un morceau de pain enveloppés dans du papier; ne sachant pas comment ces aliments avaient pu être introduits chez eux, ils n’osèrent pas d’abord en manger : cependant le dimanche soir, 29 juillet 1822, n’ayant. rien pour souper, ils s’y décidèrent et mangèrent le morceau de pain, chacun un cervelas, et entamèrent même le troisième. Deux ou trois heures après, ils commencèrent à éprouver des coliques et des envies de vomirs pendant toute la nuit les coliques augmentèrent , des vomissements eurent lieu. Un pharmacien qu'ils allèrent consulter leur fit boire beaucoup de. lait; mais les coliques , les vomissements, ne cessèrent pas. Le lendemains à dix heures, ils se présentèrent à la consultation publique de l’Hôtel-Dieu.

Goval paraissait peu souffrant; son visage, le son de sa voix, n'étaient pas altérés ; il dit qu’il avait eu de très-forts vomissements et d’abondantes évacuations ; mais il ne tarda pas à se rétablir. Macé marchait avec peine, le corps courbé, la figure pâle, portant l’empreinte de la plus profonde. douleur. Dans Ja journée , il eut plusieurs évacuations alvines , de fréquents vomissements de matières liquides jaunâtres , qui furent recueillies; l’épis gasire était très-douloureyx à la pression, la face grippée. Le malade était dans un état d’agitation et de contraction continuelles; il ne pouvait ré= pondre que par monosyllabes aux questions qu’on lui faisait. On lui ad= minisira une grande quantité de décoction de graine de lin et de racine dé guimauve. Le soir, même état de souffrance. (Potion calmante, plusieurs. lavements avec addition de huit à dix gouttes de laudanum dans

chaque.) Le pouls était accéléré; mais on ne l’a pas examiné avec assez de soin pour qu'on puisse rien dire de positif sur son état. Le 31 juillet, les vomissements avaient cessé; les selles contenaient des mucosités sanguinolentes ; il survint du délire; la peau des extrémités se refroidit; le malade se leva, et se fit, en tombant , une petite plaie à la partie postérieure de la tête: il mourut à dix heures du soir, quarante-huit heures après le souper suspect.

Ouverture du cadavre, faite trente héures après la mort. Le Corps est dans un état de roideur générale ; les doigts et les orteils sont fortement rétractés. On voit à la tête la petite plaie dont j'ai parlé ; les os du crâne conservent leur intégrité. La surface convexe du cerveau offre un léger enduit rougeâtre; il ÿ à un peu de sang épanché à la partie inférieure de la fosse temporo-occipitale droite : ces lésions sont regardées comme l’effet dela chute qui avait eu lieu quelques heures avant la mort.

. L'estomac paraît sain à l'extérieur ; il contient environ 256 grammes d'un liquide jaunâtre: en épongeant ce liquide , on trouve un grand nombre de petits grains blancs, durs, de grosseur et de forme diverses; la surface interne de cet organe offre une couleur rouge foncée qui ne disparaît pas par des lotions réitérées, ni par des frictions faites avec des linges et la lame des scalpels ; vers l’orifice duodénal existaient plusieurs taches d'une forme inégalement arrondie, d'une largeur variable depuis celle d’une pièce de 50 centimes , jusqu’à celle d’une pièce de 5 francs, d’une couleur brune; à l’endroit de ces taches , les membranes paraissent boursoufées , mais elles ne se déchirent pas avec plus de facilité que dans les autres points de l'estomac ; la tunique séreuse n’est point altérée. L'æsophage est dans l’état naturel. Le duodénum et le commencement de l'intestin grêle offrent une couleur rouge foncée; mais on n’y remarque pas de taches comme dans l’estomac. Dans tout le reste du canal digestif, existe une très-forte injection vasculaire. On trouve dans toute l'étendue duvcanal intestinal, de petits corps blancs semblables à ceux qui étaient dans l'estomac, et que l'analyse démontre être de l'acide arsénieux. Les Powmons ne présentent rien de remarquable. Le péricarde contient 32 grammes environ de sérosité incolore.

La surface externe du cœur est dans l'état naturel; mais , à l'intérieur, on observe une altération remarquable ; les cavités gauches sont d’une couleur rouge marbrée; dans le ventricule de ce côté, et principalement Surles colonnes charnues, on voit de petites taches d’un rouge cra- "moisi; en incisant sur les points où elles existent, on reconnaît qu’elles ne sont pas bornées à la surface, mais qu’elles pénètrent dans la substance charnue du cœur. Les cavités droites offrent une couleur rouge beau- Coup plus foncée et presque noire; sur les colonnes charnues du ventricule on remarque aussi quelques taches, mais moins nombreuses et moins Prononcées que dans le ventricule gauche. L’aorte, l'artère et les veines pulmonaires ne présentent aucun signe d’altération.

Cette ouverture a été faite en présence de M. le procureur du roi , de Du- Puytren , Petit et moi; elle est surtout intéressante par les altérations du

cœur, qui sont semblables à celles que l'on remarque sur les chiens qui ont été empoisonnés par lacide arsénieux. Je regrette beaucoup de ne pas pouvoir joindre les détails d’un autre cas d’empoisonnement par cet acide, observé à Brest par M. Mollet, second chirurgien de Ja marine, qui na dit avoir également constaté des lésions analogues dans le tissu du cœur, (Arch. gén. de méd., février 1823.) # Osservarion VIII. — Mardi 19 mars 1839, à dix heures du soir, j'étais à l’Hôtel-Dieu, lorsqu'un gardien de la prison vint chercher l’interne de garde; je partis immédiatement ; et au bout de quelques instants j’arrivai près de Soufflard. +70 Je le trouvai assis sur une chaise, les bras et les mains emprisonnés par la camisole de force, les traits horriblement altérés; il vomissait. Sa longue barbe, ses vêtements, toute sa personne étaient souillés par des matières blanchâtres au milieu desquelles on reconnaissait du lait caïllé et des dé bris d'aliments. — I] ne me vit pas entrer. L’un des gardiens lui dit : « Soufflard, voici le médecin; dites-lui avec quoi vous vous êtes empoisonné.» À ces mots il dressa vivement la tête, me regarda fixement d'u air de désappointement, et ne répondit pas. Je réitérai la même questions même silence. On m’apprit alors qu’au sortir de l'audience il avait demandé de l'eau, en avait bu plus d’un litre, et que, ramené dans son cachot , il s'était mis à vomir. (est à ce moment qu'on m’envoya chercher. On n'avait aucun renseignement sur la nature du poison qu’on le soup* connait d’avoir pris. Seulement un gardien avait extrait, avec le doigt, de la bouche de Soufflard, une matière blanchâtre, semblable à du tartré, placée entre la lèvre inférieure et la gencive. Malheureusement cette matière n'avait pas été conservée. Je ne pus en retrouver de traces dans la cavité buccale. Je constatai toutefois que la lèvre inférieure avait été fortement cautérisée, car sa-membrane muqueuse était blanche, fendillée, et le moindre attouchement y provoquait une excessive douleur. Lun: En cherchant avec les doigts dans le vase où étaient les produits du vo* missement, je sentis deux petits graviers que je retirai pour les examinéf: Leur couleur était d’un blanc sale; ilsme parurent amorphes. J'en mis‘un sur ma langue ; et j'y trouvai une saveur douceâtre d’abord, puis forte ment styptique. L'autre, placé sur un charbon allumé, se volatilisa en ré” pandant des vapeurs épaisses qui exhalaient une odeur d’ail très-prononcée: Je dis alors à Soufflard: Malheureux! vous vous êtes empoisonné avec de l'arsenic ! — Oui, répondit-il avec sa forte voix qu'il grossissait encore, vous dites vrai. J'ai avalé de quoi tuer six hommes : mon af faire est sûre, je le sens. | d Je prescrivis aussitôt 5 centigrammes d’émétique dans un verre d'eau, afin de faire rendre le lait qu’on avait administré , et d’évacuer les portions d’arsenic qui se trouvaient encore dans le canal digestif, Le malade vomit abondamment. On lui fit boire de l’eau tiède pendant que je courais à l'Hôtel-Dieu chercher de l’hydrate de sesquioxyde de fer. J'en trouvai un bocal à la pharmacie, et je me hätai de lapporter à la prison. e Revenu près de Soufflard , mon premier soin fut de lui faire ôter Ia ca

misole. {1 se mit alors la tête dans ses mains, et s’écria : Innocent ! innocent ! — Je lui présentai un verre d’eau froide dans laquelle j'avais agité une cuillere d'oxyde de fer, autant que le véhicule pouvait en tenir en suspension. [1 l’avala d’un seul trait et le vomit presque immédiatement. I poussait des cris bruyants, sans articuler de paroles intelligibles. Je lui pris Ja main pour explorer le pouls ; je pus à peine sentir les pulsations de l’artère radiale ; e:les étaient petites, concentrées, irrégulières. La peau avait le froid du marbre ; une sueur visqueuse la couvrait, surtout vers le front et les tempes. De temps en temps le malade roidissait les membres , les maintenait fortement étendus pendant quelques instants, puis les laissait retombendans un état complet de résolution. C’est alors que les vomissements réparaissaient avec une nouvelle énergie. Ils étaient formés de lait caillé et de la boisson que je lui faisais prendre.

Moutes les cinq minutes Soufflard buvait une tasse d’eau ferrée, puis il restait calme quelques secondes. — Interrogé par moi sur le siége des douleurs qu'il éprouvait, il me dit en montrant son estomac : C’est là que jesuis brülé. Oh! que c'est atroce!

I} était onze heures et demie. Le malade pouvait avoir pris environ 180 grammes d'oxyde de fer. Son état paraissait plus satisfaisant, Tout à coup il se lève, claque des dents, contracte les muscles de sa face avec d’effroyables contorsions, et s’écrie : J'ai froid, je n'en peux plus. —1l tremblait comme au début d’une fièvre intermittente. Cependant on avait is un poêle dans le cachot, et la température de l'air environnant était plutôt élevée que basse.

»J'ordonne qu’on Jui enlève ses vêtements et qu’on lui prépare son lit, derqui est fait à l'instant. Pendant que debout il se prêtait à ce qu’on le déshabillât, des matières semi-fluides s’échappent en quantité de l’orifice inférieur du rectum. Je ne peux mieux comparer leur sortie spontanée qu'au jet formé par un liquide qui s’élance par Le robinet qu’on vient d’ouvrir; il en a rendu de quoi remplir un bassin. Blanches d’abord comme le lait qu'il avait vomi, elles sont ensuite jaunâtres, et paraissent n’être autre chose que la boisson dont il fait usage.

On le couche dans son lit, que je n’avais pu faire chauffer faute d'ap- Pâreils convenables; comme il ne se trouvait qu’une couverture, je fais mettre un matelas par-dessus. Soufflard reste calme quelques instants ; sa éspiration est plaintive et précipitée, sa peau glacée, sa figure affreusement, pâle. Je cherche en vain à lui tâter le pouls : il m’est impossible de percevoir le moindre frémissement de l’artère, J'applique la main sur la région précordiale, pas le plus léger battement. Je me baisse comme pour approcher l'oreille de sa poitrine, mais il me repousse d’un air sombre, et j'avoue que je ne crus pas prudent d’insister.

Depuis huit minutes les vomissements n’ont pas reparu, bien que le malade ait bu plusieurs fois de Ja même potion. Mais à minuit ils éclatent de nouveau. Des flots de matières jaunâtres, mêlées à des caillots de lait, sont rejetés de l'estomac, On aurait entendu les cris de Soufflard à une asssez grande distance, et je ne puis mieux comparer leur timbre qu'aux rugisse-

ments d’une bête féroce. Gouché tantôt sur le côté droit, tantôt sur letcté gauche, il changeait de posture avec une vivacité de mouvements qué je ne pourrais dépeindre. Par instants il restait étendu sur le dos, les! talons rapprochés des tubérosités sciatiques, les genoux élevés en l'air et écartés l'un de l’autre. Puis, par une sorte de culbute, il pirouettait sur lui-même et reprenait une autre attitude, km]

À minuit un quart, il s’écrie : Ma mère, ma pauvre mère! Innocent! puis il murmure à voix basse des paroles confuses, comme si son imagination était préoccupée d'images sinistres. 3

Il répond avec justesse, mais sèchement, à toutes les questions. Quand on lui demande qui lui a donné le poison : C’est mon secret, dit-il, personne ne me l’arrachera. e

Cependant les vomissements se répétaient de cinq minutes en cinqumi nutes, par crises entre lesquelles il y avait quelques moments de calme. Comme la peau était restée glacée, je fis mettre des bouteilles d'eau chaude le long des avant-bras, des cuisses, des mollets, et à la plante des pieds.

À minuit trente-cinq minutes, Soufflard, qui jusque-là n’avait accusé (de douleurs que vers l'estomac, presse la main droite sur l’ombilic, et élevat la gauche vers moi : Mon Dieu! s’écrie-t-il, on me brûle les intestins. Le ventre cependant était souple, non météorisé. Je craignis un instant qu'il ne se fût fait une perforation intestinale : mais peu à peu les souffrances se calmèrent, et elles ne reparurent ensuite que sous forme de tranchées à d’assez longs intervalles. d

Il est une heure moins un quart. Je n’ai pu réchauffer le malade, dont la Bgure, les mains et les pieds, ont pris une teinte bleuâtre. Le pouls nebat plus. Je continue à préparer la boisson ferrée que Soufflard prend avée avidité, tourmenté qu'il est par une soifardente; jy ajoute quelques gouttes de laudanum et d’eau de fleurs d'oranger par tasse : les vomissements semblent un peu diminuer. Les mots j'ai soif! à boire! sont les seuls qu'il prononce. Sa voix est lugubre, mal articulée, car il ne peut rapprocher Jés lèvres, l'inférieure étant cautérisée, pendante, renversée-en dehors et exces sivement douloureuse. 4

À une heure cinq minutes, Soufflard se plaint du besoin d’uriner qu'ldit ne pouvoir satisfaire. Je palpe la région hypogastrique : la vessie ne paraît pas distendue. Cependant les plaintes continuent. Je pratique à l’instant le cathétérisme ; mais la sonde ne donne issue qu’à quelques cuillerées d'urine assez claire. Le malade se prête sans difficulté à cette opération.

Dans l'espoir de ranimer un peu le pouls et de calmer les souffrances du malade, nous prescrivons, M. Bonnet et moi, uné potion avec l'eau de menthe, l'extrait de quinquina, l’éther, le sirop d’opium, les seules substances convenables que nous trouvons à la pharmacie de la prison. Nous.mettons les doses à peu près, n’ayant rien pour les mesurer.

À deux heuresmoins dix minutes, M. l’aumnier, que j'avais fait appeler, nous dit avoir trouvé les facultés intellectuelles de Soufflard parfaitement intactes. Que] à été le résultat de cet entretien ? Je l’'ignore. Seulement je

remarquai qu'à notre retour le malade était plus calme; nous crûmes même qu'il sommeillait. G

Cependant, bientôt les vomissements reparurent. Je lui fis prendre par cuillerées la potion que nous avions préparée, mais à peine avait-elle touché l'estomac; qu’elle était rejetée au milieu d’affreuses contorsions.

Il est deux heures et demie. Le pouls ne s’est pas relevé: on ne le perçoit même pas. — Froid glacial de toute la surface du corps, bien que la chaleur du cachot soit entretenue par un poêle où l’on fait un grand feu. — Je demande à Soufflard comment il se trouve : Mieux, répondit-il , Îesens que ça produit son effet, et il accompagne ces mots, je ne dirai pas d’un sourire, mais d'une contorsion affreuse du visage qui exprime son contentement de voir la mort approcher.

De trois à quatre heures du matin, l’état du malade ne change pas. Même agitation, même absence de chaleur animale, mêmes vomissements. 11 ne souffre ni à la tête, ni au cœur, ni dans les membres : la douleur, et elle est atroce et continue, est concentrée tout entière vers l'estomac. — Tranchées abdominales fréquentes.

À quatre heures, nous lui mettons des sinapismes aux extrémités, afin de réveiller la température et la circulation : mais tout est inutile. Le cœur ne fonctionne plus, ou du moins ses contractions ne se révèlent ni par le choc du pouls ni par les battements de la région précordiale.

Nous remarquons que le malade porte sans cesse ses mains sur l’épigastre, et se gratte la peau avee ses ongles, comme s’il éprouvait une démangeaison superficielle en ce point. Ce n’est point de la carphologie.

Vers cinq heures Soufflard, s’écrie à plusieurs reprises, en se tordant dans son lit : J'étouffe!... Par moments il lance avec ses pieds et ses mains ses couvertures à une assez grande distance, et ouvrant la bouche largement, comme pour aspirer l'air qui lui échappe, il reste ainsi plusieurs secondes dans une effrayante immobilité.

À dater de ce moment, la gêne de la respiration fut le phènomène prédominant. — Il demandede l’eau fraîche, on lui en donne ; il désire des fruits rafraîchissants ; M. Bonnet lui envoie chercher un citron qu’il suce par tranches avec avidité.

Entre six et sept heures, la déglutition commence à devenir difficile. Les boissons, en tombant dans l’arrière-gorge, font entendre un gargouillement de mauvais augure. Comme il paraît dégoûté de sa tisane ferrée, nous laremplaçons par de l’eau sucrée, avec un peu de vin d’opium (1).

Cependant il se plait de ses sinapismes : nous les retirons. La peau n’est nirouge, ni chaude, ni tuméfiée dans les points où ils ont été appliqués. Leureffet s’est borné à une simple exaltation de la sensibilité.

À sept heures et demie, un des gardiens l’a entendu s’écrier: Mère de Dieu, en grâce soulagez-moi! — Je n’oublierai de ma vie le spectacle épouvantable de ce criminel haletant, se roulant comme un forcené, puis

oo

(1) Soufflard avait pris environ 600 grammes d’hydrate de sesquioxyde de fer,

redevenant immobile, criant sans cesse , rejetant par la bouche et Jes'narines des matières qui le brülaient, et, au milieu de tout cela, conservant la netteté de ses idées et toute la vigueur de son système musculaire. Depuis qu'il était couché, il n’avait pas eu de déjections alvines : ce n’est que vers huit heures qu’il a sali ses draps avec des matières semblables à celles qui s’échappaient de la bouche. 11 n’a point rendu d’ürine ni volontairement ni involontairement ; je m'en suis assuré. 30 Les parois abdominales étaient fortement contractées et rapprochées dela colonne vertébrale, On sentait les muscles droits tendus comme dans c0lique de plomb. Le palper n’était pas trés-douloureux, excepté vers le creux de l'estomac, ce dont on était averti par la manière un peu brutale avee laquelle Soufflard repoussait les mains. Nous lui fimes quelques frictions sur le ventre avec un liniment composé de baume tranquille , d'huile d’amandes douces et de laudanum. Il ne fut pas soulagé. : ‘ar Toute la surface téqumenteuse était bleuûtre, violacée. La respiration devenait de plus en plus difficile. L’anxiété du malade allait toujours croissant. Tuez-moi, répétait-il, où donnez-moi quelque chose qui me soulage. Il prononçait souvent le nom de sa mère. Nous l’entendimes s’écrier : « Mon Dieu! quand cesserex-vous donc de me faire souffrir! 210 Vers neuf heures tous les symptômes de l’asphyxie se déclarent au plus haut degré. Soufflard est plus calme; mais ce calme est celui qui précède la mort. è A dix heures tout annonce une fin prochaine, et pourtant le malade n’a rien perdu de son énergie morale et physique. Je m’entretiens avec Jui de son état. Cest à dix heures et demie qu’il me donne des détails sur son ét poisonnement. J'apprends de lui qu’il a pris 12 grammes d’acide arsénieux, et qu'il n’a demandé de l’eau que pour entraîner la portion de poison Vs sa salive n’avait pu délayer. Un gardien profitant de cette occasion pour | demander de quelle manière il s'était procuré de l’arsenie : Vous éfes bien curieux , lui a-t-il répondu; je ne dis que ce que je veux, et ‘+ ne saurez rien. ." Enfin les bronches se sont engorgées. La poitrine ne se dilatait plus æ par intervalles; 1] s’est mis à râler.

C'est à onze heures cinq minutes que Soufflard est mort. Il n’a eu, das ses derniers moments, ni convulsions, ni symptômes cérébraux, ni aucun désordre vers le système nerveux. Il s’est éteint en se roidissant tous les muscles et grinçant les dents : c’est à la détente générale et subite de tout son corps qu'on à reconnu'qu'il avait cessé de vivre (1). ” Je demande maintenant à l’Académie la permission de résumer , en quel ques mots , les principaux phénomènes présentés par chaque appareil. Ainsi

(1) M. Orfila a déclaré, devant un nombreux auditoire qui se pressait à son cours, qu’il était impossible de sauver Soufflard, et qu’appelé à ma place, il n’eüt pas

agi autrement que je l'avais fait; cependant il aurait en outre tenté la saignée ; si toutefois elle était praticable, |

dépouillée de ces circonstances accessoires, cette observation n’aura plus alors qu'un caractère exclusivement médical. |

Résumé. — Appareil respiratoire. Gêne de la respiration toujours croissante et aboutissant à lasphyxie. Le malade ne tousse et n’expectore que dans les efforts de vomissement. Crachotement continuel de salive et de mucosités gutturales; point de douleur vers Ja plèvre ni les parois thoraciques. Je n’ai pu ausculter , encore moins percuter.

Appareil circulatoire. Gest par la concentration du pouls et l’affaiblissement des contractions du cœur que la scène à ouvert. À onze heures et demie, tout mouvement cireulatoire paraît suspendu. Depuis cet instant jusqu'au moment de la mort, je n’ai plus senti de pouls ni de battements du cœur. Il n’y a point eu de cardialgie, point de Syncope, point de palpitations. J’interroge et j'examine à tout instant le malade; il n’a pas témoigné de souffrances vers le cœur pendant toute la durée de sa cruelle agonie. |

La circulation capillaire ne se faisait plus. En appuyant le doigt sur un point de la peau , on déterminait une empreinte blanchâtre , puis la teinte bleue se reproduisait, mais avec lenteur, comme si le sang n'eût repris sa place que pour se remettre en équilibre dans ses vaisseaux. Je n’ai pas aperçu d’ecchymoses ni d’éruptions pétéchiales.

Les veines ; surtout les jugulaires , étaient dilatées, ce qui donnait à toute Ja peau un aspect violacé.

Il n’y a pas eu d'apparence de réaction, Tout le corps était glacé ; la chaleur n’y est pas revenue un instant. La température des téguments s’échauffait un peu dans les parties où étaient appliquées les bouteilles chaudes ; mais c'était par la transmission directe du calorique , car, après qu’on avait retiré ces bouteilles , on ne retrouvait plus qu'un froid glacial.

Appareil digestif. C'est vers l'estomac que toutes les souffrances étaient concentrées. Le malade y portait continuellement les mains, exprimant par ses cris qu’il ressentait des douleurs horribles. Retour fréquent de coliques atroces. Le malade n’a eu que quelques instants de relâche dans sesvomissements. Je n’ai point aperçu de sang dans les matières rejetées de l'estomac et du rectum.

Soufflard se plaignait d’un goût affreux dans la bouche et l'arrière. gorge; la langue était tuméfiée et grisâtre. |

Système nerveux. L'intelligence n’a pas été pervertie une seconde. Au début, au milieu , à la fin , les réponses de Soufflard étaient parfaitement calculées , et il sentait toute la valeur de ses paroles.

La sensibilité générale est restée intacte; elle n’a été ni exaltée ni diminuée, |

Les mouvements n’ont offert aucun désordre. Pas de convulsions, de soubresauts de tendons ni de carphologie.

Rien de modifié vers les sens. Les yeux seulement étaient parfois tournés en haut et dans un état de Strabisme; mais ils reprenaient leur direction lalurelle quand on appelait l'attention du malade, Les pupilles paraissaient

contractées. Il n’y a point eu de céphalalgie, de bourdonnements d'orcille, ni d'horripilations. |

Je me suis assuré qu’il n'existait pas de priapisme.

En proie continuellement à d’effroyables tortures, Soufflard n’a paseu un instant de sommeil. |

Sécrétions. Les sécrétions n’ont rien offert de particulier, à partreette suëur froide et visqueuse qui recouvrait toute la peau comme une ore d’enduit. |

Quant à l'habitude extérieure du corps , je ne puis mieux comparer Souf flard qu’à un cholérique dans la période algide.

Autopsie cadavérique. Le jeudi 21 mars, à neuf heures du matin, l’autopsie de Soufflard fut faite à la Morgue, sur la réquisition du proeus reur du roi, par MM. Orfila, Lesueur et Ollivier (d'Angers).

Le cadavre avait une rigidité extrême. Les traits du visage conservaient l'expression que je leur avais connue pendant la vie. Les yeux largement ouverts brillaient dans Porbite avec une sorte d'aspect farouche. Point diéruption pétéchiale sur la peau, qui offrait une teinte violacée. Soufflard devait avoir une force musculaire très-grande, car ses membres étaient charnus, robustes, sa poitrine large, et tout annonçait une constitution puissante. |

La mâchoire inférieure ayant été sciée à sa partie moyenne, nons pümes explorer l’intérieur de la cavité buccale. Les gencives et la face interne des. joues, le voile du palais, les piliers, la luette , toutes ces parties offraient une rougeur vive. La lèvre inférieure était profondément cautérisée, et som volume double de ce qu’il est à l’état naturel. La langue avait l'aspect saburral; son épithélium, détruit dans divers points, surtout à la face supés rieure de l'organe et au-dessous du frein, laissait à nu les papilles gonflées et rougeätres. Elle était extrêmement tuméfiée. qi

Injection assez vive du pharynx et de l’œsophage; ce ne sont pas des ans borisations vasculaires, mais des plaques, les unes gristres, les autres sanguinolentes , disséminées par intervalles. |

L’estomac s'offrit dans un état de désorganisation complet ; il contenait environ trois ou quatre verres d’un liquide rougeâtre, filant, mélangétde caillots de lait. La membrane muqueuse gastrique n'existait plus, ou“du moins ce n’était qu'une pulpe noirâtre, glutineuse, facile à détachervavee le doigt. Au-dessous d’elle on apercevaitune surface saignante, granuleuse, mamelonnée, qui ressemblait à ces plaies recouvertes de végétations gans gréneuses. Dans certains points, le tissu des parois stomacales , sphacélé à une certaine épaisseur, ne paraissait plus réduit qu'au feuillet séreux :près du pylore, on voyait une plaque grisâtre, large de trois doigts, qui était comme tannée. La membrane muqueuse qui la recouvrait semblait avoir été cautérisée avec un acide. Il est probable que c’est là qu'avaitsés journé le poison avant d’être dissous par les mucosités gastriques. Il n'y avait nulle part de perforation. Nous avons extrait des quantités assez C0» sidérables d'acide arsénieux, surtout au voisinage de l'anneau pyloriques

Le duodénum et les autres parties du tube intestinal sont examinés avee le plus grand soin. Nous n’y trouvons plus de ces larges cautérisations ; ce sont des plaques semées de distance en distance, et creusées à la manière des plaques typhoïdes. Elles sont d'autant moins nombreuses qu’on s'éloigne davantage de l'estomac. La tunique muqueuse qui les sépare est parfaitement saine. Au centre de chaque plaque est un petit fragment d’acide arsénieux qui paraît avoir agi sur l'intestin come la pierre à cautère sur la peau. Il est probable que ces divers fragments, entraînés par des caillots de lait, ont parcouru impunément un certain trajet, jusqu’au moment où ils ont été arrêtés par les replis de la membrane muqueuse. Ceci explique le retour de ces coliques intercurrentes que le malade éprouvait , et leur cessation quand l’eschare était pfoduite. |

Nous fûmes frappés du calibre du gros intestin : c’est à peine s'il admettait la branche de l’entérotome. Était-ce un rétrécissement morbide produit par le poison , était-ce une disposition congéniale ? J'inclinerais plutôt vers cette dernière supposition , attendu qu'il n’y avait que très-peu de jésions dans la tunique muqueuse du gros Intestin , et que les autres parties du canal digestif, qui étaient beaucoup plus altérées, conservaient leur diamètre naturel.

Péritoine intact. Il contenait dans sa cavité quelques cuillerées de sérosité légèrement jaunâtre.

Les autres viscères de l’abdomen nous ont paru être dans leur état normal. Rien de particulier vers le foie. La bile remplit la vésicule ; mais les canaux cholédoques sont libres, car on la fait sourdre dans le duodénum par une pression légère. La rate est volumineuse ; un sang noir, liquide , en distend les cellules.

Les reins ne sont point injectés. Les bassinets sont vides. Point de rougeur à l'intérieur des uretères. La vessie contient environ un verre d’urine qui n'offre aucun caractère physique spécial; ses parois ont leur coloration ébleur consistance habituelles. II en est de même du col vésical.

Tout le système veineux abdominal était fortement gorgé de sang liquide. Laweine porte offrait un volume énorme. On observait cet état de réplétion générale jusqu'aux radicules des veines mésentériques.

On ouvre avec précaution la cavité thoracique. Le sang qui s’écoule est noïrâtre , non coagulé ; il rougit faiblement au contact de l'air.

Les plèvres sont saines. Il n’y a pas d’épanchement ni d’exsudations pseudomembraneuses dans les cavités droite et gauche de la poitrine. Cependant le poumon ne s’est pas affaissé sous l'influence de la pression atmosphérique. D’où vient cette perte d’élasticité? De l’infiltration sanguine et de l’induration de son tissu. Coupé par tranches, le poumon offre tous les caractères physiques de l'engouement; il est rouge, gorgé de sang , à peine crépitant. J'en mets un morceau dans un baquet plein d’eau : il va d'abord au fond , puis revient à la surface pour redescendre encore; ce n’est qu'après plusieurs mouvements oscillatoires qu'il surnage; mais son poids Spécifique à tellement augmenté, qu'il est presque égal à celui de l’eau, Les deux poumons sont engorgés à un même degré dans toutes leurs parties,

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au sommet comme à la base, en avant conime en arrière. L’insufflation de l'air par les tuyaux bronchiques n’épanouit pas leur parenchyme, qui semble être devenu imperméable. Certains points sont d’une couleur viola= cée, uniforme, comme s’il y avait eu de ces hémorrhagies capillaires connues sous le nom d’apoplexie. Dans les autres points de son épaisseur, de poumon est uniformément noirâtre.

J'ai coupé une tranche de’ce viscère dans un endroit où il offrait ces deux “colorations à la fois ; j'en ai exprimé le sang avec mes doigts par une pres sion ménagée , et je l’ai lavé dans de l’eau. Le tissu pulmonaire a reprissa texture spongieuse et une partie de son élasticité. Les deux nuances de co- Joration avaient disparu. | à

Toutes les divisions de l'artère pulmonaire sont remplies de sang incoa gulable. Il en est de même du ventricule droit, de l'oreillette et des deux veines caves, qui ont un volume monstrueux. |

Au contraire, les veines pulmonaires sont à peu près vides, leurs parois sont revenues sur elles-mêmes. Les cavités gauches du cœur ne contiennent presque pas de sang.

C’est donc dans le poumon que la circulation s’est arrêtée. Peut-être le ventricule droit avait-il perdu l'énergie suffisante pour faire parcourir au sang son trajet habituel à travers l’appareil respiratoire; peut-être aussi Je sang, privé de sa coagulabilité, était-il devenu impropre à circuler dans ses capillaires, et s’était-il extravasé. Quoi qu’il en soit, on comprend comment le sang, arrêté dans les poumons , séjournait dans les cavités droites; et s’accumulait dans les veines caves, et, de proche en proche, dans le système veineux général.

Le péricarde était parfaitement sain. Point d’épanchement dans son in: térieur, ni de rougeur sur ses feuillets fibreux et séreux.

Le cœur avait son volume ordinaire. Je viens de dire que ses cavités gauches étaient à peu près vides. Cette circonstance n’expliquerait-elle pas l'absence du pouls ? En effet, si le ventricule ne recevait plus de sang du poumon , il ne pouvait pas en envoyer dans le système artériel. |

Entre les colonnes charnues du ventricule gauche et à la base des piliers de la valvule mitrale, existait une rougeur disséminée çà et là avec "des nuances inégales de coloration, sans ulcération de la membrane interne: Ces rougeurs étaient-elles le simple produit de phénomènes cadavériques® Ïl n’y en avait point d’apparentes dans le ventricule droit, ce qui laisserait à penser que si elles ont été sensibles dans le gauche, cela pourrait tenir à la couleur plus vermeille du sang artériel, qui ferait ressortir davantage les moindres traces d’imbibition.

Le tissu cardiaque était sain dans son épaisseur.

Quant au système nerveux cérébro-spinal, un mot me suffira pour ex= primer son état: il n’offrait aucune trace de lésion dans son tissu ni dans ses enveloppes. Point de rougeur des méninges, excepté que les vaisseaux de la pie-mère étaient un peu dilatés. Point d'injection de la pulpe nerveuse ; seulement , quand on coupait par tranches la substance cérébrale, de grosses gouttes de sang veineux venaient sourdre à la surface des inci-

sions. Il y avait bien loin de ces congestions passives à un état inflammatoire véritable. Les sinus étaient gorgés de sang. Le liquide céphalo-rachidien ne nous a présenté rien de particulier dans sa quantité ni dans ses caractères physiques.

Le canal vertébral n'a point été ouvert; mais la conservation intacte du mouvement et de la sensibilité dans toutes les parties du corps éloigne l'idée d'une lésion de la moelle épinière. (Observation lue par le D' C. James, à l’Académie royale de médecine, en mars 1839.)

Le cadavre de Soufflard ayant été mis à ma disposition, je constatai pour la première fois chez l’homme que l'acide arsénieux était absorbé et porté-dans tous les tissus ; en effet, je retirai, en opérant comme je le dirai plus loin, des quantités notables d’arsenic de plusieurs parlies du corps, et notamment du foie, de la rate, des reins, des poumons, du cœur et des muscles.

Osservarion IX. — Le 28 janvier 1839, vers les deux heures, trois domestiques de l'hôtel des Alpes, nommés François Ragot, Alphonse Bouju et Élise Belbot, furent pris simultanément de vomissements immédiatement après leur repas, composé d’un ragoût de mouton aux pommes de terre, dans lequel on avait fait entrer, au lieu de farine, environ trois cuillerées d’une poudre blanche dont on me présenta le reste sur une assiette, et que l'analyse démontra être de l’acide arsénieux.

Le premier avait mangé à satiété de ce ragoût , auquel les deux autres, surtout la dernière, touchèrent à peine, à cause de l’âcreté qu’il donnait au goùt. Appelé presque aussitôt, je m’empressai, après avoir ordonné de Veau tiède, de faire reconnaître le poison à la pharmacie Jordan , et d’administrer le sesquioxyde de fer hydraté, qui fut donné à haute dose environ une demi-heure après l'accident, et continué toute la soirée.

La jeune fille vomit à plusieurs reprises pendant quelques heures, et dès lors n’éprouva plus d'autres accidents qu'un léger mal de tête qui dura plusieurs jours. |

Alphonse continua son travail malgré les vomissements, qui ne s’arrétèrent qu'après vingt-quatre heures écoulées. Le lendemain, il avait un très-violent mal de tête, accompagné d’une forte fièvre et de sensibilité à lépigastre. Vingt sangsues suffirent pour calmer ces symptômes ; le jour suivant il était sur pied ; toutefois la céphalalgie persista pendant huit jours. François, sujet de cette observation , est âgé de vingt-huit ans, d’une taille moyenne, brun, ayant ordinairement la face colorée: il m'avait paru, avant l’accident, robuste , sans prédominance musculaire , et d’une activité médiocre ; il mangeait habituellement beaucoup. Les symptômes que j’observai chez lui s’enchaînèrent de la manière suivante :

Le premier jour, les vomissements furent fréquents et tenaient en suspension. du sesquioxyde de fer tant qu’on en administra; plus tard, ils renfermèrent de la bile verte, devinrent de moins en moins fréquents, et s'arrêtèrent complétement vers la fin du quatrième jour.

Du reste, nulle douleur à l’épigastre ni à l'abdomen; absence totale d'évacuations alvines ; peau fraîche, pouls petit, sans trop de fréquence.

Le lendemain 29, pesanteur de tête, peau chaude sans sécheresse , pouls un peu plus élevé que la veille, langue médiocrement sèche sans rougeur; légère sensibilité à l'épigastre et à la région iliaque gauche; les vomisse= ments continuent ; pas de selles; les mouvements sont faciles. Diète , bois: sons mucilagineuses, limonade gazeuse , potion avec 16 grammes de sirop diacode , lavements émollients; application à l'épigastre de vingt-cinq sang= sues, qu’on ne peut faire dégorger et qui meurent de suite: les piqüres laissent échapper beaucoup de sang.

Le 30, cessation des symptômes précédents, à l’exception des vomisse= ments, qui persistent à de plus longs intervalles: mêmes boissons. Les deux jours suivants , un peu d’étonnement dans la physionomie, pesanteur de tête sans céphalalgie, abattement, peau plus chaude et pouls un peu plus élevé, vomissements rares, ventre indolore, même à la pression ; pas de selles ; continuation des mêmes boissons , compresses froides sur le front, pédiluves. |

Le 2 février, aggravation des symptômes précédents ; yeux fixes et étonnés, stupeur, pas de céphalalgie, délire léger; le malade fait des mouvements pour déplacer la glace qu’on lui met sur la tête; yeux injectés comme au commencement des fièvres éruptives, pouls plus élevé, 88 pulsations; battements de cœur tumultueux ; rien du côté des voies digestives. Boïssons douces, glace sur la tête, sinapismes aux pieds, vingt sangsues à l’anus qui donnent peu dé sang ; bain.

Le 3 à midi, consultation avec M. Orfila; la nuit a été agitée; délire léger , hébétude, intelligence obtuse : toutefois le malade répondait direc= tement aux questions; pas de céphalalgie; les battements du cœur sont tu multueux, sans bruit de soufflet; le pouls, saccadé, large et fort, donne 90 pulsations ; la peau est chaude et sèche. Le malade indique depuis quel= ques jours , dans l'étendue de l’œsophage, une sensation douloureuse , qu'il désigne sous le nom d’éraillement; la langue est un peu sèche, sans rou= geur; on remarque sur le front, autour des yeux , sur les pommettes;/le. haut des bras, les épaules , le haut de la poitrine, une éruption de pustules blanches peu nombreuses, qui devinrent analogues, pour la forme et a marche, à celles de la petite-vérole. Ces pustules, dont quelques-unes étaient isolées, la plupart confluentes et faciles à déchirer, furent remplacées par des croûtes épaisses, qui laissèrent des cicatrices très-apparentes. On 0b= serve encore l’impuissance presque absolue des membres , plus prononcée du côté gauche; la sensibilité, bien qu’émoussée , est conservée. Continuation du froid, large saignée qui se couvrit de couenne, se prend en caillots, et dans laquelle M. Orfila découvrit, par l’analyse , des traces d’arsenic.

Les 4, 5 et 6 février, nuits plus agitées; symptômes cérébraux plus marqués, toutefois sans céphalalgie; délire plus fort, surtout dans la nuit du 5 au 6, où l'agitation a été des plus grandes ; le malade est inquiet ,vet parle sans cesse d’un confesseur ; l’obscurité de la chambre empêche d’attacher une grande importance à la dilatation de la pupille; le cœur, encore

plus tumultueux , bat largement, et laisse entendre un fort bruit de soufflet; le pouls, toujours plein et saccadé, s’élève à 110 ; apparition de sueurs abondantes qui ne s’arrêtèrent complétement que dans les premiers jours . de mars. Rien du côté des poumons et des voies digestives, si ce n’est l’augmentation de la soif. Boissons douces , variées, continuation du froid et des cataplasmes sinapisés , application de vingt sangsues à la région du cœur ; le dernier jour, administration de 2 décigrammes de digitale unie à la thridace; demi-lavement avec miel mercurial.

Le 7, consultation avec M. Orfila. Stupeur, cessation du délire, somnolence continuelle, battements de cœur et bruit de soufflet toujours trèsmarqués, pouls un peu mgins fort, sueurs abondantes; les boutons de Véruption commencent à se déchirer. M. Orfila est d'avis de continuer le froid et la digitale, que j'ai administrée, jusqu’au 14 février, à l’intérieur à la dose de plusieurs décigrammes, et à l'extérieur sous forme d’emplâtre.

Du 7 au 11, diminution des symptômes précédents ; toutefois la stupeur est toujours très-marquée; la résolution des membres existe toujours; le bruit de soufflet s’apaise graduellement; le pouls, moins élevé, mais encore fréquent, dépasse 100 pulsations.

Le 11, on remarque un peu d’aggravation ; le bruit de soufflet n’est pas encore éteint; le pouls est plus élevé, la langue belle; l’épigastre est sen- Sible à la pression ; le ventre se ballonne. Application de dix sangsues à l'épigastre, cataplasmes, bains, lavements émollients.

Du 12 au 15, état plus satisfaisant, stupeur moins grande; on remarque seulement une prostration plus marquée ; le pouls, plus faible, mais encore fort, donne au delà de 100 pulsations. Cessation du bruit de soufflet; les sueurs continuent, moins abondantes ; langue belle et humectée ; 1l y a eu plusieurs selles moulées, fétides, par l’effet des lavements; le malade ne peut Supporter l’usage du bouillon de poulet.

Du 15 au 20, aggravation des symptômes; au premier aspect, on croirait le malade atteint de fièvre typhoïde ; somnolence continuelle; stupeur plus marquée ; air d'hébétude ; tintements d’oreille; point de douleur ni de céphalalgie ; injection rouge des pommettes ; ophthalmie légère qui cède en plusieurs jours aux résolutifs ; décubitus dorsal , résolution des membres et du tronc; maigreur très-prononcée; peau sudorale:; les battements du cœur se font sentir avec force à la main appliquée à la région précordiale ; matité peu étendue de cette région; à l’auscultation, on entend des bruits qui ne diffèrent de l’état normal que par la fréquence, la force et l'éclat très-intense ; le pouls, large sous le doigt, donne de 95 à 100 pulsations;, men du côté du poumon ; la langue est assez nette, sans sécheresse ; la pres- Sion ne détermine aucune douleur dans l’abdomen; mais le ventre, rétracté, excavé, débordé de toutes parts par la poitrine et le bassin, laisse voir la saillie de la colonne vertébrale et les battements de l'aorte; gargouillement; pas de dévoiement; incontinence d'urine qui continue Jusqu'au 10 mars.

Le malade a été vu dans cet état par MM. les D’ Orfila, Mathieu et Beauvoisin, et par M. Pidansat, élève des hôpitaux ; ces messieurs ont approuvé une

évacuation sanguine de 360 à 420 grammes que j'ai pratiquée le 18! Le sang à caillots, consistant, non couenneux, fut analysé par M. Orfila, qui trouva encore de larsenic; continuation du froid; des boissons douces, des Jave= ments émollients, deux bains. Je fais transporter le malade dans une chambre plus aérée; du 2 au 4 mars, amélioration sensible; l'espérance se peint sur la physionomie et dans les paroles du malade.

Les sueurs cessent; la peau est sèche et un peu chaude; le pouls, encore fort, conserve toujours de la fréquence, 90 pulsations. |

Les mouvements, plus faciles dans les bras et les cuisses, et tant à droite qu'à gauche, sont toujours impossibles dans les mains et les pieds; nuits calmes. Frictions avec l’eau chlorurée, cessation du froid sur la tête, lait coupé, quelques cuillerées de bouillies légères.

Le 5 mars, facies satisfaisant, sommeil facile: les tintements d'oreille continuent ; le pouls se maintient à 90 sans être petit; pas d’appétit prononcé: la langue , belle et humide, est couverte seulement, au milieu, d’un enduit blanchâtre; le ventre, toujours indolore, est un peu moins rétractés pas de selles, toujours l’incontinence d'urine. Continuation du lait coupé , pomme cuite. Lotions chlorurées. nie.

Du 5 au 17, facies riant; le pouls, peu développé , donne dé 80 à 88 pu sations; l’appétit se développe graduellement; les mouvements sont plus faciles, aux extrémités inférieures surtout. Le malade peut rester ‘assis plusieurs heures; cessation de l’incontinence d'urine, bouillons coupés, fruits cuits, potages légers, un peu d’eau rougie vers les derniers jours, œufs ét poisson en petite quantité.

Le 18, à la suite d’une alimentation trop abondante, le malade est depuis la veille dans un état moins satisfaisant. Le facies est toujours bon, la peau plus chaude ; le pouls, peu développé, donne 94 pulsations ; l'appétit a diminué; la langue un peu rouge à la pointe, sans sécheresse ; légère sensibilité à la pression de l’épigastre; épreintes douloureuses, à la suite desquelles le malade laisse échapper des gaz et des matières sans dévoiement. Diète, boissons douces, émollientes.

Aujourd'hui 21 mars, cinquante-troisième jour de la maladie, j'ai trouvé le malade assis ; son état est amélioré; son sommeil a été naturel: le Facies est bon; l'appétit a reparu ; les tintements d'oreille n’existent plus que dans la position verticale ; la peau est sans sécheresse ni chaleur; le pouls , dépressible, Se maintient à 88; le ventre est moins rétracté; les épreintes ont presque entièrement disparu; plusieurs selles liquides ont été rendues Sans

* coliques; les mouvements, faciles dans les bras et les jambes, sont toujours

impossibles dans les doigts et les orteils ; la main reste toujours fléchie ; Pétat général fait espérer qu'à force de soins le malade obtiendra sa guérison. (Observation recueillie par le docteur Coqueret; voy. Journal des connaissances médico-chirurgicales, t. XI.)

Voici ce que j'ai appris depuis sur l’état de François, qui, à dater de ce moment, habite la campagne.

Le 11 juin, la main gauche peut être étendue sur l'avant-bras ; le malade ne peut encore faire exécuter ce mouvement à la main droite. Les doigts de la main gauche commencent à obéir à l’empire de la volonté; le malade peut les fléchir aux deux tiers, leur extension restant tout à fait nulle ; ces mêmes mouvements ne sont encore qu’à l’état naissant à la main droite. Quand le malade se tourne sur le côté gauche du corps; il peut élever assez facilement la jambe droite tout d’une pièce, la porter horizontalement en dedans ou en dehors, le pied étant renversé en dedans, c’est-à-dire.les orteils regardant la jambe gauche; ces mouvements sont encore très-bornés ou presque nuls dans le membre gauche. L'extension volontaire du pied sur la jambe est impossible de l’un et de l’autre côté. Des douleurs lancinantes, vives comme des coups d’aiguille, se font sentir aux mains et aux pieds. On administre de la strychnine depuis quelque temps, et on a recours aux frictions, aux douches, aux vésicatoires, etc. Il y a un peu de chaleur à la peau, de la soif, de la tristesse et de l'inquiétude.

Le 26 août 1839, le malade est gai, causeur, sans inquiétude ; la peau est fraîche; toutes les fonctions s’exécutent parfaitement, excepté celles des

“parties qui ont été paralysées; l'appétit est bon. La main gauche peut toujours être naturellement étendue sur l’avant-bras; le malade s’appuie assez solidement sur le poignet de cette main ; mais ses doigts sont toujours rebelles à l’action des muscles extenseurs ; la main droite est dans le même état que par le passé.

À son arrivée, le malade ne pouvait lever ses jambes sans voir ses pieds traîner constamment sur le lit, sans cesser un seul instant d’y toucher ; plus tard, c’est-à-dire le 11 juin, il lui fallait se coucher sur le côté gauche pour pouvoir lever la jambe; aujourd’hui il peut lever facilement les deux jambes d’une seule pièce à la hauteur de plus de 2 centimètres, et cela sans que les pieds se renversent en dedans ou en dehors. Les jambes ne fléchissent plus sous le poids du corps ; mais les orteils sont toujours sans extension ni flexion volontaires.

Le 19 juillet 1840, le malade est renvoyé à Paris à peu près guéri. La strychnine employée en potion et par la méthode endermique, les douches,

“les frictions, les bains de vapeur aromatiques, l’insolation et le laitage, ont été suivis des meilleurs effets.

Osservarion X. — Le 20 septembre 1821, au matin, étant convalescent de dysenterie, je mêlai de la poudre de quinquina dans un verre dans lequel un de mes élèves avait laissé 3 grammes 5 décigrammes d'acide arsénieux : j'en avalai le contenu, moins ce qui resta adhérent aux parois du vase; je fis énsuite six à sept milles à cheval pour aller voir un malade. En chemin, j'éprouvai du malaise à l’estomac et des nausées : à mon arrivée, ces phénomènes augmentèrent à ce point, qu'après d’inutiles efforts pour dormir, je provoquai le vomissement en m’introduisant un doigt dans la gorge; mais jé né suis pas certain d’avoir rendu ni le quinquina ni l’arsenic. J’eus alors ün peu de sommeil interrompu par des rêves effrayants et accompagné de malaise fort pénible à l'estomac, d’une vive douleur de tête, de battements cardiaques et artériels très-forts, et de tremblement général des muscles.

Quatre heures se passèrent ainsi lorsque arriva fort effrayé mon élève, E. Pichett de Huntsville Alabama, aujourd’hui docteur. 11 me dit que d’après les traces qui restaient dans le verre j'avais dû prendre 3 grammes environ d'acide arsénieux. Tout effrayante que füt cette nouvelle, elle me fit développer une énergie mentale assez forte pour régulariser et raffermir l’action du système vasculaire jusque-là assez inégale. Je ressentais ou croyais ressentir à l'estomac une chaleur insolite, et mon pouls était devenu plus déve- Joppé; je me fis faire une saignée du bras de 1 kilogr. 280 grammes, et huit heures plus tard une seconde de 800 grammes. Je bus en grande quantité des boissons mucilagineuses coupées avec du lait, que je vomissais presque immédiatement. Puis je pris des cathartiques tels que des sels, du séné, etc. Mais l’estomac les rejetait immédiatement. Enfin j'avalai toutes les deux heures 50 centigrammes de calomel en pilules, ce qui fit 12 grammes environ dans l'espace de 40 heures; l’action en fut favorisée par des lavements. Les vésicatoires , les rubéfiants et les bains tièdes, furent employés comme moyens auxiliaires. Les jours suivants, mon pouls continua à aug= menter de fréquence, et le samedi, vers minuit, il parut s’arrêter. Le froid des extrémités semblait avoir gagné le tronc. Pendant plusieurs heures, je restai presque sans respiration et souffrant tout le malaise qui annonce une mort prochaine. Je sentais un poids sur la poitrine, une suffocation affreuses Je pus à peine communiquer à voix basse mon désir d'être placé dans un bain chaud. Je m’y endormis, et me réveillai le lendemain dans un état beaucoup plus satisfaisant. (Docteur Perrine, American journal ofthe medical sciences, vol. XI, p. 61.)

Osservarion XI.— La femme E. T..., de forte constitution, âgée de trente cinq ans, et arrivée au septième mois de sa grossesse, prit 16 grammes d'oxyde blanc d’arsenic dissous dans un litre d’eau chaude. Huit minutes après avoir été ingéré, le poison commença à agir. Malaise extrême, vives douleurs, et autres symptômes alarmants. Appelé près de cette femme, de 31 août, vers huit heures du matin, je la trouvai très-affaiblie par les vomissements et les efforts les plus pénibles. Elle se plaignait d’éprouver un grand froid aux extrémités, une soif inextinguible, des douleurs spasmo= diques dans les intestins, surtout vers la région épigastrique; la bouche était très-sèche, les yeux rouges, la face injectée; elle était très-agitée. Pouls à 120. Je ne perdis pas de temps pour lui administrer la potion suivante : Garbonate de magnésie, 32 grammes; vin d’opium, 6 grammes; sucre blanc, 16 grammes ; eau distillée, 500 grammes. Prendre de cette potion un petit verre tous les quarts d'heure; y joindre l'emploi de boissons mucilagineuses, gruau, eau d'orge, bouillons, ete. Tenir les extrémités chaudes. |

À midi, je revis la malade. Les vomissements sont moins fréquents et moins violents. Peau très-chaude, soif intense, douleur brûlante à l'estomac, sensibilité à la pression, céphalalgie, beaucoup d’agitation, pouls fort à 1365 saignée du bras de 640 grammes; continuer la potion avec la magnésie, en ne répétant les doses que toutes les demi-heures. |

À sept heures du soir, il y a plus de calme. La bouche et la gorge sont

douloureuses; moins de vomissements et d'efforts; douleur à l’épigastre et à l’hypochondre droit; pouls à 106 : 32 grammes d'huile de ricin; 12 sangsues sur le point douloureux; continuer la potion.

Les jours suivants, les accidents diminuèrent progressivement, et la malade se rétablit sans avortement. (J.-W. Edwards, Medical and physical journal, vol. XLIX, p. 117; 1823.)

Ossenvamon XII. — Le 27 avril 1836, à huit heures du matin, je fus appelé à donner des soins à J. B..., âgée de dix-sept ans, qui, la veille au soir, avait pris 16 grammes d’acide arsénieux. Il s’en était promptement suivi des vomissements et des selles qui continuèrent toute la nuit, et qui contenaient une notable quantité du poison non dissous. Examinant Ja jeune malade ; je trouvai le pouls irrégulier, à 140; il y avait de la céphalalgie et de la douleur à la gorge et à l'estomac ; le pharynx paraissait rouge et tuméfñé; les yeux étaient très-injectés; il y avait des soupirs fréquents. Bien que la malade fût affaiblie par l’action du poison sur l’estomac Je fis immédiatement une saignée du bras de 640 grammes, qui me parut amener plus de régularité dans le pouls, et dans le but de combattre l'inflammation du canal intestinal, je fis prendre, toutes les trois heures, 32 grammes d'huile de ricin, et toutes les deux heures un verre à pied de la solution de 32 grammes de sulfate de magnésie dans un litre d’eau de savon , jusqu'à effet purgatif. |

À six heures du soir, je trouvai que les vomissements avaient fait rejeter tout ce que la malade avait avalé, et que l'effet purgatif était très-faible : pouls plus fréquent, douleur de l'estomac plus vive. Je fs diminuer la quantité du purgatif.

Le 28, au matin , la potion avait agi sur le canal intestinal; l'estomac paraissait moins irritable, la malade se plaignait de plus de douleur dans la gorge et dans l'estomac. Je prescrivis des sangsues au cou et à l’épigastre.

À six heures du soir, pouls plus fréquent, langue rouge sur ses bords, malaise général, prurit de la peau ; un peu de ténesme et de strangurie. Prescription : prendre , toutes les heures, une cuillerée à thé de solution de arire stibié et d'acide acétique faible, jusqu’à ce que l'agitation soit calmée ; eau panée pour boisson.

Le29, au matin, les symptômes présentent de l'amélioration. La malade amangé un peu. Purgatif salin et continuer la solution antimoniale. Le soir, un peu d’aggravation des symptômes. Même prescription.

Le 30, la malade est beaucoup mieux; elle à mangé un peu. Continuer les mêmes moyens. |

Le 3 mai, la malade put se lever; elle était convalescente ; elle se plaignait seulement de faiblesse et de douleur à Ja langue; les extrémités inférieures étaient un peu œdématiées, et son pouls conser vait de la fréquence, mais sans dureté.

À la fin de ce mois, elle était revenue à son état de parfaite santé. (d:=T.-B. Skillmann, de New-Brunswick, American journal of the medial sciences, vol. XVIII, p. 531 ; 1836.)

Osservarion XIII. — Une femme de trente-huit ans prit 8 grammes d'acide arsénieux dans de l’eau panée. Vomissements fréquents et abondants. On administre une grande quantité d’eau de savon. Le lendemain, à sept'heures du matin, saignée de 320 grammes. A une heure de l'après-midi, nouvelle saignée de 256 grammes. Le troisième jour, saignée de 320 grammes. Gué-

rison. Les autres moyens employés sont la magnésie suspendue dans du lait, des pilules d’opium , des vésicatoires à l’épigastre, des lavements purgatifs. (d. Greening , dans The Lancet , 7 mars 1835, p. 812.) :

Osservarion XIV. — Une jeune fille de dix-neuf ans avala de l’acide arsénieux (la quantité west pas indiquée). Vomissements très-abondants. Le lendemain, saignée de 384 grammes. Mort après six jours de maladie. Les moyens employés sont : potion purgative d'huile de ricin, de mannewetde carbonate de potasse; potion stimulante, alcool et œuf; vésicatoire à hi gastre. (The Lancet, 28 mai 1825, p. 254. )

Osservarion XV.— Quatre enf ints sont empoisonnés par uné préparation

arsenicale. Accidents graves , vomissements. Un des enfants se remet prom: tement ; deux autres succombent. On pratique une saignée de 256 grammés au quatrième ; des sangsues sont appliquées à l’abdomen. Guérison. Lee ments huileux, vésicatoire, potion laxativé saline. Le même auteur, qui se loue beaucoup de l'emploi de la saignée, a vue moyen amener la guérison chez une jeune femme qui s'était empoisonné: avec de l'acide arsénieux. (Davies, The medical and physical Jon vol. XVIII, p. 345 , novembre 1812.)

Oésék EH XVI. — Une jeune fille $ empoisonne javec 96 grammes de laudanum et 8 grammes d’acide arsénieux. Pas de symptômes d’empoisonnement par cette dernière substance; pas de vomissements. On donne des boissons abondantes ; saignée de la jugulaire, sangsues , vésicatoire, affusions froides; mort neuf heures après l’ingestion du poison. (eunings, Medical and physical journal, vol. LXV, p. 295; 1831.)

Ossenvarion XVII. — Le 2 juin 1817, à neuf heures du soir, un jeune

homme de dix-sept ans avala, pour se suicider, 3 grammes 50 centigrammes d'oxyde blanc d’arsenic grossièrement pulvérisé. Un quart d’heure aprèson provoqua des vomissements au moyen de 30 centigrammes de tartre stibié. Le lendemain , symptômes de réaction. Le malade fut copieusement saigné. Lavements, potions gazeuses, vésicatoire à J’épigastre. Guérison au bout de qublques jours. (3. Toogood, Provincial medical and surgical journal, vol. T1, p. 269, janvier 1842.) |

Onservarion XVIII. — Une jeune fille de dix-neuf ans avala 3 grammes 30 centigr. d’oxyde blanc d’arsenic. Vomissements fréquents; quinze heures après, saignée du bras de 576 grammes. Le troisième jour, sept sangsues sur le côté. Guérison au bout de dix-neuf jours. (P.-M. Roget, London medico-chirurgical transactions , vol. 11, p. 137 ; 1811.)

Osservarion XIX.— Un jeune homme de dix-sept ans avala environ 6 grammes d'acide arsénieux. Vomissements huit heures après l'ingestion du poison ; seize sangsues sont appliquées à l’épigastre. On favorise l'écoulement du sang avec des cataplasmes. Dix-huit heures plus tard, nouvelle

application de douze sangsues, qui ne fournissent pas plus de 12 grammes desang. Mort quarante et une heures après l’empoisonnement. (Ward, Edinburgh medical and surgical journal, vol. XXXIT, p. 61.)

Ossénvarions XX , XXI, XXII. — Le D' Macleod fut appelé auprès de trois jeunes filles empoisonnées par imprudence avec de l’acide arsénieux, et qui avaient des vomissements fréquents. |

La première fut saignée du bras (256 grammes) vingt-quatre heures après l'accident. Le second jour, deuxième saignée (224 gram.). Guérison.

La deuxième fut saignée de la jugulaire (128 grammes). Guérison.

“a troisième fut saignée du bras (256 grammes). Guérison. (Edinburgh medical and surgical journal, vol. XV, p. 553.) Onsenvarions XXII, XXIV, XXV, XXVI, XXVIL. —Le D° W.-G. Ramsay fut appelé à donner ses soins à une famille composée de douze personnes, empoisonnées en mangeant de la soupe dans laquelle on avait mis de l’acide arsénieux. | |

1° Une jeune fille de dix-neuf ans. Vomissements; 384 grammes de sang tiré par des ventouses à l’épigastre. Le lendemain , 192 grammes de sang par des ventouses à la nuque. Troisième jour, douze sañgsues au cou. Guérison. Fe

2° Jeune fille de dix-sept ans. Vomissements; 384 grammes de sang par des ventouses à l’épigastre. Guérison. |

3° Femme de cinquante ans. Mèmes symptômes; saignées de 384 et d 192 grammes par des ventouses à l’épigastre. Guérison.

4° Jeune fille de dix-huit ans. Mêmes symptômes ; 384 grammes de sang par des ventouses à l’épigastre. Guérison.

5° Femme de trente-cinq ans. Vomissements; 192 grammes de sang par des ventouses à l’épigastre. Guérison. (American journal of the medical sciences, vol. XV, p. 259; 1834.)

Osservarion XX VIII. — Le D° G. Shipman donna des soins à une femme qui avait avalé une cuillerée à thé d’acide arsénieux. Après avoir provoqué des vomissements, il pratiqua deux saignées, l’une de 768 grammes, et Vautre de 572 grammes. La malade fut guérie. (London medical repository, vol. IX, p. 455.)

Ossenvarion XXIX. — Le D'Odier fut appelé auprès d’un garçon de dixhüit ans, qui avait pris une grande quantité d'acide arsénieux, et qui vomissait fréquemment. Il pratiqua une forte saignée, et lé malade ne tarda pas à guérir. (Ancien Journal de médecine, t. XLIX, p. 333.)

Onserviriox XXX: — Plusiegrs domestiques, empoisonnés par cet acide, furent traités par le D' Barrier, qui fit une saignée à chacun d’eux. Tous furent guéris. (Lbid. , t. LIX, p. 353.) s

Osservarion XXXI. — J. Murray rapporte qu'ayant été appelé auprès. d'un homme de vingt-deux ans , qui avait des vomissements fréquents pour AVOIr pris 75 centigrammes d'acide arsénieux, il pratiqua une saignée de 500 grammes ; et il fit appliquer vingt sangsues à l’épigastre. Le malade n6 tarda pas à guérir. (Quarterly journal of the Calcutta medical and Physical Society, décembre 1837.)

Ossenvarions XXXII à LVI.—Depuis la publication de la troisième édition de cet ouvrage, j'ai eu occasion de voir un grand nombre d’empoisonnements par l’acide arsénieux; toutes les fois que j’ai constaté des phéno. mènes non équivoques de réaction, tels qu’une chaleur intense à la peau. l'accélération du pouls et de la respiration, l'injection de la face etdes yeux, un léger délire, des douleurs abdominales plus ou moins vives, etc... j'ai conseillé une ou plusieurs saignées de 300 à 700 grammes chacune. Vingt et un des malades ont été guéris, quatre ont succombé malgrédes saignées ; à la vérité, l’un d’eux est mort d’une phlébite. Plusieurs de ceux qui ont été guéris ont conservé pendant plusieurs mois , et quelques-tns pendant deux ou trois ans, de la faiblesse dans les articulations des mains et des pieds, qui étaient roides et parfois douloureuses; d’eux d’entrecux sont restés pendant six mois paralysés de presque toute la moitié inférieure du corps. J'ai souvent remédié à ces accidents articulaires par des fumigations excitantes, et mieux encore par des bains tièdes et par des bains de vapeur. Quelques autres malades, empoisonnés et comme foudroyés par l'acide arsénieux, ne m'ont pas paru dans des conditions favorables pour étre saignés, et je me suis abstenu. Leur pouls était à peine sensible, la peau froide et tachetée de plaques bleuâtres; tout annonçait une mort prochaine OsservaTion LVIT. — «Le 5 thermidor an IV, dit Desgranges, j'ai étéappelé (1) précipitamment, à mon retour de Lyon, pour une jeune femme de chambre près de Rolle, laquelle avait eu l’imprudence, pour faire passer des poux, de se frotter la tête, six à sept jours auparavant, avec de la pommade chargée d’arsenic. La tête était très-saine et sans entamure quélconque : aussi S'écoula-t-il plusieurs jours avant la manifestation desfünestes effets de cette application; mais alors, sans doute par un effet de l'absorption , soit à travers les pores naturels du cuir chevelu, soit à laft> veur d’une érosion due à l'impression caustique du mélange, la malade à été atteinte des douleurs les plus cruelles ; toute la tête est devenue enflée, les oreilles, doublées de volume, se sont couvertes de croûtes: plusieurs plaies à la tête ont participé à cet état, et les glandes sous-maxillaires, les Jugulaires, celles du tour du cou , du derrière de la tête , les parotides même, se sont engorgées rapidement. Les yeux étaient étincelants etgros, le visage tuméñé et presque érysipélateux. La malade avait Je pouls dur, tendu et fiévreux, la langue aride, la peau sèche; elle se plaignait d’une chaleur vive sur tout le corps, et d’un feu dévorant qui la consumait. A cesmaux extérieurs s'étaient joints des vertiges, des faiblesses syncopales, des cardialgies, des vomissements de temps à autre, de l’altération , de l’ardeur en urinant, une longue constipation , et des‘tremblements dans les membres avec impossibilité de se soutenir sur ses jambes; la tête s’embarrassaits il y avait des moments de délire.

«Je fs sur-le-champ (à sept heures du soir) une saignée copieuse à Ja malade, et je recommandai de Ja saigner au pied pendant la nuit: je preserivis

TT

(1) Recueil périodique de la Société de médecine de Paris, t. VI, p 22.

lune ample boisson d’eau del poulet émulsionnée et nitrée, des lavements fréquents avec la graine de lin, les fleurs de bonhomme et le miel mercurial, des pédiluves d’eau bouillie avec de la cendre de foyer; et, vu le (besoin de lâcher le ventre et d’évacuer doucement, j’indiquai de préférence jummélange liquide de magnésie calcinée, de gomme arabique et de sirop detussilage, pour en prendre une cuillerée à café toutes les deux ou trois heures. Je fis graisser la tête avec la pommade en crème décrite dans Ja (Pharmacie de Baumé , contenant un quart de son poids de craie blanche en poudre... Le lendemain il y eut un peu d’amendement, mais il y avait deVassoupissement. Je fis appliquer alors huit à dix sangsues aux cuisses : malgré cela la nuit fut agitée, l’enflure de la tête parut s’être accrue, et, surle matin, tout le corps se couvrit d’une éruption considérable de petits boutons à pointes blanches comme du millet, surtout aux mains et aux pieds. La malade fut très-faible, et ne pouvait rester assise sans éprouver des maux de cœur; je donnai quelques cuillerées d’une potion rendue coriiale par l'addition des gouttes d’Hoffmann, et plusieurs verres de tisane le bardane miellée. Le surlendemain, je fis rapprocher les doses de mapnésie calcinée seulement mêlée au sirop de tussilage, afin de déterminer plus décidément des évacuations par le bas. En moins de quarante-huit heures , l'éruption se sécha et tomba par desquamations; le ventre s’ouvrit, ous les accidents diminuèrent, et le huitième jour, à compter de celui de na première visite, la malade a été absolument hors de danger. Comme il restait de l’irritation et de la sécheresse dans la poitrine avec un peu de foux, J'ai terminé la cure par le lait d’ànesse. Dans le cours de la convalescence , les cheveux sont tombés. »

MOsservarion LVIIL. — Un homme de quarante-cinq ans portait, depuis un grand nombre d'années, un ulcère situé au pourtour de l’une des malléoles: Un charlatan, auquel il eut recours, le couvrit d’acide arsénieux. Envpeu d’instants, des douleurs très-vives se développèrent ; six heures après, le malade, ne pouvant les supporter, s’efforça mais vainement, à ce quilparaît, d'enlever ce dangereux caustique : les souffrances continuèrent ; la douleur était brûlante. Le surlendemain , il survint des vomissements , des coliques, une épistaxis passive , le corps se couvrit ensuite de taches rouges; le sang parut dans les matières des vomissements et des selles, qui bientôt devinrent noires; il y avait des défaillances continuelles. Le cinquième jour, la langue était sèche et noire, les ecchymoses avaient pris la même teinte. On remplaça les adoucissants mis en usage jusqu'alors par . laMimonade et une décoction de quinquina acidulée. Il survint du délire, déVapitation; on mit des vésicatoires aux jambes: les douleurs S'exaspérèrent, et le lendemain, seizième jour de l’empoisounement, le malade n'était plus. L'ouverture du corps ne put être faite. (Bibl. médicale, t EXXIV, année 1821 , observation de M. Meau.)

Osservarton LIX. — Le jeudi 22 février 1843, à trois heures environ, je fusappelé pour donner des soins à la dame ***, sage-femme, qui avait pris depuis une demi-heure quinze grammes d’arsenic, qu’elle s'était procuré, au moyen de son diplôme, chez trois marchands de couleurs,

Arrivé près de cette dame, je remarquai les symptômes suivants:

Douleurs violentes à Ja région épigastrique ; sensation de brélure dan cetie région, le toucher y était insupportable ; envies de vomir sans déjec tions," soif ardente sans désir marqué de l'apaiser; cependant Ja malad, avalait ce qu’on lui présentait, avec un mouvement convulsif dans les -mà. choires capable de briser le verre; état de contraction dans les membre tant inférieurs que supérieurs ; les extrémités. de ces membres étaient froi. des ; le pouls était peu fréquent, et la respiration légèrement accélérée: face vultueuse par intervalles ; la lumière paraissait lui être sensible, ete paupières étaient souvent fermées; regard vif et pénétrant; facultés intel: lectuelles intègres. We à

Traitement. Un décigramme de tartre stibié fut administré sur-le-champ en deux doses, dans deux verres d’eau. Le premier verre procuram vomissement très-abondant de matières noirâtres et muqueuses. D'autre vomissements ont été provoqués par l’eau de guimauve nitrée, et n'on amené d’autres substances que celles que nous venions de prescrire. Lex de guimauve, fortement nitrée , et administrée en très-grande quantité, été la base principale du traitement qui a suivi; malgré cela, nous n’avon: pu obtenir d'urine qu’à dix heures du soir, sept heures après l’empoisonne ment; et ces urines, très-abondantes jusqu’au lendemain matin huit heures ont fourni dix litres environ. Le 25, douleurs vives à l'estomac; appli cation de douze sangsues à l'épigastre; prescription d’un bain de deu heures; cataplasmes émollients ; continuation de boissons nitrées @ de bains. Convalescence au bout de huit jours. Quinze jours après, la ma lade paraissait complétement guérie. M. Augouard fils s'était assuré.qu Vurine rendue si abondamment par la malade était arsenicale; donc l'acide arsénieux avait été absorbé. (Augouard, Gazette médicale, 1843.) «

Ousenvarion LX. — M. B..., jeune étudiant âgé de dix-huit ans, avale dans un moment de désespoir, 2 grammes d’acide arsénieux solide et en poudre fine. M. B..., son père, docteur en médecine, vient me chercheren toute hâte. J'arrive, trois heures après l’intoxication: déjà le jeune homme étai en proie aux accidents les plus graves; mais heureusement il avait copieusement vomi peu de temps après l’ingestion du toxique. J'administre d’abondantes prises du liquide diurétique composé d’eau de Seltz, d’azotate de potasse, et de vin blanc; les effets de cette médication sont merveilleux. B... urine peu de temps après, et continue à uriner fréquemment pendant quarante-huit heures; les accidents diminuent et finissent par cesser tout à fait, soixante heures après ma première visite. M. Barreswil, dont B... étail l'élève, analyse l’urine et la trouve notablement arsenicale; de mon côté, je démontre la présence de l’arsenic dans une autre portion d’urine , et jeprésente les assiettes et les tubes qui le contiennent à mes auditeurs réunis dans le grand amphithéâtre de la Faculté. Le jeune B... assistait à cette séance, qui eut lieu quatre jours après l’empoisonnement,

Osservarion LXI. — Le 31 décembre 1849, Aymé empoisonne onze personnes, avec des gâteaux saupoudrés d'acide arsénieux. Le sieur Tétrel et la fille V,., ne tardent pas à succomber, Chargé, conjointement avec M, De-

DE L’ACIDÉ ARSÉNIEUX. 415

vergie, de donner des soins à quatre des individus empoisonnés, nous leur administrons le liquide diurétique ; ils urinent copieusement et guérissent . promptement, à l'exception de l’un d'eux, qui tarde plus à se rétablir. Nous nous assurons, en analysant l'urine d'Emma Vehr, que ce liquide, pris le neuvième jour de la maladie, est sensiblement arsenical , tandis qu’il l’est beaucoup moins au quinzième jour. |

Osservarion LXIL (par le professeur Forget, de Strasbourg). — Un homme de soixante-trois ans, de forte constitution, teinturier, judiciairement poursuivi pour cause de viol, chercha à se donner la mort en avalant 60 grammes d'acide arsénieux délayé dans un demi-verre d’eau-de-vie. Gela se passait le 10 juin 1848, à dix heures du soir. Une heure après, survinrent des vomissements abondants, puis des coliques et des selles r'épétées. Trouvant que la mort était lente à venir, le patient se rendit sur les bords du Rhin, remplit ses poches de cailloux et se jeta à l’eau; les douaniers l'aperçurent, le pêéchèrent, et le conduisirent à l'hôpital civil, où il arriva le 11 juin à huit heures du matin , neuf heures après l’ingestion de l’arsenic. La face était pàle, altérée, la faiblesse était extrême; froid des extrémités, du nez et des oreilles; pouls petit et fréquent, langue humide et froide, vives douleurs abdominales, selles liquides: intelligence nette, réponses lentes, préoccupations sinistres, refus d'accepter les secours qui lui furent offerts. (Administration immédiate d’une solution épaisse d'hydrate de peroxyde de fer, alternée avee une potion éthtrée ; sinapismes sur les jambes et les bras.) L’ingestion de la solution ferrugineuse provoqua d'abord des vomissements répétés. Deux heures après, la réaction se déclara; retour de la chaleur aux extrémités ; face moins grippée, plus colorée ; réponses plus faciles.

À midi, réaction assez vive; face rouge , vultueuse; pouls plein, fréquent; peau chaude; persistance des vomissements et des selles liquides. (Suspension de Phydrate ferrique et de l’éther ; saignée de 400 grammes, 20 sangsucs àl'épigastre; chiendent avec nitrate de potasse, 4 grammes.) Vers le soir, réaction moins forte, chaleur et fièvre diminuées, pas de vomissements, coliques moins vives, selles plus rares, un peu de tension abdominale, abattement; la nuit fut assez bonne à un peu de délire près. Le 12, facies natutels pouls à 116, assez développé ; langue jaunâtre, un peu sèche; abdomen moins sensible et moins rénitent; une selle naturelle ; urines normales en apparence. Le 13, accidents toxiques complétement dissipés. Depuis la veille, lëmalade disait sentir dans la jambe gauche d’assez vives douleurs qui avaient troublé son sommeil. Gette jambe ne paraissait pas sensiblement altérée dans son volume ni dans sa couleur ; elle était un peu froide au toucher et douloureuse à la pression. Le 14, même état général, douleur trèsvive à la jambe gauche; les orteils étaient notablement froids et décolorés, (Sachet chaud autour du membre inférieur gauche.) Le 15, état général très-satisfaisant; mais le pied et la jambe gauche étaient froids, livides, comme cyauosés par plaques jusqu’au genou et {rès-sensibles à la pression ; les pulsations de l'artère crurale gauche étaient moins fortes, moins larges quecelles du côté opposé ; il en était de même de la paphtée; les pulsations

URT,

de l'artère tibiale postérieure ne se percevaient plus au bas de Ja jambe gauche. Malgré les saignées locales, les applications d'alcool camphré et de térébenthine, les laxatifs, etc., la mortifiodtion fit des progrès; cependant, comme la gangrène subit se limiter au-dessous du genou, et que le rialade, qui s’affaissait, demandait instamment l’amputation, M. Rigaud se décida à la pratiquer le 20 juin, dix jours après l’empoisonnement." L'opération, faite pendant le sommeil chloroformique, ne présenta rien de particulier, si ce n’est que les muscles incisés parurent très-peu rétractiles, et que l’on n'eut à lier d’autre artère que la crurale. Les j jours suivants, le malade s’affaissa graduellement, le sphacèle s’empara du moignon, et la mort eut lieu le 1% juillet, vingt jours après l’empoisonnement,"dix jours après l’amputation. La dissection de la jambe amputée fit constater: 1° la mortification des parties molles dans presque toute leur étendue; 2° la rougeur par plaques des artères principales, obstruées en quelques points par des caillots sanguins; 3° l'intégrité des veines, qui contenaïent cependant quelques caillots, mais sans trace de phlébite ni de suppuration: La dissection du moignon crural, après la mort du sujet, révéla un com mencement de gangrène des téguments des muscles. Les artères principales étaient épaissies, rougeâtres et contenaient quelques caillots sanguins. mol= Jasses, non adhérents ; caillot consistant dans la veine crurale, au voïsinage de la section du membre; au-dessus de ce caillot, la veine contenait une matière purulente et sanieuse qui remontait jusqu’à la veine cave; pas de traces d'abcès métastatiques dans les viscères. Pendant la vie, on avait constaté, à diverses reprises, la présence d’une quantité considérable d' arsenic dans les matières vomies et dans les évacuations alvines; on en constatà aussi la présence dans les urines jusqu’au 25 juin; on ne trouva pas de trace d’arsenice dans le sang provenant d’une saignée pratiquée le second jour de l'entrée du malade dans Phôpital. de Deux circonstances doivent surtout attirer notre attention dans “cette observation curieuse. La première, c’est que le malade a survécu à une“in= gestion d’arsenic beaucoup plus considérable que celle qui est nécesssaire pour causer la mort. Les nombreux vomissements éprouvés par le malade, le traitement qui lui a été administré peuvent bien avoir contribué à ce résultat; mais il n’en reste pas moins un des plus curieux que possèdent les annales de l’art. t Quant au second fait, qui est peut-être plus curieux encore, il consiste dans la concomitance de la gangrène et de l’empoisonnement. Est-ce là une simple coïncidence, est-ce un effet de l’action toxique de l’arsenic?si l’âge du malade explique j Jge à un certain point le développement spon= tané de la gangrène sans qu’on soit obligé d’invoquer la cause de l'empoisonnement, on ne peut méconnaître d’une autre part qu’une telle coïncidence serait pour le moins fort étrange. .. En outre on sait que l’arsenic a la propriété singulière de produire des gangrènes dans l'estomac, non par son’ action caustique directe sur la membrane muqueuse, mais bien par son action générale sur l’économie, ainsi que l’ont positivement démontré les expériences de M. Orfila. Il ne serait donc pas étonnant que cette action

mortifiante qui se porte sur l’estomac püt changer de théâtre et se fixer aussi sur les vaisseaux d’un membre ou sur les tissus du membre lui-même. Cette hypothèse serait d'autant plus admissible dans ce cas que la dose d’arsenic ingérée était considérable et qu’elle ne paraît pas exercer bien violemment son action sur les membranes gastriques. C’est là en tout cas un sujet intéressant de nouvelles recherches, intéressant pour la pathologie, intéressant pour la médecine légale. (Gazette des hôpitaux du 16 février 1850.) Ozservarion LXIIT. — Le 10 février 1846, douze personnes de la famille du négociant Blüm, de Thann, furent CN inére par l’acide arsénieux : on observa chez tous les malades les symptômes graves de cette intoxication ; parmi eux je noterai seulement ceux-ci: une conjonctivite palpébrale qui se manifesta le 12 février, et, deux jours après, une éruption qui avait l'aspect des petites étipoulés semblables à celles que produisent des orties, ou de petits boutons comme dans les affections miliaires. Au bout de sept Jours, tous les malades étaient guéris; ils avaient été soumis à l’usage du sesquioxyde de fer et de médicaments émollients. (Journal de chimie médicale, p. 712, année 1846.)

Osservarion LXIV. — La femme du tonnelier Hutchings, après avoir éprouvé fous les symptômes du choléra, mourut. Il fut reconnu que sa mère l'avait empoisonnée avec de l’acide arsénieux. (Journal de chimie médicale, p. 536 , année 1847.) (1).

Symptômes de lempoisonnement par l’acide arsénieux.

Les symptômes de cet empoisonnement varient suivant les doses d’acide arsénieux ingéré, la forme sous laquelle il a été pris (dissolution , fragments, poudre fine), l’état de plénitude ou de vacuité de l'estomac, l'état antérieur du canal digestif, qui peut être sain ou malade, la con-

rm mm

Le (1) Je pourrais rapporter un bien plus grand nombre d'observations d’empoi- ‘sonnement par cet acide; je me contenterai d'indiquer une partie des ouvrages dans lesquels il faut les chercher.

De Haen, Ratio medendi , t. V, pars 1x, cap. 6, S6, p. 183 : et dans Île même one. parsx, cap. 2, S7, p. 324.

J.-B. Ro. Loi. hat. med., IX, art. m1, p. 244 (de Sedibus et Causis morborum).

Fabrice de Hilden , ouvrage cité, obs. 80, p. 606, et obs. 81, p. 607; Francofurti ad Mœnum, 1646.

Wepfer, de Cicuta aquatica, p. 289, hist. xx, an 1716. Sauvages, Nosologie méthodique , traduite par Gouvion, t, VI, p. 286, et {. VI, p, 217.

Navier, ouvrage cité ,t. 1, p. 16.

stitution et l’âge de l'individu, etc. Il est réellement impossible de donner une description générale des phénomènes qu’il développe : aussi vaut-il mieux tracer en abrégé les principaux groupes de symptômes que l’on remarque le plus souvent, tout en convenant que je n’ai pas la prétention de prévoir les cas nombreux qui peuvent se présenter. À. Saveur à peine sensible au moment de l’ingestion , et tout au plus légèrement pre et nullement corrosive; bientôt après ptyalisme fréquent, crachotement continuel, constriction du pharynx et de l’æso= phage, agacement des dents, nausées, vomissements ; ceux-ci ne se manifestent le plus ordinairement que LE quatre ou six heures après l'empoisonnement , si l’acide arsénieux a été avalé solide, car ils aus raient lieu au bout de cinq, dix, quinze, vingt ou trente minutes, si l'acide avait été pris en dissolution, el qu’il eût été promptement ab= sorbé; ils se répètent quelquefois à des intervalles fort rapprochés , et persistent pendant des heures entières, un, deux ou plusieurs jours; les matières vomies sont muqueuses ou bilieuses, parfois mêlées de sang, et contiennent de l’acide arsénieux en dissolution, ou sous forme de poudre ou de fragments. Anxiété, défaillances fréquentes, ardeur dans la région précordiale; douleur avec un sentiment de brûlure dan la région de l'estomac, qui ne peut pas supporter les boissons le plus douces ; soif intense; coliques; déjections alvines fréquentes, ver= dâtres ou noirâtres et d’une horrible fétidité; hoquet , pouls accéléré développé , irrégulier et quelquefois inter iitenes battements de cœur forts et inégaux ; respiration fréquente et gênée : ON vive sur tout le corps, démangeaison à la peau qui se couvre de sueur ; éruption surlout à la partie antérieure de la poitrine de boutons miliaires non vésie le leux , ou de pustules qui ne tardent pas à brunir ; quelquefois celte Pa a l’aspect de petites ampoules sedtb lies à celles que produisent les piqüres d’orties; le visage est coloré et animé, les yeux bnils lants et injectés, la tête douloureuse; un léger délire accompagne ces accidents ; l'urine, souvent rare, est rouge et dans certains cas sanguis nolente ; les pieds et les mains sont le siége de douleurs intenses où bien ils sont insensibles et comme paralysés. Cet état persiste un ou plus sieurs jours et se termine par la guérison et plus souvent par la morts celle-ci est alors précédée, Le plus ordinairement, de convulsions presque toujours atroces , de contorsions horribles et de douleurs excessivement aiguës. Si la guérison a lieu, il n’est pas rare d'observer pendant plu= sieurs mois, et même pendant des années, une gêne dans les mouves= ments des bras et des jambes dont les articulations restent souvent tuméfiées et douloureuses ; les individus vaquent difficilement à leurs affaires, à moins qu’on ne parvienne à les soulager par des fomentations

DE L'ACIDE ARSÉNIEUX. 419 tour à tour émollientes et aromaliques, par des bains de vapeur, des saignées locales , etc.

Stahl et Hahnemann indiquent comme ayant été produits, par l'acide arsénieux ; inflammation et le gonflement des parties génitales, portés jusqu’à la gangrène, avec douleurs énormes; la gangrène subile aux organes masculins et des ulcères aux jambes, aux talons, aux doigts, avec un pus sanguinolent, ichor putride, ete.

On ne remarque guère l’ensemble de ces symptômes chez le même individu; toutefois, si la maladie dure quelques jours, il peut arriver qu’ils se manifestent presque tous à des époques différentes.

B. Si la dose du poison ingéré est plus forte, les malades, après avoir éprouvé des vomissements , des douleurs abdominales , etc. , sont comme foudroyés el ressemblent jusqu’à un certain point à ceux qui seraient atteints du choléra asiatique ; les traits de la face sont promptement altérés, la peau est pâle et quelquefois violacée et couverte de sueurs froides ; les malades ressentent un froid glacial; le pouls est fréquent, pelit, filiforme et parfois insensible ; une vive anxiété précordiale et des syncopes fréquentes se manifestent, la respiration s’embarrasse, l’affaissement devient de plus en plus grand, et la mort arrive quelques heures après l'invasion des accidents, quelquefois sans avoir été précédée de convulsions (voy. les observ. 8 el 64).

C. Dans certains cas, à la vérité fort rares, les individus périssent sans avoir éprouvé d’autres symptômes que des syncopes souvent légères. Laborde, Chaussier et Renault, ont rapporté quelques observations de ce genre.

D. Si l’empoisonnement dure depuis plusieurs jours, parce que les malades auront pris plusieurs fois, à des intervalles plus ou moins éloignés , des doses d'acide arsénieux qui ne soient pas très-fortes, ou par toute autre cause, comme cela c’est vu, les symptômes seront en général analogues à ceux que j’ai décrits à la page 418 (voy. A.) ; mais le plus souvent les vomissements et les déjections alvines persisteront Opinidtrément. On conçoit aisément que la marche de la maladie doive être modifiée dans ces cas, au point de ne pouvoir pas être prévue ici.

Lésions de tissu produites par l’acide arsénieux.

Le canal digestif peut être le siége d’altérations plus ou moins prononcées ; il importe toutefois de noter que dans un assez grand nombre de cas, les traces d’inflammation ne sont pas aussi profondes qu’on le croit ordinairement ; on a même des exemples de mort produite par l'acide arsénieux sans qu'il ait été possible de découvrir la moindre Jésion du canal digestif,

Dans le fait signalé par Chaussier , il n’y avait pas la plus légère apparence d’érosion ni de phlogose dans le canal digestif. Ettmuller parle d’une jeune fille empoisonnée par l'acide arsénieux , et chez laquelle ni l'estomac ni les intestins n’offrirentaucunetrace d’inflammation ni de gangrène : cependant l’arsenic fut trouvé dans ce viscère (1). Marc rapporte que dans un cas d’empoisonnement par l’oxyde d’arsenic, loin de trouver les membranes de l’estomac érodées, on constata qu’elles étaient épaissies (2). Missa n’a pas observé d’altération dans l’estomac et les intestins d’un individu qui avait pris 12 grammes d’acide arsénieux (voy. observ. 5, p. 390); Sallin dit : «A l'ouverture d’un homme empoi: sonné, et de l'estomac duquel on a retiré 4 grammes d’arsenic en poudre, on n’a trouvé rien contre nature dans la bouche et dans l’æsophage» (3).

Que penser maintenant de l’assertion de ce dernier auteur, lorsqu'il cherche à établir une différence entre le sublimé corrosif et l’arsenic ? «L’arsenic produit, à la vérité, des effets assez analogues à ceux du sublimé : cependant il y a des différences notables , en ce qu’il gangrène et perfore quelquefois l’estemac, en ce qu’il porte son action sur la tota= lité de ce viscère, sur la bouche et tout le long de l’æsophage, et qu'il existe une éruption à la peau» (Recueil périodique de la Société de mé decine de Paris, t. VII, p. 357). ‘M

L'existence ou la non-existence de lésions cadavériques , l’étendue et« le siége de ces altérations ne suffisent donc jamais pour affirmer qu’il ÿ* a eu empoisonnement, et ne peuvent servir qu’à corroborer les conclu” sions qui se déduisent des symptômes et surtout de l’analyse chimique des matières.

Voyons maintenant quelle est la nature des diverses altérations que. l’on à constatées après la mort par l’acide arsénieux. Dans plusieurs cas l’inflammation de l'estomac est extrémement légère : elle commence se développer immédiatement après que le poison a été avalé, et elle est d'autant plus intense que la mort tarde plus à survenir. Les parties en flammées sont en général rouges dans foule leur étendue ; quelquefois la rougeur n’existe que par plaques. Les principaux vaisseaux de l’estomac sont distendus par le sang; mais l’inflammation est ordinairement bornée à la membrane muqueuse, qui est ramollie, comme macérée, facile à déchirer et à séparer de la tunique musculeuse qui conservelé caractère propre à son tissu. Quelquefois on remarque de petites taches, véritables ecchymoses formées par quelques portions de sang extravasé

1 SNMP NE

(1} Ephemerid. nat. curios., centur. ru et 1v, obs. 126 , CUIR sCholio. (2) Marc, traduction de Rose, Manuel d'aulopsie cadavérique, p. 66, note.

(3) Journal de médecine, t. LV, p. 176.

sur la surface de la membrane muqueuse ou dans l’espace qui la sépare de la tunique musculeuse, et développée le plus souvent dans des points où un petit fragment d’acide arsénieux a séjourné. Il est rare de trouver des ulcérations, à moins que la mort n’ait tardé à survenir. Dans certains cas, il existe des eschares grisätres et dures , d’une petite étendue : cependant on en a vu qui étaient de la grandeur d’un franc. M. Brodie a fait remarquer à cet égard, et avec raison, que l’on a souvent pris pour des eschares des taches formées par une couche trèsmince de sang coagulé, d’une couleur foncée, et fortement adhérent à la membrane muqueuse; on peut voir , dans le muséum de Hunter, une pièce d'anatomie pathologique offrant l’altération dont il s’agit. Quelques auteurs disent avoir trouvé l'estomac perforé ; je n’ai jamais constaté une pareille lésion.

L’œsophage peut être enflammé, strié et offrir des ecchymoses purpurines, principalement vers le cardia; la bouche, les amygdales, le voile du palais et la luette ont été trouvés phlogosés dans quelques circonstances. Les intestins sont quelquefois rétrécis ; dans certains cas, loin d’être contractés , ils étaient distendus. Le jéjunum, l’iléum et le rectum participent parfois à l’inflammation, qui n’atteint guère le cœcum et le colon.

Les poumons sont souvent gorgés de sang, comme dans la mort par asphyxie, et quelquefois la membrane muqueuse de la trachée-artère offre une rougeur très-prononcée. La cavité droite du cœur contient, en général, beaucoup de sang, La membrane interne des oreillettes et des ventricules, les valvules mitrales ou tricuspides, et les principaux faisceaux musculeux de cet organe, peuvent être le siége de taches rouges ou noiratres plus ou moins étendues. Morgagni , Ruysch, Brodie, etc. , ont attiré l’attention des observateurs sur l’état fluide du sang qui est comme sirupeux. Le système veineux abdominal est constamment gorgé de sang noir. Les {uniques des vaisseaux sanguins ne paraissent point altérées, quoiqu’elles soient imprégnées de sang, et que dans quelques circonstances on y remarque cà et là des taches livides formées par ce fluide.

Les glandes du mésentère , le pancréas , le foie, les reins et le cer- Veau n’offrent aucune altération notable; les vaisseaux qui se distribuent à ce dernier viscère sont quelquefois gorgés de sang. Les mem-

-branes séreuses ne paraissent pas affectées. Les muscles volontaires sont quelquefois frappés d’une roideur telle qu’il faut employer une cerlaine force pour séparer les mâchoires et fléchir les articulations.

L'application extérieure de l’acide arsénieux est ordinairement suivie aussi d’altérations analogues à celles qui viennent d’être décrites.

Je ne lerminerai pas ce sujet sans faire observer que dans certaines

circonstances, on remarque çà et là, dans l'estomac et dans les intestins des personnes empoisonnées par l'acide arsénieux, une multitude des points brillants que l'on serait tenté de prendre au premier abord pour de l'acide arsénieux, Ces sortes de grains sont formés de graisse et d'albumine ; mis sur les charbons ardents, ils décrépitent en se dessé= chant, et font entendre un bruit que l’on à quelquefois mal à propos" qualifié de délonation; ils s’enflamment comme les corps gras s'ilss contiennent une proportion notable de graisse, et répandent une odeur de suif et de matière animale brülés. On peut les trouver sur des cada=« vres d'individus qui n’ont pas été empoisonnés, et l’on ne saurait trop” apporter d’attention à les distinguer de l’acide arsénieux (1). Je pourrais citer plusieurs faits où de semblables globules ont été la cause de mé= prises qui pouvaient devenir funestes. Je me borneraï à rapporter les suivants !

1° Le 2 août 1824, M. le procureur du Roi de Saint-Brieuc ordonne! Pexhumation du cadavre d’un individu âgé de trente-huit ans , que l’on soupconnait avoir péri empoisonné quarante-qualre jours auparavant. L’extrémité inférieure de l’æsophage, la membrane muqueuse de l’es# tomac et du duodénum sont enflammées. On trouve dans le canal di=« geslif une multitude de grains blanchâtres , que l’un des rapporteurs désignés pour analyser les matières croit être de l’acide arsénieux altéré par une matière animale. Voici comment il s’exprime dans son rapporti® «L’estomac et le duodénum sont parsemés d’une substance grenue non adhérente, excepté vers le pylore : cette substance, d’une couleuï blanche, friable, appartient au règne minéral, d’après sa pesanteur; elle n’a pas présenté tous les caractères de l’oxyde d’arsenic : néanmoins je pense que son long séjour dans l’estomac l’a animalisée au point de masquer en partie sa nature , et en la brûlant j’ai cru sentir à lravers l’odeur d’une substance animale en combustion, celle de l'oxyde d'arsenic; mais ne m'en fiant point à mes propres lumières , je suis d'avis de faire adresser aux grands maitres de l’art, habitués à ces sortes d'examens, toutes les pièces afin d’'éclaircir mes doutes avant m me prononcer sur une matière d’une aussi haute impor tance.»

Un rapport semblable devait engager le ministère public à faire faire de nouvelles recherches. L’estomac et les matières suspectes furent'en= voyés à Paris, et je fus désigné par M. le procureur du Roi de Saïnt- * Brieuc pour faire un rapport; mais j'étais absent, et l'analyse fut confiée

(1) Billard en a vu chez deux femmes , dont l'une, âgée de soixante et douze ans, était morte d’une gastro-colite chronique, et l’autre, âgée de cinquante ans, avait succombé à la phthisie pulmonaire : chez cette dernière, les intestins présentaient de nombreuses ulcérations,

à Vauquelin et à Barruel. «La matière contenue dans le petit flacon , disent ces chimistes, avait une couleur blanche jaunâtre, une forme de grains arrondis, parmi lesquels il y en avait de demi-sphériques : ces grains n'avaient point de dureté et s’écrasaient facilement entre les doigts sans produire de bruit; ainsi écrasés, ils étaient doux au toucher comme du savon; ils n’avaient point de saveur sensible; mis sur un fer chaud , ils exhalent une vapeur blanche dont l’odeur est semblable à celle des matières animales mêlées de graisse; ils se fondent, se boursouflent, noircissent et laissent une matière charbonneuse légère, d’où il ne se dégage aucune trace d’odeur arsenicale.

« L'alcool n’a aucune action sur celte matière; mais l’eau bouillante la dissout en grande partie ; la dissolution est légèrement laiteuse , et n'éprouve aucune altération de la part de l'acide sulfhydrique.

«L’acide azotique chaud opère la dissolution de cette matière granuleuse, et prend une couleur jaunâtre qui devient d’un rouge orangé foncé par l’addition d’un alcali.

«La membrane muqueuse de l’estomac était ftapissée par un grand nombre de grains blanchâtres semblables aux précédents; on remarquait sur plusieurs parties de celte membrane des traces profondes d'une forte inflammation. Les grains recueillis avec une carte et lavés avec de l’eau distillée, ayant été soumis anx mêmes essais que les autres, n’ont présenté aucune différence. L’eau qui avait servi à laver ces grains, éprouvée par l'acide sulfhydrique, et par divers autres réactifs propres à faire reconnaître les substances vénéneuses , n’en a pas donné le plus léger signe. Un lambeau de l’estomac détaché dans la partie la plus enflammée a été soumis à l’ébullition avec de l’eau distillée : celle-ci, filtrée et éprouvée par l’acide sulfhydrique et par d'autres réactifs, n’a donné aucune trace de poison. L'autre portion dé Vestomac , conservée dans l’alcool , contenait aussi à la surface interne des grains blancs qui présentaient absolument les mêmes propriétés que ceux dont nous avons parlé précédemment.

«D’après les expériences que nous venons de rapporter, il nous paratt évident que les grains blancs qui sont renfermés dans le petit flacon, ainsi que ceux qui étaient disséminés sur la surface interne des deux portions de l'estomac, sont composés d’une matière animale particulière , et d’une petite quantité de graisse : de ces mêmes expériences, l’on peut conclure aussi qu’il n’y à dans l'estomac aucune trace de poison minéral ni végétal reconnaissable.» Cette conclusion est analogue à celle qui

ayait été tirée par les deux autres rapporteurs de Saint-Brieuc.

2° Marye père et M. Devergie furent mandés par M. le procureur du Roi ;le 7 septembre 1824, pour faire l'ouverture du corps du nommé Julien Danguy, qui avait succombé après quarante-huit heures de ma-

ladie. L’estomac offrait une altération remarquable ; il était très-volumineux, distendu par des gaz, et d’un rouge violacé à l'extérieur; sa membrane muqueuse, épaisse, d’un rouge très-foncé, était parsemée d’une foule de petits corps blancs, légèrement adhérents, d’une forme variable; la plupart d’entre eux étaient arrondis; ils avaient quelque ressemblance avec l'acide arsénieux, mais ils en differaient par la densité; car en les comprimant entre les doigts, ils se laissaient aplatir et offraient au toucher quelque chose de poisseux et de gras. 4 Il fut reconnu que Danguy avait été empoisonné par la coloquintes les corps blancs semblables à l'acide arsénieux furent analysés par Vauquelin , qui les trouva composés de graisse et d’une matière animale. 3° Le 18 février 1851, MM. Chevallier et Lassaigne présentèrent à l’Académie nationale de médecine une substance blanche trouvée sur l& membrane muqueuse de l'estomac et de l'intestin grêle, ainsi que sur celle du gros intestin, sur le foie , sur le péricarde et dans le tissu hé= patique d’une jeune femme qui avait succombé à une fièvre typhoïde, et qui était inhumée depuis deux mois. Gette substance, composée de cor: puscules blanchâtres mamelonnés , de forme arrondie et de la grosseur moyenne d’une graine de pavot, se rapproche par sa composition de la cystine, el paraît tenir le milieu entre la cystine et la œanthine. Estelle produite par la maladie à laquelle a succombé celte femme, ou bien s’est-elle développée pendant la putréfaction du cadavre ? (Voy. Bulletin. de l’Académie nationale de médecine, t. XVI, 28 février 1854.) . Conclusions. Il résulte des expériences et des observations précédems ment rapportées :

1° Que l’acide arsénieux est un des poisons les plus énergiques du règne minéral ; les chiens les plus robustes succombent dans l’epace de vingt, trente ou trente-six heures lorsqu'on applique 10 centigrammes de ce poison en poudre fine sur le tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de la cuisse; il en serait de même si cette dose était intro= duile dans l'estomac et que l'acide arsénieux ne füt pas promptement expulsé par les vomissements ou par les selles. ps Les moutons, malgré l’assertion contraire de M. Cambassèdes, périssent également lorsqu'on leur administre de 5 à 10 grammes de ce toxique (1). Les chevaux supportent, comme cela se conçoit aisément,

(1) On s’imaginera difficilement le bruit que l’on fit au commencement de 1843 de la question relative à l’empoisonnement des moutons. M. de Gasparin avait communiqué à l’Académie des sciences une note dans laquelle M. Cambassèdes cherchait à établir que les moutons pouvaient prendre impunément de fortes doses d'acide arsénieux. Ce fait, d’une fausseté insigne, aurait été sur-le-champ réduit à néant, si quelqu'un dans la docte compagnie eût connu les expériences publiées en 1808 par Jœger, qui avait prouvé le contraire. Il n’en fut rien : on chargea

des doses beaucoup plus fortes de cet acide; cependant ils meurent assez promplement lorsqu'on leur fait prendre. 64 grammes de ce poison solide ou seulement 2 grammes du même toxique dissous dans l’eau. A la dose de.1 à 3 centigrammes , ce poison donne lieu chez l’homme à des symptômes assez graves pour caractériser un véritable empoisonnement, et suivant M. Adolphe Lachèze , médecin à Angers, il n’en faudrait que de 5 à 10 centigrammes pour occasionner la mort (Annales d'lygiène et de médecine légale, t. XVI). Ce dernier résultat, en admetlant qu’il soit vrai pour un certain nombre d'individus, ne saurait ètre adopté sans de grandes restrictions, car il y a à cel égard des différences énormes suivant l’âge, le sexe, la constitution des sujets, leur état sain ou malade, etc. |

2° Que les effets toxiques de l’acide arsénieux varient dans une espèce animale donnée, suivant les âges, les sexes, la force des individus, l’état de l'estomac, la température extérieure, et certaines constitutions organiques difficiles à apprécier dans leur essence. Les animaux qui n’ont point encore pris toute leur croissance, les femelles , ceux d’une laille plus petite, meurent les premiers; une quantité donnée de poison les tue plus vite à + 20° qu’à 0°, mais nulle cause n’a autant d'influence

M. Magendie de tenter quelques expériences. MM. Flandin et Danger, et M. Rognetila, de leur côté, se mirent en avant pour tâcher de résoudre une question parfaitement décidée depuis trente-cinq ans. Peu de jours après, M. Magendie déclara gravement que lacide arsénieux tue les moutons quand on le mélange avec le double de son poids de sel commun. MM. Flandin et Danger se hâtent d'annoncer 1° qu’ils veulent s’assurer si le sel commun n’est pour rien dans l’innocuité : on sait déjà ce qu’il faut penser de cette innocuité, et l’on se demande en vertu de quelle action chimique le sel commun pourrait arrêter les effets funestes de l’acide arsénieux ; 2° qu'un mouton n’a pas été empoisonné avec 16 grammes d’acide arsénieux solide, mais que les selles étaient abondamment chargées d’acide arsénieux , comme si l’on n’avait pas imprimé partout, depuis quarante ans , que tous les animaux supportent facilement des doses considérables d'acide Anis solide, et qu’ils ne périssent jamais s’ils parviennent à expulser le poison par le vomissement ou par les selles ; 3° qu’il n’y a que l’arsenic absorbé qui tue , doctrine que je n’ai jamais cessé de professer depuis trente ans ; 4° qu’un mouton empoisonné avec 30 centigr. d’acide arsénieux appliqué sur la cuisse a uriné à plusieurs reprises, quoiqu'il fût empoisonné d’une manière aiguë , contrairement à l’assertion qu’ils avaient soutenue dans leur premier mémoire sur Parsenic , où ils disaient que Les animaux n’urinaient pas dans ces circon- Stances ; 5° que Pon a pu manger impunément la chair d’un mouton empoisonné et guéri; cet animal a été tué le trente-huitième jour , alors que ses organes ne donnaient plus la moindre trace de poison, ce qui se réduit à nous apprendre que Von peut sans crainte manger la chair d’un animal qui n’est pas empoisonné. M: Rognetta, lui, au lieu de traiter la question si intempestivement agitée,

vint annoncer , COMME un fait nouveau, que l’acide arsénieux peut tuer les chevaux ! !!

que l’éfat de plénitude ou de vacuité du tube alimentaire ; les animaux à jeun périssent de beaucoup avant les autres. Toutefois , cette dernière influence ne se fait bien sentir que dans les empoisonnements parles voies respiratoires et l'estomac, et nullement quand on opère parlé mode sous- cutané.

L’action toxique ne varie pas moins suivant les espèces animales s dé mes expérimentations sur les chiens, les chats, les lapins, les sell et les pigeons, ainsi que des faits déjà connus, dit M. Chätin, j'ai déduit la loi suivante : Les effets vénéneux de l’arsenic chez les animaux, pris dans les mémes conditions d'âge , etc., sont en raison composée de # perfection des systèmes respiratoire et cérébro-spinal.

3° Qu'il agit avec beaucoup plus d'intensité quand il est dissous dans l’eau que dans le eas où il est solide; ainsi, que l’on introduise dans l'estomac d'un chien 25 grammes de ce toxique dissous dans 100 gr d'eau, au bout de 5 à 10 minutes l'animal sera sous l'influence du poison, et commencera à vomir; si l’on a empêché le vomissement , @ mort surviendra au bout de 3 à 4 heures, suivant la force du chienLa même quantité d'acide arsénieux pulvérulent ne développera des sym= ptômes d’empoisonnement que plusieurs heures après lingestion du toxique, et si celui-ci n’est pas vomi, la mort ne surviendra qu'at bout d’un ou de plusieurs jours. Au reste, malgré l’assertion de MM. Hon à bron et Soulié, il sera facile, quand l'acide arsénieux aura été donné en dissolution aqueuse, de le déceler dans les matières vomies et dans le canal digestif, en traitant directement par le gaz acide sulfhydriqué si la matière organique n’est pas très-abondante, ou bien en se débar= rassant de celle-ci, par les moyens qui seront indiqués plus loin, aval d'employer le courant de gaz acide sulfhydrique.

4° Qu'il détermine l’empoisonnement, soit qu’on l’introduise dans le canal digestif ou dans les veines, soit qu’on l’injecte dans le vagin où dans les cavités séreuses, soit qu’on l’applique sur là peau ulcérée ou audesssous de cette membrane, soit enfin qu’on le fasse aspirer sous forme de vapeur.

5° Qu'il agit, à peu de chose près de la même manière, quelle que Soit la surface par laquelle il a pénétré dans l’économie animale , si cen’est que son action est beaucoup plus prompte dans un cas que dans l'autres ainsi 1l tue presque instantanément quand il est injecté en petite quan tité dans les artères et dans les veines, ainsi que dans les cavités séreuses , tandis qu’il faut plusieurs heures pour qu’il occasionne la mort lorsqu'on l’introduit dans l'estomac, et à plus forte raison, dans le gros intestin, même dans une plus forte proportion. La peau recouverte d'un épiderme sec et dur le transmet à peine, et les nerfs peuvent supporter son Contact, sans donner lieu à des altérations notables.

6° Qu'il produit des effets aussi funestes, étant appliqué sous la peau du dos des chiens , que dans le cas où on le met en contact avec le Lissu cellulaire de la cuisse , ce qui n’a pas lieu pour le sublimé corrosif.

7 Qu'il est absorbé et que sa présence peut être décelée dans tous les tissus de l’économie animale, et notamment dans le foie, organe sécréteur et très-vasculaire, qui le recoit le premier, à l’aide des vaisseaux dé la veine porte, quand il a été introduit dans le canal digestif (1).

& Qu'il existe également dans le sang des animaux empoisonnés, quoi qu’en aient dit MM. Flandin et Danger, qui ne l'avaient pas d’abord trouvé dans ce fluide, parce qu'ils ne l'avaient cherché que par des procédés que la science désavoue. Ils reconnaissent aujourd’hui qu’en opérant comme je l’ai proposé, on le trouve facilement dans ce fluide.

9° Qu'il est de toute rigueur, dans une expertise judiciaire, lorsqu'on n'a pas décelé le poison dans les matières vomies ni dans les selles , où que l’on n’en a pas trouvé non plus, à l’état libre, dans le canal digestif ni sur les autres parties sur lesquelles il avait été appliqué, de chercher \ découvrir la portion qui a été absorbée, en agissant séparément sur le foie et sur le canal digestif, et à défaut de ces organes sur les reins, la ate , les poumons , le cœur ou le sang. Un rapport médico-légal devra tre déclaré incomplet et insuffisant, par le seul fait, que dans ce cas, jn aura omis de rechercher l’acide arsénieux dans les organes dont je viens de parler. Il importe même de procéder à la recherche de l’acide arsénieux absorbé, alors que l’on a constaté la présence de ce toxique à l'état libre, dans le canal digestif, car il se pourrait que celui-ci eût été introduit dans cette cavité après la mort et pour faire prendre le change , tandis que son existence dans le foie ou dans l’un des organes précités suppose nécessairement que l’empoisonnement a eu lieu pendant la vie, à moins qu’il ne soit prouvé que le poison est arrivé jusque dans ces organes par voie d’imbibition cadavérique (voy. p. 56).

10° Que l’acide arsénieux absorbé ne séjourne pas indéfiniment dans nos organes , et qu’il est entièrement éliminé chez l’homme au bout de

(1) MM. Mareska et Lados, experts dans une affaire qui a été jugée à Gand; ont constaté que dans l’empoisonnement d’une femme enceinte , l'acide arsénieux avait pénétré jusqu’au produit de la conception. Le fœtus qu’ils ont analysé était parvenu au quatrième mois; ils y ont trouvé des traces de poison. L’utérus et le placenta renfermaient également de l'arsenic; mais ce dernier organe en à donné relativement plus que le fœtus. Les eaux de l'amnios n’en contenaient pas, du moins en quantité appréciable, (Gazette des hôpitaux , 1846, p. 16.)

Il est difficile d’expliquer, après ce résultat, pourquoi M. Benoist, pharmacien d'Amiens, n’a pas trouvé d’arsenic chez un fœtus de six mois, dont la mère était Morte empoisonnée par l'acide arsénieux ; en effet, les organes de cette femme renfermaient une quantité notable d’arsenic. ”

douze à quinze jours, en supposant que les boissons prises dans les vingt-quatre heures ne dépassent pas 1 litre. D'après mon honorable ef savant ami M. Chatin, la promptitude d'élimination est en raison inverse de la faculté de résister au poison. La principale voie d'élimination, c'est l'urine, comme je l’ai démontré le premier ; en effet, l'urine rendte par les animaux quelque temps après l’empoisonnement renferme de l'acide arsénieux, tandis que les viscères qui en auraient fourni siles individus fussent morts quelques jours après linvasion des accidents n’en contiennent plus au bout d’un certain temps. Il existe encore d'au tres voies d'élimination, moins énergiques sans doute; j'avais me dès l’année 1840 que l’acide arsénieux était probablement expulsé d’autres voies d'excrétion; c’est ce qui a été démontré en 1842 É M. Chatin, dans une note lue à l’Institut , dans laquelle il annonce que le poison est éliminé par la surface iutér ne du tube intestinal et par la peau (1).

(1) En janvier 1839, j’ai mis hors de doute l'absorption de l’acide arsénieux et son transport dans tous les tissus ; bientôt après j’ai fait voir, par des expériences nombreuses , qu’il en était de même des préparations antimoniales, cuivreuses, plombiques , mercurielles, etc. Les recherches que j'ai publiées à cet égard s0 consignées dans le tome Vi des Mémoires de l’Académie nationale de méde cine, ou dans les numéros de mai, juin , juillet et août du Journal de chimie métal année 1842. Jusqu’alors on avait dit que ces poisons devaient être ab sorbés , mais personne n’avait prouvé leur existence dans la trame des tissus où ils avaient été portés par voie d'absorption ; nous verrons plus bas cependant que des tentatives avaient déjà été faites dans ce but par quelques physiologistes,, notamment par Beissenhirtz. J’ai été plus loin ; j'ai voulu que cette découverte T4 dorénavant appliquée à la médecine légale, et que les nouvelles données sur l’absorption vinssent éclairer les affaires judiciaires ; peu après, je suis parvenu dans plusieurs cas à déceler de l’arsenic dans les viscères d'individus soupconnés morts empoisonnés , lorsque le canal digestif manquait, et il a été démontré qu'un crime avait été consommé , ce qu'il aurait été impossible de faire avant 1839. Dès mes travaux ont été connus, bon nombre d’experts en France ont eu eu à casions d’en faire ressortir PibeMhe devant les cours d'assises où ils étaient appelés. MM. Fau et Bergès, à Foix; MM. Chapeau et Parisel, à Lyon ; M. Rigal, à Albi, et bien d’autres que je pourrais citer, ont conclu à l'existence d’un empoisonnement en mettant à profit ces nouvelles recherches. Désormais , lorsqu'il faudra opérer dans des cas d'intoxication par des composés de mercure, d’antimoiue, de cuivre, de plomb, d’étain, d’arsenic, etc., et que l’on ne découvre aucune trace de substance vénéneuse dé le canal digestif, ce qui est plus commun qu'on ne pense, on agira donc sur le foie, la rate, les reins, etc., ou sur l'urine, et souvent on découvrira le corps du délit qui aurait échappé avant la publication : de mes travaux.

1 en a été de ma découverte comme de toutes celles qui, par leur importance , font quelque bruit : des esprits malveillants ont cherché à m'en dépouiller. M. Ma-

;endie a prétendu qu’il avait prouvé que tous les poisons étaient absorbés, quand il est notoire qu'il s’était borné à répéter ce qui avait été émis quelques siècles au-

{ie Que lorsque l’acide arsénieux est mis en poudre fine, sous la peau des chiens, il n’y en à guère que 75 à 100 milligrammes d’absorbé à

quelle que soit la proportion employée, et que cette faible dose suffit Pr TE EEE paravant par beaucoup d'hommes éclairés, savoir que les poisons devaient être ‘absorbés, et à publier quelques expériences physiologiques sur un petit nombre detoxiques, expériences qui tendaient à faire croire que l’absorption avait eu lieu, mais qui étaient loin de la mettre hors de doute. M. Gerdy, avec un sangfroid imperturbable, à annoncé en pleine Académie qu’il était établi dans un passage de l'ouvrage du Dr Christison , que Mohr avait vu bien avant moi ce que je proclamais être nouveau; mais il m’a suffi de donner lecture dudit passage pour montrer qu’il contenait tout le contraire de ce qu’on avançait , et pour forcer Vorateur à rétracter son assertion. Aussi l’Institut d’abord, et l’Académie royale de médecine ensuite, ont-ils reconnu que j'avais prouvé le premier que lacide arsénieux est absorbé et porté dans tous les organes, pour être plus tard éliminé par l'urine, et que les applications que j'ai faites de mon travail à la médecine légale sont exactes.

Depuis la clôetur de tant de discussions passionnées, j'ai voulu savoir si par hasard quelques auteurs n’auraient pas abordé le sujet qui m'avait tant occupé, et je n'ai rien trouvé, après avoir fait les recherches les plus minutieuses, qui valüt la peine d’être cité, si ce n’est un travail de M. Beissenhirtz, publié le 22janvier 1825, à Berlin, sous le titre de Arsenici efficacia periculis illustrata, L'auteur fit prendre à un cheval en état de santé, le premier jour, 4 gr. d'acide arsénieux uni à du miel et à de la poudre de guimauve; le deuxième jour, 16 grammes d'acide arsénieux; le quatrième jour, 24 grammes du même poison ; le cinquième jour, 8 grammes; le septième jour, 30 grammes. L'animal mourut lé lendemain. M. Beïssenhirtz, après avoir décrit avec soin les lésions cadavériques, dit, au chapitre 8, p. 29 :

«In elaboranda hac materia scopum præfixum habui , ut mihi persuaderem, an «arsenicum digestionis et assimilationis processu partibus organismi animalis ad- “Misceatur, an secretione et cutis actione ex iis iterum eliminetur. Magis tamen «eredidi, substantiam hanc venenosam, similem in modum ac hydrargyri præpacata cum textura partium organicarum communicari. Hæe opinio potissimum «experimentis à patruo meo factis confirmari videbatur, quippe qui e libris sex «sanguinis equo detractis qui drachmis sex acidi arsenicosi interemptus erat, arse- <nicum sejunxit. Quum periculis illis fidem maximam habeam, prætereaque jure «meo credam, arsenicum in sanguinis molem totius corporis traductum fuisse, ‘parum dubito, quin reliquæ corporis partes per sanguinem eo inquirientur, “quod et ipsa analysis chemica quam ego institui, testatum facit.

«Doctor Otto similia instituit pericula, neutiquam vero e sanguine excepto, et «reagentibus chemicis submisso arsenicum obtinuit. Facile liquet, cur ex perimenta <hujus viri irrita fuerint, etenim animalcula hunc ad scopum adhibifa, tantilla ‘fuerunt ut paucis hujus veneni granis extinguerentur, sin minus, baustum tamen “arsenicum vomitu aut alvi dejectionibus maximam partem expellerent, Horum «igitur animalculorum, quæ vel paucas horas post ingestum arsenicum truci- «dabantur, vel venenum antea evacuaverant, ut ne assimilari quidem sangui- “nique admisceri posset, doctor Otlo sanguinrm excepit et arsenicum ex eo ob- «linere studuit , quod utique arduum opus videtur, ubi enim nihil est, nihil ‘“reperies. Ut igitur de præsentia arsenici in sanguine certiores reddamur , multo ‘aplius esse videtur, si sanguinem singularum corporis partium eorum animalium

pour occasionner la mort, puisqu'il est impossible d’attribuer celle-ci i,

à l’irritation locale, habituellement fort légères que détermine ce poi- | son dans ces circonstances. Je suis parvenu à apprécier que {elle était

«chemicæ analysi submittamus, quæ per longius temporis intervallum uberiorem «arsenici copiam devorarunt, nam his demum rationibus eventus exoptatus contin- «gere potest. mn |

«Ut de existentia acidi arsenicosi in texiura organorum animalis interfecti ti | «edocerem, plures partium nobiliorum duce illo Link examini chemico subjeci. «Quum plurima vasa in laboratorio universitatis nostræ mihi oblaia, nimis se. 0 «angus{a quam ut tanta viscera, quæ equo sunt, capere possent, acquiescereme «oportebat, ut organa majora in particulas dissecarem, earumique unamm vel'alte- «ram explorarem. Fe

«Experimentis chemicis ad methodum Rosii ita institutis, ut calcem arsenicosam «ea obtenitam cum pulvere carbonum et acido boracico commiscerem, SubIER- «tionem e cucurbita faciendam curavi.

« E singulis animalis interfecti organis, hanc calcis arsenicosæ cppian obtinui :

«£ ventriculo drachmam unam et grana octo.

«E cœco intestino grana quinque.

«E pulmonibus grana septem.

«Ex hepate grana sex.

«E corde grana octo.

«E cerebro grana undecim. à

« Hæc omnia, ut supra dictum est, cum pulverem carbonum acidoque boracieo «commixta, in retortam vitream demisi et e balneo arenæ sublimationi sub} ri 1 «qua per aliquot horas protacta circiter tria arsenici regulini grana adeptus sui

Pour peu que l’on examine le travail du D' Beissenhirtz, on verra cor b est loin de prouver ce que l’auteur cherchait à démontrer. 11 y a mieux : onne tardera pas à s’apercevoir qu’il fourmille d’erreurs. Nous savons que de tous4es organes le cerveau est celui qui fournit le moins d’arsenic, et le foie celui quiet donne le plus; or, ici c'est tout le coutraire. On a obtenu avec le premier 55 centigrammes de Hs à arsenicale , et avec le foie, 30 centigrammes seulement; le cœur et les poumons, qui en contiennent toujours moins que le foie, en renfermaient plus que lui. On ne dit pas comment on a détruit l'énorme quantité“de matière organique sur laquelle on opérait, ni comment on s’est assuré quelon avait réellement recueilli de larsenic pur. Quoi qu’il en soit, j'ai cru devoir, par un sentiment d'équité, transcrire textuellement le passage de l'ouvrage du D° Beissenhirtz, dont je n’ai eu connaissance qu’à la fin de 1841, et dont le contenu n'avait fait aucune sensation en Allemagne, et n’avait recu aucune application utile, |

Îl est vrai que le D' Fourcade-Prunet (dissertation inaugurale sur l’oxyde blanc d’arsenic, soutenue à Paris le 1% mars 1821), en examinant le sang recueilli dans les cadavres des animaux empoisonnés par l'acide arsénieux, avait émis quelques vues sur l'absorption de ce toxique «On ne peut wier, disait-il, que dans un très-grand nombre de circonstances, le sang ne soit chargé des principes meurtriers de la substance vénéneuse, puisqu'il est parfaitement prouvé que Vacide arsénieux est absorbé et porté dans le torrent de la circulation. »

… «Étant persuadé de l'absorption de l’oxyde d’arsenie , J'ai tenté quelques essais propres à ic découvrir dans le cœur où il exerce principalement sonaction destructive » Après avoir calciné avec du charbon le produit sec obtenu

| la dose absorbée, en plaçant sous la peau des cuisses de plusieurs

chiens , des sachets de Loile fine contenant des proportions d'acide arsé-

nieux en poudre impalpable, qui variaient depuis 5 centigrammes jus- | qu'à 1 gramme ; après la mort de l’animal on pesait les sachets dont on

avait également pris le poids avant le commencement de l'expérience; Ja différence de poids en moins représentait la quantité de toxique qui avait élé absorbée. Ces sachets avaient été desséchés, avant l'expérience, à la température de 100° centigrades ; après la mort des animaux ils étaient lavés avec soin et sans effort, puis on les desséchait également à 100° centigrades avant de les peser.

12° Qu'il y en a davantage d’absorbé , sans que l’on puisse en préciser la quantité , lorsqu'il a été introduit dans le canal digestif , après avoir été dissous dans l’eau, ou quand l’acide solide, par son contact prolongé avec Les sucs de l'estomac ou des intestins , a fini par se dissoudre en totalité ou en partie.

13° Qu'il n’est pas douteux , d’après les cas d’empoisonnement obser- . vés jusqu'ici, qu'il n’agisse de même chez l’homme; toutefois il est à présumer que la partie absorbée nécessaire pour déterminer la mort devra êlre plus considérable que celle qui est nécessaire pour tuer les chiens.

14° Que s’il est vrai que l’acide arsénieux irrite et enflamme presque tous les tissus avec lesquels on l’a mis en contact, on ne saurait, dans la plupart des cas, attribuer les accidents graves qu’il occasionne à Pinflammation souvent assez légère, qui est le résultat de son action locale, mais bien à son absorption, et par suite à son action sur un ou plusieurs des systèmes de l’économie animale.

15° Qu'il n’est pas vrai, comme l'ont annoncé MM. Flandin et Danger, dans le mémoire qu’ils ont lu à l’Académie de médecine , en 1841, que lasécrétion urinaire est supprimée chez les chiens empoisonnés d’une mamère aiguë par l'acide arsénieux, et que ces animaux n’urinent par conséquent pas. L'Académie, en ue faisant pas de suite justice de cette erreur grossière el en laissant la question indécise, tandis que je l’avais déjà tanchée par des expériences nombreuses, à eu un tort d'autant plus

avec du sang et de la potasse, M. Prunet a remarqué des points métalliques fort brillants et tellement adhérents au verre, qu’il lui a été impossible de les enlever : tandis que le sang pris dans les amphitéâtres de dissection n’a fourni qu'une couche noire luisante, qui, suivant lui, provenait du charbon de la fibrine. «Je ne me dissimule point, ajoute l’auteur, qu'il serait impossible, d'après ces expériences , d’attester en justice que le sang contient de l'acide arsénieux.»

Que l’on compare ces essais au travail que j'ai publié en 1839, et l’on sentira toute leur insuffisance pour établir la moindre donnée susceptible d application à la médecine légale.

grave qu’elle a été obligée de reconnaître, deux ans plus tard, que j’a- | vais parfaitement raison; en effet, ayant dû se prononcer sur la valeur | d’un mémoire qui avait été lu dans son sein par M. Delafond, professeur à l’école d’Alfort, elle a mis à néant l'étrange assertion de MM. Flandin et Danger. M. Delafond , sans doute pour lever à cet égard | les scrupules de l’Académie, a entrepris une série de recherches sur les chevaux et sur les chiens, dont les résultats confirment pleinement, 4 que j'avais établi. Il résulte de ce travail : 1° que les chevaux bien por: | tants, qui n’ont ni mangé ni bu, sécrètent, terme moyen, 118 millilitres d'urine par heure, tandis que les chien n’en URSS que 24 millilitres lorsqu'ils sont placés dans les mêmes conditions ; À que les chevaux empoisonnés, d’une manière aiguë, par l'acide arsénieux, alors qu’ils ont été privés d'aliments et de toute boisson, sécrètent par heure trente-cinq millilitres d'urine, c’est-à-dire Les te septièmes de la proportion qu’ils fournissent à l’état normal , et que les chiens, dans les mêmes circonstances, en donnent à peu près un sixième. « La $écrétion urinaire, dit M. Delafond, n’est donc pas supprimée, mais n0= tablement diminuée, dans l’empoisonnement aigu par l’acide arsénieux» Le tableau ci-après (p.433), emprunté à ce professeur distingué, mon trera que, chez certains chevaux soumis à l'influence de l’acide arsé= nieux pendant quarante-trois et cinquante et une Dis la quantité. d'urine rendue s’est élevée à 3 litres 45 centil., ou à 2 litres 55 centil, et chez quelques chiens, à six ou quatre AUS » après un empoi= sonnement aigu qui n’avait duré que huit ou douze heures. Que l'on juge maintenant de la proportion d'urine qu’il est possible de faire sécréter à ces animaux , lorsqu’au lieu de les priver de tout aliment ef de toute boisson, on Ra donne d’abondantes tisanes aqueuses et nitrées:

À l’appui de mes expériences et de celles de M. Delafond, je pourrais ciler trois cas d’empoisonnement : 1° chez deux femmes, l’une confiée aux soins du D" Augouard, et l’autre placée dans le service de M. Duméril, à la Maison de Santé ; 2° chez le jeune B. La première femme, après aWoiE pris 15 grammes d’acide arsénieux, éprouva les plus terribles accidents, et rendit dix litres d'urine, grâce aux boissons diurétiques fortement: trées dont elle avait fait usage; elle était convalescente au bout desuit jours. Les deux autres shdivitus furent promptement rétablis aussi d'un empoisonnement grave, après avoir pris, par mes conseils , dabondantes boissons diurétiques qui les firent considérablement uriner. Dans ces trois cas, l’urine avait charrié pendant plusieurs jours dés quantités notables d’arsenic (voy. p. 414).

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